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Full text of "Étude sur la vie et le règne de Louis VIII, (1187-1226)"

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BIBLIOTHÈQUE 

DE  l'École 

DES  HAUTES  ÉTUDES 


PUHLIEB   dOUB    L 


DU  MINISTERE  DE  L'INSTHUCTION  PUBLIQUE 


SCIENCES   PHILOLOGIQUES  ET   HISTORIQUES 


CEHT'UHIEHE    FASCICULE 

^TL'D£  SL'K  U  VIE  ET  LE  llÈCNE  l)E  LOUIS  Vlll  (l[87-122b) 
PAH  Cil.  l'ETIT-HUTAIIJ.If; 


PARIS 

LIBRAIRE   EMILE   BOUILLON,    ÉDITEUR 

67,   RUE   RICHELIEU,   D7 

1894 
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ÉTUDE 


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LA  VIE  ET  LE  RÈGNE 


DR 


LOUIS  VIII 


(1187-1226) 


-^^. 


CBARTRKS.    —    IMPRIMKRIB    DURAHD,    %VE    PILBERT. 


ÉTUDE 

LA  VIE  ET  LE  RÈGNE 

LOUIS  VIII 

(1187-1226) 

Ch.  petit-dutaillis 


PARIS 

LIBRAIRIE  EMILE   BOUILLON,   ÉDITEUR 

67,  RUE  HICHELIED,  67 

1894 

lou  dniu  rtMrf4i 


A   MBS   MAITRES 


MM.   E.  LAVISSE  ET  A.   GIRY 


A  LA  MÉMOIRE  DE  MON   AMI 


ANDRÉ  RÉVILLE 


INTRODUCTION 


KTUDE  SUR  LES  SOURCES  DELA  VIE  DE  LOUIS  VIII 


I. 


LES    DOCUMENTS    d'aRGHIVES 


de  France. 


iVous  avons  entrepris  d'exposer  la  biographie  complète  d'an 
prince  qui  a  tenu,  pendant  une  quinzaine  d'années,  une  place 
considérable  dfins  les  annales  de  la  France  et  de  l'Angleterre,  Ce 
sont  donc  quelques  chapitres  d'histoire  générale  que  nous  avons 
essayé  d'écrire  ^  en  épuisant  autant  que  possible  toutes  les  sources. 
C'est  dire  que  nous  avons  eu  à  employer  des  documents  extrême- 
ment divers  et  d'inégale  Vtileur  ;  l'objet  de  cette  introduction  est 
de  les  décrire  et  de  les  critiquer  brièvement.  Nous  ferons  d'abord 
une  revue  rapide  des  documents  d'archives. 

Le  Catalojjue  des  actes  de  Philippe- Auguste,  que  M,  Delisle  a  A«iet  de  loo» 
dressé  avec  tant  d'érudition,  a  été  une  de  nos  plus  précieuses 
sources  d'informations  pour  la  première  partie  de  notre  étude.  Ce 
recueil  ne  nous  faisait  pas  connaître  les  chartes  de  Louis  relatives 
à  l'Artois;  Ilennebcrt  en  analyse  un  bon  nombre,  mais  sans  grand 
soin^ ;  les  excellents  inventaires  dressés  par  Godefroy,  au  siècle 
dernier,  ne  citent  que  les  actes  conservés  dans  les  archives  des 
anciens  comtes  d'Artois  et  de  Flandre  et  ne  sauraient  d'ailleurs 
suppléer  aux  textes  eux-mêmes  ;  nous  avons  donc  consulté  avec 
fruit  aux  Archives  départementales  du  Pas-de-Calais  et  du  Nord 
les  pièces  originales  des  séries  A  et  B,  les  cartu^ires  des  abbayes 

l.  Voy.  Van  Drivai,  Études  sur  les  historiens  de  l'Artois,  dans  Mèm, 
de  rAcad.  d'Arras,  2o  série,  VIII,  241  et  suiv.  L'auteur  de  cet  article 
conclut  en  disant  avec  raison  :  «  En  somme,  nous  n'avons  pas  d'histoire 
<c  d'Artois.  »  Cependant,  il  est  encore  trop  indulgent  pour  Hennebert. 

a. 


do  Louis  VIII. 


X  INTRODUCTION 

de  cette  région  et  enfin  le  «  Premier  Carlulaire  d* Artois  )>>  où  cer- 
taines chartes  de  Louis  ont  été  transcrites  sur  l'ordre  des  comtes 
d' Artois,  ses  descendants  *. 

En  joignant  ces  textes  à  ceux  que  nous  avons  trouvés  dans  les 
collections  de  la  Bibliothèque  nationale^  nous  pensons  avoir  à  peu 
près  complété  les  renseignements  que  fournissent  les  publications 
de  MM.  Tailliar^  Guesnon  et  Giry  et  celles  de  fa  Société  des  Anti- 
quaires de  Morinie.  Nous  n'avons  pas  cru  nécessaire  de  visiter  les 
Archives  communales  d'Artois;  M.  Guesnon  a  dépouillé  celles 
d'Arras  et  M.  Giry  celles  de  Saint-Omer  ;  les  inventaires  des 
autres  dépôts  municipaux  ont  paru  pour  la  plupart.  D'ailleurs^  ce 
dépouillement  avait  été  fait  en  grande  partie,  il  y  a  longtemps 
déjà,  pour  le  compte  d'Augustin  Thierry,  et  les  résultats  en  ont 
été  consignés  dans  des  fiches  qui  sont  conservées  aujourd'hui  à  la 
Bibliothèque  nationale  dans  le  fonds  des  Nouvelles  acquisitions 
françaises;  et  que  nous  avons  consultées. 
▲etM  On  trouvera  en  appendice,  à  la  fin  de  cet  ouvrage,  le  Catalogue 

des  actes  de  Louis  VIII ,  de  1223  à  1226.  Les  éditeurs  du  tome 
XIX  des  Historiens  de  France  assurent  que  «  les  chartes  et  les 
«  ordonnances  de  Louis  VIII  ne  sont  pas  nombreuses  ».  // 
flou*  suffira  de  faire  remarquer  que  notre  Catalogue  comprend 
463  numéros  ;  les  actes  de  ce  règne  de  quarante  mois  sont  donc 
proportionnellement  beaucoup  plus  nombreux  que  ceux  du  règne 
de  Philippe- Auguste^.  La  source  la  plus  abondante  où  nous  ayons 
puisé  est  naturellement  le  Trésor  des  chartes.  Pour  Vépoque  qui 
nous  occupe,  on  sait  que  les  pièces  des  layettes,  sauf  celles  du  sup- 
plément,  ont  été  publiées  par  Teulet.  C'est  le  registre  E  de  Phi- 
lippe-Auguste (JJ.  26  des  Arch.  nat.)  qui  a  été  employé  par  les 
clercs  de  Louis  VIII;  certains  feuillets  perdus  peuvent  être  recons- 
titués à  Vaide  du  registre  F  (9778  du  Fonds  latin)  qui  est  une 
copie  de  E;  le  registre  JJ.  31^  compilation  faite  sur  l'ordre  de  saint 
Louis,  nous  a  été  très  utile  aussi.  Le  33.  30a  et  le  JJ.  Tlb  sont  des 
recueils  d'actes  relatifs  au  Midi;  il  faut  y  joindre  le  Manuscrit 
additionnel  17308  du  British  Muséum,  registre  du  commencement 
du  XIV®  siècle,  contenant  des  documents  relatifs  à  Vancien  comté 


1.  Le  «  Premier  Cartulaire  d'Artois  »  est  le  registre  B.  1593  des 
Archives  du  Nord.  Quant  au  Deuxième  Cartulaire  (B.  1594),  il  est  très 
mutilé  et  ne  contient  plus  les  chartes  de  Louis  de  France  que  signale 
Godefroy. 

2.  M.  Delislc  a  recueilli  2262  actes  de  Philippe-Auguste,  qui  a  régne 
quarante-quatre  ans.  Ajoutons  que,  pour  le  choix  des  actes  dont  se 
compose  notre  Catalogue,  nous  avons  adopté  la  méthode  qui  a  été  suivie 
par  cet  érudit,  et  qui  nous  a  semblé  légitime  et  profitable. 


INTROtlUCTIO.N  XI 

de  Toahase;  les  pabUcalions  de  textes  f&Uen  dan»  la  nouvelle 
édition  de  THistoire  du  Languedoc  ne  rendent  pas  complètement 
inalile  le  dépoaillement  de  ces  recueils.  Quantaus  autres  registres 
du  Trésor,  ils  ne  contiennent  que  peu  d'actes  de  Louis  VlII. 

Nous  avons  compuUé  également  avec  profil  une  partie  des  séries 
H,  K,  L,  M,  P,  Rets  des  Archives  nationales,  les  recueils  d'ori- 
ginaux on  de  copies  el  les  cartutaires  des  Fonds  lalin  el  français  de 
la  Bibliothèque  nationale,  ainsiqae  lesgrandes  collections  des  wn' 
el  xvtu*  siècles:  celles  g  n'ont  formées  Baluze,  Doal  et  dom  Grenier, 
celle*  ij ai  portent  les  noms  de  Brienne  el  de  Moreau  nous  ont  été 
particulièrement  précieuses^.  Il  y  a  aussi  des  actes  de  Louis  VI II 
dans  les  Archives  di5  parte  m  en  ta  tes  du  Nord,  da  Pas-de-Calais,  de 
l'Aisne,  tans  compter  les  dépôts  gue  M.  Delislea  visités  pour  for- 
mer son  Cartulaire  normand.  Quelques  inventaires  t/'Archives 
communales  e(  hospilalièrea  (i4ni/en.T,  Douai,  Senlis,  elc-,  Hôtel- 
Dieu  de  Paris,  Sainl-Jean  de  Pont-Audemer),  contiennent  égale- 
ment des  mentions  d'actes  de   Louis  VIII.  Quant  aux  collections 

}  de  Fonteneau  (à  la  Bibliothèque  de  Poitiers)  et  d'Afforly  {à  celle 
de  Senlis],  elles  ne  nous  ont  presque  rien  fourni  de  neuf,  non  plus 

[  que  Us  manuscrils  du  Britisb  Muséum. 

La  diplomatique  de  Louit  VI 11  est  trop  sensiblement  identique 

'  k  celle  de  Philippe-Auguste  pour  qu'il  soit  utile  d'en  retracer 
les  régies,  après  les  tr.ivaux  de  M.  Delisle.  La  seule  différence 
grave  est  dans  la  manière  de  compter  les  années  du  règne.  «  Phi- 
Il  lippe-Auguste  fainaîl  partir  du  Jour  da  sacre  les  années  de  son 

•  régne,  nous  dit  M.  Delisle;  c'était  le  système  que  suivait  saint 
I  Louis,  el  nous  en  retrouvons  l'emploi  constant,  non  seulement 

•  à  la  chancellerie  des  papes,  mais  encore  à  la  chancellerie 
i  des  rois  d'. Angleterre',  a  Nous   crayons   que    la   chancellerie 

de  Louis  VI II  n'a  pas  suivi  cette  règle.  Considérons,  en  effet, 
;  le  n°  203  de  notre  Catalogue;  c'est  un  acte  par  lequel  Louis 
VIII  approuve  les  décisions  de  l'évèque  de  Sentis  relatives 
au  règlement  de  l'abbaye  de  l»  Victoire.  Cet  acte,  dont  nous 
n'avons  pas  l'original,  est  cerluinemenl  authentique  el  il  n'y  a  pas 
lieu  de  se  défier  de  la  date,  qui  est  la  même  dans  le  Cartulaire  de 
'   Saint-Victor,  dans  les  copies  d' A fforty  faites  d'après  l'original, 


1.  \oua  rappelons  ici  une  fois  pour  toutes  que  l'abbè  Dccamps  a  fait 

n  Cartulaire  du  n'-^ne  de  Louis  VlII,  ne  contonantque  desactes  faciles 

[  à  retrouver  autre  part.  {Uih.  nul..  Culleci.  Drcamm,  vol.  ai).  Ce  car- 

^  tul^re  est  reproduit  dans  les  volumes  37  et  38  de  la  Collection  Fon- 

I  laniea.  Nous  avons  jugé  inutile  de  citer  ces  Cartulairos  dann  noire 

Calaloftue. 

".  Cal'il.  (le."  nclfs  de  l'/iil.-.\u;/.,  Inti-ml.,  u.W. 


Xn  INTRODUCTION 

et  dans  le  GalUa  christiana.  Cette  date  est  :  Donné  à  Paris,  Tan 
de  rincarnation  1225,  la  3"  année  de  notre  règne.  Si  la  première 
année  du  règne  de  Louis  VIII  commence  le  jour  de  son  sacre, 
c'est-à-dire  le  6  août    1223,  l'acte  en  question  est  au  plus  tôt  du 
6  août  1225.  Mais  le   même  Cartulaire  de  Saint-Victor  donne  : 
V  l'acte  de  Vévêque  de  Sentis,  daté  du  mois  de  juillet  1225,  ce  qui 
permet  déjà  de  supposer  que  la  charte  de  Louis  VIII,  expédiée 
manifestement  en  même  temps,  est  aussi  du  mois  de  juillet;  2°  un 
acte  de  l'abbé  de  la  Victoire,  daté  également  du  mois  de  juillet,  et 
qui  mentionne  clairement  et  expressément  la  charte  royale  *.  Nous 
pouvons  donc  dire  que  les  années  du  règne  de  Louis  VII f  com- 
mençaient le  lA  juillet,  date  de  son  avènement.  Si  nous  n'avons 
qu'un  acte  qui   le  prouve,  en  revanche  il  n'y  en  a  point  qui 
démontre  le  contraire.  Il  est  d'ailleurs  tout  naturel  que  le  système 
adopté  par  la  chancellerie  de  Philippe- Auguste  ait  été  modifié  en 
1223.  On  sait,  en  effet,  que  Philippe- Auguste  a  été  sacré  le  l"/jot'. 
1179,  du  vivant  de  son  père,  et  selon  M.  Delisle  il  a  commencé  à 
expédier  des  actes  comme  roi  de  France  avant  le  18  sept.  1180, 
date  de  la  mort  de  Louis  VII.  Louis  VIII  na  été  ni  sacré  ni  cou- 
ronné du  vivant  de  son  père;  au  contraire,  après  son  avènement, 
il  a  attendu  plus  de  trois  semaines  avant  de  se  faire  sacrer  ;  il 
n'avait  pas  besoin  de  se  hâter  :  la  transmission  du  pouvoir   royal 
s'était  faite  sans  aucune  difficulté.  Louis  VIII  commença  à  régner 
dès  que  Philippe-Auguste  eut  expiré.  Voilà  pourquoi  la  première 
année  de  Philippe-Auguste  commence  à  son  sacre  et  pourquoi  Ui 
première  année  de  Louis  VIII commence  à  son  avènement. 

Nous  avons  rejeté  un  certain  nombre  d'actes  indûment  attribués 
au  temps  de  Louis  VIII  par  les  auteurs  de  la  Table  des  diplômes, 
par  Decamps,  dans  son  Cartulaire  manuscrit,  par  des  érudils 
comme  Chantereau-Lefehvre,  Laurière,  etc.  Le  plus  important  de 
ces  actes  est  une  prétendue  «  Tresve  pour  trois  ans  entre  les  roys 
«  Loys  huictiesme  et  Henry  d'Angleterre  en  juin  1225^».  Cette 
trêve  est  de  juin  1228. 

Nous  avons  pu  joindre  en  somme  bon  nombre  d'actes  inédits 
intéressants  aux  chartes  de  Louis  VIII  publiées  déjà  dans  les 
divers  recueils  d'érudition,  et  qui  n'avaient  pas  toujours  été  elles- 
mêmes  examinées  de  près.  Dans  notre  Catalogue  figurent  seuls  les 
diplômes,  lettres,  mandements  et  notices  émanant  de  la  chancel- 
lerie royale  ou  constatant  des  engagements  pris  envers  le  roi.  Bien 
entendu,    les  sources  précédemment  énumérées  nous  ont  fourni 

1.  j\rrh.  nal.,  LL.  1450a,  f«»  207  et  208. 

2.  Du  Tillet,  liecueil  des  Traitez  d'entre  la  France  et  V Angleterre,  22. 


INTRODUCTION  XIII 

aussi  d^ autres  documents  très  utiles;  par  exemple  des  enquêtes,    Enquêtât, comptef, 
que  nous  avons  énumérées  dans  un  cataloque  spécial;  un  compte  ***** 

de  1226;  la  liste  des  gîtes  royaux  ;  des  chartes  intéressant  indi- 
rectement notre  sujet.  Les  Scripta  de  Feodis  édités  dans  le  tome 
XXI II  des  Historiens  de  France,  les  Jugements  de  l'Échiquier  de 
Normandie,  publiés  pfir  M.  Delisle,  etc.  nous  ont  fourni  aussi 
de  précieuses  indications. 

Les  documents  pontificaux  ont  été  pour  nous  une  véritable  mine   Documenu  poniifi- 
de  renseignements  sur  la  politique  générale.   Malheureusement  le  ***"*' 

registre  d'Innocent  III  relatif  à  Van  X^W  est  perdu ,  et  les  registres 
des  années  1215-1216  ne  nous  sont  connus  que  par  un  inventaire^ . 
Les  actes  d" Ilonorius  III,  sans  parler  du  regeste  de  Potthast,  ont 
été  Vobjet  de  deux  publications  considérables,  mais  sujettes  a 
caution  :  l'abbé  Pressutti a  fait  un  regeste  qui  s'arrête  actuellement 
au  mois  de  juillet  1221,  et  Iloroq  a  édité  in  extenso,  d'après  di- 
verses sources^  et  particulièrement  d'après  les  copies  de  La  Porte 
du  Theilj  un  grand  nombre  de  bulles  de  1216  à  1226.  Ces  travaux 
ne  nous  dispensaient  pas  de  recourir  aux  manuscrits,  ou  du  moins 
aux  copies  du  British  Muséum  et  delà  Bibliothèque  nationale.  On 
trouvera  parmi  nos  pièces  inédites  une  lettre  adressée  par  Ilono- 
rius  III  à  Louis  VIII  au  sujet  de  sa  politique  extérieure. 

Le  fils  de  Philippe- Auguste  a  entretenu  avec  l'empereur  des  Documenu  aile- 
relations  amicales,  que  nous  fait  connaître  le  grand  recueil  publié  mand»  «t  angiaif. 
par  M.  Huillard-Dréholles.  Il  a  été  surtout  en  relations  belli- 
queuses presque  constantes  avec  les  Plantagenets,  et  il  a  dominé 
pendant  plus  d'un  an  sur  une  grande  partie  de  l'Angleterre.  Les 
documents  anglais  ont  donc  été  pour  nous  d'une  extrême  impor- 
tance. 

Pour  l'époque  oii  a  vécu  Louis  VIII,  la  Record  Commission  a 
publié  il  y  a  longtemps  déjà,  outre  une  édition  considérablement 
augmentée  des  Fœdera  de  liymer,  les  Rotuli  hundredorum,  les 
Rotuli  chartarum,  les  Rotuli  litterarum  clausarum,  etc.;  elle  a 
édité  aussi  les  Rotuli  litterarum  patentium  du  règne  de  Jean  sans 
Terre.  Nous  avons  dépouillé  au  Record  Office  les  rôles  de  Lettres 
patentes  des  dix  premières  années  de  Henri  III,  ainsi  que  les  Pipe- 
rolls  [comptes  des  revenus  royaux)  pouvant  nous  renseigner  sur 
l'expédition  de  1216,  le  Red-bookof  Kxchequer,  enfin  les  Royal- 
letters,    collection    de   lettres   missives    du  plus   haut    intérêt^. 


1.  Voyez  l'article  de  M.  Delisle  dans  la  Bib.  Ec.  Ch.,  XXXIV,  398  et 
suiv. 

2.  La  publication    des  Koynl   lelters    il/uslrative  of  the  reign  of 
Henry  III  par  Shirley  n'est  pas  intégrale. 


Xnr  INTRODJ^CTION 

Les  autres  fonds  du  Record  Office  que  nous  avons  pu  consulter 
ne  nous  ont  rien  fourni.  Nos  recherches  au  British  Muséum  et 
dans  les  diverses  bibliothèques  d^Oxford  et  de  Cambridge  n'ont 
pas  été  très  fructueuses.  ^ 

A  côté  des  pièces  d'archives,  il  faut  rappeler  aussi  l'existence 
des  documents  diplomatiques  importants  que  nous  ont  conservés 
les  chroniques  anglaises;  tel,  par  exemple,  le  long  exposé  des  pré- 
tentions de  Louis  de  France  à  la  couronne  d'Angleterre,  fait  par 
les  agents  qu'il  avait  envoyés  à  Rome,  et  que  Roger  de  Wendover 
a  conservé  presque  certainement  sous  sa  forme  authentique,  Si- 
gnalons aussi  ce  curieux  Bradons  Note-book,  découvert  par 
M.  Vinogradoff  et  édité  par  M,  Maitland;  qu'il  s'agisse  ou  non 
du  propre  cahier  dénotes  du  jurisconsulte  Bracton,  ce  recueil 
nous  renseigne  sur  les  plaids  des  premières  années  de  Henri  III y 
que  nous  ne  connaissons  pas  autrement. 

Nous  devons  une  mention  particulière  au  Catalogue  ou  plutôt  à 
l'ensemble  de  Catalogues  publié  par  Ayloffe  en  1774;  nous  y 
avons  trouvé  l'indication  d'actes  très  importants  de  Louis  de 
France,  des  rois  d'Angleterre  et  d'Ecosse  et  des  barons  anglais^ 
actes  qui  étaient  déposés  les  uns  à  Berwick,  les  autres  à  Chapter- 
Ilouse,  et  qui  ont  disparu. 

Nous  ne  pouvons  malheureusement  pas  certifier  qu'on  ne  puisse 
trouver  après  nous,  au  sujet  de  l'expédition  de  1*205,  d'importants 
documents  inédits.  Il  y  a  quelques  années,  M,  Ch.  V.  Langlois  a 
mis  par  hasard  la  main,  au  Record  Office^  sur  une  liasse  de  pièces 
originales  où  il  a  trouvé  un  document  qui  intéresse  l'histoire  de 
Louis  de  France.  Mais  quand  nous  sommes  arrivé  à  Londres ,  on  ne 
laissait  plus  les  travailleurs  examiner  en  liberté  ces  innombrables 
parchemins  de  la  Chancellerie^  (jrui  ne  sont  pas  même  estampillés  ; 
eussions-nous  eu  l'autorisation  d'en  prendre  connaissance,  l'ab- 
sence d'inventaire  et  de  classement  quelconque  nous  aurait  con- 
damné à  des  recherches  pour  ainsi  dire  infinies.  Subsiste-t-il 
d'ailleurs  beaucoup  de  chartes  de  Louis  de  France  en  Angle- 
terre? N'a-t-on  pas  eu  soin  au  contraire  de  les  supprimer  presque 
partout,  après  Véchec  final  de  ses  prétentions?  Nous  inclinons  à 
admettre  cette  dernière  hypothèse,  vu  sa  vraisemblance  et  vu 
l'extrême  rareté  de  ces  actes  dans  les  collections  du  British  Mu- 
séum et  des  diverses  bibliothèques  que  nous  avons  visitées. 
Importance  £•;,  pésumé,  Ics  documcuts  diplomatiques  relatifs  à  l'histoire 

d'arehiTes.  du  fils  de  Philippe- Augustc  sont  aussi  nombreux  que  dispersés. 
Ils  sont  non  seulement  les  plus  sûrs  de  tous,  mais  souvent  aussi 
les  plus  importants.  Ce  sont  eux  seuls  qui  nous  permettent  d'ap- 
précier le  rôle  joué  par  Louis  de  France  à  la  cour  de  son  père  et 


INTRODUCTION  XV 

en  Artois,  et  de  connaître  Vétai  des  institutions  monarchiques  au 
moment  ou  saint  Louis  va  monter  sur  le  trône.  Ce  sont  eux  qui 
nous  dévoilent  la  politique  complexe  du  Saint-Siège  et  la  situa- 
tion exacte  du  Midi  pendant  les  croisades  en  Albigeois,  Ce  sont 
eux  enfin  qui  nous  montrent  les  causes  des  revers  et  des  succès  de 
Louis  dans  les  diverses  phases  de  sa  lutte  avec  les  Plantagenets  ; 
ils  nous  renseignent  d*une  façon  particulièrement  précise  et  claire 
sur  les  rapports  de  la  France  et  de  V Angleterre  de  1223  à  1226. 
Nous  aurions  voulu  que  les  archives  d'outre-mer  nous  donnassent 
plus  de  pièces  relatives  à  r expédition  de  1216,  si  spécialement 
attrayante  pour  notre  curiosité  ^  en  compensation,  ce  grand  événe- 
ment a  été  très  copieusement  raconté  dans  des  chroniques  souvent 
de  premier  ordre. 


II. 


LES    CHRONIQUEURS. 

Si  le  xiii"  siècle  a  vu  naître  en  France  V historiographie  offi- 
cielle,  il  n'est  pas  certain  que  dès  le  règne  de  Philippe- Auguste 
les  moines  de  Saint-Denis  aient  commencé  à  recueillir  des  notes 
sur  les  événements  qui  intéressaient  l'histoire  monarchique,  et 
rien  ne  permet  de  supposer  qu'ils  l'aient  fait  sous  le  règne  de  Louis 
VIII.  Malgré  tout,  avec  l'œuvre  de  Bigord  commence  une  série  de 
chroniques  dont  les  auteurs  étaient  évidemment  en  relations 
étroites  avec  la  royauté  et  dont  il  nous  faut  parler  d'abord. 

Bigord  a  dédié  la  seconde  rédaction  de  ses  Gcsta  Philippi  a  chroniqnei 
Louis  de  France  \  il  s'est  montré  cependant  bien  avare  de  détails  **  ^^'^'^^J^"  '^**^*' 
sur  la  jeunesse  de  V héritier  royal.  On  sait  qu'il  a  cessé  d'écrire 
au  moment  oii  ce  dernier  arrivait  à  l'âge  d'homme.  Guillaume  le 
Breton^  au  contraire,  a  vécu  au  moins  jusqu'en  \22i;  la  Conclusïo 
exhorlativa  qu'il  adressa  à  Louis,  en  terminant  sa  Philippide, 
a  été  évidemment  composée  au  moment  de  la  campagne  de  Poitou. 
Le  vieux  chapelain  n'a  pas  entrepris  de  raconter  le  règne  de 
Louis  VIII,  il  s'est  donné  seulement  la  facile  satisfaction 
d'en  prédire  après  coup  la  gloire  ;  mais  sa  Chronique  et  sa  Phi- 
lippide  nous  donnent  de  précieux  détails  sur  le  rôle  joué  par 
Louis  de  France  pendant  la  lutte  qui  se  termina  au  pont  de 
Bouvines  et  à  la  Boche-au-Moine.  Son  récit  des  expéditions  d'Al- 
bigeois et  d'Angleterre  est  écourté  et  insignifiant;  Philippe-Au- 
guste s' étant  désintéressé,  au  moins  en  apparence,  de  ces  cam- 


XVI  INTRODUCTION 

pagnes j  son  fidèle  historiographe  Va  imité  ^,  Des  œuvres  de  Rigord 
et  de  Guillaume  le  Breton^  il  faut  rapprocher  /'Historia  regum 
Francorum  gui  s'arrête  en  1214;  V auteur  de  cette  bonne  chro- 
nique était  un  chaud  partisan  de  la  royauté  et  vivait  sans  doute  à 
Paris  ^, 

Nous  ne  connaissons  qu'une  seule  œuvre  consacrée  exclusive- 
ment au  règne  de  Louis  VIII  par  un  contemporain.  Ce  sont  les 
Gesta  Ludovici  VIII,  poème  épique  composé  vers  1228  par 
Nicolas  de  Brai,  qui  était  probablement  doyen  de  Véglise  de 
Brai'Sur  Seine ^.  La  valeur  historique  de  ce  poème  ne  peut  être 
comparée  à  celle  de  la  Philippide.  Il  est  court  et  incomplet,  au 
moins  sous  sa  forme  actuelle.  De  plus,  Nicolas  de  Brai  ne  nous 
renseigne  guère  que  sur  les  sièges  de  La  Rochelle  et  d'Avignon. 
Il  omet  complètement  des  faits  très  importants.  Enfin,  il  a  des 
prétentions  littéraires.  Il  est  nourri  de  la  lecture  des  poètes 
classiques,  surtout  d'Ovide,  et  il  a  le  talent  poétique  que  pouvait 
avoir  un  bon  élève  de  rhétorique,  au  temps  oit  les  élèves  de 
rhétorique  faisaient  des  vers  latins.  Son  œuvre  est  attifée 
d'oripeaux  mythologiques  tout  à  fait  ridicules.  Dès  le  moment 
où  le  christianisme  eut  triomphé  du  paganisme,  nous  trou- 
vons chez  les  poètes  les  plus  orthodoxes  cette  manie  de  puiser 
à  pleines  poignées  d'hexamètres  dans  la  collection  défraîchie 
des  souvenirs  classiques.  Mais  il  y  a  des  degrés  dans  toute  manie. 
Guillaume  le  Breton  use  sobrement  des  fictions  traditionnelles. 
Nicolas  de  Brai  s'en  enivre.  Non  seulement  des  personnages  allé- 
goriques comme  la  Discorde  et  la  Trahison,  mais  Louis  VIII 
lui-même  et  ses  conseillers  font  à  chaque  instant  d'interminables 
«  discours  latins  »  où  il  s'agit  d'Hercule^  de  Charybde  et  de 
Scylla.  Le  pape  s'exprime  comme  s'il  était  grand  prêtre  de  Ju- 
piter ;  au  moment  d'envoyer  en  France  un  nouveau  légal,  il  lui 
adresse  un  bien  étrange  discours  ^  Tisiphone,  Alecto,  Mégère  et 
Érinnys  régnent  sur  la  Provence,  dit-il,  et  il  ajoute  : 

Unde  necessc  foret  ut  Jupiter  Amphilryonis 
In  thalamis  rumus  geminaret  tempora  noctis, 

1.  Pour  plus  de  détails,  nous  renvoyons  à  la  notice  que  M.  Dela- 
borde  a  placée  en  tète  du  tome  II  de  son  édition  de  Rigord  et  de  Guil- 
laume le  Breton. 

2.  Notice  de  M.  Molinier,  Monum.  Germ.,  Script.^  XXVI,  394. 

3.  Notice  de  Holder-Egger,  Af.  G.,  XXVI,  479.  Voyez  dans  .4 rc/*. 
hist.  du  Poitotty  IX,  361-362,  une  lettre  adressée  par  Besly  aux  frères 
S*«  Marthe  en  1642.  Besly,  collaborateur  d'André  Duchesne,  avait  pré- 

Êaré  la  première  édition  des  Gesta.  C'est  à  la  négligence  de  François 
(uchesne  qu'est  probablement  due  la  perte  des  manuscrits  dont  Besly 
s'était  servi. 


INTRODUCTION 


nribu 


Uptm 


tût  monstra  fugaret 


S  grave,  c'esl  que  celle  préoccupation  constante  d 

e  épopée  virgilienne  et  de  peindre  Louis  VII!  sous  les  mêmes 

traits  r/a'un  héros  anlîtjue,  ôteau  poôme  de  .Wicolas  toute  coateur, 

mte  précision,  toute  apparence  de  vérité.  Les  écrivains  du  xvii' 

ïcte  se  représentaient  les  guerriers  d'Homère  sous  ta  figure  de 

princes  valeureux  el  charmants  ;  le  grossier  iVéoploléme  devient 

odans  les  vers  de    Racine  le  galant  Pyrrhus.   H  se  passe  dans 

iprit  de  iVicolas  de  Brat  un  phénomène  inverse;  il  prête  aux 

•nmes  el  aux  choses  de  son  temps  la  forme  classique  dont  Védu- 

)  revêtu  ses  conceptions,  el  Louis  VIII  devient  dans  son 

lagination  an  «  magnus  Alexander  «. 

"aut-il donc,  avec  Brial'  et  les  auteurs  de  /'Histoire  littéraire 

de  la  France",  dénier  toute  valeur  à  cette  ceavre?  Tel  n'est  pas 

notreavis.  Nicolas  a  déformé  les  événements  qu'il  raconte,  mais 

il  les  a  vus.  Il  a  assisté  en  personne  au  siège  d'Avignon  et  la 

^^•narralion  qu'il  en  fait  contient  g uelgues  passages  vraiment  in- 

^^fliressants,  malgré  l'absence  complète  de  précision  dans  l'expres- 

^^B-n'on.  Enfin,  çà  el  là  se  manifestent  des  sentiments  personnels  à 

^^HTaateur  et  d'une  sincérité  évidente.  Nous  n'avons  donc  point  né- 

^^^ffligè  cette  source  de  l'histoire  de  Louis  VIII. 

^^B*    Quant  aux  Geata  Ludovici  octavi  en  prose,  ouvrage  anonyme 

^^Bflu'oR  cite  encore  parfois  comme  la  principale  narration  du  régne 

^^M^e  Louis  VIII,  c'esl  une  compilation  sans  valeur  et  sans  utilité. 

^^Ptfonf  Waitz  a  renversé  la  réputation  usurpée*.  Ce  savant  a  voulu 

^^^  établir  que  les  Gesta  avaient  été  composés  par  Guillaume  de 

Nangis  pour  combler  le  vide  que  son  Histoire  de  S.  Louis  et  la 

Chronique  de  Gaillaume  le  Breton  laissaient  entre  elles.  Celte 

^^  supposition  est  évidemment  très  contestable,  mais  Waitz  a  démon- 

^^ÊJté  solidement  ses  deux  autres  propositions:  l' LesGesla  sont  une 

^^meompitation  très  postérieure  au  temps  de  Louis    VIII.  ^^  Leur 

^^Ktafeur  »  connu  el  utilisé  le  Spéculum  faistoriale  de   Vincent  de 

Beauvais.  Waitz  aurait  dû  apercevoir  aussi  les  rapports  étroits 

qui  existent  entre  les  Gesla  el  la  Chronique  de  Tours.  Pour  notre 

pari,  l'étude  comparative  de  ces  trois  textes  nous  a  amené  aux 


,  i.  Vers  1000  à  1009. 

3.  H.  F.,  XVII,  pri<face.  vu. 

a.  Tome  XVI,  192-3. 

>.  Neues  Archiv,  V,  106  et  suiv.  Dom  Brial  avait  dèiâ  remarqué 

B  lès  Getta  étaient  en  partis  copiés  sur  la  Chronique  de  Tours  {H.  F., 
jEVni,  pn-face,  xii). 


Cil.  PrriT-DuTAiLLW.  I\^gne  de  Louis  Ytll, 


XVllI 

conclusions  s 


INTRODUCTION 


livanles  :  l'auteur  des  Gesta  n'est  certainement  pat 
mtemporain  de  Louis  VII f;  lorsqu'il  lui  arrive  de  changer 
le  texte  iju'il  copie,  il  trahit  lui-même  l'époijae  où  il  écrit;  il  rem- 
placera par  exemple  le  mot  contilîum  i/a'emploie  le  chroniqueur 
de  Tours,  par  le  mol  parlamenlum,  qui  n'était  pas  encore  d'usage 
an  temps  de  Louis  VIII  pour  désigner  les  assemblées  royales. 
Pour  les  années  V2'2i,  1224,  Ï22j,  le  compilateur  a  copié,  abrégé, 
ou  déformé  la  Chronique  de  Tours;  Ha  seulement  emprunté  àV in- 
cent  de  Deauvais  queb/aes  détails  sur  la  généalogie  de  Louis  VIII, 
sur  les  événements  d'Albigeois  et  de  Poitou  en  1224.  Pour  l'année 
1226,  ('(  cesse  d'utiliser  la  Chronique  de  Tours  et  copie  le  récit  de 
Vincent,  en  omettant  quelques  détails.  Bref  les  Gesta  Ludovic! 
VIII  n'auraient  de  valeur  que  si  nous  avions  perdu  les  deux  autre» 
textes.  ' 

La  Chronique  de  Tours  a  pour  auteur  an  chanoine  de  Saint' 
MartindeTours;sansdouteétait-cele  chanoine  PéanGAtineau, déjà 
connu  pour  d'autres  ouvrages.  Depuis  les  premières  années  da 
xm°  siècle  jusqu'en  1220,  les  mentions  originales  de  celte  chronique 
ne  concernent  que  l'histoire  locale  ;  le  reste  est  emprunté  à  Robert 
d'Auxerre.  Depuis  1221,  c'est  une  chronique  entièrement  origi- 
nale et  du  plus  haut  intérêt.  L'étude  des  manuscrits  montre  que 
l'auteur  a  interrompu  son  travail  en  1223'.  C'est  évidemment 
cette  première  partie  qui  a  servi  au  compilateur  des  Gesla.  La 
chronique  a  été  ensuite  poursuivie  Jusqu'en  1227,  probablement 
par  le  même  auteur.  Ce  chanoine  de  Tours  était  un  homme  intel- 
ligent et  consciencieux;  Ua  vu  Louis  VlIIde  très  près  à  plusieurs 
reprises  et  était  parfaitement  au  courant  des  affaires  monarchiques. 
Son  œuvre  est  bien  supérieure  aux  autres  chroniques  françaises 
de  la  même  époque. 

Le  Spéculum  hîsloriale  de  Vincent  de  Beauvais  n'a  pas  de  va- 
leur originale  Jusqu'en  1223.  Pour  les  trente  premiers  mois  da 


1.  M.  Delaborde  a  voulu  réfuter  (empiétement  en  1880  les  conclu- 
sions de  Waiti  (fltW.  de  l'Éc.  des  Charles,  XLI,  68  et  suiv.).  11  a  parfei- 
tement  montré  que  l'attribution  des  Gesla  h  Guillaume  do  Nangis  est 
peu  plausible;  mais  il  ajoutait  que  cet  opuscule  était  tout  simplement 
le  recueil  des  notes  prises  au  jour  le  jour  par  les  moines  de  Saint-l)enig 
pendant  le  règne  de  Louis  Vlll  ;  les  bévues  que  contiennent  les  Gesla 
rendent  cette  hypothèse  inadmissible;  M.  Delaborde  y  a  du  reste 
renoncé  dans  ses  Noies  sur  GuMiume  de  Nangis^  oii  il  suppose  que 
les  Gtsta  ont  été  fabriqués  en  1286-1287  (Bib.  lie.  Ch.,  Xl.lV,  192  et 
suiv.).  Sur  le  ms,  latin  5925,  qui  contient  les  Gesla,  voy.  un  art.  de 
M.  Delisle,  Mém.  Soe.  Hist.  Paris.  IV,  208-212. 

S.  André  Salmon,  Notice  placée  en  tête  de  son  édition  des  Chro- 
niques de  Tovraine,  xvi  et  suiv. 


INTRODUCTION  XIX 

¥•  régne  de  Louis  V/II,  Vincent  a  évidemment  abrégé  la  première 
W/tArtie  de  la  Chronique  de  Tours,  mait  il  y  a  ajoaté  des  détails 
loavenl  intéressants.  Enfin,  nous  croyons  i/u'il  a  raconté  les  évé- 
s  de  1326  d'après  ses  notes  personnelles,  peu  abondantes, 
tais  1res  précises.  Bien  qu'il  n'ait  publié  son  Spéculum  bistoriale 
qu'en  1244,   Vincent  était  déjà  un  homme  fait  sous  le  règne  de 
Louis  Vl/f  ',  et  pouvait  prendre  intérêt  à  noter  les  grands  évé- 
nements. On  n'a  pas  accordé  jusqu'ici  assez  d'attention  A  l'œavre 
\  historique  de  Vincent  de  Beaavais,  qui  était  en  honneur  au  xiu' 
fnécle  '. 

Les  chroniqueurs  que  nous  venons  d'énumérer  vivaient  aux  côtés 

Ide  Philippe-Auguste  et  de  Louis  VIII  ou  tout  aa  moins  ont  dû 

lavoir  sur  l'histoire  monarchique  des  informations  puisées  aux 

lionnes  sources,  grâce  à  leur  situation  parlicu  Hère,  à  leurs  rela- 

lHons,  à  la  proximité  de  certaines  résidences  aimées  des  Capétiens  ; 

s  vivaient  dans  l'atmosphère  royale.  Avec  U  Chronique  da  cha- 

toinede  Laon,  qui  s'arrête  en  1219,  nous  nous  éloignons  déjà; 

fies  erreurs  qu'on  trouve  dans  celle  isavre  suffisent  A   nous  en 

^avertir.  Cependant  le  chanoine  de  Laon,  étant  d'origine  anglaise, 

i  quelques  renseignements  très  intéressants  sur  l'expédition  de 

'  1216.  Son  œuvre  a  été  ulilisée  et  augmentée  par  liobcrt  d'Auxerre 

et  ses  continuateurs " .  C'est  dans  l'Est  aussi  qu'a  été  composée  la 

Chronique  d'Auhri  de  Trois  fontaines.  Aubri  était  champenois  et 

vtn  fEUvre  a  été  interpolée  par  un  moine  de  Hui  prés  de  Liège*. 

Si  nous  avani;ons  maintenant  vers  le  Nord,  nous  rencontrons  en 

^Artois  el  en  Flandre  des  œuvres  d'une  haute  importance.   Voici 

li'gbord  nii^toire  des  ducs  de  Normandie  cL  des  rois  d'Angleterre 

i  la  Chronique  de  l'Anonyme  de  Béthune.  Nous  nous  contenterons 

e  résumer  ici  l'étude  que  nous  avons  faite  ailleurs  de  ces  deux 

feavre»  écrites    l'une  et  l'autre  en  langue  vulgaire,  originaires 

toutes  deux  d'Artois  et  si  étroitement  apparentées  qu'on  peut  les 

■ffn'j6uer  à  on  même  auteur^. 


i.  Voy.  la  Notice  de  Daunou  dans  Vlfistoire  Littéraire,  XVIII,  449 
H  suiv.,  et  un  article  do  Natalis  de  Wailly,  Bib.  Èe.  Ch.,  !■  série,  1, 
189  et  suiv. 

S.  C'est  d'après  Vincent  de  Beauvais  (|ue  le  compilateur  connu  sous 
's  nom  de  Ménestrel  d'Alfonse  de  PoitLCfï^  a  raconté  en  langue  vulgaire 
8  r6gno  de  Louis  VIII;  la  traduction  e^t  à  peu  prés  textuelle.  En  re- 
nncne,  ce  sont  les  Gestn  Ludoviei  VIll  qui  sont  traduits  dans  les 
Sriindet  Chroniques  de  Saint-Denis. 

3.  M.  G-,  XXVI,  219  (Notice  de  Holder-Egger  sur  Robert  d'.^uierre), 
rt  m  (Notice  de  Waitz  sur  la  Chronique  de  Laon). 

i.  M.  C,  XXIII,  631  i  673,  notice  de  P.  SchefFer-Boichorst. 

B.  Hewe  historique,  sept. -octobre  1892,  63  et  suiv. 


:X  INTRODUCTION 

La  Chronique  de  l'Anonyme  de  Bélhone,  inédite  encore  et  con*^ 


nue  par  un  seal  mAnuncrit  qui  a  éléacqais  en  1891  pour  ta  Bi- 
bliolhèque  nationale,  esl  originale  et  indépendante  des  aulrt 
chroniques  connues  depuii  1185  juiqa'en  1199.  A  partir  dt 
ravénement  de  Jean  sans  Terre  juqu'en  février  1217,  date  où  elié] 
s'interrompt  brusquement  dans  notre  manuscrit,  elle  offre  di 
ressemblances  manifestes  avec  /'Histoire  des  ducsdeNormandieetj 
des  rois  d'Angleterre.  Ce  dernier  ouvrage,  publié  dés  1840  et 
peu  utilisé  jusqu'ici  par  les  historiens,  est  an  des  plus  intérêt- 
sanis  qu'on  paisse  lire  sur  les  vingt  premières  années  du  iiii' 
siècle.  Depuis  1199,  date  où  il  devient  original,  jusqu'en  1216,  t( 
nous  donne  les  plus  curieui  détailssur  la  vie  de  Jean  sans  Terrt 
et  spécialement  sur  ses  rapports  avec  les  Flamands.  L'aulear 
était  certainement  un  familier  de  Hoberl  de  Béthune,  pauvre  cadeti 
de  famille  venu  d'Artois  pour  se  mettre  au  service  du  roi  Jean. 
Au  moment  où  ce  prince  apprit  l'heureux  débarquement  de  Louit 
k  Sandwich  et  s'enfuit  vers  Douvres  (22  mai  1216),  il  est  probable 
que  Robert  de  Béthune  fit  comme  beaucoup  d'autres  et  passa  du 
côté  du  plus  fort;  dés  lors  jusqu'à  la  paix  de  Lambeth  en  1217, 
son  familier  ne  s'occupe  plus  qu'indirectement  des  Planfagenett, 
et  raconte  minutieusement,  souvent  jour  par  jour,  les  gestes  da 
parti  français.  Après  la  paix,  Robert  et  les  siens  se  rêconciliéreal^ 
avec  la  dynastie  angevine  et  la  chronique  reprit  son  premier 
caractère.  La  différence  capitale  qui  distingue  celte  Hîsloire  de* 
ducs  de  Normandie  et  des  rois  d'Angleterre  de  l'œuvre  récemment 
entrée  à  la  Bibliothèque  nationale  esl  que  la  première  omet  le* 
événements  qui  ne  concernent  point  l'Angleterre,  tandis  que  J!» 
seconde  esl  une  Hisloire  des  rois  de  France.  Pour  citer  seulemetU 
des  faits  qui  intéressent  notre  Élude,  l'Anonyme  de  Béthane  dannt 
sur  l'entrée  en  chevalerie  de  Louis  de  France,  sur  la  réunion  dt 
l'Artois  au  domaine  capétien  et  sur  la  guerre  de  dévastation  qui 
ruina  les  pays  flamands  en  1213-1214,  des  détails  qu'on  cherche- 
rait  vainement  dans  ^Histoire  des  rois  d'.Angloterre.  En  revanche^ 
comme  les  rapports  entre  Jean  sans  Terre  et  Philippe-Auguste 
ont  été  incessants,  des  pages  entières  de  l'œuvre  imprimée  se 
retrouvent  dans  l'œuvre  inédite,  sous  une  forme  seulement  plut 
concise.  Lorsque  l'Anonyme  de  Béthune  en  vient  à  narrer  I»  cam~ 
pagne  de  121B,  il  n'a  plus  qu'A  résumer  l'  Histoire  des  rois  d'An- 
(Çleterre;  il  se  contente  d'ajouter  A  son  abrégé  quelques 
gnements,  concernant  par  exemple  les  chevaliers  d'Artoia  qui' 
accompagnèrent  Louis  outre  Manche. 

Ces  deux  chroniques  sont  écrites  d'un  style  très  vif  en  mém*\ 


I 


INTRODUCTION  XXI 

Ûmpa  que  précis  et  en  mainls  passages  elles  af/eclent  msni/esle- 

e  caractère  d'un  témoignage  direct.  Nous  crot/ons  qu'elles 

ont  été  componées  foules  deux  par  an  ménestrel  attaché  au  service 

de  Boherl  de  Béthane;  U  a  fait  d'abord,  vers  1220,  son  Hisloire 

des  ducs  de  Normandie  et  des  rois  d'Angleterre  ;  puis  il  a  eu  l'idée 

d'élever  un  monument  analogue  aux  rois  de  France  et  a  écrit  pe a 

md  ouvrage.  Quoiqu'iten  soit,  ces  deux  chroniques 

tont  les  plus  précieuses  que  nous  ayons  pu  consulter  sur  la  jeu- 

~  nesse  de  Louis  de  France. 

Nous  rapprocherons  de  ces  œuvres  importantes  quelquespages 
en  langue  vulgaire,  dignes  d'être  un  jour  publiées,  que  nous  avons 
trouvées  dans  le  vol.  49  Je  la  Golleclion  Duchesne;  Duchesne  les  a 
tirée»  d'an  «  cahier  en  parchemin  de  ta  Bibliothèque  collégiale  de 
Saint-Quentin  «  et  les  a  intitulées  Fragment  de  l'hisloire  de  Philippe- 
Auguste.  Ce  fragment  commence  au  milieu  du  récit  de  la  bataille 
de  Bouvines  et  s'arrête  au  moment  où  Louis  de  France  lève  le  siège 
de  Douvres  en    1216;  il  semble  avoir  été    écrit  dans    la   région 
flamingo-artésienne,  probablement  dans  le  Calaisis.  L'auteur  s'in- 
téresse comme  l'Anonyme  de  Béthiine  aux  chevaliers  du  Nord.  Il 
noa»  fait  an  exposé  très  circonslanciéde  l'embarquement  des  troupes 
^^françaises  à  Calais  en  mai  12l(»  et  les  détails  donnés  sur  les  péri- 
^^^élies  de  la  traversée  doivent  provenir  d'un  témoin  oculaire.  La 
^^pUrrafion  de  la  bataille  de  Bouvines  est  également  très  développée. 
^^P    C'eslaussien  tangue  vulgaire  que  le  Touraaisicn  Philippe  Mous- 
^^  lui, contemporainde  Philippe- Auguste, de  lAiuisV  1 1 1  elde  S.Louis 
^m*'*  écrit  sa    longue  et  filandreuse   Chronique  rimée'.    Bien  que 
■    Ia  dernière  partie  de  son  œuvre  ne  soit  pas  aussi  originale  qu'on 
l'a  prétendu,  elle  ne  laisse  pas  de  nous  avoir  été  utile;  c'est  ainsi 
que  dans  les  quinze  cents  vers  consacrés  au  siège  d'Avignon  en 
J22ti,  Moasket  ne  craint  pas  de  citer  beaucoup  de  noms  propres 
4  de  donner  des  rcnseignement-i précis.  La  critique  à  laquelle  on 
feul  taumettre  ses  assertions  ne  lui  est  point  défavorable.  C'wl 
n  pauvre  poète,  qui  a  du  moins  ce  grand  mérite  à  nos  yeux  de  ne 
rifier  le  fond  à  h  forme;  an  ne  peut  retourner  contre 
î  la  déclaration  de  ce  contemporain,  qui,  dans  le  Prologue 
lé  d'une  Histoire  de  Philippe-Auguste  et  de  Louis  VIII  aujour- 

,  Sur  Mousket,  ToyotdeprèrérencBàlanolicede  M.  do  ReilTenberg: 
le  études  de  11,  C.  Un  Mortier,  parues  dans  les  Comptes  rendus  lirs 
t  de  la  CoMjmss.  royale  Hhisi.  de  lidniqw,  IX,  112-115,  et  X. 
6-48:  la  Prffnce  du  tome  XXII  des  Historiens  de  France;  les  notices 
a  Tobler  e\  de  Iloldcr-Egger,  M.  G..  XXVI,  718  et  euiv.;  un  article 
•  H.  Paul  Meycr  dans  les  Notices  et  extraits  des  maaiucrîts,  XXXU, 
^  p&rUe,  56,  63  et  suiv. 


XXn  INTRODUCTION 

d'hui  perdue,  s'engage  à  quitter  les  vers  pour  la  prose,  une  fois 
que  son  Prologue  sera  terminé  : 

Quar  anviz  puest  estre  rimée 
Estoire  ou  n'ait  ajostée 
Manconge  por  fere  la  rime*. 

Les  bonnes  chroniques  d'origine  septentrionale  sont  nombreuses 
à  Vépoque  de  Philippe- Au  g  us  le.  Signalons  encore  la  Chronique 
de  Hainaut  écrite  par  Gilbert  de  Mons,  qui  a  malheureusement 
interrompu  son  travail  en  1195;  la  continuation  de  la  Flandria 
generosa  faite  par  un  moine  de  Clairmarais  en  1214  et  1226  ;  enfin 
la  Chronique  d'Andres  et  les  Continuations  de  Sigebert  de  Gem- 
bloux. 
Ciiroûqnef  mért-         Arrivons  aux  chroniqueurs  qui  vivaient  dans  le  Midi  et  qui  ont 

""  ***  assisté  aux  croisades  d'Albigeois,  Le  «  pèlerinage  »  de  Louis  de 

France  en  1215  nous  a  été  raconté  par  Pierre  de  Vaux-Cernai,  le 
champion  de  l'orthodoxie,  le  fanatique  apologiste  de  Simon  de 
Montfort.  L'hérétique  non  moins  fougueux  qui  a  continué  la 
Chanson  de  Guillaume  de  Tudèle  avec  une  verve  si  tragique  men- 
tionne à  peine  cet  événement  ;  en  revanche  il  nous  décrit  avec 
force  les  débuts  sanglants  de  la  campagne  entreprise  en  121^  par 
le  fils  de  Philippe- Auguste,  et  il  termine  son  poème  en  excitant 
au  courage  les  Toulousains  assiégés.  Nous  voudrions  avoir  un  té- 
moignage de  ce  genre  pour  la  croisade  de  1226;  nous  n'avons  mal- 
heureusement que  les  relations  des  chroniqueurs  du  Nord,  les 
narrations  fantaisistes  des  historiens  anglais,  enfin  le  récit  de 
Maître  Guillaume  de  Puilaurent,  qui  a  écrit  une  Histoire  de  la 
France  méridionale  jusqu'en  1272;  Guillaume  de  Puilaurent,  qui 
a  eu  peu  ou  point  de  renseignements  sur  les  deux  campagnes  entre- 
prises par  Louis  du  vivant  de  son  père,  a  peut-être  assisté  à  celle 
de  1226;  son  récit  est  exact  ;  mais  sec  et  incolore.  Quant  à  /'His- 
toire de  la  guerre  des  Albigeois  en  prose,  on  sait  qu'il  ne  faut  voir 
là  qu'une  méchante  paraphrase  de  la  Chanson;  cette  composition, 
écrite  au  xv*  siècle,  n'a  aucune  valeur  historique^. 
chroniqaei  «n-  Lcs  sourccs  étrangères  nous  ont  peu  servi,  si  nous  exceptons  les 

*■*••••  chroniques  anglaises,  qui  sont  nombreuses  à  cette  époque  et  par- 

fois remarquables.  En  général,  elles  racontent  peu  exactement  les 
affaires  du  continent,  mais  elles  sont  pleines  de  précieux  rensei- 

1.  Romania,  VI,  498,  vers  105-107. 

2.  Sur  les  divers  chroniqueurs  méridionaux,  voyez  surtout  ï Intro- 
duction à  la  Chanson  de  la  Croisade^  par  M.  l^aul  Meyer. 


m 


INTRODUCTION  XXUI 

lementa  tar  l'expédition  de  1216  et  forment  an  fieareuar  compté' 

tenl  à  /'Hialoire  des  ducs  de  Normandie. 

Le*  excellentes  Chroniques  de  Roger  de  Hoveden  et  de  Baaul  de 

Hcet  s'arrêtent  en  1201  e(  donnent  seulement  quelques  détails 

iir  U  paix  da  Goulet  et  le  marinqe  de  Louis.  Pour  len  années  qui 

■uivenl,  les  œuvres  les  plus  importantes  .^onl  celles  da   Chanoine 

Barnwell,  de  Raoul  de  Cogqesfiallel  de  Roijer  de  Wendover. 

Ia  première,  qui  semble  oriqinale  de  1202  à   1225,  a  été  écrite 

vers  l'an  1227  dans  le  monastère  de  Barnwell,  près  de  Cambridge, 

par  un  homme  qui  avait  assisté  aux  grands  éoéitements  du  règne 

de  Jean  sans  Terre  sans  se  décider  à  prendre  bien  franchement 

tarti,  et  qaî  expose  ses  souvenirs  avec  clarté  et  modération'.  Le 

Ihronicon  unglicanum  de  I0G6  à  1227,  composé  au  mo)iastère  de 

'oggeshall,  a  été  conçu  dans  le  même  esprit.  H.  Stevenson,  gui  a 

publié  cet  oavrage  dans  les  Rolls  séries,  ne  s'est  point  donné  ta 

peine  d'en  déterminer  sérieusement  l'origine  ni  la  valeur.  D'après 

des   mentions  pourtant  fort  claires,   la  partie  importante  de  la 

chronique^  depuis  lï?i1  Jusqu'en  1227,  a  été  composée  par  Raoul, 

qui  est  devenu  abbé  de  Coggeshall  en  1207  et  a.  donné  sa  démis- 

tion  en  1218*.  Malgré  un  manque  de  proportions  tout  à  fait  ex- 

tessif  et  étrange,  malgré  quelques  contes  à  dormir  debout,  cette 

que  a  une  grande  valeur.  Particulièrement  pour  l'époque 

fui  précède  immédiatement  le  débarquement  de  Louis  en  Angle- 

irre,  elle  donne  des  détails  très  précis,  en  remarquable  confor- 

t/ue  fournit  /'Hiiitoire  des  ducs  de  Normandie. 
Le  premier  grand  chroniqueur  de  Saint-Alban,  Roger  de 
idover,  que  l'éclatante  personnalité  de  Mathieu  de  Paris 
mvril  si  longtemps  de  son  ombre,  a  fait  depuis  cinquante  ans 
'objet  de  maintes  études,  qui  n'ont  pas  éclairci  complètement 
obscurités  de  sa  vie  ni  exactement  déterminé  la  valeur  de  son 


i.  La  Chronique  de  Barnwell,  copiée  dans  un  Metnoriale  de  In  fin 
la  XEii*  siècle,  a  été  i)ubliéB  par  Stubbs  dans  l'éditiDn  gu'il  a  donnée 
Me  ce  Memoriale,  attribué  par  lui.  sans  raison  péremptoire.  à  Gautier 
*Te  Coventry. 

2,  Voyeep.  162-16aetp.  1B7. 

3.  Voy,  la/'r^/'a«  écrite  en  18'i2par  Coxe  pourle  t.  IV  de  son  édition 
{^EnglUh  historié.  saeiety)\  Duffus-llardy,  Descript.  calai,,  Inirod.  du 
I.  111;  Luard,  édition  de  VBistorîa  major  de  Mathieu  de  Paris,  Préf. 
du  l.  Il:  surtout  Liebcrmann,  Préfnee  d'une  édition  fragmentaire, 
M.  G.,  XXVlIt,  H  et  suiv.  L'édition  de  Roger  de  Wendovcr  publiée  par 
Hewlett  (K.  S.,  n'  84)  est  très  médiocre  et  ce  ou'elle  ajoute  au  texte 
contenu  dans  le  Mathieu  de  Paria  de  I.uard  est  insi^iGant;  les  volumes 
de  Coxe  étant  peu  répandus  en  France,  nous  citerons  l'édition  de 

_Loard. 


k. 


XXIV  ISTRODCCTION 

Roger  de  Wendover  était  moine  de  Sainl-Alban  ;  il  fal priear 
de  Belvoir  depuis  la  (in  de  l'2l7  Jusqu'en  1219  ;  il  revint  ensaite 
à  Saint-Alban  et  y  mourut  le  fi  mai  1236'.  Sa  chronique,  qui 
s'arrête  en  1235,  prend  de  la  valeur  à  partir  des  premières  années 
da  xm'  siècle.  Il  est  fort  probable  cependant  qu'elle  n'est  entiè- 
rement originale  que  depuis  !21tJ,  el  la  dernière  partie  elle-même 
n'a  certainement  pas  été  écrite  au  Jour  le  Joar,  car  on  y  remarque 
de  grosses  erreurs  de  faits  et  de  graves  incertitudes  chronolo- 
giques. En  revanche,  Rager  de  Wendover  a  pu  consulter  aux 
riches  archives  de  son  abbaye  de  nombreux  textes  officiels  ;  il  a 
pu  voir  lui-même  Jean  sans  Terre  et  Louis  de  France  à  Saint- 
Alban  el  il  a  mis  évidemment  à  profit  lex  relations  écrites  oo 
orales  des  auteurs  el  des  victimes  du  drame  de  121G,  Hostile  aux 
excommuniés  qui  veulent  renverser  Jean  sans  Terre,  il  ne  se  fait 
point  cependant  l'apologiste  du  Plantagenel  el  rapporte  éqaila- 
blemenl  les  pillages  el  les  massacres  commis  par  les  deux  partis. 
Pour  la  connaissance  de  cette  guerre,  c'est  une  source  très  abon- 
dante, sinon  toujours  sûre. 

Les  chroniqueurs  de  Barnwell  et  de  Coggeshnll  et  Roger  de 
Wendover  ont  composé  leurs  œuvres  dans  le  môme  esprit  de 
réserve  et  d'impartialité  expectante.  Ils  écrivaient  à  une  époque 
où  Von  ne  pouvait  savoir  si  l'ingérence  du  Saint-Siège  dans 
gouvernement  anglais  était  plus  redoutable  que  celle  de  la  n 
blesse.  Ces  doutes  n'existent  plus  guand  Mathieu  de  Paris  reprend 
et  continue  l'œuvre  de  Roger  de  Wendover.  C'est  encore  un  con- 
temporain de  Louis,  puisqu'il  a  revêtu  l'habit  monacal  à  Saint 
Alhan  le  21  janvier  1217;  mais  il  a  pris  la  plume  au  milieu  du 
mil'  siècle,  lorsque  l'alliance  du  roi  et  du  pape  et  le  mépris  de  la 
Grande  Charte  ont  porté  tous  leurs  fruits,  et  fait  naître  dans  les 
cerveaux  anglais  l'horreur  de  l'arbitraire.  C'est  dans  ces  senti- 
ments qu'il  écrit  ses  Chronica  majora,  oii  H  reproduit  d'abord  ta 
narration  de  Roger  de  Wendover,  en  y  faisant  de  nombi 
additions,  animées  d'une  véritable  haine  des  rois.  Jean  sans  Terre 
et  Louis  de  France  ne  sont  pas  épargnés  l'un  plus  que  l'autre  et 
les  racontars  calomnieux  semés  contre  Blanche  de  CastilU  sont 
relatés  avec  complaisance.  Ces  additions  sont  pour  ta  plupart  des 
phrase*  déclamatoires,  des  réminiscences  cUssiques  ou  biblig. 
qui  nous  renseignent  sur  l'état  d'âme  du  chroniqueur  plutôt  que 
sur  le»  faits  de  l'biitoire;  quelques-unes  cependant  modifii 
gravement  le  récit  de  Roger  de    Wendover.  et   la  situation  de 

i.  Liebermann,  foc.  cit.,  9-10. 


INTRODUCTIOM  IXV 

Mathieu  de  Paris,  moine  eurieiix  et  mondain,  leur  donne  parfois 
de  l'aatorité.  Mathieu  a  résumé  ses  Grandes  Chroniques  dans  son 
liistoria  minor  ou  Historia  Anglorum,  qui  a  un  caractère  un  peu 
différent;  ici  le  moine  de  Sainl-Alban  ménage  Henri  IJI,  le 
flatte  même  et  accuse  Louis  V/Il  de  tous  le»  malheurs  qui  ont 
fonda  sur  l'Angleterre.  Les  Gesla  abbalum  Sancli  Albiini  et  la 
Vie  d'Élienne  (le  I.an^ton,  dus  au  même  auteur,  n'ont  eu  pour 
nous  que  peu  d'importance. 

Beaucoup  d'annales  monastiques,  composées  en  Angleterre  au 
xm*  tiède,  ont  été  publiées  dans  les  RoUb  Séries  cl  dans  l'excellent 
recueil  de  Sources  anglo-normandes  de  Liebermann'.  Les  plus 
intéressantes  pour  notre  époque  sont  celles  de  Dunslaple  el  de 
Waverleq.  Jusqu'en  1241,  les  Annales  de  Dunstaple  ont  été  ré- 
digées par  le  prieur  liicbard  de  Marins  '  ;  ce  religieux-  assista  au 
Concile  de  Latmn  de  1215  et  à  son  retour  il  séjourna  A  Paris 
pendant  toute  l'année  ISUi;  aussi  beaucoup  de  faits  de  l'histoire 
anglaise  à  celte  époque  sont-ils  ignorés  -ou  mal  connus  de  lui  ; 
mAi»  il  a  recueilli  sur  quelques  points  des  informations  da  plus 
haul  intérêt.  Les  Annales  de  Waverley  sont  une  œuvre  collective 
et  anonyme,  composée  de  mentions  brèves  mais  très  précises, 
L  rédigées  évidemment  au  Jour  le  jour,  et  qui  viennent  souvent 
confirmer  /Histoire  des  ducs  de  Normandie. 

Parmi  Us  chroniques  monastiques  inédiles  connues  de  nous. 
'  ta  seule  qui  vaille  ta  peine  d'être  citée  ici  est  U  Chronique  de 
Merlon,  dont  nous  publions  an  feuillet  parmi  nos  Pièces  juslifi- 
■  catives.  Celte  chronique  est  contenue  dans  le  manuscrit  59  de  la 
I  bibliothèque  du  Corpus -ChrisLi  Collège,  h  Cambridge,  etif  occupe 
I  les  /*•  157  t;"  à  179.  Copiée  à  la  fin  du  xm'  siècle  par  un  scrihe 
I  ignorant,  elle  nous  semble  avoir  été  à  peu  prés  complètement 
I  négligée  jusqu'ici;  Daffus-Hardy  en  dit  à  peine  quelques  mots'. 
Elle  s'étend  de  1066  à  1242.  Z.a  partie  que  nous  avons  eu  à  exa- 
I  miner  spécialement  ne  saurait  être  l'œuvre  d'un  simple  compi- 
I  Uteur;  le  récit  est  exact,  très  précis,  rempli  de  dates  de  mois  et 
\  de  jour;  comme  dans  la  plupart  des  annales  rédigées  année  par 
i  année,  on  y  trouve  signalés  les  phénomènes  naturels  qui  avaient 
\  frappé  an  instant  l'esprit  da  rédacteur^.  Ainsi  que  l'avait  déjà 
f  établi  Nasmith  dans  son  catalogue  des  manuxcrils  de  Coi-pus- 


t.  Liebermann  (Annlonnrntanniseht:  GeschichUqHcUen,  17:i  et  suiv 
I  aèludië  les  rapports  de  filiation  de  quel  sues -un  ex  rie  ces  uhronique 
3.  Notice  de  Luard,  Préface  du  tome  itl  den  Annate»  monastict. 

3.  Dtscripi.  fatal..  111,  n»  197. 

4.  Par  exemple,  f"-  173  et  179. 


INTRODUCTION 


ï 


Christi,  !ei  mention»  trén  fréquente'  relatives  au  couvent  de 
Merlan  prouvent  que  l'auteur  en  faisait  partie.  Ce  monaitère  était 
sitaé  toat  prés  de  Londres.  Le  chroniqueur  a  suivi  de  près  les 
péripéties  de  h  guerre  de  1216  et  a  vu  à  Merton  même  la  famille 
rojfale.  le  légat,  Louis  de  France  et  les  siens  ;  son  récit  revêt  donc 
ici  une  réelle  importance. 

La  Chronique  de  Merton  s'accorde  parfaitement  sur  quelques 
points  avec  les  renseignements  que  nous  fournil  le  Liber  de 
antiquis  legîbus  ;  ce  recueil,  si  intéressant  paar  l'histoire  muni- 
cipale de  Londres,  contient,  en  effet,  une  chronique  anglaise  de 
1135  à  1223,  où  Vexpédilinn  de  l"21(j  est  racontée  avec  précision. 

Le  roi  d'Ecosse  et  les  chefs  Gallois  ont  été  partisans  de  Louis. 
La  Chronique  de  Maiiros  et  la  Chronique  de  Lanercosl  sont  bien 
avares  de  renseignements  sur  les  rapporta  d'Alexandre  II  et  des 
Français;  on  trouve  cependant  dans  ces  compilations  quelques 
passages  écrits  certainement  par  des  contemporains.  L'histoire 
du  pays  de  Galles  à  cette  époque  n'est  pas  non  plus  bien  éclaircie 
par  le  Brut  y  Tywysogion  ni  les  Annales  de  Cambrie,  œuvres 
rédigées  toutes  deux  au  monastère  d'Y/ffradflar  '. 

Enfin,  grttce  à  l'obligeance  deM.  Paul  Metjer,  qui  noas a  prêté 
sa  copie,  nous  avons  pu  utiliser  /'JlisLoire  de  Guillaume  le  Maré- 
chal, poème  inconnu  que  ce  savant  a  découvert  dans  la  bihlio- 
Ikéqae  de  sir  Thomas  Phillipps  à  Cheltenham,  Ce  remarquable 
ouvrage  a  été  sans  doute  composé  vers  1224-122,'ï  par  un  héraut 
attaché  aalrefois  à  la  personne  du  Maréchal,  et  fidèle  comme  lui 
à  la  dynastie  angevine  *.  L'auteur  a  consacré  environ  deux  mille 
sept  cents  vers  à  la  lutte  des  Plantagenets  contre  (ei  ••  ribauts  » 
de  Louis  de  France;  il  nous  donne  des  renseignements  particu- 
lièrement intéressants  sur  l'organisation  de  la  régence  après  Ia 
mort  de  Jean  sans  Terre,  sur  la  bataille  de  Lincoln  cl  la  bataille 
navale  de  Douvres,  enfin  sur  les  négociations  qui  ont  terminé  la 
gaerre.  Le  récit  du  désastre  subi  par  le  parti  français  à  Lincoln 
occupe  prés  de  neuf  cents  vers;  cette  narration  est  malheureusement 
fort  obscure  et  le  poète  lui-même  déclare  se  trouver  en  présence 
de  traditions  discordantes.  Un  tel  aveu,  ajouté  à  bien  d'autre* 
preuves,  démontre  du  moins  que  l'auteur  a   voulu    faire  œuvre 


1.  Voy.  les  Notices  He  Liehennann,  ,V.  C,  XXVII.  442  el  4't5. 

3.  Bomania,  XI,  22  et  suiv.  Au  inonmnt  oi:  nous  corrigeons  les 
épreuves  de  cette  Inlruiluciion,  M.  Paul  Meyer  vient  d'achever  la  pu- 
blicHlion  du  teWe  de  V Histoire  dr  Guillaume  Ir  Uarécltal  pur  la  sor. 
ifhisl.  de  l'r. 


INTRODUCTION 


XXVll 


d'hiatorien   et  que  son  poème  ne  doit,  pas  être  ran<fé  parmi  les 
documents  tiltéraires  dont  H  nous  reste  à  parler. 

Telles  sont  les  sources  narratives  contemporaines  où  nous  avons 
principalement  paiséK  Nous  n'aoona  ithordè  qu'avec  méfiance  les 
œuvres  postérieures  à  la  première  moilié  du  xiii"  siècle.  Lorsque 
nous  avons  cité  des  oaorai/es  de  ce  genre,  c'est  pour  ('une  ou  l'autre 
des  deux  raisons  suivantes  :  1°  Certains  de  ces  chroniqueurs 
postérieurs  ont  puisa  à  des  sources  aujourd'hui  perdues  et  nous 
donnent  des  renseignements  nouveaux  très  probablement  exacts; 
tel,  par  exemple,  ce  Ménestrel  de  lieims.  qui  nous  raconte  l'en- 
trevue  de  Philippe-Auguste  et  de  Blanche  de  Castilte  en  1217  et 
les  embarras  causés  à  l'archevêque  de  Heims  par  le  sacre  de 
Lou'is  VIII;  —  2"  d'autres  sont  intéressants  parce  qu'ils  nous 
révèlent  l'impression  que  les  événements  ont  laissée  dans  l'intelli- 
gence populaire  et  la  façon  dont  les  faits  se  sont  transformés  en 
légendes,  aussi  fertiles  en  conséquences  que  la  vérité  même; 
c'est  ainsi  que,  déformée  par  les  récits  des  vieillards,  entourée  de 
prodiges  et  de  miracles  par  l'imagination  des  moines,  dépeinte 
sous  des  couleurs  fantastiques  par  des  chroniqueurs  comme 
Gautier  de  Hemingbargh  ou  Henri  Knîgblon,  l'invasion  fran- 
çaise de  1216  s'est  conservée  longtemps  dans  le  souvenir  des 
Anglais  et  a  contribué  à  développer  leur  orgueil  national. 


DOCL'MBNTS    LITT^flAIBES. 

Les  documents  littéraires  qui  iltuslrenl  la  vie  de  Louis  VIII 
sont  des  lettre.^  comme  celle*  d'Etienne  de  Tournai  et  de  Robert 
Grosseteste;  des  Vies  de  saints  comme  la  biographie  de  saint 
Hugue;  des  recueils  d'nnecdotei  comme  celui  du  dominicain 
Etienne  de  Bourbon;  des  poèmes  de  circonstance  inspirés  par  la 
bataille  de  Lincoln,  par  le  .^acre  de  Louis  VIII,  par  la  prise  de 
la  Rochelle:  désœuvré»  d'imagination  comme  le  Roman  d'Eus- 
lachfl  le  Moino  ;  ce  sont  enfin  deux  livres  didactiques,  composés 
par  Gilles  de  Parts  et  par  le  Gallois  Giraud  de  Barri  et  qui 
doivent  fixer  un  instant  noire  attention. 


1.  Nous  avons  juçé  inutile  d'éntiméror  ici  toutes  les  }>etites  annales 
mnnistinues  françaises  ou  élrangères  qui  nous  ont  fourni  accidenlelle- 
inent  quelques  intbrmations. 


XXVIir  INTRODUCTION 

Gilles  de  Paris,  chanoine  de  l'églite  Sniiil-MArcel  et  ami  de 
Gaillaame  te  Breton,  a  compose  pour  l'imlructioii  de  Louis  un 
poème  en  cinq  livres,  le  Carolinus,  Son  œuore  a  été  commencée 
Avanl  1198,  finie  dans  le  courant  de  l'an  !2(M>  el  présentée  le 
3  septembre  de  cette  même  année  au  fil»  de  PhiUppe-Aujugle^ , 
Dans  len  quatre  premiers  livres,  l'auteur  montre  comment  Char- 
te ma  tj  ne  a  pratiqué  les  quatre  vertus  cardinale-i  et  présente  la  vie 
passablement  agitée  da  grand  conquérant  comme  un  sujet  de 
réflexions  édifiantes.  Dans  le  cinquième  livre,  il  examine  assez 
librement  si  Philippe-Auguste  s'est  conformé  à  ce  modèle  et  juge 
sans  indulgence  son  divorce  et  ta  dureté  de  son  gouvernement. 
Ce  poème  prouve  bien  clairement  la  force  nouvelle  qu'avait  prise 
alors  ta  légende  carolingienne,  élit  a  laissé  une  empreinte  durable 
dans  l'esprit  de  Louis  de  France. 

Giraud  de  Barri  descendait  par  sa  mère  d'un  prince  Gallois, 
et  le  mépris  des  Anglais  pour  leurs  sauvages  voisins  rejaillit  sur 
lai;  il  ne  put  jamais  devenir  évéque'.  Il  se  fit  pamphlétaire  et 
publia  peu  après  l'invasion  française  son  De  principis  iiislruc- 
lione  liber,  gui  est  an  violent  réquisitoire  contre  la  dynastie 
angevine  el  une  chaude  apologie  da  gouvernement  capétien. 
C'est  l'unigue  document  où  se  reflète  nettement  l'état  J'esprîl  des 
partisans  de  Louis  de  France. 


Un  certain  nombre  des  documents  que  nous  venons  d'énumérer 
avaient  été  étudiés  avant  nous  par  des  érudits  comme  Le  IVaîn  de 
Tillemont ,  PauU,  les  auteurs  et  nouveaux  éditeurs  de  CHisloire  du 
l,an};;ucdoc,  dont  les  travaux  ont  rendu  notre  tâche  plus  aisée.  JVoua 
avons  enfin  A  remercier  bien  vivement  tous  ceux  gai  ont  guidé 
et  facilité  nos  recherches,  c'est-à-dire  nos  maîtres  de  l'École  des 
Charles,  de  V École  des  Hautes  Eludes  et  de  la  Sorbonne,  ainsi  que 
le»  archivistes  et  bibliothécaires  des  dépôts  oii  nous  avons  travaillé. 
Qtt'i'i  nous  soit  permis  de  nommer  particulièrement  MM.  Léopold 
Delisle,  Paul    Mcyer,    A.  Giry,  Luchaire   et  Ch.-V.   Langlois  ; 


1.  Ainsi  que  lo  prouvent  les  v.  30'i  et  suiv.,  I2:etsuiv.,  1Î2  #1siiiv., 
636  et  suiv,  du  lîvrf  V  [nibliù  |uir  Duin  Uriiil.  I.e  [>oétrir  entier  se  trouve 
dans  1g  manuscrit  latin  6191. 

2.  V.  la  Notice  de  Pauli,  M.  G..  XXVII,  395,  et  les  difrérentes  Prë- 
facei  de  réditioii  des  œuvres  de  Giraud,  parue  dans  les  fiolls  Seriea. 


INTRODUCTION  XXDC 

MM.  Legrand,  Elle  Berger  et  Stein,  des  Archives  Nationales  ; 
M.  Finoty  archiviste  du  département  du  Nord;  M.  E.  Salisbury, 
du  Record  Office.  Enfin  nos  anciens  camarades  de  VEcole  des 
Charles,  et  surtout  MM.  Sœhnée,  Labande,  Poète,  Lot  et  Vernier, 
ont  songé  à  nous  au  milieu  de  leurs  propres  travaux  et  nous  ont 
fourni  maints  témoignages  d'excellente  confraternité  scientifique. 
Nous  espérons  quà  la  lecture  de  cet  ouvrage  on  ne  nous  repro- 
chera ni  le  choix  de  notre  sujet  ni  Vahondance  avec  laquelle  nous 
l'avons  traité.  La  vie  du  fils  de  Philippe- Auguste  n'a  pas  été  un 
ensemble  incohérent  de  faits  peu  significatifs,  mais  au  contraire 
une  série  d'efforts  continus  et  logiques  vers  un  but  aisé  à  distin- 
guer. Cette  question  pouvait  et  devait  être  étudiée  et  exposée  en 
détail,  non  seulement  parce  que  tous  les  sujets  d'histoire  du 
moyen  âge  exigent  une  analyse  patiente  et  minutieuse,  mais 
aussi  parce  que  celui-ci  se  rattache  au  développement  de  la  mo- 
narchie française  et  à  l'une  des  périodes  les  plus  brillantes  de  ce 
développement.  A  de  bien  rares  moments,  en  effet,  la  royauté 
capétienne  a  gravi  avec  plus  d'énergie  et  de  rapidité  le  chemin 
montant  de  ses  destinées. 


TABLE  OES  RÉFÉRENCES' 


t:HRONlQUES  ET  RECUEILS  DE  DOCUMENTS. 

Abbreviationet  geiloittm  Franciw  reguin.   Recueil  des  historiens  de 

France  (H.  K.).loniéXVll. 
Annalex  Je  Bermondiey.  ICdiL.  II.  R.  Luard,  dans  :  Annales  monastici, 

tome    III.   Rerum   brilannicanim  medii   a.'vi  scriptures  ou  Rolls 

séries  (R.  S.),  n-  3G. 
Annalei  de  Burton.  Ann.  inonaslici,  I. 
Annale»  de  Cambrie.  Edil.  J.  W.  ab  Ilhej.  R.  S.,  n»  20. 
Annalai  de  Cologne  (,\nna.\es  Cnhnwnses  maximii.  Edil.  Karl  Pertï. 

Monumcnla  Ccrmania)  historica,  Scriptores  (M.  G.),  XVII. 
Annales  de  Dutulapte.  Ann.  nionatilici,  III. 
Annales  de  Lagni.    Edit.    Elle   Derger.  Bibl.    de  l'Ec.  des  Charles, 

XXXVRI. 
AnnaUt  de  Marsan.  \nn.  monaslici,  I. 
.  Annales  de  Muuston  (Annales  Mosoiiiagenses).  Edit.  Peitz.  M.  G.,  III. 
Annales  de  SainlDentt.  Bibl.  de  l'Ec.  des  Charles,  XL. 


I.  Nous  avons  trouvé  avantageux  de  traduire  le  plus  souvent  les 
titres  des  chroniques  latines.  Le  lecteur  peut,  en  cfTet,  ne  point  se 
[  rappeler  immédiatement  nue   la  Coniinuatia  Aquieinclina  provient 
du  monastère  d'Anchin,  et  il  n'est  pas  sans  intérêt  de  le  savoir.  Parfois 
,   même  nous  avons  changé  complètement  le  titre  donné  dans  l'édition 
emploj'ée,  lorsqu'il  nous  paraissait  défectueux;  ainsi  Richard  Rowlett 
I  &  publié  aous  le  nom  de  Canlinuatio  ckroniei  Wi/letmi  de  Novoburgo 
1  anouvraeeque,  dans  l'édition  fragmentaire  des  Monumenta  Gertnaniii', 
i  on  a  intitulé  avec  raison  Annales  de  Stanleg;  on  trouvera  donc  ce 
dernier  titre  dans  nos  références.  —  Nous  avons  laissé  seulement  en 
latin  quelques  litres  très  connus  sous  cette  forme,  ou  bien  qu'il  n'y 
avait  aucun  intérêt  à  modiSer.  —  Nous  avons  classé  par  noms  d'au- 
teurs les  Cartulaires  factices,   comme  le  Cartulaire  normand  de  M. 
Delisle.  —  Enfin,  pour  ne  pas  allonger  démesurément  cette  table, 
nous  n'y  citons  point  les  recueils  très  connus,  comme  les  Ordonnances 
ou   VAmplissima  eolleclio  de  Marténe,  non  plus  que  certains  vieux 
ouvra^  contenant  des  actes  de  Louis  Vlll  et  indiqués  dans  la  Table 
de$  diplômée. 


XXXII  TABLE   DES   REFERENCES 


Annales  de  Saint-Edmond  (Annales  S.   Edmundi).  Edit.  F.  Lieber- 

mann,  dans  :  Ungedruckte  anglo-normannische  Geschichtsquellen, 

Strasbourg,  1879,  in-8. 
Annales  de  Saint-Victor  de  Marseille  (Annales  S.  Victoris  Massilien- 

sis).  Edit.  Pertz.  M.  G.,  XXIIl. 
Annales  de  Stade  (Annales  Stadenses).  Edit.  Lappenberg.  M.  G.,  XVI. 
Annales  de  Stanley  (Continuatio  chronici  Willelmi  de  Novoburgo). 

Edit.   Richard  Howlett,   dans  :   Chronicles  of  Ihe  reigns  of  Ste- 

phen,  etc.,  11.  R.  S.,  n<»  82. 
Annales  de  Tewkesbury.  Ann.  monastici,  l. 
Annales  de  Waverley.  Ibidem,  II. 
Annales  de  Winchester,  Ibidem. 

Annales  Wtn/on-Waver/ey*  (Annales  Wintonienses  in  monasterio  Wa- 
verley adaucti).  Edit.  Liebermann,  op.  cit. 
Annales  de  Worcester.  Ann.  nionast.,  IV. 
Annual  report  of  the  deputy  keeper  of  the  public  Records  (the  twenty 

sixth).  Londres,  1865,  in-8. 
Anonyme  de  Béthunk.  Chronique,  Bib.  nat..  Fonds  fr.  des  nouv. 

acquisit.,  n»  6295. 
AuBAis  (M'*  d')  et  Ménard.  Pièces  fugitives  pour  servir  à  Vhistoire  de 

France.  Paris,  1759^  3  vol.  in-4. 
AuBRi  DE  Troisfontaines  (Chronica  Albrici  monachi  Trium  Fontium 

a  monacho  novi  monasieifi  Hoiensis  interpolata).  Edit.  Scheffer- 

Boichorst.  M.  G.,  XXIII. 
Ayloffe.  Calendar  of  the  ancient  charters^  etc,  Londres,  1774,  in-4. 
Baluze.  Miscellanea.  Paris,  1675  à  1715,  7  vol.  in-8. 
Barnwell  (Chanoine    de).  Chronique,   Edit.   W.   Stubbs,  dans    le 

tome  II  de:  The  historical  Collections  of  Walter  of  Goventry.  R.  S., 

n»  58. 
Barthélémy  (Edouard  de).  Recueil  des  chartes  de  l'abbaye  royale  de 

Montmartre,  Paris,  1883,  in-8. 
Baudouin  d'Avesnes  (Chronicon  Hanoniense  quod  dicitur  Balduini 

Avennensis).  Edit.  Heller.  M.  G.,  XXV. 
Baudouin  de  Ninove  (Balduini  Ninovensis  chronicon).  Edit.  Holder- 

Egger.  M.  G.,  XXV. 
Beaumanoir.  Les  Coutumes  de  Beauvoisis.  Edit.  Beugnot.  Public,  de 

la  Société  d^Histoire  de  France  (Soc.  H.  F.).  Paris,  1842,  2  vol.  in-8. 
Beauvillé  (V.  de).  Documents  inédits  concernant  la  Picardie^  tomes  ï 

à  V.  Paris,  1860-1882,  in-4. 
Bémont  (Ch.).  Chartes  des  libertés  anglaises  (1100-1305).  Recueil  de 

textes  pour  servir  à  l'enseignement  de  l'histoire.  Paris,  1892,  in-8. 
Benoît  de  Peterborough  (Gesta  Henrici  II  et  Ricardi  I  or  Chronicle 

of  the  reigns  of  Henry  II  and  Richard  I,  known  under  the  name  of 

Benedict  of  Peterborough).  Edit.  W.  Stubbs.  R.  S.,  n»  49. 


1.  Abréviation  adoptée  par  Liebermann. 


TABLE   DES   REFERENCES  XXXUt 

I  Bernard  Itibb.  Chronique.  Ëdit.  Duplès-Agier,  ddns  :  Chroniques 
de  SainUMarMal  de  Limoges.  Sof.  H.  F.  Paris,  lB7'i,  in-B. 
Bossm  (Th.).  Carlulaire de Louvieri.  ETreux-Paris.lBJO  1B71,2¥,  in-4, 
BouTARic.  Aclen  du  Parlement  de  Paris.  Culleclion  des  ïnvenlaires 

p[  doo.umeiils.  Paris,  1863-1867,  2  vol.  in-4. 
Bracton's  note-bouk.  Edit.  Mnitlaiii),  Londres,  1887,  3  vol.  in-8. 
L  Brut  y  Tywysogion  or  Chronicle  of  the  prince».  EdiL  J.-W,  ah  Ithel. 
[      R.  S.,  n-  17. 

r  Carlulaire  du  prieuré  de  la  Chari té  ttir- Loire.  Edit.  R.  de  Lespinasse, 
Nevera-Paris,  1887,  in-8. 
Cartutaire  de  VHàltl-Dieu  de  Pontoise.  Edit.  J.  Dcpoin.  Docuin.  publiés 

par  la  Soc.  bisloriiiue  du  Vexin.  Ponloîse,  18S6,  m-k. 
Carlulaire  de  Louviers.  Voy.  Bonnin. 
r  Carlulaire  normand.  Voy.  Deusle, 
1  Carhiltiire  de  l'abbaye  royale  de  Notre-Dame  de  Bon-Port.  Edil.  .1.  An- 

drteux.  Evreux,  1862,  in-4. 
I  Carlulaire  de  Noire-Dame  de  Chnriret.  Edil.  E,  de  Lépinois  el  Lucien 

Merlet.  Charlrrs,  1862-1865,  a  vol.  in-4. 
'  Carlulaire  de  f'abhaye  de  Notre-Dame  d'Ouncamp.  Edit.  Peîgné-Dela- 
court.  Extrait  des  Mémoires  de  la  Soc.  des  antiq.  de  Picardie,  docuin. 
inéd-,  tome  Vt.  Amiens,  1865,  in-4, 
Carlulaire  de  Noire-Dame  de  Paria.  Edil.   Guérard.  Collection  des 
Documents  Inédits.  Paris,  1850,  4  vol.  in-4. 
I  Cartutaire  de  l'abbaye  de  Notre-Dame  de*  Vaux  de-Cernay.  Edit.  Luc. 

Merlet  et  Aug.  Moutié.  Paris,  1857-1858,  2  vol.  in-1. 
1  Carlulaire  des  Mires  de  ftays.  Voy.  Maecheoay. 
[  Carlulaire  sénonais  de  Batthatar  Taveau.  Edit.  G.  Julliol.  Sens,  1B84, 

in-4. 
^  Catalogue  analytique  des  Archives  de  M.  te  baron  de  JoursanvauU. 
Paris,  18:18,  2  vol.  in-S. 
Cbahpoli.Ion-Figeac.  Lettres  de  rois,  reines,  etc.,  tirées  des  Archives 
de  Londres  par  Bréquipiy.  Docum.  inéd.  Paris,  1839-1847,  S  vol.  in-4. 
-  Mélanges  historiques  ou  Documents  historiques  inédits,  etc.  Docum. 
inéd.  Paris,  184I-1B73,  4  vol.  in-4. 
I  Chanoine  dk  Laon  (Ex  Chronico  anonymi  Laudunensis  canonici].  H. 

"  ,  XVIII. 
I  Chanson  de  ta  croisade  contre  les  Albigeois.  Edil.  Paul  Meyer.  Sot". 

H.  F.  Paris,  1875-1879,  2  vol,  in-8, 
L  Charlitlarium  instgnis  ecclesite  Ccnonianentis  quoddicilur  Liber  albiis 
capituli.   Inslilul  des  provinces  de  France,  série  II,  tonjc  II.  Le 
Mans,  1869.  in-'i. 

Ckrtmigue    d'André»   (Willeliiii    clironica    Andrcusis).    Edit.    llcUer. 
M.  G,,  KXIV. 
^^L  Chronique  d'Asti  (Clironicon  Asiensc  exlrarluni  e  chronicis  Aslen* 
^^M      sibus  edilis  per  Ogerium  Alferiuin).  Miiratnri,  XI. 
^^M  C^onit/ue  de  Lanei-cott.  Edit.  Arch.  Campbell,  Collection  du  Maîlland 
^H       Qub.  Edimbourg,  1839,  in-4. 
^^H  C>.  PiTrr-DuTAiLLis.  Ri/jne  de  laiiii  VIII.  e 


I 

c 

I 
I 


XXXIV  TABLE   DES   REFERENCES 

Chronique  île  Mailroa.   Edil.  Stevenson.  Coll.  du  Bannatyne  Club, 

Edimbourg,  1835,  in-'i, 
Chraniqtte  de  MeUa  (Chronica  inonasleriî  de  Melsa).  Edil.   Edward 

A.  Bond.  R.  S.,  n"  43. 
Chronique  de  Merlon.  Cambridge,  Gorpiis-Chrisli  Collège,  nis,  59.  Noua 

[jublions  le  fragrnenl  relalif  à  l'expédition  de  1216  (Pièces  justiBc, 

n.  III). 
Chronique  de  Houen  (Ex  C.hronico  Uotomagensi).  H.  h'.,  XVIII. 
Chronique   de  SainlAubin  d'Angert  (Chronicon  S.  Albin!  Aodegs- 

vcnsis).  Edit.  Marchegay  et  Mabille,  dans  :  C.hron.  des  égl.  d'Anjou. 

Soc.  H.  F.  Paris,  1869,  in-8. 
Chronique  de  Sainl-I'lorenl  de  Saumur  (Brève  chronicon  S.  Florenlji 

Salmurensis).  Ibidem. 
Chronique  de  Sainl-Médard  de  Soistoni  (Chronicon  S.  Medardi  Sues- 

sionensis).  H.  F.,  XVIIl. 
Chronique  de  Sainl-Serge  ((Mrtjerj  (Chronicon  S.  Sergii  Andegavensïs). 

Edil.  Marchegay  el  Mabille,  dans  :  Chroniques  des  églises  d'Anjot 
Chronique  de  Tour»  (Ex  Chronlco  Turonensi  auclore  anonyino  S.  Mar- 
tini Turonensis  canonico).  H.  F.,  XVIU'. 
CooGESHALL  (Badulphi  de  Coggesball  chronicon  anglicanum).  Edit. 

J.  Stevenson.  R.  S.,  n"  66. 
Ckino-V  de  Laumanse  (Cononis  prœposili  Lausannensis  no(œ).  M.  G,, 

XXIV. 
ConlinualioH    d'Anchin   (Sigeberti   continuatiu    Aquicinclina).    Edil. 

Bulhmann.  M.  C,  VI. 
Cronicques  de  Normandie.  Brilish  Muséum,  nis.  addit.  20S11.  (Une 

rédaction  souvent  moins  complète  a  été  éditée  par  Guillaume  U 

Talleur,  Rouen,  1847,  in-4). 
De  anliquit  legibus  iiber.  Edit.  Th.  Slapletun.  Coll.  de  la  Cainden 

Society.  Londres,  1846,  in-8. 
Dsajstx.(lÀopo\i).Carlutaire  normand  de  Philipjie-AugusIe.LouitVItl, 

taini  Louis  el  l'hUippe  le  Hardi.  (Mémoires  de  la  Soc.  des  Anliq. 

de  Normandie,  lome  XVI,  ou  2"  série,  t.  VI.).  Caen,  1852,  in-4. 

—  Calalogue  des  aclet  de  Phili/ipe-Augusle.  Paris,  1856,  in-8. 

—  Becueil  de  jugemeiils  de  l'Echiquier  de  Normandie  au  XIII'  tiiele. 
(Exlr.  du  t.  XX,  2'  pari.,  des  Notices  el  e^draîts  des  manuscrits,  el 
du  t.  X\.IV,  2°  pari.,  des  Mém.  de  l'.^cad.  des  Inscr.).  Paris,  1864,  in-4. 

Delpit,  Collection  générale  des  documents  français  qui  se  trouvent  en 

Angleterre.  Paris,  1847,  in-4. 
Demav.  Inventaire  des  sceaux  de  l'Artois  et  de  la  Picardie.  Paris,  1877, 

Descriptio  généalogie  comitum  Ceslrie.  Corpiis-Christi  Collège,  ms.  369. 
DicET  (Radulphi  de  Dicclo  opéra  hislorica).  Edil.  W.  Stubbs.  R.  S., 


1 


TABLE   DES   REFERENCES  XXXV 

EpUlolie  Catiluariemei,  1187-1199.   Edil.  W.  Stubbs.  Tome  11  des 

Chronicles  and  Memoriala  of  tlie  rcigii  of  Richard  I.  H  .S-,  ii"  38. 
Epitome  Andrtie  SUvii  priori»  Marchianerui»  de  gexUa  et  succemione 

regum  Francorum.  H.  F.,  XVIII. 
Etibkne  de  Tournai,  tetires.  Edit.  Jules  Desilve.  Valcnciennes-Paris, 

1893,  Jn-a. 
Eulogium  (hiitoriarvm  tiva  lemporis),  Chronicon...  a  monacho  çuo- 

dam  Malmetburiensi  exaralum.  Edit.  Ilaydon.  R.  S.,  n"  9. 
^Bxcerpta  e  rolutis  linium...Ueiirico    III  rege.    Edit-    Ch.    RoberU. 

Londres,  1836,  2  vol.  in-S. 
Ftûret  hittoriarum.  Edil.  Luard.  R.  S.,  n"  95. 
Fragment  de  chronique  anglaite  en  français  de  i2\3  à  1272.  Bib.  nal., 

Nouv.  acq.  fr.  4267.2"  partie. 
Fragment  de  Chisioire  de  Philippe-Auguste.  Bib.  nal.,  coll.  Duchesne, 

vol.  49. 
[fragrnenlum  kittoriie  brevis  comiliim  Andegnvensium,  dans:  Chro- 
niques des  comtes  d'Anjou,  recueillies  par  MM.  Marchcgay  et  Sal- 
mon.  Soc.  il.  F.  Paris,  1856-1871,  in-8. 
Gautieiide  IIemisgbubbh.  (Walleri  de  Heminghurgh  vulgo  Ilenûng- 
ford  chronicon).  Edil.  H.  C.  Hamillon.  English  hisLoric.  SocieLy. 
Londres,  1S48.1849,  2  vol.  in-8. 
Genealogia  regum  Franciie  tertiœ  stirpis.  H.  P.,  XVII. 
Généalogie  dfs  comte*  de  Flandre  (Flanmia  gencrosa).  Edil.  Belh- 
mann.  M.  G.,  IX. 

iEBVAie  DK  Cantorbéby  (Gervasii  Cantuariensis  opéra  hislorica), 
Edil.  W.  Slubbs.  R.  S.,  n-  73,  2  vol.  in-B.  Le  tome  U  contient  les 
Gtifa  regum  conlinuata. 
t(a  Ludovici  VIII.  li.  F.,  XVII. 

regum  continuatn.  Voy.  Gervaih  de  Cantohbbby. 
tiLBERT  DE  MoNs  (Gislebccli  chronicon  Hanoniense),  Edit.  Arndt. 
M.  G.,  XXI- 

nixES  DE  Paris  (^gidii  Parisiensis  Carolinus,  sive  De  gcstis  Caroli 
magni  camicn  hexamelrum,  ad  inrormationem  Ludovici  lllii  Phi- 
lippi  Augusti  ;  lihcr  quintus).  H.  F.,  XVII. 

RACD  DE  Babri  (Ciraldi  Cambi-ensia  opéra).  Kdit.  J-  S.  Brewer. 
J.  F.  Dimock  et  G.  F-  Warner.  Le  Deprincipis  imlruclione  liber  est 
daiu  le  toDie  VlII.  édité  par  Warner.  R.  S..  n°  21. 
,Y  (Arthur).  Doevmenls  sur  les  relations  de  la  royauté  avec  ie«  villes 
en  France  de  1180  à  1314.  Recueil  de  lexles  pour  servir  àTenseigne- 
menlite  l'hisloire.  Paris,  1S85,  in-S. 

rDEssos.  Invrntaire  ehronolor/ique  des  chartes  de  la  ville  d'Arrat. 
Arras,  1863,  in-4  (Ouvrage  non  publié), 

iciLLADHE  LE  Brf.ton.  C/ironi^ite  (Oesla  Philippi  Augusti),  dans  le 
tome  I  des  «  (£uvres  de  fUgord  et  de  Guillaume  le  Breton  n,  i^Uit. 
Oclaborde.  Soc.  H.  F.  Paris.  1882-1885,  2  vol.  in-8. 
Pkilippide,  dans  le  tome  II  du  même,  ouvrage. 
iciLLAtntB  GuiART.  Branche  des  roynrw  lignages,  dans  :   Ritchon, 


XXXVI  TABLE  DES   REFERENCES 

GoUect.  des  Chroniques  nationales  françaises,  tomes  Vil  et  VIII. 

Paris,  1828,  in-8. 
Guillaume  de  Puilauhent  (Guillelmi  de  Podio  Laurentii  Historia 

Albigensium).  H.  F.,  XIX. 
Haignerê.  Les  chartes  de  Saint-Bertin,  tome  I.  Saint-Omer,  1886,  in-4. 
Henri  KmGHTON  (Chronicon  Henrici  Knighton  monachi  Leycestren- 

sis).  Edit.  J.  Rawson  Lumby.  R.  S.,  n»  92. 
Histoire  des  ducs  de  Normandie  et  des  rois  d^ Angleterre.  Edit.  Fr.  Mi- 
chel. Soc.  H.  F.  Paris,  1840,  in-S. 
Histoire  de  Guillaume  le  Maréchal,  comte  de  Striguil  et  de  Pembroke, 

régent  d'Angleterre.  Bibl.  de  sir  Th.  Phillipps  à  Cheltenham;  copie 

communiquée  par  M.  Paul  Meyer. 
Historia  et  Cartularium  monasterii  Sancti  Pétri  Gloucestriœ.  Edit. 

W.  H.  Hart  R.  S.,  no  33,  3  vol.  in-8. 
Historiaregum Francorum  ab  origine gentis ad  annum  1214.  H.  F.,  XVII. 
Historié  and  municipal  documents  of  Ireland.  Edit.  J.  T.  Gilbert. 

R.  S.,  no  53. 
HoNORii  111  opéra  omnia,  dans  :  Horoy,  Medii  aevi  bibliotheca  patris- 

tica.  Paris,  1879-1880,  4  vol.  in-8. 
Hoveden  (Chronica  Rogeri  de  Hovedene).  Edit.  Stubbs.  R.  S-,  n*»  51» 

4  vol.  in-8. 
Huillard-Bréholles.  Historia  diplomatica  Frederici  secundi.  Paris, 

1859-1861.  12  vol.  in-4.  ^ 
Inventaire  des  archives  de  la  ville  de  Poitiers,  dressé  par  Redet, 

publié  par  Richard  et  Barbier,  dans  :  Mém.  de  la  Soc.  des  Antiq.  de 

VOuest;  2«  série,  t.  V,  an.  1882. 
Inventaire  des  chartes  d'Arras.  Voy.  Guesnon. 
Inventaire  des  titres  de  Nevers.  Voy.  Marolles. 
Istore  et  croniques  de  Flandres.  Edit.  Kervyn  de  Lettenhove.  Collect. 

de  chron.  belges.  Bruxelles,  1879, *2  vol.  in-4. 
Itinerary  of  John,  par  Th.  Duffus  Hardy,  à  la  suite  de  l'Introd.  aux 

Rotuli  lifter,  patent.  Voy.  au  mot  :  Litterœ  patentes. 
Jacques  de  Dînant.  De  translatione  béate  Genovefe.  H.  F.,  XXIU. 
Jacques  de  Guyse.  Histoire  de  Hainaut.  Edit.  et  traduct.  du  M*»  de 

Fortia.  Paris,  1826  et  suiv.,  15  vol.  in-8. 
Jacques   Mkyer.   Commentarii  sive  annales  rerum   Flandricarum. 

Anvers,  1561,  in-fol. 
Jaffé.  Regesta  pontificum  Romanorum  ad  annum  1198.  Nouv.  édit. 

Leipzig,  1885-1888,  2  vol.  in-4. 
Jean  de  Tayster.  Chronique  (sous  le  titre  défectueux  de  :  Gontinuatio 

chronici  Florentii  Wigorniensis),  dans  le  t.  Il  de  :  Florentii  Wigor- 

niensis  chronicon.   Edit.  B.  Thorpe.  Coll.  de  TEnglish  historical 

Society.  Londres,  1849,  in-8. 
Jean  le  Long.  Chronique  de  Saint-Bertin  (Ex  Joannis  Iperii  chronico 

Sylhicnsi  Sancti  Bertini).  H.  F.,  XVUl. 
Joinviixe.  Histoire  de  saint  Louis.  Edit.  et  traduct.  Natalis  de  Wailly. 

Paris,  1874,  in-4;  2»  édit. 


I 


TABLE   DES   REFERENCES  XXXVII 

JooB8AKV\tn,T.  Voy.  Catnhgue. 

Lanolois  (Ch.  V.).  Textes  relatifs  à  l'histoire  du  Parlimenl  de  Paris. 

Recueil  de  textes  pour  servir  à  l'enseignement  de  l'histoîi'o.  Paris. 

1888,  in-8. 
Layettes  du  trésor  des  chartes.  Tonies  I  ot  11  publiés  par  Teulct,  tame 

m  publié  par  J.  de  Laborde.  Collect.  des  Inveni..  et  docuin,  Paiia, 

I863-187S.  in-4. 
Lëchaudë  d'Anisy.  ExtraUt  des  charte*  et  autres  actes  normands  ou 

anglo-normands  qui  se  trouvent  dans  les  Archives    du  Calvados. 

Coen,  1834.  2  vol.  in-8. 

—  Grands  nilen  des  Echiquiers  de  Normandie  (Mtin.  de  la  Soc,  des 
Anliq.  de  Normandie,  t.  XV).  Itouen,  1816.  in-4. 

Lbcoy  de  l\  Mabchb.  Anecdotes  historiques,  légendes  et  apologues 
tirés  du  recueil  inédit  d'Etienne  de  Bourbon,  dominicain  du 
xiii*  siècle.  Soc.  H.  F.  Paris.  1877,  in-8. 

Le  Prévost.  Mélanges  et  notes  pour  servir  d  l'histoire  du  déparle- 
ment de  l'Eure,  publiés  par  MM.  L.  Delisle  et  L.  Passy.  lilvreuit, 
1862-1869,3  vol.  in-8. 

tiUerte  elausœ  (Rotuli  litteranim  clauîiarum  in  turrî  Londineni^i 
asservali).  Edit.  Th.  Duirus-Hardy.  Londres,  1833-1844,  a  vol.  in-fol. 

Litterie  patentes  (Rotuli  litlerarum  palenlium,  etc.).  Edit.  Th.  DufTus- 
Hardy.  Londres,  1835.  in-fol.,  tome  1,  part,  i  (seul  vol.  paru). 

Mahtl.  Cartulaire  et  archives  des  communes  de  Cancien  diocèse  cl  de 
rnrrondissement  administratif  de  Cnrcassonne.  Paris,  1B57-18H2. 
6  vol.  in-4. 

Hassi.  Sttcrorum  concitiomm  nova  coUeclio.  Vnntse,  1759-1788,  31  vol. 
in-fol. 

Mjlhchegay.  Cartulaire  des  sires  de  Hays,  choix  de  documents.  Paris- 
Nantes,  1857, in-8. 

Nabolles  (Abbé  de).  Inventaire  des  litres  de  Nevert,  publié  par  le 
C'«  de  Soultrait  Nevers,  187,1,  in-1. 

Hathiecj  dk  Paris.  Chronique  (Matha'i  Parisiensis...  chronica  ma- 
jora). Kdit.  H.  R.  Luard.  R.  S.,  n"  57,  7  vol.  in-8. 

—  Gesta  abbatitm.  Mathieu  de  Paris  est  l'auteur  de  la  1"  partie  des 
Gesta  abbnlum  monaslerii  Sancti  Albani  a  Thoma  Walsingham  corn- 
pilata.  Edit.  Riley.  Tome  I  de»  Chronica  monasterii  SancH  Albani. 
R,  S.,  n"  28- 

—  Uistoria  Anglorum  sive  lUstoria  minor.  Edil.  Fr.  Madden.  R.  S., 
n"  44,  3  toI.  in-8. 

—  Vie  d'Etienne  de  Langian  (Vita  S-  Siephani  archiepiscopi  Cantua- 
riensis),  Edit.  Lieberinann,  dans  :  Anglonormannische  Ccschidittt- 

Ménj^strei,  de  Reius  (Récits  d'un  —  nu  xiii"  siècle).  Edil,  N.  de 
Waiily.  Soc,  H.  h\  Paris.  1876,  in-8. 

yisuBS  (Paul).  Recueil  d'anciens  textes  bas-laiint.  provençaux  et  fran- 
çais; l"'  partie.  Paris,  1874,  in-8. 

C...  fETiT  niTAlLLlB.  fldf/ne  de  Louis  VIII.  c. 


XXXTni  TABLE   DES    RÂFÉRBNCES 

MouNiER  (kug.).  Calalagtit  des  acteide  Simon  etÂmauriile  Montfort. 

Paris,  1874.  in-8.  Extrait  de  la  Bibl.  de  l'Ee.  desCh. 
MocsKi-rr  (Philippe),  Chronique  rimée.  Edit,  de  Iteiffeiiberg,  Coll.  de 

chron.  belges.  Bruxelles,  18JG-ia38,  2  vol.  iii-4;  siipplémenl,  1845, 

I  vol.  in-4, 
Mu»/e  det  Archives  dipartementales.  Paria,  1878,  in-4. 
Nicolas  dh  Bkai.  Gesta  Ludoviei  VJIl  Francorum  régis.  H.  F..  XVU. 
Paris  (Paulin).  Romancero  français.  Paris,  1833,  in-12. 
Philippide.  Voy.  {JoiiXAnUE  lb  Bheton. 
PlERRK  DE  VAnx-CEBNAl  (Pétri,  Vallium  Sarnati  monachi,  Hisloria 

Albigensluni  et  sacri  belli  in  eossuscepli),  H.  V..  \IX. 
PoTTHAST.  Regesla  ponlifteum  Romanorum.  Berlin,  1874-1875;  2  vol. 

in-1. 
PRKsaoTTi,  Regesla  llonorii  papai  III.  T.  I,  Rome,  1888.  grand  in-4. 
QuAiJTiK.  Recueil  de  piéee*  pour  faire  suite  au  Cartulaire  général  de 

r  Yonne.  Auxerre  el  Paris,  1873,  in-8. 
Raynalrus  (Barontos  et  Raynaldds),  Annales  eectesiasiiei.   Edit. 

Mansi.  lome  XX.  Lacques,  1847.  infol. 
Raynouaru.  Choix  de  poésies  originales  des  troubadours.  Paris,  1816- 

1821,6  vol.  in-8. 
Rkdet.  Voy.  Inventaire  desarch.  de  Poitiers,  Table  desmu.de  FotHe- 

neau. 
Registre  de  S.  Osmond  (Vêtus  registrum  Sarisberiense,  alias  dicluni 

registnim  Sancti  Osinundi  episcopi).  Edit.  W.  II.  Rich.  Jones.  R.  S., 

n"  "8,  2  vol.  in-8. 
Keinkri   annales.    Edit.  Perli,  dans  :  Annales  Sancii  Jacobi  Leo- 

dienses.  M.  G.,  XVI. 
RiCHAKD  UE  Saint- Geeima IN  (Ryccardi  de  Sanclo  Gerraano  notarii 

cUronica).  M.  G..  XIX. 
KiooRD.  Chronique.  Edit.  Delaborde,  dans  :  CEuvres  de  Rigord  el  de 

Guillaume  le  Breton,  t.  I  (Voy.  Guillaume  lb  Breton)- 
Robert  d'Auxerre  (Roberti  canonici  S.  Mariani   Autissiodoreftsis 

chronicon).  Edit.  Holder-Egger.  M.  G.,  XXVI. 
Robert   dd   Mont  (Roberli  de  Monte  cronica).  Edit.  Belhmann.  M. 

G..  VI. 
Roberti  Grosseteste  episcopi  quondam  Lincolniensis  episloUe.  Edit. 

Luard.  R.  S.,  n"  25. 
Roman  d'Eustaehe  le  Moine,  pirate  fameux  du  xui'  siècle.  Edit.  Fr. 

Michel.  Soc.  II.  F.  Paris,  1834,  in-8. 
—  Nouvelle  édition,   aous  le    litre  de  b  Wittasie  le  Moine  n,  par 

W.    Fœraler.  précédée  d'une  biographie  d'Eustaehe  le  Moine  par 

J.  Trost.  Ronianische  Bibliothck.  Halle,  1891.  petit  in-8. 
Rotuli  chartarum  in  turri  Londinensi  asservali.  Edil.  Th.  DutTus- 

Hardy.  Londres.  1837.  in-fol,,  tome  I,  part,  i  (seul  vol.  paru). 
Rotuli  hundredoTMm.  Edition  de  la   Record  I  loin  mission.  Londres. 

1R12-I81B.  2  vol.  in-Iol. 
Roluli  de  ohlatis  etflnibut.  Edit.  Th.  Duffus-Hardy.  Londres,  1835,  in-B. 


TABLE  DES  RÉPÉRBNOES 


XXXIX 

.  Londrc 


I 
I 

P 

I 


Rtmer.  Fadera,  etc...  Edition  de  la  Record  (^oniniÎ! 

1816,  in-fol.,  lame  I,  part.  i. 
SDllabus  ofHymer's  Fœdera,  par  Th.   Du  Hua- Hardy,  Lnmlrc.s,  1869- 

1885.  3  vol.  in-4. 
Saclcy  (de).  Recueil  de  document»  relalift  à  l'Mtloire  dex  monnaiet. 

Docuu).  inéd.  Paris,  1879.  in-4. 
Seala  chronica.  Gorpus-Christi  Collège,  ms.  133. 
Shihley  (W.  W.).  Royal  and  other  kiilorical  lellers  illustraliw  of  thf 

reign  of  Henry  III.  R.  S-,  n»  27. 
S-niBBs{\V.).  Select  eharleri.  Oxford,  1870,  in-8. 
Table  des  maniuerit»  de  D.  Fonteneav  nornervés  à  In  Ribliolhégue  de 

Poitiers,  par  Redet.  dans  ;  Méin.  de  la  Soc.  des  Anliq.  de  lOuesl, 

lome  IV.  Poiliers-Paris,  18H9,  in-8. 
Table  des  manutcrits  de  D.  Fonieneau,  etc.  Table  des  deux  vol.  sup- 
plémentaires. Poiliei'S-Paris,  1855,  in-S. 
TAn.UAH.  Recueil  d'aclet  des  xii'  et  siii"  siècles  en  tangue  romnne- 

wallonne.  Douai,  1849,  in-8. 
Tardif  (Jules).  Monuments  historiques.  Carions  des  rois,  r.ollecl.  des 

inventaires  et  documents.  Paris.  1866,  in-1. 
T«ui,Er.  Voy.  Layettes  du  irésoi-  des  chartes. 
Thibhrv  (Augustin).  Recueil  des  moHHWenW  inédit*  de  l'histoire  du 

Tiers-État.  Docum.  inéd.  Paris.  1850,  4  vol.  in-4. 
Thomas  WYKsa.  Chronique.  Annal,  monastici,  IV. 
Tborme  (Chronica  Guillelnii  Thome  de  rébus  geslis  obbatuin  Sancti 

Augustini  CanluarienBis).Edit.  Twysden,  dans  :  Historia;  anglicanfc 

scriplores  decem.  Londres,  1652,  in-fol. 
Tbevkt  (Nicholai  Triveti    annales).  Edit.  Thomas  Hog.  English  his- 
torié. Society.  Londres,  1845,  in-8. 
V&iUN.  Archives  administratives  de  la  ville  de  Reims.  Docum.  inéd. 

Paris,  1839-1848,  3  tomes  en  5  vol.  in-4. 
Vie  de  saint  llugue  (Magna  vita  S.  Hugonis  episcopi  Lîncolniensis). 

Edil.  J.  F.  Diinock.  R.  S.,  n"  37. 
Vincent  de  Bkauvais.  Spéculum  hitloriale,  tome  IV  ùu  Spéculum 

quadruplex.  Douai,  1634,  in-fol. 
WADDiNd.  Annales  Minorum.  Rome,  1731  et  suiv.,  17  vol.  in-fol., 

2-  édit. 
Wautebs.   Table  chronologique  des  chartes  et  diplômes  concernant 

rhistoire  de  Belgique.  Bruxelles,  1866-1889,  7  vol.  in-4. 
WïNitovRR  (Roger  de).  Chronique,  contenue  dans  la  Chronique  de 

Mathieu  de  Paris  (Voy.  Math,  de  Pakis). 
Wharton.  Anglia  Sacra.  Londres,  1691,  in-fol. 
WiuGirr.  Potilical  songe  of  England.  Camden  Society.  Londres,  1839, 


TABLE   DES   RÉpiiRENCES 


Arbois  de  Jubaisville  (D~).  Histoire  de*  liuns  el  des  comtes  de  Cham- 
pagne. Paris,  1859-1869.  7  tomes  en  S  vol.  in-8. 

AtJTEUiL  (D').  Ilisloire  des  ministre»  d'Etal.  Paris,  1642,  in-fol. 

BAt.tiZE.  Histoire  généalogique  de  fa  maison  d'Auvergne.  Paris.  1708, 
2  vol.  in-fol. 

Bardonnkt.  Niort  el  la  Rochelle  de  1220  à  1224.  Niort,  1875,  tn-8. 
(Extrait  de  Y  Avant -propos  du  Terrier  du  grand  fief  d'Aunis.  publié 
dan.s  les  Mëm.  de  la  Soc.  des  Antiq.  de  l'Ouest,  lonie  XXXVUl.) 

Barthèi^emy  (J.  B.  a.  a.).  Nouveau  manuel  complet  de  numimta- 
tique.  Manuels  Roret.  Parix,  sans  date. 

BÉMONT  (Oh).  De  Johanne  eognomine  sine  Terra  Angliœ  rege  Lutetiœ 
Parisiomm  anno  1202  condemnato.  Pari-i,  1884,  in-8.  Tradiiclio 
française  :  De  la  condamnation  de  Jean  sans  Terre  par  la  eoiir  de 
pairs  de  France  en  1202,  dans  :  Revue  histnr.,  XXXII. 

Bbrty  (Ad).  Topographie  historique  du  vieiix  Paris,  région  du  Louvr 
et  des  Tuileries.  Collection  de  docimt.  pour  l'Histoire  générale  de 
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Warmkônig  (L.  A.).  Flandrische  Staats  und  Rechtsgeschichte  bis  zum 
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'—  Même  ouvrage  {Histoire  de  la  Flandre  et  de  ses  institutions  civiles 
et  politiques  jusqu*à  Vannée  1305),  revu  et  traduit  par  A.  E.  Ghel- 
dolf.  Bruxelles,  1835-1864,  5  vol.  in-8. 

Wauters.  Les  libertés  communales.  Bruxelles-Paris,  1878,  in-8. 

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Zeller  (J.).  UEmpereur  Frédéric  II  (tome  V  de  VHistoire  d'Alle- 
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PREMIÈRE   PARTIE 


LOUIS    DE   FRANGE 


Ch.  Petit- Dl-tai lus.  lirffne  tic  Louis  Vltl. 


CHAPITRE  I. 

BNFANCE   BT  ÉDUCATION   DE   LOUIS  DE    FRANCE.    LA    MONARCHIE 

CAPÉTIENNE  VERS   l'AN    1209. 

En  Tannée  1180,  quelques  mois  avant  la  mort  du  roi  Louis 
VII,  le  jeune  Philippe-Auguste  épousa  Isabelle,  fille  de 
Baudouin  V,  comte  de  Hainaut.  L'auteur  de  ce  mariage  était 
Toncle  maternel  d'Isabelle,  le  puissant  comte  de  Flandre 
Philippe  d'Alsace,  qui  exerçait  alors  le  plus  complet  empire 
sur  l'esprit  de  l'héritier  royal.  De  purs  intérêts  politiques 
avaient  présidé  à  l'union  de  cette  petite  Flamande  de  dix 
ans  et  du  bouillant  Philippe- Auguste,  précoce  adolescent  qui 
rêvait  déjà  gloire  et  batailles.  Isabelle  connut  vite  le  mal- 
heur. La  mère  et  les  oncles  du  jeune  roi  avaient  été  très  irri- 
tés de  voir  s'accomplir  malgré  eux  un  mariage  qui  semblait 
consolider  à  leur  détriment  l'influence  de  Philippe  d'Alsace 
et  la  petite  reine  vécut  au  milieu  des  haines  et  des  intrigues. 
Philippe-Auguste  lui-même  était  trop  impatient  pour  sup- 
porter le  joug  d'un  tuteur  ;  dès  1181  il  se  brouilla  avec  le 
comte  de  Flandre.  En  1184,  comme  Baudouin  de  Hainaut  sou- 
tenait la  cause  de  son  beau-frère,  Isabelle  faillit  être  répudiée. 
Elle  finit  à  dix-neuf  ans  sa  triste  vie.  Les  chroniqueurs  par- 
lent en  termes  assez  touchants  de  son  humilité  et  de  sa  dévo-  .V!" 
tion  profonde;  l'un  d'eux  raconte  que  Dieu  fit  un  miracle  en  l'  ' 
son  honneur,  au  moment  où  pour  la  première  fois  elle  res- 
sentit dans  ses  flancs  les  tressaillements  de  la  maternité*.  '.'• 

Peu  d'années  avant  sa  mort,  pendant  une  réconciliation  --: 

momentanée  du  roi  et  du  comte  de  Hainaut,  elle  avait  vu  son 

1.  Robert  du  Mont,  529.  —  Gilb.  de  Mons,  518-519,  529,  537,  569.  — 
Conlin,  d'Anchin,  418,  422.  —  GénèaL  des  comtes  de  Flandre,  327- 
329.  —  Gerv.  de  Cantorbery,  [,  294.  —  Mousket,  v.  19328, 19332-19333. 
—  Philippide,  1.  XH,  v.  865-882.  —  Anon.  de  Béthuncf»  46.  —  Voyez 
Al.  CarteUieri,  L'avènement  de  PhiL-Aug.,  dans  Bev.  histor.,  LUI, 
262  et  saiv. 


,•  • 


•  ■ 


•  •  ■ 


*  ••• 


4  ENFANCE  ET  EDUCATION  DE  LOUIS 

mari  se  rapprocher  d'elle  ;  elle  avait  seize  ans  et  Philippe- 
Auguste  en  avait  vingt  et  un  lorsque  Louis  fut  conçu.  Il  na- 
quit à  Paris  le  5  septembre  1187  '.  Philippe-Auguste  envoya 
aussitôt  des  courriers  annoncer  au  loin  la  bonne  nouvelle,  et 
pendant  une  semaine  les  Parisiens  furent  en  fètc  jour  et  nuit. 
Mais  la  santé  de  Tenfant  inspira  bientôt  des  craintes  ;  il  était 
né  de  parents  trop  jeunes  et  il  n'avait  que  deux  ans  quand  la 
mort  d'Isabelle  le  priva  des  soins  maternels.  En  1191  il  pensa 
mourir  do  dysenterie  :  le  médecin  Rigord  raconte  comment 
on  obtint  sa  guérison  en  faisant  une  belle  procession  dans 
Paris  et  en  traçant  avec  des  reliques  le  signe  de  la  croix  sur 
le  ventre  de  Tenfant.  En  1206  Louis  fut  de  nouveau  malade*  ; 
il  semble  être  resté  toute  sa  vie  peu  vigoureux. 

Nous  avons  quelques  renseignements  sur  l'éducation  de 
Louis.  Philippe- Auguste  tint  à  munir  son  fils  d'une  instruc- 
tion qu'il  regrettait  sans  doute  de  n'avoir  pas  reçue  lui-même. 
Il  lui  choisit  pour  parrain  le  célèbre  Etienne  de  Tournai, 
théologien,  juriste  et  poète  ;  nous  avons  encore  une  lettre  de 
ce  prélat,  dans  laquelle  il  encourage  son  jeune  filleul  aux 
•.V*  travaux  intellectuels  \  L'enfant  était  d'ailleurs  d'un  caractère 

studieux;  le  biographe  do  Saint-IIugue  nous  raconte  une 
entrevue  que  l'aimable  et  savant  évêquc  de  Lincoln  eut  avec 
Louis  en  Tan  1200,  et  il  nous  montre  l'héritier  de  Philippc- 
•I  t  Auguste  écoutant  avec  gravité  et  docilité  les  conseils  du 
vieillard*.  Par  une  singulière  fortune,  celui*  qui  devait  mar- 
cher trois  fois  contre  les  hérétiques  reçut  les  leçons  d'un  hé- 
résiarque fameux.  L'Université  de  Paris  avait  alors  parmi 
ses  plus  illustres  maîtres  Amauri  de  Bène  ou  de  Chartres, 
qui  y  enseignait  une  doctrine  théologique  inspirée  par  la  phi- 
losophie panthéiste  de  Scot  Erigènc  ;  l'Eglise  mit  très  long- 
temps à  suspecter  l'orthodoxie  de  ce  subtil  docteur,  qui  maniait 


•t 


•••  ^» 


•  ••  • 

*  •  • 


•    .  •  r 


••■'•• 


-  •    • 


1.  Rigord.  îJ  54.  —  Cf.  Benoit  de  Peterborough,  II,  9  et  Annales  de 
Lngni,  481.  Les  indications  très  précises  de  Rigord  doivent  sans  doute 
^tre  préférées,  malgré  la  i)ctite  erreur  qu'a  relevée  M.  Delaborde.  — 
Cf.  \V.  Walker,  On  Ihe  increase  of  royal  power  in  France  nnder  PhiL' 
Aug..  19,  n.  2. 

2.  Rigord,  §S  54,  77,  \\1, 

3.  Gilles  de  Paris,  I.  V,  v.  8  et  9.  ~  Lettres  d'Etienne  de  Tournai, 
367.  —  Notice  sur  Etienne  de  Tournai  dans  Hist.  Htt.  de  la  Fr.,  XV, 
52'»  et  suiv. 

4 .  Vie  de  Sa  in  t-  II u g  ue,  305. 


ARTUR  DE   BRETAGNE   ET   LOUIS   DE   FRANCE.  5 

à  merveille  la  dialectique  et  le  paradoxe  ;  «  on  le  laissa  avec 
«  le  seigneur  Louis,  fils  aîné  du  roi  de  France,  nous  dit  un 
«  contemporain,  parce  qu'on  le  croyait  un  homme  de  bonne 
«  fréquentation  et  d'opinions  saines  ».  Rien  du  reste  n'autorise 
à  penser  que  les  doctrines  d'Amauri  aient  eu  quelque  influence 
sur  le  développement  intellectuel  de  son  élève  \ 

Quant  aux  compagnons  d'enfance  de  Louis,  ce  ne  furent 
point  ses  frères  Philippe  Hurepel  et  Pierre  Chariot,  ni  Thi- 
baud  de  Champagne,  qui  resta  plus  de  quatre  ans  à  la  cour  de 
Philippe- Auguste;  ils  étaient  tous  trois  beaucoup  plus  jeunes  que 
lui.  Ce  fut  d'abord  le  neveu  de  Jean  sans  Terre,  Artur,  qui  était 
du  même  âge  que  le  fils  du  roi  de  France.  On  sait  qu'Artur, 
à  la  mort  de  Richard  Cœur  de  Lion,  prétendit  lui  succéder 
dans  ses  possessions  françaises,  par  représentation  de  son 
père  Geofiroi  de  Bretagne,  frère  aîné  de  Jean,  et  que  Philippe- 
Auguste  fut  rame  de  cette  intrigue.  Ce  roi  prit  en  garde 
l'adolescent,  le  fiança  à  sa  fille  Marie  et  le  donna  pour  com- 
pagnon d'études  à  son  fils.  Depuis  le  mois  d'août  1199  jus- 
qu'à sa  capture  au  siège  de  Mirebeau  trois  ans  pbis  tard, 
Artur  vécut  à  la  cour  avec  Louis,  et  les  deux  amis  reçurent 
ensemble  en  12001a  visite  de  saint  Hugue,  qui  ne  put  réussir 
à  calmer  l'horreur  ressentie  par  le  jeune  comte  de  Bretagne 
pour  son  oncle  Jean  sans  Terre.  Lbuis  apprit  ainsi  de  bonne 
heure  à  haïr  et  à  mépriser  le  roi  d'Angleterre*. 

Ce  fut  pourtant  une  nièce  de  Jean  qui  partagea  avec  Artur 
les  premières  afi'ections  de  Louis.  Blanche  de  Castille,  qu'il 
épousa  sans  avoir  encore  accompli  sa  quatorzième  année,  fut  sa 
compagne  d'enfance  avant  d'être  sa  femme.  En  1195,  pendant 
des  négociations  entamées  pour  la  paix  entre  Philippe-Auguste 
et  Richard  Cœur  de  Lion,  on  avait  proposé  de  faire  épouser 
à  Louis  la  sœur  d'Artur  ;  mais  les  deux  adversaires  ne  purent 

1.  Chanoine  de  Laon,  715.  —  Lichtenberger,  Encyclop.  des  Se. 
relig.,  I,  224. 

2.  Hoveden,  IV,  87.  —  Dicet,  II,  167.  —  Rigord,  §  129.  —  Philip- 
pide,  1.  V,  V.  163-165.  —  Anon.  de  Béthune,  f.  52.  —  Mousket,  v.  20572- 
20590.  —  Vie  de  S.  Hugue,  305.  —  Dict.  of  nation.  Biof/rap/iy,  II, 
129  et  suiv.  —  Sur  Philippe  Hurepel,  voy.  Art  de  vér.  h$  dates,  Comtes 
de  Clermont  ;  SUT  Pierre  Chariot,  une  note  de  M.  Delaborde,  éd.  de 
la  Philippide,  p.  4  ;  sur  le  séjour  de  Thibaud  de  Champagne  à  la 
cour,  D'Arbois  d!e  Jubainville,  llist.  des  comtes  de  Champ.,  IV,  i*"©  part., 
108. 


6  MARIAGE    DE   LOUIS. 

s'entendre  et  recommencèrent  à  batailler.  En  1199,  ils  négo- 
cièrent de  nouveau  ;  cette  fois  on  décida  que  Louis  épouserait 
Blanche,  fille  du  roi  de  Castille  et  d'Aliéner  d'Angleterre  ; 
mais  la  conclusion  de  la  paix  fut  ajournée,  Richard  périt  peu 
de  temps  après  et  Jean  sans  Terre  ne  put  s'accorder  avec 
Philippe-Auguste.  L'année  suivante,  vers  le  milieu  du  mois 
de  janvier,  les  deux  rois  eurent  une  nouvelle  entrevue  près 
de  Gaillon  ;  les  bases  de  la  paix  furent  enfin  posées  et  l'union 
de  Louis  et  de  Blanche  décidée.  L'accord  définitif  fut  conclu 
le  22  mai,  au  Goulet,  entre  Vernon  et  les  Andelis.  Les  chroni- 
queurs et  à  leur  suite  certains  historiens  modernes  rapportent 
inexactement  les  clauses  de  ce  traité,  dont  le  texte  oflSciel  nous 
est  parvenu.  Jean  sans  Terre  accorda  à  Louis  de  France  la 
main  de  sa  nièce  et  lui  donna  à  Toccasion  de  ce  mariage  les 
fiefs  d'Issoudun,  de  Grarai,  et  la  suzeraineté  des  terres  sises 
en  Berri  qu'André  de  Chauvigni  avait  tenues  jusque-là  du  roi 
d'Angleterre  ;  parmi  ces  fiefs  figuraient  ceux  de  Châteauroux 
et  de  Sainte-Sévère.  Pour  ce  qui  concerne  Evreux  et  autres 
terres  cédées  par  Jean,  et  la  somme  de  20,000  marcs  d'argent 
mentionnée  dans  l'acte,  le  traité  les  accordait  à  Philippe- 
Auguste  et  non  pas  à  Louis.  En  outre  le  roi  de  France  avait 
eu  soin  de  faire  stipuler  qu'il  retiendrait  toute  sa  vie  durant 
les  fiefs  constitués  en  dot  aux  deux  jeunes  gens. 

Le  lendemain  de  la  conclusion  du  traité  eut  lieu  la  céré- 
monie du  mariage  ;  après  la  conférence  de  Gaillon,  Jean  avait 
chargé  sa  mère,  la  vieille  reine  Aliénor  d'Aquitaine,  d'aller 
chercher  Blanche  en  Espagne,  et  la  fille  d'Alfonse  de  Castille 
était  arrivée  en  Normandie  vers  le  commencement  de  mai. 
Comme  la  terre  de  Philippe-Auguste  était  frappée  d'interdit 
à  cause  de  son  union  avec  Agnès  de  Méranie,  le  mariage  de 
Louis  de  France  et  de  Blanche  de  Castille  fut  célébré  en 
terre  anglaise,  à  Port-Mort;  pour  satisfaire  aux  prudentes 
exigences  de  Philippe-Auguste  «  se  mist  li  rois  Jehans 
((  en  hostages  pour  le  fill  le  roi  Philippe  qui  estoit  entre  la 
«  gent  le  roi  Jehan  ».  Ce  fut  l'archevêque  de  Bordeaux  qui 
donna  la  bénédiction  nuptiale,  devant  une  brillante  assistance 
de  barons  et  de  prélats.  La  cérémonie  finie,  Louis  et  sa 
femme  revinrent  à  Paris  ainsi  que  les  deux  rois  ;  Jean  reçut 
une  hospitalité  magnifii^uo  dans  les  palais  de  Paris  et  de  Fon- 


BLANCHE   DE   CASTILLE.  7 

tainebleau.  On  put  croire  un  instant  que  ce  mariage  avait 
scellé  la  réconciliation  des  deux  monarchies  \ 

Blanche  avait  quelques  mois  do  moins  que  son  jeune  mari^ 
Un  chroniqueur  dit  qu'elle  était  d'une  beauté  remarquable, 
et  Guillaume  le  Breton  la  déclare  blanche  et  candide  comme 
son  nom.  Dès  1205  elle  eut  de  Louis  une  fille  ^.  Une  anecdote 
rapportée  par  le  fidèle  biographe  de  saint  Hugue  constitue  à 
peu  près  tout  ce  que  nous  savons  sur  les  premières  années  de 
ce  ménage  d'enfants.  Saint  Hugue,  après  avoir  assisté  à  la 
conclusion  de  la  paix  et  à  la  cérémonie  de  Port-Mort,  était 
venu  passer  quelque  temps  à  Paris.  Louis  de  France  Talla 
voir  et  le  pria  de  rendre  visite  à  sa  jeune  épouse.  «  Il  accepta 
«  avec  bonté  et  se  rendit  à  pied  au  palais  du  roi,  qui  était  pro- 
«  che.  Il  trouva  la  petite  Blanche  tout  affligée  par  je  ne  sais 


1.  Hoveden,  III,  302  et  suiv.  ;  IV,  80-81,  94-95,  106-107,  114-115.  — 
Rigord,  §  132.  —  Jlist.  ries  dvrs  dr  Norm.,  91  et  Anon.  de  B^Mh.,  f.  50 
v»;  on  trouve  dans  ces  chronitjues  de  curieuses  anecdotes  sur  le  sé- 
jour de  Jean  en  F'rance.  —  Coggeshall,  100-101.  —  Wendover,  II,  457, 
461  et  suiv.  —  Teulet,  I,  218.  —  II.  F.,  XVIII,  88,  note  g.  —  liin, 
of  John.  —  Selon  un  passage  de  la  Chron.  d'Alfonse  le  Sage  (cité 
par  P.  Paris,  Romancero  franc. ^  170,  n.  1),  Phil.  Aug.  aurait  en- 
voyé en  Castille  des  ambassadeurs  chargés  de  choisir  entre  les 
infantes  une  épouse  pour  Louis  et  ils  auraient  préféré  Blanche  à  sa 
sœur  l'rraque  parce  que  ce  dernier  nom  était  trop  désagréable 
à  prononcer.  L'anecdote  est  au  moins  curieuse.  Le  Nain  de  Tillemont 
{Eut.  de  S.  Louis,  I,  6),  qui  la  cite  d'après  Nostradamus,  a  cru  que 
c'était  ot  un  conte  fait  par  les  nouveaux  Espagnols  pour  se  moc(|uer 
«  des  PYançois  ».  —  La  comparaison  des  textes  ma  amené  à  adopter 
pour  la  conclusion  du  traité  du  Goulet  la  date  du  22  mai  donnée  par 
Koger  de  Hoveden,  bien  qu'il  ait  établi  une  fausse  concordance  entre 
cette  date  et  la  fête  de  la  Nativ.  de  S.  Jenn-Haptisto.  —  La  description 
fleurie  des  fêtes  de  noce,  que  donne  M.  Lecointre-Dupont  dans  son 
fCssni  sur  les  dern.  années  de  la  domin.  des  Plantngenets  dans  rOiwst 
de  la  France  y  p.  123,  me  semble  être  une  simple  })roduction  d'imagi- 
nation ;  on  ne  voit  nulle  part  que  Louis  ait  été  blessé  dans  un  tournoi; 
M.  Lecointre  Dupont  ne  cite  aucun  texte  et  a  de  bonnes  raisons  pour 
cela.  — Selon  l'usage,  un  douaire  dut  être  constitué  immédiatement 
à  Blanche.  Il  comprenait  Hesdin,  Bapaume  et  Lens.  (.'es  terres  faisant 
partie  de  IWrtois,  domaine  particulier  du  prince  Louis,  Blanche  les 
reçut  évidemment  en  douaire  avant  l'avènement  de  son  mari  (voy. 
d'ailleurs  l'acte  de  confirmation  de  1 22'i- 1225.  Catal.  di's  actes  de  L.  VllI, 
n<»  219).  D'après  des  documents  du  mois  de  février  1212  (I)elisle,  n°'' 
1353,  1356, 1359, 1350),  il  faut  peut-être  admettre  (pie  des  modifications 
eurent  lieu,  car  il  semble  qu'en  1212  Blanche  avait  pour  douaire  Saint- 
Oiner  et  Bapaume. 

2.  Note  communiquée  par  M.  Elie  Berger,  qui  prépare  une  Histoire 
de  Blanche  de  Castille. 

3.  IlUt.  reg.  Franc,  ab  orif/ine  ad  annum  1214.  p.  426.  —  Philip- 
pide,  L  VI,  V.  28-29. 


8  BLANCHE    I)K   CASTILLE. 

«  quoi  récont  événement,  mais  il  sut  civec  quelques  paroles  si 
«  bien  Togayer  qu'aussitôt  oubliant  la  tristesse  qu'elle  res- 
w  sentait  depuis  quelques  jours,  elle  eut  le  cœur  joyeux  ainsi 
«  que  lo  visage'  ». 

Devenue  femme,  toile  que  nous  la  connaissons  par  ses  actes 
et  par  les  rapports  des  contemporains,  Blanche  fut  une  prin- 
cesse énergique  et  une  politique  habile.  i<  Femme  par  le  sexe, 
«  dit  Mathieu  de  Paris,  elle  fut  virile  dans  le  conseil  et  justi- 
ce ment  comparable»  à  Sémiramis.  »  Elle  semble  avoir  été  d'une 
piété  assez  sèche  et  sans  tendresse  expansive,  mais  on  ne 
peut  oublier  qu'elle  fut  l'éducatrice  de  l'admirable  saint  Louis*. 
Sans  m'at tarder  à  discuter  les  commérages  manifestement 
calomnieux  que  les  chroniqueurs  anglais  rapportent  sur  sa 
conduite  pendant  son  veuvage  ^  je  voudrais  pouvoir  déter- 
miner quelle  a  pu  être  son  influence  sur  lesprit  de  son  mari. 
On  en  est  à  peu  près  réduit  là-dessus  à  des  hypothèses. 
Philippe-Augusto,  en  écartant  les  femmes  du  gouvernement, 
rompit  une  des  traditions  de  la  monarchie  capétienne  *  ;  son 
fils  ne  Timita  probablement  point  à  cet  égard  ;  mais  aucun 
document  contemporain  ne  dévoile  avec  clarté  la  part  que  prit 
Blanche  dans  les  conseils  de  son  mari.  On  voit  Innocent  III 
et  Honorius  III  lui  écrire,  le  premier  pour  lui  recommander 
un  nouveau  légat  en  1213,  lo  second  pour  lui  demander  d'in- 
tercéder auprès  de  son  époux  devenu  roi  afin  qu'il  envoie  des 
secours  à  l'empereur  de  Constantinopie"'  ;  mais  nous  ne  con- 
naissons point  les  résultats  de  la  démarche  d'Innocent  III  et 
Ton 'sait  que  Louis  VIII  ne   s'est  pas  occupé   des  affaires 

1.  Vie  ffe  sfif'nt  llugue.  298,  :J05.  —  Les  comptes  de  1202-1203 
donnent  do  nombreux  d(Hails  sur  los  sommes  dôponsées  pour  l'entre- 
tien (le  Louis  et  de  Hlanchi»  et  particulièrement  pour  leur  nabillement. 
Les  .somnïes  sont  nssii^nées  sur  le  haillia^e-prévntt^  de  Paris,  ce  qui 
prouve  que  les  jeunes  éjMuix  y  liabitaient  presque  constamment. 
(Brussel,  Usaf/r  (hs  /it'fs,  II,  n.  ciAii,  CLXXiv,  riA.wni,  clxxxïx,  cci). 

2.  Math,  de  Paris.  Chron.,  V,  ;{5'j.  Sur  le  caractère  de  Blanche,  voy. 
Joinville,  Jiï}  606  à  608. 

:l  Wenduver,  IlL  116.—  Math,  de  Paris,  Chron..  111,  119  et  169.  — 
Voy.  Paulin  Paris,  art.  paru  dans  le  Cab.  hfstor.,  IV.  l""**  part.,  129,  et 
luimancero  FrnnruU,  165  et  suiv.  Voy.  aussi  dWrbois  de  Jubainville, 
up.  cit..  IV,  l""-  })art.,  'J09  et  suiv. 

'i.  M.  Luchaire.  ItWil.  monnrch.,  1.  liT  et  suiv.,  a  montré  (^u'au 
xr  et  au  xir  siècle  les  reines  de  Krance  avaient  souvent  participé 
etiectivenient  au  i:ouvernement. 

5.  Potthast,  n"'4:i2  et  n"  7258. 


BLANCHE   DE  CASTILLE.  9 

d'Orient.  Sans  doute  l'activité  que  Blanche  a  déployée  pendant 
l'expédition  de  Louis  en  Angleterre  permet  de  croire  qu'il 
trouvait  en  elle  un  constant  auxiliaire,  et  selon  toute  vraisem- 
blance une  femme  d'un  tempérament  aussi  autoritaire  et 
énergique  avait  un  grand  ascendant  sur  ce  prince  de  caractère 
doux  ;  j'en  aperçois  déjà  une  preuve  dans  ce  fait  qu'ils 
vécurent  très-unis,  on  un  temps  où,  malgré  les  honneurs 
accordés  à  la  femme  par  la  religion  et  la  poésie,  on  voyait 
des  reines  maltraitées  ou  répudiées  par  leurs  époux,  et  le  père 
de  Louis  de  Franco  donnant  lui-même  l'exemple.  Si  Ton  ne 
peut  guère  se  fier  au  dire  de  Mathieu  de  Paris,  qui,  dans  un 
passage  rédigé  sur  un  ton  de  diatribe  acrimonieuse,  accuse 
Louis  VIII  de  s'être  laissé  mener  par  sa  femme,  on  ne  sau- 
rait refuser  crédit  aux  paroles  de  Philippe  Mousket,  chroni- 
queur impartial  et  bien  informé,  qui  assure  que  Blanche 
possédait  complètement  le  cœur  de  son  mari  : 

N'onqes  mais  roïne  n  ama 
Son  signor  tant,  ne  reclama, 
Ne  tant  ses  enfants  autrcsi. 

Et  11  rois  les  ama  aussi 

Quar  ils  s'entramoient  si  fort 
Que  tous  ièrent  a  i  acort.  * 

Sans  croire  que  Blanche  ait  gouverné  sous  le  nom  de  son 
mari,  on  peut  donc  admettre  qu'elle  eut  sur  lui  un  grand 
ascendant;  mais  en  quelle  mesure  et  dans  quelles  spé- 
ciales circonstances  cet  ascendant  a-t-il  pu  s'exercer,  c'est  ce 
qu'il  est  impossible  de  dire. 

Tels  furent  les  compagnons  de  jeunesse,  telle  fut  l'éduca- 
tion de  Louis  ^e  France.  Nous  n'avons  point  de  détails  sur 
son  instruction  chevaleresque.  Sans  doute  Philippe-Auguste 
en  confia-t-il  le  soin  à  son  fidèle  maréchal  Henri  Clément, 
«  un  petit  chevalier  qui  molt  ert  bien  de  lui,  car  molt  l'avait 
u  bien  servi  en  ses  guerres  ».  La  famille  de  ce  maréchal  était 
depuis  longtemps  attachée  au  service  de  la  dynastie  capé- 
tienne et  jusqu'à  sa  moi't  il  semble  avoir  toujours   accom- 


1.  Math,  de  Paris,  I/ist.  Anglor.,  If,  259.  —  Mousket,  v.  27145  et 
suiv. 


10  RNTRKE  I)K  LOTIS  EN  CHKVALERrE. 

pagné  Louis  dans  ses  campapnes*.  Louis  fit  évidemment  de 
bonne  heure  son  apprenlissago  {guerrier,  comme  tous  les 
jeunes  barons  de  ce  tonips.  Il  dul  assister  aux  campagnes  de 
Poitou  et  de  Normandie.  I'ik*  fonuulo  do  charte  nous  informe 
qu'en  1206  il  accompagna  Philippe-Auguste  dans  une  courte 
expédition  en  Bretagne  ■. 

Le  5  septembre  1208  Louis  VIII  entra  dans  sa  vingt- 
deuxième  aunoe.  A  quinze  ans  Philippe-Auguste  avait  été 
associé  à  la  couronne.  Mais  ce  prince  était  trop  jjiloux  de  son 
autorité  pour  donner  à  son  héritier  de  précoces  tentations 
d'indépendance.  Quand  Philipp(»-Auguste  mourut  en  1223,  son 
fils,  qui  avait  trente-cinq  ans,  n'avait  pas  encore  reçu  la 
couronne.  Cet  abandon  d'une  tradition  toujours  respectée 
jusque-là  par  les  Capétiens  était  sans  doute  un  signe  des  pro- 
grès du  pouvoir  monarchique,  une  preuve  de  la  confiance  que 
Philippe-Auguslo  avait  en  sou  (puvre  ;  mais  c'était  aussi  un 
effet  de  sa  prudence  ombrageuse»  ;  il  no  voulait  point  se  voir 
traité  par  son  fils  comme  il  avait  traité  lui-même  ses  parents 
après  son  premier  couronnement.  Ou  voit  même  que  le  plus 
longtemps  possible  il  retarda  rtMitrée  de  s^m  héritier  dans  la 
chevalerie  ;  loin  d'v  étn»  admis  avant  Tàgo  légal  comme  son 
ami  Artur',  Louis  d(î  Franc»»  dut  attendre  la  fin  do  son 
année  de  majorité  ;  il  aurait  pu.  selon  les  usages  du  temps, 
être  fait  chevalier  à  la  Noi'l  do  Tan  12()cS,  ou  bien  aux  fét<*s 
suivantes  (le  Pâques  ou  do  TAscension  ;  il  \w.  le  fut  qu'à  la 
Pent(u'ôt<*.  Kncoro  Philippe-Auguste  exigea-t-il  de  lui  toutes 
sortes  (le  serments  ;  avant  do  recevoir  l'adoubement,  Louis 
dut  s'(»ngag(»r  à  n'omplover  à  son  s(»rvic(»  ni  chovalier  ni  ser- 
g(Mit  (pli  n'eût  juré  fidélité  au  roi  ;  il  promit  aussi  de  ne  jamais 
fairo  violonce  aux  communes  et  aux  bourgooks  de  Philippe- 
Augusto  pour  «)i)ionir  d'(»ux  un  prêt,  (»t  nuMU^'  de  ne  rien 
recevoir  qui  lour  appartint,   sans  l'auiorisation   paternelle. 


1.  Anoii.  (lo  hj'tlMiiK*,  f.  5'!.  —  ///.s/,  tirs  fiurs  (fc  Xorni.,  120. 

2.  I»eli>l«'  M"î»9;^ —  Sur  (M»ttP  cxjuMliiion,  v(»yi'/.:  f'hron.  (USaint-Anhin 
d'Auffcrs,  r/i-ô;')  :  —  (inill-  \o  hrrttin,  (Jhrun.,  ^  loS:  —  Kifrord,  î^  147  ; 
—  Anuii.  »lr  {^(^llinnc.  f.  52  v*». 

;{.  Selon  llt»vi'(l(*ii  (IV,  '.<!),  ilont  \o  \riwi\i:ua\zni^  ost  acor'pti>  ]»ar  la 
\nliiitiiil  /linf/nrpht/  (II.  12'.M,  rr  fut  VM  I  1 '.•*.»  (jiit»  P}iili]»]M'-Aiigust*»  tit 
Artiir  rhrv.'ilirr  rî  rrr-iii  >nn  lioinina;:*'.  M:ii>  r:i«;te  »rii(>niniu^'t^  ost  de 
1202  (I»elisle,  n"-  7;il"-::î2). 


ENTRKE  DE  LOUIS  EX  CHEVALERIE.  11 

Enfin,  comme  la  vie  d'un  héritier  présomptif  est  chose  pré- 
cieuse, il  jura  de  ne  jamais  prendre  part  à  un  tournoi;  il 
devait  se  contenter  de  se  rendre  à  ceux  qui  auraient  lieu  près 
de  sa  résidence,  et  d  y  assister  en  simple  curieux,  revêtu 
seulement  d'un  haubergeon  et  d'un  chapeau  de  fer,  pour  qu'il 
ne  lui  prît  pas  envie  de  descendre  dans  la  lice.  Moyennant 
ces  promesses,  qui  furent  consignées  sur  les  registres  de  la 
chancellerie,  Philippe-Auguste  livra  à  son  fils  les  revenus  do 
Poissi,  Lorris,  Château-Landon,  Fai,  Vitri-aux-Loges  et 
Boiscommun,  pour  son  entretien  et  celui  de  Blanche;  encore  le 
roi  se  réserva-t-il  le  ressort  de  ces  terres  et  le  droit  de  révo- 
quer sa  donation  \ 

L'adoubement  eut  lieu  le  17  mai  1209,  à  Compiègne.  Les 
cérémonies  de  ce  genre  comptaient  parmi  les  plus  impor- 
tantes du  moyen  «^ge.  Si  de  préférence  on  choisissait  pour 
date  une  des  grandes  fêtes  de  l'année,  c'était  pour  attirer  un 
public  plus  nombreux  et  plus  joyeux.  Philippe- Auguste  ne 
voulut  le  céder  en  magnificence  à  aucun  baron.  Le  saint  jour 
de  la  Pentecôte,  dit  Guillaume  le  Breton,  a  Louis  reçut  de  la 
«  main  de  son  père  le  baudrier  de  chevalier,  avec  une  telle 
w  solennité,  parmi  un  tel  concours  de  grands  du  royaume  et 
«  une  si  considérable  multitude  d'hommes,  au  milieu  d'une  si 
«  copieuse  abondance  de  vivres  et  de  présents,  que  jamais 
«  jusqu'à  ce  jour  on  n'avait  vu  chose  pareille».  L'Anonyme  de 
Béthune  nous  donne  quelques  détails  sur  la  fête.  Il  y  eut  un 
grand  festin  auquel  assistèrent  maints  hauts  barons  qui 
avaient  pris  la  croix  contre  les  hérétiques  et  qui  se  rendirent 
immédiatement  après  en  Albigeois;  les  deux  premiers  mets 
furent  servis  par  Gui  de  ïhouars,  comte  de  Bretagne;  les 
deux  suivants  par  le  comte  Robert  de  Dreux,  dont  les  deux 
fils  Robert  et  Pierre  avaient  été  faits  chevaliers  aussi  ce 
jour-là;  les  derniers  plats  furent  servis  par  Renaud  de  Dam- 
martin,  comte  de  Boulogne  ;  enfin  Pierre,  comte  d'Auxerre, 
trancha  devant  monseigneur  Louis  ^ 


1.  Delialo,  n®  1137.  —  Sur  Tusa^e  des  associations  à  la  couronne,  voy. 
Luchaire,  Instii.  monarch.,  I,  Wt  ;  sur  l'âge  de  rentrée  en  chevalerie, 
Léon  Gautier,  La  Chevalerie,  240  et  suiv.,  et  Luchaire,  Manuel  des 
Instit.  franc.  ^  468. 

2.  Guill.  le  Bret.,  Chron.y  §  149.  —  Anon.  de  Bétli.,  f.  53  v".  —  Jean 


12  PORTRAIT  DE  LOUIS  DE  FRANCE. 

L'entrée  en  chevalerie  faisait  dalo  dans  Thistoire  d'un 
homme  du  moyen  Age;  alors  la  vie  active  et  personnelle 
commençait  vraiment  pour  lui.  Voici  Louis  de  France  che- 
valier; le  voici,  au  moins  en  théorie,  hors  de  la  puissance 
paternelle,  puisqu'il  est  majeur.  Essayons  de  nous  représentei 
quel  homme  il  était. 

J'ai  dit  qu'à  la  suite  de  son  enfance  débile  il  resta  sans 
doute  assez  faible  de  santé.  D'après  le  portrait  que  son  con- 
temporain le  chanoine  de  Tours  nous  trace  de  sa  personne 
et  que  confirment  les  croquis  pris  par  Tarchéologue  Alexandre 
Lenoir  en  179:5,  il  était  de  taille  petite  et  bien  prise;  soi 
visage  pâle  et  maigre  respirait  l'austérité *.  Il  est  assea 
difficile  de  savoir  si  Louis  VIII  eut  une  intelligence  déliée; 
mais  il  est  possible  de  déterminer  quelle  influence  son  édu- 
cation a  pu  exercer  sm-  la  direction  de  ses  idées  et  de  sa 
volonté.  Les  chroniqueurs  du  temps  s'accordent  à  louer  son 
savoir  et  son  goût  pour  les  lettres  ;  qualité  d'autant  plus 
remarquable,  dit  son  apologiste  Giraud  de  Barri,  qu'elle  es< 
plus  rare  aujourd'hui  chez  les  princes,  véritables  «  ânes 
couronnés  ».  Rigord  déclare  qu'il  dédie  ses  Gesla  Philippi- 
Aiigusti  k  Louis  de  France,  parce  qu'il  cultive  et  aime  les 
belles-lettres.  Guillaume  le  Breton  lui  dédia  aussi  sa  PhU 
lippide^.  On  voulait  voir  en  lui  un  futur  protecteur  des  choses 
de  l'esprit,  comme  l'avait  été  Charlemagne  ;  ne  prétendait-on 
pas  qu'Isabelle  de  Hainaut  descendait  en  ligne  directe  de 
Charles  de  Lorraine,  le  Carolingien  dépossédé  par  Hugue 
Capot'  ?  Les  souvenirs  de  la  révolution  du  x*-'  siècle  avaient 


le  Loii^.  003.  le  chanoine  de  IJarinvell,  201,  et  Rog.  do  Wendover,  II, 
52i,  disent  (iiie  cent  autres  jeunes  gens  furent  faits  chevaliers  ce 


jour-lîi. 


2.  Chron.  fhj  Tours.  317.   —  Abhn'v.  f/est.  Franc,  regum,    433.   — 
(lirautl    (le    Barri,    />/•    Princ.    instnicf.,   5  à  7.  —    Ri/zord,   1    à   4. 


—  P/iilippidr,  I  et  siiiv. 
3.  On  fli>ait  (jiflsabelle  descendait  dllermengarde,  fille  de  Charles 


LA   LÉGENDE   CAROLINGIENNE.  13 

si  bien  persisté,  le  principe  de  la  légitimité  carolingienne 
avait  eu  tant  de  force,  que  cette  généalogie  prit  une  grande 
importance.  On  avait  pu  voir  encore  au  xii**  siècle  le  chro- 
niqueur Richard  le  Poitevin  soutenir  gravement  que  Hugue 
Capet  n'avait  jamais  osé  porter  la  couronne.  Les  historiens 
de  Louis  VIII  proclameront  qu'à  son  avènement  la  couronne 
a  fait  retour  à  la  lignée  carolingienne  ^  Sans  doute  était-ce 
déjà  Topinion  des  contemporains  de  son  père,  et  certainement 
Philippe-Auguste  les  laissait  dire  :  cet  esprit  si  positif  et  si 
pratique  était  malgré  tout  hanté  par  de  grandes  chimères;  il 
rêvait  d'égaler  Charlemagne,  de  même  que  Charlemagne 
avait  rêvé  d'égaler  les  empereurs  romains.  Il  songea  à  établir 
en  Occident  la  suprématie  de  sa  dynastie.  Il  eut  un  instant 
la  pensée  de  supplanter  Otton  de  Brunswick,  et  deux  fois  il 
crut  être  sur  le  point  d'unir  les  couronnes  de  France  et 
d'Angleterre.  L'idée  do  Tempire  universel  a  persisté  à  tra- 
vers tout  le  moyen  âge,  mais  elle  a  eu  en  ce  temps  une  au- 
torité particulière.  Gilles  de  Paris  composa  pour  Louis  de 
France  un  long  poème  intitulé  Carolinus,  afin  de  lui  proposer 
pour  modèle  le  grand  empereur  qui  était  son  ancêtre  *.L'édu- 

de  lorraine  et  épouse  du  premier  comte  de  Namur.  Les  comtes  de  \a- 
mur  sont  déjà  rattachés  aux  (Carolingiens  dans  une  généaloj^ie  de  la  fin 
du  XI"  siècle.  Mais  Charles  de  Lorraine  n'a  pas  «mi  de  fille  nommée 
Hermenganle  et  tout  fait  penser  (jue  ces  génêalDjLrios  sont  trompeuses. 
Quant  au  récit  de  l'apparition  de  Saint  Valéri,  seIo!i  laquelle  lo  saint 
aurait  prédit  à  Hugucî  Capot  que  ses  descendants  seraient  rois  jusqu'à 
la  septième  génération  (c.  à  d.  jusqu'à  celle  de  Philippe-Auguste),  les 
sceptiques  seront  tentés  de  croire  (jue  c'est  là  une  prophétie  faite  après 
coup,  et  attribuée  au  saint  i)ar  des  contemporains  de  Louis  Vlll,  puis- 
qu'au  moment  de  l'avènement  de  ce  roi  la  dynastie  carolingienne  fut 
censée  remonter  sur  le  trône.  Cependant  la  légende  de  l'apparition  de 
S.  Valéri  s'est  formée  dés  les  premières  années  du  xi«  siècle.  (Voyez 
Chron.  Ceninleme.  II.  F.,  VIII.  275et  llelaiio  S.  UV(/eriVï,H.F.,lX,ri7.  — 
F.  Lot,  Lea  derniers  CaroL.  285-287,  381-382.)  Il  est  vrai  que  Vincent 
de  Beauvais,  en  rapportant  cette  prophétie,  fait  une  remarcpie  qui 
en  affaiblit  singulièrement  la  valeur  ;  il  nous  dit:  «  In  nonnullis  tainen 
libris,  ubi  diximus  aeptimnm,  invenitur  sempilornam,  »  {Spendum 
hisloriale,  1276).  Une  étude  et  une  critique  attentive  des  manuscrits 
seraient  nécessaires  pour  résoudre  ce  p(îtit  problème. 

1.  Vincent  de  Beauvais.  1275.1276.  —  Guill.  Guiart,  v.  7233  à  7873. 
V.  La  quenlion  de  la  légitim.  à  Vavèn.  de  Ihignes  Capct,  par  Paul  \'iol- 
let:  Mi'm.  Acad.  Inscr.,  XXXIV,  272  et  suiv. 

2.  Guizot,  Civiiia.  en  France,  IV,  135.— Scheffer  Roichorst,  DetUsch- 
land  und  Phil.  Il  Aug.,  particulièrement  j).  ^i70,  520.  —  Ga.^t.  Paris. 
I/ist.  potit.  de  Charletnagne,  93,  106-107.  etc..  —  Leroux,  La  /loyauté 
Franc,  et  le  Saint- Empire,  dans  Ilev.  histor.,  XLIX.  250  et  suiv.  — 
Voy.  dans  le  CaroUnus  le  liv.  V,  vers  1  à  '±0,  399  à  'i25,  etc.. 


14  LOUIS   DE   FRANCE   ET   PHILIPPE- AUGUSTE. 

cation  intellectuelle  du  jeune  prince  eut  manifestement  parmi 
ses  fondements  la  légende  carolingienne.  Je  rappelle  aussi  que 
parmi  ses  maîtres  figura  un  disciple  de  Scot  Érigèno;  les  en- 
seignements des  philosophes  scolastiques  n'étaient  point  faits 
on  général  pour  donner  le  sens  de  la  réalité,  et  Âmauri  de 
Bène  était  entre  tous  un  rêveur.  Pour  ces  raisons  diverses, 
on  ne  s'étonnera  point  que  Louis  VIII  ait  eu  Tesprit  plus  chimé- 
rique encore  que  son  père,  et  que  toute  sa  vie  il  ait  gardé  la 
tentation  de  prendre  la  couronne  des  Plantagenets  ;  on  ne 
s'étonnera  pas  qu'on  dépit  de  sa  débilité,  de  sa  douceur  et  de 
sa  sainteté,  il  ait  été  un  conquérant  et  que  dans  la  série  des 
Capétiens  il  rappelle  par  ses  actes  son  père  Philippe- Auguste, 
plutôt  qu'il  n'annonce  son  fils  Saint  Louis. 

Il  est  nécessaire  de  recourir  à  ces  inductions  psycholo- 
giques pour  expliquer  certaines  contradictions  apparentes  : 
ce  continuateur  si  fidèle  de  la  politique  de  Philippe-Auguste 
ne  ressemblait  en  rien  à  Philippe- Auguste'.  Intellectuellement, 
il  fut  probablement  moins  intelligent  que  son  père;  au  phy- 
sique, quoi  de  commun  entre  ce  roi  bon  vivant,  au  teint 
fleuri,  de  santé  vigoureuse,  et  son  fils,  jeune  homme  pale  et 
chétif ?  Do  mt^me,  au  moral,  Philippe-Auguste  n  a  pas  été  un 
parangon  de  vertu  ;  il  était  dévot  comme  presque  tous  les 
hommes  de  ce  temps,  mais  fourbe,  emporté,  dur  jusqu'à  la 
cruauté,  amateur  de  bonne  chère  et  de  bon  vin,  jovial  et 
sensuel;  on  sait  qu'il  se  consola  très  vite  avec  Agnès  de 
Méranie  et  une  «  demoiselle  d'Arras  »,  des  répugnances  que 
lui  causait  Ingohurge.  Une  curieuse  légende  qui  se  forma  dans 
sa  famille  même,  au  moment  où  il  mourut,  veut  qu'il  ait  été 
à  grand'peine  sauvé  de  l'enfer".  Louis  au  contraire  eut  la 
réputation  d'un   saint'.  Il  était  de   tempérament   calme  et 


1.  Math,  (le  Paris,  Chnm..  III.  82:  «  Cui  sucrcssit  Lodovicus  filius 
«  ejus  ;  sed  iniiltiiin  dis>imilos  liic  vir  et  ille.  »  ("est  ^^méralemont  sur 
ces  quelques  mots  (pie  les  historiens  modernes  o!it  fondé  leur  appré- 
ciation du  caractèn^  de  Louis  VIII,  (jifils  reJ)roi^entent  à  tort  comme  in- 
dolent et  ;ï  moitié^  imbécile. 

2.  Chron.  de  Toum,  30».  —  Leroy  de  la  Marche,  Anccd.  if  Etienne 
de  Ihmrhnn^  \v*  32;^  ;  voy.  aussi  n"  290  et  la  note  et  n"  291.  —  Les  rela- 
tions de  l'hilippe-Au^nis'te  avec  In;:ehur^^e  nous  montrent  son  inlmma- 
iMté  et  sa  grossièreté;  voy.  surtout  une  lettre  dMn;r(d)urge  dans  H.  F., 
XIX,  428.  —  Sur  la  dririniselle  dWrrus,  voy.  Mousket,  v.  20722  el  suiv. 

3.  «  \  béate  meniorie  Lodovico.  rege  l-Yancorum,  filio  Phi- 


LOUIS    «    LE   LION    ».  15 

d'humeur  vertueuse.  Le  chanoine  de  Tours  nous  dit  que  loin 
de  ressembler  à  son  père,  qui  était  «  facile  à  émouvoir  et 
«  facile  à  apaiser  »,  ce  prince  était  do  caractère  froid,  «  diflScile 
«  à  émouvoir  et  difficile  à  apaiser  ».  Il  ajouie  que  Louis  aimait 
la  sincérité  et  la  justice.  Pierre  de  Vaux-Cernai  assure  de 
son  côté  qu'il  était  d'un  caractère  bénin  et  facile  ;  assurément 
nous  le  verrons  inhumain,  impitoyable  dans  la  guerre,  mais 
chez  les  hommes  du  moyen  âge  la  férocité  belliqueuse  n'ex- 
cluait nullement  la  douceur  dans  le  commerce  habituel  de  la 
vie.  Enfin  nous  savons  que  Louis  était  sobre  et  qu'il  était  très 
chaste,  à  tel  point  que  les  singuliers  savants  de  ce  temps 
purent  attribuer  sa  mort  à  son  excessive  continence*. 

Sans  doute  il  avait  hérité  de  sa  mère  flamande  un  sang 
moins  vif  et  moins  chaud  que  celui  de  ses  ancêtres  capétiens. 
Il  ne  leur  ressemble  guère.  Tout  au  plus,  par  certains  traits 
de  son  caractère,  rappoUe-t-il  son  aïeul  Louis  VII.  Mais  son 
éducation  intellectuelle  et  chevaleresque  fit  de  lui  un  guerrier 
ambitieux,  alors  qu'il  semblait  né  pour  être  un  moine.  Il  fut 
«  moult  preu  »,  «  il  revêtit  la  cuirasse  comme  Judas  Machabée... 
if  et  combattit  avec  joie  le  combat  du  seigneur  )>-;  l'histoire 
lui  a  laissé  le  surnom  de  Lion  que  lui  décernait  Nicolas  de 
Brai  ^.  Toutes  les  grandes  questions  qui  intéressaient  l'avenir 
de  la  monarchie,  il  a  travaillé  en  somme  avec  vaillance  et 
persévérance  à  les  résoudre  au  profit  de  sa  dynastie. 


Les  questions  dont  Louis  de  France,  avant  comme  pendant 

«  lippi  régis  »  (Lecoy  de  la  Marche,  Anecd.,  n"  318).  —  Cf.  Vincent  de 
Beauvais,  1277. 

1.  Chron.  de  Tours,  317.  —  Pierre  de  Vaux-Cernai,  78,  102.  —  Sur 
la  mort  de  I/)uis  VIII,  voici  l'anecdote  que  raconte  Guillaume  de  Pui- 
laurent,  p.  217  :  Au  retour  de  Ja  croisade  en  Albigeois,  le  roi  toml)a 
malade  en  Auvergne;  on  disait  <juil  pourrait  guérir  si!  voyait  une 
femme  ;  son  iidôle  compagnon  Archaml)aud  do  Bourbon  choisit  une 
belle  jeune  fille  et  la  fit  entrer  dans  le  lit  du  roi  pendant  son  sommeil; 
à  son  réveil,  le  roi  lui  demanda  pourquoi  elle  se  trouvait  là;  elle  ré- 
pondit qu'elle  venait  l'aider  à  se  guérir.  Le  roi  la  remercia  et  refusa  le 
remède,  pour  ne  point  commettre  de  péché  mortel. —  Selon  (iiraud  de 
Barri,  Louis  aurait  montré  la  même  chasteté  en  Angleterre  en  1216  (Dr 
Princip.  instrnrt..  133).  J'ajoute  que  le  même  auteur  raconte  une  anec- 
dote exactement  semblable  à  l'honneur  de  Louis  Vil  {ihid.,  131-132). 

2.  Mousket.  v.  1932U.  —  Jacques  de  Dînant,  Detrnnalat.  beat,  (ienor.^ 
139.  —  Chr,  de  Mailros,  l'iO. 

3.  Nicolas  de  Brai,  v.  424  et  suiv.,  etc.... 


16  LA   MONARCHIE    CAPKTIENNE   VERS    1209. 

son  règne,  allait  contribuer  à  précipiter  la  solution,  étaient 
déjà  nettement  posées  au  moment  où  sa  vie  politique  com- 
mença. En  1209,  —  point  de  repère  chronologique  auquel  nous 
ne  pourrons  d'ailleurs  nous  tenir  rigoureusement  dans  Texposé 
qui  va  suivre,  —  les  plans  que  Philippe-Auguste  avait 
conçus,  et  qui  furent  aussi  ceux  de  son  fils,  se  distinguent 
avec  clarté,  et  quelques-uns  ont  été  même  en  grande  partie 
exécutés. 

A  la  mort  de  Louis  VII,  la  royauté  capétienne  était  déjà 
assez  forte  pour  former  de  vastes  projets;  dès  ce  moment 
elle  apparaît  v  munie  des  organes  nécessaires  à  sa  croissance, 
((  soutenue  par  les  alliés  avec  qui  elle  devra  combattre  le 
«  régime  féodal,  déjà  même  engagée  dans  la  lutte  et  suffisam- 
«  ment  armée  pour  la  conquête*  ».  On  sait  quelle  énergie  per- 
sévérante et  quelle  adresse  déploya  Philippe-Auguste  afin 
d'améliorer  l'administration  de  ses  domaines  et  de  développer 
encore  la  prérogative  monarchique.  L'œuvre  était  fort 
avancée  à  Tépoque  où  nous  nous  plaçons  ;  il  suffit  pour  s'en 
convaincre  d'examiner  le  catalogue  d'actes  dressé  par  M.  De- 
lisle.  Philippe-Auguste  était  assez  confiant  en  ses  forces  pour 
ne  pas  se  contenter  de  cette  extension  interne  du  pouvoir 
royal,  et  pour  avoir  une  politique  extérieure  ambitieuse  et 
compliquée.  Un  contemporain  a  dit  de  lui  :  «  Il  pensait  qu'un 
u  seul  homme  suffît  pour  régner  sur  le  monde"  ». 

Les  rois  de  France  ont  le  l)ras  long,  dit  Guillaume  le 
Breton '.  Ils  ne  l'avaient  cependant  pas  assez  long  pour 
atteindre  la  fnmtière  de  l'ancienne  Gaule,  et  c'était  d'abord 
jusque-là  qu'ils  devaient  s'eff'orcor  de  l'étendre.  A  l'avéne- 
ment  de  Philippe- Auguste,  nou  seulement  toute  la  région  qui 
formait  le  royaume  d'Arles  et  de  IJourgogne  était  en  théorie 
comme  en  pratique  hors  des  limites  du  royaume  de  France, 
mais  encore  une  énorme  partie  de  ce  royaume  échappait  à 
l'autorité  monarchique;  los  principaux  de  ces  fiefs  indé- 
pendants étaient  la  Flandre,  le  comté  du  Toulouse  et  les  pos- 
sessions ccmlinentales  des  Plantagenets. 


1.  Luchaire,  Inatit.  monnrch.,  II.  :i06. 

2.  Ilistar.  reginn  Francor..  426. 
y.  PhiUppiiU,  1.  X.  V.  2U. 


Lk   FLANDRE  ET  LE  TRANSPORT  d' ARTOIS.        17 

Philippe  d'Alsace,  quand  il  avait  donné  sa  nièce  en  ma- 
riage au  roi  de  France,  avait  traité  avec  lui  d'égal  à  égal. 
C'était  un  souverain  puissant  et  il  n'avait  mémo  pas  besoin 
de  l'amitié  des  Capétiens.  Il  avait  ailleurs  dos  alliés  :  la 
Flandre,  qui  déjà  était  le  centre  du  commerce  du  nord-ouest, 
entretenait  des  relations  économiques  beaucoup  plus  actives 
avec  l'Angleterre  ot  l'Allemagne  qu'avec  la  France.  On  sait 
du  reste  qu'au  xi"  siècle  les  comtes  de  Flandre,  primitivement 
soumis  à  la  seule  suzeraineté  du  roi  de  France,  étaient  deve- 
nus vassaux  de  l'empire  pour  un  vaste  territoire.  Placés  dans 
cette  position  équivoque,  ils  avaient  établi  en  fait  leur  indé- 
pendance et  ils  avaient  pour  les  soutenir  dans  cette  prétention 
des  sujets  riches  et  belliqueux,  que  Guillaume  le  Breton  nous 
représente  comme  des  adversaires  acharnés  de  l'ambition 
capétienne  V 

Mais  Philippe  d'Alsace  n'avait  pas  d'enfant,  et  il  porta 
lui-môme  le  premier  coup  à  la  puissance  de  sa  dynastie  en 
démembrant  son  héritage.  Suivant  les  conventions  de  1180, 
après  sa  mort  devait  revenir  à  Philippe- Auguste  toute  la 
partie  du  comté  sise  à  l'ouest  d'une  ligne  qui  suivait  d'abord  la 
rivière  d'Aa,  puis  le  Fossé-Neuf,  la  Lis  et  entin  la  Scarpe; 
c'est  le  territoire  qu'on  appelle  déjà  TArtois;  Arras,  Saint- 
Omer,  Aire,  Hesdin,  Bapaume  et  Lens  étaient  les  principales 
villes  qui  devaient  entrer  ainsi  dans  le  domaine  direct  des 
Capétiens;  les  comtés  de  Boulogne,  de  Guines  et  de  Saint- 
Pol  et  quelques  autres  seigneuries  deviendraient  en  même 
temps  fiefs  immédiats  de  la  couronne.  Ces  terres  étaient 
attribuées  non  à  Philippe-Auguste  personnellement,  mais  à 
sa  femme  Isabelle  et  à  ses  hoirs.  Si  Isabelle  décédait  sans 
enfant  ou  si  son  enfant  mourait  sans  postérité,  l'Artois 
devait  revenir  au  comte  et  à  la  comtesse  de  Hainaut,  dési- 
gnés pour  hériter  le  reste  du  comté  de  Flandre ^ 

1.  Wamkônig  et  Gheldolf,  Jlist.  de  Flandre,  II.  52-53,  77  et  suiv., 
179  et  suiv. 

2.  Gilb.  de  Mons,  529.  —  Génêal  des  comies  de  Flandre,  :i29.  —  Lo 
terme  géographique  Artois  se  trouve  dans  la  (.hronique  de  IWnonyme 
de  Béthnne  et  dans  Vlfistoîre  des  durs  de  \or7nandie  et  des  rois 
d'Angleterre,  —  Pour  la  description  des  limites  do  TArtois,  voy.  (.'.  d»^ 
Laroiore,  Bech.  sur  la  Uni.  de  la  Flandre  cl  de  r Artois,  dans  Ann.  du 
Com.  flam,  de  France.  IV,  192  et  suiv.,  et  Cartellieri,  art.  cité.  Revue 
histor..U\\,  264-265. 

Ch.  Prtit-Dutaiu.i8.  Règne  de  Louis  VI IL  2 


18  TRAITÉS  DE  1192  ET  DE  1196. 

Philippe  d'Alsace  mourut  en  1191,  tandis  qu'il  se  trouvait 
avec  le  roi  de  Franco  en  Terre  Sainte  ;  Isabelle  était  morte, 
mais  Louis  de  Franco,  la  représentait  dans  ses  droits.  Une 
grande  confusion  régna  alors,  parce  que  Philippe  d'Alsace, 
ayant  épousé  en  1184  Matliilde,  sœur  du  roi  de  Portugal,  lui 
avait  constitué  en  douaire  une  partie  des  terres  qu'il  avait 
promises  au  roi  de  France  et  au  comte  de  Hainaut.  Philippe- 
Auguste  ne  perdit  pas  un  instant.  Je  doute  fort  qu'il  ait  voulu 
alors  s'emparer  de  tout  le  comté  de  Flandre,  mais  il  fit  saisir 
par  l'archevêque  de  Reims,  régent  du  royaume,  le  territoire 
qui  devait  revenir  à  son  fils.  Après  diverses  péripéties,  les 
parties  intéressées  se  mirent  d'accord.  Dans  une  assem- 
blée tenue  à  Péronne,  au  mois  do  février  1192,  les  droits  de 
Louis  de  France  furent  reconnus  par  son  grand-père  Bau- 
douin, maintenant  comte  do  Flandre,  tels  que  les  avait  établis 
la  convention  do  1 180.  11  semble  cependant  que  certaines 
questions  do  mouvance  de  fiefs  durent  rester  on  contestation. 
Quant  à  Mathilde,  dès  le  mois  d'octobre  précédent,  elle 
avait  renoncé  à  l'usufruit  do  Saint-Omer  ot  d'Aire,  que  Phi- 
lippe d'Alsace  lui  avait  accordé  au  mépris  do  ses  engagements 
envers  Philippe-Auguste*. 

Peu  d'années  après,  le  roi  de  France  profita  de  la  mort  du 
comte  et  do  la  comtesse  <le  Flandre  pour  tenter  d'assujettir 
plus  étroitement  ce  fief  à  la  couronne.  En  1190,  il  obligea  le 
jeune  Baudouin  IX  à  lui  prêter  l'hommage  lige  et  à  se  sou- 
mettre d'avance  à  l'excommunication  en  cas  d'infidélité.  Le 
nouveau  comte  abandonna  également  toutes  les  prétentions 
qu'il  pouvait  avoir  sur  les  fiefs  du  Boulonnais,  de  Guines  et 
d'Oisif  Mais  l'ambition  de  Philippe-Auguste  parut  insuppor- 
table aux  Flamands,  et  il  faillit  perdre  tout  ce  qu'il  avait 
gagné.  La  guerre  ne  Uiwhi  pas  :i  éclater;  les  bourgeois  d'Ar- 
tois, s'il  faut  on  croire  Gilbert  de  Muns,  n'avaient  passé  qu'à 
contre-cœur  sous  la  domination  du  roi  de  Franco';  ceux 

1.  Gill).  do  Mons,  5il,  5:'i.  :>:&,  578-579.  —  Contin.  frAnchiti,  427. 
—  (jthv'iil.  des  comtes  de  llandre^  H29.  —  Chanoine  do  Laon,  709.  — 
Delisle,  n**»  340,  3i7.  —  Voyez  le  récit  de  ces  faits  diins  les  Hist,  de 
Flandre  de  Warnkiinig  (I,  204)  et  de  Kervyn  de  F.ettenhove  (FI,  103  et 
suiv.). 

2.  Delisle,  n"  497. 

M,  (iilb.  de  Mons,  574. 


HUMILIATION   ET  REVANCHE   DE   PHILIPPE-AUGUSTE.  19 

d'Aire  se  rendirent  immédiatement  au  comte  Baudouin,  et  ceux 
de  Saint-Omer  lui  ouvrirent  leurs  portes  au  bout  de  six 
semaines.  Philippe- Auguste,  en  lutte  incessante  avec  les 
Plantagenets,  dut  ajourner  sa  vengeance.  Par  le  traité  de 
Péronne,  signé  le  2  janvier  1200,  il  abandonna  au  comte  de 
Flandre  la  partie  septentrionale  de  TArtois  :  Aire  et  Saint- 
Omer  et  leurs  territoires,  les  fiefs  de  Guines,  d'Ardres,  de 
Lillers,  de  Richebourg,  de  la  Gorgue  et  Tavouerie  de 
Béthune.  Philippe- Auguste  s'engagea  à  faire  accepler  par 
Louis  de  France  ce  traité  qui  lui  enlevait  une  bonne  part  de 
Théritage  maternel  \ 

Mais  sur  ces  entrefaites  Baudouin  IX  partit  pour  l'Orient  et 
monta  sur  le  trône  de  Constantinople.  Le  régent  de  Flandre, 
Philippe  de  Namur,  était  à  peu  près  à  la  discrétion  de 
Philippe-Auguste,  qui,  plus  tard,  fit  de  lui  son  gendre.  Le  roi 
de  France  le  décida  à  lui  confier  la  garde  de  ses  nièces 
Jeanne  et  Marguerite,  seuls  enfants  de  Baudouin  IX  (sept. 
1208) ^  Trois  ans  après,  lorsque  la  mort  de  ce  dernier  fut  un 
fait  avéré,  le  roi  donna  la  main  de  Jeanne  à  Ferrand,  fils  du 
roi  de  Portugal.  Les  noces  furent  célébrées  dans  la  chapelle 
du  roi,  à  Paris,  en  janvier  1212.  Philippe-Auguste  tira  bon 
profit  de  ce  mariage  :  d'une  main  il  accepta  les  livres  parisis 
oflFertes  parMathildede  Portugal,  instigatrice  do  ce  mariage 
qui  donnait  à  son  neveu  Ferrand  le  comté  de  Flandre,  et  de 
Tautre  main  il  reprit  ce  qu'il  avait  perdu  douze  ans  aupa- 
ravant. Non  seulement  en  effet  le  nouveau  comte  prêta 
Thommage  lige  et  laissa  ses  barons  et  ses  communes  jurer 
qu'en  cas  d'infidélité  de  sa  part  ils  serviraient  le  roi  contre 
lui,  mais  encore  il  se  vit  bientôt  enlever  les  territoires  que 
le  traité  de  Péronne  avait  rendus  à  la  Flandre.  L'annaliste 
Jacques  Meyer  et  à  sa  suite  M.  Kervyn  de  Lettenhove  ont 
pensé  qu'avant  d'être  admis  à  prêter  Thommage,  Ferrand  dut 
promettre  à  Philippe-Auguste  de  restituer  Saint-Omer  et 
Aire  à  Louis  de  France.  Mais,  d'après  les  textes  du  temps, 
on  voit  au  contraire  qu'il  en  fut  dépouillé  par  surprise.  Louis 

1.  Delisle,  n<>  579.  —  Contin.  d'Aîichin,  435-436.  —  Jean  le  Long, 
597  et  600. 

2.  Delisle,  n«  1091.  —  Anon.  de  Béthune,  f.  53.  —  Voy.  Walker,  op. 
n't,^  29  et  suiv. 


20  LOUIS   PREND   SAINT-OMER   ET   AIRE. 

de  France,  selon  l'Anonj^me  de  Béthune,  avait  été  très  cour- 
roucé du  mariage  de  l'héritière  de  Flandre  ;  peut-être  con- 
voitait-il sa  main  pour  un  de  ses  fidèles.  En  tout  cas  il  ne 
voulut  point  laisser  cet  étranger  devenir  maître  d'Aire  et  de 
Saint-Omer;  sans  attendre  que  les  nouveaux  époux  eussent 
quitté  Paris,  il  partit  en  toute  hâte  pour  l'Artois.  Robert  de 
Dreux  et  tout  son  lignage  étaient  alors  en  guerre  avec  le 
comte  de  Ponthieu  et  ravageaient  son  fief;  Louis  réconcilia  les 
adversaires  et  les  emmena  avec  lui  ainsi  que  le  comte  de 
Saint-Pol.  Il  se  présenta  avec  une  bonne  armée  et  des  ma- 
chines de  guerre  devant  la  ville  d'Aire  et  somma  les  habitants 
de  lui  rendre  cette  place  qui  lui  appartenait  du  chef  de  sa 
mère.  Les  bourgeois  répondirent  qu'ils  se  rendraient  dès  que 
Saint-Omer  ouvrirait  ses  portes  ;  ils  espéraient  un  long  répit, 
car  Saint-Omor  avait  do  solides  fortifications  et  ses  intérêts 
commerciaux  la  poussaient  ù  accepter  les  avances  des  Plan- 
tagenets  et  à  repousser  celle  des  Capétiens'.  Mais  les  Audo- 
marois,  effrayés  par  les  menaces  de  Louis,  se  rendirent  dès  le 
lendemain.  Sur  ces  entrefaites,  Ferrand  arriva  en  Flandre 
avec  sa  femme;  «  lor  covint  sofl'rir  cel  afaire  come  cels  qui 
«  amender  ne  le  porent  »,  et  le  25  février  1212,  entre  Lens  et 
Pont-à-Wendin,  ils  signèrent  un  traité  qui  abandonnait  à 
Louis  Aire  et  Saint-Omer  et  tous  les  autres  domaines  et  fiefs 
dont  il  devait  jouir  en  raison  de  la  dut  de  sa  mère,  moyen- 
nant quoi  le  fils  du  roi  de  France  promettait  de  ne  rien 
réclamer  dans  le  reste  du  comté  de  Flandre.  Bref  le  traité 
de  Péroune  était  annule.  Moyennant  rengagement  vague  de 


1.  Voy.  dans  Champollion-Figeac,  Lettre»  de  Hois^  etc....  I,  24,  un 
acte  non  daté  par  lequel  la  eomniune  de  Saint-Omer  fait  alliance  avec 
Jean  sans  Terre  contre  Philippe-Auguste.  Bréquigny  (ColL  Moreau, 
vol.  685,  f.  1)  et  à  sa  suite  Champoilion-Kigeac  et  M.Giry  [IlUtoire 
de  Saint-Omer,  72),  ont  daté  cet  acte  de  1214.  Mais  le  fait  que  Louis 
n'est  pas  nommé  dans  ce  texte,  et  surtout  la  formule  «  salvo  jure  he- 
«  redum  Klandrie  »  qui  a  trait  évidemment  au  droit  des  tilles  mineures 
de  l'einpereur  de  Constantinople  et  n'a  pas  puôtre  écrite  après  le  ma- 
riage de  Jeanne  (?t  de  Ferrand,  prouvent  f^ue  cette  alliance  est  anté- 
rieure à  1212  ;  j'ajoute  <iue,  selon  une  mention  écrite  à  la  suite  par  le 
scribe,  un  traité  identicjue  fut  conclu  en  même  temps  avec  le  roi 
d'Angleterre  par  la  ville  de  Douai;  or  en  1214  Douai  s'était  ouverte- 
ment déclarée  en  faveur  de  Philippe-Auguste.  Donc  Jean  sans  Terre  a 
conclu  une  alliance  avec  les  habitants  de  Saint-Omer  et  de  Douai  dans 
la  période  j^ui  a  précédé  immédiatement  le  mariage  de  Jeanne, 


PRÉCAUTIONS  DE   PHILIPPE-AUGUSTE.  21 

ne  plus  inquiéter  le  comte  de  Flandre,  Louis  reprenait  défini- 
tivement la  propriété  ou  le  ressort  des  terres  situées  en  deçà 
de  la  rivière  d'Aa  et  du  Fossé-Neuf.  Du  reste,  dans  les  fiefs 
abandonnés  à  la  Flandre  on  1200,  Tinfluence  française  avait 
sans  doute  recommencé  à  dominer  depuis  plusieurs  années. 
Les  héritières  de  Flandre  étant  entre  leurs  mains,  Philippe- 
Auguste  et  son  fils  étaient  évidemment  libres  d'agir  comme 
ils  l'entendaient.  Une  charte  de  1210  nous  montre  que  Louis 
de  France  entretenait  à  cette  époque  avec  le  comte  de  Guines 
les  mêmes  rapports  que  s'il  était  resté  son  suzerain  \ 

Louis  ne  revint  en  Franco*  qu'après  avoir  consolidé  sa 
conquête.  Saint-Omer,  dont  il  fallait  à  tout  prix  s'assurer 
l'attachement,  fixa  particulièrement  son  attention  ;  il  combla 
de  faveurs  les  bourgeois  et  il  augmenta  les  fortifications  de 
la  ville.  En  même  temps  Philippe- Auguste,  selon  son  habitude, 
prenait  des  précautions  contre  son  propre  fils.  Louis  donna  à 
son  père  toutes  sortes  de  garanties;  sur  son  mandement,  les 
échevins  et  les  communes  d'Aire  et  de  Saint-Omer  ainsi  que 
les  châtelains  de  ces  deux  villes  jurèrent  à  Philippe-Auguste 
de  l'aider  contre  son  héritier  s'il  venait  à  être  infidèle.  Le  roi 


1.  Génml,  des  comtes  de  Flandre,  330-331.  —  Philippide,  1.  IX,  v. 
249  et  suiv.  —  Anon.  de  Béthune  f.  5'i.  —  I/ist.  des  ducs  de  Norm.y 
127.  —  Chanoine  de  Laon,  714.  —  Mousket,  v.  20795  et  suiv.  —  De- 
lisle,  no»  1323,  1349,  et  suiv.  —  Kervyn  de  Lettenhove,  op.  cit.,  FI,  169. 
—  Je  ne  sais  comment  certains  historiens  ont  pu  admettre,  sur  la  seule 
autorité  de  chroniqueurs  très  postérieurs  comme  Baudouin  d'Avesnes 
(p.  449),  Jacques  de  Guyse  (t.  XIV,  10)  et  Jacques  Meyer  (f.  64  v»- 
65),  que  Louis  fit  enfermer  le  comte  et  la  comtesse  de  Flandre  dans  la 
forteresse  de  Péronne  et  les  délivra  seulement  après  s'être  assuré  de 
Saint-Omer  et  d^Aire.  Le  texte  de  l'Anonyme  de  Béthune,  auquel  est 
conforme  la  version  que  j'adopte,  est  clair  et  formel.  —  Sur  la  ques- 
tion des  rapports  de  Louis  et  dWrnoul  de  Guines,  voy.  la  charte  de 
1210  éditée  par  Tailliar,  Recueil  d'actes,  p.  31  :  Louis  confirme  un  ac- 
cord entre  ses  «  amés  et  feels  Renaus  cuens  de  Boulogne  et  Yde  sa 


sage  de  la  Chron,  d'Andres  (p.  755),  qu'Arnoul  de  Guines  avait  brisé  le 
lien  de  vassalité  qui  le  retenait  à  la  Flandre  pour  jurer  fidélité  à  Ix)uis 
de  France  ;  le  chroniqueur  se  trompe  ;  dans  racte  cité  cindessus,  Louis 
déclare  qu'Arnoul  et  sa  femme  sont  liés  par  l'hommage  lige  à  «  leur 
«  seigneur  de  Flandres  » .  Le  comte  de  Gumes  ne  redevint  formellement 
le  vassal  de  Louis  f^u'en  1212. 

2.  Nous  n'emploierons  ce  terme,  comme  désignation  géographique 
précise,  que  dans  le  sens  restreint  où  l'entendaient  les  écrivains  du 
temps. 


22  L  AFFAIRE    D  ALBIGEOIS. 

profita  de  Toccasion  pour  exiger  même  serment  des  bourgeois 
de  Hesdin  et  de  Bapaume,  et  de  plusieurs  autres  seigneurs 
du  pays'. 

Cette  campagne  de  Louis  fut  sans  doute  la  première  qu'il 
dirigea  lui-même.  Elle  eut  pour  résultat  la  mainmise  de  la 
dynastie  capétienne  sur  TArtois  pour  de  longues  années. 
Mais  nous  verrons  qu'elle  eut  un  autre  effet,  qui  faillit  être 
funeste  au  roi  de  France.  Ferrandne  pardonna  pas  à  Philippe- 
Auguste  de  lui  avoir  imposé  ses  conditions.  Au  moment  où 
Louis  de  France  commença  sa  carrière  politique,  la  Flandre 
était  démembrée  et  vaincue,  non  point  soumise.  La  monarchie 
capétienne  n'allait  point  sans  peine  l'assujettir. 

Jusqu'en  1215,  Taffaire  d'Albigeois  se  traite  sans  que  la 
royauté  intervienne.  Pourtant  la  proie  était  bien  tentante. 

Le  comte  de  Toulouse  était  au  commencement  du  xiii*  siècle 
le  plus  puissant  vassal  du  roi  de  France  après  le  roi  d'Angle- 
terre. Sa  domination  s'étendait  depuis  le  Rhône  jusqu'au 
delà  de  la  Garonne.  Le  comté  et  les  baronnies  avoisinantes 
composaient  une  véritable  nation  distincte,  caractérisée  par 
la  splendeur  des  cours  seigneuriales  et  le  raffinement  de  la 
civilisation  intellectuelle,  en  môme  temps  que  par  le  déve- 
loppement de  la  vie  municipale  et  la  prospérité  économique*. 

A  la  faveur  de  ces  progrès  de  l'esprit,  s'étaient  formées 
dans  le  Midi  des  traditions  de  libéralisme  et  de  tolérance  qui 
semblaient  devoir  protéger  cette  région  contre  les  malheurs 
des  guerres  religieuses  ;  la  frivolité  brillante  qui  régnait  dans 
la  société  ecclésiastique  comme  dans  la  société  laïque  parais- 
sait être  une  garantie  de  plus.  Mais  le  contraire  de  ce  qu'on 
pouvait  attendre  se  produisit.  Une  doctrine  religieuse  peut- 
être  originaire  des  pays  slaves  de  l'Europe  orientale,  là 
doctrine  des  Cathares,  s'était  propagée  dès  la  fin  du  xi*  siècle 
dans  le  midi  de  la  Gaule.  Née  au  sein  du  christianisme,  elle 
avait  revêtu  certaines  formes  catholiques  et  prétendait  être 
la  véritable  interprétation  des  Evangiles;  en  réalité  c'était 

1.  Giry,  llist,  de  Saint-Omer,  preuves.  'i04  et  suiv.  —  GénéaL  des 
coyntrs  de  Flandre,  '.loi.  —  I)elisl(%  n"-  1352  et  suiv. 

2.  Voy.  sur  l'état  ciu  Midi  à  cetto  6j)0']uo  un  art.  <lo  M.  Paul  Meyer 
dans  la  Romanin,  V,  26J-26i,  et  Cli.  Molinier,  InquisiL  dans  le  Midi 
delal'r.,  'i59. 


L  HÉRÉSIE   CATHARE.  23 

presque  une  religion  nouvelle  :  les  Cathares  croyaient  en  effet 
à  la  coexistence  d'un  Dieu  bon,  créateur  du  monde  spirituel, 
et  dim  Dieu  mauvais,  créateur  du  monde  matériel;  ils  ad- 
mettaient le  dogme  païen  de  la  transmigration  des  âmes, 
et  Jésus  n'était  pour  eux  que  le  plus  élevé  des  anges.  Grâce  à 
l'esprit  de  tolérance  de  la  société  méridionale,  cette  secte  put 
se  développer  et  s'organiser  dans  toute  la  Guyenne  et  la 
Provence  et  dans  une  grande  partie  de  la  Gascogne.  A  la  fin 
du  XII*  siècle,  les  Cathares  avaient  dans  le  Midi  entier  des 
communautés  pourvues  de  ministres,  des  espèces  de  sémi- 
naires, des  couvents  de  femmes  ;  ils  avaient  des  évoques  à 
Toulouse,  à  Albi,  à  Carcassonne  et  à  Agen;  ils  prêchaient  en 
public  leur  doctrines  et  avaient  des  cimetières  particuliers. 
La  frivolité  des  mœurs  ne  servit  qu'à  la  propagation  de 
Thérésie.  Beaucoup  d'àmes  religieuses  se  sentirent  en  effet 
attirées  vers  le  catharisme,  cette  doctrine  de  la  pureté,  qui 
flétrissait  les  désordres  tolérés  par  l'église  méridionale  dégé- 
nérée, et  prêchait  le  retour  à  la  simplicité  austère  du  primitif 
christianisme.  Autant  on  affichait  de  mépris  pour  le  clergé 
catholique,  autant  on  honorait  les  vertus  des  parfaits.  Cette 
indiscutable  pureté  de  mœurs  des  hérétiques  fut  sans  doute 
la  cause  éminentede  leurs  progrès.  Elle  leur  valut  de  compter 
dans  leurs  rangs  presque  tous  les  barons  du  Midi  :  le  comte 
de  Toulouse,  qui  avait  certainement  adopté  le  catharisme  ; 
les  comtes  do  Foix,  de  Comminges,  d'Armagnac;  les  vicomtes 
de  Béziers  et  de  Béarn.  Le  succès  extraordinaire  d'une  telle 
doctrine  allait  nécessairement  attirer  sur  le  Midi  les  foudres 
de  la  papauté  :  comment  tolérer  les  progrès  d'une  secte  qui 
avait  des  croyances  païennes,  et  qui  rejetait  l'autorité 
pontificale?  Il  était  impossible  qu'une  guerre  religieuse 
n'éclatât  point*. 

t.  Schmidtf  ilUl.  de  la  secte  et  de  la  doctr.  des  Cathares  ou  Albi- 
geois, I,  J  à  200,  et  II,  5  à  110.  —  Ch.  Moliiiier,  op.  cit.,  Introd.,  p.  xiv, 
note.  —  Voy.  la  critique  de  l'ouvrage  de  Schmidt  par  Gucheval-Clari- 
gn^  dans  Bib.  L'c.  Ch.,  î^"  série,  t.  III,  80  et  suiv  ;  Cucheval-Glarigny 
voit  dans  le  Catharisme  français  une  hérésie  indigène  et  non  pas  im- 
portée d*Orient  à  travers  ritâlie.  Assurément  aucun  texte  ne  prouve 
(jue  l'hérésie  ait  suivi  le  chemin  indiqué  par  Schniidt  :  voy.  Plister, 
Robert  le  Pieux,  p.  326-327.  Cette  hypothèse  reste  cependant  sédui- 
sante et,  comme  M.  Tabbé  Vacandard,  dans  son  étude  sur  «  Les  ori- 
gines de  rhérésie  Albigeoise  »  (Bev.  des  Qiiest.  histor.,  n«  du  1  janvier 


24  INNOCENT   m. 

Les  efforts  des  papes  du  xii®  siècle  ne  réussirent  pas  à  arrêter 
les  progrès  du  catharisme,  qui,  selon  Schmidt,  s'était  propagé 
plus  ou  moins  dans  toute  TEurope.  L'Église  romaine  était  mena- 
cée dans  son  existence  même  lorsque  Innocent  III  monta  sur  le 
trône  pontifical.  Le  nouveau  pape  était  dans  la  force  de  Tage; 
c'était  un  homme  méthodique  et  actif.  Tel  que  nous  le  fait  con- 
naître son  traité  Dumépris  duinonde,  il  était  de  tempérament 
pessimiste  et  d'esprit  sec  et  précis,  très  pénétré  de  ses  droits 
comme  de  ses  devoirs.  Il  avait  la  conviction  que  les  hommes 
ne  pouvaient  trouver  leur  salut  que  dans  Tobéissance  à  l'Église 
dont  il  était  le  chef,  et  il  passa  sa  vie  à  combattre  pour  le 
triomphe  des  idées  théocratiques.  Un  tel  homme  devait  con- 
sidérer comme  son  plus  impérieux  devoir  l'extermination  des 
hérétiques,  »<  ces  scorpions  dont  la  morsure  donne  la  mort 
éternelle  »*.  Pendant  dix  ans  il  poursuivit  sans  se  lasser  la 
tâche  do  convertir  les  cathares;  il  ne  réussit  pas.  En  1207,  il 
se  décida  à  menacer  le  comte  de  Toulouse  de  déchaîner 
contre  lui  les  princes  orthodoxc^s;  Raimond  VI,  prêta  s'humi- 
lier, ne  put  cependant  supporter  l'arrogance  de  Pierre  de 
Castelnau,  et  l'on  sait  que  le  légat,  ayant  quitté  la  cour  du 
comte,  périt  assassiné  le  15  janvier  lt?08;  ce  fut  le  signal  de 
la  croisade.  Innocent  III  manda  à  tous  les  barons  et  cheva- 
liers du  royaume  de  France  de  venger  l'injure  faite  à  l'Eglise, 
et  son  appel  fut  entendu  ^ 

Depuis  plusieurs  années  du  reste,  le  pape  avait  le  dessein 
de  recourir  ii  la  force  et  il  projetait  de  confier  au  roi  de 
France  le  soin  d'exterminer  l'hérésie  albigeoise.  Philippe- 
Auguste  n'était-il  pas  rentnnmé  pour  son  orthodoxie?  L'année 
do  son  avènement,  il  avait  fait  brûler  uiie  bande  d'hérétiques'*. 
De  plus  il  devait,  être  désireux  do  saisir   cette  occasion  pour 


189'i.  p.  oO).  nous  lirsituns  à  la  roi)Ousser.  —  Los  Anecdotes  historiques 
(CF.tii'nne  t/c  liuurbon  contionnent  do  curieux  détalU  sur  les  Albigeois  ; 
Ktienno  do  Bourbon  ne  met  pas  en  doute  que  la  corruption  du  cler^jé 
catholique  dan>>  le  Midi  nait  été  uno  d(\s  grancios  causes  de  la  propa- 
i^ation  do  Ihôrésie  (Ancrtfute  n*»  251).  Voy.  Vacandard,  art.  cité.,  p. 
65  ot  suiv. 

1.  Schmidt,  oft.  cit.,  I,  7»'»  et  suiv..  et  ///>/.  f/e  V Eglise  d'fkcident, 
102-10;{.  —  IIurttîF.  Ilist.  d'Innucmt  III,  I,  52  et  suiv.,  et  111.  480  et 
suiv.  --  Koccjuain.  l.a  Papautr  au  moj/t'n  ôge^  171)- 180,  190. 

2.  Jlist.  du  Langut'dor.  \L  222  et  suiv. 
:{.  Phifippide,  liv.  1,  v.  407  et  suiv. 


PHILIPPE-AUGUSTE   ET   LA   CROISADE.  25 

se  montrer  dans  le  Midi,  où  Louis  VII  avait  déjà  fait  un 
voyage  fructueux  pour  la  royauté'.  Mais  Philippe-Auguste 
avait  en  tête  d'autres  soucis.  Dès  1201,  Innocent  111  le  pria 
de  prendre  personnellement  la  direction  de  la  croisade,  ou  de 
la  confier  à  son  fils  Louis.  En  1205,  il  réitéra  sa  demande. 
En  1207,  deux  mois  avant  le  meurtre  de  Pierre  de  Castelnan, 
il  adressa  de  nouvelles  exhortations  à  Philippe-Auguste  ;  le 
roi  lui  déclara  qu'il  ne  pourrait  se  rendre  à  son  désir  que  si 
une  trêve  solide  lui  était  ménagée  avec  son  adversaire  Jean 
sans  Terre,  et  si  le  clergé  et  les  barons  de  France  contri- 
buaient aux  dépenses  de  la  croisade.  Après  l'assassinat  du 
légat,  Philippe-Auguste  refusa  de  nouveau  de  s'engager  si  on 
ne  lui  donnait  point  de  garanties  contre  le  roi  d'Angleterre. 
En  1209,  au  mois  de  mai,  Tabbé  de  Cîteaux  et  le  légat  Milon 
essayèrent  encore  une  fois  d'obtenir  qu'au  moins  il  envoyât 
son  fils  en  Albigeois;  la  réponse  fut  la  même. 

Le  18  juin  de  cette  même  année,  Raimond  VI  faisait  solen- 
nellement soumission  à  l'Église,  et  se  laissait  humblement 
frapper  de  verges  par  le  légat.  Le  22  juillet,  Béziors  était 
détruite;  puis  Carcassonne  tombait  et  les  croisés  choisis- 
saient Simon  de  Monfort,  vieillard  ambitieux  et  actif,  pour 
seigneur  des  pays  conquis  ou  à  coniiuérir  sur  les  hérétiques. 
Philippe-Auguste  ne  laissait  point  d'être  mécontent  devoir  des 
vassaux  s'attribuer  de  si  riches  dépouilles.  Il  avait  essayé  au 
début  d'enrayer  le  mouvement  qui  emportait  vers  le  Midi  les 
chevaliers  du  Nord.  Maintenant  il  protestait  que  seul  il  avait 
le  droit  de  disposer  des  terres  albigeoises;  mais  on  ne 
récoutait  guère  ^ 

A  l'époque  où  nous  nous  plaçons,  il  semblait  donc  que  la 
conquête  des  pays  hérétiques  allait  s'opérer  sans  le  concours 
de  la  royauté  et  sans  lui  rapporter  aucun  avantage.  Supposer 
que  dès  cette  époque  Philippe-Auguste  prévoyait  la  ruine  de 
la  famille  de  Montfort  et  comptait  achever  un  jour,  à  peu  de 
risques  et  à  peude  frais,  l'œuvre  si  laborieusement  commencée 
,par  d'autres,  c'est  lui  attribuer  gratuitement  une  clairvoyance 

1.  Voy.  Luchaire,  Instil.  monnrch..  Il,  295  et  suiv. 

2.  Nùt.  du  Languedoc,  VI,  261  et  suiv. —  Lettres  du  pape:  Potthast, 
n"*  2225,  2229,  2'i04,  3223,  3353,  3512,  3638.  —  Lettres  de  Pliil.-Aug.: 
Delisle,  n«»  1069,  1085  et  Ilist.  du  Lang.,  VIII,  pr.,  563. 


26         LA  LUTTE  CONTRE  LES  PLANT AGENETS. 

bien  extraordinaire.  Il  est  plus  naturel  de  croire  à  la  sincérité 
des  déclarations  qu'il  faisait  au  pape:  de  trop  puissants 
ennemis  le  menaçaient  pour  qu'il  pût  s'engager  dans  une 
croisade. 

Le  plus  dangereux  de  ces  ennemis  qui  Tinquiétaient  si  fort 
vers  1209  était  le  roi  d'Angleterre.  On  sait  quel  énorme 
héritage  Henri  Plantagenet  avait  laissé  à  ses  fils  ;  le  domaine 
continental  des  rois  d'Angleterre  était  beaucoup  plus  grand 
que  celui  des  rois  de  France.  «  Li  rois  Richars  estoit  trop 
«  riches  et  de  terre  et  d'avoir,  asés  plus  que  li  rois  de  France 
«  n'estoit.  »  Il  fallait  que  le  roi  do  France  chassât  ce  rival  trop 
puissant,  sinon  il  courait  incessamment  le  risque  d'être  lui- 
même  dépossédé;  la  vie  côte  à  côte  était  chose  impossible: 
«  Voirs  est  que  on  dist  que  ja  dui  orgueilleus  ne  chevauceront 
«  bien  unasne  »*.  On  sait  d'ailleurs  que  l'espérance  d'expulser 
les  Anglais  de  France  ne  contentait  pas  Philippe-Auguste;  ce 
prince  qui  pensait  qu'un  seul  homme  peut  gouverner  le  monde 
avait  des  projets  plus  ambitieux  encore.  Lorsqu'il  avait  épousé 
Ingeburge,  il  avait  demandé  au  roi  de  Danemark  de  lui  céder 
«  les  vieux  droits  des  Danois  sur  l'Angleterre  »  et  de  lui 
prêter  sa  flotte  pour  les  faire  valoir  quand  l'occasion  s'en 
présenterait*. 

La  lutte  contre  les  Plantagenets  fut  la  préoccupation  cons- 
tante de  Philippe-Auguste,  celle  qui  domina  de  très  haut 
toutes  les  autres.  Richard  sut  défendre  son  patrimoine,  mais 
avec  Jean  Philippe-Auguste  eut  la  partie  belle.  Le  portrait 
de  Jean  a  été  tracé  bien  des  fois';  c'est  une  physionomie 
curieuse,  et  dont  les  traits  semblent  possibles  à  déterminer, 
bien  qu'elle  soit  beaucoup  plus  compliquée  que  les  autres 
figures  de  ce  temps,  et  qu'elle  ait  été  déformée  par  la  légende. 
Jean  était  un  homme  assez  intelligent  et  instruit;  on  louait 
sa  générosité.  «  De  grant  despcns  estoit,  »  nous  dit  un  con- 
temporain qui  l'a  certainement  approché  de  près  ;  «  moult  dou- 
ce noit  à  mangier  et  larghoment  et  volontiers  ».  Mais  il  était 


1.  Anon.  de  B(Hhune,  f.  49  v». 

2.  DavidsoJin.  Phil.  An{/.  uwl  InijeborQ^  21. 

3.  Vov.  j)ar  ex.  Pauli.  (ie^rhichte.  von  Eiujland,  III,  '»72  et  suiv.  ; 
Stubbs,  l'ref.  à  l'é»!.  de  Walter  de  Covcîiitry  (dans  l(»s  Rer.  Brit.  Srn'fU.) 
t.  II,  p.  XI  et  suiv.  :  Green,  Ilist.  du  peuple  anylais,  I,  Ul  et  suiv. 


JEAN   SANS   TERRE   ET  PHILIPPE- AUGUSTE.  27 

«  plains  de  maies  teces  »  ;  sa  méchanceté  est  restée  prover- 
biale: «  Crueus  estoit  sor  toz  homes;  ses  barons  melloit 

«  ensamble  quanques  il  pooit;  moult  estoit  liés  quand  il  veoit 
«  haine  entre  els  ».  Insolent  et  fourbe,  il  mêlait  au  respect 
superstitieux  de  certaines  formes  religieuses  le  cynisme 
parfois  le  plus  impie.  Mais  le  vice  qui  lui  attira  le  plus  de 
haine  et  lui  coûta  le  plus  cher  fut  sa  lubricité:  «  De  bieles 
«  femes  estoit  trop  convoiteus;  mainte  honte  en  fist  as 
«  haus  homes  de  la  tierre:  par  coi  il  fu  moult  haïs  ».  Comme 
roi  il  fut  un  type  de  tyran  à  la  manière  antique,  s'entourant 
de  mercenaires  étrangers  pour  opprimer  ses  sujets*.  Il  ne 
manquait  point  d'habileté  comme  général  et  comme  politique; 
encore  ne  faut-il  pas  exagérer  ses  capacités.  L'historien 
Green,  mû  par  ses  sentiments  do  protestant  vertueux,  a  voulu 
voir  dans  ce  roi  un  prince  doué  de  tous  les  talents,  qui  n'a 
échoué  en  ses  entreprises  que  parce  qu'il  était  méchant  et 
parce  qu'il  voulait  s'opposer  à  la  marche  de  l'Angleterre  vers 
la  liberté.  11  serait  pourtant  facile  de  montrer  que  Jean  a 
compromis  à  chaque  instant  sa  position  par  défaut  do  prudence 
ou  d'activité;  son  indolence  et  son  goût  de  la  volupté  lui 
rendaient  insupportables  les  longues  patiences  de  la  politique 
et  les  fatigues  de  la  guerre,  et  il  mérita  souvent  les  moqueries 
injurieuses  du  fils  de  Bertran  de  Born^ 

On  sait  avec  quelle  rapidité  Philippe-Auguste,  profilant 
des  fautes  et  de  l'apathie  de  son  adversaire,  lui  enleva  une 
bonne  partie  de  son  héritage.  La  Normandie  fut  soumise  en 
quelques  mois  ;  Philippe-Auguste  confisqua  les  terres  appar- 
tenant aux  chevaliers  anglais,  pour  les  réunir  au  domaine 
ou  les  inféoder  à  ses  fidèles.  L'Anjou  et  la  Touraine  furent 
aussi  de  durables  conquêtes  \  En  Poitou,  le  roi  de  France  eut 
affaire  à  une  féodalité  remuante  et  difficile  à  maintenir  sous 


1.  HUt.  des  ducs  de  Normandie,  105.  —  Giraud  de  Barri,  De  Princ. 
Inslruct.,  310-311.  —  Mousket,  v.  22'j77-22'i81.  —  Math,  de  Paris, 
Chron.,  II,  562-563. 

2.  Kaynouard,  Poésies  des  Troubadours,  IV,  199  et  suiv.  Voy.  Clôdat, 
Bertrand  de  Born,  94.  —  Cf.  Anon.  de  Bùthune,  f.  53,  à  propos  de  l'ex- 
pédition de  1206  :  a  La  parut  bien  la  coardisc  le  roi  d'Engleterre  ». 

3.  Delisle,  n«»  887,  891  a,  901,  907,  etc..  —  Voy.  sur  ces  conquêtes 
le  mémoire  déjà  cité  de  Lecointre-Dupont.  L'auteur  y  a  exposé  toute 
l'histoire  des  rapports  de  la  France  et  ae  l'Angleterre  de  1199  à  1205. 
Malheureusement  il  a  l'imagination  trop  féconde. 


28  JEAN   SANS   TERRE   ET   PHILIPPE-AUGUSTE. 

le  joug  ;  rinconstance  des  Poitevins  était  chose  proverbiale 
au  xiii®  siècle,  comme  la  foi  punique  dans  Tantiquité*.  D'ail- 
leurs, outre  que  l'Aunis  et  le  littoral  de  la  Saintonge  ne 
purent  jamais  être  soumis,  Jean  sans  Terre  fit  en  1206  une 
campagne  qui  semble  avoir  détruit  en  partie  le  résultat  des 
efforts  tentés  par  le  roi  de  France  pour  assujettir  cette  région. 
Un  certain  nombre  de  châteaux  situés  surtout  dans  le  nord  du 
pays,  quelques  villes  telles  que  Poitiers,  et  par  intermit- 
tences certains  seigneurs  las  de  servir  le  roi  d'Angleterre 
subirent  seuls  la  domination  de  Philippe- Auguste  *. 

Jean  sans  Terre  aurait  bien  voulu  reconquérir  tout  ce  qu'il 
avait  perdu.  A  la  fin  de  1207,  il  reprit  les  armes*.  Mais  il 
fut  bientôt  absorbé  par  d'autres  soins  ;  il  était  alors  en  conflit 
avec  le  pape  à  propos  do  l'élection  d'Etienne  de  Langton 
au  siège  de  Cantorbéry.  Le  23  mars  de  Tannée  suivante, 
TAnglotcrre  fut  mise  en  interdit,  et  en  1209  Jean  fut 
excommunié.  Il  fit  peser  dès  lors  sur  ses  sujets  un  régime 
de  vexations  et  do  terreur  qui  allait  bientôt  porter  pour  lui 
des  fruits  amers.  Philippe-Auguste,  qui  mérita  bien  sa  répu- 
tation de  semeur  de  discordes,  était  prêt  à  profiter  de  toutes 
les  fautes  de  son  adversaire.  Une  lettre  confidentielle  adressée 
par  lui  vers  cotte  époque  à  Jean  do  Lassi  montre  qu'il  nour- 
rissait Tespérance  de  provoquer  une  guerre  civile  en  Angle- 
terre *. 

Ce  n'était  pas  seulement  chez  eux  que  les  deux  rois  se 
combattaient  ;  rAllemagne,  déchirée  par  la  rivalité  des 
Guelfes  et  des  Gibelins,  était  pour  eux  un  autre  terrain  de 
lutte.  L'Angleterre  était  en  rapports  économiques  très  suivis 
avec  le  nord  de  TAUemiigno  et  la  vallée  du  Rhin,  c'est-à- 
dire  avec  les  pays  guelfes,  et  Otton  de  Brunswick  était 
neveu  de  Jean  sans  Terre  ;  les  Plant agenets  devaient  donc 
nécossairemont  appuyer  les  adversaires  des  Staufen.  Philippe- 

1.  Philivpfde,  1.  IX,  v.  202  ;  l.  X,  v.  24. 

2.  Wenduver,  II,  49i-'i95.  —  I/ist.  des  ducs  de  .Vorw.,  108-109. — 
Anon.  do  Béth.,  f.  52  v»  et  53.  —  Cronictjues  de  Xorm.  (Brit.  Mus.,  ms 
addit.  2081!).  f.  87,  col.  I.  — Dclisle.  iv>^  1140à  116G.  1182.  —  Lecointre- 
Dupont,  op.  cit.  —  (jirv,  Etabl.  de  Rouen,  1.  2'iO  et  suiv.,  295,  358. 

3.  Deli.slo,  n"  lOfiî). 

4.  Stubbs.  Constit.  Historn,  I.  559.  —  Arc  h.  des  missions,  3«  série, 
VI,  3i4,  édition  de  la  minute  cancelléo  de  la  lettre  do  Philippe-Auguste 
à  Jean  de  Lassi. 


AFFAIRES  D'ALLEMAGNE.  29 

Auguste,  non  sans  de  longues  hésitations,  avait  fini  par  se 
rapprocher  de  Frédéric  Barberousse  ;  après  la  mort  de 
Henri  VI,  il  soutint  Philippe  de  Souabe  contre  Otton  :  mais 
Philippe  de  Souabe  mourut  en  1208,  et  le  duc  de  Brabant, 
que  le  roi  de  France  pensionnait  et  voulait  maintenant  mettre 
à  la  tête  du  parti  gibelin,  ne  tarda  pas  à  abandonner  la  lutte. 
Le  4  octobre  1209,  Otton  resté  sans  rival  entrait  dans  Rome, 
et  Innocent  III  posait  sur  son  front  la  couronne  impériale. 
La  partie  semblait  de  ce  côté  perdue  pour  le  roi  de  France  ; 
mais  Otton  de  Brunswick,  par  son  impolitique  brutalité,  com- 
promit sa  situation  ;  à  peine  couronné,  il  prétendit  saisir  le 
domaine  temporel  du  pape.  Tout  fut  remis  en  question  ; 
Innocent  III  fit  appel  à  Philippe-Auguste  et  au  parti  gibelin. 
Il  est  probable  que  le  roi  de  France  songea  en  ce  moment  à 
prendre  lui-même  le  sceptre  impérial,  et  que  le  pape  s'y 
opposa.  En  tout  cas,  ils  finirent  par  choisir  de  concert  le 
jeune  Frédéric,  fils  de  Henri  VI,  pour  en  faire  le  compétiteur 
d'Otton.  De  nouveau,  vers  le  commencement  do  Tan  1211, 
une  sorte  d'équilibre  se  trouva  établi  entre  les  Plantagenets 
et  les  Guelfes,  d'une  part,  les  Capétiens  et  les  Staufen,  de 
l'autre.  Mais  il  fallait  bien  que  l'un  des  deux  partis  allemands 
vainquît  l'autre,  et  cette  inévitable  conflagration  semblait 
menacer  tout  l'Occident*. 

Telle  était  la  situation  au  moment  où  commença  la  carrière 
politique  de  Louis  de  France.  11  s'agissait  en  somme  de 
savoir  si  les  Capétiens  sauraient  garder  et  augmenter  leurs 
domaines  septentrionaux,  malgré  les  eff'orts  concertés  de 
l'Angleterre,  de  la  Flandre  et  du  parti  guelfe  ;  s'ils  pour- 
raient intervenir  dans  la  croisade  albigeoise  et  prendre  leur 
part  dans  les  dépouilles  des  hérétiques  ;  s'ils  parviendraient, 
en  créant  ou  en  développant  do  nouveaux  procédés  adminis- 
tratifs, à  organiser  définitivement  la  puissance  monarchique 
aux  dépens  des  souverainetés  locales.  Enfin,  on  pouvait  se 
demander  s'ils  n'auraient  pas  de  plus  vastes  ambitions  et  si, 
hantés  par  la  chimère  de  la  domination  universelle,  ils  ne  se 
croiraient  point  le  front  assez  fort  pour  porter  de  nouvelles 
couronnes. 

1.  Schcffer  Boichorst,  op,  cît.^  471  à  535.  —  Vournier,  Le  royaume 
d'Arles,  60  et  suiv. 


CHAPITRE  II. 

PREMIER  PROJET  DE  DESCENTE  EN  ANGLETERRE.  —  LOUIS  DE  FRANCE 

ET  LA  COALITION  ANGLO-GERMANIQUE. 

1212-121  i. 

Les  années  1212,  1213,  1214,  comptent  parmi  les  plus 
importantes  du  règne  de  Philippe-Auguste  et  de  l'histoire  de 
France.  Bouvines  et  la  Roche-au-Moine  ont  été  des  événe- 
ments décisifs  ;  ils  ont  préservé  peut-être  de  la  ruine  la 
dynastie  capétienne,  et  en  tout  cas  ils  lui  ont  assuré  la  con- 
servation des  conquêtes  qui  l'avaient  mise  hors  de  pair  dans 
le  royaume.  La  môme  époque  a  vu  aussi  éclore  pour  la  pre- 
mière fois  le  projet  d'une  réunion  des  deux  couronnes  an- 
glaise et  française.  Nous  avons  à  exposer  le  rôle  de  Louis  de 
France  en  cette  période  ;  mais  nous  ne  nous  bornerons  pas 
à  une  simple  relation  de  ses  gestes,  qui  serait  forcément  sèche 
et  obscure,  ot  nous  nous  croyons  en  droit  de  chercher  dans 
l'histoire  générale  un  cadre  pour  ce  récit. 

Nous  avons  dit  qu'une  hostilité  généralement  sourde, 
parfois  déclarée,  n'avait  point  cessé  de  régner  entre  Jean 
sans  Terre  ot  Philippe-Auguste,  depuis  la  conquête  de  la 
Normandie  et  des  provinces  de  la  Loire  \  L'un  voulait 
reprendre  le  bien  perdu,  Tautre  garder  et  augmenter  son 
gain.  Lequel  des  deux  allait  ouvrir  Tattaquo  ?  Ce  fut  la 
papauté  qui  décida. 

En  1211,  Innocent  III  délia  les  Anglais  du  serment  de 
fidélité  qu'ils  avaient  fait  à  leur  roi.  Au  commencement 
de  Tannée  suivante,  ayant  appris  de  la  bouche  d'Etienne  de 
Langlon  et  des  évêques  de  Londres  et  d'Ely  les  persécu- 
tions que  l'église  anglaise  avait  subies  depuis  quatre  ans,  le 

1.  Voy.  par  ex.  les  n*»"  1302  à  1304  de  Oelisle,  prouvant  que  dès  le 
mois  de  septembre  de  rannée  1211,  Philippe-Aupuste  s'assurait  des 
appuis  contro  Jean  sans  Terre  et  Ottoii  de  Brunswick. 


PROJET   DE   DESCENTE  EN   ANGLETERRE.  31 

pape  somma  Jean  sans  Terrre  de  donner  satisfaction  avant  le 
1''  juin  aux  prélats  opprimés.  Il  était  décidé,  si  Jean  persis- 
tait en  sa  désobéissance,  h.  charger  Philippe- Auguste  de 
diriger  une  croisade  contre  le  rebelle  et  à  laisser  le  roi  de 
France  monter  sur  le  trône  des  Plantagenets  \  Jean  répondit 
à  ces  menaces  en  s'alliant  avec  Renaud  de  Dammartin, 
comte  de  Boulogne,  qui  s'était  brouillé  avec  Philippe-Au- 
guste en  1211  ;  le  4  mai  1212,  Renaud  prêtait  hommage  au 
roi  d'Angleterre  et  promettait  de  ne  faire  sans  son  consen- 
tement ni  paix  ni  trêve  avec  le  roi  de  France  ou  Louis  son 
héritier.  En  même  temps  Jean  réunissait  des  mercenaires  ^ 
Ce  fut  probablement  après  le  V^  juin,  une  fois  Tobstination 
de  Jean  devenue  manifeste,  que  le  pape  envoya  en  France  le 
légat  Pandolphe  pour  faire  part  de  ses  intentions  à  Philippe- 
Auguste.  Aux  mois  de  juillet  et  d'août,  Jean  sans  Terre  fit  de 
plus  en  plus  activement  des  préparatifs  de  défense  contre 
une  invasion  et  il  envoya  des  émissaires  auprès  d'Otton  de 
Brunswick  et  des  princes  allemands.  Vers  le  mois  d'août, 
Louis  de  France  fut  assez  heureux  pour  s'emparer  de  la  per- 
sonne d'un  de  ces  agents,  qui  se  rendait  auprès  du  duc  de 
Louvain,  et  qui  fut  probablement  pris  au  moment  où  il  tra- 
versait ^Artois^  A  la  même  époque  Philippe-Auguste  avait 
entamé  des  négociations  avec  le  parti  gibelin. 

Le  jeune  Frédéric  de  Staufen,  élu  roi  en  septembre  1211 
par  un  certain  nombre  de  seigneurs  allemands,  avait  quitté  la 
Sicile  et  gagné  Rome  au  mois  de  mars  1212;  il  passa  bientôt 
les  Alpes  et  arriva  dans  la  vallée  du  Rhin.  Son  principal 
conseiller,  le  chancelier  Conrad,  évéquc  de  Spire  et  de  Metz, 
entra  alors  en  négocialions  avec  Philippe-Auguste.  Le  roi  de 
France  se  mit  en  route  pour  voir  Frédéric  ;  mais  il  s'arrêta  à 
Chalons,  je  ne  sais  pour  quel  motif,  et  chargea  son  fils  de  le 
représenter.  La  mission  n'avait  d'ailleurs  rien  d'épineux  ;  il 
s'agissait  seulement  de  confirmer  au  jeune  Staufen  un  appui 


i.  Wendover,  II,  532,  535-536.  —  Potthast,  n««  4392,  4395.   —Cf. 
Stubbs,  Préf.  de  Téd.  de  \V.  de  Coventrv,  t.  II,  p.  lviii,  note  4. 

2.  Delisle,   n«   1299  et  suiv.  —  nolùl.  Chart.,  186  —  Litt.  clans., 
I,  129.  —  LîU,  pat.,  93. 

3.  Wendover,  II.  536.  —  LUI.  pat.,  94.  —  Litt.  clans.,  I,  119  ''.  — 
Annales  de  S,  Edmond,  151-152. 


32  LOUIS  DE  FRANCE  A  VAUCOULEURS. 

dont  il  avait  besoin  et  qu'on  était  bien  aise  do  lui  prêter,  et 
d'obtenir  do  lui  en  écbangc  quelques  garanties.  Louis,  accom- 
pagné do  «  beaucoup  de  grands  du  royaume  »,  rencontra 
Frédéric  à  Vaucoulours  et  une  alliance  fut  immédiatement 
conclue.  Le  seul  témoignagne  officiel  qui  nous  en  reste  est  un 
acte  fait  à  Toul  le  19  novembre  et  suscrit  par  Frédéric. 
Louis  ny  est  pas  mentionné.  Frédéric  s'engagea  par  ce 
traité  à  ne  fain»  aucune  paix  avec  Otton,  Jean  et  leurs 
adhérents  manifestes,  sans  Tassentiment  de  Philippe - 
Auguste  ;  il  promit  d'expulser  de  ses  terres,  partout  où  il 
le  pourrait,  les  adversaires  de  son  allié.  Aucune  charte  ne 
nous  indique  quels  engagements  furent  pris  par  Louis  au 
nom  de  son  père  ;  mais  nous  savons  que  le  roi  de  France 
envoya  aussitôt  son  palatin  Hugue  d'Alhies  et  un  clerc  pour 
faire  procéder  à  Télection  définitive  do  Frédéric.  Il  est  fort 
probable  (^uo  ces  doux  émissaires  arrivèrent  avec  la  bourse 
bien  garnie.  Un  chroni(iueur  prétend  que  Philippe -Auguste 
donna  à  Frédéric  20,000  marcs  d'argent,  pour  qu'il  pût  se 
concilier  les  esprits  au  moyen  de  magniriques  libéralités.  Les 
princes  allemands,  tout  d(^  suite;  persuadés  parles  arguments 
de  Philippe-Auguste,  s'assemblèronl  en  présence  de  ses 
envoyés  et  élurent  Frédéric  pour  roi  le  5  décembre  ;  ils  s'en- 
gagèrent, au  cîis  où  le  jeune  homme  mourrait,  à  no  jamais 
accepter  Otton  comme  empereur'. 

Enfin  le  roi  de  France»  avait  outre  Manche  de  secrètes 
intelligences. 

En  cette  même  année  1212,  les  Gallois  étaient  sortis  de 
leurs  montagnes  pour  venir  dévaster  rAngleterre.  C'était 
pour  Jean  de  redoutables  ennemis  ;  januiis  ses  prédécesseurs 
n'étaieiit  parvenus  à  les  dompter  ;  il  esl  vrai  que  l'élection 
des  évoques  gallois  était  soumise  à  la  ratification  des  rois 
d'Angleterre  et  que  la  consécration  de  ces  prélats  avait  lieu 
à  Cantorbéry  ;  mais  c'était  à  peu  près  la  seule  marque  de 
l'autorité  des  souverains  normands.  Il  régnait  alors  dans  le 
pays  de  Galles  une  étrange  barbarie  ;  les  Bretons  quiThabi- 

1.  Guill.  le  Breton,  Chron.,^  159.  —  Chanoine  de  Laon,  7)6. — 
Huillard-Hréliolles,  Ilist.  t/iplom.  FrctI.  II,  Introd.^  p.  ccLXXXlx  et 
suiv.,  et  tome  1,  227.  —  Sclirn'er-Hoicliorst.  op.  cit.,  539  et  suiv.  — 
Zcller,  L'Iymp.  FrM.  II,  12 i  et  suiv. 


NEGOCIATIONS   AVEC   LES   GALLOIS.  33 

taient,  bouviers  vêtus  de  peaux  de  bêtes,  avaient  des  mœurs 
de  peuple  primitif.  Giraud  do  Barri  nous  les  montre  vivant 
en  clans  et  passant  leur  temps  à  se  battre  pour  régler  de 
vieilles  querelles  de  famille  ;  mais  ils  savaient  s*unir  pour 
aller  piller  leurs  voisins,  et  dans  leurs  montagnes  brumeuses 
s'était  développée  spontanément  une  admirable  po(^sie  lyrique, 
qui,  souvent  fantaisiste  et  ailée,  connaissait  aussi  dos  accents 
ardents  et  belliqueux.  Le  plus  puissant  des  princes  gallois, 
Llewelyn  ap  Jowerth,  qui  commandait  à  la  partie  septentrio- 
nale du  pays,  avait  à  peu  près  réussi  à  faire  reconnaître  sa 
suprématie  par  les  autres  chefs  et  était  Tennemi  acharné  du 
roi  Jean.  Les  bardes  prédisaient  qu*il  était  le  grand  César 
destiné  à  assurer  le  triomphe  de  la  race  celtique.  Llewelyn 
sera  l'allié  de  Louis  de  France  contre  Jean  sans  Terre  ;  dès 
l'époque  où  nous  sommes  arrivés,  il  était  en  relations  d'amitié 
avec  les  Capétiens.  On  a  attribué  avec  vraisemblance  à 
l'année  1212  une  pièce  originale  du  Trésor  des  Chartes  qui 
atteste  ces  relations  ;  dans  cet  acte,  Llewelvn  remercie  Phi- 
lippe- Auguste  de  la  lettre  munie  d'un  sceau  d'or  que  celui-ci 
lui  a  envoyée,  en  témoignage  de  l'alliance  qui  unit  le  royaume 
de  France  et  le  pays  de  Galles  ;  il  ajoute  que  tous  les  chefs 
du  pays  sont  décidés  à  soutenir  Philippe- Auguste  contre  Jean 
sans  Terre.  Rien  n'empêche  de  supposer  que  ce  fut  le  roi  de 
France  qui  donna  le  signal  des  incursions  dont  j'ai  parlé  plus 
haut.  Malheureusement  les  Gallois  étaient  incapables  de  faire 
la  guerre  avec  quelque  suite  et  quelque  méthode,  et  ni  Phi- 
lippe-Auguste, ni  plus  tard  son  fils  ne  tirèrent  grand  profit  de 
leur  alliance*. 

Ce  n'était  pas  seulement  avec  les  ennemis  séculaires  des 
rois  d'Angleterre,  c'était  aussi  avec  les  sujets  mêmes  de  Jean 
que  Philippe- Auguste  avait  engagé  des  négociations.  «  11  y  avait 
«  alors  en  Angleterre,  dit  un  chroniqueur,  beaucoup  de  nobles 
«  dont  le  roi  avait,  à  leur  grande  indignation,  déshonoré  les 
«  épouses  et  lesflUes;  d'autres  qu'il  avait  réduits  à  la  dernière 

1.  Wendover,  11,  534.  —  La  lettre  do  Llewelyn  (Delisle.  n»  l'»16)  est 
dans  Teulet,  n«  1032.  —  Green,  dans  son  Hist.  du  peuple  anglais,  I, 
185  et  suiv.,  a  résumé  d'une  façon  vive  et  intéressante;  les  notions  qu  on 
possède  sur  Tétat  du  pays  de  Calles  à  cette  époque.  Voy.  aussi  Stiibbs, 
Constit.  history,  I,  594-595. 

Ch.  Pbtit-Dutaillis.  B^ffne  fie  Louis  MU,  3 


34  NÉGOCIATIONS   AVEC   LES    BARONS    ANGLAIS. 

«  misère  par  ses  injustes  exactions;  quelques-uns  dont  il  avait 
«  exilé  les  parents  pour  s'approprier  leurs  biens  ;  il  en  résulta 
«  que  ce  roi  eut  presque  autant  d'ennemis  qu'il  avait  de 
«  barons  \  »  D'après  une  affirmation  de  l'annaliste  de  Duns- 
taple,  qu'il  convient  d'ailleurs  de  n'accepter  que  sous  réserve, 
dès  1210,  les  barons  songèrent  à  renverser  Jean  et  à  lui 
substituer  Simon  de  Montfort*.  En  tout  cas  il  est  certain 
qu'en  1212  Jean  sans  Terre  fut  obligé  de  renoncer  à  punir 
les  incursions  des  Gallois,  par  crainte  qu'une  révolte  n'éclatât 
derrière  lui,  et  dut  revenir  à  Londres  pour  tenir  les  barons 
en  respect  ;  quelques-uns  furent  emprisonnés  ;  un  autre, 
Robert  Fils-Gautier,  se  réfugia  auprès  de  Philippe-Auguste  ; 
ce  baron  était  un  ennemi  personnel  de  Jean  sans  Terre,  qui 
convoitait  sa  fille  et  ses  richesses,  et  plus  tard  il  devait  être 
un  des  principaux  chefs  de  la  grande  rébellion  et  l'un  des 
plus  siirs  appuis  do  Louis  ^  Il  ne  fut  évidemment  pas  le  seul 
à  invoquer  en  1212  le  secours  de  Philippe-Auguste.  Roger 
de  Wendover  dit  que  «  si  Ton  en  croit  la  renommée  »,  les 
barons  anglais  envoyèrent  C(»lte  année-là  au  roi  de  France 
une  charte  munie  de  leurs  sceaux  pour  lui  promettre  la  cou- 
ronne s'il  venait  la  cherclior.  Le  léjrat  Pandolphe,  lorsque 
l'année  suivante  il  vint  trouver  Jean  pour  lui  démontrer  la 
nécessité  de  se  soumettre,  n'oublia  pas  de  lui  dire  que  le  roi 
de  France  se  vantait  d'avoir  reçu  des  promesses  écrites  de 
fidélité  de  presque  tous  les  grands  d'Angleterre*.  Quant  au 
peuple,  il  était  indécis  et  en  somme  prêt  à  se  ranger  sous  la 
loi  du  plus  fort^ 

On  voit  que  Philippe  Auguste  pouvait,  sans  excès  de  con- 
fiance, espérer  voir  bientôt  flotter  dans  Londres  l'étendard 


1.  Wendover,  II,  535. 

2.  Ann.  de  DunslaplCy  XI. 

3.  Wendover,  II,  53'i.  —  Barnwell,  207.  —  Hist.  des  ducs  de  Norm.^ 
115-125. 

4.  Wendover,  H,  535,540;  voy.  aussi  p.  541.  —  Il  est  étrange  qu'au- 
cun(î  des  jiromesses  des  barons  anglais  ne  nous  ait  été  conservée  dans 
le  Trésor  dos  rhartos.  Mais  ce  n'est  point  un  argument  suflîsant  j)our 
suspecter  la  véracité  de  Koger  de  Wendover:  son  dire  est  fort  vrai- 
semblable et  est  confirmé  par  d'antres  chroniqueurs:  Contin.  Il  de 
lîobert  d'Auxerre,  279;  —  Annales  de  \Vorce.Kter,  'j02.  Du  reste,  après 
la  soumission  de  Jean  en  1213,  les  barons  démentirent  les  bruits  que 
IMiilippe-Auguste  avait  répandus  à  ce  sujet;  voy.  Barnwell,  211. 

5.  Barnwell,  209. 


SENTENCE   d'iNNOCENT   III.  35 

fleurdelisé.  Par  les  actes  de  rassemblée  tenue  à  Soissons  en 
1213,  nous  savons  qu'il  destinait  cette  nouvelle  couronne  à 
son  lîls  aîné.  Rien  ne  prouve  du  reste  qu'il  jugeât  impossible 
la  réunion  des  deux  royaumes  ;  il  n'était  point  de  tempé- 
rament si  timide.  On  peut  deviner  aisément  le  motif  qui  le 
déterminait  à  refuser  pour  lui-même  le  trône  d'Angleterre  : 
Louis  avait  épousé  la  nièce  de  Jean  sans  Terre  et  si  les 
juristes  de  la  cour  capétienne  n'avaient  pas  dès  cette  époque 
accumulé  les  arguments  qu'on  fera  valoir  en  1216,  au  moins 
pouvait-on  déjà  arguer  des  droits  de  Blanche  de  Gastille  pour 
justifier  en  partie  l'usurpation  rêvée.  Du  reste,  quand  on 
examine  les  promesses  faites  par  Louis  à  l'assemblée  de 
Soissons,  on  voit  qu'il  ne  renonçait  en  aucune  façon  à  ses 
droits  sur  l'héritage  paternel,  et  sans  doute  Philippe- Au- 
guste comptait  bien  qu'après  sa  mort  les  deux  couronnes 
seraient  réunies  sur  la  tête  de  son  fils.  En  attendant,  Louis 
régnerait  dans  l'île  sous  sa  surveillance  et  le  domaine  capé- 
tien s'arrondirait  des  possessions  que  Jean  avait  gardées  sur 
le  continent  V 

En  janvier  1213,  les  trois  prélats  anglais  revinrent  de 
Rome  et  selon  les  instructions  d'Innocent  III  promulguèrent 
solennellement  en  France  la  sentence  de  déposition  de  Jean 
sans  Terre.  Ensuite  ils  enjoignirent  de  la  part  du  pape  au  roi 
de  France  et  à  ses  sujets,  de  se  rendre  pour  la  rémission  de 
leurs  péchés  en  Angleterre  et  d'enlever  à  Jean  sans  Terre  sa 
couronne,  pour  la  donner,  de  par  l'autorité  apostolique,  à 
un  homme  qui  en  fût  digne ^  Innocent  III  admit  probable- 
ment sans  objection  la  candidature  de  Louis.  Les  chevaliers 
de  France  ne  demandaient  pas  mieux  que  de  prendre  part  à 
une  expédition  qui  pouvait  être  fort  fructueuse  pour  eux. 
Philippe- Auguste  de  son  côté  fit  de  grands  eff'orts  pour  avoir 
une  armée  nombreuse  en  même  temps  que  ])ion  munie.  Au 
moment  où  il  comptait  partir,  ses  dépenses  dépassaient 
soixante  mille  livres.  Il  n'ignorait  pas  que  Jean  faisait  de 

1.  Delislc,  n°  1437  :  id.  n''  1391,  traité  ontre  Phil  -Aiijlt.  et  Savari  de 
Mauléon  [juillet  1212]  :  «  Concediinus  etiam  eidcm  Savarico.  i\\iod  si 
«  Rupeliacapi  potcrit,  erit  ipsius  propria,  et  ipsamde  nobis  lenebit.  Si- 
«  militer  eiaem  conccdimus  Coignac  etc....  »  (Martènc,  CoUectio,  I, 
1088.) 

2.  Wendovep,  II,  537. 


36  ASSEMBLEE  DE   SOISSONS. 

redoutables  préparatifs  de  résistance.  Ce  prince  avait  re 
trouvé  toute  son  activité,  il  assemblait  une  flol te  imposante  e 
cherchait  des  alliés  en  Allemagne,  en  Flandre,  en  Hollande 
peut-être  même  jusqu'en  Maroc*. 

Ce  fut  le  8  avril  1213,  dans  une  assemblée  solennell 
tenue  i  Soissons,  que  Philippe-Auguste  demanda  à  se 
barons  leur  assentiment  définitif  et  régla  le  plan  de  la  cam 
pagne.  Tous  les  grands  du  royaume  étaient  présents,  dit  ave 
une  manifeste  exagération  Guillaume  le  Breton.  Ils  pro 
mirent  au  roi  de  raccompagner  en  personne.  Dans  la  mêm 
assemblée,  le  défiant  Philippe- Auguste  dicta  à  son  fils  le 
conditions  auxquelles  il  lui  abandonnait  l'honneur  de  rem 
placer  Jean  sans  Terre  sur  le  trône.  Louis  de  France  jura  ; 
son  père  de  remplir,  s'il  était  couronné  roi  d'Angleterre,  le 
engagements  suivants  :  en  premier  lieu,  du  vivant  de  Phi 
lippe-Auguste,  il  ne  réclamerait  aucun  des  biens  paternels 
aucune  partie  du  royaume  do  France.  Cette  clause  avaî 
é^  idemment  pour  principal  ol)jet  Taunexion  définitive  du  Poito 
et  de  l'Aquitaine  au  domaine  du  roi  de  Franco  ;  Philippe- Au 
gusto  voulait  que  d'avance  son  fils  ronouràt  à  ces  provinces 
Louis  conserverait  ses  droits  sur  l'Artois;  cependant  soi 
péro  aurait  la  faculté  do  disposer  d'une  partie  de  cotte  terr 
en  faveur  du  comte  de  Flandre,  pour  obtenir  de  lui  aide  e 
service ^  et  Louis  s'engageait  à  ratifier  cette  donation  un 
fois  couronné  en  Angleterre.  En  second  lieu,  Louis  exigerai 
de  SCS  nouveaux  sujets,  avant  de  recevoir  leur  hommage,  1 
serment  de  ne  pas  porter  préjudice  au  roi  de  France  et  à  soi 
royaume  ;  le  même  serment  serait  prêté  par  les  hommes  di 
comte  de  I^oulogne\  En  troisième  lieu,  Louis  se  conXor 
merait  aux  conseils  de  son  père,  quand  il  rendrait  aux  barons 
ch(îvali(Ts  et  à  toutes  autres  personnes  ayant  aidé  à  la  con 
quête  de  l'Angleterre,  les  fiefs  et  les  terres  auxquels  ils  avaien 
droit  en  ce  pays.  (On  peut  rapproclier  de  cette  promesse  di 


1.  Anon.  (\o  Béth.,  f.  5'i  v.  —  ///.</.  tloxducs  fh  Xonn.,  123-124.  - 
Wcndover.  II.  538-53U,  5 1:.  —  Hafiuvoll.  209.  —  Math,  de  Paris,  Chron. 
11.  ôoO  et  suiv.  —  liof.  ihnrtar.,  190  ''. 

2.  Lo  comte  'lo  riaiitlro  avait  rcl'usi'.  seul  parmi  tous  les  barons,  à 
prendre  part  à  l'expédition.  Voyez  plus  loin  p.  'lO. 

3.  1,0  roMité  do  lîouloj^^ne  était  déjà  en  avril  1213  aux  mains  de  Louis 
Voyez  j)lus  loin  j).  210. 


PREPARATIFS    D  UNE   DESCENTE.  37 

Louis  le  traité  conclu  par  Philippe-Auguste  avec  Henri,  duc 
de  Brabant,  en  cette  même  assemblée  de  Soissons;  le  duc 
devait  épouser  la  fille  de  Philippe-Auguste  le  22  avril,  et 
accompagner  le  roi  en  Angleterre  ;  ce  dernier  s'engagea  de 
son  côté,  si  Texpédition  réussissait,  à  mettre  Henri  en  pos- 
session des  biens  qui  lui  appartenaient  outre  Manche.)  Enfin 
Louis  jura  de  laisser  son  père  disposer  de  la  personne  et  des 
biens  meubles  du  roi  Jean  au  cas  où  on  s'en  emparerait,  et 
récompenser  à  son  gré  ceux  qui  l'auraient  suivi  à  la  guerre, 
au  moyen  de  terres  anglaises  ne  faisant  point  partie  du  domaine 
de  la  couronne.  On  voit  qu'en  somme  Philippe-Auguste 
voulait  garder  la  direction  de  l'expédition,  et  s'assurer  pour 
l'avenir  la  haute  main  dans  les  afi^aires  d'Angleterre  *. 

Philippe-Auguste  avait  fixé  la  date  du  22  avril  pour  la 
réunion  de  la  flotte  sur  les  côtes  du  comté  de  Boulogne.  Il 
envoya  Louis  surveiller  les  derniers  préparatifs.  On  avait 
réuni  plus  do  1,500  nefs.  Jean  semblait  perdu.  Or,  pendant 
que  sous  l'œil  de  Louis  de  France  «  les  os  s'assambloient 
durement  »  pour  la  conquête  de  l'Angleterre,  Pandolphe, 
légat  du  pape,  s'embarquait  à  Wissant  et  quelques  jours 
après,  par  son  entremise,  Jean  sans  Terre  allait  se  réconcilier 
avec  le  pape'. 

Innocent  III  ne  se  souciait  nullement  de  donner  une  cou- 
ronne nouvelle  à  l'héritier  do  Philippe- Auguste  ;  il  entendait 
trop  bien  les  intérêts  de  la  théocratie  pour  accroître  inutile- 
lement  la  puissance  des  rois.  En  outre,  l'une  dos  principales 
préoccupations  de  la  papauté  était  de  reconquérir  la  Terre 
Sainte  ;  or  cette  grande  œuvre  ne  se  pouvait  accomplir  que 
si  la  paix  régnait  dans  la  chrétienté  et  particulièrement 
dans  les  deux  royaumes  de  France  et  d'Angleterre,  qui  avaient 
tant  contribué  au  succès  des  croisades*.  Telles  furent,  semble- 


1.  Guill.  le  Breton,  Chron.,  S  165.  —  Philippvh,  1.  FX,  v.  160-230. 
—  Delisle,  n"  1437  à  1439. 

2.  Philippide,  1.  IX,  v.  234  et  suiv.  —  Barnwell,  209.  —  IlUt.  des 
ducs  de  Norm.^  123. 

3.  Voy.  là-dessus  Roc^uain,  Papauté  au  moyen  âge,  195  çt  suiv. 
M.  Rocr^uaîn  n'a  pas  remarqué  qu'Innocent  III,  en  dirigeant  presque 
tous  se»  efforts  vers  ce  but,  ne  faisait  que  continuer  une  tradition  pon- 
tificale, qui  sera  suivie  aussi  par  ses  successeurs.  Voyez  par  ex.  une 
lettre  adressée  par  Urbain  III  à  Philippe-Auguste,  où  ce  pape  se  plaint  de 
voir  «  Francorum  et  Anglorum  régna  inter  se  dimicarc,....  cum  omnes 


38  JEAN   SE   SOUMET   AU   PAPE. 

t-il,  les  raisons  du  revirement  d'Innocent  III,  revirement 
concerté  du  reste  depuis  longtemps.  Ce  pontife  n'avait  fait 
de  belles  promesses  à  Philippe- Auguste  que  pour  épouvanter 
Jean  sans  Terre  et  l'amener  à  composition  ;  dès  1212  il  avait 
réglé  avec  Pandolphe  les  conditions  auxquelles  le  rebelle 
pourrait  rentrer  en  grâce  \ 

On  sait  comment,  sur  les  représentations  de  Pandolphe, 
Jean  fit  le  13  mai  1213  sa  soumission  au  pape  et  lui  prêta 
hommage  lige  pour  les  royaumes  d'Angleterre  et  d'Irlande. 

Philippe-Auguste  arriva  le  22  mai  à  Gravelines,  sur 
la  limite  de  T Artois  et  de  la  Flandre.  Là  était  le  rendez-vous 
définitif ^  Mais  Pandolphe  ordonna  aux  sujets  de  Jean  sans 
Terre  do  tenir  fidèlement  pour  lui  contre  le  roi  de  France 
et  tous  autres,  et  l'archevêque  de  Cantorbéry  lui-même, 
accompagné  de  plusieurs  évoques,  fut  obligé  d'aller  trouver 
Philippe-Auguste  et  ses  barons  pour  leur  défendre,  sous 
peine  d'excommunication,  d'envahir  le  royaume  d'Angleterre, 
Jean  sans  Terre  étant  devenu  par  la  grâce  de  Dieu  «  un 
H  autre  homme,  puisqu'il  avait  adopté  pour  mère  la  sainte 
«  Église  romaine'». 

Quel  compte  le  roi  de  France  allait-il  tenir  de  cette  injonc- 
tion? Philippe- Auguste  n'était  pas  d'humeur  docile;  il  avait 
maintes  fois,  et  en  particulier  à  propos  de  ses  rapports  avec 
l'Angleterre,  affirmé  son  indépendance  à  l'égard  de  la  pa- 
pauté*. Il  fut  évidemment  très  irrité  en  voyant  qu'Innocent  III 
s'était  joué  de  hii',  mais  il  se  calma  subitement  et  fit 
contre  mauvaise  fortune  bon  cœur  ®  ;  l'historiographe  officiel 


«  contra  Christi  inimicos  unanimiter  tirmari  debuerint  ».  (Jaffe,  n® 
1592 'i).  Voy.  «aussi  le  Jlegeste  d'iionorius  III  par  Pressuti,  et  en  particulier 
les  premières  bulles. 

1.  Wendover.  11,536. 

2.  Guill.  le  Bret.,  Chron..  §  169. 

3.  Ryiner,  I,  part,  l,  p.  112:  «  Etjam dominas  rexmisitper  archîepis- 
«  copum  (.'antuariensem  et  episcopos  nostros,  per  delegatum  et  aîios 
«  nuncios,  et  ipsi  iti(îm  pergunt  ad  regoni  Francie  etc..  ».  Cf.  Wendo- 
ver, II.  547  et  VIfisl.  des  ffucs  de  Normaudie,  12 'i  ;  les  doux  chroni- 
queurs attribuent  cette  mission  à  Pandolphe,  mais  leurs  assertions  ne 
peuvent  prévaloir  contre  un  document  ofticiel.  L'Anon.  de  Béth.  (f.  54 
V")  ne  mentionne  pas  Pandolphe. 

4.  Voy.  Delisle,  n"^  762,  770  et  suiv. 

5.  Wendover,  II,  547. 

6.  D'après  Guill.  le  Bret.  (Chron.  S  167)  il  semble  que  Philippe- 


SATISFACTION    DES   ANGLAIS.  39 

Guillaumo  le  Breton  place  ces  paroles  dans  la  bouche  du  roi  : 
ce  Je  triomphe,  puisque  c'est  grâce  à  moi  que  Rome  a 
«  soumis  le  royaume  d'Angleterre^  ».  Eii  réalité  Philippe- 
Auguste  s'était  certainement  réglé  d'après  les  informations 
qu'on  lui  donnait  sur  l'état  des  esprits  au  delà  du  détroit.  Il 
aurait  sans  doute  faitfi  des  menaces  d'Innocent  III  si,  à  la  nou- 
velle de  la  soumission  de  Jean  sans  Terre,  les  Anglais  avaient 
manifesté  leur  mécontentement,  ou  s'ils  avaient  simplement 
persisté  dans  la  sourde  hostilité  qui  les  animait  précédem- 
ment contre  leur  roi.  Mais  le  contraire  était  arrivé.  C'est 
une  erreur  de  croire  qu'en  prêtant  hommage  au  pape,  Jean 
sans  Terre  excita  l'indignation  de  ses  sujets.  Nous  aurons 
plus  d'une  fois  l'occasion  de  remarquer  combien  on  a  tort 
d'attribuer  à  la  génération  qui  vivait  alors  en  Angleterre  les 
sentiments  qui  animeront  les  contemporains  de  Mathieu  de 
Paris.  En  1213  les  Anglais  n'avaient  point  de  haine  pour  la 
papauté,  et  la  soumission  de  Jean  ne  parut  sans  doute  hon- 
teuse à  personne  ;  l'hommage  n'était  pas  chose  dégradante  et 
lorsqu'ils  avaient  conquis  l'Italie  méridionale  les  Normands 
n'avaient  pas  cru  s'humilier  en  acceptant  la  suzeraineté  de 
Léon  IX.  Loin  de  s'indigner,  les  Anglais  ont  du  pousser  un 
soupir  de  soulagement  en  apprenant  ce  qui  s'était  passé  le 
13  mai  ;  jusque-là,  on  sait  quelles  persécutions  continuelles 
les  clercs  avaient  à  subir  ;  les  laïques  eux-mêmes  supportaient 
avec  peine  l'interdit  qui  les  privait  des  sacrements,  et  ils 
étaient  atteints  dans  leurs  intérêts  par  les  mesures  violentes 
que  Jean  prenait  pour  empêcher  son  clergé  de  correspondre 
avec  la  cour  de  Rome*.  Il  suffit  du  reste  de  lire  les  chro- 
niques contemporaines  pour  voir  que  la  soumission  du  roi 
n'irrita  pas  ses  sujets.  Le  chanoine  de  Barnwell  déclare  que 
Jean  fut  en  cette  occasion  «  inspiré,  à  ce  que  l'on  croit,  par 
«  celui  qui  dispose  du  cœur  des  rois  ».  Philippe-Auguste 
n'avait  donc  plus  à  compter  sur  un  bon  accueil  de  la  part  des 
Anglais.  Jean  sans  Terre,  selon  le  môme  chroniqueur,  avait 


Auguste  n^abandonna  pas  tout  de  suite  son  projet  de  voyage  en  Angle- 
terre ;  il  y  renonça  en  tout  cas  après  le  désastre  de  Damrae. 

1.  PhiUppide,  I.  IX,  v.  569-570. 

2.  Par  exemple  en  1211  Jean  avait  ordonné  la  fermeture  de  tous  les 
ports  d'Angleterre  {Annales  de  Waverley,  266). 


40  BROUILLE  AVEC  FERRAND. 

à  peu  près  regagné  le  cœur  de  son  peuple,  et  ses  barons 
envoyèrent  au  roi  de  France  des  lettres  qui  ôtaient  tout  espoir 
en  leur  appui  '. 

C'est  ainsi  que  Louis  de  France  acquit  et  perdit  une  pre- 
mière fois  Tespérance  de  régner  en  Angleterre.  Il  ne  fut  du 
reste  en  toute  cette  affaire  qu'un  instrument  aux  mains  de  son 
père.  Si  j*ai  exposé  avec  détails  les  rapports  entretenus  à 
cette  époque  par  Philippe-Auguste  avec  TAngleterre,  c'est 
surtout  parce  qu'il  est  nécessaire  d'en  avoir  l'intelligence 
pour  comprendre  les  événements  postérieurs  où  Louis  joua 
le  rôle  principal. 

Philippe-Auguste  ne  rentra  point  pacifiquement  en  son 
palais.  Il  avait  un  autre  ennemi  à  vaincre.  Depuis  que  Fer- 
rand  avait  épousé  l'héritière  de  Flandre,  Jean  sans  Terre 
n'avait  cessé  de  faire  effort  pour  l'attirer  dans  son  parti*.  Le 
comte  de  Flandre  n'osa  point  embrasser  ouvertement  son 
alliance  ;  mais,  excité  par  lui,  il  refusa,  lors  de  l'assemblée 
de  Soissons,  de  fournir  le  service  d'ost  à  Philippe-Auguste, 
si  Louis  de  France  ne  lui  rendait  Saint-Omer  et  Aire.  Le  roi 
lui  aurait  volontiers  donné  une  partie  de  l'Artois  pour  obtenir 
son  appui,  et  nous  avons  vu  qu'il  se  concerta  à  ce  sujet  avec 
Louis  ;  mais,  soit  qu'il  trouvât  exagérées  les  prétentions  de 
Ferrand,  soit  qu'il  lui  déplût  de  paraître  céder  à  une  somma- 
tion, il  refusa  d'abandonner  Aire  et  Saint-Omer.  Le  comte  de 
Flandre  quitta  l'assemblée*,  et  nous  voyons,  parune  lettre  du 
roi  aux  nobles  du  Poitou,  que  Phi  lippe- Auguste  résolut  de 
soumettre  le  comte  de  Flandre  avant  de  s'embarquer  pour 
l'Angleterre*.    Une  nouvelle  conférence  eut  lieu  à  Arques, 

1.  Rarnwell,  210,  21 1.  —  Voy.  aussi  les  diverses  Ânnaleê  monastiques 
éditées  par  Luard,  a^f  anniwi  1213.  —  Stubbs,  quand  il  présente  la 
soumission  de  Jean  oomine  une  action  déj^radantc  et  honteuse,  parle 
en  son  nom,  et  ne  cite  aucun  document  de  ce  temps  où  pareille  opi- 
nion soit  exprimée  (Constit.  I/istorij,  1,  561). 

2.  Annales  de  S.  Edmond,  152-153.  — Rymer,  I,  part.  I,  105.  —  LiU. 
pat.,  93  »  et  »». 

3.  Mousket,  v.  20895-20901.  —  Guill.  le  Breton,  Chronique,  §  165. 
—  Anonyme  de  liéth.,  f.  54  v^. 

4.  «  p'errandum  primo  volumus  expugnare,  nec  non  in  .\ngliam,  in 
«  quamconjuravinius,  jiostmodum  transmonre  ».  Cet  acte,  (juine  figure 
pas  dans  le  Catal.  de  M.  Dclisle,  date  évidemment  de  la  fin  d'avril  ou 
du  commencement  de  mai  1213.  11  a  été  conservé,  un  peu  mutilé  et 
défiguré,  dans  un  formulaire  (liibl.  Nat.,  Coll.  haluz.e,  t.  279,  f.  207). 
Le  fonds  en  semble  très  authentique. 


CAMPAGNE   DE   FLANDRE.  41 

près  de  Saint-Omer  ;  Philippe- Auguste  ne  put  encore  s'en- 
tendre avec  Ferrand  ;  selon  l'Anonyme  de  Béthune,  il  le 
somma  de  se  rendre  à  Gravelines  à  jour  fixe  «  et  bien  li  dist 
«  que  se  il  là  ne  venoit  aprestés  de  son  service  faire,  qu'il  le 
a  defGioit  d'iluec  en  avant  ».  Ferrand,  au  jour  dit,  ne  se  pré- 
senta point.  Sur  ces  entrefaites,  arriva  la  nouvelle  de  la 
réconciliation  du  roi  d'Angleterre  et  du  pape.  Philippe-Au- 
guste résolut  de  tirer  un  autre  profit  des  préparatifs  qu'il 
avait  faits  et  de  conquérir  la  Flandre.  Pour  commencer,  il 
donna  à  son  fils  la  riche  cité  de  Gravelines  où  il  se  trouvait 
alors*. 

La  Flandre,  chose  fort  rare  alors  en  Europe,  comptait  plu- 
sieurs cités  très  importantes  par  leur  population  et  leur 
richesse.  Philippe-Auguste,  accompagné  certainement  de  son 
fils,  s'occupa  d'abord  de  soumettre  ces  villes.  Pendant  ce 
temps,  sa  flotte  se  rendit  à  Damme,  port  situé  près  de  Bruges 
et  aujourd'hui  comblé  ^  Ferrand  terrifié  s'était  décidé  à 
implorer  l'aide  du  roi  d'Angleterre,  qui  lui  envoya  immé- 
diatement des  secours  commandés  par  son  frère  Guillaume 
Longespée,  comte  de  Salisbury^ 

Tandis  que  Philippe-Auguste  était  occupé  au  siège  de 
Gand,  Guillaume  Longespée,  accompagné  de  plusieurs  autres 
capitaines  anglais,  de  Renaud  de  Dammartin,  et  du  fameux 
routier  Hugue  de  Bovos,  attaqua  le  30  mai  une  partie  de  la 
flotte  française,  dispersée  à  l'entrée  du  port  de  Damme  et  mal 
gardée.  Les  Blavotins  et  les  Isangrins,  factions  flamandes 
ennemies  de  Philippe-Auguste,  les  gens  de  Furne  et  enfin  les 
habitants  de  Damme  que  les  Français  s'étaient  rendus  hostiles 
en  mettant  le  port  au  pillage,  s'uniront  aux  troupes  anglaises, 
qui  semblent  avoir  été  peu  nombreuses.  Quatre  cents  nefs 
furent  prises.  Philippe-Auguste,  averti  du  désastre,  se  hâta 
d'accourir.  Le  P''juin,  les  Anglais,  que  Ferrand  avait  rejoints, 
voulurent  s'emparer  du  reste  des  nefs  et  de  la  ville  de  Damme. 

1.  Guill.  le  Bret.,  Chron.,  §  169  ;  Philippide,  1.  IX,  v.  351-356.  — 
Anon.  de  Béth.,  f.  54  v«.  —  Mousket,  v.  20956  à  20981.  —  Wendover, 
II,  547-548.  —  Jean  le  Long,  603-60'f. 

2.  Guill.  le  Bret.,  Chron.,  §  169.  —  Gènéal.  des  comtes  de  Flandre^ 
331.  —  Philippide,  1.  IX,  v.  290  et  suiv.  —  Warnkoriig  et  Gheldolf, 
op.  et/.,  II,  37. 

3.  JJist.  des  ducs  de  Norm.,  126  et  suiv.  —  Lût.  pat.,  99  . 


42  LOUIS  DE  FRANCE  EN  FLANDRE. 

Maïs,  comme  ils  approchaient,  ils  furent  surpris  par  les  arba- 
létriers de  Philippe-Auguste,  puis  chargés  par  les  chevaliers 
que  conduisaient  Louis  de  France  et  le  vaillant  Guillaume  des 
Barres.  Au  coucher  du  soleil,  Louis  était  vainqueur;  vingt- 
deux  chevaliers  ennemis  furent  pris  et  le  reste  s'enfuit.  Mais 
la  flotte  anglaise  resta  on  observation  près  de  l'île  de  Wal- 
cheren,  et,  craignant  de  voir  le  reste  de  ses  nefs  pris  par  les 
ennemis,  Philippe- Auguste  ordomia  de  les  brûler.  C'en  était 
fait  décidément  du  projet  de  desconte  en  Angleterre  \ 

Peut-ôti'e  aussi  Philippe-Auguste  ahandonna-t-il  en  même 
temps  Tespoir  de  conquérir  la  Flandre.  L'échec  qu'il  venait  de 
subir  n'anéantissait  point  seulement  le  fruit  de  longs  et  coûteux 
préparatifs  ;  c'était  là  évidemment  un  fait  de  grande  portée 
morale.  Découragé,  le  roi  se  contenta  d'exiger  des  otages  des 
principales  villes  flamandes,  afin  de  pouvoir  les  rançonner 
ensuite,  puis  il  revint  on  France,  laissant  derrière  lui  son 
héritier.  Le  seul  résultat  do  cette  campagne  fut  l'annexion 
de  Douai,  (jui  désirait  passer  sous  la  domination  française  et 
que  Philippe-Auguste  céda  à  son  fils  ;  par  un  acte  de  juin 
1213,  Louis  maintint  les  bourgeois  de  Douai  dans  la  posses- 
sion de  leurs  coutumes  et  promit  de  ne  pas  conclure  la  paix 
avec  le  comte  de  Flandre  sans  leur  participation*. 

Louis  était  resté  en  Flandre  avec  le  maréchal  Henri 
Clément,  le  comte  de  Saint-Pol  et  une  armée  assez  nombreuse. 
Il  s'établit  à  Lille.  Ayant  appris  que  les  partisans  de  Ferrand 
étaient  rentrés  à  Court  rai,  il  rassembla  son  conseil  et  ron 
décida  d'aller  détruire  cette  ville.  Après  avoir  tenté  un  instant 
de  résister,  les  ennemis  abandonnèrent  la  malheureuse  cité, 
qui  fut  pillée  et  incendiée.  Lorsque  Ferrand  et  Renaud  de 
Dammartin  arrivèrent,  les  Français  étaient  partis  et  la  ville 


1.  Le  meilleur  récit  do  cet  événement  se  trouve  dans  i7/f«/.  des  ducs 
t/f*  \orm.,  130-134.  —  Guill.  le  Breton  (Philipp.,  1.  IX,  v.  426et8uiv.) 
parle  seul  de  rintervention  de  Louis  de  France.  —  Voy.  aussi  Wen- 
dover,  II,  5'i8-5i9,  etc.. 

2.  C.uill.  le  Breton,  Chron..  §  170.  —  Philippide,  L  LK,  v.  571  et 
suiv.  —  Mouskct  vers  21039  et  suiv.  —  Inventaire  des  Archives  com- 
munales do  Douais  série  .1.1,  p.  \.  —  Cf.  Delislo,  n"  1451,  et  un  acte 
de  Ferrand  daté  de  \1'1^\  dans  Tailliar,  fier l'e il  d'actes,  b06:  «  Nosremi- 
«  simus  omnem  iracundiani  t?t  onintMn  nialani  voliintatem,  si  qua  fuit, 
«  burircnsiljus  Duairensibus.  eo  (juod.  in  j^iierra  habita  inter  illustrem 
i<  regem  Fr.nicuruni....  et  nos,  fuerunt  ex  parte  dicti  régis  ». 


LOUIS  DE  FRANCE  EN  FLANDRE.  43 

était  en  flammes.  Louis  revint  à  Lille  avec  son  butin,  mais 
repartit  presque  aussitôt  pour  aller  narrer  un  si  bel  exploit 
à  son  père.  Cette  guerre  de  destruction  dura  pendant  près 
d'un  an,  menée  des  deux  côtés  avec  la  même  rage,  et  sans 
amener  aucun  résultat  décisif.  Louis  de  France  se  chargea 
pour  son  compte,  au  commencement  do  Tannée  1214,  de 
détruire  Nieuport,  Steenvorde,  Bailleul,  Hazebrouck  et  Cassel, 
sans  compter  un  certain  nombre  de  châteaux.  Chaque  ville 
était  livrée  au  pillage,  puis  incendiée  ;  Ton  emportait  le  butin 
sur  des  chariots  et  on  emmenait  prisonniers  les  habitants. 
Le  chroniqueur  anonyme  de  Béthune,  qui  raconte  cette  cam- 
pagne avec  la  précision  d'un  témoin  oculaire,  nous  dit  qu'à 
Bailleul  les  incendiaires  travaillèrent  de  si  bon  cœur  qu  ils 
faillirent  être  brûlés  vifs  eux-mêmes.  La  nuit  était  tombée  et 
les  rues  étroites,  déjà  embrasées,  étaient  si  pleines  de  gens 
et  si  encombrées  par  les  chariots,  que  Louis  et  ses  compagnons 
eurent  grand'peine  à  gagner  les  portes  :  «  Si  voz  di  bien  qu'il 
«  n'i  ot  si  hardi,  ne  fil  de  roi  ne  autrui,  qui  n'eust  paor  de  soi  ». 
Il  fallait  bien  payer  à  ce  prix  les  plaisirs  sauvages  que 
l'Anonyme  nous  décrit  naïvement.  Une  fois  qu'on  avait  quitté 
la  ville,  on  la  regardait  flamber  et  Ton  faisait  des  bons  mots. 
Tandis  que  brûlait  Steenvorde  [FManforl  dans  le  français  du 
temps),  frère  Guérin,  le  futur  chancelier  de  Louis  VI II,  qui 
se  trouvait  dans  l'armée,  appela  les  chevaliers  pour  leur  faire 
un  calembour  :  jouant  sur  le  double  sens  du  mot  Estanfort, 
qui  désignait  la  ville  et  un  drap  célèbre  qu'on  y  fabriquait, 
il  s'écria  :  «  Seigneurs,  écoutez  :  regardez  si  jamais  vous 
«  vîtes  aucun  estanfort  mieux  t(îint  en  écarlate  !  »  L'écarlate, 
c'était  les  flammes  rouges  qui  dévoraient  la  cité.  Les  Fran- 
çais du  moyen  âge  n'étaient  pas  difficiles  sur  les  plaisanteries; 
celle-ci  parut  excellente  et  fit  beaucoup  rire,  bien  que  d'aucuns 
la  jugeassent  déplacée  dans  la  bouche  d'un  homme  d'église. 
L'Artois,  en  revanche,  ne  fut  pas  épargné  par  les  ennemis. 
Dans  les  derniers  jours  de  l'an  1213,  Renaud  de  Dammartin 
vint  assiéger  Calais.  Malgré  la  résistance  de  la  garnison, 
malgré  la  neige  et  la  golée,  il  décida  do  continuer  le  siège. 
Au  commencement  du  mois  de  janvier  1214,  Louis  de  France 
arriva  avec  une  grande  armée  et  força  le  comte  de  Boulogne 
à  déguerpir.  Mais  le  fils  de  Philippe- Auguste  revint  ensuite 


44  LA   COALITION   ANGLO-CiERMANIQUE. 

en  France,  laissant  la  garde  de  rArtois  au  vicomte  de  Melun. 
Ferrand,  qui  s'était  décidé  lors  de  TafiFaire  de  Damme  à  reje- 
ter formellement  la  suzeraineté  do  Philippe- Auguste  et  à  signer 
avec  Jean  sans  Terre  un  traité  d'alliance  contre  le  roi  de 
France  et  son  fils,  revint  à  ce  moment-là  d'Angleterre,  où  il 
avait  passé  le  début  de  l'hiver.  Accompagné  du  comte  de 
Salisbury  et  do  Hugue  de  Boves,  il  fit  en  Artois  plusieurs  che- 
vauchées dévastatrices.  Pendant  le  carême,  il  mit  à  feu  et  à 
sang  la  terre  de  Guines,  pour  punir  le  comte  Amoul  d*avoir 
suivi  le  parti  de  Louis.  Après  Pâques,  ce  comté  fut  encore 
une  fois  dévasté.  Le  domaine  direct  de  Louis  semble  avoir 
moins  soufi*ert;  Aire  fut  assiégé  en  vain  ;  cependant  la  petite 
ville  de  Souchez,  près  d'Arras,  fut  incendiée  ainsi  que  celle 
de  Houdain*. 

Pendant  ce  temps  l'ennemi  personnel  de  Philippe- Auguste, 
Renaud  de  Dammartin,  avait  réussi  à  nouer  contre  lui  une 
coalition  formidable,  où  se  trouvaient  réunis  Jean  sans  Terre, 
qui  désirait  reprendre  ses  provinces  perdues  et  poursuivait  en 
Philippe-Auguste  son  «  capitalis  inimicus  »,  Otton  et  ses 
partisans  qui  voulaient  briser  le  principal  appui  de  Frédéric  II, 
enfin  les  barons  du  nord,  tels  que  les  comtes  de  Flandre  et  de 
Hollande,  qui  voyaient  ou  pressentaient  leur  indépendance  en 
danger.  S'il  faut  en  croire  le  poète  Guillaume  le  Breton,  on 
avait  d'avance  escompté  la  victoire  et  l'on  partageait  le 
royaume  de  Philippe-Auguste  avant  de  l'avoir  conquis  '. 

Le  plan  des  coalisés  n'était  pas  malhabile.  Jean  devait  débar- 
quer à  la  Rochelle,  pendant  que  les  troupes  flamingo-germa- 

1.  Anon.  de  Réth.,  f.  55-56.  —  Hist,  des  dues  de  IVorm.,  136-141.  — 
Mousket,  V.  21073  et  suiv.  —  Chron.  d'Andres,  755.  —  GénéaL  de* 
comtes  de  Flandre,  332.  —  W'endover,  II,  572.  —  Jean  le  Long,  605.  — 
Cron.  de  iVormandie,  f.  88.  —  Rot.  chart,,  197.  Le  procureur  de 
Louis  à  l'assemblée  de  Melun  (en  1216)  déclara  que  les  Anglais  avaient 
à  cette  époque  détruit  Rouchain  et  brùlé  en  grande  partie  la  ville  d'Aire 
(Wendover,  II,  652).  Mais  Louis  et  ses  agents  se  montrèrent  en  1216 
si  peu  scrupuleux  dans  leurs  assertions  qu'on  ne  doit  pas  se  fier  à 
celle-ci.  —  .M.  Girv,  dans  son  Etude  sur  les  châtelains  de  Saint-Omer 
(liih.  Ec.  Ch.,  Xa.WL  1^3),  dit  que  selon  la  Chronique  (f Andrée 
^D'Acliery,  Spictl.,  éd.  in-fol.,  II,  853  :  ou  éd.  cit.  755),  Saint-Omer 
lut  pillé  par  Ferrand.  Le  chroniqueur  rapporte  simplement  que  le  comte 
de  Flandre  passa  près  de  la  ville  et  dévasta  certaines  possessions  de  son 
abbaye.  L'Anonyme  de  Béthune  donne  la  même  version. 

2.  Philippide,  1.  X.  v.  582  et  suiv.  —  Scheffer-Boichorst,  op.  cit., 
535  et  suiv. 


JEAN  SANS  TERRE  EN  POITOU.  45 

niques  se  réuniraient  au  nord  ;  les  deux  armées  alliées  marche- 
raient chacune  de  leur  côté  vers  Paris,  et  la  puissance  capé- 
tienne serait  anéantie  *.  Je  n'ai  à  exposer  ici  que  la  campagne 
du  Poitou,  Louis  de  France  ayant  été  chargé  par  son  père  d'ar- 
rêter les  troupes  anglaises  et  n'ayant  point  figuré  à  Bouvines. 
Depuis  qu'il  était  délivré  de  la  crainte  d'une  invasion,  Jean 
sans  Terre  projetait  une  descente  en  Poitou.  Il  arriva  dès  le 
15  février  1214  à  la  Rochelle  avec  des  forces  considérables. 
Il  avait  sans  doute  gardé  sur  pied  l'armée  de  mercenaires 
qu'il  avait  levée  en  1213  pour  résister  à  Philippe-Auguste. 
Quant  aux  barons  anglais,  pou  leur  importait  que  Jean 
reconquît  ou  non  le  Poitou  ;  l'année  précédente  ils  avaient 
absolument  refuse  leur  concours  à  une  expédition  de  ce  genre. 
La  bonne  entente  du  roi  et  de  ses  vassaux  était  évidem- 
ment chose  fragile.  Jean  n'insista  pas  et  le  gros  de  l'armée 
qu'il  emmena  en  1214  était  bien  probablement  formé  de  mer- 
cenaires *.  Comment  allait-il  être  accueilli  par  les  Poitevins  ? 
C'était  pour  lui  une  grave  question.  Deux  motifs  l'avaient 
déterminé  à  débarquer  à  la  Rochelle  ;  d'abord,  sans  aucun 
doute,  il  espérait  achever  Toeuvre  qu'il  avait  commencée  en 
1206  et  reconquérir  le  bien  perdu;  de  plus,  comme  jo  l'ai 
dit,  il  voulait  prendre  à  revers  le  roi  de  Franco,  et  pour  y 
réussir  il  lui  fallait  passer  par  l'Aunis,  puisque  les  ports  de 
Normandie  et  de  Bretagne  lui  étaient  fermés.  Alors  même 
qu'il  n'aurait  pas  songé  à  rétablir  définitivement  sa  domina- 
tion en  Poitou,  il  devait  donc  s'y  assurer  un  chemin  pour 
gagner  le  nord  et  pour  battre  en  retraite  en  cas  de  défaite. 
Or  depuis  dix-huit  mois  Philippe- Auguste  s'efi*or(;ait  d'étendre 
en  cette  région  son  cercle  d'influence.  11  avait  successivement 
gagné  Savari  de  Mauléon,  le  comte  de  Périgord,  le  fameux 
Bertrand  de  Born,  Guillaume  de  Chauvigni,  les  habitants  de 
Limoges*.  Après  l'assemblée  de  Soissons  en  avril  1213  il  avait 


1.  Dans  une  lettre  écrite  du  25  au  28  mai,  Jean  explique  bien  que 
tel  était  son  plan  :  «  Nunc  autem  gratia  Dei  data  est  nobis  opportunitas 
«  ut  extra  Pictaviam  in  capitalem  inimicum  nostrum  regem  Francorum 
«  insurgamus  ».  (Wendover,  II,  573.  — Cf.  Itin.  of  John). 

2.  Barnweli,  211-212.  — Wendover,  II,  551,  572.  —  Litt.  pat.,  118  '». 
La  date  de  l'arrivée  de  Jean  est  fournie  i)ar  sa  lettre  du  8  mars  (Ry- 
mer,  I,  part.  I,  118)  et  par  son  Itinéraire. 

3.  Delisle,  n«»  1391,  1409,  1426,  1431. 


46  JEAN  SANS  TERRE  EN  POITOU. 

requis  Taide  de  tous  les  nobles  Poitevins  pour  soumettre  le 
comte  de  Flandre  rebelle  et  pour  passer  en  Angleterre.  Dans 
la  flotte  qu'il  emmena  en  Flandre,  il  y  avait  une  troupe  de 
Poitevins  habiles  dans  V  «  ars  piratica))\  Du  reste  la  plu- 
part des  nobles  du  pays  lui  refusèrent  le  service  sous  prétexte 
que  pendant  leur  absence  les  Anglais  auraient  pu  débarquer 
à  la  Rochelle  et  occuper  toute  la  province  '.  La  vérité,  c'est 
qu'il  n'y  avait  nul  fonds  à  faire  sur  cette  féodalité  remuante; 
ceux  qui  s'engageaient  par  de  beaux  serments  n'étaient  pas 
plus  sîirs  que  ceux  qui  se  dérobaient.  Manifestement,  ils  cher- 
chaient à  maintenir  leur  indépendance  tout  en  tirant  profit  de 
la  rivalité  des  deux  rois  ;  ils  se  vendaient  aujourd'hui  au  plus 
offrant  et  restaient  prêts  à  le  trahir  demain.  Jean  ne  comp- 
tait guère  en  arrivant  que  sur  la  fidélité  de  la  maison  de 
Tliouars',  et  sur  celle  de  Savari  de  Mauléon  qui,  après  avoir  si 
mal  défendu  la  flotte  française  à  Damme,  était  revenu  à  son  ser- 
vice*; mais  à  la  nouvelle  de  son  débarquement,  beaucoup  d'au- 
tres Poitevins  se  présentèrent  pour  lui  jurer  fidélité.  En  quel- 
ques semaines,  Jean  fit  accepter  sa  domination  dans  toute  la 
région  de  la  Chai'onte  \  Philippe- Auguste,  inquiet  de  progrès  si 
rapides,  tenta  un  coup  hardi;  laissant  une  partie  de  ses  forces 
sur  la  frontière  de  la  Flandre,  il  accourut  avec  son  fils  vers 
la  Loire,  probablement  dans  les  derniers  jours  de  mars,  alors 
que  Jean  s'était  enfoncé  dans  le  comté  de  la  Marche  pour 
obtenir  la  soumission  des  Lusignan.  Après  avoir  reçu  de 
quelques  seigneurs  du  Maine  et  de  la  Tuuraine  des  garanties 
de  fidélité,  le  roi  do  ?>ance  passa  la  Loire  et  se  dirigea  vers 
TAunis;  il  comptait  couper  à  son  adversaire  toute  retraite 
vers  la  mer.  Jean  sans  Terre  quitta  précipitamment  le  comté 


1.  Lettre  déjii  citée  (Baluze,  t.  279.  f.  207).  —  Philippide,  1.  L\, 
v.  290  et  suiv. 

2.  :  w  Vobis  bona  fido  consulimus  quatinus  remanere  nos  in  Picta- 
a  viapermittatis,  quiaiiisicaute  pruviderinius,  inimici  régie  majestatis 
«  Kupello  portai  poterunt  aplicaro  necnon  absentia  nostrâtotam  Picta- 
«  viainoccu})are  ».  (I{ôj)onse  dos  Poitevins  à  Phil.-Aug.,  Baluze,  t.  Î79, 
f.  207-207  V"). 

{\.  Voy.  Hymer,  I,  part.  1,  lO'i  et  108. 

\.  \.  Chilhaiid-Dumaino,  Savari  de.  MaulèoHj  dans  PosU,  de  thèses 
des  élèves  de  lllr.  des  (Ih.,  année  1877,  }).  25. 

5.  Wendover.  Il,  572.  —  Hyinor,  I,  part.  1,  118.  —  Itin.  of  Johiij 
février  et  mars  121 'i. 


LOUIS   DE   FRANCE   A   CHINON.  47 

de  la  Marche,  et  le  8  avril  il  était  à  Saintes  ;  puis  il  s'enfuit 
jusqu'à  la  Réole  (13  avril).  On  ne  pouvait  plus  longtemps 
poursuivre  cet  insaisissable  ennemi  ;  c'est  à  ce  moment-là 
que  les  Flamands  ravageaient  l'Artois.  Philippe-Auguste  reprit 
le  chemin  du  Nord,  en  dévastant  sui*  son  passage  les  domaines 
des  inconstants  Poitevins.  Il  s'arrêta  à  CliAteauroux  pour 
délibérer  avec  ses  fidèles.  On  décida  que  Louis  resterait  dans 
le  pays  pour  tenir  tête  à  Jean  sans  Terre,  tandis  que  le  roi  de 
France  irait  guerroyer  en  Flandre  \ 

Il  est  probable  que  Louis  de  France  alla  tout  de  suite 
s'établir  à  Chinon,  place  forte  très  importante  qui  comman- 
dait le  chemin  de  Tours  et  de  Paris.  A  coté  de  lui  ou  dans 
la  région,  Louis  avait  des  auxiliaires  de  fidélité  éprouvée  :  le 
maréchal  Henri  Clément,  «  petit  do  corps  et  grand  de  cœur», 
que  Philippe-Auguste  avait  laissé  avec  son  fils  ;  le  puissant 
sénéchal  d'Anjou  Guillaum(>  des  Roches  et  son  gendre  Amauri 
de  Craon,  que  le  roi  de  France  avait  su  s'attacher  par  les 
liens  solides  de  l'intérêt  ;  enfin  le  nouveau  comte  de  Bretagne 
Pierre  Mauclerc  et  son  frère  Robert  de  Dreux,  cousins  de 
Louis,  qui  défendaient  Tentréo  de  la  Bretagne  ^  Il  s'agissait 
avant  tout  d'empêcher  la  jonction  de  Jean  sans  Terre  et  des 
autres  coaUsés.  Louis  resta  d'abord  en  observation.  Jean 
sans  Terre,  à  l'expiration  d'une  trêve  qu'il  avait  accordée  à 
Hugue  de  Lusignan,  comte  de  la  Marche,  et  à  Raoul  d'Exou- 
dun,  comte  d'Eu,  attaqua  le  frère  de  Hugue  de  Lusignan, 
Geofiroi,  qui  avait  des  chnteaux  près  do  la  Rochelle  ;  il  prit 
d'assaut  Mervent  le  17  mai,  et  le  lendemain  alla  assiéger 
Vouvent  où  Geofi*roi  de  Lusignan  s'était  enfermé  avec  ses 
deux  fils.  Geoffroi  se  rendit  à  discrétion  le  21  mai  et  le  25  il 
se  résigna  à  faire  hommage  au  roi  d'Angleterre,  ainsi  que  le 


t.  Quelques  vers  de  Guillaume  le  Breton  (Philipnfffej  1.  X,  v.  99  à 
139)  et  des  renseignements  fournis  par  les  sources  aiplomatiques  (De- 
lisle,  n*»*  1490,  1496.  —  Ilin.  of  John)^  nous  ont  permis  de  recons- 
tituer l'histoire  de  cette  campagne.  M.  Delabordo  dit  qu'elle  semble 
ignorée  des  autres  chroniqueurs?  Pour  nous,  c'est  coite  mOme  chevau- 
chée que  mentionne  Mousket  (v.  21373-21388),  mais  il  la  place  à  tort 
en  1213. 

2.  Philippide^  1.  X,  v.  224  et  suiv.  —  Chron.  de  (iuill.  le  Breton, 
§  173.  Sur  Guillaume  des  Roches  et  Amauri  de  Craon,  voy.  Delisle, 
n«»  848,  852,  859-860,  997,  1016,  1123,  1339,  etc.. 


48  TA   ROCHE-AU-MOINE. 

comte  (le  la  Marche  et  le  comte  d*Eu  K  La  fille  de  Jean  fat 
fiancée  au  fils  de  Hugue  de  Lusignan.  Aussitôt  qu'il  connat  la 
reddition  de  Vouvent,  Louis  de  France  déclara  la  guerre  aux 
Lusignan  et  alla  assiéger  le  château  de  Montcontour,  à  l'en- 
trée de  la  Touraine.  Il  est  probable  que  Jean  sans  Terre  le 
forra  à  lever  le  siège  *. 

L'intention  de  Jean  était  maintenant  d'aller  attaquer  le  roi 
do  France.  Il  fallait  passer  la  Loire.  Jean  songea  d'abord  à 
traverser  le  fleuve  à  Nantes  ;  il  arriva  dans  les  premiers  jours 
de  juin  devant  la  ville,  qui  était  défendue  par  Robert  de 
Dreux.  Quand  Robert  vit  arriver  les  Anglais,  il  sortit  de  la 
ville,  passa  la  Loire  et  attaqua  témérairement  Tennemi;  il 
fut  fait  prisonnier  avec  une  vingtaine  de  chevaliers;  mais 
Jean  renonça  à  prendre  Nantes.  Il  passa  la  Loire  plus  haut  et 
vint  occuper  Anconis  le  II  juin;  Oudon  reçut  aussi  une  gar* 
nison.  Le  17  il  arriva  à  Angers  ;  cette  riche  cité  n*avait  pas 
d'enceinte  et  ne  pouvait  résister.  Jean  sans  Terre  y  mit  une 
garnison  et  fit  construire  des  remparts.  Ses  troupes  occu- 
pèrent aussi  Boaufort-en- Vallée  ^ 

Pour  achever  d'établir  sa  domination  sur  les  rives  ange- 
vines de  la  Loire  et  se  ménager  ainsi  une  retraite  facile  vers 
le  Poitou,  Jean  sans  Terre  devait  maintenant  s'emparer  du 
château  do  la  Rocho-au-Moine.  Le  sénéchal  Guillaume  des 
Roches  avait  récemment  bâti  ce  château  sur  une  éminence 
qui  domine  la  Loire  à  trois  lioues  environ  en  aval  d'Angers; 
son  intention  était  d'assurer  ainsi  la  sécurité  du  chemin  de 
Nantes,  jusqu'alors  inf(ïsté  par  le  chevalier  brigand  Paien 
de  Rocliefort,  qui  avait  son  repaire  sur  l'autre  rive  du  fleuve. 
Le  siège  de  la  Ruche-au-Moine  commença  le  19  juin  ;  Paien 

1.  Sur  Raoul  d'Kxouilun.  voy.  un  art.  de  M.  Delislc,  Bib,  Éc.  Ch,^ 
sér.  IV,  t.  II,  5'i6  et  siiiv.  —'il  va  un  tableau  généalogique  de  la 
famille  de  Lusignan  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  des  Antiq.  de  VOuest, 
2«  sér.,  t.  IV,  18H1,  appendice. 

2.  Lettre  érrite  par  Jean  entre  le  25  et  le  28  mai,  rapportée  juir  Wen- 
dover.  II,  573.  —  Hol.  chart.,  197.  —  Le  23  mai  Jean  se  réconcilia  aussi 
avec  Chalon  de  Rochefort  (Hot.  chart.^  198). 

3.  Guill.  le  Bret  ,  Chron.,  ^i  172,  178.  —  Phih'ppide,  1.  X,  v.  71  et 
suiv.  —  I/ist.  des  ducs  de  S'orm.,  l'fJ.  — Wendover,  11,  577.  —  Chron, 
de  S.  Seroe  dWnf/frs,  152.  —  Khi.  of  John.  —  Sur  l'état  dWngers 
à  cette  épo(|ue,  cf.  les  dcscri])tiuns  de  (luill.  Le  Breton  et  du  chanoine 
de  Tours,  (]ui  du  reste  est  mal  informé  sur  toute  cotte  campagne  {Chron. 
de  Tours,  298). 


LA   ROCHE-AU-MOINE.  49 

de  Rochefort  vint  avec  sa  bande  se  joindre  aux  troupes  du  roi 
d'Angleterre.  Philippe-Auguste  avait  mis  dans  le  château 
une  bonne  garnison  qui  se  défendit  vaillamment.  Mais  elle 
devait  infailliblement  succomber  si  on  no  la  secourait  pas^ 

Louis  allait-il  risquer  une  bataille  définitive  ?  Selon  17//.s- 
toire  des  ducs  de  Normandie,  il  envoya  demander  les  ordres 
de  Philippe-Auguste;  le  roi,  qui  était  probablement  alors  en 
Picardie,  répondit  qu'il  fallait  attaquer  les  Anglais.  Cette 
version  explique  bien  pourquoi  Louis  attendit  deux  semaines 
avant  do  quitter  Chinon.  L'Anonyme  de  Béthune  dit  qu'il  se 
décida  à  attaquer  sur  le  seul  conseil  de  Henri  Clément.  Quoi 
qu'il  en  soit,  Louis  partit  de  Chinon  après  avoir  rassemblé 
une  armée  considérable  et  se  dirigea  à  grandes  allures  vers  la 
Roche -au-Moine  ;  son  maréchal  dirigeait  Tavant-garde  et 
avait  en  fait  le  commandement  suprême.  En  bon  chevalier, 
l'héritier  royal  avait  envoyé  un  défi  à  Jean  sans  Terre;  il 
craignait,  nous  dit  l'auteur  de  la  Philippide,  que  s'il  ne  pré- 
venait pas  son  adversaire,  sa  victoire  fût  attribuée  à  la  ruse  et 
non  au  courage.  Cependant  il  y  avait  lieu  pour  lui  de  n'être 
point  si  confiant.  Son  père  lui  avait  laissé  800  chevaliers, 
2,000  sergents  à  cheval  et  7,000  hommes  de  pied  ;  au  dernier 
moment,  Guillaume  des  Roches  et  Amauri  de  Craon  se  joigni- 
rent à  lui  avec  4,000  hommes.  Mais  Jean  «  ot  molt  grant  ost 
«  que  de  cels  qu'il  amena  que  de  cols  qu'il  trova  en  Poitou  »  ; 
les  chroniqueurs  anglais  et  français  s'accordent  à  dire  que  son 
armée  était  plus  nombreuse  que  celle  de  Louis^ 

Le  roi  d'Angleterre,  informé  par  ses  éclaireurs  de  Tinfério- 


1.  Guill.  le  Bret.,  8  178.  —  Frngm.  hist.  brev.  comit.  Andeg.,  369. 
—  Mousket  V.  22229  et  suiv.  —  //iw.  of  John.  —  La  Rochc-au-Moine 
est  aujourd'hui  un  hameau  d'une  dizaine  d*habitants.  Le  Dictionnaire 
des  Postes  a  adopté  l'orthographe  fautivcî  de  La  Roche-aux-Moinen.  Le 
nom  latin  est  Rupe^  monachi  ;  évidemment  il  y  avait  eu  là  un  ermi- 
tage. 

2.  Philippide,  1.  X,  v.  132,  202  et  suiv.  —  Ilisl.  des  durs  de  \orm., 
143-li'».  —  Anon.  de  Béth.,  f.  56  v>.  —  Mousket,  v.  2r»8l  ot  suiv.. 
22241  et  suiv.  —  Fragm.  hisl.  brev.  comit.  Andeg.,  370.  —  Si  l'on 
excepte  Henri  Clément,  Guillaume  des  Koclios  et  Amauri  de  Craon, 
nous  ne  savons  pas  les  noms  des  principaux  chevaliers  qui  accompa- 
gnaient Louis.  En  tout  cas  il  n*avait  pas  avec  lui  ses  vassaux  d'Artois, 
carTAnon.  de  Béth.  nous  dit  qu'à  la  bataille  de  Bouvines  Sauraient  à 
côté  du  vicomte  de  Melun  «  11  quens  de  Pontieu  et  li  cuens  de  Ghisnes 
«  et  tôt  cil  del  fief  Looys,  le  fil  le  roi  ».  (Pragm.  publié  par  M.  Delisle, 
JVoi.  et  Extr.  des  Mss.,  t.  XXXI V,  390). 

Ch.  Petit-Dotaii.ms.  Rrgnp  de  Louis  VUL  \ 


50  LA  ROCIIE-AU-MOINE. 

rite  des  forces  ennemies,  avait  accepté  le  défi  de  Louis.  Hais 
au  dernier  moment  se  manifesta  Tinconstance  égoïste  des 
Poitevins.  Ils  déclarèrent  qu'ils  n'étaient  pas  prêts  à  livrer 
une  bataille  rangée  ;  Tauleur  de  la  Philippide  prête  au  vi- 
comte de  Thouars  un  discours  où  il  dit  au  roi  que  les 
Anglais  vont  connaître  à  leurs  dépens  la  valeur  des  Français, 
et  que,  pour  lui,  il  préfère  se  retirer  prudemment  dans  ses 
terres.  Guillaume  Guiart  place  les  mêmes  paroles  dans  la 
bouche  de  Savari  de  Mauléon.  Soit  que  les  Poitevins  aient  en 
effet  quitté  l'armée,  soit  que  Jean  craignît  seulement  de  se 
voir  abandonné  par  eux,  il  est  certain  que  le  roi  d'Angleterre 
leva  le  siège  de  la  Roche-au-Moine  au  moment  où  le  château 
allait  se  rendre,  et  déguerpit  «  vilainement  »  dès  qu'on  lui 
signala  rapproche  de  Tunnemi.  Abandonnjmt  pierrières, 
mangonneaux,  pavillons  et  autres  meubles  de  guerre,  il 
se  mit  à  fuir  vers  le  sud  ;  telle  était  la  panique,  que  beaucoup 
de  ses  gens  périrent  en  passant  la  Loire.  Les  chroniqueurs 
français  décrivent  avec  satisfaction  cette  course  éperdue  par 
monts  et  par  vaux;  les  troupes  de  Louis  arrivèrent  à  temps 
pour  huer  les  Anglais  et  massacrer  bon  nombre  de  traînards 
(2  juillet  1214)'. 

Jean  s'enfuit  si  rapidement  qu'on  ne  put  l'atteindre.  Le 
surlendemain,  il  était  arrivé  à  Saint-Maixont,  qui  est  à  une 
trentaine  de  lieues  au  sud.  Selon  un  chroni(iueur,  il  avait  été 
pris  d'une  telle  terreur  qu'il  écrivit  à  Otton  d'attaquer  sans 
plus  larder  Philippe- Auguste,  car  ce  roi  ne  pouvait  avoir  avec 
lui  que  des  chevaliers  sans  valeur,  Louis  de  France  ayant 
réuni  sous  sa  bannière  toute  la  jeunesse  de  la  Gaule.  Il  n'osa 
plus  approcher  de  la  Loire  et  passa  les  mois  de  juillet  et 
d'auiit  dans  le  Poitou  méridional,  l'Angoumois  et  le  Limousin*. 

1.  (iuill.  le  Breton,  Tliron.  jî  179.  •—  PhUippvh,  1.  X,  v.  247  et  suiv. 
—  Hist.  des  ducs  de  Xorm.,  \\\.  —  Anon.  de  B6th.,  f.  56  v».  —  Mous- 
kct.  V.  22248  et  suiv.  —  Frafpn.  hist.  hrev.  comit.  Andcff.,  370.  — 
dhron.  de  S.  Auhin  d'Angers,  58.  —  Chron.  de  S.  Florent  de  Saumvr, 
ly'i.  —  (Juill.  (iuiarl,  v.  64:i8-r,4i.iO.  —  l.e  récit  de  Wendover  (II, 
577).  systrinatiquomcnt  hostile  ii  Louis  de  Franco,  n*a  pas  été  accepté 
])ar  l'auteur  des  l-fures  histon'arum  (t.  II.  152).  qui  généralement  suit 
j)as  à  pas  ce  clironiiiu^Mir.  —  La  date  du  2  juillet  est  fournie  par  Tlti- 
néraire  de  Jean  sans  Terre,  .le  ne  sais  uù  M.  Zeller  (^Frédéric  II,  142), 
a  pris  que  Jean  leva  le  Mrge  le  24  juin  et  rembarqua  en  juillet. 

2.  Itin.  ofJnhn,  —  llistor.  retj.  Francor.  c/c...,  427. 


TREVE   DE   CHINON.  51 

Pendant  ce  temps,  Louis  de  France  replaçait  aisément 
l'Anjou  sous  la  domination  capétienne.  Il  réduisit  en  captivité 
ceux  qui  avaient  pris  parti  pour  Jean  sans  Terre,  et  exigea 
des  autres  des  promesses  de  fidélité.  Les  places  conquises  au 
mois  de  juin  par  les  Anglais  lui  furent  rendues.  Il  détruisit 
les  remparts  dont  on  venait  d'entourer  Angers  et  rasa  le 
château  de  Beaufort-en- Vallée.  Des  garnisons  occupèrent  tous 
les  points  stratégiques  importants.  11  n'avait  point  à  s'occu- 
per de  la  Touraine,  qui  n'avait  pas  été  entamée  par  l'ennemi. 
Restait  à  réduire  les  Poitevins.  Mais  Louis  ne  conçut  sans 
doute  pas  la  prétention  de  soumettre  un  pays  aussi  étendu,  où 
il  aurait  trouvé  pour  adversaires  non  seulement  le  roi  d'An- 
gleterre, mais  de  puissants  barons  et  de  riches  communes.  II 
se  contenta  de  faire  une  incursion  dans  la  région  avoisinant 
l'Anjou  et  la  Touraine.  Il  dévasta  les  terres  du  vicomte  de 
Thouars  et  rasa  le  château  de  Montcontour,  qu'il  n'avait  pu 
prendre  au  mois  de  mai^ 

Sur  ces  entrefaites,  arriva  la  nouvelle  de  la  victoire  de 
Bouvines  (27  juillet).  A  peine  débarrassé  de  ses  ennemis  du 
nord,  Philippe-Auguste  se  mit  en  route  avec  son  armée  pour 
rejoindre  son  fils.  Il  arriva  à  Loudun  à  l'époque  où  Jean 
séjournait  à  Parthenai,  c'est-à-dire  à  la  fin  d'août  ou  au 
commencement  de  septembre.  Jean  sans  Terre,  sur  le  point  de 
subir  le  sort  de  son  allié  de  Flandre,  implora  l'intervention 
de  Robert  de  Courçon,  légat  du  pape  en  France.  Robert  de 
Courçon,  Anglais  de  naissance,  était  tout  disposé  à  suivre  en 
cette  circonstance  les  plans  d'Innocent  III,  qui  regardait  Jean 
comme  son  protégé,  et,  comme  je  l'ai  dit,  voulait  voir  régner 
la  paix  dans  la  chrétienté.  Le  légat  réussit  à  apaiser  Philippe- 
Auguste;  le  bruit  courut  qu'une  bonne  quantité  do  livres 
sterling  contribuèrent  à  ce  résultat  autant  que  l'éloquence  du 
prélat.  Une  trêve  de  cinq  ans  fut  signée  à  Ghinon  le  18  sep- 
tembre ;  elle  était  accordée  au  roi  d'Angleterre  et  à  tous  ses 


i.  Fragm.  hisL  hrev,  comtt.Andeg.y  370.  —  Guill.  le  Hreton,  Chron.^ 
g  179.  —  Philippide,  1.  X,  v.  320-331.  —  Je  ne  sais  pourquoi  M.  Dela- 
borde,  Texcellent  éditeur  de  Guill.  le  Breton,  refuse  d'admettre  que 
la  destruction  de  Montcontour  soit  postérieure  à  Taifaire  de  la  Kochc- 
au-Moine.  Le  fait  n'a  rien  d'invraisemblable  et  est  confirmé  par  la 
Chronique  des  comtes  d'Anjou  citée  ci-dessus. 


52  IMPORTANCE   DE   CETTE   CAMPA(îNE. 

partisans  et  consacrait  ainsi  rindépcndance  de  la  majorité  des 
Poitevins  à  l'égard  du  roi  do  France\ 

Le  plus  grand  danger  qu'avait  jamais  couru  la  dynastie 
capétienne  était  conjuré  ;  Bouvinos  avait  assuré  le  triomphe 
du  parti  gibelin,  Tassujetlissoment  des  comtés  de  Flandre 
ot  de  Boulogne.  L'affaire  de  la  Roche-au-Moine  eut  certes 
une  importance  moindre;  Louis  avait  été  vainqueur  sans 
combat,  et  au  sud  do  la  Loire  le  cercle  de  l'influence  capé- 
tienne ne  s'élendit  pas  plus  loin  qu'auparavant;  cette 
campagne  ne  coûta  rien  à  Jean  sans  Terre,  fors  Tlionnenr. 
Cependant  la  nouvelles  de  la  déroute  des  Anglais  excita  beau- 
coup d'enthousiasme  parmi  les  fidèles  du  roi  de  France,  qui 
témoigna  sa  satisfaction  à  son  fils  :  «  Sachiés  que  ce  fu  une 
«  chose  dont  ses  pères  fu  molt  liés  et  dont  il  li  sot  molt  boen 
c(  gré^  »;  en  1222,  Philippe-Auguste  jeta  les  fondements  d'une 
abbaye  qu'il  appela  la  Victoire^  pour  commémorer  à  jamais  le 
double  triomphe  de  l'année  1214\  Mathieu  do  Paris  nous 
dit  :  "  Sachez  que  les  Français  se  réjouissaient  moins  de  la 
«  victoire  remportée  ensuite  à  Bouvines  que  de  la  déroute 
c(  infligée  au  roi  (rAngleterrro  par  Louis,  parce  qu'ils  conce- 
rt valent  l'espoir  d'avoir  en  lui  un  souverain  vaillant  qui  con- 
«  fondrait  ce  même  roi*.  )>  Un  motif  plus  simple  justifie 
l'importance  qu'on  attacha  à  cette  déroute  :  elle  eut  lieu  au 
moment  où  le  chAteau  do  la  Roche-au-Moine  allait  tomber 
aux  mains  de  Jean  ;  s'il  l'avait  pris,  assuré  désormais  de  sa 
retraite,  il  se  serait  hâté  de  rejoindre  ses  alliés  et  il  serait 
arrivé  sans  doute  à  temps  pour  prendre  part  à  la  bataille 
de  Bouvines.  Tout  le  cours  de  l'histoire  du  moyen  Tige  en  eut 
peut-être  été  changé. 

L'année  1214  clôt  la  carrière  guerrière  de  Philippe-Auguste, 
(c  Puis  no  fu  qui  guerre  li  osast  movoir;  ains  vesqui  puis  en 


1.  (iuill.  le  Bret.,  Chron..  §  20'i.  —  Hist.  reg.  Franc,  etc.,,  \'2B.  — 
Wondover,  II,  581-582.  —  Coggeshall,  IG9-170.  —  Flores  histnr.,  II, 
152.  —  bclisle.  ii'^  1506.  —  Ilin.  of  John.  —  Sur  la  politique  d'Inno- 
cent 111  en  121'!,  voy.  uno  lettre  qu'il  adressa  le  22  avril  à  Jean  :  Pot- 
tliast  n"  'lOl'j.  —  Sur  Ilobcrt  de  Courron,  il  v  a  un  long  travail  de  La 
Porte  du  Theil  dans  le  t.  VI  des  \ot.  etF.vtr.  dea  Mss.,  130-222,  567-616. 

2.  Anon.  «le  lUHh.,  f.  56  v". 

o.  f'Jiron.  de  (iuill.  lo  Hn^on,  Cnnlin.  ffc  Paria^  ^  1. 
4.  I/ist.  Ang forum.  M,  150. 


l»HILIPPE-Ai:(4USTE   VIT    KN    PAIX.  5i3 

«  graut  pais'  ».  Los  campagnes  qui  auront  lieu  pendant  les 
neuf  dernières  années  de  son  règne,  ce  sera  Louis  de  France 
qui  les  dirigera. 

1.  Anon.  do  Bcthune.  f.  58  v°. 


CHAPITRE  III. 


L'Al»PEL  DES  BARONS  ANGUIS. 


La  défaite  de  la  coalition  anglo-germanique  à  Bouvines  et 
à  la  Roche-au-Moine  n'eut  point  pour  seul  résultat  raffer- 
missement des  Capétiens  et  des  Staufon;  elle  fut  la  cause 
occasionnelle  de  la  grande  rébellion  anglaise,  et  par  là  faillit 
avoir  pour  suite  la  réunion  do  TAngleterre  et  de  la  France. 
Jean  sans  Terre  aborda  le  15  octobre  1214  en  Angleterre, 
vaincu  et  humilié;  à  peine  une  année  s'était-elle  écoulée  qu'il 
avait  dû  accorder  la  Grande  Charte  et  que,  sur  son  refus  de 
Texécuter,  sa  couronne  était  offerte  à  Louis  de  France. 

Les  causes  internes  de  cette  révolution  ont  été  souvent 
décrites;  il  est  impossible  cependant  de  ne  pas  les  rappeler, 
alors  qu'on  se  propose  d'étudier  Tune  des  phases  de  la  lutte. 
D'ailleurs  ces  causes,  qui  sont  d'une  part  l'état  do  la  société 
anglaise,  et  d'autre  part  le  caractère  de  Jean  sans  Terre, 
servent  aussi  à  expliquer  en  partie  l'échec  de  l'invasion  fran- 
çaise. L'Angleterre  et  la  France  étaient  alors  comme  aujour- 
d'hui, mais  pour  d'autres  raisons,  des  pays  très  dissemblables. 
C'est  surtout  en  vertu  de  motifs  économiques  et  religieux 
que  maintenant  les  doux  contrées  n'ont  pas  le  même  aspect, 
et  que  les  deux  peuples  n'ont  point  le  même  esprit;  or,  au 
commencement  du  xiu*"  siècle,  l'Angleterre  était  comme  la 
France  un  i)ays  agricole,  et  était  comme  elle  catholique.  Mais 
les  deux  peuples  étaient  de  caractère  bien  différent.  A  vrai 
dire  il  n'y  avait  point  do  peuple  français  :  en  fait  d'idées 
capables  de  contribuer  à  la  formation  du  sentiment  national, 
il  n'y  avait  guère  de  commun  entre  le  Breton  et  le  Toulousain, 
voire  mémo  entre  l'Artésieu  et  le  bourgeois  de  Paris,  que  la 
notion  plus  ou  moins  i)ré(*ise  du  re.v  Franc  orum.  Les  Anglais 
formaient  au  contraire  une   nation  relativement  homogène, 


L'ANGLETERRE   AU   DEBUT   DU   Xll°   SIECLE.  55 

d'esprit  assez  vif  et  aiguisé,  à  ce  qu'il  semble*,  et  do  mœurs 
probablement  moins  rudes  et  belliqueuses  que  les  nôtres, 
puisque  les  guerres  privées  constituaient  Texception.  La  perte 
de  la  Normandie  fut  sans  doute  heureuse  pour  le  peuple 
anglais  ;  en  lui  donnant  une  mer  pour  frontière,  cet  événe- 
ment acheva  de  le  rendre,  selon  l'expression  de  Stubbs, 
«  distinctement  conscient  de  son  unité  et  de  son  identité 
«  personnelle  »*;  mais  déjà  au  xii*  siècle  les  races  étaient 
fondues,  un  sentiment  de  solidarité  existait  entre  les  Anglais. 
Cette  unité,  facilitée  d'ailleurs  par  Tétendue  restreinte  du 
royaume,  avait  son  origine  principale  dans  le  caractère 
qu'avait  affecté  la  conquête  de  1066  :  grâce  au  régime  créé  de 
toutes  pièces  par  Guillaume  le  Bâtard,  il  n'y  avait  point  de 
provinces  distinctes,  les  comtés  n'étaient  que  des  divisions 
administratives  et  la  loi  commune  s'étendit  rapidement  par- 
tout, identique  partout.  Guillaume  avait  fait  en  même  temps 
de  son  pouvoir  un  pouvoir  absohi,  si  bien  qu'au  point  de  vue 
politique  comme  au  point  de  vue  social  la  France  et  l'Angle- 
terre étaient  très  dissemblables.  Il  y  avait  au  delà  de  la 
Manche  des  seigneurs  fort  riches;  mais  ils  étaient  réduits  à 
l'impuissance  par  la  dispersion  do  leurs  domaines  et  l'incapa- 
cité où  ils  étaient,  soit  d'exercer  les  droits  régaliens,  soit  do 
prendre  part  au  gouvernement  par  l'organe  précis  d'une 
assemblée  indépendante  ;  plusieurs  portaient  le  titre  de  comte; 
mais  ce  n'était  qu'un  vain  mot.  En  face  do  ce  baronnage 
faible,  s'élevait  une  royauté  très  forte  et  n'usant  généralement 
de  son  pouvoir  que  pour  opprimer'. 

Henri  II  et  Richard  Cœur  de  Lion  s'étaient  déjà  fait  beaucoup 
d'ennemis,  particulièrement  par  l'abusif  usage  des  droits  de 
relief,  de  garde  et  de  mariage.  Le  gouvernement  de  Jean 
sans  Terre  fit  déborder  toutes  les  colères.  Ce  prince  ne 
mérite  assurément  à  aucun  degré  Tépithète  de  «  souverain 
moderne  »  qu'on  a  accordé  à  tant  de  monarques  du  moyen 
âge;  jamais  il  ne  voila  sa  tyrannie  sous  aucun  beau  prétexte 
et  ne  chercha  à  se  faire  pardonner  ses  vices  ;  il  avait  le  dcs- 

1.  Voy.  les  Political  songs  édités  par  Wright. 

2.  Préf.  à  l'éd.  de  W.  de'Coventry,  t.  II,  p.  xxxvii. 

3.  Voy.  Tadmirabie  livre  d'E.  Doutmy,  Le  Drvdopp.  de  la  Constit. 
ei  de  la  Soc,  politique  en  Anglete/Te^  p.  13  et  suiv. 


56  LA   GRANDE   CHARTE. 

potisino  insolent  des  rois  nègres.  Les  taxes  arbitraires,  les 
rapts,  et  pour  les  rebelles  la  saisie  des  châteaux,  la  capture 
des  enfants  emmenés  comme  otages,  Texil,  parfois  les  sup- 
plices, voilà  ce  que  ses  sujets  pouvaient  chaque  jour  attendre 
do  lui  ;  les  favcui\s  accordées  aux  étrangers  qui  le  servaient 
mettaient  le  comble  à  Toxaspération  des  barons  \  Cependant 
sa  lubricité  cl  sa  cupidité  avaient  un  frein  :  la  peur  du  plus 
fort.  Il  n'était  point  de  ceux  qui  aiment  mieux  périr  que  céder. 
Satisfaire  ses  passions  tant  qu'il  le  pouvait,  s'humilier  quand 
il  so  voyait  le  plus  faible,  ce  fut  là  toute  sa  politique. 

La  menace  de  l'invasion  française  en  1213  Tavait  déter- 
miné a  faire  dos  concessions.  Il  avait  promis  d'observer  les 
lois  de  Henri  I.  Mais  (juand  il  eut  obtenu  la  trêve  de  Chinon  en 
1214,  il  se  montra  plus  exigeant  que  jamais  et  réclama  le  droit 
d'écuage  aux  barons  du  Nord  ou  Norois* ^  qui  avaient  refusé 
de  l'accompagner  en  Poitou.  Les  Norois  ne  voulurent  pas  obéir 
au  vaincu  de  la  Rochc-au-Moine  et  de  Bouvines  ;  s'unissant  à 
d'autres  barons,  ils  sommèrent  le  roi  de  confirmer  la  charte 
de  Henri  I.  Jean  obtint  un  délai  et  implora  Taide  du  pape;  les 
barons,  de  leur  côté,  demandèrent  à  Innocent  III  d'intervenir 
en  leur  faveur.  Les  événements  postérieurs  devaient  démon- 
trer combien  les  deux  partis  avaient  raison  d'attacher  une 
grande  importance  à  l'appui  de  la  cour  de  Rome.  Pour  mieux 
mériter  les  bonnes  grâces  du  pape,  son  suzerain,  Jean  prit  la 
croix  pour  la  Terre  Sainte;  Innocent  III,  touché,  ordonna  aux 
barons  de  se  soumettre.  Les  barons  répondirent  en  prenant 
les  armes,  et  les  habitants  de  Londres  les  reçurent  dans  la 
Cité.  Jean  sans  Terre  abandonné  par  presque  tous  ses  partisans 
accorda  la  Grande  Charte  (15  juin  1215)'. 


1.  c(  Munificus  et  liberalis   in  exteros,  scd  suorum  depredator.  » 
(Barnwell,  232.) 

Proprios  indigenas  nimis  dcprimebat, 

Hiiroaros  rutarios  illis  pra'ponebat. 
(Poème  sur  la  guerre  de  1215,  inséré  dans  la  Ckron.  de  Mailros,  118). 
Sur  les  taxes  arbitraires  exi>j:ées  par  Jean  sans  Terre,  voy.  Stubbs, 
Constff.  hist.,  I,  5G1  et  suiv.  —  Voy.  aussi  les  textes  cités  dans  notre 
oliap.  I,  p.  27. 

2.  T(»rme  employé  par  Tauteur  de  Vllist.  des  ducs  de  Normandie, 

3.  Banuvell,  21*7  et  suiv.  —  Wendover,  H,  582  et  suiv.  —  Rymer» 
I.  part.  1.  120.  —  Potthast,  iio"  'i960,  4965.  —  Voy.  le  résumé  d» 
Stuubs,  ConsUt.  hisl.,  1,  565  et  suiv. 


ATTITUDE   DU   ROI   JEAN.  O/ 

C'est  un  récit  purement  légendaire  qui  nous  montre  Jean 
sans  Terre  se  retirant  dans  l'Ile  de  Wight  après  la  concession 
de  la  Charte,  et,  en  proie  à  une  espèce  de  délire  furieux,  se 
préparant  immédiatement  à  dompter  ses  ennemis  \  On  a  aisé- 
ment démontré  que  Jean  ne  s'est  pas  retiré  à  Tîle  de  Wight*. 
Nous  avons  des  actes  nous  prouvant  que  d*abord  il  s'occupa 
d'assurer  l'exécution  de  ses  engagements  ^  L'intéressante 
Histoire  des  ducs  de  Normandie  et  des  rois  d'A?ig  le  terre, 
que  par  un  étrange  oubli  l'on  a  jusqu'ici  à  peu  près  négligé 
d'utiliser,  jette  une  grande  lumière  sur  cette  période  de  la 
crise  :  on  y  voit  que  Jean  sans  Terre  se  brouilla  avec  les 
chevaliers  flamands,  qui  comptaientjusqu'alors  parmi  ses  plus 
fidèles  serviteurs.  «  Grant  ire  orent  li  Flamenc  quant  il  oïrent 
«  les  nouvieles  de  la  vilaine  pais  que  li  rois  avoit  faite  ». 
Il  leur  ferma  sa  bourse,  et  cette  «  granto  vilonnie  »  les  dé- 
cida à  le  quitter  :  «  Il  fist  une  grant  masse  de  son  trésor  ester 
«  fors  de  la  tour,  si  le  fist  porter  en  ses  chambres,  voiant  les 
«  ielx  as  chevaliers  do  Flandres,  ne  onques  riens  ne  lor  en 
«  donna!  Apriès  celé  vilenie  que  li  rois  fist,  prisent  li  Flamenc 
«  congié  à  lui,  si  s'en  repairièrent  en  Flandres  »*.  Jean  était 
sans  doute  décidé  en  toute  bonne  foi  à  vivre  d'accord  avec 
ses  barons  ;  il  pouvait  croire  que  dans  la  pratique  ses  conces- 
sions lui  coûteraient  peu;  il  n'avait  guère  fait  que  confirmer 
les  promesses  faites  par  ses  prédécesseurs  et  violées  par  eux; 
assurément  il  n'avait  nulle  conscience  de  l'importance  extraor- 
dinaire que  la  Charte  du  15  juin  devait  prendre  dans  l'histoire 
de  son  peuple. 

Les  barons  ne  se  doutaient  pas  non  plus  qu'on  les  appelle- 
rait un  jour  les  fondateurs  des  libertés  anglaises.  Le  patrio- 
tisme des  historiens  d'outre-Manche  a  singulièrement  déna- 
turé le  caractère  de  cette  crise  ;  ils  exaltent  la  «  noble  simpli- 
cité »  avec  laquelle  le  peuple  soutenait  ses  droits".  Mais  les 
auteurs  de  la  Grande  Charte  n'avaient  point  de  théories  ni 

1.  Voy.  le  récit  de  Wendover,  II,  613  et  suiv. 

2.  D.  Hardy,  IJtt.pal.,  Introd.^v.  xxix. 

3.  LitL  claus.,  I,  215  à  217.  —  LiU.  pat.,  143  et  144.  —  Rymer,  I, 
part.  I,  134. 

4.  Ifist.  des  ducs  de  Norm.,  149  à  151. 

5.  Voy.  Stubbs,  op.  cit.,  I,  559  :  «  The  great  majority  of  people,  noble 
as  well  as  shnple  etc..  ». 


58  ATTITUDE   DES   BARONS. 

dMdécs  générales.  Ils  étaient  guidés  par  une  foule  de  petits 
motifs  très  pratiques  quand  ils  imposèrent  à  Jean  sans  Terre 
cet  acte  de  garantie,  et  lorsque  ensuite  il  se  brouillèrent  de 
nouveau  avec  lui,  ce  fut  aussi  pour  de  petits  motifs.  Us  ne  se 
montrèrent  pas  plus  accommodants  que  le  roi  et  abusèrent  de 
leur  victoire  pour  blesser  son  orgueil  ;  telle  est  du  moins  la 
version  de  l'auteur  de  V Histoire  des  ducs  de  Normandie^  qui 
a  assisté  à  toute  cette  crise  et  la  raconte  impartialement.  Les 
vingt-cinq  barons  chargés  de  veiller  à  l'exécution  de  la  charte 
déployaient  la  morgue  la  plus  insupportable  :  «  Un  jor  furent 
«  venu  li  xxv  baron  en  la  court  le  roi  por  i  jugement  faire.  Lî 
«  rois  se  gisoit  en  cho  point  malades  en  son  lit,  de  ses  pies, 
«  si  qu'il  no  pooit  venir  ne  aler  ;  si  manda  as  xxv  que  il 
«  venissont  en  sa^  cambre  le  jugement  rendre,  car  il  ne  pooit 
«  aler  à  eus.  Il  li  remandercnt  que  ils  n'iroient  pas,  car  che 
«  seroit  encontre  lor  droiture  ;  mais,  s'il  ne  pooit  aler,  si  se 
«  fesist  aporter.  Li  rois,  qui  amender  ne  le  pot,  se  fist  porter 
«  devant  les  xxv  la  u  il  estoient,  qui  pas  ne  se  drecerent 
«  encontre  lui  ;  car  che  fu  lor  dis  que,  se  il  drecié  se  fussent, 
«  il  euussent  fait  encontre  lor  droiture.  De  tous  orgheus  et 
<(  do  teus  outrages  li  faisoient-il  a  grant  plentéV  » 

Le  chanoine  de  Barnwell,  dans  son  excellente  chronique, 
attribue  aussi  aux  barons  la  responsabilité  de  la  rupture  :  il 
nous  dit  que,  malgré  la  proclamation  de  la  paix,  les  Norois, 
refusant  de  se  fier  à  Jean  sans  Terre,  fortifièrent  leurs  châ- 
teaux et  maltraitèrent  les  officiers  royaux^.  U  est  probable 
du  reste  que  Jean  no  fit  rien  pour  calmer  cette  excitation  ;  si 
les  Flamands  n'étaient  plus  là  pour  lui  donner  de  mauvais 
conseils,  son  entourage  immédiat  était  toujours  formé  de 
gens  qui  étaient  restés  à  ses  cotés  pendant  les  jours  de  malheur 
et  avaient  tout  à  gagner  au  retour  du  despotisme  ancien  ;  tels 
étaient  le  Poitevin  Pierre  dos  Roches,  le  Normand  Fauquet 
de  Bréauté,  qui  sans  doute  attisaitmt  ses  rancunes  \  Il  y  avait 
déjà  on  Angleterre  un  parti  national  et  un  parti  des  étrangers 
(jui  se  faisaient  sourdement  la  guerre. 


1.  /h'st.  des  duc.^  de  iWarm.,  151. 

2.  liMi'nwfill    222. 

3.  Cf.  Matii.*de  Paris,  Chron.,  Il,  611. 


LA    RUPTURE.  59 

En  de  telles  conditions,  une  crise  était  inévitable.  L'inter- 
vention pontificale  la  fit  éclater.  Jean  sans  Terre  avait 
adressé  au  pape,  dès  le  29  mai,  une  longue  lettre  où  il 
racontait  à  sa  manière  les  démêlés  qu'il  avait  avec  ses  barons. 
Après  l'octroi  de  la  Charte,  lorsque  l'attitude  des  Norois  lui 
fit  regretter  ses  concessions,  il  envoya  à  Rome  son  chancelier 
Richard  de  Marais'.  Celui-ci  obtint  tout  ce  qu'il  voulut.  Inno- 
cent III  cassa  la  Grande  Charte,  qu'il  qualifia  «  d'accord  non 
<c  seulement  vil  et  honteux,  mais  même  illicite  et  inique  »,  et 
somma  les  barons  d'envoyer  leurs  procureurs  à  Rome,  où  le 
différend  serait  jugé  en  dernier  ressort  (24  août  1215).  La 
parole  du  prophète  Pierre  de  Pontefract,  que  Jean  avait  fait 
pendre  quelques  années  auparavant,  se  trouvait  réalisée  :  le 
pape  régnait  en  Angleterre*. 

La  pluralité  des  barons,  tenant  Jean  sans  Terre  pour 
dépose,  convoqua  le  reste  des  grands,  afin  qu'un  nouveau 
roi  fût  élu  ;  mais  cet  appel  ne  fut  point  entendu  partout  ;  une 
minorité  fidèle  refusa  de  déposer  un  prince  qui  se  déclarait 
prêt  à  respecter  la  paix.  Les  deux  partis  furent  dès  lors  à 
pou  près  constitués  tels  que  les  trouva  Louis  de  France 
à  son  arrivée  quelques  mois  plus  tard^. 

A  la  tcte  des  rebelles  étaient  les  Norois,  tels  qu'Eustache 
de  Vesci,  Richard  de  Pcrci,  Guillaume  de  Montbrai,  Jean 
de  Lassi,  connétable  de  Chester.  La  révolution  avait  com- 
mencé par  leur  initiative  ;  jusqu'au  règne  de  Jean  sans  Terre 
ils  avaient  servi  fidèlement  les  princes  normands,  par 
exemple  dans  les  guerres  avec  l'Ecosse  ;  les  exactions  de 
Jean  sans  Terre  les  jetèrent  dans  l'opposition,  et  leurs  des- 
cendants devaient  être  aux  xiv°  et  xv'  siècles  les  champions 
des  libertés  anglaises  *.  Parmi  les  autres  barons  qui  riUaient 
élire  Louis  de  France,  on  trouvait  Sehier  de  Quinci,  comte 


1.  Rymer,  I,  part.  1,  129.  —  Barnwell,  222.  Nous  n'admettons  pas  les 
conclusions  que  M.  Hémont  a  tirées  de  ces  textes.  (Chartes  des  lit. 
antjL;  Introd.^  p.  xxi  et  xxiv). 

2.  Wendover,  II,  615  et  suiv.  La  bulle  d'Innocent  III  (Potthast  n» 
4990)  a  été  éditée  par  M.  Bômont,  op.  cit.,  41.  —  Sur  la  propliétie  de 
Pierre  de  Pontefract,  voy.  Chron.  de  Lanercost,  13,  et  Ilxst.  des  ducs 
de  JVonn.,  125-126;  cf.  Wendover,  II,  535,  546-547. 

3.  BarnwelK  224-225. 

4.  Stubbs,  Const,  hist.,  I,  564. 


60  LE   PARTI    RKVOLIJTIONNAIRK. 

de  Winchester  ;  Roger  Bigot,  comte  de  Suffolk  et  de  Noi 
folk,  et  son  fils,  représentants  d'une  famille  qui  s*était  depui 
longtemps  signalée  par  son  insubordination  ;  Richard  d 
Clare,  comte  de  Hertford,  qui  n'avait  cessé  d'être  en  lutt 
sourd(?  avec  Jean  sans  Terre  ;  Geoffroi  de  Mandeville,  comi 
d'Essex,  qui  avait  épousé  Hawisia,  la  femme  répudiée  d 
roi  ;  Robert  de  Ver,  comte  d'Oxford;  Henri  de  Bohon,  comi 
de  Hereford  ;  David,  comte  de  Huntingdon  ;  Robert  Fils-Gai 
tier,  dont  nous  avons  rapporté  les  démêlés  avec  Jean  sai 
Terre  ;  Guillaume  le  Maréchal  le  jeune,  fils  du  comte  à 
Peml)roko  ;  Guillaume  de  Huntingfield  ;  Osbert  Giffard,  fil 
naturel  de  Jean  sans  Terre,  etc.*.  Bien  que  les  chron: 
qiieurs  ne  donnent  pas  de  chiffres  précis,  il  est  hors  de  doui 
que  l'immense  majorité  des  grands  était  dans  le  parti  qi 
réclamait  un  changement  de  dynastie. 

A  C()té  des  seigneurs  laïques,  la  faction  révolutionnali 
comptait  une  partie  du  clergé.  C'était  sur  l'Église,  bien  pli 
encore  que  sur  le  baronnage,  ({ue  s'était  appesantie  la  mai 
brutale  et  avide  de  Jean  sans  Terre''  ;  si  l'on  réfléchit  e 
outre  que  les  clercs  étaient  plus  cultivés  et  plus  intelligem 
en  général  que  les  laïques,  on  ne  s'étonnera  point  qu'ils  aiei 
joué  un  si  grand  rôh.»  dans  cette  crise  ;  a  la  vérité,  ce  fut  ! 
clergé  anglais  qui  obtint  la  Grande  Charte,  de  même  que  pli 
tard  il  fut  le  plus  ferme  appui  de  Simon  de  Leicester.  I 
21  novembre  1214,  Jean  sans  Terre  avait  essayé  dc.rompi 
l'union  du  clergé  et  des  laïques  en  établissant  la  liberté  d( 
élections  ecclésiastiques  ;  mais  par  là  il  affaiblit  son  aulorii 
sans  atteindre  le  but  visé.  L'action  solidaire  paraissait  à  toi 
si  clairement  nécessaire  que  le  clergé  resta  dans  Toppositic 
et,  loin  d'être  une  dernière  concession,  l'acte  Ut  libère  sh 
electionf'S  ne  fut  qu'une  espèce  de»  première  esquisse  incoa 
plète  de  la  Grande  Charte  "*.  A  la  tète  de  cette  opposition  clc 

1.  Voy.  les  listes  données  dans  la  ('hron.  de  Barnwell,  225.  et  dai 
les  biillos   d'ext'ommunicjilion  rapijortées  par  Wendover,  II,   643 
suiv.  Voy.  la  liste  des  enfants  naturels  de  Jean  dansPauli,  op.  cit.,  11 
'i75. 

2.  Pour  les  exactions  et  les  violences  de  ,Tean  sans  Terre  à  l'égard  c 
son  clerpé,  particulièrement  en  1207,  en  1208.  en  1213,  voy.  Wendove 
II,  511,  Math,  de  Paris.  Chron..  II.  '}'.)7,  Annofrs  ilo  \Vnverh*if,  260. 

:i.  Stubhs.  Selfct  Clwrtt^rs.  279.  —Cf.  les  réflexions  dê'Shirle; 
Hoijnl  f.elters,  Intrud.,  p.  .wvi  et  suiv. 


LE   PARTI    RKVOLUTIONNAIRE.  61 

ricale  était  le  fameux  Etienne  de  Langton,  dont  Tavénement 
au  siège  de  Cantorbéry  avait  déchaîné  tant  d^orages  ;  il  semble 
avoir  été  un  homme  remarquable  :  «  Boins  clers  ert  et  de 
haute  clergie  »  ;  c'est  lui  qui,  le  25  août  1213,  avait  donné 
lecture  de  la  charte  de  Henri  I  dans  rassemblée  des  barons 
à  Saint-PauP  ;  mais  Innocent  III  sut  débarrasser  Jean  sans 
Terre  de  cet  adversaire  ;  vers  lo  mois  de  septembre  1215, 
Etienne  de  Langton  fut  suspendu  de  ses  fonctions  archiépis- 
copales pour  avoir  désobéi  au  pape  et  au  roi  et  communiqué 
avec  les  rebelles,  et  il  fut  appelé  à  Rome  ;  il  y  resta  jusqu'en 
1218  ^  Trois  clercs  furent  excommuniés  nominativement  par 
Innocent  III,  quelque  temps  après:  Gautier,  archidiacre  de 
Hereford,  le  chapelain  de  Robert  Fils-Gautier  et  maître  Ger- 
vais  de  Hobruges,  doyen  de  Saint-Paul,  qui  était  regardé  comme 
spécialement  dangereux'.  Mais  beaucoup  d'autres  membres  du 
clergé  avaient  dû  se  prononcer  immédiatement  contre  la  vio- 
lation de  la  Grande  Charte.  Gilles  de  Briouse,  évêque  de  Here- 
ford, dont  la  famille  avait  été  atrocement  persécutée  par 
Jean  sans  Terre,  est  cité  parmi  les  adversaires  du  roi*;  cer- 
tainement d  autres  prélats  agirent  de  mémo  ou  du  moins  se 
déclarèrent  plus  tard  pour  Louis  de  France,  comme  nous  le 
démontrerons  dans  la  suite. 

Les  hautes  classes  n'étaient  pas  seules  désireuses  d'assurer 
le  maintien  de  la  Grande  Charte  ;  les  garanties  contre  les 
taxes  arbitraires,  la  limitation  des  pouvoirs  des  sheriffs,  la 
reconnaissance  du  droit  d'être  jugé  par  ses  pairs,  intéres- 
saient aussi  les  bourgeois  et  les  francs  tenanciers  ;  certains 
articles  les  concernaient  spécialement,  par  exemple  ceux  qui 
confirmaient  les  libertés  des  villes  et  qui  déclaraient  insaisis- 


1.  Ilist.  des  ducs  de  A'orm,,  110.  — Wendover,  II,  552.  —  Ilook, 
Lîves  of  the  Archbish.  of  Canterh.,  IL  657  et  suiv. 

2.  Barnwell,  225  et  240.  —  La  suspension  d'Etienne  de  Langton  fut 
confirmée  par  le  pape  le  4  novembre  1215  (F^ottliast,  n®"  5005-5006).  — 
Cf.  Vie  d' Etienne  ae  Langton,  par  Math,  de  Paris,  326-327;  Annales 
de  Dunstaple^  'i5. 

3.  Bulle  du  16  décembre  1215(Pottliast,  n®  501:^),  rapportée  par  Wen- 
dover, II,  642  et  suiv.  :  «  Magistrum...  Gervasium,  Londoniarum  can- 
«  celiarium,  qui...  régis  et  suorum  manifestissimus  extitit  persecutor, 
«  excommunicatum  publiée  denuncietis  ac  suspensum,  graviori  ctiam 
«  psna,  nisi  congrue  satisfeccrit,  punienduni  ». 

4.  Barnwell,  225. 


02  LE   PARTI    RÉVOLUTIONNAIRE. 

sables  les  marchandises  et  les  instruments  aratoires.  Mal- 
hcureusoment  nous  ne  savons  à  peu  près  rien  du  rôle  qu'ils 
jouèrent  dans  la  crise.  Ayloffe  mentionne  un  appel  adressé 
par  les  barons  à  tous  les  tenanciers  de  Nortliumberland,  de 
Cumberland  et  de  Westmoreland  '  ;  nous  ignorons  quelle 
réponse  y  fut  faite.  Les  seuls  renseignements  précis  que  nous 
possédions  concernent  Londres,  qui,  depuis  la  violation  de  la 
Grande  Charte  jusqu'au  triomphe  de  Henri  III,  fut  le  quar- 
tier général  des  rebelles  et  de  Louis  de  France.  Londres 
avait  progressé  rapidement  après  la  conquête.  Guillaume  le 
Conquérant  et  Henri  I  avaient  octroyé  des  chartes  à  cette 
cilé,  qui  fut  organisée  comme  un  comté  et  eut  des  sheriffs. 
En  mai  1215,  Jean  lui  donna  lo  droit  d'élire  annuellement  son 
maire.  Sa  population,  qu'un  contemporain  de  Henri  II  esti- 
mait à  40,000  habitants,  s'accrut  rapidement  au  xiii*  siècle. 
La  classe  dominante  était  la  classe  marchande,  ainsi  que 
rindique  le  nom  mémo  dos  maires  ;  c'était  du  reste  une  espèce 
d'aristocratie,  et  ses  contingents  avaient  figuré  dans  les  croi- 
sades au  côté  des  chevaliers.  Bien  qu'elle  comptât  beaucoup 
do  familles  d'origine  étrangère,  italienne  par  exemple,  cette 
bourgeoisie  avait  joué  dès  le  xii*^  siècle  un  rôle  politique 
important  ;  c'était  elle  qui  avait  enlevé  la  couronne  à  ïetn- 
press  Mathilde  pour  la  donner  à  Etienne  ^  Malgré  les  faveurs 
do  Jean  sans  Terre,  elle  ouvrit  ses  portes  aux  barons,  le 
17  mai  1215  \  Ht  confirinor  ses  libertés  par  un  article  spécial 
de  la  Graude  Charte  et  lo  maire  Série  le  Mercier  figura  dans 
le  conseil  des  Vingt-cinq.  l)'apr»!ïs  une  convention  conclue 
entre  Jean  et  les  «  comtes,  barons  et  hommes  libres  de  tout 
le  royaume  »,  Londres  fut  livrée  en  bail  aux  barons  jusqu'à 
complète  exécution  de  la  Charte  ;  la  tour  restait  sous  la 
garde  d'Etienne  de  Langton  et  lo  roi  ny  pouvait  mettre 
garnison.    Lorsque    Jean   sans  Terre  eut   fait  annuler   ses 


1.  Ayloffe,  CaUndar  of  the  anrimt  Charters,  328.  Cette  charte  a 
été  perdue;  voy.  notre  Intrculuction. 

2.  Voy.  les  résumés  de  Stubl)s,  Constit.  hiat.,  I,  '#39  et  suiv.,  673  et 
smv.  ;  lùicyclop.  hrHann.,  t.  XIV,  art.  London,  partie,  p.  820. — 
Vlliatoni  of  hmfJon  d(^  Maitlaud,  ]>ul)liée  en  1739,  est  confuse  et 
vieillie.  Le  réeeiit  livre  de  Lot'lie  est  une  ceuvro  de  vulgarisation. 

3.  Hymer,  I,  part,  i,  121. 


LE  PARTI    RÉVOLUTIONNAIRE.  63 

engagements  par  le  pape,  les  barons  conclurent  de  nouveau 
une  solennelle  alliance  avec  les  Londoniens*. 

Le  parti  révolutionnaire  trouva  aussi  des  adeptes  parmi 
les  Irlandais,  les  Gallois  et  les  Écossais.  L'autorité  des  rois 
d'Angleterre  en  Irlande  était  à  peu  près  nominale.  Sans  doute 
les  récits  que  les  chroniqueurs  nous  ont  faits  du  voyage  de 
Jean  sans  Terre  dans  cette  île,  en  1210,  nous  montrent  que  les 
«  petits  rois  »  du  pays  étaient  en  assez  bons  termes  avec 
lui*,  et  un  acte  rédigé  vers  cette  époque  prouve  qu'ils  pri- 
rent parti  pour  lui  dans  Taffaire  de  Tinterdit'.  Mais  on  ne 
pouvait  compter  sur  la  constance  d'un  peuple  à  demi  sauvage. 
D'après  une  bulle  d'Innocent  III,  dont  malheureusement  nous 
connaissons  seulement  l'analyse,  nous  savons  que  malgré  les 
libertés  accordées  le  3  juillet  1215  à  la  ville  de  Dublin,  il  y 
eut  en  Irlande  «  des  conspirations  et  des  conjurations  » 
contre  Jean,  soit  à  la  fin  de  Tan  1215,  soit  au  commencement 
de  l'expédition  de  Louis  de  France  *.  Je  n'ai  trouvé  du  reste 
aucune  trace  d'alliance  entre  les  rois  indigènes  et  le  fils  de 
Philippe-Auguste. 

Les  Gallois  étaient  des  ennemis  acharnés  des  Plantagenets  ; 
leurs  chefs,  et  surtout  Llewelyn,  ne  cessaient  depuis  1212 
d'inquiéter  Jean  sans  Terre,  et  en  1215  ils  firent  alliance  avec 
les  rebelles.  Ils  furent  les  derniers  à  poser  les  armes.  Mais 
nous  n'aurons  presque  pas  occasion  de  parler  d'eux,  car  les 
Annales  de  Cambrie  ne  nous  donnent  aucun  détail  sur  leurs 
relations  avec  Louis  de  Franco  ;  ils  se  contentèrent  probable- 
ment d'assiéger  quelques  châteaux  anglais  des  frontières.  On 
voit  même  que  Jean  sans  Terre  avait  dos  archers  gallois 
dans  ses  troupes  \ 

Le  roi  d'Ecosse  pouvait  être  un  allié  plus  sérieux.  Les  rois 
d'Angleterre  et  d'Ecosse  étaient  depuis  longtemps  en  inces- 

1.  Rymer,  I,  part,  r,  133.  —  Aiin,  de  Wnverley^  283. 

2.  Wendover,  II,  530  et  suiv.  —  Ilist.  des  ducs  de  Norm.^  112  et 
suiv. 

3.  Record  office.  Red-book  of  Exchequer,  f.  180. 

^.  Potthast,  n»  5239.  —  Voy.  la  charte  de  Dublin  dans  Rymer,  I, 
part.  I,  135. 

5.  Annales  de  Cambrie,  67  à  74.  —  I/Anon.  de  BiMh.  dit  que  pendant 
le  siège  de  Windsor  en  1216  «  par  nuit  vindrent  H  Galois  traire  eri  l'ost 
a  et  démenèrent  molt  grant  noise  et  molt  laide,  de  qoi  li  Franrois 
«  orent  grant  paor  »  (f.  61). 


64  I#:   PARTI    DU    ROI   JEAN. 

santcs  querelles  pour  des  questions  rrhommage.  Le  jeune 
Alexandre  II,  avant  son  avènement  et  d'après  des  conventions 
acceptées  par  son  père  le  roi  Guillaume,  avait  reçu  des  fiefs 
do  Jean  sans  Terre  et  lui  avait  fait  hommage  ;  en  même 
temps,  ses  deux  sœurs  avaient  été  fiancées  aux  deux  fils  du 
Plantagenet.  Les  jeunes  filles  et  quelques  otages  furent  livrés 
au  roi  d'Angleterre  ;  mais  celui-ci  n'exécuta  point  le  traité  et 
ajourna  indéfiniment  la  conclusion  des  noces.  Alexandre  II 
succéda  à  son  père,  le  6  décembre  1214,  à  Tâge  de  seize 
ans  ;  il  s'allia  probablement  tout  de  suite  aux  barons  révoltés; 
en  tout  cas  il  fit  stipuler  dans  la  Grande  Charte  qu'on  lui  ren- 
drait ses  sœurs  et  les  otages  et  que  justice  lui  serait  faite 
sur  tous  ses  griefs.  Après  Tannulation  de  la  Charte,  il  fit 
alliance  avec  les  barons  rebelles  et  les  Londoniens.  Son  but 
était  évidemment  de  se  rendre  indépendant  et  de  mettre  la 
main  sur  Carlisle  et  le  comté  de  Northumberland  *. 

Contre  cette  formidal)le  coalition,  toute  prête  à  provoquer 
et  à  appuyer  une  invasion  française,  quels  alliés  restaient 
à  Jean  sans  Terre  ?  D'abord  le  pape  lui  prêtait  son  soutien 
moral.  Puis  il  avait  pour  lui  un  certain  nombre  de  barons; 
tel  était  son  frère  naturel  Guillaume  Longespée,  comte  de 
Salisburv  ;  tels  aussi  Renouf  Blondeville,  comte  de  Ches- 
ter,  qui  (lisputait  à  Gilbert  de  Gant  le  comté  de  Lincoln  et 
espérait  tirer  bon  profit  de  sa  fidélité  ;  les  comtes  d'Arundel, 
d'Aumale,  de  Derbv,  de  Warwick  et  Guillaume  de  Va- 
renne".  A  côté  de  ces  barons  figuraient  quelques  hommes 
d'église,  principalement  le  Poitevin  Pierre  des  Roches, 
évèque  de  Winchester  ;  ce  singulier  prélat,  que  le  chroni- 
queur de  Lanercost  (jualifio  de  «  vir  vanus  et  mundanus  »  et 
qui  semble  avoir  excité   beaucoup  do  haines  \  était  un  de 


1.  Aylolfe,  Calemiar,  327-328  :  v  Charta  baronum  Anglie  missa  régi 
«  Scolio  contra  .lohaniiein  regem  Aiiirlie  >^;  «  charta  baronum  Anglie 
«  et  civiuni  Londinonsium  niissîi  tcj^î  Scotorura  contra  Joliannem  regem 
«  Anglie  »:  «  Littera  inajoris  vX  civium  Londinensium  missa  régi 
«  Scotoruni  contra  Johannem  rogem  An;^'lie  ».  —  Xalion.  Hiography^ 
1,  2G1  et  suiv. 

2.  Barnwell,  225.  —  Sur  le  comto  de  Chestcr,  voy.  dans  les  Mem, 
illuatr.  of  Ihe  h  ht.  nntf  Anliq.  of  Ihe  c.  and  c.  of  Lincoln^  un  art.  de 
John  Gough  Nichols  :  Thedesccnt  of  the  earldom  of  Lincoln,  p.  269  et 
suiv. 

3.  Chron.  de   Lanerroat,  23.  —  Hubert  de   Rourg,  luttant  on    1223 


LE   PARTI   DU   ROI  JEAN.  65 

ceux  qui  avaient  conseillé  à  Jean  sans  Terre  la  résistance 
aux  volontés  pontificales  dans  l'affaire  du  siège  de  Cantor- 
béry*  ;  maintenant,  par  suite  du  revirement  de  la  politique 
romaine,  Pierre  des  Roches  était  un  des  porte-paroles  d*In- 
nocent  III,  et  c'est  lui  qui  excommuniera  Louis  de  France, 
quelques  jours  après  son  débarquement;  il  jouera  un  grand 
riMe  dans  les  années  121f)-1217,  et  maniera  au  besoin  ^épée^ 
L'évêque  de  Winchester  avait  du  reste  gouverné  TAiigle- 
terre  pendant  l'absence  de  Jean,  en  1214',  et  on  peut  le 
placer  parmi  les  hauts  officiers  de  la  royauté,  à  côté  de 
Guillaume  le  Maréchal,  de  Hubert  de  Bourg,  de  Philippe 
d'Aubigné,  etc. 

Guillaume  le  Maréchal,  comte  de  Pembroke  et  de  Striguil, 
est  une  des  plus  curieuses  figures  chevaleresques  du  moyen 
âge.  Il  avait  été  le  compagnon  de  prédilection  du  «  jeune 
roi  »  Henri,  et  le  loyal  soutien  du  vieil  Henri  II  contre 
Richard  Cœur  de  Lion  révolté  et  contre  Philippe-Auguste;  il 
occupa  les  plus  hauts  emplois  sous  les  règnes  do  Richard  et 
de  Jean.  En  1215  il  se  rangea  au  dernier  moment  parmi  les 
partisans  de  la  Grande  Charte;  mais  après  l'annulation  de  cet 
acte  et  la  révolte  des  barons,  il  offrit  son  épéo  au  roi.  L'au- 
teur du  long  poème  composé  en  son  honneur  lo  loue  de  ce 
loyalisme,  d'autant  plus  méritant,  dit-il,  que  Jean  lui  avait 
maintes  fois  fait  tort*.  Comme  il  nous  apparaît  dans  cette 
biographie,  le  comte  de  Pembroke  était  un  rude  chevalier, 
vaillant  et  fougueux,  un  do  ces  héros  à  l'âme  simple  qui 
règlent  leur  vie  d'après  deux  ou  trois  idées;  tel  il  resta  jus- 
contre  une  cabale  qui  voulait  lui  ôter  le  pouvoir,  accusa  Pierre  des 
Roches  de  trahison  «  et  omnia  mala  que  evenerant  régi»  Johannis  et 
«  régis  Henrici  temporibus  asseruit  per  cjus  malitiain  esse  patrata  ». 
(.4nn.  de  Dunstaple,  84). 

1.  Wendover,  II,  533. 

2.  L  auteur  de  V Histoire  de  Guill.  le  Maréchal  dit  dans  son  récit  de 
la  bataille  de  Lincoln,  v.  16997  à  17002  : 

Li  buens  evesque  de  Wincestre 
Pierres  des  Hoches,  qui  fu  mestre 
Gel  gor  de  conscillier  nos  genz, 
Ne  fu  pas  perechos  ne  lenz, 
Et  d'armes  aidier  se  saveit, 
0  la  bone  gent  qu'il  aveit. 

3.  Litt.  paL,  110. 

4.  Wendover,  II,  587.  —  Barnwell,  225.  —  IliAt.  de  Guill.  le  Mnr., 
T.  15122  à  15142. 

Ch.  PiTiT-DuTAiLLis.  flè/fnf  de  Louvt  YUL  :» 


06  LE   PARTI   DU   ROI   JEAN. 

qu'à  sa  dernière  heure,  et,  tout  près  qu'il  fut  de  ses  quatre- 
vingts  ans,  Louis  de  France  trouva  en  lui  son  plus  redoutable 
adversaire  dans  les  combats*.  Hubert  de  Bourg,  qui  devait 
survivre  au  comte  de  Pombroke  et  gouverner  TÂngleterre 
pendant  le  règne  de  Louis  VIII,  était  à  la  fois  un  guerrier  et 
un  administrateur.  II  était  grand  justicier  depuis  le  mois  de 
juin  1215,  et  Jean  sans  Teire  lui  confia  les  comtés  de  Kent, 
do  Hereford,  de  Norfolk  et  de  Suffolk-,il  eut  particulièrement 
la  garde  do  l'important  château  de  Douvres,  et  sut  le  rendre 
imprenable*.  Philippe  d*Aubigné,  «  uns  riches  hom  d'Engle- 
"  terre  qui  devers  le  roi  Johan  se  tenoit»,  joua  aussi  un  grand 
rôle  dans  la  lutte  contre  les  rebelles  excommuniés,  et  il  est 
qualifié  dans  une  lettre  patente  de  1217  du  nom  de  «  chef  de 
«  Tarmée  du  Christ'  ». 

Il  faut  enfin  signaler  ces  étrangers,  ces  chefs  de  routiers 
dont  Jean  aimait  à  s'entourer  et  qui  rappellent  singulièrement 
certains  types  fameux  du  xiv'  et  du  xv*  siècle.  Les  plus 
connus  sont  le  Normand  Fauquot  de  Bréauté  et  le  Poitevin 
Savari  do  Mauléon,  dont  nous  aurons  souvent  à  citer  les 
noms  jusqu'en  1220.  Jean  s'était  attaché  Fauquot  do  Bréauté 
vers  1211  et  avait  fait  de  lui  un  de  ses  principaux  conseillers. 
Dans  le  texte  falsifié  que  Roger  de  Wendover  donne  de  la 
(irande  Charte,  Fauquc^t  figure  parmi  les  étrangers  que  le  roi 
aurait  juré  de  chasser*.  Il  était  justement  détesté  des  An- 
glais :  cet  aventurier,  qui  «  potis  fu  de  cors  mais  moult  fu 
«  vaillans  •  »,  avait  commencé  sa  carrière  en  gardant  les  fron- 
tières du  pays  de  Galles  et  s'était  signalé  dès  lors  par  ses 
rapines  et  ses  violences,  ce  qui,  dit  naïvement  Raoul  de 
Coggeshall,   «  d'infime  qu'il   était,   le  rendit  très  renommé 

1.  ]\  Movor,  art.  publié  daus  la  Bomania,  t.  XI,  25  et  suiv. 

2.  Lia.  pat..  \\^^\  ri.'),  149»»,  150  —Nation.  Bingr.^Wh  315 et  suiv. 

3.  Anon.  do  IU'*th.,  t".  62.  —  /?^»c.  Of/'.j  Pat.  /.  Henry  ///,  membr.  18 
ilorso  :  «  Diix.  niilicio  Christi  ».  Du^aalo  et  les  historiens  anglais  ap- 
pellent ce  ])ersonnaj:e  Philippe  d'Albini.  MM.  Clermont-Ganneau  et 
.1.  Ilavetont  montré  qu'il  était  de  la  famille  bretonne  des  d*Aubipné 
(Rt'v.  crit'ujue,  1870.  'l"-  semestre.  206  et  :Jî)8).  Malgré  le  prand  rôle 
qu'il  a  joué,  son  nom  ne  fipure  pas  dans  la  Nation  liioffr.  Il  fut  ^rdien 
(les  lies  normandos  d<'  1212  à  1220,  partit  pour  la  Terre-Samte  en 
1222  et  y  mourut.  Voy.  J.  Havet,  art.  dans  liih.  A'c.  Ch.,  XXXVII,  190, 
et  dans  Ih'v.  rrit.,  vol.  cit.,  173. 

'i.  Wendover,  H,  ()04. 

5.  I/isl.  ties  thtrs  ffe  \orm.^  173. 


LE   PARTI   DU   ROI  JEAN.  67 

«  parmi  les  serviteurs  du  roi  ».  Il  eut  en  1216  la  garde  des 
comtés  d'Oxford,  de  Cambridge,  de  Huntingdon  et  en  profita 
pour  commettre  avec  ses  routiers  toutes  sortes  do  brigan- 
dages et  de  cruautés  V  Par  sa  témérité  brutale,  sa  féroce 
énergie,  sa  haute  fortune  et  aussi  par  la  mort  misérable  qui 
devait  terminer  sa  carrière,  Fauquet  de  Bréauté  évoque  invin- 
ciblement le  souvenir  de  ces  chefs  de  bandes  de  la  guerre  de 
Cent  ans  dont  Quichcrat,  Chérest  et  Siméon  Luce  ont  retracé  la 
vie.  Quant  à  Savari  de  Mauléon,  nous  Tavons  vu  abandonner 
en  1212  le  service  de  Jean  sans  Terre,  puis  y  revenir;  ce 
baron,  qui  était  le  petit-fils  de  Guide  Thouars,  eut  une  exis- 
tence fort  agitée  ;  il  combattit  tour  à  tour  pour  les  hérétiques 
Albigeois  et  contre  les  infidèles  de  Syrie;  et  Ton  sait  qu'il 
joignit  à  la  gloire  guerrière  une  certaine  célébrité  de  poète*. 
Il  arriva  en  Angleterre  en  1215,  sur  Tappel  de  Jean  sans 
Terre'. 

Lorsqu'il  eut  provoqué  le  soulèvement  dés  barons  par 
l'annulation  de  la  Charte,  le  roi  d'Angleterre  envoya  en  effet 
quérir  des  chevaliers  et  des  sergents  sur  le  continent.  A  partir 
du  mois  de  septembre  on  vit  arriver  des  bandes  de  Bral)an- 
çons  et  de  Flamands,  dont  les  services  étaient  payés  soit  en 
argent,  soit  en  fiefs.  Il  vint  aussi  des  gens  do  la  Gascogne, 
du  Poitou  et  de  FAngoumois.  On  dit  que  Jean  réunit  plus 
de  15,000  mercenaires  qui  «  ne  craignaient  ni  Dieu,  ni 
«  les  hommes*  ». 

Telle  était  la  situation  des  partis  après  Tannulation  de  la 
Grande  Charte.  Comme  en  toute  guerre  civile,  beaucoup  do 
gens,  particulièrement  parmi  les  bourgeois  et  les  paysans, 
durent  éviter  de  se  prononcer.  Ceux  qui  offrirent  leur  bras  au 


1.  Coggpshall,  204.  —  Utt.  Pat.,  159  »',  169  ^.  —  Notion,  htogr., 
VI,  247  et  suiv. 

2.  Hist.  litl.  de  la  Fr,,  XVIII.  672  et  suiv.  —  Savari  de  Maidéon, 
par  de  la  Fontenelle,  dans  Rev.  Anglo-Fr.,  2<»s(^r.  H.,  309  et  siiiv.,  et 
par  ChiJhaud-Dumaiiie,  dans  Posit.  de  Thèses  des  êi.  de  l'/Hc.  des  67t., 
ann.  1877,  p.  25  et  suiv. 

3.  Wendover,  II,  622. 

4.  IMt.  pat.,  156  ■  et'»,  158,  160.  —  Utt.  rlaus.,  1,  2;U,  238.  — 
Jlist.  des  durs  de  Norm.,  152  et  suiv.  —  Wendover,  II,  613,  635  et 
«uîv.  —  Mousket,  v.  22503  et  suiv.  —  Ann.  de  Stanley,  521.  —  Le  bio- 
graphe de  Guillaume  le  Maréchal,  qui  est  cependant  hostile  au  parti 
des  barons,  qualifie  de  «  malveisc  gent  »  les  mercenaires  flamands  et 
blâme  Jean  sans  Terre  de  les  avoir  appelés  (v.  15081  a  15094). 


68  L  APPEL  A  LOria  DE  FRANCE. 

roi  furent  évidoniniont  1res  peu  nombreux.  Mais  Jean  avait  de 
bonnes  troupes  qui  s'augmentaient  sîlns  cesse,  et  Tappui  du 
pape,  qui  vers  le  mois  de  septembre  1215  excommunia  gêné- 
ralemcMit  tnus  les  rebelles'. 

Les  barons  déclarèrent  qu'il  n'v  avait  aucun  compte  à  tenir 
d'une  sentence  (]ui  ne  spécifiait  pas  les  noms  des  condamnés'. 
Mais  la  situation  était  grave,  et  puisqu'on  était  déterminé  à 
se  débarrasser  de  Jean  sans  Terre,  il  importait  d'organiser 
immédiatement  la  révolte  et  d'en  confier  la  direction  à  on 
personnage  puissant.  D'ailleurs  l'idée  de  se  passer  de  roi  ne 
pouvait  naître  dans  le  cerveau  des  Anglais   du  xiii*  siècle. 
Celle  de  susciter  un  rival  au  souverain  régnant  devait  au  con- 
traire se  présenter  tout  naturellement  à  leur  esprit.  C'était 
presijue   une  tradition  cliez  eux;  on  avait  vu  sous  Henri  I 
un  parti  se  former  en  faveur  de  son  fils  et  de  son  neveu;  plus 
tard  Ktionn(î  réus^^it  à  renverser  Matbilde;  Henri  II  eut  à 
lutter  contre  les  révoltés  (jue  menaient  ses  fils  et  pendant  le 
rècrne  de  Richard  Cieur  de  Linn  la  couronne  faillit  être  ravie 
par   Jean.  Les  barons  résolurent  donc  d'offrir  la  couronne  à 
Louis  d(»  France.  RogcT  do  Wendover  dit  que  la  raison  de  ce 
choix  fut  l'espuir  de  provoquer  ainsi  la  défection  des  merce- 
naires de  Jean,  (|ui  étaient  pres(|ue  tous  vassaux  de  Philippe- 
Auguste"'.  Mais  il  n'est  j»as  besoin  de  chercher  d'explication 
d»^  ce  genre.  Louis  était  le  seul  compétiteur  qu'on  pût  opposer 
au    lMantag(Miet.  Les    fils  (h»   Jean   étaient  des  enfants  au 
pouvoir  (le  leur  père.  Parmi  les  descendants  de  Henri  II  dans 
la  ligue  féminine,  il   n'en  était  aucun  qui   |)ut   prendre  la 
direction  dt»  la  lutlo;  ni  Otton  de  Hrunswick,  ni  Raimond  de 
T«)ul()use  n'en  étaient   capables.   Il  ne  pouvait  être  question 
non  plus  d'appeler  le  roi  de  Castille.  La  candidature  de  Louis 
no  soulevait  d'ailleurs  aucune  répugnance.   Nous    avons  vu 
(|u'en  rjl.')  un  pr«»j(»t  identique  avait  été  bien    accueilli  du 
baronnage   anglais.  L'annexion   de  l'Angleterre  à  la  France 
semblait  à  désiier  plus  (ju'à  craindre  ;  ainsi  se  trouverait  ter- 


I.  Potthast.  Il"  \\^\i'l.  —  lÎ0Lr«T  (]<'  Wendover  place  cette  oxcommuni- 
raiioii  il  l.'i  Tiièiiie  rpoiiuo  (^ue  Tonvul  d'une  bulle  datée  du  13  septembre 
(t.  Il,  r.28-»i2îO- 

•J.  \Vpn«lover.  11.  r,:;0. 

y.  Weudover.  11.  dkl. 


l/ APPEL    A   LOUIS    DE    FRANCE.  69 

minée  réternelle  querelle  des  rois  normands  ot  des  Capétiens  ; 
sans  doute  Louis  ne  résiderait  pas  souvent  dans  Tile,  mais 
n'était-on  pas  habitué  à  être  gouverné  de  loin?  Les  prédé- 
cesseurs de  Jean  sans  Terre  avaient  passé  la  plus  grande 
partie  de  leur  vie  sur  le  continent;  Jean  sans  Terre  avait 
adopté  un  système  opposé,  mais  il  s'était  montré  un  odieux 
despote,  et  Ton  pouvait  penser  que  Vabsefiféisfuc  des  souve- 
rains était  la  condition  d'un  gouvernement  tolérable  \  Nous 
avons  le  droit  de  croire  que  la  réunion  de  TAngleterrc  et  de 
la  France  ne  pouvait  être  qu'une  œuvre  fragile  et  éphémère, 
mais  les  hommes  du  xiii®  siècle  ne  devaient  pas  pousser  si 
loin  la  réflexion. 

Depuis  plusieurs  mois,  des  négociations  étaient  engagées 
entre  la  cour  de  France  et  les  barons.  Peu  de  temps  avant 
l'assemblée  de  Runnymead,  Jean  sans  Terre  avait  vainement 
essayé  de  gagner  Philippe-Auguste-;  à  la  même  époque,  ce 
dernier  offrait  des  secours  aux  rebelles  et  envovait  le  cor- 
saire  Eustache  le  Moine  leur  porter  des  machines  de  guerre  ; 
cette  attitude  du  roi  de  France  contribua  à  la  concession  de 
la  Grande  Charte'.  Lorsque  l'annulation  de  la  Charte  eut 
amené  un  second  soulèvement,  Philippe-Auguste  recommença 
ses  secrètes  menées  et  entretint  des  intelligences  avec 
Etienne  de  Langton  ;  Jean  sans  Tern?  échoua  encore  dans  ses 
tentatives  pour  se  concilier  le  roi  de  France*. 

Il  est  impossible  de  déterminer  à  quel  moment  précis  eut 
lieu  rappel  à  Louis  de  France.  Les  récits  des  chroniqueurs 
sont  très  vagues.  Le  biographe  de  Guillaume  le  Maréchal 
nous  fait  savoir  que  ce  fut  dans  une  assemblée  tenue  à 
Londres  que  les  barons  élurent  pour  roi  le  fils  de  Philippe- 
Auguste,  mais  selon  son  habitude  il  ne  drjnne  aucune  indica- 
tion chronologique \  Selon  le  chanoine  de  Barnwell,  dont  le 

1.  Voy.  les  réflexions  très  justes  de  Shirlcy,  Hoy.  LetUrs^  1. 1,  Introd.y 
p.  xvi-xvn. 

2.  Rymer,  I,  part.  i.  120. 

3.  Coggeshall,  172;  confirmé  parune  lottredu  18  septembre  ou  Jean 
parle  du  débarquement  d'Eustache  le  Moine  à  P^olkestone  {Lilt,  pat., 
155  »>.) 

'j.  Barnwell,  222  et  225.  —  Lettres  de  Jean  à  Phil.-Au;.^  du  21  juillet, 
du  9  et  du  13  sept.  :  LUt.  claus.,  I,  221  »»;  Lia,  pnt.,  15'i  '»  ot  153  — 
Cf.  une  bulle  du  27  avril  1218  et  sa  rubrique,  dans  II.  F.,  XIX,  658. 

5.  HisL  deGuill.  le  Mar.y  v.  15061  à  15069. 


70  l'appkl  a  louis  de  frange. 

récit  semble  beaucoup  plus  exact  que  celui  de  Roger  de  Wen- 
dover,  il  y  eut  pendant  les  mois  de  septembre  et  d'octobre  1215 
des  allées  et  venues  continuelles  de  messagers  qui  passaient 
et  repassaient  la  Manche  pour  établir  les  conditions  de 
Talliance  et  assurer  do  mutuelles  garanties  S  II  est  probable 
que  les  barons  et  le  roi  de  Franco  ne  pouvaient  parvenir  à 
s'entendre. 

Les  succès  do  Jean  sans  Terre  allaient  rendre  les  barons 
plus  accommodants.  Il  déploya  une  grande  activité.  Il  fortifia 
ses  châteaux,  envoya  des  troupes  délivrer  Northampton  et 
Oxford,  que  les  barons  cherchaient  à  prendre,  et  le  13  octobre 
commen(;a  le  siège  de  Rochester  qui  était  tombé  entre  leurs 
mains.  En  même  temps  il  offrait  Tamnistie  à  ceux  qui  se 
soumettraient  ;  le  21  octobre,  Gilles  de  Briouse,  évéque  de 
Hercford,  fut  reçu  en  grâce.  Le  26,  les  barons  quittèrent 
Londres  pour  aller  délivn^r  Rochester,  mais  en  route  lo  cœur 
leur  manqua  et  ils  revinrent  sur  leurs  pas*.  Alors  ils  envoyè- 
rent des  ambassadeurs  offrir  en  termes  définitifs  et  solennels 
la  couronne  d'Angleterre  à  Louis  de  France. 

Dans  cette  ambassade  figuraient  Sehier  de  Quinci,  comte 
de  Winchester,  Henri  de  Bohon,  comte  de  Hereford,  Robert 
Fils-Gautier  et  peut-ôtre  Eustache  de  Vesci  et  Geoffroi 
Fils-Pierre,  fils  du  célèbre  justicier  mort  en  1213^.  Sehier 
de  Quinci  avait  probablement  la  direction  des  négociations  ; 
il  était  le  boau-frèro  de  ce  Simon  de  Montfort  auquel  Louis 
de  France  venait  de  témoigner  tant  d'amitié  pendant  son 
expédition  en  Albigeois*.  Sohier  réussit  à  lever  les  derniers 
obstacles,  il  anuonra  que  les  barons  avaient  juré  surTÉvaugile 
(le  ne  jamais  t(.»nir  aucun  tief  de  Jean  sans  Terre,  et   il  fît 

1.  Barinvcll,  226.  Selon  le  l'rafftn.  dr  l'ftisl.  de  PhiL-Auff,,  f.  166. 
Kiistachi'  l(î  Moiiu'  >orvit  d'intermédiaire  entre  Louis  et  les  baiinis. 

2.  IJariiwi'll.  226  et  siiiv.  —  Wendover.  11.  622  et  suiv.  —  Litt.  pal,, 
ir>6  •  et  •'  et  157.  —  Ilinfr.  of  John. 

:j.  «  Hobei-t  (Jauliier  le  lilz,  (iietVroy  le  filsc  Pierre,  Eustache  de 
«  Neucy  (sir).  Solder  de  (Jiiincy  ».  (i^oii.  de  Xorm.,  f.  88  v"  col.  1  ;  la 
rédaction  éditée  par  (luillaunie  le  Talleur  cite  seulement  «  quatre  crans 
«  barons  d'Kn^'leterre  »,  sans  les  nonnner).  Le  justicier  Geoffroi  Fils 
Pierre  on  Kitz  Peter  avait  laissé  un  lîls  portant  le  même  nom  (Xation, 
inof/r.,  \L\,  r.'ii).  Les  autres  chn»nif|ues  ne  mentionnent  pas  ce  bamn 
non  plus  «lu'Hustaclic  do  Veaci.  Voy.  Ilist.  des  duca  de  A'onn,,  160; 
WendiA'cr,  II,  ô'iS. 

4.  (iirauil  (le  iJarri,  IV,  17 1. 


l'appel  a   louis   de    FRANCE.  71 

hommage  ainsi  que  ses  compagnons  à  Louis  do  France.  A  ce 
moment,  à  la  surprise  générale,  Philippe-Auguste  reçut  une 
lettre  portant  les  suscriptions  et  les  sceaux  des  principaux 
barons,  et  annonçant  que  le  roi  Jean  avait  conclu  un  accord 
avec  eux;  il  était  inutile  que  Louis  se  dérangeât  ;  du  reste,  on 
l'indemniserait  des  dépenses  qu*il  avait  pu  faire.  Ce  message 
fut  lu  en  audience  royale,  devant  le  comte  de  Winchester. 
Phi  lippe- Auguste,  emporté  par  la  fureur,  Taccusade  trahison. 
Mais  Sehier  n'eut  pas  de  peine  à  prouver  que  la  lettre  et  les 
sceaux  étaient  de  la  fabrication  de  Jean  sans  Terre.  Ce  prince 
n*avait  point  de  scrupules  chevaleresques  ;  il  avait  envoyé 
des  lettres  de  même  teneur,  soi-disant  suscrites  par  Robert 
Fils-Gautier  et  d'autres  seigneurs  du  sud,  aux  barons  norois, 
pour  les  déterminer  à  rester  chez  eux.  Cette  fraude  ne  fut  pas 
sans  résultat  :  elle  fit  renaître  les  défiances  de  Philippe- 
Auguste,  qui  exigea  la  remise  d'au  moins  vingt-quatre  otages  ; 
la  condition  fut  acceptée,  et  un  certain  nombre  de  nobles 
anglais  envoyèrent  leurs  fils,  qui  furent  tenus  sous  bonne 
garde  à  Compiègne.  Louis  s'engagea  de  son  côté  à  expédier 
le  plus  vite  possible  des  secours  aux  révoltés  et  à  s'em- 
barquer lui-môme  aussitôt  qu'il  serait  prètV 

1.  Coggeshall,  176-177.  —  Hiat,  des  duca  de  Norm.,  160.  —  Barn- 
well,  226-227.  —  Wendover,  H,  648.  —  Ann.  de  Waverley,  283.  — 
Ann.  de  Dunstaple,  45.  —  11  faut  noter  qu'en  effet  Jean  et  les  barons 
avaient  entamé  des  négociations  pour  la  paix,  le  9  novembre.  (Litt. 
pat.^  158). 


CHAPITRE  IV. 

LES  PRÉPARATIFS  DE  L^EXPI^lUTION.  —  LES  DROITS  DE  LOUIS 
DE  FRANGE  A  LA  COURONNE  D'ANGLETERRE. 

Tandis  que  rhéritier  royal  commençait  ses  armements,  les 
clercs  de  Philippe-Auguste  préparaient  sa  défense  théorique. 
C'était  une  coutume  assez  répandue  au  moyen  âge  d*invoqaer 
solennellement  son  bon  droit  au  moment  d'attaquer  autrui. 
Louis  de  France  avait  d'ailleurs  des  motifs  spéciaux  qui  le 
poussaient  à  justifier  sa  conduite;  il  fallait  vaincre  les  scru- 
pules des  Anglais  qui  hésitaient  à  abandonner  leur  roi  ; 
surtout  il  fallait  entraver  par  la  complexité  d'une  habile 
chicane  la  marche  du  procès  qui  s'instruisait  en  cour  de 
Rome.  En  effet  la  papauté  était  décidée  plus  fermement  que 
jamais  à  empocher  une  révolution  dynastique  en  Angleterre. 
Jean  avait  su  lier  sa  cause  à  celle  d'Innocent  III  ;  le  prestige 
(le  ce  dernier  serait  affaibli  aux  yeux  de  tous,  si  Louis  de 
France  réussissait  à  s'ai)proprier  un  royaume  qui  «  apparte- 
«  liait  au  siège  apostolique*  ».  Un  autre  motif  également  puis- 
sant déterminait  Tattitudo  du  pape  :  il  fallait  forcer  les 
princes  à  oublier  leurs  querelles  intestines  pour  reconquérir 
la  T(îrre  Sainte.  Lo  principal  but  que  se  proposait  Innocent  III 
en  réunissant  le  concile  de  Latran  était  l'organisation  de  la 

1.  Voy.  la  lettre  du  13  septcmbro  1215,  où  Jean  accrédite  des  ambas- 
sadeurs auprès  du  ])apc.  Il  feint  de  croire  que  la  seule  cause  de  la 
rébellion  est  son  act(î  d'hommage  de  1213.  «  Cum  comités  et  barones 
«  Anglie  nobis  dovoti  essent  antequam  nos  et  nostram  terram  dominio 
V  vestro  subicere  curassemus,  ex  tune  in  nos  specialiter  ob  hoc,  sicut 
«  pupliccdicunt.  violenter  insurgunt.  »  Les  mensonges  coûtaient  peu  à 
Jean  sans  Terre  :  les  barons  n'agitèrent  jamais  à  cette  éjwque  la  ques- 
tion de  la  suzeraineté  pontificale;  beaucoup  d'autres  affaires  les  préoc- 
cupaient plus  directement.  Jean  ajoutait  dans  cette  lettre  :  «  Nos  vero 
«  ])Ost  Dcum  vos  specialcm  dominum  et  patronum  habentes^  defensîo- 
«  neni  nostram  et  tocius  re;rni  quod  vestrum  c»st,  esse  credinius.  » 
Le  pape  écrivait  de  son  côté  dans  une  lettre  du  30  janvier  1216  que  les 
barons  voulaient  «  dissipare  ipsum  regnum  (juod  est  sedis  apostolice 
«  spéciale  ».  (Litt.  pat..  182,  —  Potthast,  n»  5057.) 


LE  PAPE  SOUTIENT  JEAN  SANS  TERRE.         73 

croisade,  et  dans  un  grand  discours  qu'il  prononça  devant  les 
prélats  «  sur  l'affaire  du  Crucifix  »  il  appela  tous  les  chrétiens 
aux  armes*.  Cette  idée  le  hantait  évidemment  jour  et  nuit'. 
Aussi,  durant  ce  concile,  prit-il  d'impitoyables  décisions  à 
l'égard  des  barons  anglais,  sourds  à  ses  exhortations,  et 
révoltés  contre  «  leur  seigneur  le  chevalier  du  Christ,  qui, 
«  ayant  revêtu  le  signe  de  la  croix,  se  préparait  si  magnifi- 
«  quement  et  si  puissamment  à  secourir  la  Terre  Sainte'  ». 
Il  refusa  d'entendre  leurs  procureurs,  et  le  16  décembre  1215 
il  excommunia,  non  plus  généralement  mais  «  nommément 
«  et  en  espèce  »,  les  barons  rebelles  et  les  citoyens  de  Lon- 
dres*. En  même  temps  il  envoyait  lettres  sur  lettres  à  Louis 
de  France,  à  Philippe-Auguste,  au  clergé  de  Londres,  aux 
prélats  de  France  et  d'Angleterre,  au  duc  de  Bourgogne  et 
même  à  des  évêques  de  l'Empire  pour  qu'ils  abandonnassent 
le  parti  des  rebelles  ou  qu'ils  aidassent  à  les  confondre  \ 
Les  excommuniés  déclarèrent  qu'ils  ne  tiendraient  aucun 
compte  d'une  sentence  prononcée  sur  les  rapports  menson- 
gers de  Jean  sans  Terre  ;  il  n'appartenait  point  d'ailleurs  au 
pape  de  se  mêler  des  affaires  des  laïques  ^  Tandis  qu'ils  s'obs- 
tinaient en  leur  rébellion,  le  pape  recevait  de  mauvaises 
nouvelles  d'Orient  ;  les  Sarrasins  gagnaient  du  terrain.  Alors 
il  résolut  d'envoyer  un  légat  en  Angleterre  '  ;  il  songea  môme 
un  instant  à  appeler  les  chrétiens  au  secours  du  roi  Jean  et  à 
donner  pour  prélude  à  la  croisade  en  Palestine  une  croisade 
contre  ces  excommuniés,  <f  ennemis  pires  que  les  Sarrasins, 
«  car  ces  hommes   revêtus  du    signe  du  Christ  sont   des 


1.  Voy.  la  bibliographie  de  ce  concile  dans  Potthast,  ï,  p.  437.  Le  dis- 
cours dlnnocent  ITI  est  dans  Mansi,  Concilia,  XXII,  ii59-1067. 

2.  Il  devait  mourir  à  la  peine  :  ce  Innocentius  papa,  cum  inter  Januen- 
a  ses  et  Pisanos  pro  sublevatione  terre  sancte  pacem  intenderet  refor- 
«  mare,  in  itinere  constitutus  moritur  Perusii  ».  (Trevet,  195). 

3.  Potthast,  n»  5057. 

4.  Bamwell,  228.  —  Potthast,  n»  5013. 

5.  Potthast,  m*  5128  et  suiv.  D'après  le  chanoine  de  Bamwell, 
p.  228,  ces  lettres  furent  envoyées  pendant  le  concile. 

6.  Wendover,  11,  S45.  —  Coggeshall,  179.  —  Jean  sans  Terre  avait 
envoyé  à  Rome  Tabbé  de  Beaulieu  et  deux  chevaliers,  au  moment  de 
l'ouverture  du  concile.  (Wendover,  H,  633.) 

7.  Voy.  le  texte  publié  par  Ch.  V.  Langlois,  Préparatifs  rie  Vexjyi'd. 
de  Louis  de  Fr.  en  AngL,  dans  Rev.  hisL,  XXXVII,  321-322.  —  Cf.  la 
mention  d'une  lettre  annonçant  à  Jean  sans  Terre  l'envoi  d'un  légat  : 
PoUhast,  n»  5132. 


74  EXPOSÉ   DES   DROITS   DE   LOUIS. 

((  apostats,  puisqu'ils  s'efforcent  de  remplir  les  scoliaits 
((  des  païens  en  mettant  obstacle  à  la  délivrance  de  la  Terre 
«  Sainte*  ». 

On  voit  que  Louis  de  France  allait  trouver  dans  Innocent  III 
un  adversaire  acharné  de  ses  projets  ambitieux.  Les  chevaliers 
qu'il  envoya  pendant  Thiver  au  secours  des  barons  furent  en 
effet  excommuniés  vers  le  mois  de  mars  1216%  et  il  sera 
frappé  de  même  quand  il  abordera  en  Angleterre.  A  ces 
moyens  d'attaque  tout  spirituels,  on  ne  pouvait  répondre  que 
par  une  défense  théorique.  Examinons  les  arguments 
qu^amassaient  les  clercs  de  Philippe-Auguste,  tandis  que 
l'héritier  royal  réunissait  des  armes  et  des  machines  de 
guerre. 

La  justification  des  prétentions  de  Louis  fut  présentée  pour 
la  première  fois  à  l'assemblée  de  Melun  le  24  et  le  25  avril 
1216  lorsque  le  légat  du  pape  pressait  Philippe- Auguste  et 
son  fils  de  renoncer  à  l'expédition '.  Peu  de  temps  après,  le 
10  mai,  ces  prétentions  firent  Tobjet  d'une  discussion  entre 
Innocent  III  et  les  agents  que  le  prince  avait  envoyés  à  Rome, 
dans  Tintention  de  modifier  les  sentiments  du  pape  à  l'aide 
de  toutes  les  ressources  de  la  chicane  \  Enfin  Louis  exposa 


1.  Lettre  du  30  janvier  1216:  Potthast,  n»  5057. 

2.  Wendover,  II,  648-650. 

3.  Wendover,  II,  650  et  suiv.  Il  est  possible  que  certains  détails  du 
compte  rendu  présenté  par  Koger  de  Wendover  soient  de  son  inven- 
tion ;  mais  le  fond  doit  être  vrai.  —  M.  Bérnonta  établi  que  cette  assem- 
blée se  tint  non  à  Lyon,  comme  le  dit  le  chroninueur,  ni  à  Laon,  selon 
la  correction  proposée  par  D.  Brial,  mais  à  Melun.  (De  la  condamn. 
de  Jean  s.  T.  par  la  cour  des  pairs  en  1202.  dans  Bev.  hist.y  XXXII  ; 
p.  49  n.  2.)  Nous  aurons  beaucoup  à  emprunter  au  savant  et  ingénieux 
travail  de  M.  Bémont,  qui  a  critiqué  attentivement  la  plupart  des  ar- 
guments de  Louis  de  France. 

4.  Wendover,  11,  657  et  suiv.  La  date  du  10  mai  est  indiquée  dans 
une  leltre  écrite  par  les  agents  de  Louis  (id.,  656).  Voy.  la  note  de  l'édi- 
teur Luard,  p.  657,  et  Bémont,  op.  cit.^  p.  57  et  note  2  de  la  même 
page.  M.  Bémont  croit  que  les  Objectiones  Lodowici  et  baronum  Anglie 
contra  regem  Johannem,  que  le  chroniqueur  donne  à  la  suite  d'une 
lettre  des  agents  de  Louis,  faisaient  partie  de  cette  lettre.  Le  fait  que 
les  Objectiones  n'ont  été  insérées  qu'après  coup  dans  un  des  manus- 
crits semble  prouver  le  contraire.  La  chose  est  d'ailleurs  sans  impor^ 
tance  :  le  principal  est  que  ce  document,  par  le  contrôle  qu'on  en  peut 
faire  à  l'aide  d'un  manifeste  de  Louis  dont  nous  allons  parler,  paraît 
offrir  toute  garantie  d'authenticité.  Le  texte  de  la  lettre  des  envoyés 
français  et  des  Objectiones  a  été  transcrit  dans  un  magnifique  manus- 
crit du  XV"  siècle  (Brit.  mus.,  fonds  Cotion,  Claud,  E.  VIlI,  f.  3  v«). 


EXPOSÉ   DES  DROITS   DE   LOUIS.  75 

ses  droits  à  la  couronne  d^Ângleterre  dans  un  manifeste 
adressé  à  l'abbé  et  au  couvent  de  Saint-Augustin  de  Cantor- 
béry,  au  commencement  du  mois  de  juin  1216,  alors  que  le 
légat,  débarqué  en  Angleterre  presque  en  nierae  temps  que 
Louis,  se  disposait  à  ^excommunier^  Ce  manifeste  avait 
pour  but  de  détourner  Tabbé  de  Saint-Augustin  de  promul- 
guer la  sentence  du  légat,  et  nous  a  été  conservé  par  le 
moine  Guillaume  Thorne,  qui  Ta  inséré  dans  sa  continuation 
des  Gesta  abbatum  Sancti  Augustini  Cantuariensts*.  Le  texte 
authentique  de  ce  manifeste,  le  compte  rendu  de  l'assemblée 
de  Melun  fourni  par  Roger  de  Wendover  et  la  discussion  des 
agents  français  avec  le  pape  [Objectiones  Lodowici  et  baro- 
num  Anglie  contra  regem  Johannem)  que  ce  même  chroniqueur 
nous  expose  d'après  une  source  certainement  oflScielle,  nous 
donnent  le  moyen  de  reconstituer  toute  la  justification  théo- 
rique de  l'expédition  entreprise  par  Louis  de  France  pour 
détrôner  les  Plantagenets.  Il  convient  d'en  faire  l'examen, 
d'autant  mieux  que  les  débats  de  ce  genre  au  moyen  âge 
nous  sont  rarement  connus  d'une  façon  aussi  complète.  Cette 
argumentation  peut  se  diviser  en  cinq  parties.  Dans  les  trois 
premières  on  cherche  à  établir  que  Jean  est  déchu  du  trône, 
pour  trois  motifs  différents.  Dans  la  quatrième,  Louis  de 
France  est  présenté  comme  l'héritier  légitime  de  cette  succes- 
sion vacante.  Dans  la  cinquième,  on  veut  montrer  que  le  pape 
n'a  pas  le  droit  d'intervenir'. 

I.  «  Sachez,  écrit  Louis  dans  son   manifeste,  qu'à  cause 
«  d'une  trahison  notoire  que  Jean,  autrefois  roi  d'AngleteiTe, 

Sauf  quelques  légers  changements,  cette  copie  reproduit  le  texte  du 
manuscrit  de  Wendover  que  Luard  désigne  par  la  lettre  0. 

1.  Le  manifeste  porte  cette  rubrique  :  «  He  littere  misse  sunt  statim 
«  post  ingressum  domini  Ludovici  in  Angliain  »  et  Louis  y  dit.  en  par- 
lant du  légat:  «  Nunc,  in  Angliain  ingressus,...  nos  et  nostros,  ut  audi- 
«  vimus,  per  prelatos  et  offîciales  ecclesiarum  intendit gravare  ».  (Manif. 
de  Louis,  édité  par  M.  Bémont  en  appendice  à  sa  thèse  latine  :  l)e  Jo- 
hanne  cognomine  sine  Terra  etc.,.,  p.  65.  Ce  texte  ne  Hgure  pas  dans 
la  traduction  française  de  la  thèse,  publiée  dans  la  JRevue  historique.) 

2.  Col.  1868  à  1870.  —  Nous  croyons  avec  M.  Bémont  que  l'authen- 
ticité de  cette  lettre  n'est  pas  douteuse;  voy.  Bémont,  op.  cit.^  61-62,  et 
Ihèise  latine,  61-64. 

3.  Il  y  a  trois  objectiones  dans  le  document  rapporté  par  Wendover, 
p.  657  et  suiv.  ;  mais  la  seconde  objection  se  lie  à  la  première,  et 
en  revanche  la  troisième  doit  se  subdiviser  en  plusieurs  parties  très 
distinctes. 


76  EXPOSÉ   DES   DROITS   DE   LOUIS. 

«  commit  contre  son  frère  le  roi  Richard,  alors  en  Terre  Sainte, 
«  il  fut,  au  retour  de  ce  même  frère,  légalement  ajourné, 
«  accusé,  mis  en  jugement  devant  ses  pairs  et  condamné  léga- 
«  lement  par  eux  comme  traître  ;  laquelle  sentence  fut  solennel- 
«  lement  promulguée  par  Hugue  de  Puiset,  évêque  de  Durham.  » 
En  conséquence  il  perdit  tout  droit  au  trône  ;  c'est  pourquoi 
«  Hubert,  archevêque  de  Cantorbéry,  dit  publiquement  au 
«  couronnement  du  roi  Jean  qu'il  le  couronnait  roi  par  droit 
«  d'élection  et  non  par  droit  de  succession  ».  Cette  élection  et 
ce  couronnement  obtenus  «  par  la  violence  »  n'avaient  d'ail- 
leurs aucune  valeur*. 

L'assertion  concernant  la  condamnation  de  Jean  en  1194 
est  exacte  en  partie  seulement  :  Jean  fut  menacé  de  perdre  ses 
droits  à  la  couronne,  mais  il  se  réconcilia  évidemment  avec 
son  frère  avant  la  promulgation  de  la  sentence.  En  tout  cas 
Richard  Cœur  do  Lion,  peu  de  temps  avant  sa  mort,  le  dési- 
gna pour  son  successeur,  fait  que  naturellement  Louis  de 
France  néglige  de  rappeler*.  Quant  à  la  fameuse  déclaration 
de  Tarchevêque  de  Cantorbéry  en  1199,  est-elle  bien  authen- 
tique ?  Je  n'aperçois  pas  que  les  chroniqueurs  contemporains, 
ni  môme  Roger  de  Wendover,  j  aient  fait  allusion  ;  il  faut 
peut-être  voir  là  une  légende  qui  s'est  formée  après  coup  et  à 
laquelle  on  n'ajoutait  encore  guère  créance  au  temps  de 
Roger  de  Wendover  ;  elle  figure  dans  une  interpolation  de 
Mathieu  de  ParivS,  mais  celui-ci  écrivait  un  demi-siècle  après 
Tavénement  de  Jean\  A  supposer  d'ailleurs  que  cette  décla- 
ration ait  été  jamais  prononcée,  il  faudrait  la  considérer,  ainsi 
que  le  remarque  M.  Bémont,  non  pas  comme  une  preuve  de  la 
déchéance  antérieure  de  Jean,  mais  comme  t<  une  affirmation 
«  du  droit  auquel  prélendaient  les  prélats  et  les  barons  anglais 
«  d'élire  leur  souverain  »  ou  comme  «  une  fin  de  non-recevoir 
«  opposée  (l'avance  k  toute  réclamation,  non  seulement 
«  d'Aliéner  de  Castille,  fille  de  Henri  II,  mais  encore  et  sur- 


1.  Texte  du  manifeste  édité  par  Bémont,  thf'se  latine,  p.  65-66.  —  La 
condamnation  de  Jean  en  IIO'i  fut  ra})pcl^e  aussi  par  Philippe-Auguste 
à  l'assemblée  de  Melun.  (Wendover,  II,  051.) 

2.  Bémont,  dans  Hev.  hist.,  62  à  6'i. 

3.  Math,  de  Paris,  Chron,,  II,  45'j-'i55. 


EXPOSÉ   DES   DROITS   DE   LOUIS.  77 

«  tout  d'Artur  de  Bretagne  *  ».  Louis  ajoute  que  Télection 
et  le  couronnement  de  Jean  furent  l'œuvre  de  la  violence. 
Cette  allégation  n'est  confirmée  par  aucun  document  digne  de 
foi*. 

II.  «  En  outre,  écrit  Louis  de  France,  il  est  bien  connu  que 
«  Jean  fut  ajourné  par  ses  pairs  au  sujet  du  meurtre  d'Artur 
«  son  neveu,  dans  la  cour  de  notre  cher  seigneur  le  roi  de 
«  France,  et  qu'enfin  il  fut  légalement  condamné  par  ces  mê- 
«  mes  pairs. . .  ;  par  cette  condamnation,  il  a  été  déchu,  selon  la 
«  coutume,  de  tous  ses  biens,  où  qu'ils  fussent  et  d'où  qu'il  les 
«  tînt'  ».  Le  procureur  de  Louis  à  l'assemblée  de  Melun  dit  de 
même  au  roi  de  France  :  «  C'est  une  chose  très  connue  de 
ce  tous  que  Jean,  dit  roi  d'Angleterre,  a  été  condamné  à  mort 
(c  en  votre  cour  par  jugement  de  ses  pairs,  pour  avoir  tué  de 
«  ses  propres  mains  son  neveu  Artur  ».  Philippe- Auguste 
lui-même,  dans  cette  assemblée,  et  les  agents  envoyés  en 
cour  de  Rome  firent  des  déclarations  analogues  *. 

A  coup  sûr,  si  le  premier  argument,  appuyé  sur  la  condam- 
nation de  1194,  n'était  pas  valable,  celui-ci  était  suffisant  pour 
démontrer  que  le  trône  d'Angleterre  était  un  trône  à  prendre; 
reste  à  savoir  s'il  avait  des  bases  sérieuses.  Jusqu'à  nos  jours, 
on  ne  s'était  pas  permis  de  mettre  en  doute  l'assertion  de 
l'héritier  royal  ;  on  la  citait  comme  une  preuve  formelle  de  la 
condamnation  de  Jean  sans  Terre.  LeNain  de  Tillemont  s'était 
contenté  de  remarquer  que  ni  Rigord,  ni  Guillaume  le 
Breton,  ni  Robert  de  Torigni,  ni  Mathieu  de  Paris,  ni 
même  Walsingham  et  Trevet  «  ne  disent  rien  des  poursuites 
«  que  fit  Philippe -Auguste,  au  sujet  de  la  mort  d'Artur*  ». 
Bernardi  et  Pardessus  allèrent  plus  loin,  et  montrèrent  que 
des  six  pairs  laïques  un  seul  aurait  pu  assister  au  prétendu 


1.  Bémont,  op.  cit.,  04. 

2.  L*annaliste  de  Margan,  p.  24,  déclare  que  Jean  fut  couronné 
malgré  la  sentence  de  1194,  «  willelmo  de  Brausc  cum  fautoribus  suis 
«  ad  ejus  coronationem  vehementius  instante.  »  Mais  ces  Annales  ne  mé- 
ritent aucune  créance  ;  voy.  Bémont,  op.  cit.,  59.  En  Angleterre  comme 
en  France,  les  droits  de  Jean  furent  sans  doute  contestés  ;  mais  on  ne 
voit  pas  qu'au  moment  du  couronnement  aucune  opposition  se  soit  ma- 
nife.stée;  voy.  Pauli,  Geschichle  von  England,  III,  295  et  suiv. 

3.  Mnnif.  de  Louis,  p.  66. 

4.  Wendover,  II,  651-652,  657. 

5.  Hist,  de  saint  Louis,  IV,  154. 


/8  EXPOSE   DES    DROITS   DE   LOUIS. 

procès  de  1203  \  Mais  Pardessus  se  contenta  d'en  conclure 
que  Jean  sans  Terre  avait  été  condamné  par  d'autres  vassaux 
de  Philippe-Auguste,  et  Bernardi,  tout  en  révoquant  en  doute 
Texistence  de  la  condamnation,  n'approfondit  pas  la  question 
et  ne  se  prononça  point  sur  la  nature  des  allégations  de  Louis 
de  France.  Quant  à  Stubbs,  il  nota  seulement  que  la  plus 
ancienne  mention  de  cette  fameuse  condamnation  se  trouvait 
dans  le  manifeste  de  Louis*.  C'est  M.  Bémont  qui  le  premier 
a  traité  à  fond  ce  sujet  si  épineux  ;  la  solution  qu'il  a  trouvée 
n'est  qu'une  hypothèse  en  apparence  très  hasardée,  mais  elle 
est  en  réalité  si  prudemment  établie  qu'elle  nous  semble  inat- 
taquable, à  moins  qu'on  ne  découvre  quelque  document  nouveau 
qui  la  réduise  à  néant.  Encore  ce  document  serait-il  difficile- 
ment conciliable  avec  d'autres  témoignages  ;  tout,  dans  cette 
question,  est  obscur  et  étrange,  si  l'on  s'en  tient  à  l'opinion 
traditionnelle  ;  tout  devient  relativement  clair  et  naturel  si 
l'on  admet  les  conclusions  de  M.  Bémont. 

Cet  historien'  remarque  d'abord  qu'on  n'a  aucun  témoi- 
gnage officiel  de  la  condamnation  de  Jean  sans  Terre  pour  le 
meurtre  d'Artur.  Beugnot  avait  dcVjà  dit  dans  son  Mémoire 
sur  VarrH  de  la  cour  des  Pairs  de  Fraîice  qui  condamna 
Jean  sans  Terre  :  «  On  sera  sans  doute  étonné  qu'un  arrêt 

((  qui  frappait  une  tête  couronnée n'ait  pas  été  précieuse- 

(^  ment  conservé  »  ;  mais  Beugnot  n'a  vu  en  cette  absence 
de  tout  document  authentique  a  aucune  preuve  contre  l'exis- 
«  tence  de  cet  arrêt  *  ».  11  déclare  même,  fort  à  la  légère,  qu'au 
temps  de  du  Tillet,  «  il  existait  au  trésor  des  Chartes  une 
«  certification  do  l'arrêt  de  la  cour  des  pairs,  donnée  par 
«  Louis  VIII  »  ;  nous  avons  retrouvé  et  publié  dans  nos  pièces 
justificatives  la  charte  mentionnée  par  du  Tillet  et  dont  Beugnot 
et  M.  Bémont  n'ont  pas  connu  le  texte;  Ton  peut  voir  que 
«  les  termes  mêmes  de  l'arrêt  »  n'y  sont  pas  du  tout  repro- 


1.  Mèm.  de  l\Ac.  des  Jnscr.,  X,  642-r)4.S.  —  lU'b.  Kc.  Ch,^  2»  série, 
t.  IV,  301.  —  Cette  démonstration  n'a  j)as  d'ailleurs  grande  importance, 
car  Louis  et  ses  partisans  ne  disaient  point  que  Jean  avait  été  con- 
damné par  les  douze  pairs  de  France,  mais  simplement  par  ses  pairx, 
c'est-à-dire  les  barons  de  Phil.-Aug.  en  ^^énéral. 

2.  Préf.  à  l  éd.  de  W.  de  Coventrv,  t.  II,  p.  xxxii,  note  3. 

3.  Rev.  hist.,  XXXII,  36  et  suiv.  ' 

4.  nih.  Ec.  Cit.,  2«  série,  t.  V,  9. 


EXPOSE  DES  DROITS  DE  LOUIS.  79 

duîts  comme  le  suppose  Beugnot  ;  cet  acte,  qui  est  une  lettre 
adressée  en  mai  1224  à  la  commune  de  Limoges,  n'a  pas 
plus  d'autorité  que  le  manifeste  envoyé  aux  moines  de  Cantor- 
béry  \  M.  Bémont  a  également  montré  qu'à  l'époque  où  cette 
prétendue  condamnation  aurait  été  prononcée,  la  correspon- 
dance pontificale  est  muette  sur  ce  sujet  si  grave.  Les 
chroniques  rédigées  antérieurement  à  1216  ne  mentionnent 
pas  non  plus  de  condamnation  prononcée  contre  Jean  sans 
Terre  à  propos  du  meurtre  d'Artur.  Parmi  les  chroniques 
rédigées  dans  les  vingt  années  qui  suivirent  Texpédition  de 
Louis  de  France,  la  plus  importante  est  celle  de  Roger  de 
Wendover  ;  or,  quand  il  fait  l'histoire  des  premières  années 
du  xiTi*  siècle,  il  ne  parle  point  de  ce  procès  ;  arrivé  à  l'an- 
née 1216  il  se  contente  d'insérer  sans  commentaires  les  argu- 
ments de  Louis  de  France  *.  Des  chroniqueurs  de  la  seconde 
moitié  du  xiii"*  siècle  ne  manqueront  pas  sans  doute  d'accepter 
les  assertions  du  fils  de  Philippe-Auguste.  Mais  on  n'a  pas  le 
droit  de  se  montrer  aussi  crédule  qu'eux.  Tout  porte  à  penser 
que  ce  fameux  procès  est  une  invention  due  à  l'ingéniosité  peu 
scrupuleuse  de  Louis  ou  de  son  entourage. 

Si  étrange  que  cela  paraisse  au  premier  abord,  les  agents 
de  Louis  de  France  pouvaient  sans  peine  en  imposer  à  Inno- 
cent m  et  lui  faire  admettre  cette  fallacieuse  invention,  bien 
que  ce  pontife  régnât  déjà  sur  la  chrétienté  au  moment  de  la 
mort  d'Artur.  La  crédulité  du  pape  s'explique  aisément  si  l'on 
songe  aux  conditions  de  la  vie  au  moyen  /\gc,  aux  diflScultés 
des  communications  et  à  la  pauvreté  des  informations. 
M.  Bémont  a  montré  que  la  mort  d'Artur  resta  longtemps  igno- 
rée. On  voit  aussi  par  une  bulle  de  1205  qu'Innocent  III  ne  con- 
naissait point  encore  à  ce  moment-là  les  détails  du  jugement 
prononcé  en  1202  contre  Jean  sans  Terre  sur  l'appel  des 


1.  Pièce  juitifk,  n»  6. 

2.  Quant  à  son  interpolatcur  Mathieu  de  Paris,  il  admet  parfaitement 
la  condamnation,  quoi  qu'en  dise  M.  IJcmont  (op.  cit.,  58).  La  phrase 
«  non  judicialiter  sed  violenter  spoliatus  »  signifie,  comme  le  prouve 
le  contexte,  non  pas  que  la  sentence  ne  fut  point  prononcée,  mais 
qu'elle  fut  irrégulière,  par  suite  de  l'absence  du  cou])able;  Math,  de 
Paris  dit  plus  loin  :  «  Magnâtes  tamen  Francie  nihilominus  processe- 
«  runt  aa  judicium,  quod  rite  non  debuerunt  facere.  »  (CVirow., 
II,  658.) 


80  EXPOSE   DES   DROITS   DE   LOUIS. 

barons  poitevins,  après  Tenlèvement  d'Isabelle  d'Angoulême*. 
On  ne  doit  donc  pas  s'étonner  qu'en  1216  des  gens  adroits  et 
audacieux  aient  pu  lui  persuader  que  le  roi  d'Angleterre  avait 
été  condamné  à  mort  en  1203  pour  le  meurtre  d'Artur  ;  Inno- 
cent avait  conscience  que  ce  fait  avait  pu  se  produire  à  son. 
insu. 

Une  prouve  nouvelle  de  la  fausseté  des  allégations  de  Louis 
est  leur  manque  de  précision.  Dans  son  manifeste  il  déclare 
qu'après  le  meurtre  d'Artur,  Jean  fut  «  légalement  condamné  » 
et  que  par  suite  a  il  fut  déchu  de  ses  biens  »*.  Il  estimait 
sans  doute  prudent  de  ne  pas  préciser  davantage;  il  eût  été 
bien  embairassé  de  dire  de  quel  droit  et  par  quelle  sorte  de 
sentence  les  vassaux  de  Philippe-Auguste,  qui  ne  pouvaient 
juger  Jean  que  comme  duc  de  Normandie,  l'auraient  dépouillé 
du  royaume  d'Angleterre  ;  ils  avaient  seulement  le  droit  de  le 
déclarer  déchu  des  fiefs  qu'il  tenait  de  Philippe- Auguste;  c'est  ce 
qu'ils  avaient  déjà  fait  après  Tenlèvement  d'Isabelle  d'Angou- 
lême.  Mais  Louis  de  France,  ayant  besoin  de  faire  croire  que 
Jean  avait  perdu  tout  droit  au  trône,  invente  une  seconde 
condamnation  par  laquelle  Jean  aurait  perdu  «  ses  biens  » 
en  général.  Il  espérait  que  les  destinataires  du  manifeste,  étant 
fort  ignorants  des  coutumes  de  France,  des  «  usitate  consue- 
«  tudines  »,  ne  chercheraient  pas  à  voir  clair  dans  ces  termes 
équivoques. 

Dans  la  discussion  de  ses  agents  avec  le  pape,  le  mensonge 
devient  plus  précis.  Ici  on  ne  pouvait  se  contenter  de  dire  que 
Jean  avait  été  condamné  ;  le  pape,  avec  lequel  on  discutait 
oralement,  aurait  demandé  qu'on  rapportât  la  sentence  d'une 
façon  moins  vague;  on  déclara  donc,  comme  Philippe-Auguste 


1.  Voy.  Polthast,  iv»  2*34.  Dans  cotte  lettre  de  1205,  le  pape  dit  que 
Philippe-Auguste  assure  avoir  contiuis  la  .Normandie  «justitia  preeunte  »; 
le  j)a|)e  ajoute  :  «  Causam,  modum  et  ordinem  aliasques  circumstancias 
«  ignoramus  ».  .M.  Bémont,qui  cite  ce  passage  (p.  40-41),  aurait  dû  noter 

Sue  l'allusion  peut  s'appliquer  fort  bien  au  procès  intenté  sur  lappel 
es  Poitevins,  procès  dont  l'existence  n'est  pas  contestable.  M.  Bémont 
expose  lui-même  (p.  302  et  suiv.).  que  d'après  la  sentence  alors  pronon- 
cée par  la  cour  de  Philippe-Auguste,  probablement  en  avril  1202,  Jean 
était  déchu  de  tous  .ses  nefs  de  P'rance,  y  compris  la  Normandie. 

2.  «  Per  eosdem  pares  tandem  fuit  légitime  condempnatus,  per  quam 
«  condompnationembonasua,  ubicunqueesscnt  aut  undecunque  ea  hâ- 
te béret,   per  usitatas  consuetudines  forisfecit.  »  (Afani/.,  66.) 


EXPOSÉ  DES  DROITS  DE  LOUIS.  81 

l'avait  fait  à  Melun  devant  le  légat^  que  Jean  avait  été  con- 
damné à  mort.  Il  était  évident  que  le  trône  d'Angleterre  était 
vacant,  si  depuis  1203  Jean  avait  légalement  cessé  de  vivre. 
Mais  avait-il  légalement  cessé  de  vivre?  Le  pape  admit, 
comme  nous  Tavons  dit,  que  la  condamnation  avait  été 
prononcée  ;  mais  une  telle  sentence  était-elle  régulière  ?  C'est 
ce  qu'il  niait.  Il  dit  d'abord  qu'un  roi  consacré-ne  pouvait  être 
condamné  à  mort  par  des  barons  ;  les  agents  de  Louis  répon- 
dirent que  Jean  avait  été  condamné  à  mort  comme  homme 
lige  du  roi  de  France'.  Alors  le  pape  objecta  qu'on  ne  pouvait, 
selon  le  droit  canon,  condamner  à  mort  un  absent;  les 
agents  répondirent  que  la  chose  était  possible  «  selon  la  cou- 
ce  tume  de  France  »*.  On  voit  combien  cette  discussion  était 
confuse;  elle  ne  pouvait  aboutir;  le  pape  invoquait  le  droit 
canon,  et  les  agents  de  Louis  la  coutume  de  France.  Ils 
pouvaient  d'ailleurs  interpréter  de  la  façon  la  plus  fantaisiste 
cette  «  coutume  de  France  »,  qui  probablement  n'avait 
encore  rien  de  fixe  et  que  le  pape  ignorait  certainement*.  Il 
est  à  croire  qu'ils  donnèrent  sans  scrupule  un  libre  cours  à 
leur  imagination  \ 

Les  mensonges  ne  leur  coûtaient  rien.  Le  pape  ayant 
remarqué  avec  beaucoup  de  bon  sens  qu'après  ce  fameux  pro- 
cès de  1203  Philippe-Auguste  et  Louis  avaient,  comme  par 
le  passé,  qualifié  Jean  sans  Terrede  ro/,et  lui  avaient  accordé  des 
trêves  en  le  traitant  comme  roi  (rAngleterrfij  les  envoyés  de 


1.  Wendover,  11,657. 

2.  a  Incivile  videtur  et  contra  caiiones  esse  in  hominem  absciitem,  non 
«  vocatum,  nonconvictura,  ncc  confessum,  mortis  ferre  sontentiam  ». 
(Wendover,  H,  657.)  «  Nuncii  responderunt  :  consuetiido  est  in  regno 
«  Franciequodexquo  aliquisaccusatur  coram  suo  judicc  de  tani  crudeli 
m  honiicidioquo<lmi/n//*M//ïappellatiiret  illeciuiaccusatur  non  veiiit  nec 
«  modo  légitime  se  excusât,  pro  convicto  halKîtur,  et  tanquam  convictus 
«  per  umnia  judicatur,  etetiam  ad  rnortoin,  ac  si  pnr.MMis  esset.  »  (Wen- 
dover, II,  659.)  Il  est  remanjuable  que  les  onvoyôs  de  Louis  ne  pré- 
tendent point  oue  Jean  ait  confessé  son  crime,  commt^  Louis  ratlirme 
dans  son  manifeste  (p.  66i. 

3.  Dans  la  lettre  de  1*205  citée  plus  haut,  le  pape  déclare  n'étro  pas 
au  fait  des  coutumes  de  France. 

4.  Nous  ne  pouvons  critiquer  les  assortions  appuyées  sur  la  «  crui- 
«  suetudo  in  regno  Francie  »,  n'ayant  pas  de  rensoi^nenients  sur  les 
lois  appliquées  par  la  cour  du  roi  au  temps  de  Phil.-Aufr.  Mais  ces  as- 
sertions sont  au  moins  bizarres  :  voy.  les  réflexions  de  M.  Bémont,  Rn\ 
histor.j  p.  65  et  suiv. 


Cil.  Petit -DuTAi LUS.  Rf^f/ne  'le  Louis  VIII, 


•; 


82  EXPOSK   DKS    DROITS   DE   LOUIS. 

Louis  affirmèrent  lo  contraire  :  Jamais,  dirent-ils,  depuis  cette 
sentence,  Jean  sans  Terre  n'a  été  qualifié  de  roi;  on  Ta  appelé 
«  roi  déposé,  comme  on  dit  abbé  déposé  »  \  Cette  allégation  est 
absolument  fausse  :  dans  tous  les  actes  émanés  de  Philippe- 
Auguste  do  12C)3  H  1216,  Jean  est  appelé  «  rex  Anglio'  »;  on  ne 
lo  voit  qualifié  de  «  roi  déposé  »  dans  aucun  document  diplo- 
maticjue  antérieur  a  1216,  non  pas  même  dans  Tacte  d'avril 

1213  où  Louis  indiquait  les  engagements  qu'il  remplirait  s'il 
était  couronné  roi  d'Angleterre  et  où  il  promettait  à  son  père 
de  le  laisser  disposer  à  son  gré  de  la  personne  du  «  roi  Jean  »'. 
Le  pape  avait  également  raison  de  soutenir  qu'à  plusieurs  re- 
prises Philippe-Auguste  avait  traité  avec  Jean  sans  Terre 
comme  un  roi  traite  avec  un  roi  :  les  trêves  de  1206  et  de  1214 
dont  nous  avons  le  texte  en  sont  la  preuve*.  Dans  son  manifeste, 
Louis  essaye  bien  de  faire  croire  que  personnellement  il 
n'avait  point  participé  à  ces  trêves,  et  que  depuis  la  condam- 
nation do  120o  il  a  été  sans  cesse  en  guen*e  avec  Jean^.  Mais 
c'est  là  encore  une  urrour  voulue  :  les  trêves  de  12()6  et  de 

1214  s'appli(iuaient  à  i<  tous  les  hommes  »  du  roi  de  France 
et  par  consé(iuent  à  son  héritier". 

On  voit  que  toute  cette  partie  d(»  la  défense  de  Louis  est  un 
tissu  d'arguments  mensongers  et  se  contredisant  parfois  les 
uns  les  autres. 

III.  «  Alors  que  ledit  Jean,  déclare  Louis  de  France,  avait 


I.  Wendover,  II,  6r)2-r>63. 

•J.  Delisle,  n"^  780,  lOGy,  1085,  1299,  1391,  1506. 

:».  «  Si  voro  re^^oin  .An^^lie  capi  contiprerit,  otc...  »  (Delisle.  n"  1437.) 

I.  IMi.slo,  IV''  lOnO  et  15or,. 

5.  «  Kxtiinc  eidom  J»)hanni  ^rwerram  movimus,  quam  contra  ipsum 
a  continuaviinus  absqin»  oinni  internii)tioiic,  pare  vel  treuga,  usque 
«  a<l  di».^s  istos.  »>  (  3/^ni //*. .  (iii.)  Notons  (ni<\  loin  de  produire  la  môme 
alU\i:atinii  devant  le  pape,  les  a^u'ents  de  Louis  soutinrent  qu'il  était 
en  K'i^'ï'i'f*  avo<'  Jean  parce  <pie  celui-ci  avait  fait  dévaster  r.Vrtois  en 
1213.  (Wendover,  II.  »',r,l). 

r».  «  Onines  honiines  et  terre  repris  Franeie  scilicet  et  nostri  enmt  in 
c(  tnîuga  ista  o.  (Delisle,  n"  lOOri,  acte  de  .l(?an  notiliant  la  trêve  de 
12im;;  nous  n'avons  jkis  l'airte  correspondant  de  Phil.-Autr.).  «  Noveritis 
«  fpiod  nos  .loanni  re_ij:i  Anirlio...  dedinnis  rectas  treugas  de  nobis  et  ho- 
«  niniibiis  et  iniprisiis  nostris  qui  ai)erte  ^^uerraverunt.  »  (Delisle, 
rr»  150G,  actr*  de  Phil.  Au.ir.  notiliant  la  trêve  de  1214.)  I/assertiou  des 
aiTfMils  de  Lnuis  a  trouvé  créance  auprès  de  l'auteur  du  Fragm,  tie 
r/n'Mf.  //''  P/iii.'Auf/.,  fjui  ])arle  de  la  trêve  de  121'*  en  ces  termes: 
«  Les  t rives  furent  ilonées  a  V  ans.  ensi  que  Loeys  li  fiex  le  roi  et 
«  0:lies  leniperere  et  l'enfés  d(*  Puille  furent  fors  des  trives  »  (f.  164). 


EXPOSÉ    DKS   DROITS    DE    LOUIS.  83 

«  juré  solonnellement  à  son  couronnement,  selon  Tusage,  qu'il 
«  conserverait  les  droits  et  coutumes  de  TÉglise  et  du  royaume 
«  d'Angleterre,  contre  ce  serment  et  sans  le  conseil  ou  Tassen- 
«  timent  de  ses  barons,  il  a  rendu  autant  qu'il  Ta  pu  sujet  et 
«  tributaire  du  pape  ce  royaume  qui  toujours  fut  libre  ;  il  a  dé- 
«  truit  les  bonnes  coutumes,  en  a  introduit  de  mauvaises  et 
«  s'est  eflForcé  par  de  multiples  oppressions  et  de  toutes  les 
«  manières  de  réduire  en  esclavage  TÉglise  et  le  royaume... 
«  Pour  ces  motifs,  après  beaucoup  de  réclamations,  les  barons 
«  prirent  les  armes  contre  lui,  et  enfin  il  fut  convenu  entre 
««  autres  choses,  et  sur  l'assentiment  exprès  de  Jean,  que  s'il 
«  renouvelait  ses  anciennes  violences,  les  barons  seraient  à 
«  jamais  déliés  de  leur  foi  envers  lui  ;  au  bout  do  peu  de  jours  il 
«  se  montra  plus  pervers  qu'auparavant,  voulant  exterminer 
«  ses  barons  au  lieu  de  les  opprimer  comme  autrefois  ;  alors 
«  ceux-ci,  d'après  le  commun  conseil  et  la  commune  approbation 
«  du  royaume,  l'ont  jugé  indigne  de  régner  et  nous  ont  élu  pour 
«  roi  et  pour  seigneur.  *  »  Le  procureur  do  Louis  présenta  les 
mêmes  ai*gumcnts  à  l'assemblée  de  Melun,  mais  d'une  faron 
plus  subtile.  Non  seulement  Jean  s'est  rendu  indigne  de 
régner,  mais  il  a  de  sa  propre  volonté  résigné  la  couronne  ; 
il  a  abandonné,  en  effet,  le  royaume  d'Angleterre  pour  le 
donner  au  seigneur  pape  et  le  recevoir  ensuite  de  sa  main 
moyennant  tribut  ;  il  n'avait  pas  le  droit  de  donner  son  royaume 
à  personne,  mais  il  avait  le  droit  de  l'abandonner;  lorsque 
l'abandon  eut  été  accompli,  le  trône  fut  vacant  et  les  barons 
ont  été  dans  leur  droit  en  y  appelant  l'héritier  légitime^ 

Il  est  inutile  de  relever  les  exagérai i(ms  que  présente  cet 
argument;  le  fond  en  est  solide.  Une  fois  par  hasard  Louis  de 
France  dit  la  vérité  ;  en  mélangeant  ainsi  des  assortions  exactes 
et  des  assertions  fausses,  il  pouvait  espérer  avec  assez  de 
raison  faire  admettre  les  secondes,  grnce  aux  premières. 
C'était  chose  légitime  de  considérer  Jean  comme  déchu  du 
trône.  Ainsi  que  l'a  dit  un  historien  moderne',  la  Grande 
Charte  était  un  véritable  traité  entre  Jean  sans  Terre  et  la 


i.  Manif,,  67. 

2.  Wendover,  II,  652. 

3.  Stubbs,  Constii,  hist.,  I,  5G9-570. 


84  EXPOSÉ   DES   DROITS   DE   LOUIS. 

nâtioii;  en  violant  le  pacte  conclu,  ce  prince  s*était  exposé  à 
de  justes  représailles. 

IV.  Mais  Louis  était-il  Théritier  légitime  du  roi  déchu? 
Innocent  III  le  contestait.  Selon  lui,  le  jeune  Henri,  fils  aîné 
de  Jean,  n'avait  pas  perdu  ses  droits  au  trône  puisque  Jean 
n*avait  point  commis  do  crime  do  lèse-majesté  ou  d'hérésie  et 
que  seuls  ces  crimes  empochent  le  fils  d*hériter  du  père 
coupable.  Les  envoyés  français  déclarèrent  timidement  qu'il 
en  était  autrement  dans  la  coutume  de  France,  lorsque  Tenfant 
avait  été  engendré  après  la  condamnation,  «  mais  ils  ne 
«  voulurent  pas  discuter  sur  ce  point  n\  En  admettant  même, 
ajouta  lo  pape,  que  Henri  III  n'ait  nul  droit  à  la  couronne,  la 
seconde  Aliénor,  fille  de  Goofi'roi,  frère  aîné  de  Jean,  et 
Otton  de  Brunswick,  fils  do  Mathilde,  sœur  aînée  de  Jean, 
seraient  plus  proches  héritiers  que  Blanche  de  CastiUe,  fille 
de  la  première  Aliénor,  sœur  cadette  de  Mathilde  et  de  Geof- 
froi^  Les  envoyés  fran(;ais  répondirent  que  seule  Aliénor  de 
Castillo  vivait  au  moment  où  Jean  fut  condamné;  elle  hérita 
donc  de  lui  ;  quant  à  Geoffroi  et  à  Mathilde,  ils  étaient  morts 
et  par  cunséquont  ils  ne  pouvaient  hériter  ni  transmettre 
de  succession  à  leurs  onfants.  Ainsi  les  agents  de  Louis  niaient 
lo  droit  do  roprés(3nlation,  par  lequel  roiifant  peut  hériter  à  la 
place  de  ses  parents  défunts^  Il  est  vrai  que  le  droit  de 
roprésiîntation  était  très  contesté  à  cotte  époque,  mais  Phi- 
lippe-Auguste ne  s'en  était-il  pas  fait  hî  champion,  alors  qu'il 

1.  Wendovor,  H,  659-r)(i0.  —  Ici  los  hésitations  des  agents  de  I/)ai$ 
se  conijH'oiincnt  encore  moins  (|iie  leur  ordinaire  aisance  à  mentir. 
Uuoi  qu'en  dise  M.  \iémoui(Iki\hisfor.,  67),J'exhérédation  des  enfants 
nés  après  la  forfaiture  du  père  semble  avoir  été  une  coutume  admise  à 
cette  ('"1)0^1  ue.  I.ouis  dit  dans  son  manifeste  (p.  66)  :  «  Nobis  tanquam  vero 
«  lioredi  cessit  jus  rej^ni  Anglie,  maxime  cum  a<lhuc  de  carne  sua  he- 
"  rcdem  non  haberet.  »  Lors(|ue  pendant  son  régne  Louis  VIII  rendit 
une  i)artie  du  Ponthieu  à  la  femme  et  aux  enfants  du  traître  Simon  de 
Dammartin,  il  eut  soin  de  déclarer  que  les  enfants  tif's  après  tn  for- 
l'ai  turf  de  Simon  «li'vaient  la  restitution  de  leur  héritage  à  la  l)ien- 
veillance  royale,  émue  j)ar  les  sui)plications  de  leur  mère.  {Catal.  des 
artf's  fit'  L/VI/I,  n"  26o). 

2.  Voy.  h;  tableau  génèalog.  des  enfants  de  Henri  II,  Appendice  /i»  If. 
W.  Tne  légende  rai)j)oriée  i)ar  la  chron.  de  Lanercost  veut  que  Henri  IH, 

sentant  à  l'heure  de  sa  mort  (jue  scdon  la  justice  la  sa'ur  dWrtur  au- 
rait dû  régner  à  sa  place,  remit  la  couronne  à  sa  cousine,  oui,  après 
l'avoir  ganlée  trois  j»»urs,  en  Ht  don  au  jeune  Kdouard.  {thron.  de 
iMnerrosL  11-12.)  --  Sur  la  f|uestioM  des  droits  d'Artur,  voy.  DufTus 
Hardv,  Introd.  aux  Litt.  claus..  I.  p.  wxv-xxwi. 


EXPOSÉ    DES   DROITS    DE   LOUIS.  85 

soutenait  les  prétentions  d'Artur*?  Lo  pape  se  contenta  do 
répondre  qu'en  tout  cas  le  roi  de  Castillo,  au  nom  de  sa  femme 
Aliéner,  et  la  reine  de  Léon,  Bérengère.  sœuraînée  de  Blanche, 
avaient  plus  de  droits  que  Blanche.  Los  agents  déclarèrent 
alors  que  si  ces  héritiers  élevaient  quelque  prétention  à  la 
succession,  Louis  saurait  «  faire  ce  qu'il  devait  »,  mais  qu'en 
attendant  il  réclamait  l'héritage  vacant*. 

Le  point  important  à  retenir,  c'est  que,  malgré  toute  leur 
habileté  et  leur  mauvaise  foi,  les  agents  de  Louis  ne  purent 
prouver  la  supériorité  de  ses  droits  sur  ceux  du  jeune  Henri. 
Ils  avaient  beau  entasser  et  agencer  subtilement  les  pièces  de 
leur  échafaudage,  la  poutre  principale  manquait. 

V.  Louis  déclarait  avec  emphase  que,  soit  par  droit  de  suc- 
cession, soit  par  droit  d'élection,  il  pouvait  légitimement 
aspirer  au  trône  d'Angleterre'*.  Mais,  selon  le  pape,  ces  préten- 
tions auraient-elles  eu  vraiment  un  fondement  solide,  Louis  ne 
devait  cependant  point  prendre  les  armes  contre  le  roi  Jean, 
pour  quatre  raisons  :  1°  Le  concile  général  de  Latran  avait 
établi  que  dans  toute  la  chrétienté  on  ferait  paix  ou  trêve 
pendant  quatre  ans,  afin  de  faciliter  la  délivrance  de  la  Terre 
Sainte.  La  réponse  des  envoyés  français  fut,  qu'avant  de 
partir  pour  l'Angleterre,  Louis  n'avait  pas  été  requis  de  faire 
paix  ou  trêve*.  Cette  assertion  fut  émise  au  hasard,  pour  les 
besoins  de  la  cause.  La  discussion  que  nous  analysons  ici 
eut  lieu  le  10  mai  et  à  cette  époque  Louis  n'avait  pas  encore 
quitté  la  France.  De  plus,  les  agents  français  étaient  partis 
pour  Rome,  Louis  le  dit  formellement  dans  son  manifeste, 
avant  l'arrivée  de  Galon  en  France  et  ce  légat,  dans  l'assemblée 
tenue  à  Melun  en  avril,  interdit  précisément  à  Louis,  au  nom 
des  décrets  du  concile  de  Latran,  d'entrer  en  guerre  contre 
le  roi  Jean*.  —  2**  Jean  avait  pris  la  croix  en  1215  et  nul  chré- 

i.  Voy.  Pauli,  Geschichte  von  England,  IIÏ,  29'i  et  suiv. 

2.  Wendover,  11,  660.  —  Dans  son  manifeste  (p.  66),  loin  de  dire 
qu'il  n'e^st  héritier  qu'éventuellement,  Louis  déclare  que  la  reine  de 
Castille  et  ses  héritiers  lui  ont  libéralement  abandonné  tout  droit 
sur  la  couronne  d'Angleterre,  dès  l'époque  de  la  mort  de  Richard.  Ce 
n'est  point  la  seule  contradiction  à  remarquer  entre  le  manifeste  de 
Louis  et  les  assertions  de  ses  agents. 

3.  J/ani/.,  67. 

4.  Wendover,  II,  662. 

5.  Manifeste,  67-68.  —  Wendover,  II,  652. 


86  EXPOSÉ   DES   DROITS   DE   LOUIS. 

tien  ne  doit  attaquer  un  croisé.  Louis  réfuta  cet  argument 
dans  son  manifeste  en  disant  que,  depuis  la  condamnation  de 
son  adversaire  en  1203,  il  n'avait  fait  avec  lui  ni  paix  ni  trêve 
et  qu'en  conséquence  la  prise  de  croix  accomplie  en  1215  ne 
pouvait  garantir  Jean  sans  Terre'.  Le  procureur  de  Louis  a 
l'assemblée  de  Melun  et  les  envovés  en  cour  de  Rome  firent 
remarquer  aussi  que  Jean  avait  dévasté  l'Artois  en  1213, 
avant  de  se  croiser,  et  que  Louis  avait  le  droit  de  représailles  ; 
ils  ajoutèrent  que  Jean  avait  toujours  refusé  depuis  ce  temps 
de  faire  paix  ou  trêve*.  Nous  avons  déjà  démontré  la  fausseté 
de  ces  assertions.  Louis  était  compris  dans  les  trêves  de  1206 
et  de  1214.  Nous  verrons  en  outre  qu'avant  le  débarquement 
de  ce  prince  en  Angleterre,  Jean  n'avait  rien  négligé  pour  se 
réconcilier  avec  lui.  —  3°  Le  roi  d'Angleterre  est  le  vassal  du 
pape  pour  son  royaume  ;  on  n'a  pas  le  droit  d'attaquer  le 
vassal  sans  avoir  d'abord  porté  ses  réclamations  au  suzerain. 
Sur  ce  point,  la  discussion  fut  très  confuse.  Je  note  seulement 
les  trois  arguments  principaux  de  la  défense  :  Jean,  ne  possé- 
dant pas  légalement  la  couronne,  ne  pouvait  pas  en  disposer  ; 
d'ailleurs,  il  n'avait  pas  le  droit  de  donner  son  royaume  au 
pape  sans  l'assentiment  de  ses   barons;  par  conséquent,  il 
n'est  point  légalement  le  vassal  du  Saint-Siège;  alors  même 
qu'il  le  serait,  Louis  pourrait  à  bon  droit  lui  faire  la  guerre, 
car  Jean  a  ravagé  ses  terres  et  la  ccnitunie  autorise  à  se  défen- 
dre sans  porter  plainte  au  suzerain  de  celui  qui  vous  a  attaqué*. 
—  4"  Les  barons  rebelles  ont  été  excommuniés  solennellement 
pendant  la  tenue  du  concile  de  Latran;  Louis  ne  doit  point 
les  secourir.   Les  envoyés   français   prétendirent  que  Louis 
n'avait  pas  à  s'occuper  de  la  décision  flu  concile  ;  il  ne  se- 
courait pas  les  barons   anglais,  il  voulait  simplement  faire 
valoir  ses  droits  et  personne  ne  pouvait  l'en  empêcher  ;  Tex- 
C(Mnmunication  lancée  contre  les  complices  des  rebelles  ne 
l'atteignait  pas,  ayant  été  prononcée  avant  que  l'on  connût  à 
RouK»  ses  droits  au  trône  d'Angleterre*.  Cos  beaux  raisonne- 
ments n'expliquaient  pas  pourquoi  Louis  avait  attendu  la  ré- 


1.  Manifeste^  66-67. 

2.  WfMKiover,  II,  652,  662. 
a.  //>iV/.,  651-652,  661-662. 
4.  IhitI  .  662. 


EXPOSK   DES    DROITS   DE    LOUIS.  8/ 

bellion  des  barons  pour  revendiquer  uue  succession  soi-disant 
vacante  depuis  treize  ans. 

Tel  fut  l'exposé  des  droits  de  Louis  de  France  à  la  cou- 
ronne d'Angleterre.  On  voit  que  les  diplomates  du  moyen 
Age  n'avaient  rien  à  envier  aux  modernes  en  fait  de  finasserie 
et  de  mauvaise  foi.  Le  minutieux  examen  auquel  nous  nous 
sommes  livré  ne  laisse  guère  subsister  de  toute  cette  défense 
qu'un  argument  :  Jean  avait  violé  ses  engagements,  et  c'est 
justement  que  les  barons  appelaient  l'étranger  à  leur  secours. 
Peut-être  Louis  par  ses  mensonges  réussit-il  à  faire  admettre 
aussi  que  Jean  avait  depuis  longtemps  perdu  tout  droit  au 
trône  ;  en  tout  cas  il  ne  put  parvenir  à  faire  croire  qu'il  était 
l'héritier  naturel  de  cette  succession  vacante.  Lorsqu'en  1213 
il  s'apprêtait  à  envahir  rAngleterrc  aux  côtés  de  son  père, 
c'était  pour  obéir  au  pape  qui  l'invitait  à  détrôner  un  excom- 
munié ;  il  ne  songeait  même  point  alors  à  parler  de  ses 
droits.  S'il  passa  la  Manche  en  1210,  ce  fut  pour  répondre  à 
l'appel  des  barons,  qui  avaient  besoin  de  lui  pour  se  débar- 
rasser d'un  mauvais  prince.  La  supériorité  des  droits  du  jeune 
Henri  ne  faisait  de  doute  pour  personne  ;  mais  on  était 
obligé  de  recourir  à  un  prince  qui  pût  réunir  beaucoup  de 
chevaliers  et  beaucoup  d'argent  pour  écraser  l'armée  de  mer- 
cenaires de  Jean  sans  Terre  ;  on  s'adressa  tout  de  suite  au 
fils  du  puissant  Philippe-Auguste,  sans  rechercher  s'il  avait 
plus  de  droits  qu'Otton  de  Brunswick  ou  Raimond  de  Saint- 
Gilles  et  quitte  peut-être  à  s'aviser  plus  tard  que  Henri  Plan- 
tagenet  était  le  légitime  héritier  du  trône  '. 


Louis  de  France,  au  moment  où  il  commenra  ses  prépa- 
ratifs de  guerre,  comptait  passer  la  Manche  vers  le  milieu  de 
janvier  au  plus  tard*.  Il  usa  de  tous  les  mc^yens  pour  se 


1.  Stubbs  (Constit.  hist.,  II,  l'j)  a  rapproché  les  prétentions  do 
IjOuIk  de  France  de  celles  do  (inillaiime  le  Conf|iiérant  à  la  couronne 
d'Angleterre  comme  héritier  d'Edouard,  et  de  colles  d'Kdouard  III  à  la 
couronne  de  France  comme  représentant  de  Charles  IV.  11  aurait  pu 
ajouter  que  les  prétentions  d'Ildonard  III  étaient  certainement  heau- 
coup  plus  fondées  que  celles  do  Louis. 

2.  Lettre  d*un  seigneur  anglais  écrite  vers  le  7  janvier  1216,  publiée 
à  la  suite  de  la  Chron.  de  Iloveden,   IV,  IDO,  note  (Li Itéra  cujusffam 


88  PRKPARATIFS   DE    LOUIS. 

munir  du  meilleur  dos  arguments,  la  raison  du  plus  fort. 
D'abord  il  exigea  le  service  d'ost  de  ses  vassaux  d'Artois.  Il 
se  rendit  en  son  château  de  Hesdin  et  requit  les  seigneurs  du 
pays  de  lui  fournir  des  chevaliers  ;  quelques-uns  s'engagèrent 
au  service  personnel  V  Pour  obtenir  l'appui  des  autres  barons 
du  royaume,  il  imita  Guillaume  le  Conquérant  et  promit  des 
terres  en  Angleterre  à  ceux  qui  raccompagneraient.  Au  mois 
de  janvier  il  avait  déjà  Tacquiescement  des  ducs  de  Bar,  de 
Ncvors,  de  Brabant,  des  comtes  de  Bretagne  et  de  Saint-Pol, 
du  vicomte  de  Molun,  des  célèbres  chevaliers  Guillaume  des 
Roches  et  Guillaume  des  Barres,  et  «  d'une  si  grande  mul- 
«  titude  de  personnes,  écrivait  un  contemporain,  que  le  roi 
«  Jean  ne  pourra  probablement  pas  résister  et  qu'on  doit 
«  craindre  de  voir  la  teiTe  anglaise  totalement  saccagée  '  ». 
Enfin  Louis  usa  d'intimidation  ;  il  était  le  fils  d'un  puissant 
roi  et,  comme  nous  le  verrons,  nul  ne  pouvait  mettre  en  doute 
qu'en  cette  occasion  son  père  fût  d'accord  avec  lui.  Dans  une 
lettre  du  27  juin  1217,  le  pape  nous  expose  les  menées  de 
Louis  en  Bourgogne  :  Eude,  duc  de  Bourgogne,  fut  à  plusieurs 
reprises  requis  par  Louis  de  l'accompagner  personnellement 
en  Angleterre  ou  de  lui  fournir  des  chevaliers  ;  Eude  s'y 
refusa  ;  alors  Louis  lui  demanda  un  prêt  de  mille  marcs  d'ar- 
d'argent.  Le  duc,  qui  allait  partir  pour  la  Terre-Sainte,  conçut 
des  craintes  pour  lui-mome,  pour  son  fils  encore  enfant,  pour 
sa  terre  et  finit  par  fournir  la  somme  demandée  par  l'héritier 
royal,  qui  était  «  presque  son  seigneur'*  ».  Le  comte  de 
Rouci,  vassal  de  la  maison  do  Champagne,  passa  en  An- 
gleterre «  contraint  et  forcé*  ».  La  comtesse  de  Cham- 
pagne ollo-môme  dut  subir  les  exigences  de  Louis  ;  bien  plus 
encore  que  h»  duc  de  Bourgogne,  elle  devait  ménager  les 
Capétiens.  La  mort  de  Thibaud  III  en  1201  avait  véritable- 
ment livré  la  Champagne  à  la  royauté.  Blanche  de  Navarre, 
toute  jeune,  entourée  d'ennemis,  confia  à  Philippe-Auguste  le 


magna  lia  ad  quendain  maf/natem  amicnm  suum  in  principio  guerre 
inter...  Johannem...  t't  haronns). 

1.  Iliat.  des  durs  de  Norm.,  IGO. 

2.  I A  Itéra  rujifsdam  magna  tis^  foc.  rit. 

3.  Pressiiti,  n"  635. 
'i.  Pressuti,  n"  125. 


PRÉI»ARATIFS   DE    LOUIS.  89 

sort  du  fils  posthume  de  Thibaud  ;  les  prétentions  d'Erard  de 
Brienno  h  la  succession  de  Cliampagne  redoublèrent  les 
craintes  de  la  comtesse  et  sa  docilité  à  Tégard  du  roi,  qui  en 
profita  pour  lui  extorquer  des  sommes  énormes.  Louis  de 
France  suivit  l'exemple  de  son  père.  Si  en  mars  1215  il 
écrivit  au  roi  de  Jérusalem  que  les  réclamations  d'Erard  de 
Brienne  ne  feraient  point  objet  de  litige  ii  la  cour  de  France 
pendant  la  minorité  de  Thibaud  IV  \  il  montra  bientôt  qu'il 
entendait  comme  Philippe-Auguste  se  faire  payer  son  appui. 
A  la  fin  de  Tan  1215,  il  réclama  de  la  comtesse  aide  et 
subside  pour  l'expédition  quMl  préparait.  Blanche  de  Na- 
varre répondit  qu'elle  ne  pouvait  fournir  des  secours  contre  un 
prince  croisé.  Quelques  jours  après,  tandis  qu'elle  était  ta 
table  avec  le  jeune  Thibaud,  une  troupe  de  chevaliers  et 
de  sergents  entrèrent  dans  son  palais,  armés  jusqu'aux  dents, 
et  la  défièrent,  ainsi  que  son  fils,  de  la  part  de  Louis  de 
France  ;  la  comtesse  terrifiée  s'enfuit  dans  sa  chambre.  Tou- 
tefois, sur  son  ordre,  les  envoyés  de  Louis  furent  faits  pri- 
sonniers et  Philippe-Auguste  se  montra  très  irrité  contre  son 
fils,  qui  avait  agi  sans  le  consulter  ;  il  cria  bien  haut  qu'il 
pensait  être  le  seul  roi  en  France  et  ordonna  de  retenir  en 
captivité  les  audacieux  qui  avaient  provo([ué  Blanche*.  Nous  ne 
savons  point  les  suites  de  cette  curieuse  aff*aire.  En  tout  cas, 
soit  par  les  menées  do  Louis  de  Franco,  soit  par  l'influence 
de  son  père,  qui  au  fond  de  son  C(eur  désirait  la  réussite  de 
Toxpédition,  de  nombreux  chevaliers  se  préparèrent  à  passer 
la  mer*. 

Pour  apaiser  l'impatience  des  Anglais,  Louis  de  France 
leur  envoya  à  deux  reprises  des  secours,  avant  do  partir  lui- 
même.  Dès  les  premiers  jours  de  décembre  1215,  il  se  rendit  à 
Calais  et  y  fit  embarquer  pour  l'Angleterre  cent  quarante 
chevaliers,  entre  autres  les  châtelains  de  Sainl-Omer,  d'Arras 


1.  D'Arbois  de  Jubainville,  Co)nt.  de  Champ.,  IV,  l**  part.,  101  etsuiv. 
L'acte  de  Louis  est  dans  Teiilet,  n"  1100.  —  Cf.  Delislo,  n*»  1502. 

2.  Lettre  écrite  à  Jean  sans  Terre,  en  janvier  1216,  par  ses  apronts 
en  cour  de  Rome.  publ.  par  Ch.-V.  Langlois, /^eu.  Ais/or.,  XXXVll, 
320-321. 

3.  Il  est  évident  cependant  que  Mathieu  de  Paris  exagère,  quand  il 
fait  dire  à  Phil.-Aug.  au  sujet  de  son  fils,  lors  de  rassemblée  do  Melun: 
«  Favorem  tolius  regni  mei  o]>tinet  ».  {llist.  Anylur..  II,  177.) 


\M\  SKCOURS    ENVOYKS    AUX  HARONS. 

ot  do  Beaumetz,  et  Guillaume  de  Bt»auniont  Pied-de-Rat.  Le 
total  do  celte  promièro  armée  de  secours  s'élevait  à  sept 
millo  hoinmos.  Los  Franijais  débarquèrent  heureusement  à 
Harwell*.  Une  secundo  armée  avant  à  sa  tète  le  maréchal 
liautier  de  Nemours,  et  composéo  de  plus  de  cent  chevaliers, 
do  quarante  arbalétriers  à  cheval,  de  cent  arbalétriers  à  pied, 
sans  c*>uiptor  do  nombreux  sergents,  fut  amenée  un  mois  plus 
tard  par  le  comte  do  Winchester:  les  quarante  et  une  nefs  qui 
ponaiont  ces  troupes  rom^mtèrent  la  Tamise  jusqu'à  Londres, 
où  ollos  arrivèrent  le  7  janvier  lilt)*. 

Il  était  urgent  d'arrêter  les  progrès  du  roi  d'Angleterre. 
Le^  bannis  Tavaiont  laissé  prendre  Rochester  6  décembre); 
il  soumit  oiisuito  Winchester.  »-t.  c«»ntiant  une  partie  de  ses 
morconairos  à  liuillaurao  L  mi jospée.  il  se  dirigea  avec  une 
autre  anuoo  vers  le  nor  1.  Le  '21  décembre  1215.  il  arriva 
à  N>rihanipion,  «v  uiiO  .riierr»*  de  «iévastation  commença; 
Us  domouri  s  ouiion:  luceii  l:»*f'».  K-s  habitants  torturés  et 
rani-oîiiio-i  :  le<  ch:\:e!;i:r.s  ^*»-:ii'!iir>:ir.  oi  Jean  établit  des 
iTurnis  »ns  -iaii^  toui  le  pavs.  Pui<  il  continua  sa  course  vers 
lo  nord:  :i  v.>'.;laii  se  vor-jin*  «in  roi  d'Ecosse  et  de  cer- 
:a::>  lu:\'!:s  n  'rv>  ;u:  :iv.i-.-  n:  fait  hommage  à  ce  prince.  Au 
•:;?:>  >^  M:i\:o:*  V2\'\  :.  >.vasm  .r^-  :  ::i:es d'York. de  Durham 
v:  î:^  N.  ::::;!:i:m\,\::  :  ;  :  ■.::■>  '-•<  :\a;v<  :>mîi.^rent  outre  ses 
::;a::;>  :  ::;.i  s  '.'.  ::  i- :  .i>-:i  ;  ::'  !:--  fr  :;::-res  d'Kcosse  et  se 
■  v.'.:\:.\  :-;  li-i.-^r  ;>o:".v. ;.•'<.  rv..<  .1  r-. via:  ver<  le  sud:  en 
:u.i:<  :.  <  u::/:  '-  <  o:  s  :'r!<--:\  :  ::.  •  ::m;:.  il  coucha  à  Walt- 
!•..■-..  .1   :.:.'.    ::.li-.<    :-;  l.  :.  ir- s.  r-.::  i:ir.:  oi- temps,   l'autre 


f        V    ^  •    •     •  *      %•     •  '     \  •  -^  "  .  •      *      l .  •  o    ^-i* V  f*  r»  j      f     ^Q   V*"* 

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.i  .  ....     5  . 


PKOGRKS  DE  JEAN  SANS  TERRE.  91 

armée,  commandée  par  Guillaume  Longespée,  Savari  de 
Mauléon  et  Fauquet  de  Brëauté,  saccageait  les  comtés  de 
Cambridge,  de  Huntingdon,  d'Essox,  de  Hertford  et  de 
Middlesex  ;  ils  mirent  même  le  feu  au  faubourg  de  Londres, 
où  les  barons  restaient  bloqués'. 

Los  rebelles  et  les  chevaliers  envoyés  par  Louis  rivalisaient 
d'indolence  et  d'inertie.  Giraud  de  Barri  dit  que  les  barons 
auraient  été  écrasés  s'ils  n'avaient  été  secourus  par  les  Fran- 
çais. Mais  ce  fut  seulement  Louis  qui  leur  apporta  une  aide 
efficace.  Les  chevaliers  dont  il  s'était  fait  précéder  étaient  mé- 
contents, parce  que  le  régime  de  nourriture  ne  leur  convenait 
pas  et  que  Louis  les  laissait  sans  argent.  Ils  se  consolaient  en 
faisant  des  tournois  avec  les  Anglais  et  Irouvaient  moyen  de 
«  mener  moult  belle  vie  ».  Mais  ils  ne  songeaient  guère  à  se 
battre.  Un  certain  nombre  d'entre  eux  s'étaient  joints  à  la 
garnison  anglaise  do  Colchestor  ;  le  roi  vint  assiéger  cette 
place  le  14  mars  1216  et  les  Français  rendirent  la  ville.  Tandis 
que  Jean  retenait  en  captivité  leurs  compagnons  anglais,  ils 
rentrèrent  dans  Londres.  En  les  voyant  revenir  seuls,  on  cria 
à  la  trahison  et  on  les  emprisonnai 

Les  combats  qui  eurent  lieu  avant  l'arrivée"  de  Louis  furent 
insignifiants.  On  n'osait  point  affronter  les  terribles  routiers 
du  roi,  qui  mettaient  l'Angleterre  à  feu  et  à  sang  et  établis- 
saient leurs  écuries  dans  les  églises'.  Jean  semblait  près 
d'atteindre  son  but  ;  Londres  était  à  peu  près  la  seule  place 
importante  qu'il  n'eût  pas  en  sa  puissance.  Impitoyable  envers 
ceux  qui  refusaient  de  se  soumettre,  il  ravageait  leurs  do- 
maines ou  les  donnait  en  cadeaux  à  ses  fidèles  ;  c'est  ainsi 
que  Savari  de  Mauléon  reçut  les  terres  de  GeofFroi  de  Man- 
deville  et  le  Flamand  Gérard  de  Sotteghom  celles  du  comte 
David.  Depuis  le  mois  de  décembre  121.")  jusqu'en  février 
1216  beaucoup  de  rebelles  demandèrent  à  rentrer  en  grâce 


1.  Hist.  des  duca  de  Norm.,  163  et  suiv.  —  Barnwell,  227-'229.  — 
Wendovfir,  II,  625-626,  635  ot  suiv.  —  (\>ggeshall,  177  et  suiv.  — 
Chrori.  de  Mailros^  121-122.  —  ïtinerarij  ofJu/m. 

2.  Giraud  de  Barri,  De  Pn'nc.  instr.,'^\\.  —  Wendover,  II,  637.  — 
Anon.  de  Béth.,  f.  59  v®.  —  Fragm.  de  Ihiat,  de  Phil.-Auf/.y  f.  166.  — 
//ist.  des  ducs  de  Norm.,  161  et  16'i.  —  Coggeshall,  179-180. 

3.  Coggeshall,  176  et  suiv. 


92  i»orRQroi  Loris  retarde  son  départ. 

et  pavèrent  souvent  des  sommes  considérables  pour  obtenir 
la  «  paix  du  roi  »  ;  tels  furent  Robert  de  Ver,  comte  d'Ox- 
ford, Jean  de  Lassi,  connétable  de  Chester,  Roger  do  Mont- 
begon,  les  habitants  de  Lexîngton,  de  Redford,  etc..  Tou- 
tefois le  nombre  de  ces  soumissions  décrut  sensiblement  en 
mars  et  en  avril,  et  certains  barons  qui  avaient  abandonné 
la  lutte  no  tardèrent  pas  à  reprendre  les  armes*.  C'est  qu*on 
annonçait  comme  prochaine  Tarrivée  de  Louis  de  France 
accompagné  d'une  armée  formidable. 

Dans  une  lettre  qui  fut  probablement  écrite  en  février  ou 
en  mars,  et  qui  est  adressée  à  «  tous  ses  fidèles  et  amis  de 
«*  Londres  »,  Louis  promettait  en  effet  de  s'embarquer  à  Calais 
le  dimanche  de  Pâques  10  avril  ^  Mais  il  ne  partira  qu'à  la  fin 
de  mai  :  les  vents  seront  longtemps  défavorables  ;  or  la  tra- 
versée de  la  Manche  était  périlleuse  et  Ton  se  rappelait  que 
Tannée  précédente  une  tempête  avait  anéanti  une  flotte  por- 
tant des  mercenaires  tlamands  appelés  par  le  roi  d'Angle- 
terre *.  Co  nnnif  suttit  pour  expliquer  les  retards  de  Louis  ; 
on  tout  cas  Philippe-Auguste  ne  mit  certainement  pas  obstacle 
à  si>n  tlépart.  Co  n'est  pas  que  Jean  sans  Terre  eût  rien 
négligé  pour  se  concilier  los  bonnos  grâces  du  roi  de  France. 
Celui-ci  prétendait  ijuo  Joan  avait  violé  la  trêve  de  Chinon  en 
prenant  (îOaXX^  marcs  aux  marchands  frani;ais  *  :  Jean  donna 
dos  ordres  pour  4U*«>n  leur  rendît  ce  qu'on  leur  avait  pris 
et  protesta  do  snn  dé^ir  de  respecter  la  trêve.  Au  mois 
do  mars  il  envoya  unt'  :imba<saile  on  France  ;  plus  tard 
Tévéquo  do  Winchostor  ot  Guillaume  le  Maréchal  vinrent  eux- 
mômos  auprès  do  Philipj'O-Augusto.  Mais  de  même   que  des 


l.  /  »::.  /"'.'..  {*}*)  et  >i;iv.  ;  .iaus  nm^  loître  du  2  juin  1216,  le  roi 
d'Arî^Ieît'rri'  tvrît  :i  Jo;i:i  \o  Mai-tvhal  a  M:iniiamus  vobis  quod...  admit- 
-  t3T;<tvsad  paooiu  !io>tr:i:ii.  pro''i{^n*''s  ^^uod  securiores  sîtis  de  eis 

•^'■■.■r  fîf^'':'r  "  î'i'".<  îcrri'r'/i^.  .j-U'7m  fni<ti<  'fa  l'UU  quo<  prius  ad 
/  p'i--'»fn  «..<:/••.•'.»(  'ifm'S'.<i'<.  '  ;['>>'..  185/i  —  LUI.  rltuu.,  I.  2 §5  et 
>u;v.  -  -  /?..''/•   ;>  .  '.'ii''<  ''.'  rfn';*  *.  5»jS  o'  <u:v.  —  ffi<t.  de*  ducs  de 

:.  \Ve!il.noî\  11.  M.-^o. 

■i.  \\.\vn\\'?\\,  l'I^  :  j^  ..Vi':i:r.<i;n:  i^^:v  :r.u['inu  remporis  ei  contrarias 
«  î  :.:  r'  r- 1  :    >  ^  li  v  !  a  t  oui  po  v^  ■  l  o  \'l\o.  \  o  y .  /fi.<t.  »  (es  'tue^  de  Sorm . .  1 5  ^  et 


>  »  •  - 


»     l.'ftf'''i  '^njfjsi'm  ri  ij'i!'is,  y.    IV*0. 


ATTITUDE   DE   PHIÎJPPE-AUGUSTE  93 

démarches  analogues  faites  auprès  de  Louis  en  avril,  ces 
tentatives  n'eurent  aucun  succès  *. 

Il  n  y  a  donc  pas  lieu  d'accepter  le  témoignage  de  Guil- 
laume le  Breton.  Selon  ce  chroniqueur,  Philippe-Auguste, 
craignant  avant  tout  d'offenser  le  Saint-Siège,  aurait  refusé 
de  favoriser  les  projets  de  son  fils  ;  c'est  malgré  lui  que  Louis 
de  France  aurait  envoyé  par  rieux  fois  dos  secours  aux 
barons  et  au  moment  du  départ  définitif  le  roi  aurait  confisqué 
les  terres  de  son  héritier  et  des  barons  qui  l'accompagnaient 
et  ofiert  «  d'appesantir  sur  eux  sa  main  »,  si  l'Eglise  le 
jugeait  bon.  Il  est  possible  que  Philippe-Auguste,  qui  aimait 
la  politique  tortueuse  et  n'avait  nullement  horreur  du  men- 
songe, ait  essayé  de  tromper  le  pape  par  de  feintes  protes- 
tations. Mais  on  no  saurait  élever  de  doutes  sur  les  véritables 
sentiments  qui  l'animaient;  les  autres  chroniqueurs,  qui 
n'avaient  point  les  scrupules  d'un  historiographe  officiel, 
disent  ou  laissent  entendre  que  le  père  et  le  fils  étaient  d'ac- 
cord. Innocent  III  d'ailleurs  ne  se  laissa  point  duper,  et 
Guillaume  le  Breton  lui-même  nous  dit  que  peu  de  temps 
avant  sa  mort  ce  pape  excommunia  Philippe- Auguste  ^ 

L'attitude  du  roi  de  France  au  moment  de  l'assemblée  de 
Melun  nous  éclaire  parfaitement  sur  le  rôle  qu'il  joua  en 
toute  cette  aff^aire.  Le  cardinal  Galon  de  Beccaria,  qui  était 
déjà  venu  en  France  huit  ans  auparavant  pour  réconcilier 
Philippe- Auguste  avec  Ingeburge\  était  chargé  en  1216  de 


1.  LUI.  pat, ^  172  '»,  173  •  et  '•,  179.  «  Rex  Lodovico  primogenito  filio 
«  régis  Francie,  salutcm.  Mittimus  ad  vos  priorem  Coventriensem  et 
«  \.  camerarium  Kadingensein  por  quos  vobis  significavimus  quod,  si 
a  erga  vos  forisfecimus,  ii  vobis  emendari  facicmiis.  »(/A>W.,  17r>.  Marne 
pfige,  une  lettre  adressée  à  Galon  et  annonçant  cette  ambassade  est 
datée  du  12  avril  \2U\.)—  Litt.  rfaus,,  I,  189,  260  »»,  2GI.  —  Coggeshall, 
180-181  :  «  Hex  intérim...  transmisit  in  Franciam  ad  regem  Philippuni 
«  episcopum  Wintoniensem,  Willelmum  Marescalluiii  seniorem  et 
«  quosdam  alios,  tentans  si  quo  modo  per  eos  înducoret  euin  ut  cohi- 
«  béret  iilium  suum  a  tali  proposito;  sed  inexauditi  sunt  revcrsi.  » 

2.  Guill.  le  Bret.,  Chron.,  §S  '^1^,  218  et  suiv.  ;  PhUippide.  1.  X, 
V.  302-305.  —  Cf.  Anon.  de  Béth.,  f.  59-59  v<'  :  «  Ses  pères  faisoit 
«  semblant  en  apert  qu'il  ne  s'en  voloit  mesler  por  la  triowe  qu'il  avoit 
ce  donée,  mais  a  privé  quidoit  on  bien  qu'il  meist  son  conseil.  »  Voyez 
dans  Mém.  Soc.  Dunkerquoise,  XII,  197,  les  plaintes  des  Artésiens. 
mis  à  contribution  par  Louis  «  ex  parte  domini  régis  ».  Ouant  au  récit 
des  Istore  et  Cron.  de  Flandre  (I,  122),  il  n'y  a  pas  à  en  tenir  comj)to. 

3.  Voy.  Davidsobn,  op.  cit.,  229  et  suiv.  —  Sur  Galon,  voy.  une 
notice  de  VIfisf.  litt.  de  la  Fr.^  XVIII,  30  et  suiv. 


94  ATTITUDE    DE   PHILIPPE-AUGUSTE. 

le  décider  à  mettre  obstacle  au  départ  de  son  fils.  La  course 
réunit  à  Melun  le  24  avril.  Philippe-Auguste*,  comme  nous 
l'avons  vu,  déclara  au  légat  que  le  trône  d'Angleterre  était 
vacant  et  que  le  pape  n'avait  pas  le  droit  d'intervenir.  Le 
lendemain,  rassemblée  se  réunit  de  nouveau;  sur  Tordre  du 
roi,  Louis  de  France  vint  prendre  place  à  côté  de  lui.  Le 
légat,  qui  était  un  homme  hautain  et  impérieux,  afiecta 
d'abord  la  modération  et  adressa  à  l'un  et  à  l'autre  de  nou- 
velles objurgations.  Cette  fois  Philippe- Auguste  répondit  : 
((  J'ai  toujours  été  dévoué  et  fidèle  à  l'Église  romaine;  cène 
«  sera  point  par  mon  conseil  ni  par  mon  aide  que  mon  fils 
«  Louis  entreprendra  rien  contre  elle.  Cependant,  s'il  a 
«  quelque  prétention  sur  la  couronne  d'Angleterre,  qu'il  soit 
«  entendu  et  que  justice  lui  soit  faite.  »  A  ces  mots,  un  che- 
valier que  Louis  avait  choisi  pour  avocat  se  leva  et  exposa 
les  droits  de  l'iiéritier  royal  au  trône  dos  Plantagenets,  et 
ses  griefs  contre  Jean  sans  Terre.  Le  légat,  loin  de  se 
laisser  convaincre,  haussa  le  ton  et  défendit  à  Louis  d'envahir 
TAngleteiTe  et  à  Philippe-Auguste  do  l'y  autoriser,  le  tout 
sous  peinte  «l'exconimunication.  Alors  Louis  dit  à  son  père  : 
«'  Sire,  je  suis  votre  homme  lige  pour  le  fief  que  vous  m'avez 
««  donné  en  dorù  de  la  mer,  mais  il  ne  vous  appartient  pas  de 
«  décider  quoi  que  ce  soit  au  sujet  du  royaume  d'Angleterre. 
«  Je  vous  prie  de  ne  vous  point  opposer  à  la  résolution  que 
«  j'ai  prise  d'user  de  mes  droits,  car  je  combattrai  pour  l'hé- 
«  ritage  de  ma  femme  jusqu'à  la  mort,  si  cela  est  néces- 
«  saire.  »  Là-dessus  il  se  retira  avec  les  siens.  (lalon,  voyant 
ses  sollicilalions  inutiles,  annonça  qu'il  îiUait  s'embarquer 
pour  rAngleterre  et  demanda  au  roi  un  sauf-conduit  jusqu'à 
la  lïH'v.  Philii^pe-Augusle  lui  en  acconla  un  et  ajouta  ces 
paroles  ir^juiques  (jui  provoquèrent  la  colère  du  légal  :  «  Si 
«  par  hasaid  vous  tombez  enln^  1rs  mains  d'Eustache  le 
«'  Moine  ou  des  aulnes  hommes  de  Louis  qui  gardent  les  sen- 
•<  tiers  de  la  mer  et  s'il  vous  arrive  malheur,  vous  ne  direz 
«  point  que  c'est  ma  faute.  »  Roger  de  W'endover,  qui  a 
probablenuMÙ  puisé  â  des  sourvies  authentiques  l'exposé  si 
détaillé  qu'il  nous  a  laissé  de  ces  faits,  ajoute  que  le  jour 
suivant  Louis  de  France  vint  trouver  son  père  et,  les  larmes 
aux  yrux,  le  >upplia;   il   avait  juré  de   porter  secours    aux 


LA   SITUATION   EN   MAI    1210.  95 

barons»  et  il  aimait  mieux  encourir  une  excommunication 
temporaire  que  le  reproche  de  déloyauté;  Philippe- Auguste 
Tautorisa  à  partir  et  lui  donna  sa  bénédiction  ^ 

Telle  est  très  probablement  la  vérité.  Que  Philippe-Auguste, 
au  dernier  moment,  ait  essayé  ou  non  de  tromper  le  Saint- 
Siège  en  séquestrant  les  biens  de  son  héritier,  cela  importe 
peu.  Loin  de  croire  avec  M.  Delaborde*  que  ce  roi  céda  seule- 
ment aux  instances  réitérées  de  son  fils  et  qu'il  jugeait  Texpédi- 
tion  d'Angleterre  intempestive,  nous  pensons  qu'il  approuvait 
les  plans  de  Louis,  qu'il  en  fut  peut-être  le  principal  auteur  et 
que  secrètement  il  aida  à  les  exécuter.  Jamais  plus  magni- 
fique occasion  ne  s'était,  présentée  pour  annexer  l'Angleterre 
au  royaume  capétien.  Tout  fait  croire  que  d'abord  Philippe- 
Auguste  crut  la  conquête  aisée. 

Galon  avait  quitté  Melun  sans  prononcer  d'excommuni- 
cation. Louis  lui  avait  en  effet  demandé  de  ne  point  statuer 
avant  que  le  pape  eût  entendu  les  agents  chargés  de  présenter 
sa  défense  et  eût  pris  une  décision  définitive  \  On  se  fit 
longtemps  illusion  à  la  cour  de  France  sur  les  sentiments  du 
Saint-Siège;  on  ne  pouvait  croire  que  pour  défendre  un 
homme  comme  Jean  sans  Terre  le  pape  jetterait  l'anathème 
sur  un  prince  capétien  ;  au  commencement  de  l'année,  Phi- 
lippe-Auguste estimait  encore  avoir  pour  lui  les  cardinaux  et 
Innocent  III  lui-même*.  Cependant  les  menaces  de  Galon 
affaiblirent  ces  espérances  ;  au  mois  de  mai,  au  moment  de 
s'embarquer,  Louis  promettait  à  ses  bourgeois  d'Arras  de 
les  protéger,  eux  et  leurs  biuns,  contre  les  effets  d'une  excom- 
munication éventuelle". 


1.  Wendover,  II,  650-653.  Louis  fait  allusion  à  rassemblée  de  Melun 
dans  son  manifeste,  éd.  cit,,  p.  68.  Guillaume  le  Breton  parle  seule- 
ment du  sauf-conduit  ac<;ordè  par  Phil.-Aug.  (Chi'on.,  ^  217).  Le  récit 
de  Math,  de  Paris  dans  son  Jlist.  Anylor.,  II,  176-177,  n'est  évidem- 
ment qu*une  amplification  oratoire.  —  Le  chanoine  de  Laon,  p.  719, 
signale  l'intervention  de  Simon  de  .Moiitfort  dans  la  discussion;  ce  bon 
apôtre  appuya  Galon  de  lieccaria  «  ot  pro  bono  pacis  multum  labo- 
«  ravit.  » 

2.  Œuvres  de  Rigord  et  dp  GuilL  le  Bret.,  I,  307,  note. 

3.  Manifeste,  67-68:  «  Ipse  autem  cardinalis  tune  contra  nos  in 
«  nullo  processit  nec  visus  est  velle  procederc.  » 

4.  Litlera  cujusdam  magnatis,  p.  190:  «  Crédit  habere  totum  consi- 
«r  lium  romanum  et  ipsum  ipapam|  pencs  se.  » 

5.  Guesnon,  Invent,  des  Cnarles  d  Arras^  p.  16. 


96  LA   SITUATION  EN   MAI    1216. 

Cependant  Jean  sans  Terre,  voyant  ses  offres  de  paix 
repoussées,  se  préparait  à  tenir  tête  à  rinvasion.  Il  envoya 
des  munilious  dans  les  principaux  châteaux,  fortifia  les  côtes, 
contraignit  les  barons  des  Cinq-Ports*  à  lui  prêter  serment 
et  à  fournir  des  otages  ;  il  équipa  une  flotte  formidable  et 
décida  de  venir  au  devant  de  Tennemi  et  de  livrer  dès  le 
premier  jour  une  bataille  navale ^ 

C'était  \^^e  situation  grave  et  étrange  que  celle  de  TAngle- 
teiTc  au  mois  de  mai  1216.  Les  Anglais  attendaient  avec 
méfiance  un  sauveur.  Ils  étaient  habitués  à  la  domination  des 
rois  normands  ;  mais  Jean  sans  Terre  était  un  tyran  insup- 
portable ;  ils  étaient  habitués  à  écouter  respectueusement  les 
avis  du  Saint-Siège,  mais  le  Saint-Siège  défendait  ce  tyran 
et  autorisait  ses  plus  détestables  excès  :  on  voyait,  au  nom 
des  intérêts  de  l'Eglise,  dos  routiers  piller  les  couvents,  per- 
sécuter les  clercs  et  faire  orgie  sur  des  autels  consacrés;  il 
fallait  donc  appeler  Tétranger;  mais  comment  Louis  de 
France  allait-il  se  conduire?  Saurait-il  ménager  ses  nouveaux 
sujets?  Serait-il  heureux  enfin,  et  comme  Guillaume  le  Con- 
quérant foulerait-il  en  vainqueur  le  sol  de  l'orgueilleuse 
(f  Angleterre,  ce  champ  dont  la  mer  est  la  haie,  ce  boulevard 
V  muré  d'eau,  abrité  et  sauvegardé  à  jamais  contre  les  projets 
((  de  Tétrangor?^  ». 

1.  11  n'est  pas  inutile  de  dire  ici  en  quelques  mots  ce  qu'il  faut  en- 
tendre  par  les  Cinq-Ports^  cette  expression  revenant  très  souvent  dans 
les  textes  et  les  marins  anglais  ayant  joué  un  rôle  fort  important  dans 
la  période  que  nous  étudions.  Ilâstings,  Sandwich,  Douvres,  Romney, 
Mythe,  avaient  formé  avant  la  conquête  une  confédération  privilégiée, 
à  laquelle  les  invasions  danoises  avaient  donné  un  caractère  militaire. 
Placés  sous  la  surveillance  d'un  ofHcior  du  roi,  les  Cinq-Ports  devaient 
fournir  des  navires  en  teaips  de  guerre.  Il  est  prohable  que  les  rois 
normands  changèrent  peu  cettr*  f>rganisation.  Henri  II  introduisit  seu- 
lement dans  la  confédération  Winchclsea  et  Kye,  qui.  sous  le  nomd\4»i- 
tiqutr  viU(t\  jouirent  exactement  des  mêmes  privilèges  que  les  Cinq- 
Povt^.  Puis,  pendant  le  règne  de  Jean,  qui  coïncida  avec  une  période 
de  grand  développement  puur  la  marine  anglaise,  un  certain  nombre 
de  ports  sadjoignirent  à  la  confédération  sous  le  nom  de  membres  des 
Cinq-Ports.  Au  moment  de  Tinvasion  française,  le  mot  Cinq-Ports 
désigne  à  vrai  dire  tous  les  ports  de  la  Confédération  ;  en  1226  il  y  en 
avait  plu.N  (h^  vingt.  Ouant  au  mot  hfirnn  th's  Cinq-Ports^  on  doit  lui 
donner  la  signilication  primitive  de  haro,  c'est-à-dire  d'homme  libre. 
(Voy.  Samuel  .leake.  Charters  of'the  Cittque  Ports,  et  Burrows,  Cinque 
Ports.) 

-•  ("«>ggeshall.  181.  —  llist.  des  ducs  dr  AWm.,  IG7.  —  Litt.  c/ntM., 
I,  1%. 

3.  Shakespi^are.  Lr  l\oi  Jean,  scène  il. 


CHAPITRE  V. 


L'EXPÉDITION  EN  ANGLETERRE,  DEPUIS  L'ARRIVÉE  DE  LOUIS 
DE  FRANCE  JUSQU'A  LA  MORT  DE  JEAN  SANS  TErtRE. 


Le  départ  du  cardinal  Galon  pour  l'Angleterre  força 
Louis  de  France  à  précipiter  ses  derniers  préparatifs.  Il  ne 
fallait  point  laisser  au  légat  le  temps  de  désagréger  le  parti 
des  rebelles.  Pendant  la  première  quinzaine  de  mai  1216,  les 
troupes  se  rassemblèrent  à  Wissant,  à  Gravelines,  à  Boulogne 
et  à  Calais.  Pour  le  transport  on  avait  réuni  près  de 
huit  cents  nefs*.  L'Anonyme  de  Béthune  et  l'auteur  de  V His- 
toire des  ducs  de  Normandie  nous  donnent  un  dénombrement 
des  compagnons  de  Louis.  Il  y  avait  bien  douze  cents  cheva- 
iierSy  nombre  très  considérable  pour  l'époque.  C'étaient 
d'abord  les  vassaux  artésiens  et  quelques  seigneui's  flamands, 
tels  que  le  comte  de  Guines,  l'avoué  de  Béthune,  le  châtelain 
de  Lens,  Raoul  de  Nesle;  ils  amenaient  avec  eux  quelques 
chevaliers.  Les  hauts  barons  de  France  avaient  une  plus 
brillante  escorte;  ainsi  Hervé  de  Donzi,  comte  de  Nevers, 
d'Auxerre  et  de  Tonnerre,  s'était  fait  accompagner  de  cent 
chevaliers.  Cet  Hervé  de  Donzi  était  un  personnage  assez 
louche.  En  1214,  il  avait  conclu  avec  Jean  sans  Terre  une 
alliance  d'après  laquelle  Agnès,  sa  fille  unique,  devait  épouser 
le  fils  du  roi  d'Angleterre.  Après  la  trêve  de  Chinon,  il  rentra 
en  grâce  auprès  de  Philippe-Auguste,  qui  tenait  à  ne  point 
laisser  le  comté  de  Nevers  tomber  dans  le  domaine  des  Plan- 
tagenets;  d'après  un  traité  conclu  en  juillet  1215,  la  main 
d*Agnès  fut  accordée  à  Philippe,  fils  aîné  de  Louis  de  France. 
Mais  le  comtede  Nevers  allait  jouer  dans  l'expédition  de  1216 
un  rôle  équivoque,  et  laisser  en  Angleterre  une  réputation 


1.  Ntst.  des  dues  de  Norm,,  165  et  167.  —  Wendover,  II,  653.  — 
Cpggeshall,  181. 

Ch.  Petit-Dutailliî.  Bègne  de  Louis  VIIL  1 


98  LES    COMPAGNONS   DE   LOUIS 

souillée;  le  biographe  de  Guillaume  le  Maréchal  le  qualifie 
d'  «  orguilos  e  pervers  »  et  Roger  de  Wendover  l'appelle 
c(  un  descendant  du  traître  Ganelon  »/.  Avec  une  escorte  plus 
ou  moins  nombreuse  étaient  arrivés  aussi  Enguerran  de  Couci, 
Jean  de  Montmirail,  Robert  de  Dreux,  Guichard  de  Beaujeu, 
Raimond  IV,  vicomte  de  Turenne,  Etienne  deSancerre,  Robert 
de  Courtenai,  Gérard  la  Truie,  le  comte  de  Rouci,  etc..  Quant 
au  vaillant  comte  du  Perche,  il  ne  passa  la  Manche  qu'à  la 
fin  de  l'été,  ainsi  que  le  comte  de  Bretagne,  Pierre  Mauclerc, 
qui  espérait  conquérir  en  Angleterre  le  comté  de  Richmond*. 
Aux  barons  français,  s'était  joint  Guillaume,  comte  de  Hol- 
lande ;  il  convient  de  rappeler  qu'un  allié  de  Jean  sans  Terre, 
le  comte  de  Loos,  avait  des  prétentions  sur  le  comté  de  Hollande'. 
Outre  quelques  intimes  comme  le  vicomte  deMelun  et  le  cham- 
bellan Ours  de  la  Chapelle,  Louis  eut  pour  compagnons  dans 
sa  nef  Simon  de  Langton  et  Eustache  le  Moine*.  Simon  de 
Langton  était  frère  de  l'archevêque  de  Cantorbéry  et  partageait 
sahaine  du  despotisme  royal;  en  1214,  il  était  allé  à  Rome  pour 
protester  auprès  du  pape  contre  la  connivence  de  Jean  sans 
Terre  et  du  légat  Nicolas,  qui  s'entendaient  pour  opprimer 
rÉglise  anglicane;  l'année  suivante,  élevé  par  le  chapitre 
d'York  à  la  dignité  archiépiscopale,  il  avait  vu  son  élection 
cassée  par  le  pape  sur  la  demande  de  Jean.  Dès  lors  le  roi 
d'Angleterre  n'eut  pas  d'ennemi  plus  acharné ^  Quant  à 
Eustache  le  Moine,  c'était  un  des  hommes  de  guerre  les  plus 

1.  Philippide,  1.  X,  v.  95  et  suiv.  —  Delisle,  n®  1584.  —  //«/.  dt 
Guill.  le  Maréchal,  v.  16079.  —  Wendover,  II,  665.  —  Philippe  de 
France  étant  mort  trois  ou  quatre  ans  après,  sa  veuve  épousa  Gui  de 
C'hîUillon,  comte  de  Saint-Pol.  (Aubri  de  Troisfontaines,  902;  voy.  René 
de  Lespinasse,  J/ervr  de  iJonzy,  51  et  suiv.). 

2.  Pierre  Mauclerc  avait  des  droits  sur  ce  comté  par  sa  femme,  sœur 
utérine  d'Artur.  Le  12  août  1215,  Jean  sans  Terre  lui  avait  promis  de 
lui  donner  tout  ce  qui  lui  appartenait  en  Angleterre,  s'il  se  mettait  à 
son  service  {Litt.  pat.,  152  ^').  Mais  le  comte  de  Bretagne  était  alors  de 
trop  fraîche  date  l'obligé  de  Philippe-Auguste  pour  songer  à  le  trahir. 

3.  Hymer,  I.  part,  i,  lil. 

4.  Tons  ces  renseignements  sont  fournis  par  TA  non.  deBéth.,  f.  60  et 
!'///>/.  des  ducs  de  Novm.^  1G5  et  suiv.  et  179.  —  La  liste  de  TAnonyme 
est  à  peu  près  reproduite  dans  les  Islorc  et  rron.  de  Flandre^  122-123. 
—  Ours  de  la  ('hapelle,  chambellan  de  Philippe-Auguste,  était  parti- 
culièrement attaché  au  service  de  Louis;  il  porte  dans  une  charte  le 
titre  do  «  domini  Ludovici  domini  régis  primogeniti  cambellanus.  » 
(Bib.  AV//.,  collect.  Mnreau,  vol.  130,  f.  154). 

5.  I/i'st.  des  ducs  de  \orm.,  167.  —  Wendover,  II,  572,  628-629, 634. 


DÉPART  POUR  L'ANGLETERRE  99 

redoutés  de  ce  temps  ;  né  d'une  famille  noble  de  l'Artois,  il 
était  entré  au  monastère  de  Saint- Vulraer  ;  il  jeta  bientôt  le 
froc  aux  orties  et  devint  sénéchal  du  comte  de  Boulogne  ;  mais 
il  se  brouilla  avec  son  maître  et  alla  offrir  son  bras  à  Jean 
sans  Terre;  puis,  vers  1213,  il  abandonna  le  roi  d'Angleterre 
pour  passer  au  service  de  Philippe-Auguste.  Ce  pirata  fortis- 
simusy  par  la  terreur  qu'il  sema  dans  la  Manche  pendant  de 
longues  années,  acquit  une  célébrité  qui  dura  jusqu'à  la  fin 
du  XIII®  siècle;  pour  expliquer  son  audace  et  ses  hauts  faits, 
on  disait  qu'il  avait  été  instruit  dans  la  sorcellerie  par  les 
Maures  d'Espagne,  et  le  roman  qu'on  a  composé  sur  sa  vie  est 
une  énumération  d'exploits  magiques*.  Pendant  tout  le  cours 
de  l'expédition  de  Louis  de  France  il  eut  avec  ses  frères  la 
direction  des  opérations  navales  ;  «  si  s'estoit  molt  penés  de 
«  cel  afaire;  maintes  fois  en  ot  la  mer  passée,  comme  chil  qui 
«  moult  en  savoit  »  *. 

Le  départ  fut  fixé  au  vendredi  20  mai  1216,  à  9  heures  du 
soir*.  Les  nefs  étaient  réunies  dans  le  port  de  Calais.  A  l'heure 
dite,  Louis  «  fist  ses  trompes  soner  et  comanda  à  sigler  ». 
La  nuit  fut  mauvaise;  un  vent  violent  s'était  levé  du  nord- 
est  et  la  traversée  menaçait  d'être  laborieuse.  Plusieurs  che- 
valiers se  noyèrent  et  déjà  l'on  parlait  de  retour.  Louis,  «  qui 
«  trop  hardis  estoit  »,  voulut  continuer  son  voyage.  Un  certain 
nombre  de  ses  compagnons,  entre  autres  Enguerran  de  Couci, 
Tabandonnèrent  alors  et  reprirent  le  chemin  de  Calais,  où  ils 
retrouvèrent  le  comte  de  Nevers,  qui,  parti  en  retard  au  milieu 
de  la  nuit  et  de  la  tourmente,  avait  vainement  essayé  de  rejoin- 
dre la  flotte.  Ces  chevaliers  ne  trahirent  point  leur  devoir  et 
prirent  la  mer  dès  que  le  calme  fut  revenu,  fort  inquiets  du  sort 

1.  Voy.  le  Roman  (TEustache  le  Moine,  édit.  Foerster.  Les  exploits 
du  fameux  pirate  devaient  exciter  le  patriotisme  local  des  historiens 
boulonnais.  On  trouvera  dans  la  Revue  du  Nord  (1893, 1*^'  sem.,  p.  15, 
41,  82,  117)  une  longue  étude  de  M.  Malo  sur  Eustache  le  Moine.  La 
notice  de  M.  Deseille,  dans  Mèm,  Soc.  Acad.  de  Boulogne-sur- Mer,  IX, 
408,  est  très  brève;  cet  auteur,  sous  le  titre  d'o  Eustache  le  Moine, 
«  Chronique  boulonnaise  »  (Boulogne-sur-Mer,  1878,  in-4),  a  composé 
an  roman  historique  regrettable.    * 

2.  ffisl,  des  ducs  de  Norm.^  167.  —  Les  frères  d'Eustache  le  Moine 
sont  nommés  dans  le  texte  de  la  paix  de  1217. 

3.  Chron,  du  chanoine  de  Laon,  719.  —  Hist.  des  ducs  de  Norm., 
168.  —  Cf.  Fragm,  de  Vhist.  de  PhiL-Aug.,  f.  166  v®.  La  flotte  anglaise 
venait  d'être  dispersée  par  la  tempête  dans  la  nuit  du  18  au  19  et  Louis 
voulait  profiter  ae  Toccasion. 


100  ARRIVEE   DE   LOUIS 

de  rhéritier  royal  '.  Celui-ci  n'avait  que  sept  nefs  avec  lui  lors- 
qu'il arriva  le  21  mai  en  vue  du  cap  Northforeland.  Il  pouvait 
débarquer  soit  à  Sandwich,  soit  à  Stonor,  dans  Tile  de 
Thanet:  c'étaient  là  les  deux  ports  de  Londres*.  Averti  sans 
doute  que  Sandwich  était  gardé,  Louis  cingla  vers  Stonor. 
Il  tint  à  débarquer  le  premier.  De  la  foule  qui  l'attendait  sur 
le  rivage,  un  prêtre  se  détacha,  portant  un  crucifix;  Louis 
voulut  sauter  à  terre,  mais  il  tomba  dans  l'eau;  il  baisa  le 
crucifix  et  planta  enfin  sa  lance  sur  le  sol  anglais  ^ 

Guillaume  le  Breton  prétend  que  Jean  sans  Terre  atten- 
dait Louis  de  France,  mais  que  celui-ci,  malgré  les  fatigues 
du  voyage  et  Tinfériorité  momentanée  de  ses  forces,  ordonna 
l'attaque  et  força  son  adversaire  à  fuir*.  C'est  une  erreur. 
Jean  sans  Terre  avait  réuni  à  Douvres  une  belle  flotte  très 
supérieure  à  celle  de  Louis,  et  comptait  bloquer  et  incendier 
les  nefs  françaises  dans  le  port  de  Calais.  Mais  dans  la  nuit 
du  18  au  19  mai,  une  tempête  s'éleva  et  dispersa  sa  flotte; 
découragé,  il  se  retira  le  20  à  Cantorbéry.  Il  apprit  le  lende- 
main que  les  nefs  ennemies  étaient  signalées.  Il  partit  le  22 
pour  Sandwich  et  de  cette  ville  il  put  voir  les  voiles  fran- 
çaises à  Stonor.  L'occasion  de  surprendre  son  adversaire 
était  déjà  perdue  ;  car  le  comte  de  Nevers  et  la  plupart  des 
autres  retardataires  venaient  de  rejoindre  le  fils  de  Philippe- 
Auguste.  D'ailleurs  Jean  n'avait  pas  confiance  dans  ses  mer- 
cenaires et  le  vieux  Guillaume  le  Maréchal  lui-même  lui 
conseilla  de  ne  point  tenter  l'attaque.  Après  avoir  chevauché 
quelque  temps  sur  la  côte,  désespéré,  le  roi  d'Angleterre 
éperonna  son  destrier  et  prit  la  fuite  vers  Douvres,  sans  vou- 
loir parler  à  personne.  Le  28  il  arriva  à  Winchester.  Il  prit 
quelques  mesures  de  défense,  fit  demander  des  vaisseaux  à  la 
commune  de  Bayonne  ;  mais  d'autres  lettres  montrent  qu'il 
était  complètement  découragé  \ 


1.  Fragm.  de  Ihist.  de  PhiL-Aug.,   f.  166  vo-167.  —  Coggeshall,  18t. 

2.  Burrows,  Citigue  Ports,  31-32.  Le  détroit  oui  séparait  autrefois 
Tîle  de  Thanet  du  comté  de  Kent  est  maintenant  aessécné. 

3.  Fragm.  de  Vht'st.  de  Phil.-Aug.,  f.  167.  —  Ann,  de  Dunstaph,  45. 
—  Wendover,  II,  653.  —  J/ist.  des  ducs  de  Norm.,  168. 

4.  CAron.,  §221. 

5.  I/ist.  des  ducs  de  Norm.,  167  et  suiv.  —  Fragm,  de  Vhisi,  de 
Phil.-Aug.,  f.  167.  —  Anon.  de   Béth.,  f.  60.  --  Coggeshall,  181.  — 


ARRIVEE  DE   LOUIS  101 

Dès  le  23  mai,  Louis  était  passé  à  Sandwich,  «  où  il 
a  adressa  une  allocution  bienveillante  aux  Anglais  qui  étaient 
«  venus  à  sa  rencontre  ».  On  trouva  dans  la  ville  beaucoup  de 
vivres  et  de  marchandises.  Louis  s'empara  des  nefs  du  roi 
d'Angleterre,  les  joignit  aux  siennes  et  renvoya  toute  la  flotte 
en  Artois;  c'était  une  façon  de  brûler  ses  vaisseaux*.  Guil- 
laume le  Conquérant,  une  fois  débarqué  et  victorieux,  avait 
marché  rapidement  sur  Douvres  et  n'était  entré  à  Londres 
qu'après  avoir  mis  la  main  sur  cette  «  clef  de  l'Angleterre  ». 
Mais  Louis  de  France  avait  hâte  de  se  montrer  aux  barons 
qui  Tattendaient  depuis  six  mois  ;  or  le  siège  de  Douvres 
menaçait  d'être  long.  On  se  dirigea  donc  immédiatement  vers 
Londres.  Le  château  de  Cantorbéry  fut  rendu  sans  résistance'; 
il  est  probable  que  Louis  reçut  bon  accueil  des  moines  de 
l'Église  du  Christ,  qui  avaient  eu  autrefois  recours  à  Philippe- 
Auguste,  dans  leur  lutte  contre  les  archevêques'*;  en  revanche 
il  ne  put  fléchir  Alexandre,  abbé  de  Saint- Augustin.  Ce  prélat 
était  le  frère  de  lait  et  l'ami  de  Jean  sans  Terre  ;  au  moment 
où  il  apprit  l'approche  des  Français,  il  avait  à  sa  table  Galon 
de  Beccaria,  qui  dut  s'enfuir  précipitamment.  Malgré  la  lettre 
que  Louis  lui  avait  envoyée  et  dont  nous  avons  donné  plus 
haut  l'analyse,  en  dépit  des  promesses  et  des  menaces,  l'abbé 
Alexandre  «  comme  un  autre  Alexandre  le  Grand  le  Magna- 
«  nime  »  refusa  de  désobéir  au  Saint-Siège,  qui  lui  ordonnait 
d'excommunier  les  ennemis  de  Jean.  Louis  de  France  se  con- 
tenta de  mettre  dans  la  ville  une  bonne  garnison  ;  puis,  ayant 
été  rejoint  par  les  chevaliers  français  de  Londres  et  un  grand 
nombre  d'Anglais,  il  continua  saroute\  Le  30  mai  Rochester 
fut  pris.  Beaucoup  de  barons  vinrent  dès  ce  moment  faire 


Barnwell,  229.  —  Ann.  de  Dumtaple,  46.  —  Ann.  de  Winchesier^  82. 
—  Jean  de  Tayster,  H,  172.  —  Rymer,  I,  part,  i,  141-142.  —  Lia. 
elaus.j  I,  273  *».  —  Lia.  pat,,  186,  188.  —  Itiner.  ofJohn, 

\.  Afin,  de  Duns tapie,  45.  —  Anon  de  Béth.,  f.  60.  —  Jlist.  des  ducs 
deNorm,,  170. 

2.  Ann.  de  Dunstaple,  46.  —  Hist.  des  ducs  de  Norm.,  171.  —  Fragm. 
de  Vhist.  de  Phil.-Aug.,  f.  167  vo. 

3.  Epistolœ  Cantuarienses,  10,  86,  146,  155,  222,  etc..  Voy.  aussi 
V Introduction  de  Stubbs. 

4.  Thorne,  Gesta  abbalum,  etc.,  col.  1864-1865  et  1868-1870.  — 
Dugdale,  Monasticon  anglicanum,  I,  122.  —  Cf.  Pressuti,  n»  50.  — 
Ann.  de  Dunstaple,  46.  —  Barnwell,  230.  —  Mousket,  v.  22565  et 
8ufv. 


102  LOUIS  DE  FRANCE  A  LONDRES 

hommage  au  fils  de  Philippe-Auguste.  Tels  furent  les  comtes 
de  Winchester,  de  Hcrtford,  d'Essex,  d'Oxford,  Robert  Fils- 
Gautier,  Guillaume  le  Maréchal  le  jeune,  etc..  *. 

Après  avoir  reçu  la  soumission  des  autres  châteaux  qu'il 
trouva  sur  sa  route,  Louis  entra  à  Londres,  le  2  juin.  «  Li 
«  bourgois  de  la  ville  alerent  encontre  lui,  qui  grant  joie  orent 
«  de  sa  venue.  »  11  alla  prier  à  Saint-Paul,  au  milieu  d'un 
grand  concours  de  peuple,  et  le  clergé  fit  une  procession  en 
son  honneur.  Cependant,  même  en  ce  premier  jour  d'allé- 
gresse, le  triomphe  des  fleurs  de  lis  ne  fut  point  complet.  Les 
gens  qui  tenaient  la  tour  de  Londres  au  nom  de  l'archeTéque 
de  Cantorbéry  refusèrent  de  la  rendre  :  ils  ne  devaient  s'y 
résigner  que  le  6  novembre  suivant  ;  enfin  l'abbé  de  West- 
minster refusa  de  recevoir  les  Français.  Le  lendemain,  au 
palais  de  Westminster,  Louis  reçut  les  hommages  d'un  certain 
nombre  de  barons  ;  Guillaume  Hardel,  maire  de  Londres,  et 
un  grand  nombre  de  bourgeois  lui  jurèrent  fidélité  dans  le 
cimetière  de  l'église  Saint-Paul  ;  de  son  côté  il  fit  serment 
sur  les  évangiles  do  rendre  à  tous  les  bonnes  lois  et  à  chacun 
son  héritage*.  Puis  il  envoya  des  lettres  au  roi  d'Ecosse  ainsi 
qu'aux  barons  qui  ne  lui  avaient  point  encore  fait  hommage, 
pour  les  sommer  de  se  soumettre^. 

Mais  son  adversaire  ne  faiblissait  point.  Je  veux  parler  de 
Galon  de  Beccaria,  et  non  pas  de  Jean  sans  Terre  ;  comme  le 
dit  le  continuateur  de  Robert  d'Auxerre,  «  le  roi,  au  milieu 
«  de  tous  les  malheurs  qui  l'accablaient,  n'avait  plus  de  nerfs 
«  pour  agir;  en  son  lieu  et  place,  le  cardinal  combattit 
<(  comme  il  put,  tirant  du  fourreau  le  seul  glaive  dont  il  dis- 
«  posât,  le  glaive  de  Pierre*  ».  Cette  fois  encore  on  vit  une 


1.  Hist.  des  ducs  de  Xorm.f  171.  —  Chron.  de  Merion  (pièce  justifie, 
n»  ni).  —  Afin,  de  Waveriey,  285.  —  Chron.  de  Melsa,  I,  396. 

2.  Nist.  des  ducs  de  Sorm.,  171-172.  —  Coggeshall,  181,  —  Bam- 
well,  230.  —  Chron.  de  Merion  (pièce  justifie,  n®  III).  —  Ann.  de  Wa- 
verley,  285-286.  — .Iww.  de  Stanley,  523.  —  De  Antiq.  leg.  liber,  append.y 
202.  —  Wendover,  11,654:  «  Ille  vero,  tactis  sacrosanctis  Evangiliis, 
«  iuravit  quod  singulis  eorum  bonas  leges  redderet,  simul  et  amissas 
«  nereditates  ».  — Brut  y  Tywysogion,  293,  trad.  angl.  :  «  Began  toaward 
«  to  ail  of  them  their  légal  daims.  »  —  Même  mention  dans  le  Fragm. 
de  Vhist.  de  Ph.-Aug..  f.  167  v". 

3.  Wendover,  II,  654.  —  Ayloffe,  Calendar,  p.  327. 

4.  Robert  d'Auxerre,  Contin.  11,  281. 


INNOCENT   III   ET  LE   LEGAT   GALON  103 

grave  question  politique  tranchée  par  riniliative  d'un  légat. 
Innocent  III  pour  sa  part  était  encore  hésitant  ;  c'est  ce  que 
montre  fort  bien  la  lettre  envoyée  vers  le  10  mai  à  Louis  de 
France  par  les  trois  agents  qu'il  avait  dépêchés  auprès  du 
Saint-Siège.  Ils  avaient  vu  le  pape  une  première  fois  le  8  mai. 
«  Quand  nous  entrâmes,  disent-ils,  il  était  gai,  mais  il  devint 
«  triste  en  nous  voyant.  Nous  lui  présentons  nos  lettres  et  le 
«  prions  d'agréer  vos  salutations.  Il  nous  répond:  votre  sei- 
«  gneur  n'est  point  digne  de  notre  salut.  »  Cependant  il  se 
déclara  prêt  à  entendre  leurs  raisons,  et  le  10  eut  lieu  la  dis- 
cussion que  nous  avons  exposée.  A  la  fin  le  pape  s'écria  en  se 
frappant  la  poitrine  avec  de  grands  soupirs  :  «  Hélas  !  En 
«  cette  affaire  TÉglise  de  Dieu  ne  peut  échapper  à  la  confu- 
a  sion.  Si  le  roi  d'Angleterre  est  vaincu,  nous  sommes 
«  confondu  par  sa  propre  confusion,  car  il  est  notre  vassal 
«  et  nous  sommes  tenu  de  le  défendre.  Si  le  seigneur  Louis 
«  est  vaincu,  ce  qu'à  Dieu  ne  plaise,  l'Église  romaine  est 
«  frappée  par  le  coup  qui  le  frappe,  et  nous  regardons  comme 
«  nôtre  sa  blessure.  Nous  l'avons  toujours  considéré  et  le 
a  considérons  encore  comme  le  bras,  la  consolation  et  le 
«  refuge  de  l'Eglise  romaine  dans  toutes  les  occurrences,  dans 
«  l'infortune,  dans  la  persécution.  »  Et  il  ajouta  qu'il  aime- 
rait mieux  mourir  que  de  voir  en  cotte  circonstance  arriver 
malheur  au  fils  de  Philippe-Auguste.  11  congédia  les  trois 
envoyés  sans  avoir  rien  résolu.  Sur  le  conseil  de  quelques 
cardinaux,  les  agents  de  Louis  prirent  patience,  espérant 
qu'Innocent  III  se  prononcerait  le  jour  de  T Ascension  \  Nous  ne 
savons  pas  ce  qui  eut  lieu  ensuite  à  Rome  ;  mais  dès  le  len- 
demain de  l'Ascension,  c'est-à-dire  le  20  mai,  le  légat  débar- 
qua à  Romney,  «  pour  aidier  et  conforter  le  roi  et  por  faire 
ce  justice  de  cels  qui  encontre  lui  estoient  ne  seroient  ».  Jean 
sans  Terre  vint  le  recevoir  avec  de  grandes  démonstrations 
de  joie  et  d'amitié.  Comme  tous  les  légats  qui  passaient  la  mer. 
Galon  portait  le  même  costume  que  le  souverain  pontife  et 
chevauchait  sur  un  palefroi  blanc  ■  ;  ne  se  conduisait-il  point 
du  reste  en  véritable  pape  ?  Tandis  qu'Innocent  III  se  lamcn- 


1.  Wendover,  II,  656-657. 

2.  Hist.  des  ducs  de  Norm.^  168  1G9. 


104  LOUIS   DE   FRANCE   EST   EXCOMMUNIE 

tait,  son  légat  agissait.  Lors  du  débarquement  des  Français, 
Jean  sans  Terre  s'était  enfui  à  Winchester;  Galon  vint  le 
rejoindre  e(  sur  son  ordre,  au  son  des  cloches  et  à  la  lumière 
des  cierges,  Tévèque  Pierre  des  Roches  excommunia  solennel- 
lement Louis  de  France  et  ses  complices  et  défendit  de  célé- 
brer loffice  divin  en  leur  présence  *  (29  mai).  On  voit  par  les 
documents  pontificaux  que  cette  sentence  frappait  non  seule- 
ment les  Français  et  les  Anglais  qui  avaient  pris  les  armes 
contre  Jean,  mais  tous  ceux  qui  avaient  favorisé  d'une  façon 
quelconque  les  projets  de  Louis*.  Le  christianisme  ne  connais- 
sait point  ici-bas  de  peine"  plus  terrible  que  celle-là.  «  Lorsque 
«  le  pécheur  est  excommunié,  dit  Honorius  III  dans  un  de  ses 
c(  sermons,  c'est  comme  une  feuille  qui  est  arrachée  de  la 
«  moisson  du  seigneur'  ».  Sur  un  ton  moins  noble,  le  frère 
prêcheur  Gilles  de  Liège  s'écriait  :  «  J'aimerais  mieux  avoir 
c(  en  ma  compagnie  dix  mille  diables  qu'un  seul  excommu- 
«  nié  ».  Cependant  Toffet  des  sentences  ecclésiastiques  était 
bien  affaibli  à  cette  époque  :  on  vit  Erard  de  Brienne  rester 
fort  longtemps  excommunié  sans  qu'il  en  parût  gêné  et  trouver 
des  partisans  même  parmi  les  gens  d'église.  Comme  l'a  re- 
marqué M.  Hauréau,  il  y  avait  déjà,  si  grande  que  fût  encore 
l'influence  de  l'Église,  une  opinion  publique  qui  ne  ratifiait 
pas  toutes  les  sentences  des  prélats  \  Il  est  vrai  qu'à  la  nou- 
velle du  châtiment  qui  les  frappait,  certains  compagnons  de 
Louis  rentrèrent  en  France:  nous  savons  qu'il  en  fut  ainsi 
pour  le  comte  de  Rouci*;  mais  ce  seigneur  s'était  embarqué  à 
contre-cœur,  et  de  sa  part  l'obéissance  aux  décrets  du  légat 
pouvait  n'être  qu'un  prétexte.  En  tout  cas  il  n'y  eut  que 
cinq  églises  à  Londres  où  l'on  respectât  l'interdit  ;  sur 
l'ordre  du  doyen  Gervais  de  Hobruges,  les  chants  religieux 
continuèrent  à  retentir  dans  Saint-Paul  et  le  chapelain  de 

1.  Barnwell,  230.  —  Ann.  de  Winchester,  82.  —  Annales  Winlon- 
Waverley,  187-188.  —  Ilisl.  des  ducs  de  Norm,^  169.  —  Wendover,  II, 
654. 

2.  Pressuti,  n»  1615. 

3.  Opéra  omin'a,  t.  I,  sermon  xx,  c.  810. 

4.  Art.  de  M.  Hauréau  sur  un  poème  attribué  à  Walter  Mapcs.  \oL 
et  Extr,  des  Mss.,  XXIX,  273-274.  —  D'Arbois  de  Jubainvillc.  op.  cit.. 
IV,  part.  I,  182. 

5.  Lettre  de  l'abbé  de  Prémontré  à  Innocent  III,  écrite  entre  le  29  mai 
et  le  16  juillet  1216,  dans  H.  F.,  XIX,  605.  —  Pressuti,  n«  125. 


LE   ROI   JEAN   EST   ABANDONNÉ  105 

Louis  ainsi  que  ceux  des  barons  célébcgrent  la  messe  dans 
les  camps.  Simon  de  Langlon  et  le  doyen  de  Saint-Paul,  pour 
justifier  cette  rébellion,  disaient  que  Louis  en  avait  appelé  du 
pape  mal  informé  au  pape  mieux  informé  et  qu'en  atten- 
dant la  décision  définitive  du  pontife,  toute  sentence  de  ce 
genre  était  vaine*. 

Les  foudres  du  légat  ne  ramenèrent  personne  dans  le  parti 
des  Plantagenets  et  n'empêchèrent  même  point  de  nouvelles 
défections.  Le  roi  d'Ecosse  vint  au  mois  d'août  faire  hom- 
mage au  rival  de  Jean  sans  Terre  ;  Louis,  qui  essayait  alors 
de  prendre  Douvres,  se  porta  à  sa  rencontre  jusqu'à  Cantor- 
béry  et  revint  avec  lui  devant  la  ville  assiégée  ;  Alexandre  II 
lui  fit  hommage  sous  la  même  forme  que  les  barons,  pour  la 
terre  de  Lennox.  Louis  jura  en  retour  do  ne  point  conclure  de 
paix  sans  être  d'accord  avec  lui.  Le  jeune  roi  reprit  ensuite 
le  chemin  du  nord  *.  Enfin  Jean  sans  Terre  voyait  peu  à  peu 
déserter  ses  fidèles  ;  les  comtes  de  Varenne,  d'Oxford, 
d'Aumale,  d'Arundel,  le  comte  de  Salisbury  lui-môme  et 
beaucoup  d'autres  étaient  venus  dès  le  mois  de  juin  faire 
hommage  à  Louise  Parmi  les  hauts  barons  anglais,  si  l'on 
met  à  part  ceux  qui  tenaient  les  grands  offices  de  la  couronne, 
le  comte  de  Chester  resta  à  peu  près  seul  fidèle  au  Plantagenet*. 
Les  seigneurs  qui  abandonnaient  si  tardivement  un  prince 
depuis  si  longtemps  détestable  n'agissaient  point  sans  doute 
pour  des  motifs  politiques  ;  il  y  en  avait  que  Jean  sans  Terre 
s'était  aliénés  pour  des  raisons  intimes  ;  tel  était  Guillaume 
Longespée,  qui  avait  soudain  été  informé  des  relations  inces- 
tueuses entretenues  par  sa  femme  avec  le  roi*.  Beaucoup 
d'autres  durent  faire  défection  pour  un  motif  moins  noble. 
Jean  n'avait  plus  d'argent  ;  les  Rôles  de  la  pipe  ne  furent 
dressés  cette  année-là  pour  aucun  comté,  ce  qui  prouve  que 


1.  Iltst.  des  ducs  de  Norm.,  171-172.  —  Wendover,  II,  655. 

2.  Hist.  des  ducs  de  Norm.,  179  :  c»  Lendemain  fist  li  rois  son  hou- 
«  mage  a  Looys  de  la  tierre  de  Loonnois.  »  Francisque  Michel  suppose 
qu*il  s'agit  de  la  terre  de  Lennox.  —  Chron.  de  Mailros,  123-124.  — 
Wendover,  IL  666. 

3.  Hist,  des  ducs  de  Norm.,  174.  —  Barnwell,  231.  —  Coggcshall,  182. 

4.  Afin,  de  Worcester^  406. 

5.  Guill.  le  Bret.,  Chron.,  §  222. 


106  succès  DE  LOUIS  DE  FRANCE 

nulle  rente  n'arrivait  plus  au  trésor  royal.  Or,   comme  le 
constate  le  biographe  de  Guillaume  le  Maréchal  : 

Or  fait  bien  isi  à  saveir 

Quant  li  reis  n'ont  plus  de  Faveir, 

Qu'ove  lui  remest  poi  de  gent  *. 

Cetait  là  pour  Louis  de  France  un  puissant  motif  de 
succès.  Si  Jean  avait  pu  conserver  les  quinze  mille  merce- 
naires qu'il  avait  engagés,  ses  ennemis  seraient  peut-être 
restés  bloqués  dans  Londres.  Mais  la  débandade  avait  com- 
mencé avant  l'arrivée  de  Louis  ;  nous  avons  un  acte  du 
17  mars  1216  par  lequel  Jean  sans  Terre  promet  à  une  centaine 
de  chevaliers  étrangers  de  les  rapatrier,  à  moins  qu'ils  ne 
veuillent  rester  à  son  service  sans  gages,  «  pour  l'amour  de 
lui'  ».  Lorsque  Louis  eut  débarqué,  la  plupart  des  merce- 
naires abandonnèrent  le  roi  d'Angleterre  ;  les  uns  rentrèrent 
dans  leurs  foyers,  les  autres  passèrent  au  service  du  fils  du 
roi  de  France,  leur  seigneur  naturel  ;  parmi  ces  derniers  on 
peut  citer  l'auteur  de  ï Histoire  des  ducs  de  Normandie  et  des 
rois  d'Anglelerre,  qui  était  probablement  un  ménestrel  des 
environs  de  Béthuno^ 

Louis  de  France  commença  immédiatement  la  campagne  de 
conquête.  11  partit  do  Londres  le  G  juin  ;  le  7  il  reçut  la  sou- 
mission du  château  do  Rogate,  en  Sussex;  le  8  celle  de  Guild- 
fort,  en  Surrey  ;  le  11  celle  de  Farnham.  Puis  il  se  dirigea 
vers  Winchester,  où  se  trouvait  son  adversaire.  Jean  avait 
manifesté  l'intention  de  se  défendre  et  belliqueusement  arboré 
le  dragon  comme  insigne  de  guerre  ;  mais  à  l'approche  de 
Tennemi  il  s'empressa  do  fuir  avec  Pierre  des  Roches,  lais- 
sant Winchester  à  la  garde  de  Savari  de  Mauléon,  qui  mit  le 
feu  aux  faubourgs.  Les  habitants  éteignirent  Tincendie  et  se 
rendirent  à  Louis  de  France  (14  juin).  Après  avoir  essayé 
pendant  une  semaine  et  demie  de  défendre  le  château  du  roi  et 


1.  V.  15117-15119. 

2.  Bot.  Chart..  221  •»  —222  ^  et  K 

3.  Barnwell,  230.  — Wendover,  11,655.  —  Reincri  Annales,  674.  — 
Mousket,  V.  25583  et  suiv.  —  Sur  l'auteur  de  Vllist.  de^ducs  de  Aorm., 
voy.  notre  Introduction. 


CONQUÊTE  DE  l' ANGLETERRE   ORIENTALE  107 

celui  de  Tévêque,  Savari  de  Mauléon  capitula  et  alla  rejoindre 
Jean.  Les  Français  assiégèrent  ensuite  le  château  d'Odi- 
ham,  qui  appartenait  aussi  à  1  evêque  de  Winchester  et  était 
gardé  par  trois  chevaliers  et  dix  sergents  ;  la  petite  garnison 
se  rendit  au  bout  de  trois  jours  (9  juillet).  Louis  reçut  là  un 
message  de  Hugue  do  Neuville,  qui  avait  été  chargé  de  garder 
le  château  de  Marlborough  et  se  déclarait  prêt  à  le  rendre*. 
Enfin  les  barons  des  Cinq-Ports  jurèrent  fidélité  à  Louis  ;  le 
comte  de  Varenne,  auquel  Jean  sans  Terre  avait  confié  la 
défense  des  côtes,  était,  comme  nous  Tavons  vu,  passé  dans 
le  camp  des  rebelles*.  Les  comtés  du  sud-est  furent  en  somme 
très  facilement  soumis  ;  Douvres  seul  restait  imprenable. 
Pendant  ce  temps  Tarmée  des  barons,  sous  la  conduite  de 
Robert  Fils-Gautier,  de  Guillaume  de  Huntingfield  et  de 
Guillaume  de  Mandeville,  réduisait  TEssex,  le  Sufi'olk  et  le 
Norfolk.  Gilbert  de  Gant  fut  envoyé  aussi  dans  le  nord  pour 
s'opposer  aux  sorties  des  garnisons  que  Jean  avait  placées  à 
Nottingham  et  à  Newark  afin  de  dévaster  dans  cette  région 
les  domaines  des  barons  ;  tout  le  Lincolnshire,  sauf  le  châ- 
teau du  chef-lieu,  tomba  entre  les  mainâ  de  Gilbert,  qui  avait 
reçu  de  Louis  l'investiture  du  comté.  Enfin  Richard  de  Perci 
et  d'autres  barons  soumirent  la  province  d'York,  tandis  que 

m  _ 

le  roi  d'Ecosse  conquérait  le  Northumberland.  Guillaume  le 
Maréchal  le  jeune  occupa  aussi  Worcester  au  nom  de  Louis  ; 
mais  cette  ville  fut  reprise  le  17  juillet  par  le  comte  de  Ches- 
ter  et  Fauquet  de  Bréauté  ;  Exeter  et  Ely,  qui  formait  alors  un 
îlot  au  milieu  des  marécages,  ne  purent  non  plus  être  soumis'. 
On  voit  que  vers  la  fin  de  juillet  Louis  avait  en  somme 
sous  sa  puissance  la  plus  grande  partie  de  TAngleterre  orien- 
tale. Dans  cette  région,  trois  fortes  places  seulement  étaient 
restées  inexpugnables  et  servaient"  à  l'ennemi  de  centres 
d'opération  :  Lincoln,  Windsor  et  Douvres.  Un  assez  grand 


1.  Ilisi.  des  ducs  de  Norm.,  172etsuiv.  —  Ann.  de  Waverley,  285. — 
Ann.  de  Winchester,  82. — Ann.  Winton-Waverley,  188.  —  Coggeshall, 
182.  —  Wendover,  II,  655.  —  Mousket,  v.  22574  et  suiv.  —  Chronique 
de  1157  à  1245  (Brit.  Mus.  ms.  Sloane  n°  18*6),  f«  134. 

2.  Lilt.  Pai.,  184  —  Rymer,  I,  part,  i,  143  (Cf.  Duffus  Hardy,  Syllabu^s, 

III,  XII). 

3.  Wendover,  II,  655-656,  663.  —  Ilist.  des  ducs  de  Norm.,  172.  — 
Ann,  de  Worcester  y  406-407.  —  Ann,  de  Dunstaple,  M  et  suiv. 


108  PREMIER  SIÈGE  DE  DOUVRES 

nombre  d'autres  châteaux  n'avaient  point  capitulé,  mais  on 
avait  conclu  des  trêves  avec  les  châtelains  ^  Quant  à  Jean 
sans  Terre,  depuis  qu'il  avait  quitté  Winchester,  il  errait 
dans  les  comtés  de  Touest,  le  Dorsetshire,  le  Wiltshire  et  le 
Gloucestershire  ;  il  avait  fortifié  Corfe,  Wallingford,  Warham, 
Bristol  et  Devize  ;  mais  ses  deux  ennemis  Louis  de  France 
et  Llewelyn  le  Gallois  le  tenaient  enserré*. 

Avant  de  s'enfoncer  vers  l'ouest,  Louis  jugeait  prudent  de 
s'emparer  de  Douvres,  pour  «  rendre  libre  Taccès  de  l'Angle- 
terre ^»  et  aussi  pour  mettre  fin  aux  sorties  meurtrières  de  la 
garnison.  Après  de  vaines  négociations  de  paix  avec  le  légat, 
il  alla  mettre  le  siège  devant  cette  place,  le  25  juillet.  Jean  y 
avait  laissé,  sous  le  commandement  de  Hubert  de  Bourg  et  de 
Gérard  de  Sotteghem,  une  bonne  garnison  de  Flamands  et 
de  Poitevins,  où  l'on  comptait  cent  quarante  chevaliers  en- 
viron et  (le  nombreux  sergents  ;  le  château  était  solidement 
fortifié  et  bien  approvisionné.  C'était  le  château  qu'il  s'agis- 
sait de  prendre.  Quant  à  la  ville,  Louis  s'en  rendit  aisément 
maître.  Il  s'y  logea  dans  un  prieuré;  ses  troupes  s'établirent, 
qui  dans  les  maisons,  'qui  sous  des  tentes;  pour  montrer  aux 
assiégés  qu'on  était  décidé  à  rester  là  tant  qu'il  le  faudrait,  on 
construisit  à  l'entrée  de  la  ville  des  huttes,  des  cabarets,  qui 
donnèrent  à  ce  lieu  l'aspect  d'une  foire.  Une  flotte  bloquait 
la  place  par  mer.  Bref  tout  espoir  semblait  perdu  pour  les 
assiégés.  Mais  ils  défendaient  vaillamment  leur  vie  :  Louis 
n'avait-il  pas  juré  de  les  pendre  tous  ?  A  la  porte  du  nord-est,  il 
y  avait  une  barbacane  par  laquelle  ils  faisaient  des  sorties 
audacieuses.  Un  jour,  Louis  résolut  un  grand  assaut;  il  laissa 
quelques  troupes  dans  la  ville  et  monta  avec  le  reste  de  ses 
gens  sur  une  hauteur,  c'est-à-dire  évidemment  sur  le  plateau 
qui  s'étend  au  nord  du  château.  Là,  il  fit  dresser  ses  pier- 
rières  et  ses  mangonneaux  pour  battre  les  murailles,  et  ses 
mineurs,    abrités  par  un  chat  y  sorte  de   château    roulant, 

1.  Coggeshall,  182. 

2.  Wendover,  II,  656.  —  Iliner.  of  John. 

3.  «  ...  Introitum  Anglie  liberare  »  (Guill.  le  Bret.,  Chron.,  §  222). 
Selon  une  addition  de  Mathieu  de  Paris,  ce  fut  Philippe-Auguste  qui 
engagea  Louis  à  s'assurer  de  cette  place  :  «  Reprehensus  a  pâtre,  tiui- 
ff  quam  nescius  werre,  eo  quod  relicto  Castro  Dovere  progrederetar...» 
(^Chron.,  H,  66'i). 


PREMIER   SIEGE  DE   LINCOLN  109 

entrèrent  dans  le  fossé  et  se  mirent  à  pratiquer  une  excava- 
tion dans  les  remparts  ;  en  même  temps  les  chevaliers  atta- 
quèrent la  barbacane,  qu'ils  réussirent  à  prendre.  Les  mineurs 
parvinrent  à  faire  crouler  une  des  deux  tours  ;  une  partie  de 
Tarmée  française  entra  par  la  brèche,  mais  les  asssiégés 
repoussèrent  victorieusement  cette  attaque  et  comblèrent  le 
trou  avec  des  poutres  et  des  troncs  de  chêne.  Des  deux  côtés 
on  était  épuisé.  Louis  accorda  une  trêve  à  Hubert  de  Bourg 
pour  lui  laisser  le  temps  d'envoyer  un  message  à  Jean  sans 
Terre  ;  il  fut  convenu  que  si  Jean  n'envoyait  aucun  secours, 
Hubert  capitulerait,  puis  l'armée  française  se  retira  à  Londres 
(14  octobre)*. 

Pendant  ce  siège,  Louis  avait  été  rejoint  par  deux  armées 
de  barons.  La  première,  composée  de  Norois,  arriva  à  Douvres 
au  mois  d'août  en  même  temps  que  le  roi  d'Ecosse;  elle  venait 
de  faire  une  tentative  sur  Lincoln;  une  vieille  femme  qui  avait 
été  chargée  par  Jean  sans  Terre  de  garder  le  château  de  Lin- 
coln et  qui  jusqu'à  la  fin  de  la  guerre  s'acquitta  de  sa  tâche 
avec  vaillance  et  habileté,  dame  Nicole  de  la  Haie,  s'était  dé- 
barrassée des  Norois  en  leur  donnant  de  l'argent*.  Quant  à  la 
seconde  armée,  elle  était  formée  des  barons  de  Londres  com- 
mandés par  le  comte  de  Nevers  et  Robert  de  Dreux;  après  le 
départ  de  Louis,ils  avaient  pris  Cambridge  et  mis  le  siège  devant 


1.  Litt,  Clans. ^  I,  275.  —  Hist,  des  ducs  de  Norm.^  170,  176  et  suiv. 
—  Anon.  de  Béth.,  f.  61.  —  Mousket,  v.  22598  et  suiv.  —  Guili.  le 
Bret.,  Chron.  §  222.  —  Coggeshall,  182.  —  Barnwell,  232.  —  De 
Ant.  leg,  liber,  append.^  202.  —  Ann.  de  Waverley,  285.  —  Ann,  de 
Dunstaple,  46-47.  —  D'après  le  Fragm.  de  Vhist,  de  PhiL-Aug.,  f.  168, 
Louis  serait  allé  ensuite  secourir  le  roi  d'Ecosse  assiégé  dans  un  de  ses 
châteaux  par  le  roi  d'Angleterre.  Au  contraire,  selon  Roger  de  Wen- 
dover  (II,  664,  III,  4-5),  le  siège  de  Douvres  n'aurait  fini  qu'après 
la  mort  de  Jean  sans  Terre.  A  la  nouvelle  de  cet  événement,  Louis 
aurait  demandé  une  entrevue  à  Hubert  de  Bourg  et  lui  aurait  fait  les 
offres  les  plus  brillantes  pour  le  déterminer  à  se  rendre  et  à  passer 
dans  son  parti;  Hubert  de  Bourg  aurait  refusé.  L'anecdote  est  racontée 
d'une  façon  plus  détaillée  dans  une  addition  de  Math,  de  Paris  {Chron., 
m,  3-4)',  écrite  sur  un  ton  d'évidente  partialité  en  faveur  de  Hubert. 
Tous  ces  récits  sont  manifestement  erronés.  Les  chroniqueurs  les 
mieux  informés  indiquent  après  la  levée  du  siège  de  Douvres  le  retour 
de  Louis  à  Londres,  puis  la  mort  de  Jean  sans  Terre. 

2.  Barnweil,  230.  Cf.  le  récit  certainement  erroné  de  Roger  de  Wen- 
dover,  p.  665.  Je  ne  sais  s'il  faut  identifier  cette  armée  de  Norois  avec 
celle  de  Gilbert  de  Gant,  oui,  nous  l'avons  vu,  envahit  le  Lincolnshire 
en  juin  ou  juillet.  —  Sur  Nicole  de  la  Haie,  voy.  le  mémoire  que  nous 
avons  publié  dans  les  Mélanges  Julien  Havet, 


110  MORT  DE  JEAN   SANS   TERRE 

Windsor.  C'est  à  cette  occasion  que  pour  la  première  fois  Jean 
sans  Terre  prit  l'offensive.  Pendant  le  mois  d'août,  il  commença 
à  secouer  sa  torpeur,  fit  une  incursion  dans  le  pays  de  Galles 
et  incendia  quelques  châteaux*.  Sachant  Windsor  bloqué  et 
les  assiégeants  peu  nombreux,  il  dégarnit  ses  places  pour 
réunir  une  armée  et  le  6  septembre  il  arrivait  à  Reading; 
mais  à  la  nouvelle  que  l'ennemi  se  préparait  à  la  bataille,  le 
cœur  lui  manqua  encore  une  fois  et  il  alla  ravager  l'Essex  et 
le  Suffolk.  Les  barons  quittèrent  alors  Windsor  sous  prétexte 
de  le  poursuivre  ;  certains  chroniqueurs  accusent  le  comte  de 
Nevers  de  connivence  avec  le  châtelain  de  la  place  assiégée, 
qui  aurait  acheté  son  départ  ;  le  fait  est  assez  vraisemblable, 
car  le  comte  do  Nevers  ne  fit  pas  grand  effort  pour  atteindre 
Jean  et  revint  presque  immédiatement  à  Londres  pour  aller 
de  là  à  Douvres'. 

Cette  fin  d'été  n'avait  pas  été  très  fertile  en  succès.  Louis 
de  France  avait  réussi  seulement  à  désarmer  pour  quelque 
temps  le  redoutable  Hubert  de  Bourg;  ceux  qui  devaient 
réduire  Lincoln  et  Windsor  s'étaient  résignés  à  un  échec 
lucratif.  Un  hasard,  fort  malheureux  en  dépit  des  apparences, 
allait  compromettre  plus  gravement  encore  le  succès  de 
l'invasion.  Après  avoir  continué  sa  course  dévastatrice  dans 
les  comtés  de  Norfolk,  de  Cambridge,  de  Lincoln  et  de 
Nottingham,  Jean  arriva  le  12  octobre  1216  à  l'abbaye  de 
Swineshead;  là  il  tomba  malade,  pris  probablement  de 
dysenterie  pour  avoir  bu  trop  de  cidre,  et  il  mourut  le  19  du 
même  mois  à  Lafford^. 

Maintenant  que  Thomme  «  plus  souillé  que  l'enfer*  »  avait 


1.  Brut  y  Tywysogion^  292.  —  Ann.  de  Dunstaple,  47.  — //m.  ofjohn, 

2.  Les  meilleurs  récits  de  cette  campagne  de  Windsor  sont  ceux  de 
VUist.  des  ducs  de  Norm.,  177  et  suiv.,  de  Goggeshall,  182-183,  et  de 
Barnwell,  230-231.  Voy.  aussi  Ann.  de  Dunstaple,  47,  et  Itiner.  ofjohn. 
Le  récit  de  Wendover,  II,  664  et  suiv.,  est  plein  d^inexactitudes. 

3.  Barnwell,  231.  —  Goggeshall,  183-184.  — •  Wendover,  II,  667-668. 
—  Itiner,  of  John.  —  Les  chroniques  postérieures  (Th.  Wykes,  59; 
Ann.  de  Bermondsey,  453;  Eulog.  historiar.^  109  et  suiv.;  Gautier  de 
Hemingburgh,  I,  252  et  suiv.),  contiennent  sur  la  mort  de  Jean  une 
légende  plus  ou  moins  amplifiée  qui  n'a  aucun  fondement.  Voy.  Tart. 
de  S.  Pegge  dans  YArchœologia^  IV,  29  et  suiv.  ;  et  Notes  and  Querieê^ 
2«  série,  I,  57. 

4.  «  Sordida  fœdatur  fœdante  Johanne  gehenna  »  (Math,  de  Paris, 
Chron.y  II,  669). 


MORT  DE  JEAN  SANS  TERRE  111 

disparu,  le  peuple  anglais  persisterait-il  à  vouloir  changer  de 
dynastie?  11  convient  d'examiner  comment  la  domination 
capétienne  s'était  établie  et  comment  elle  avait  été  accueillie. 


CHAPITRE  VI. 

f:TAT  DE  L'ANGLETERRE  A  LA  MORT  DU  ROI  JEAN. 
LE  GOUVERNEMENT  DE  LOUIS  DE  FRANCE. 

«  Li  rois  Jehans  »,  écrit  l'auteur  de  V Histoire  des  ducs  de 
Normandie  et  des  rois  d'Angleterre,  «  moru  deshiretés  de  la 
«  plus  grant  partie  d'Engletierre  \  »  Le  chanoine  de  Barnwell 
nous  fait  un  tableau  bien  différent  de  la  situation.  Selon  lui, 
au  moment  de  la  mort  du  Plantagenet,  Louis  de  France 
avait  conscience  de  Timminence  d*un  échec  définitif  et  restait 
sur  la  côte  afin  de  pouvoir  rembarquer  au  premier  malheur 
qui  surviendrait.  Jean  possédait  des  châteaux  nombreux  et 
bien  fortifiés  par  lesquels  il  dominait  presque  tout  le  royaume  ; 
le  roi  d'Ecosse  et  les  Norois  étaient  traqués  ;  les  barons 
voyaient  partout  leurs  terres  dévastées  et  incendiées  ;  quant 
à  Tarméo  française,  elle  n'était  pas  assez  considérable  pour 
conquérir  un  tel  royaume.  Enfin  les  Anglais  commençaient 
à  se  lasser  de  subir  tant  d'épreuves  au  profit  d'un  étranger*. 

Malgré  l'extrême  pauvreté  de  nos  informations,  il  est  utile 
et  possible  de  discuter  la  valeur  de  telles  assertions  ;  le  cha- 
noine de  Barnwell  a  vu  les  événements  de  1216,  mais  il  les  a 
vus  de  son  couvent  et  Ton  peut  croire  qu'en  somme  il  n'était 
pas  beaucoup  mieux  renseigné  que  nous. 

Pour  ce  qui  regarde  l'étendue  de  la  domination  respective 
des  deux  rivaux,  la  question  est  impossible  à  résoudre  avec 
précision.  D'une  faron  générale,  Jean  maintenait  sous  son 
pouvoir  l'Angleterre  du  sud-ouest  (Shropshire,  Herefordshire, 
Gloucestershire,  Somersetshire,  Dorsestshire  et  une  partie 
du  Wiltshiro;  nous  ne  savons  rien  sur  le  Devonshire  et  la 
Cornouaille).   Il  disputait  encore  à  son  rival  les  comtés  du 


1.  P.  145. 

2.  Barnwell,  232-233. 


SITUATION  DES   DEUX  PARTIS  113 

centre  et  conservait  dans  l'est  quelques  places  fortes.  Mais 
les  inquiétudes  que  le  chanoine  de  Barnwell  prête  à  Louis 
de  France  paraissent  bien  invraisemblables  ;  la  balance  pen- 
chait certainement  en  sa  faveur.  Les  comtés  du  sud-est 
(Hampshire,  Sussex,  Surrey,  Kent,  Middlesex,  Essex,  Suffolk, 
Norfolk)  et  tous  ceux  du  nord,  depuis  le  Nottinghamshire 
et  le  Lincolnshire  jusqu'à  la  frontière  de  l'Ecosse,  reconnais- 
saient presque  entièrement  sa  domination  ;  le  pays  de  Galles 
tenait  pour  lui  ;  Jean  sans  Terre  avait  sans  cesse  perdu  du  ter- 
rain. Sans  doute,  pendant  les  mois  de  septembre  et  d'octobre, 
ce  prince  fit  une  campagne  dévastatrice  dans  le  centre  et  le 
nord  du  royaume  ;  mais  il  n'osa  pas  aborder  l'ennemi.  La 
situation  ne  pouvait  lui  devenir  favorable  que  si  les  révoltés 
demandaient  à  rentrer  en  grâce.  Naturellement  il  prit  des 
mesures  pour  les  y  induire.  La  politique  à  suivre  était  tout 
indiquée.  Jean  avait  des  espions,  chargés  de  prendre  exacte- 
ment les  noms  des  chevaliers  et  même  des  simples  sergents 
qui  s'étaient  déclarés  pour  Louis  de  France  * .  Quand  on  pou- 
vait saisir  les  domaines  de  ces  rebelles,  on  les  distribuait  à 
des  fidèles  ;  par  exemple,  Nicole  de  la  Haie  reçut  en  don  les 
terres  que  Guillaume  de  Huntingfield  possédait  dans  le  Lin- 
colnshire*. Mais  à  ceux  qui  manifestaient  du  repentir  ou  qu'on 
croyait  capables  de  tourner  casaque,  l'on  se  montrait  plein 
de  miséricorde  et  de  bon  vouloir.  C'est  ainsi  que  les  barons 
des  Cinq-Ports  furent  invités  le  2  septembre  à  quitter  le 
service  de  Louis  de  France  :  qu'ils  considèrent  comme  nul  le 
serment  qu'on  leur  a  arraché,  écrivait  Jean  sans  Terre  ;  que, 
loin  de  craindre  une  punition,  ils  espèrent  tout  de  leur  roi'. 
Des  lettres  patentes  étaient  expédiées  aux  rebelles  afin  de 
leur  apprendre  quelles  personnes  avaient  mission  officielle, 
dans  chaque  région,  pour  leur  accorder  grâce  ;  Galon,  Pierre 
des  Roches,  Nicole  de  la  Haie,  par  exemple,  servaient  d'in- 
termédiaires ;  on  pouvait  conférer  avec  eux  sous  les  garan- 
ties d'un  sauf-conduit  et  en  cas  d'entente  on  était  immédia- 


1.  Voy.   le  rapport  d'un  certain  Geoffroi  de  Ferland  :  Rymer,  I, 
part.  I,  114. 

2.  LiU.  Clans. j  I,  272  —  Voy.  aussi  Rymer  I,  part,  i,  143;  —  Excerp- 
ta  e  rotul  fin,,  1,  1  ;  —  Pressuti,  n»  37. 

3.  Rymer,  I,  part,  i,  143.. 

Cb.  Petit-Dutaillis.  Règne  de  Louis  VllL  8 


114  DITHYRAMBE  DE  GIRAUD  DE  BARRI. 

tement  absous  de  rexcommunication  \  Mais  en  dépit  de 
d'efforts,  les  documents  officiels  et  narratifs  mentionnem 
nombre  insignifiant  de  soumissions.  Celle  du  comte  d'Âui 
mérite  seule  d'être  notée  '. 

Le  chanoine  de  Barnwell  prétend  que  les  sentiments 
Anglais  commençaient  à  changer  à  l'égard  de  Louis 
France.  Cette  seconde  assertion  est  plus  difficile  encore  à  < 
trôler.  Nous  n'avons  guère  qu'une  seule  œuvre  où  se  rej 
l'état  d'esprit  d'un  partisan  de  Louis,  c'est  celle  de  Giraui 
Barri  ^  A  partir  du  moment  où  le  fougueux  prélat  eut  p( 
tout  espoir  d'obtenir  de  Jean  sans  Teire  le  siège  épiscopa 
Saint  David,  il  devint  un  ennemi  acharné  des  Plantagenets 
haine  héréditaire  dos  Gallois  pour  les  rois  Angevins  se  c 
pliqua  chez  lui  d'une  inimitié  personnelle  et  intéressée.  Ia 
principis  inslructione,  au  moins  dans  sa  dernière  rédact 
est  un  dithyrambe  en  l'honneur  des  Capétiens  :  au  liei 
produire  des  tyrans  comme  la  Bretagne,  la  terre  de  France 
fertile  en  bons  rois  ;  ils  sont  pieux,  modestes,  chastes,  et, 
de  se  conduire  envers  leurs  sujets  comme  des  lions  envers 
ours,  ils  sont  d'accès  facile  et  pleins  de  courtoisie  ;  or 
voit  point  sur  leurs  armes  dos  animaux  féroces,  tels  que 
léopards  et  des  lions,  mais  des  fleurs  ;  le  parfum  du  lis  si 
pour  mettre  on  fuite  les  bètes  sauvages,  et  ces  pieux  ] 
acquièrent  à  juste  titre  les  biens  des  tyrans*.  Dans 
poésie  do  son  SyinboUim  elecforwn,  Giraud  témoigne 
joie  plus  manifeste  encore  des  premiers  succès  de  Loui 
décrit  ainsi  le  bonheur  dont  jouit  l'Angleterre  :  «  Apre: 
«  nuit  pluvieuse,  toutes  les  perspectives  se  dévoilent  au  ma 
«  le  jour  charmant  ignore  les  nuages  et  les  nuées.  L'obscu 
<f  disparaît,  tandis  que  s'enfuit  l'auteur  des  ténèbres,  e 
«  soleil  nouveau  répand  une  nouvelle  lumière.  Déjà  cesse 
«  fureur  servile  ;  lo  temps  de  la  liberté  est  venu,  les  nue 
«  anglaises  sont  délivrées  du  joug.  Qu'elle  se  réjouisse,  la  i 
((  anglaise,  sur  laquelle  la  Bienveillance  suprême  a  jeté  e 
«  un  regard  favoral)Io.  Qu'elle  se  réjouisse  et  que,  tendani 

1.  Ibid.,  142-143.  —  Lia.  pat.,  185  et  suiv. 

2.  J/ist.  des  durs  de  Norm.,  179. 

3.  Voy.  notre  Introduction, 

4.  Dcprinc,  instrucf.,  76,  318-322;  voy.  aussi  tout  le  chap.  XVI 


GOUVERNEMENT  DE   LOUIS.  115 

«  COU  toujours  docile,  elle  sache  servir  celui  qui  lui  a  procuré 
«  ce  bonheur  *.  »  Il  s'agit  de  savoir  si  les  sentiments  de  Giraud 
étaient  partagés  par  beaucoup  d'insulaires. 

Louis  ne  s'était  point  présenté  en  conquérant.  Comme 
Guillaume  le  Bâtard,  il  prétendait  être  le  souverain  légitime. 
Mais  Guillaume,  dès  son  entrée  à  Londres,  s'était  fait  sacrer 
sommairement  par  Tarchevêque  de  Cantorbéry.  Louis  ne 
porta  jamais  la  couronne,  et  c'est  une  erreur  de  croire  qu'il 
a  avait,  d'après  le  vœu  des  barons,  pris  le  titre  de  roi 
«  d'Angleterre*  ».  Une  charte  donnée  le  21  novembre  1216,  en 
faveur  de  Guillaume  de  Huntiugfield,  porte  cette  suscription: 
«  Louis,  fils  aîné  de  Monseigneur  le  roi  de  France'*  ».  Il  est 
probable  que  la  sentence  d'excommunication  et  Tabsenco 
d'Etienne  de  Langton  lui  semblaient  des  obstacles  momenta- 
nément insurmontables  ;  il  se  ferait  sacrer  plus  tard,  après  le 
triomphe  définitif.  Il  n'eut  pas  le  temps  non  plus  d'organiser 
un  gouvernement.  Quand  il  habitait  Londres,  il  logeait  dans 
le  palais  de  Lambeth,  qui  appartenait  à  l'archevêque  de  Can- 
torbéry ;  dans  la  suite,  pour  être  mieux  en  sûreté,  il  se 
transporta  dans  la  Tour*.  La  plupart  des  historiens  ont  né- 
gligé de  se  demander  si  le  fils  de  Philippe-Auguste  confirma 
la  Grande  Charte.  Hurter  etPauli  déclarent  qu'il  n'en  tint  nul 
compte  ^  C'est  une  erreur  ;  par  une  mention  très  sèche  d'un 
ancien  catalogue,  nous  savons  que  Louis  confirma  la  charte 
de  1215*.  Mais  il  est  probable  qu'en  ce  temps  de  troubles  et 
de  guerre,  aucun  article  de  la  Charte  ne  put  recevoir  exé- 
cution. Nous  n'avons  pas  de  texte  nous  montrant  que  lès 
vingt-cinq  barons,  élus  en  1215  selon  l'article  01,  aient  joué  un 
rôle  spécial  pendant  le  séjour  de  Louis  en  Angleterre.  On  se 
contenta  de  créer  à  la  hâte  les  organes  indispensables  à  tout 


1.  Œuvres,  IV,  374.  Les  mêmes  idées  sont  exprimées  dans  la  con- 
clusion du  De  princ,  instruct.,  328-329. 

2.  Aug.  Thierry,  Conquête  de  V Angleterre ^  IV,  274. 

3.  Voy.  pièce  justifie,  n»  I.  —  Le  sceau,  qui  est  à  moitié  détruit,  a 
pour  légende  :  Sigill[um  Lud]ovici  p[rimogeniti  régis  Franci]e.  C'est 
un  sceau  de  cire  verte  pendant  sur  lacs  de  soie  rouge  et  verte. 

4.  Hisi.  des  ducsde  Norm.,  171,  199. 

5.  Hurter,  Hist.  d'Inn,  III^  t.  III,  461.  —  Pauli,  Geschichte  von 
England,  III,  459. 

6.  «  Littera  Ludovici  filii  régis  Francie  de  confirmatione  chartae 
«  baronum  Anglie  ».  (Ayloffe.Ca/^naf.  of  the  anc.  charters^  3'ii). 


116  GOUVERNEMENT   DE   LOUIS. 

gouvernement.  Louis  prit  pour  chancelier  Simon  de  Lang- 
ton*  ;    Gui   d'Athies,   qui  expédiait  ses   actes   en  France, 
l'avait  accompagné  en  Angleterre  ;  Ours,  chambellan  de  Phi- 
lippe-Auguste et  do  Louis,  avait  également  passé  la  mer  ;  ces 
trois  personnages  et  quelques  autres  souscrivirent  la  charte 
accordée  à  Guillaume  de  Huntingfîeld,  dans  Tordre  suivant  : 
le  comte  de  Winchester  ;  Robert  Fils-Gautier  ;  Ours,  cham- 
brier  ;  le  vicomte  de  Melun  ;  maître  Simon  de  Langton  ;  Gui 
d'Athies  ;  Olivier  de  Vaux  ;  Maurice  de  Gant,  «  et  beaucoup 
d'autres  ».  Les  formules  de  cette  charte  ne  sont  point  celles 
d'un  acte  royal.  Elles  prouvent  seulement  que  Louis  avait  une 
cour  et  des  familiers,  ce  qui  ne  pouvait  manquer  d*être.  De 
môme,  comme  il  était  nécessaire  d'avoir  des  tribunaux  et 
que  les  tribunaux  anglais  étaient  désorganisés,  Louis  établit 
des  «  justiciarii  ».  On  voit  dans  un  Coram  rege   de  1235 
qu'un  certain  Robert  Bardolf  et  une  abbesse  du  diocèse  de 
Rennes,  étant  en  contestation  au  sujet  du  droit  de  présenta- 
tion à  l'église  de  Halstow,  portèrent  leur  querelle  devant  les 
justiciers  de  Louis*.  Quant  au  régime  financier,  en  un  temps 
aussi  troublé,  il  ne  pouvait  être  que  très  irrégulier.  Louis 
imposa  un  tribut  à  certaines  provinces,  telles  que  l'Essex,  le 
Norfolk  et  le  Suffolk,   où  il  avait  probablement  trouvé  une 
population  hostile  *\  On  vivait  au  jour  le  jour,  avec  un  gou- 
vernement improvise  et  provisoire.  Il  semble  que  les  formes 
encore  vagues  et  grossières  qu'avait  revêtues  le  pouvoir  nou- 
veau ne  devaient  provoquer  chez  les  Anglais  ni  satisfaction 
ni  appréhension  précise.  La  question  des  rapports  de  Louis 
avec   les   diverses  classes  est  bien  plus  importante.  Nous 
venons  de  rechercher  s'il  avait  créé  des  organes  de  gouver- 
nement. Comment  en  fait  traita-t-il  ses  nouveaux  sujets  ? 

Nous  avons  dit  que  Louis  de  France  confirma  la  Grande 
Charte.  Ne  s'était-il  point  présenté  comme  le  sauveur  des  li- 
bertés anglaises  ?  Il  prétendait  être  un  continuateur  des  bons 
rois,  renouer  les  vieilles  traditions,  dont  l'acte  de  1215  don- 


1.  Wendover.  II,  65'*. 

2.  liracton's  Note  Book,  III,  n^  1163. 

3.  Wendover,  II,  663. 


GOUVERNEMENT   DE   LOUIS.  117 

naît  l'expression  précise  *.  Les  garanties  obtenues  par  TÉglise, 
les  grands  et  les  hommes  libres  ne  pouvaient  d'ailleurs  le 
choquer,  car  en  limitant  la  prérogative  de  la  couronne,  elles 
ne  faisaient  que  diminuer  les  différences  si  marquées  jus- 
qu'alors entre  la  puissante  monarchie  anglaise  et  la  royauté 
française  ;  sinon  dans  la  théorie,  du  moins  dans  la  réalité, 
les  Capétiens  avaient  encore  singulièrement  à  compter  chez 
eux  avec  leurs  adversaires  les  barons  ;  l'Eglise  et  la  bour- 
geoisie étaient  encore  pour  eux  des  alliées,  plutôt  que  des 
sujettes.  Si  glorieux  et  hautains  que  pussent  être  ses  rêves, 
Louis  de  France  n'était  pas  habitué  à  identifier  la  royauté  et 
le  pouvoir  pratiquement  absolu. 

Il  serait  singulier  qu'après  avoir  confirmé  la  Grande  Charte, 
Louis  eût  traité  l'Angleterre  en  pays  conquis  ^  On  a  cru  trop 
facilement  sur  parole  des  compilateurs  tels  que  l'auteur  des 
Flores  Historiarum,  qui,  très  longtemps  après  les  événements, 
écrivait  :  «  Louis  avait  pris  envers  tous  les  Anglais  une 
«  attitude  superbe  et  odieuse'  ». 

C'est  surtout  à  l'égard  des  nobles  que  Louis  aurait  montré 
une  arrogance  et  une  injustice  maladroites.  A  son  arrivée, 
disent  Henri  Knighton  et  Gautier  de  Hemingburgh,  il  se 
comporta  envers  les  barons  «  comme  un  agneau  très  doux  »  ; 
mais  il  ne  tarda  pas  à  les  écraser  de  son  mépris,  à  s'appro- 
prier ou  à  saccager  leurs  domaines  *.  Il  est  à  peine  besoin  de 
récuser  le  témoignage  de  ces  chroHiqueurs,  qui  vivaient  au 
xiv*  siècle  et  qui  font  d'ailleurs  de  l'expédition  de  1216  un 
récit  incohérent.  L'autorité  de  Roger  de  Wendover  et  de 
Mathieu  de  Paris  est  assurément  plus  grande.  Selon  eux, 
vers  le  mois  d'août  ou  de  septembre  1216,  le  vicomte  de  Melun, 
étant  malade  à  Londres  et  sentant  la  mort  prochaine,  appela 
auprès  de  lui  les  barons  anglais  qui  gardaient  la  ville,  et  leur 
fit  la  déclaration  suivante:  Louis  de  France  avait  juré  que  s'il 
était  couronné  roi  d'Angleterre,  tous  les  Anglais  qui  lui  avaient 


1.  «  Ad  libertatem  regni  Anglie  veninms  »  {Manif,  de  Louis,  éd. 
Bémont,  68). 

2.  C'est  ce  que  prétendent  par  exemple  Henri  Martin  {Jfisl.  de 
France^  IV,  94),  W.  Walker  (fin  the  increase  of  roy.  power  in  France, 
18). 

3.  Flores  historiarum,  II,  162. 

4.  Knighton.,  I,  197.  —  Hemingburgh,  I,  251-252. 


lis  LOUIS   ET  LES   BARONS   ANGLAIS. 

prêté  appui  contre  Jean  sans  Terre  seraient  exilés  comme  traî- 
tres envers  leur  seigneur;  seize  barons  français,  entre  autres  le 
vicomte  de  Mclun  lui-même,  avaient  prêté  le  même  serment.  A 
peine  cette  révélation  faite,  le  vicomte  expira,  laissant  les 
barons  anglais  très  perplexes  ;  ils  étaient  las  de  Tinsolence  des 
Français  ;  beaucoup  d'entre  eux  envoyèrent  des  lettres  à  Jean 
sans  Terre  pour  solliciter  son  pardon  ;  mais  Jean  sans  Terre 
était  mourant  lorsque  les  messages  lui  parvinrent.  Mathieu 
de  Paris  rapporte  gravement,  dans  son  Historia  Anglorum, 
cette  étrange  confession  d*un  des  plus  fidèles  amis  de  Louis 
de  France  et  brode  avec  beaucoup  d'imagination  sur  le  ca- 
nevas  qu'on  lui  fournit*.    L'authenticité  de  Tanecdote  me 
paraît  plus  que  contestable  ;  le  prétendu  serment  de  Louis  de 
France    est    aussi    invraisemblable   que   la    confession  du 
vicomte  ;  aucun  autre  chroniqueur  contemporain  des  événe- 
nements  ne  mentionne  pareil  fait  ;  enfin  il  n'est  pas  vrai  que 
le  vicomte  do  Melun  ait  précédé  Jean  sans  Terre  dans  la 
tombe  ;  nous  avons  vu  que  sa  souscription  figure  dans  une 
charte  du  21  novembre  1216,  et  que  Jean  était  mort  le  19 
octobre.  Faut-il  se  lier  davantage  aux  assertions  du  prieur 
de  Dunstaple  ?  Il  nous  dit  dans  ses  Annales  que  le  parti  de 
Louis  s'affaiblit  avant  la  mort  do  Jean  sans  Terre,  parce  que 
les  Français  se  montraient  d'une  morgue  insupportable,  accu- 
saient les  barons  rebelles  de  trahison  et  s'appropriaient  leurs 
biens*.  Ces  annales  ont  été  écrites,  il  est  vrai,  à  l'époque  de 
l'expédition  et  nous  sont  sur  certains  points  fort  précieuses  ; 
néanmoins  elles  présentent  trop  d'erreurs  manifestes  et  d'in- 
certitudes, particulièrement  dans  la  partie  où  se  trouve  cette 
appréciation,  pour  qu'un  pareil  témoignage  soit  définitif.  Il 
faut  encore  plus  de  prudence  quand  on  cite  le  biographe  de 
Guillaume  le  Maréchal'.  C'est  un  poète  et  un  panégyriste, 


1.  Wendover,  II,  666  et  suiv.  ;  Math,  de  Paris,  Hiêt.  Anglor.j  If, 
192-193,  202,  224.  —  Shakespeare  a  mis  en  scène  la  confession  du 
vicomte  de  Melun  dans  le  Boi  Jean,  scène  XI. 

2.  Ann.  de  Dwvt tapie,  47. 

3.  A  propos  des  premières  conquêtes  de  Louis,  il  nous  dit(v.  15100- 
15108). 

Si  prisl  Ferneham  et  Vincestre, 
E  Poreceslre  et  Siivhnntiine; 
Maint  bel  tonel  et  mainte  tone 


LOUIS   ET   LES   BARONS   ANGLAIS.  119 

qui  peint  sous  les  couleurs  les  plus  sombres  les  adversaires 
de  son  héros. 

Tous  les  griefs  énoncés  par  ces  auteurs  peuvent  on  somme  se 
réunir  sous  deux  chefs  :  Louis  aurait  favorisé  aux  dépens  des 
barons  anglais  ses  compagnons  de  France,  en  leur  distribuant 
de  riches  domaines  ;  par  son  arrogance  injurieuse,  il  aurait 
achevé  de  s'attirer  la  haine  de  ceux  qui  l'avaient  appelé.  La 
justesse  de  cette  seconde  accusation  est  malaisée  à  apprécier. 
Je  me  contente  de  remarquer  que  les  écrivains  qui  la  formulent 
sont  assez  suspects  ;  Tauteur  de  Y  Histoire  des  ducs  de  Norman- 
dicy  l'Anonyme  de  Béthune,  le  chanoine  de  Barnwell,  Raoul  de 
Coggeshall,  dont  l'autorité  a  beaucoup  plus  de  poids,  n'arti- 
culent rien  de  précis  sur  ce  point.  Il  est  possible  que  certains 
chevaliers  français  se  soient  rendus  insupportables  par  leur 
outrecuidance  ;  mais  comment  croire  que  le  fils  de  Philippe- 
Auguste  n'ait  point  ménagé  l'orgueil  des  barons  qui  l'avaient 
élu  et  dont  l'appui  était  sa  seule  chance  de  succès  *  ? 

Quant  aux  faveurs  accordées  par  Louis  à  ses  compagnons, 
les  barons  anglais  ne  pouvaient  en  bonne  justice  lui  en  savoir 
mauvais  gré.  Il  n'avait  point  de  grandes  ressources  person- 
nelles et  son  père  dut  lui  mesurer  de  plus  en  plus  parcimo- 
nieusement ses  secours  ;  or,  de  bonne  heure  des  défections 
s'étaient  produites  :  une  partie  des  Artésiens  et  le  comte  de 


I  burenl  li  ribaul  de  France, 
Qui  si  erent  plein  de  vantance 
Qu'il  disoient  que  Englelerre 
Erl  lor,  e  voidassent  la  terre 
Engleis,  quer  nul  dreit  n'i  aveient  : 
Franceis  a  lor  oes  la  tendreient. 

1.  Mathieu  de  Paris  dit  en  parlant  du  comte  de  Nevers  :  «  Et  jam  in 
«t  cgntumelias  contemptu  planas  contra  barones,  vorbis  ampullosis  cum 
«  juramentishorribiliousprorumpebat;  PYancosin  militiaetaudacitate 
«  pompose  extollendo,  et  aiios  parvipcndendo,  immo  potius  vilipenden- 
«  do.  »  Le  chroniqueur  attribue  cette  attitude  si  contraire  aux  intérêts  de 
Louis  à  une  entente  entre  le  comte  de  Nevers  et  Jean  sans  Terre  {Hist, 
Anglorum^  II,  185).  Il  n'y  a  pas  lieu  du  reste  d'attacher  une  grande 
importance  aux  assertions  de  Mathieu  de  Paris  ou  m(^mc  de  Roger  de 
Wendover  sur  ce  sujet.  Ce  dernier  raconte  par  exemple  (t.  III,  5-6) 

au'aprés  la  prise  de  Hertford,  qui  suivit  de  quelques  semaines  la  mort 
e  Jean,  Robert  Fils-Gautier  réclama  la  garde  du  château,  à  laquelle  il 
avait  des  droits  ;  Louis  aurait  consulté  les  Français,  qui  auraient  déclaré 
qu'on  ne  pouvait  confier  ce  château  à  un  baron  traître  envers  son  roi, 
et  Louis  aurait  adopté  cet  avis.  Or  l'auteur  si  bien  renseigné  de  Vllist. 
des  ducs  de  Normandie  (p.  182)  nous  dit  formellement  que  Hertford 
fut  livré  à  Robert  Fils-Gautier. 


120  LOUIS  ET  LES  BARONS  ANGLAIS. 

Hollande  étaient  partis  dès  le  mois  do  juillet';  pour  retenir 
les  chevaliers  d'outre-mer,  il  fallait  leur  donner  des  terres. 
Le  comte  de  Nevers  reçut  pour  sa  part  Winchester,  Porches- 
ter  et  Southampton  ;  Robert  de  Courtenai  eut  le  château  de 
Rogatc  *  ;  Pierre  Mauclerc  fut  investi  des  domaines  qui  lui 
appartenaient  du  chef  de  sa  femme  '  ;  Gilles  de  Melun  eut 
toutes  les  terres  d'un  baron  anglais,  homonyme  de  Robert 
de  Courtenai  et  ennemi  de  Louis  *  ;  Robert  de  Dreux  eut  le 
château  de  Marlborough  ^  ;  le  comte  du  Perche  reçut  peut- 
être  avant  la  mort  de  Jean  sans  Terre  les  trois  manoirs 
d'Aldbourne,  de  Newbury  et  de  Toddington*.  Après  la  mort 
de  Jean,  Louis  continua  à  payer  de  même  ses  fidèles  ; 
Raoul  Ploket  obtint  le  château  de  Berkhampstead  et  Simon 
de  Poissi  eut  Cambridge'.  En  revanche  certains  barons 
anglais  recurent  aussi  des  terres.  Robert  Fils-Gautier,  qui 
avait  des  droits  sur  le  château  de  Hertford,  en  fut  saisi 
dès  qu'on  l'eut  pris  ;  Louis  rendit  également  à  Robert  de 
Ver  et  à  Guillaume  de  Mandeville  des  terres  qui  leur  apparte- 
naient' ;  il  donna  en  fief  à  Guillaume  de  Huntingfield  le  ma- 
noir de  Grimsby';  ces  divers  dons  sont  postérieurs  de  quel- 
ques semaines  à  la  mort  de  Jean  ;  mais  manifestement  Louis 
de  France  suivit  dès  le  début  la  même  politique  :  l'auteur 
de  y  Histoire  des  ducs  de  Normandie  nous  raconte  en  effet 
qu'au  mois  de  juin,  pendant  le  siège  de  Winchester,  Guil- 
laume le  Maréchal  le  jeune,  s'étant  courroucé  de  voir  le 
Français  Adam  de  Beaumont  exercer  l'office  de  maréchal,  siu* 


1.  Anon.  de  Béthune,  fo  60  v«. 

2.  Ilist.  des  ducs  de  JVorm.,  172,  174.  —  Anon.  de  Béthune,  fo60v«. 

3.  Harnwell  233. 

4.  Charte  de  Louis,  datée  de  sept.  1216,  dans  Bib.  Ec,  Ch,y  XXXVIII, 
375.  Il  s'agit  d*un  membre  de  la  famille  anglaise  de  Courtenai,  que 
Dugdalo  fait  descendre  d'un  certain  P^Iorus,  Dis  de  Louis  le  Gros  (voy- 
Dugdale,  liaronaf/e,  I,  634).  Ce  Florus  n'a  jamais  existé.  Morerl 
(Dict.  fnstor.,  art.  Courtenai)  fait  descendre  les  Courtenai  d'Angleterre 
de  l'ancienne  maison  de  Courtenai  qui  existait  avant  le  mariage  dc^ 
la  dernière  héritière  de  ce  nom  avec  Pierre,  fils  de  Louis  VI.  —  Sur' 
Robert  de  Courtenai,  qui  était  en  1216  shériff  de  l'Oxfordshire  et  gou- 
verneur du  château  d'Oxford,  voy.  Dugdale,  635-636. 

5.  I/fst.  des  durs  de  Aon/i.,  175. 

6.  Lût.  claus.,  I,  311  K 

7.  Jlist.  des  ducs  de  Norm.^  182. 

8.  Ibid. 

9.  Pièce  justifie,  n»  I. 


LOUIS   ET   L  EGLISE  ANGLAISE.  121 

lequel  la  famille  de  Guillaume  avait  en  Angleterre  des  droits 
héréditaires,  Louis  céda  et  lui  restitua  la  maréchalerie,  parce 
qu'il  craignait  de  «  pierdre  moult  durement  les  cuers  as 
«  Englois  *  ».  Naturellement  il  ne  put  satisfaire  tous  les  désirs  ; 
c'est  ainsi  qu'il  donna  Marlborough  à  Robert  de  Dreux, 
malgré  les  réclamations  de  ce  même  Guillaume  le  Maréchal. 
Les  mécontentements  étaient  impossibles  à  éviter.  Mais  cer- 
tainement il  n'y  eut  pas  de  spoliation  méthodique. 

J'ai  dit  ailleurs  quel  grand  rôle  l'Église  anglaise  était 
appelée  à  jouer  dans  cette  crise.  Dans  le  manifeste  adressé 
aux  moines  de  Cantorbéry,  Louis  de  France  se  présentait 
comme  le  défenseur  des  libertés  ecclésiastiques  qui  avaient 
été  reconnues  dans  la  Grande  Charte  et  maintenant  n'étaient 
plus  garanties*.  Les  registres  et  les  cartulaires  publiés  ou 
inédits  que  nous  avons  pu  examiner  ne  contiennent  malheu- 
reusement aucune  trace  des  rapports  entretenus  par  Louis 
avecTÉglise  anglaise;  quant  aux  chroniques  monastiques,  qui 
ont  été  rédigées  ou  remaniées  après  le  triomphe  final  des 
Plantagenets,  elles  sont  écrites  sur  un  ton  d'impersonnalité 
prudente  qui  ne  saurait  nous  éclairer.  Mais  il  n'est  pas  dou- 
teux qu'une  grande  partie  de  la  société  ecclésiastique  tenait 
pour  Louis  de  France.  Du  vivant  de  Jean  sans  Terre,  Galon  ne 
réussit  qu'à  exaspérer  davantage  les  gens  d'église  :  pendant 
l'été  de  1216,  il  ordonna  la  levée  d'une  procuration  de  cin- 
quante sous  sur  chaque  cathédrale  et  chaque  couvent  du 
royaume.  La  peine  de  la  confiscation  des  bénéfices  prononcée 
par  lui  contre  les  clercs  et  les  religieux  rebelles  no  dut  avoir 
d'autre  effet  que  de  les  mieux  rattacher  à  la  cause  du  prince 
français*.  Les  condamnations  plus  efficaces  rendues  en  grand 
nombre  après  la  paix  de  1217  prouvent  que  jusqu'à  la  fin 
Louis  compta  beaucoup  de  partisans  dans  l'Église. 

Il  y  avait  alors  dans  l'Angleterre  proprement  dite  deux 
archevêchés  et  quinze  évêchés;  le  pays  de  Galles  comptait 
quatre  évêchés.  Nous  n'avons  pas  à  parler  d'Etienne  de 
Langton,  qui  était  retenu  à  Rome.  Quelle  fut  l'attitude  des 
vingt  autres  prélats  ?  Gautier  de  Graie,  qui  avait  été  élu  au 

1.  Hùt,  des  ducs  de  Norm,^  174. 

2.  «  Ad  libertatem  ecclesie  venimus  »  (Edition  Bémont,  68). 

3.  Wendover,  II,  663. 


122  LOUIS  ET  L  EGLISE   ANGLAISE. 

siège  d'York  après  la  déposition  de  Simon  de  Langton,  était 
une  créature  de  Jean  sans  Terre*.  Pierre  des  Roches,  évêque 
de  Winchester,  Pandolphe,  élu  de  Norwich,  les  évêques 
de  Worcester,  d'Exeter,  de  Chichester  et  de  Bath  lui  étaient 
également  dévoués*.  Robert  d'York,  élu  d'Ely,  était  au  con- 
traire un  partisan  déclaré  de  Louis  de  France  et  eut  maille 
à  partir  avec  Fauquet  de  Bréauté,  qui  finit  par  le  chasser  de 
la  cité  épiscopale  ;  la  mort  de  Jean  sans  Terre  ne  changea  pas 
ses  dispositions;  il  avait  d'ailleurs  un  compétiteur  et  ne 
pouvait  conserver  son  siège  que  si  Louis  triomphait'.  Parmi 
les  douze  autres  évêques,  onze  étaient  ennemis  de  Jean  sans 
Terre,  car  Tannaliste  de  Waverley ,  qui  rapporte  avec  précision 
les  actes  du  concile  tenu  à  Bristol  après  Tavénement  de  Henri 
III,  le  11  novembre  1216,  nous  dit  que  le  légat  y  obtint  la 
soumission  d'«  onze  évêques  d'Angleterre  et  du  pays  de  Galles, 
«  qui  étaient  présents  »  *.  C'étaient  des  prélats  qui  avaient  eu 
à  subir  les  persécutions  de  Jean  et  que  sa  disparition  seule 
pouvait  désarmer  ;  tels  par  exemple  les  évêques  de  Londres 
et  de  Lincoln.  Reste  donc  un  seul  évêque  dont  l'attitude  ne 
nous  est  pas  connue  et  fut  sans  doute  hésitante  :  peut-être 
était-ce  le  prélat  qui  avait  remplacé  Gilles  de  Briouse  dans 
le  diocèse  de  Hereford.  On  a  vu  que  Gilles  de  Briouse  s'était 


1.  Ibid,,  634-635. 

2.  On  a  vu  le  rôle  joué  par  Pandolphe  en  1213.  Les  évêques  de  Wor- 
cester et  d'Exeter  assistaient  au  couronnement  de  Henri  III  (Ann,  de 
Dunêtaple,  48),  ainsi  que  celui  de  Bath  (Ann.  de  Wawerley^  286). 
L'évoque  de  Chichester  est  désigné  par  Jean  sans  Terre  dans  son  testa- 
ment pour  servir  de  conseiller  a  son  fils  (Rymer,  I,  part.  1, 144). 

3  «  Falco  miles  et  alii  ministri  carissimi  in  Christo  nlii  nostri...  régis 
«  Anglie  illustris  fautores  et  complices  Lodovici  ab  ecclesia  et  civitate 
«  deicerant  Elyensi  »  (Bulle  du  25  oct.  1217,  Pressuti  n»  846.  Cet  acte  est 
transcrit  dans  le  ms.  addit.  n»  15351  du  Brit.  Mtuf,^  f®  128).  Parmi  ces 
«  fautores  et  complices  Lodovici  »  était  Robert  d'Vork;  l'archidiacre  de 
Norwich,  qui  avait  été  son  compétiteur  pour  le  siège  d'Ely,  prétendait 
être  lui-môme  le  véritable  élu,  et  la  querelle  avait  été  portée  devant 
Innocent  III.  Honorius  nomma  des  commissaires  pour  juger  la  question. 
Mais  l'enquête  traîna  probablement  en  longueur  :  Henri  III,  dans  une 
lettre  du  24  juill.  1219,  demande  au  pape  de  chasser  du  siège  d'Ely  ce 
Robert  «  qui  se  gerit  pro  Eliensi  electo  »  ;  il  rappelle  que  ce  prélat 
avait  pris  parti  contre  son  père  et  contre  lui  et  il  ajoute  :  «  Certum  est 
«  quod  civitas  Elyensis  est  optima  munitio  regni  nostri,  et  quod  dictas 
«  Robertus  ibi  extitit  praeintrusus,  ut,  sicut  res  se  habuit,  reciperetur  ibi 
«  dominus  Lodovicus  ».  (Rymer,  I,part.  1, 155).  —  Voy.  aussi  Monachi 
EUensis  hisloria  EUensis,  dans  Wnarton,  Anglia  sacra^  pars  /,  634. 

4.  Ann,  de  Waverley.  286. 


LOUIS  ET  l'église  ANGLAISE.  123 

soumis  à  Jean  sans  Terre  le  21  octobre  1215;  il  mourut  peu 
après.  Le  chapitre  de  Hereford  choisit  pour  lui  succéder 
Hugue  de  «  Mapenore*».  Jean,  dont  le  pouvoir  était  reconnu 
dans  le  Herefordshire,  refusa  de  confirmer  cette  élection, 
faite  par  un  chapitre  qui  avait  eu  communication  avec  le 
défunt  évêque  avant  sa  soumission;  dans  une  lettre  d'août 
1216,  Honorius  III  prescrivit  à  Galon  une  enquête,  tout  en 
déclarant  qu'il  n'admettait  point  l'argumentation  du  roi  d'An- 
gleterre* ;  nous  pouvons  donc  croire  que  le  nouvel  évêque 
n'était  ni  un  favori  du  roi,  ni  un  adversaire  avéré  et  acharné 
des  Plantagenets  et  du  Saint-Siège.  Ajoutons  que  deux  mois 
après  la  mort  de  Jean,  Télection  fut  approuvée  par  la  régence'. 
En  somme,  on  voit  qu'au  moment  de  la  mort  de  Jean  sans 
Terre,  sur  vingt  évoques  il  y  en  avait  douze  qui  avaient 
embrassé  le  parti  des  rebelles  ;  sept  seulement  apparaissent 
dans  les  textes  comme  résolument  hostiles  à  Louis  de  France. 
Louis  montra  une  grande  modération  envers  les  églises  et 
les  couvents.  Le  chanoine  de  Laon  nous  dit  que,  malgré  les 
désirs  cupides  et  l'humeur  destructive  de  ses  barons,  il  épar- 
gna les  églises  et  les  domaines  religieux*.  Aussi  les  foudres 
pontificales  avaient-elles  peu  d'effet  ;  les  gens  d'église  étaient 
les  premiers  à  en  proclamer  l'inanité.  A  Londres,  près  d'une 
croix  qui  ornait  le  parvis  de  Saint-Paul,  Gervais  de  Hobru- 
ges,  doyen  de  l'église,  ou  Simon  deLangton,oubien  quelque 
autre  clerc,  venaient  haranguer  le  peuple  pour  lui  expli- 
quer que  Louis  de  France  et  ses  compagnons  étaient  de 
bonnes  gens  et  que  les  véritables  excommuniés  étaient  les 
partisans  des  Plantagenets*.  11  semble  que  deux  couvents 
seulement  eurent  de  mauvais  rapports  avec  les  Français  à 
répoque  où  nous  nous  plaçons  :  Saint- Augustin  de  Cantor- 
béry  et  Westminster.  On  a  vu  que  les  abbés  de  ces  deux  mai- 


1.  La  forme  Mapenore,  Mapenoure,  Mapenorum  se  trouve  dans  la 
plupart  des  Chroniques  et  a  été  adoptée  dans  les  statistiques  ecclé- 
siastiques, telles  que  le  Begistrum  sacrum  antjUcanum  de  Stubbs. 
Math,  de  Paris  (Chron,,  III,  56)  donne  la  forme  Maneport.  Je  n*ai  pas 
trouvé  d'identification  satisfaisante. 

2.  Pressuti,  n<>  28.  Cet  acte  est  dans  le  ms.  addit.  15351,  ^  16. 

3.  Rec.  Off,,  Patent  I  Henry  III,  membr.  15. 

4.  Chanoine  de  Laon,  719. 

5.  liist.  des  ducs  de  Norm  ^  197. 


124  LOUIS   ET  j/ÉGLISE    ANOLAISE. 

sons  avaient  refusé  de  recevoir  Louis  à  son  arrivée.  Aussi  les 
Français  firent-ils  main  basse  sur  les  blés,  les  vivres,  les 
bestiaux  qu'ils  trouvèrent  dans  les  manoirs  dépendant  de 
Saint-Augustin;  ils  envahirent  l'église  de  Westminster  de  la 
part  de  Louis,  brisèrent  les  portes  de  la  trésorerie  du  roi 
d' Angleterre  et  emportèrent  tout  ce  qu'ils  y  trouvèrent*.  Ce 
sont  là  dos  faits  isolés,  par  suite  peu  significatifs.  Dans  la 
courte  campagne  qu'il  fit  avant  sa  mort,  Jean  causa  de  bien 
pires  dommages  aux  églises.  Il  incendia  complètement  les 
possessions  de  Tabbaye  de  Peterborough;  il  chargea  Savari 
de  Mauléon  de  se  rendre  au  monastère  de  Croyland,  qui  avait 
pour  abbo  un  de  ses  ennemis,  et  de  détruire  non  seulement 
l'établissement  religieux,  mais  toute  la  ville  ;  Savari  envahit 
le  monastère  avec  une  bande  de  cavaliers  et  de  piétons  qui 
allèrent  chercher  les  habitants  de  la  ville  jusqu'au  pied  de 
l'autel  où  on  célébrait  la  messe  ;  ces  malheureux  furent  faits 
prisonniers,  sous  prétexte  qu'ils  ne  voulaient  pas  servir  Jean 
sans  Terre  ;  cependant  les  moines  formèrent  une  procession, 
et  pieds  uns,  portant  devant  eux  une  image  de  la  Vierge,  vin- 
rent trouver  Savari  pour  implorer  sa  clémence;  le  routier  se 
laissa  toucher»  il  se  contenta  de  mettre  le  couvent  à  rançon  et 
d'onuuener  ohargè^i  de  chaînes  les  habitants  qu'il  avait  pu 
trouver;  mais  Jean  lui  reprocha  durement  sa  faiblesse  et 
avant  deso  rotiivr  mit  le  fou  de  sa  propre  main  aux  moissons 
du  domaine  abbatial  :  tous  les  blés  furent  brûlés  (30  septembre 
rJU>  M«e  plus  souvent  du  reste  les  chefs  de  bandes  que  le 
roi  avait  à  sa  solde  uo  lui  cédaient  point  en  brutalité;  le 
17  juillet,  le  comte  de  Chester  otFauquet  de  Bréauté  arrivè- 
rtMït  i^  Woivostor;  cette  ville  sVtait  soumise  aux  partisans  de 
l.vMiis  et  les  moines  avaient  oelebivla  messe  en  leur  présence; 
eu  Ov^nse.|uence  reciise  tuî  îv.iso  au  pillage  et  les  moines 
durcuï  p.nor  ;hMî:.;uvs\  l.'aVK^de  Saini-Alban  était  un  ami 
vîo  Jean  s,u,s  lVn\^;  Maîhi-vU  ie  l\\r:s,  si  hostile  à  Louis  de 


l     V  w  ;*   v\»^.    tS",''  l  ,n     :     >;:^.*-. .  ^Î5.  —  Les  auteurs  du 

V  V  v  ^  i-  .',:\j^-.  V.  • .  >  .-;  i  v:y;c  vient  aussi  que  Louis 
V ...s  /  *v.,^"Av.;':v  .:.*  >.'.  •';  :\;.".*  .:  ;•  rÀrixrri  : "i  France  le  corps  du 
vi  ^:    v^  ^   \*  ir'.'  :x.^  '.viN  .1'^  r.*,  •  .i:'  *;'  X  .\v'<  .->-  >^."!t> conTemporaîns. 


LOUIS   ET   LES   CLASSES    POPULAIRES.  125 

France,  est  cependant  obligé  d'avouer  que  son  abbaye  eut  à 
subir  les  pires  traitements  de  la  part  de  Fauquet  de  Bréauté 
et  des  autres  mercenaires  des  Plantagenets*. 

Louis  de  France  trouva  certainement  moins  de  partisans 
parmi  les  simples  hommes  libres  que  parmi  les  barons  et  les 
gens  d'église.  On  ne  voit  guère  que  les  habitants  de  Londres 
et  des  Cinq-Ports  qui  se  soient  franchement  prononcés  pour 
lui.  Guillaume  Hardel,  qui  avait  remplacé  Série  le  Mercier 
comme  maire  de  Londres,  avait  été  un  des  premiers  à  jurer 
fidélité  à  Louis  *.  Les  barons  des  Cinq-Ports,  comme  nous 
l'avons  vu,  abandonnèrent  également  Jean  sans  Terre.  Ce 
prince  les  avait  très  durement  opprimés;  d'ailleurs  leurs  rela- 
tions commerciales  avec  la  France  étaient  devenues  fort 
actives  et  l'avènement  d'un  Capétien  en  Angleterre  aurait 
singulièrement  favorisé  leurs  intérêts.  Ils  ne  devaient  se  décider 
que  tardivement  à  trahir  le  serment  qu'ils  avaient  fait  à 
Louis \  Mais,  hormis  ces  deux  exceptions,  je  crois  qu'en 
général  les  hommes  libres,  petits  chevaliers,  bourgeois,  francs 
tenanciers,  ne  prirent  point  parti  pour  Louis  de  France  non 
plus  que  pour  personne.  Le  chanoine  de  Barnwell  parle  de 
chevaliers  et  de  sergents  qui  se  cachaient  pour  ne  pas  servir 
Jean  sans  Terre*.  Ils  devaient  se  cacher  aussi  pour  ne  pas 
servir  Louis  de  France.  Ce  n'étaient  pas  eux  qui  avaient  appelé 
cet  étranger. 

Assurément  la  tyrannie  de  Jean  sans  Terre  leur  avait  été 
odieuse.  Mais  ce  n'était  point  une  raison  pour  qu'ils  se  jetas- 
sent dans  le  camp  des  barons  rebelles  et  du  prince  français. 
La  Grande  Charte,  a-t-on  dit  avec  justesse,  eut  avant  tout 
une  force  sentimentale;  elle  fut  une  première  manifestation 


1.  Math,  de  Paris,  Gesta  abbalum  monast.  Sancti  Albant,  U  259; 
voy.  296  et  suiv.,  le  compte  des  pertes  subies  par  l'abbaye  pendant  la 
guerre  ;  le  passif  s*éleva  à  plusieurs  milliers  de  livres.  —  Voy.  aussi 
les  lamentations  de  Giraua  de  Barri  sur  la  situation  des  églises  à 
l'époque  de  la  paix  de  Lambeth.  (De  Princ.  Insiruct.,  328). 

2.  Chron.  de  Merlon  {pièce  justifie,  n*»III.)  — Sur  les  maires  de  Lon- 
dres, voy.  le  De  antiquis  legib.  liber,  4,  175-176. 

3.  Voy.  une  bulle  du  17  janv.  1217,  où  Honorius  III  les  conjure  de 
rentrer  dans  la  bonne  voie  (Pressuti,  n"  245).  Sur  les  torts  causés  par 
Jean  aux  barons  des  Cinq-Ports,  voy.  Ilist.  de  GuilL  le  Maréch.,  v. 
17167  et  suiv.  —  Cf.  Burrows,  Cinque  Porls,  80,  94-95  ;  cet  écrivain 
soutient  à  tort  que  les  Cinq-Ports  étaient  restés  fidèles  à  Jean. 

4.  Barnwell,  232. 


126  LOUIS  ET  ij:s  classes  populaires. 

de  Tunion  des  classes  contre  le  despotisme  royal^  Mais  cette 
alliance  n*était  pas  encore  solide  ;  les  grands  mettront  bien 
longtemps  à  gagner  la  confiance  publique.  Jusqu'au  xm*  siè- 
cle, les  petites  gens  n'avaient  vu  dans  le  baronnage  anglais 
qu'une  coalition  d*égoïsmes  redoutables  ;  mieux  valait  encore 
un  seul  roi  puissant  qu'une  foule  de  petits  rois,  libres  d'op- 
primer à  leur  guise.  C'est  pourquoi,  en  dépit  des  garanties 
que  les  barons  avaient  obtenues  en  1215  pour  le  peuple,  le 
peuple  se  défiait  encore  des  barons.  Quant  à  Louis,  il  venait 
d'un  pays  où  la  féodalité  était  à  son  apogée  de  précision 
théorique.  Avec  lui  était  arrivée  une  bande  de  seigneurs 
français  dont  il  faudrait  récompenser  les  services  et  qui 
auraient  part  au  gouvernement  nouveau  ;  ils  ne  se  soucieraient 
évidemment  que  de  satisfaire  leurs  appétits.  Telles  étaient 
les  réflexions  que  pouvaient  se  faire  ceux  qui  étaient  capables 
de  penser;  les  autres  se  laissaient  guider  par  leur  instinct,  et 
en  Angleterre  plus  que  partout  ailleurs  Tinstinct  populaire 
portait  à  se  méfier  de  l'étranger. 

Comment  la  rébellion  des  seigneurs  et  l'invasion  française 
auraient-elles  pu  satisfaire  les  bourgeois  et  les  ruraux  ?  Elles 
avaient  eu  pour  conséquence  une  eflfroyable  guerre  de  dévas- 
tation, dont  les  classes  populaires  eurent  évidemment  bien 
plus  à  souffrir  que  les  barons,  armés  pour  se  défendre,  et 
même  que  les  gens  d'église.  Les  horreurs  de  cette  lutte,  qui 
commença  au  lendemain  de  la  Grande  Charte  et  menaçait  de 
se  prolonger  indéfiniment,  nous  ont  été  décrites  par  les  chro- 
niqueurs anglais  en  des  termes  certainement  véridiques; 
ceux-là  même  qui,  comme  Roger  de  Wendover,  ont  rédigé 
leur  œuvre  quelques  années  après  les  événements,  avaient 
pu  évidemment  en  garder  une  impression  nette.  De  tels 
témoignages  ne  peuvent  être  révoqués  en  doute  :  à  travers 
les  amplifications  de  la  rhétorique  cléricale,  on  perçoit  Tac- 
cent  sincère  de  celui  qui  a  vu  et  souffert.  Tous  les  maux  de 
la  guerre  civile  fondirent  sur  l'Angleterre.  Les  pires  instincts 
étaient  déchaînés.  On  était  trahi  par  son  concitoyen,  son 
frère,  son  père.  Mais  les  excès  les  plus  odieux  eurent  pour 
auteurs  les  routiers  de  tous  pays  que,  dès  le  début  de  sa 

1.  Boutmy,  op,  cit.,  58  et  suiv. 


SOUFFRANCES   DU   PEUPLE.  127 

lutte  contre  les  barons,  Jean  sans  Terre  avait  recrutés  sur  le 
continent.  II  dut  par  la  suite  en  rapatrier  un  certain  nombre, 
faute  d*argent  pour  les  payer.  Mais  à  l'époque  de  sa  mort  il 
avait  encore  une  armée  de  mercenaires  assez  considérable; 
évidemment  on  les  avait  autorisés  à  «  vivre  sur  l'habitant  », 
et  ils  usèrent  de  la  permission.  Ce  fut,  dit  Roger  de  Wen- 
dover,  comme  une  nuée  de  sauterelles  qui  s'abattit  sur  TAn- 
gleterre.  Ces  bandits,  placés  en  garnison  dans  les  châteaux, 
sortaient  de  leurs  repaires  pour  faire  des  incursions  dans  les 
environs,  ou  bien,  ayant  à  leur  tête  des  gens  tels  que  Fauquet 
de  Bréauté  et  le  Brabançon  Gautier  Bucc,  ou  le  roi  Jean  lui- 
même,  ils  partaient  en  campagne  et  allaient  mettre  à  feu  et 
à  sang  des  comtés  tout  entiers  sous  prétexte  de  les  soumet- 
tre. Tout  était  pillé;  les  paysans  osaient  à  peine  cultiver  leurs 
champs,  les  foires  et  les  marchés  avaient  cessé  de  se  tenir; 
on  cachait  les  objets  précieux  et  Ton  vendait  les  denrées 
dans  les  cimetières,  lieux  réputés  inviolables.  Mais  souvent 
les  églises  mêmes  étaient  profanées.  Les  bandes  parcou- 
raient villes  et  villages,  Tépée  à  la  main,  n'épargnant  ni  les 
femmes,  ni  les  enfants.  Pour  forcer  leurs  victimes  à  payer  ran- 
çon, les  routiers  avaient  des  supplices  variés;  on  attachait  le 
patient  à  la  queue  d'un  cheval  qu'on  lançait  ensuite  au  galop; 
d'autres  étaient  pendus  par  les  pieds  ou  par  les  mains,  ou 
bien  par  les  parties  génitales,  quelquefois  jusqu'à  complet 
arrachement  des  chairs,  et  on  leur  jetait  dans  les  yeux  du  sel 
imbibé  de  vinaigre;  d'autres,  attachés  à  des  trépieds  ou  à 
des  rôtissoires,  étaient  exposés  sur  les  charbons  ardents  et  on 
ne  les  délivrait  que  pour  les  jeter  dans  l'eau  froide.  Beau- 
coup de  gens  mouraient  dans  ces  supplices  :  «  Partout  »,  dit 
l'annaliste  de  Waverley,  «  retentissaient  les  gémissements  de 
«  douleur  et  les  plaintes  de  deuil*  ».  «  Jean  sans  Terre  »,  s'écrie 
Mathieu  de  Paris,  «  comme  un  fou,  plongeait  le  fer  dans  ses 
a  propres  entrailles  »*.  Ici  le  chroniqueur  s'abuse.  La  cruauté 


1.  Wendover,  II,  639  et  suiv.  —  Ann.  de  Waverley,  II,  283-28'*.  — - 
Ann,  de  Stanley  y  520.  —  Math,  de  Paris,  Gesta  abbatum,  I,  258,  269. 
Les  expropriations  violentes  qui  furent  accomplies  à  cette  époque  par 
les  deux  partis  sont  signalées  parfois  dans  les  textes  officiels  {Becord 
Office,  Pipe  RoU  62,  an.  2  Henry  III,  feuille  3,  membr.  1  ;  Patent  2  e/  3 
Henry  III .  passim.  —  Bradons  Note  Book,  n"»  48,  1303,  1304). 

2.  Math,  de  Paris,  Chron.,  II,  185. 


128  SOUFFRANCES   DU   PEUPLE. 

du  roi  était  l'effet  d'un  calcul  très  juste  :  il  arrivait  ainsi  à 
terrifier  ses  ennemis  ;  quant  aux  indifférents,  ils  s'habituaient 
peut-être  à  penser  qu'on  avait  tort  de  résister,  puisque  les  effets 
de  la  guerre  étaient  bien  plus  affreux  que  ceux  du  despotisme. 
D'ailleurs  le  parti  de  Louis  de  France  n'avait  point  une  con- 
duite assez  modérée  pour  gagner,  grâce  au  contraste,  le  cœur 
des  amis  de  la  paix.  Giraud  de  Barri  est  obligé  lui-même 
d'avouer  que  l'Angleterre  eut  beaucoup  à  souffrir  de  la  bru- 
talité des  Français  ^  Avant  d'aller  assiéger  Douvres,  Louis 
avait  parcouru  l'Essex,  le  Suffolk  et  le  Norfolk,  et  imposé  aux 
habitants  de  lourds  tributs;  les  citoyens  de  Lynn  fureni 
réduits  en  captivité  et  obligés  de  payer  rançon.  Quand  Gilbert 
de  Gant  occupa  le  Lincolnshire,  il  força  aussi  les  habitants 
à  payer  un  cens  annuel.  Pendant  le  siège  de  Douvres,  le 
Norfolk  et  le  Suffolk  furent  de  nouveau  ravagés  par  les 
barons,  plusieurs  villes  furent  mises  à  rançon  et  les  églises 
mêmes  ne  furent  pas  toujours  épargnées*.  Le  comte  de 
Nevers  se  fit  détester  pour  sa  tyrannie  dans  les  comtés  de 
Winchester  et  de  Sussex,  qui  lui  avaient  été  donnés  par 
Louis'.  Le  souvenir  do  Tinvasion  française  resta  longtemps 
odieux*. 

Les  excès  commis  par  les  bandes  de  Jean  sans  Terre  furent 
certainement  plus  nombreux  et  plus  épouvantables.  Mais  quels 
que  fussent  les  auteurs  de  ces  atrocités,  elles  devaient  avoir 
pour  résultat  de  provoquer  dans  les  âmes  populaires  le  regret 
du  passé  meilleur  et  par  suite  la  haine  de  l'étranger  ;  pour 
despote  que  se  fut  montré  Jean  sans  Terre,  sa  tyrannie 
ancienne  pouvait  paraître  douce  et  désirable  au  prix  des  mal- 
heurs de  l'invasion.  Pendant  la  guerre  de  Cent  ans,  les 
Français  eurent  à  leur  tour  à  subir  la  domination  brutale  des 
bandes  de  routiers  ;  les  grandes  compagnies  avaient  souvent 
servi  le  roi  de  France  ;  l'imagination  populaire  mit  cependant 
leurs  méfaits  sur  le  compte  des  Anglais  et  Thorreur  de  l'étran- 
ger devint  un  sentiment  assez  fort  pour  produire  une  héroïne. 


1.  a  Tarn  régis  exercitus  quam  Francorum  cœdibus  et  incendiis 
«  atque  rapinis  regnum  destruxerunt.  »  {De  princ,  inslr,,  311). 

2.  Wendover,  II,  663-664. 

3.  Ann.  de  Dunstaple,  46. 

4.  Voy.  Math,  de  Paris,  Chron.,  IV,  313,  V,  594. 


INCERTITUDE   DE  L'aVENIR.  129 

L'invasion  française  eut  évidemment  des  effets  analogues  en 
Angleterre  ;  les  chroniqueurs  nous  parlent  d'une  bande  d'ha- 
bitants du  Sussex  qui  avaient  à  leur  tête  un  jeune  homme 
nommé  Wilkin  ;  cachés  dans  les  montagnes  boisées  du  pays, 
ils  en  sortaient  pour  courir  sus  aux  Français  et  ils  en  exter- 
minèrent bon  nombre  ^  Dans  une  lettre  du  3  septembre,  Jean 
remercie  cette  ligue  des  gens  de  Sussex  de  ses  bons  services  ; 
selon  cet  acte,  des  confédérations  analogues  s'étaient  formées 
dans  les  comtés  de  Kent,  de  Surrey  et  de  Southampton*.  Il 
ne  semble  pas  que  ces  ligues  populaires  aient  joué  un  rôle 
important,  ni  exercé  une  influence  notable  sur  la  marche  de  la 
guerre.  Mais  au  moins  sont-elles  un  symptôme  curieux  de 
Télat  d'esprit  qu'avait  créé  l'invasion.  Bien  qu'il  apparût  en 
libérateur,  Louis  ne  pouvait  espérer  de  la  partie  la  plus  nom- 
breuse de  la  population  qu'une  neutralité  peu  sympathique. 

Au  moment  où  Jean  sans  Terre  mourut,  la  fortune  n'était 
pas  encore  contraire  à  Louis  de  France.  Le  fils  de  Philippe- 
Auguste  avait  conquis  la  plus  grande  partie  de  l'Angleterre. 
Il  n'avait  pas  eu  le  temps  d'organiser  un  gouvernement  et  ne 
portait  pas  encore  la  couronne  ;  mais  le  baronnage  et  la  majo- 
rité du  clergé  lui  étaient  fidèles,  ainsi  que  la  population  de 
Londres  et  .des  ports,  et  quelques  tentatives  locales  ne  suffi- 
saient point  pour  faire  craindre  un  véritable  soulèvement 
national  contre  l'étranger.  Mais  d'autre  part  il  est  manifeste 
que  Jean  sans  Terre  n'était  point  dans  une  situation  absolument 
désespérée.  Ce  n'était  plus  le  prince  indolent  qui  dormait, 
jouait  et  buvait  tandis  qu'on  lui  prenait  la  Normandie  :  la  peur 
avait  développé  en  lui  l'énergie  sauvage  de  l'homme  qui  est 
traqué  par  son  ennemi,  qui  veut  et  qui  sait  se  défendre. 
D'ailleurs  il  avait  pour  lui  des  amis  fidèles  ;  il  avait  l'appui  du 


1.  Wendover,  II,  655.  —  Ann.  de  Dunstaple,  46.  —  Le  biographe  de 
Guillaume  le  Maréchal  (v.  15116),  TAnon.  de  Béthune  (f°  62),  l'auteur 
de  VHisL  des  ducs  de  Norm,  (p.  181),  nous  parlent  aussi  de  WiUekin 
de  Vanz  et  des  Vandois.  D'après  ces  textes,  les  Wans  désignent  une 
terre  du  Sussex.  Dans  une  lettre  de  Henri  III  (Bec.  o/f.,  Pat.  I  Henry  III, 
membr.  13)  on  trouve  aussi  cette  phrase:  a  Eodem  modo  scribitur... 
«  omnibus  fidelibus  tam  de  Waldts  ouam  aliis  terris  Sussexie.  »  Ces 
Wans  ou  Waldi  désignent  donc  évidemment  le  Weald  ou  Andreds- 
weald,  grande  vallée  entre  les  Southdowns  et  les  Surrey  Hills.  Là 
8*étendait  autrefois  une  immense  forêt. 

2.  Rymer,  I,  part.  I,  142. 

Ch.  Pbtit-Dutaillis.  Uègne  de  Louis  VIII.  0 


130  INCERTITUDE  DE   l' AVENIR. 

pape;  enfin  rirritâtion  causée  par  les  maux  de  rinvasion 
tendait  à  eflfacer  le  souvenir  de  la  tyrannie  qui  avait  pesé  pen- 
dant quinze  ans  sur  le  pays.  L*issue  finale  de  la  lutte  était 
donc  bien  énigmalique  et  de  longues  années  de  guerre 
semblaient  se  préparer  pour  l'Angleterre.  Mais  voici  que 
Jean  sans  Terre  est  mort.  Le  problème  va  recevoir  une 
plus  prompte  solution  ;  cette  solution  dépendra  surtout  de  la 
politique  adoptée  par  les  défenseurs  du  nouveau  roi  ;  les 
hasards  de  la  guerre  décideront  en  dernier  ressort. 


CHAPITRE   VII. 

COURONNEMENT  DE  HENRI  IIF.  PREMIER  RETOUR  DE  LOUIS  EN  FRANCE. 

«  Quand  le  roi  meurt,  la  paix  meurt  avec  lui  »,  disait  un 
adage  anglais.  Le  principe  que  le  roi  ne  meurt  jamais  n'était 
pas  encore  établi  outre  Manche  et  chaque  souverain  nouveau 
ne  devait  compter  que  sur  son  énergie  pour  s'assurer  de  la 
couronne  ;  or  le  fils  aîné  de  Jean  sans  Terre,  Henri,  venait 
d'accomplir  sa  neuvième  année*  et  jamais  héritier  mineur  ne 
s'était  vu  appelé  à  recueillir  une  succession  plus  probléma- 
tique. A  la  nouvelle  de  la  mort  de  Jean,  les  barons  jurèrent 
sur  l'Évangile  de  ne  jamais  reconnaître  comme  souverain  aucun 
des  rejetons  du  défunt,  «  parce  qu'ils  ne  jugeaient  pas  un 
«  enfant  digne  du  nom  de  roi  »  ;  ils  ne  parlaient  point  de  la 
légitimité  à  laquelle  prétendait  Louis  de  France  ;  mais  Louis 
se  contenta  de  ce  serment  :  il  ne  doutait  plus  du  succès  ^ 

A  son  lit  de  mort  Jean  sans  Terre  avait  réuni  ceux  de  ses 
fidèles  qui  se  trouvaient  alors  avec  lui  et  leur  avait  dicté  ses 
dernières  volontés.  Il  désigna  un  conseil  de  régence  formé  de 
treize  personnes,  parmi  lesquelles  figuraient  naturellement  le 
cardinal  légat,  Guillaume  le  Maréchal,  le  comte  de  Chester, 
Savari  de  Mauléon,  Fauqaet  de  Bréauté.  Enfin  il  écrivit 
au  pape  une  longue  lettre  pour  le  supplier  de  prendre  sous 
sa  protection  le  jeune  Henri  ^  Tout  faisait  croire  que  l'appui 
du  Saint-Siège  était  assuré  au  fils  de  Jean.  Mais  pour  procéder 
au  sacre  de  l'enfant  il  n'était  pas  possible  d'attendre  les 
ordres  de  Rome.  Puisque,  malgré  la  force  du  principe  d'héré- 
dité, on  ne  devenait  roi  que  le  jour  où  l'on  était  couronné*, 

* 

1.  Wendover,  II,  520. 

2.  Barnwell,  II,  233. 

3.  Hi$t.  de  Guill.  le  Maréch.^  v.  15154  et  suiv.  —  Rymer,  I,  part,  i, 
144.  —  Raynaldus,  XX,  397. 

4.  Le  règne  de  Henri  III  commença  non  pas  le  19  oct..  jour  de  la 
mort  de  son  père,  mais  le  28,  jour  de  son  sacre.  (Duffus  Hardy,  Litt, 
Claus,,  I,  Introd,^  p.  xxxiv-xxxv). 


VA2  COURONNEMENT   I>E   HENRI   ÏH. 

il  était  important  que  le  jeune  Henri  le  fut  tout  de  soiie. 
Après  les  obsèques  de  son  père,  ses  fidèles  forent  convoqués 
à  Gloucester  par  les  soins  du  légat  ;  Tenfant  fat  amené  dans 
cette  ville  et  fait  chevalier  par  Guillaume  le  Maréchal:  puis 
on  le  revêtit  des  habits  royaux  et  on  le  conduisit  à  Téplise 
Saint-Pierre  où  il  ceignit  la  couronne  d'Angleterre  :  il  reçut 
immédiatement  les  hommages  de  ses  principaux  panisaiis. 
(28  octobre  1210/.  Ce  n'était  point  là  un  couronnement 
définitif;  une  cérémonie  do  ce  genre  ne  devait  s'accomplir 
qu'à  Westminster,  et  par  les  soins  de  l'archevêque  deCantor- 
béry.  Mais  en  de  telles  circonstances  il  ne  fallait  poiDl  se 
montrer  difficile  et  Galon  excommunia  sans  autre  forme  de 
procès  Tabbé  de  Westminster  et  le  prieur  de  Cantorbénr,  qui 
avaient  protesté  contre  les  irrégularités  du  sacre*. 

Le  jeune  Henri  III  une  fois  intronisé,  ses  partisans  offrirent 
la  régence  au  comte  do  Pembroke  ;  le  vieux  maréchal  n*était 
guère  en  faveur  à  la  fin  du  dernier  règne  et  son  biographe 
passe  presque  sous  silence  cette  période  effacée  de  sa  vie; 
tenu  à  l'écart  par  Jean  sans  Terre,  il  ne  se  trouvait  pas  an 
chevet  du  roi  mourant  ;   mais  au  dernier  moment  Jean  se 
repentit,  voulut  qu'on  demandât  au  maréchal  de  lui  pardonner 
ses  torts  et  qu'on  le  sollicitât  de  prendre  Henri  sous  sa  garde. 
Après  s'être  longtemps  fait  prier,  Guillaume  finit  par  accepter 
la  régence  '.  Il  eut  les  titres  de  «  rector  régis  et  regni  »  et  de 
grand  justicier*  et  scella  de  son  sceau  la  plupart  des  actes 
officiels.  Il  prit  la  direction  des  opérations  militaires,  tandis 
que  révoque  de  Winchester  se  chargeait  plus  spécialement  de 

1.  Le  biographe  do  Guill.  le  Maréclial,  v.  15229  à  15332,  raconte  avec 
beaucoup  de  détails  tous  ces  faits;  cf.  le  compte-rendu  officiel  dans 
Hyiner,  I,  part,  i,  l'«5,  et  les  récits  plus  ou  moins  exacts  des  chroni- 
(luours  :  Ihaloria  vwnast.  S.  Pétri  Glouceslr.^  I,  24; —  Uni.  des  dua 
(if  Norm.,  181;  —  Harnwell,  2X1;  —  Coggeshall.  184;  —  Wendover, 
III,  1-2,  etc..  Le  Pipe- Hall  62,  ann.  H  Henry  III ^  f.  4,  membr.  1 
(iorso  {Hec.  Office),  contient  un  compte  relatif  à  cette  cérémonie  som-- 
maire. 

2.  Chron.  do  Mai/ros,  12'i-125.  — ^Ilcnri  III  fut  couronné  solennelle- 
inent  en  1220  sur  Tordre  du  pape.  (Barnwell,  244).  Voy.  la  légendi 
rapport<^e  par  Th.  Wykes,  60. 

:l  //ist.  do  Guill.  le  Mar.,  v.  15167  à  15190,  15373  à  15610.  —  //i8        /. 
dea  durs  de  i\onn . ,  180-181. 
4.  /it'c  off\.  Pat.  I  Henri/  III,  membr.  16  :  «  W.  Marescalli  rectoi 


nostri  et  regni  nostri.  «  —  «  \V.  Marescalli  iusticiarii  nostri  Ânglie    ^.  » 
Peu  après  le  titre  de  justicier  fut  rendu  à  Hubert  de  Rourg(t6t^.,  m.      *^). 


ASSEMBLÉE   DE   BRISTOL.  133 

la  garde  du  roi.  Chaque  fidèle  reçut  sa  mission  particulière*. 
L'organisation  de  la  régence  ne  se  fit  point  sans  embarras  ;  il 
yeutpendant  tout  ce  début  de  minorité  des  mécontentements  et 
des  résistances  ;  le  comte  de  Chester  essaya  de  se  faire  asso- 
cier à  Guillaume  le  Maréchal  sous  prétexte  que  celui-ci 
était  trop  vieux*.  Les  intrigues  de  palais  qui  devaient  rem- 
plir le  règne  de  Henri  III  commençaient  déjà.  Mais  le  légat 
était  là  pour  contenir  les  ambitions  et  tout  diriger.  Galon 
fut  le  véritable  roi  pendant  la  minorité  de  Henri  III  ;  sa  sus- 
cription  et  son  sceau  figurent  souvent  dans  les  actes  offi- 
ciels et  précèdent  ceux  du  Maréchal  \  Dans  un  Coram  rege 
de  1237  on  le  qualifie  de  «  quasi  tutor  domini  régis  et 
«  custos  ^  ».  C'était  avec  lui  et  avec  le  comte  de  Pembroke  que 
Louis  allait  avoir  maintenant  à  compter. 

Pour  dégager  la  responsabilité  de  l'enfiint,  qui  ne  devait 
point  payer  les  fautes  de  son  père,  et  pour  ôtor  tout  motif  à 
la  rébellion,  Galon  convoqua  une  grande  assemblée,  où  le 
nouveau  roi  devait  par  de  justes  concessions  «  faire  revenir 
«  les  jours  gracieux  de  ses  nobles  ancêtres  »  et  apaiser  la  que- 
relle qui  s'était  élevée,  «  il  ne  savait  si  c'était  avec  ou  sans 
«  raison  »,  entre  son  père  et  certains  barons.  Le  11  novembre, 
«  tous  les  prélats,  comtes  et  barons  d'Angleterre  »,  nous  est- 
il  dit  dans  le  procès-verbal  officiel,  se  réunirent  à  Bristol  et 
jurèrent  fidélité  au  roi.  Cette  formule  redondante  est  singu- 
lièrement inexacte.  A  vrai  dire  aucun  baron  de  marque 
n'abandonna  Louis,  bien  qu'en  cette  assemblée  de  Bristol 
Henri  III  eût  solennellement  confirmé  un  grand  nombre  des 
articles  de  la  Charte  de  1215*.  En  revanche  onze  évéques 


1.  Voy.  Hiêl,  des  ducs  de  Norm,,  180-181. 

2.  Shirley,  Royal  letters,  n"  5.  —  Pressuti,  n"  65.3.  —  Bec.  O/jT.,  Pat.  I 
Henry  III,  membr.  16,  5  et  4,  lettres  mentionnant  des  faits  d'insubor- 
dination dans  le  parti  môme  de  Henri  III. 

3.  Voy.  par  ex.  Litt.  Clam.,  I,  335*»;  —  Bec.  off..  Pat.  I  Henry  III, 
membr.  16. 

4.  Braclon's  Note  book,  n°  1219. 

5.  Lettre  du  roi  au  justicier  d'Irlande,  dans  Rymer,  I,  part,  i,  l'i5. 
—  Ann.  de  Waverlei/,  286.  —  Barnwell,  234.  —  Voyez  la  charte  du  12 
nov.  1216,  dans  Select  Charters,  p.  .329.  La  charte  identique  accordée 
à  l'Irlande  est  dans  Historié  and  munie,  doc.  of  Iretand,  65.  Voy.  là- 
dessus  Stubbs,  Constit,  llist.,  II.  21.  Blackstone(Grea/  Charter,  Introd., 
xxi.x  à  xxxi)  énumère  en  détail  toutes  les  différences  que  présentent 
les  chartes  de  1215  et  de  1216;  c'est  ainsi  que  les  articles  de   1215 


131  DÉFECTIONS   DANS   LE   CLERGE. 

vinrent  faire  leur  soumission  et  Télu  du  siège  d'Ely  fut  Tunique 
membre  de  Tépiscopat  anglais  qui  restât  dans  le  parti  de 
Louis.  C'était  là  déjà  un  résultat  d'importance.  Louis  s'efforça 
en  vain  de  retenir  par  des  mesures  violentes  ceux  qui  voulaient 
le  quitter.  Il  dépouilla  de  leurs  biens  les  gens  d'église  qui 
l'avaient  abandonné,  tenta  de  contraindre  certains  prélats  à  lui 
prêter  hommage  ;  mais  la  plupart  se  dérobaient  ou  bien  ache- 
taient une  trêve.  Louis  se  présenta  le  21  décembre  au  monas- 
tère de  Saint- Alban  et  somma  Tabbé  Guillaume  de  Trumpington 
de  lui  jurer  fidélité  ;  ce  prélat,  homme  autoritaire  et  hautain, 
ne  céda  à  aucune  menace  ;  Louis  allait  faire  incendier  Saint- 
Alban  lorsque,  grâce  à  Tintervention  du  comte  de  Winchester, 
il  consentit  à  accorder  une  trêve  moyennant  quatre-vingts 
marcs  d'argent*.  Ces  coups  de  force  n'étaient  pas  un  bon 
moyen  pour  lutter  contre  le  Saint-Siège. 

La  disparition  d'Innocent  III  n'avait  pas  amélioré  la  situa- 
tion de  Louis  de  France.  Innocent  était  mort  le  16  juillet  1216. 
Le  cardinal  Cencius,  l'auteur  du  fameux  Liber  Censuum  de  TÉ- 
glise  romaine,  le  remplaça  sous  le  nom  d'Honorius  III'.  Le 
parti  de  Louis  fonda  de  grandes  espérances  sur  le  nouveau 
pape;  on  disait  partout  que  ce  vieillard  octogénaire  n*avait 
point  hérité  l'esprit  d'autorité  et  le  génie  entreprenant  de  son 
prédécesseur ^  Ilonorius  avait  envoyé  le  16  septembre  aux 
ai'chevêques  de  Franco  et  à  leurs  suffragants  une  circulaire 
où  il  affirmait  sa  bienveillance  envers  les  Capétiens*.  Mais 
pour  beaucoup  de  motifs  les  espérances  des  ennemis  de  Jean 


garantissant  contre  toute  taxation  arbitraire  et  établissant  un  conseil 
de  surveillance  furent  omis  dans  la  nouvelle  charte.  Stubbs  estime  qu'il 
n'en  pouvait  être  autrement  en  ce  temps  de  trouble,  où  le  pouvoir 
monarchique  avait  besoin  d'être  fort.  M.  Bémont  (Charles  des  libertés 
attylaises,  Introd..  xxvni-xxix")  remarque  assez  justement  que  ces  sup- 
pressions ne  durent  point  paraître  très  graves  ni  très  dangereuses. 
Imisqu'elles  furent  maintenues,  sans  provoquer  de  réclamations,  dans 
es  confirmations  de  1217  et  de  1225. 

1.  Barnwell,  234.  —  Wendover,  III.  8-9.  —  Sur  l'abbé  Guillaume 
de  Trumpington,  voy.  Matli.  de  Paris,  Gestaabbalum,  I,  253  etsuiv. 

2.  Pressuti,  p.  1.  —  M.  Favre  {Liber  Censuum^  p.  3)  n'a  trouvé  nulle 
part  qu'Honorius  III  ait  porté  le  nom  de  Savelli,  que  Pressuti  lui  donne. 

3.  Ilist.  des  ducs  de  Norm.,  180.  —  Anon.  de  Béth.,  f»  61.  —  Barn- 
well, 230-231.  —  Sur  lïige  d'Honorius  111,  voy.  Vernet,  Sermons 
d'Ifon.  III,  p.  VI  et  3. 

'i.  Pressuti,  no  35. 


LE   PAPE  HONORIUS    III.  1;}5 

sans  Terre  devaient  être  \aines.  Honorius,  bien  qu'il  avouât 
lui-même  être  courbé  sous  le  poids  des  ans,  avait  encore  une 
intelligence  nette  et  une  volonté  virile;  les  sermons  qu'il  nous 
a  laissés,  et  qui  sont  parfois  d'une  très  haute  éloquence,  témoi- 
gnent de  la  vigueur  de  sa  pensée.  Or,  comme  son  prédécesseur, 
il  eut  pour  souci  dominant  la  délivrance  de  la  Terre  Sainte, 
qui  avait  pour  prélude  nécessaire  l'établissement  d'une  paix 
générale  dans  la  chrétienté  \  En  outre  il  était  tout  aussi 
désireux  qu'Innocent  III  de  commander  en  maître  dans  ce 
royaume  qui  était  devenu  fief  du  Saint-Siège  :  son  pontificat 
devait  être  pour  l'Angleterre  une  époque  d'asservissement  à 
la  théocratie.  Enfin  le  conseil  des  cardinaux  jouait  un  grand 
rôle  à  Rome  ;  il  est  évident  que  le  pape  avait  constamment 
recours  à  eux  pour  traiter  les  multiples  afi^aires  qui  l'intéres- 
saient ;  c'était  en  grande  partie  à  ce  conseil  qu'étaient  dûs  le 
maintien  des  traditions,  la  prolongation  d'une  politique  iden- 
tique à  travers  les  âges.  Or,  autant  que  nous  en  pouvons 
juger,  Robert  de  Courçon,  le  «cher  et  fidèle  ami'»  des 
Plantagenets,  n'était  point  le  seul  cardinal  hostile  aux  pro- 
jets de  Philippe- Auguste  et  de  son  fils  contre  le  roi  d'Angle- 
terre ;  tous  ses  confrères  avaient  intérêt  à  défendre  ce  vassal 

0 

de  l'Eglise,  qui  laisserait  les  Italiens  accaparer  les  riches 
bénéfices  de  son  royaume  et  fournirait  de  l'argent  à  la  curie 
romaine  aux  dépens  de  ses  sujets. 

Dès  le  lendemain  de  sa  consécration,  Honorius  III  écrivit  à 
Galon  pour  l'encourager'.  Quelque  temps  après  il  envoyait  aux 
barons  poitevins  et  gascons  une  circulaire  où  il  les  engageait 
à  s'embarquer  pour  aller  secourir  Jean  sans  Terre  *.  Au  mois 
de  septembre  il  reçut  un  messager  que  le  légat  d'Angle- 
terre, ignorant  encore  la  mort  d'Innocent  III,  avait  dépêché 
vers  ce  pontife.  Galon  se  déclarait  exaspéré  des  tribulations 
qu'il  avait  à  endurer  et  demandait  qu'on  prit  les  mesures  les 
plus  rigoureuses  afin  d'assurer  le  triomphe  de  Jean.  Il  vou- 
lait sans  doute  qu'on  lui  permît  de  terrifier  le  clergé  anglais 


1.  Voy.  les  premières  lettres  du  regeste  dressé  par  Pressuti. 

2.  Expression  employée  dans  une  lettre  de  Henri  III  {Bec.  Off.f  Pat.  I 
Henry  ni,  membr.  16.) 

3.  Pressuti,  n<>  6. 

4.  Pressuti,  n®  34. 


136  POLITIQUE  d'hONORIUS  III. 

par  une  persécution  en  règle  et  qu'on  jetât  l'interdit  sur  les 
terres  de  Philippe-Auguste,  dont  la  complicité  était  mani- 
feste. Honorius  réunit  son  conseil  ;  quelques-uns  furent  d'avis 
d'adopter  les  demandes  de  Galon,  mais  la  majorité  se  rangea 
à  l'avis  du  pape  :  on  répondit  au  légat  qu'une  sévérité  exces- 
sive compromettrait  la  victoire  de  l'Église  ;  la  modération 
était  la  meilleure  des  politiques  *.  S'il  est  vrai  qu'Innocent  III 
allait  excommunier  Philippe-Auguste  au  moment  où  il  mou- 
rut, l'avènement  d'Honorius  marque  donc  une  modification 
dans  les  moyens  employés  pour  faire  triompher  la  dynastie 
angevine.  Mais  la  volonté  de  réussir  restait  toujours  aussi 
ferme. 

La  faveur  qu'Honorius  III  montrait  aux  Plantagenets  prit 
la  forme  d'une  protection  paternelle  et  jalouse  lorsque  Jean 
fut  mort,  abandonnant  son  héritier  à  la  garde  du  Saint-Siège. 
Honorius  écrivait  le  6  décembre  1216  :  «  Quoique  jusqu'ici 
«  nous  ayons  montré  beaucoup  de  sollicitude  pour  la  défense 
«  du  royaume  d'Angleterre,  propriété  du  siège  apostolique,  il 
«  faut  maintenant  nous  en  occuper  bien  plus  activement, 
«  puisque  Jean  d'illustre  mémoire,  roi  d'Angleterre,  a  remis 
«  entre  nos  mains  et  sous  notre  tutelle  ses  fils  et  son  royaume. 
«  Il  ne  convient  pas  qu'on  nous  puisse  comparer  au  mercenaire 
«  qui,  à  la  vue  du  loup,  laisse  là  ses  brebis  et  s'enfuit*». 
Dans  une  lettre  de  1219  il  appelle  Henri  III  son  «  très  cher 
«  fils  dans  le  Christ,  pupille  du  Saint-Siège  et  croisé'  ».  C'està 
ce  double  titre  qu'il  allait  le  défendre  :  «  La  faiblesse  et  la 
«  simplicité  d'une  tendre  jeunesse  »  étaient  dignes  de  sollicitu- 
de, et  il  convenait  aussi  de  protéger  un  enfant  qui,  «  offrant  au 
«  Seigneur  Dieu  les  prémices  de  son  adolescence  »,  avait,  à 
l'exemple  de  son  père,  pris  la  croix  pour  la  délivrance  de  la 
Terre  Sainte*. 


1.  Pressuti,  n®  45:  «  De  petitionibus  tuis....  quasdam  propter  suî 
«  nimiam  gravitatem  non  duximus  admittendas,  fratribusnostris,  prêter 
a  admodiim  paucos,  concorditer  sentientibus  esse  in  tantis  negociis, 
«  prœsertim  hoc  tempore,  moderatius  procedendum.  » 

2.  Pressuti,  n®  15'i. 

3.  Pressuti,  n«  2166  (^ri/.  Mus.,  ms.  addit.  15352,  f<»  1)  :  «  ...  Karis- 
«  simi  in  Christo  filii  nostri  Henrici  régis  Angiorum  illustris  pupilli, 
«  crucesignati,  custodie  sedis  apostolice  derelicti.  » 

4.  Pressuti,  n«  1098  (add.  15351,  f°  16 i)  et  no  267. 


POLITIQUE  d'hONORIUS  III.  137 

Aux  mois  de  décembre  1216  et  de  janvier  1217  de  nom- 
breuses lettres  furent  expédiées  de  Rome  concernant  les 
affaires  d'Angleterre.  Dans  les  unes,  Honorius  prodiguait  ses 
encouragements  au  jeune  roi  et  à  ses  fidèles,  renouvelait  au 
légat  ses  pouvoirs  et  lui  mandait  d'annuler  les  serments  prêtés 
par  les  barons  à  Louis  de  France  et  de  suspendre  les  clercs 
rebelles V  Dans  les  autres  il  chargeait  les  abbés  de  Citeaux 
et  de  Clairvaux  d'aller  trouver  Philippe- Auguste  et  Louis  de 
France  lui-même,  pour  obtenir  qu'on  cessât  de  persécuter  le 
pupille  du  Saint-Siège;  il  envoyait  aux  barons  anglais  une 
circulaire  pour  les  exhorter  à  reconnaître  Henri  III  comme 
roi;  il  écrivit  en  particulier  au  roi  d'Ecosse,  à  Llewelyn  de 
Galles,  aux  principaux  seigneurs  révoltés  et  aux  barons  des 
Cinq-Ports,  pour  leur  promettre  son  appui  dans  le  cas  où  ils 
voudraient  rentrer  en  grâce*. 

Sans  doute  cette  pression  habile  et  constante  amollissait 
peu  à  peu  les  cœurs  des  rebelles.  Giraud  de  Barri  se  moquait 
des  prétentions  du  pape,  qui,  impuissant  dans  la  ville  même  où 
il  habitait,  voulait  faire  trembler  les  royaumes  par  un  signe 
de  tête'.  Mais  ce  n'était  point  là  sans  doute  l'expression  d'un 
sentiment  général.  C'est  seulement  dans  le  courant  du  règne 
de  Henri  III  que  se  développa  l'état  d'esprit  anti-ultramontain 
si  curieux  à  étudier  chez  Mathieu  de  Paris*.  Jusqu'à  Tavéne- 
ment  de  ce  roi,  l'intervention  pontificale  ne  s'était  le  plus 
souvent  exercée  que  pour  réprimer  les  excès  de  pouvoir  des 
souverains;  Innocent  III,  en  forçant  Jean  sans  Terre  à  cour- 
ber la  tète  devant  lui,  avait  mis  terme  à  une  ère  d'oppression 
sanglante.  Il  avait  ensuite  cassé  la  Grande  Charte  ;  mais 
pourquoi  évoquer  ce  souvenir?  Le  légat  lui-même  avait  réuni 
une  assemblée  où  les  libertés  anciennes  avaient  reçu  une  solen- 
nelle confirmation.  Bref  la  mort  d'Innocent  III  et  de  Jean 
sans  Terre  n'avait  nullement  affaibli  l'énergie  du  Saint-Siège 


1.  Pressuti,  n«  267,  143,  262,  142,  244. 

2.  Pressuti,  n»»  154,  131,  245. 

3.  Œuvres,  IV,  377. 

4.  Voy.  aussi  VInveciio  contra  avariliam,  curieuse  et  spirituelle 
satire  de  la  corruption  romaine,  publiée  par  Wright,  PoUtical  Songs, 
14  et  suiv.  Wright  l'attribue  sans  aucune  preuve  au  temps  de  Jean 
sans  Terre  ;  le  manuscrit  date  du  règne  de  Henri  111. 


138  LES   BARONS   RESTENT  FIDELES  A  LOUIS. 

et  il  n'existait  pas  encore  de  mouvement  anglican  capable 
d'annuler  de  prime  abord  tant  d'efforts. 

Pour  provoquer  les  soumissions,  la  régence  iSt  usage  des 
mêmes  moyens  qu'avait  employés  Jean  sans  Terre.  Dès  le 
commencement  du  mois  de  novembre  1216,  les  Rôles  sont 
remplis  de  lettres  adressées  par  le  nouveau  roi  aux  barons 
rebelles;  des  émissaires  parcouraient  les  comtés  du  sud  et 
les  Cinq-Ports  pour  susciter  des  défections.  Comme  aupa- 
ravant, on  punissait  sévèrement  les  résistances  partout  où 
on  pouvait  le  faire  ;  les  textes  mentionnent  des  emprisonne- 
ments de  chevaliers,  de  clercs  et  même  de  femmes  et  font 
de  fréquentes  allusions  à  des  confiscations  de  manoirs  dont 
on  investissait  les  sujets  fidèles.  Mais  l'amnistie  était  accordée 
à  tous  ceux  qui  se  soumettaient;  ils  étaient  libérés,  remis  en 
possession  de  leurs  biens,  absous  de  l'excommunication,  par- 
fois môme  recevaient  une  récompense'. 

Cette  politique  n'eut  point  d'abord  le  succès  qu'on  en  pou- 
vait attendre.  Les  soumissions  sont  en  nombre  insignifiant 
pendant  les  mois  de  novembre,  de  décembre  et  de  janvier; 
les  Patent  rolls  n'en  signalent  pas  une  seule;  les  Close 
rolls  n'en  mentionnent  que  cinq.  Guillaume  Longespée 
et  Guillaume  le  Maréchal  le  jeune  entrèrent  en  pourpar- 
lers avec  la  régence  au  mois  de  décembre,  mais  les  négo- 
ciations n'aboutirent  pas*.  Les  succès  militaires  des  Fran- 
çais pendant  cette  période  expliquent  l'inanité  des  efforts  du 
légat.  Guillaume  le  Maréchal,  faute  sans  doute  de  temps 
pour  élaborer  des  plans  d'attaque  et  faute  aussi  de  ressources 
pour  prendre  l'offensive,  avait  laissé  Louis  de  France  conti- 
nuer ses  conquêtes^  :  tandis  que  Henri  III  et  les  siens  séjour- 
naient dans  le  Gloucestershire,  Louis,  dès  le  commencement 

1.  Rymer,  I,  part,  i,  1*5.  —  Shirley,  Royal  Letlers,  no**  2  et  11.  — 
Lin.  Clans..  I,  293  et  suiv.  —  Ben,  O/T.^  Pat.  I  Henry  I/L  membr. 
16,  15,  l'i,  i;i,  etc.. 

2.  Litt.  Clauii.,  I,  293»»  et  suiv.  —  Rj-mer,  I,  part,  i,  145. 

3.  C'est  ce  que  prouve  l'Itinéraire  de  Henri  III;  nous  désignerons 
ainsi  le  tableau  des  séjours  de  ce  roi,  d'après  les  Close  Rolls  publiés 
par  Duffus  Hard^y  et  d'après  le  Patent  Roll  I  Henry  III;  comme  ce 
Patent  Holl  a  été  catalogué  pièce  par  pièce  {Annxiàl  Reports  of  the 
deputy  Keeper  of  the  public  records.  26 A  report,  app.,  p.  66  et  suiv.), 
nous  n'avons  pas  jugé  utile  de  publier  un  Itinéraire  au8.si  facile  à  re- 
constituer. —  Henri  III  se  plaint  de  son  dénuement  dans  une  lettre  du 
2  déc.  1216  {Rec.  Off.,  Pat.  I  Henry  III,  membr.  16.) 


CONCLUSION  DE  DEUX  TREVES.  139 

du  mois  de  novembre  1216,  avait  quitté  Londres,  emportant 
ses  machines  de  guerre.  Il  mit  le  siège  devant  Hertford  le  12 
novembre  et  en  fut  maître  le  6  décembre.  Pendant  ce  temps 
d'autres  troupes  prenaient  Ely  et  le  château  de  Lincoln  était 
assiégé.  De  Hertford  Louis  se  rendit  immédiatement  à  Berk- 
hampstead  qui  était  défendu  par  un  routier  allemand  nommé 
Galeran  ;  les  assiégés  firent  de  vigoureuses  sorties  et  «  en- 
ce  voyèrent  au  Tartare  nombre  d'âmes  de  Français  excommu- 
«  niés.  »  Mais  en  l'honneur  de  la  Noël  qui  approchait,  la  régen- 
ce sollicita  une  trêve  générale  jusqu'au  13 janvier;  Louis  y 
consentit  moyennant  la  reddition  de  Berkhampstead*.  Durant 
cette  suspension  des  hostilités,  Louis  réunit  ses  partisans  à 
Cambridge,  tandis  que  ceux  de  Henri  III  s'assemblaient  à 
Oxford.  On  parla  de  faire  la  paix.  Mais  les  barons  rebelles 
étaient  hostiles  à  ce  projet  et  l'empêchèrent  d'aboutir.  La 
guerre  recommença.  Louis  s'empara  de  Hedingham  et  d'Ore- 
ford  ;  on  lui  demanda  alors  une  seconde  trêve  qu'il  accorda  à 
condition  que  les  châteaux  de  Norwich  et  de  Colchester  lui 
fussent  livrés.  La  nouvelle  trêve  devait  durer  jusqu'au  26 
avril.  On  espérait  qu'à  cette  occasion  Louis  reviendrait  au- 
près de  son  père  et  que  cette  absence  profiterait  à  la  cause 
de  Henri.  Le  calcul  était  juste:  Louis  résolut  d'aller  passer 
ce  temps  en  France  ;  les  barons  en  ayant  témoigné  du  mécon- 
tentement, il  les  assembla  et  jura  sur  l'Évangile  de  revenir  en 
Angleterre  à  l'expiration  de  latrêve^ 

Louis  ne  s'était  point  décidé  sans  de  puissants  motifs  à 
cette  périlleuse  absence.  Dès  le  mois  de  juillet  1216,  la  dé- 


1.  Barnwell,  234.  —  Wendover,  III,  5  et  suiv.  —  L*existence  de 
cette  trêve  est  confirnuîe  par  une  lettre  (le  Henri  lll,  datée  du  28  déc  1216 
(Rec,  Off.  Pat.  I  Henry  III,  inembr.  l'i  dorso)  et  par  une  autre  du  27  déc. 
{jRoy.  Letters,  n°  1),  où  il  ordonne  aux  matelots  irlandais  de  se  rendre 
à  Winchelsea  pour  le  13  janvier,  date  de  la  fin  de  la  trêve  selon  le 
chanoine  de  Barnwell.  —  D'après  une  lettre  envoyée  le  15  déc.  1216 
(Pat.  I  Henry  fIL  mernbr.  15),  la  trêve  était  déjà  conclue  à  cette  date. 

2.  Tous  ces  faits  sont  omis  ou  rapportés  d'une  façon  confuse  et  vague 
dans  la  plupart  des  chroniques  (Hist.  des  ducs  de  Norm.,  182;  Ann. 
de  Dunstaple,  47;  Ilist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  15709  et  suiv.,  etc..) 
Nous  avons  suivi  le  récit  du  chanoine  de  Barnwell,  qui  semble  très 
exact  (p.  235).  L'existence  de  deux  trêves  distinctes  est  certaine  : 
Guillaume  le  Maréchal  parle  de  la  première  et  de  la  seconde  trêve  dans 
une  lettre  adressée  à  Louis  à  la  lin  du  mois  de  février  (Rymer,  I, 
part.  1,  147).  Roger  de  Wendover  en  parle  aussi  (t.  III,  13). 


140  MOTIFS  DU  DÉPART  DE  LOUIS. 

bandade  avait  commencé  parmi  ses  compagnons  et  son  armée 
s'était  <(  amoindrie  merveilleusement  ».  Il  lui  fallait  donc  aller 
chercher  des  hommes  et  de  Targent*.  Selon  Roger  de  Wen- 
dover,  il  avait  été  averti  aussi  que  s'il  ne  quittait  pas  l'Angle- 
terre, le  pape  confirmerait  le  4  mai  1217  Texcommunication 
lancée  contre  lui  par  Galon;  c'est  pourquoi  il  alla  faire  un 
séjour  en  France  ^  Cette  assertion  semble  bien  étrange.  Le 
fils  de  Philippe-Auguste  ne  partait  qu'avec  la  ferme  intention 
de  revenir  avant  le  26  avril,  et  c'était  évidemment  une  paix 
définitive  qui  seule  pouvait  contenter  le  Saint-Siège  ;  enfin, 
bien  que  Louis  en  efit  appelé  de  la  sentence  du  légat  et  que 
les  instances  en  cour  de  Rome  durassent  généralement  fort 
longtemps,  nous  avons  la  preuve  qu'Innocent  III  lui-même 
avait  confirmé  l'excommunication  lancée  contre  les  ennemis 
de  Jean  sans  Terre^.  Si  nous  cherchons  les  divers  motifs  du 
retour  de  Louis,  nous  pouvons  plutôt  croire  que  le  roi  de 
France,  sur  l'ordre  d'Honorius  III,  rappela  d'urgence  son 
fils.  Le  6  décembre,  comme  nous  l'avons  vu,  Honorius  avait 
chargé  les  abbés  de  Cîteaux  et  de  Clairvaux  de  se  rendre  auprès 
de  Philippe-Auguste  :  «  Répandez  des  larmes,  écrivait-il  aux 
«  prélats,  prosternez-vous  à  terre,  accumulez  les  prières  sur 
«  les  prières,  adjurez-le  par  le  sang  du  Christ  de  remettre  à 
((  nos  pupilles  les  offenses  que  leur  père  le  roi  Jean  a  pu  lui 
<c  faire  ;  suppliez-le  de  s'appliquer  d'un  cœur  pur  à  faire  revenir 
«  son  fils  Louis  »*.  Faut-il  croire  avec  le  chanoine  de  Barn- 
well  qu'au  début  de  l'année  1217  les  nonces  du  pape  convo- 
quèrent à  Melun  un  concile  ayant  pour  objet  la  mise  en  interdit 
du  royaume  de  France?  Aucun  autre  texte  no  prouve  l'exis- 
tence do  ce  concile.  Le  chroniqueur  a  fait  sans  doute  une 
confusion  \  La  lettre  du  17  janvier  où  Honorius  recomman- 


1.  Chanoine  de  Laon,  719.  -—  Coggeshall,  185.  —  Hist,  des  ducs  de 
Norm..  176-177. 

2.  Wendover,  III,  13. 

3.  Voyez  dans  H.  F,  XIX,  608,  la  rubrique  d'une  bulle  perdue: 
«  Archiepiscopo  Remensi  et  ejus  suffraganeis,  ut  sententias  latas  contra 
«  Ludovicum  primogenitiim  régis  Francie  et  sequaces  suos  qui  invadunt 
«  regnum  Aiiglie,  publicent  et  cas  faclant  observari.  » 

4.  Pressuti,  n°  154. 

5.  Barnwell,  235.  —  Dom  Brial(il.  F.,  XVIII,  182,  note  c)  assure  que 
ce  concile  a  eu  lieu  et  renvoie  à  une  lettre  de  Gervais  de  Prémontré 
au  pape.   Mais  cette  lettre,  que  Brial  a  plus  tard  éditée    lui-même 


GUET-APENS  DE  WINCHELSEA.  141 

dait  à  Tarchevêque  de  Bordeaux  de  frapper  de  censure  tous 
les  fauteurs  de  désordre,  «  sauf  la  personne  du  roi  de  France  *», 
semble  prouver  que  le  Saint-Siège  voulait  se  concilier  Philippe- 
Auguste  par  la  modération.  Bien  évidemment  ce  prince  n'était 
plus  très  difficile  à  gagner.  Il  avait  d*abord  encouragé,  sinon 
suggéré  les  projets  de  son  fils  ;  mais  les  longueurs  d'une  cam- 
pagne qui  aurait  dû  être  courte  et  foudroyante,  enfin  la  mort 
de  Jean  sans  Terre  et  le  couronnement  de  Henri  III  durent 
détruire  ses  illusions;  il  est  donc  fort  possible  que,  comme 
l'assure  le  chanoine  de  Barnwell,  Louis  ait  été  mandé  par  son 
père. 

Il  fallait  bien  que  de  pressantes  raisons  l'appelassent  en 
France  ;  car  il  laissait  derrière  lui  des  ennemis  décidés  à  no 
point  respecter  les  engagements  jurés.  Le  biographe  de  Guil- 
laume le  Maréchal  assure  que  Louis  fut  le  premier  à  violer 
la  trêve*,  mais  nous  ne  connaissons  aucun  fait  confirmant 
cette  assertion.  On  voit  au  contraire  que  le  12  février  1217 
un  certain  nombre  de  Français,  entre  autres  les  deux  neveux 
du  comte  de  îsevers,  furent  faits  prisonniers  à  Lewes^  et 
qu'à  la  fin  du  mois  Louis,  sur  le  point  de  partir  pour  la 
France,  faillit  tomber  dans  un  guet-apens.  La  fidélité  des 
Cinq-Ports  était  chancelante  ;  Rye  avait  môme  été  occupée  par 
les  gens  de  Henri  III  ;  Louis  résolut  de  les  en  déloger  avant 
de  s'embarquer.  Quand  il  arriva  à  Winchelsea,  qui  n'était 
séparée  de  Rye  que  par  un  bras  de  mer,  il  trouva  cette  ville 
déserte  :  les  habitants  avaient  brisé  leurs  moulins  et  étaient 
allés  rejoindre  Philippe  d'Aubigné,  qui  avait  sous  ses  ordres 
une  grande  flotte  dans  le  port  de  Rye.  De  plus  les  bandes 
du  Sussex,  commandées  par  Wilkin,  étaient  venues  derrière 
les  Français  couper  les  ponts  et  détruire  les  passages.  Blo- 
quées dans  Winchelsea,  les  troupes  de  Louis  en  furent  ré- 
duites à  se  nourrir  de  noix  et  de  blé  broyé  à  la  main  et  souf- 
frirent bientôt  de  la  famine  ;  les  Anglais  faisaient  constamment 


(H.  F.,  XIX,  60i-605)  est  adressée  à  Innocent  IIÎ  et  non  pas  à  Hono- 
rius,  et  l'abbé  de  Prémontré  y  parle  du  concile  bien  connu  tenu  à 
Melun  en  1216  avant  le  départ  de  Louis.  11  n'est  pas  question,  dans  les 
Collections  de  Conciles,  d'assemblée  de  ce  genre  en  1217. 

1.  Pressuti,  n<>  247. 

2.  V.  15747  et  suiv. 

3.  Gesta  regum  continuaia^  II,  111-112. 


142  SITUATION   DES   DEUX   PARTIS. 

(les  descentes  pour  les  harceler.  Eustache  le  Moine,  qui  se 
trouvait  avec  Louis,  fit  alors  dresser  deux  pierrières  pour 
écraser  les  navires  ennemis  sous  une  grêle  de  projectiles  ;  il 
commença  aussi  la  construction  d'un  grand  château  flottant 
dont  on  attendait  merveille.  Mais  sur  ces  entrefaites  des 
secours  arrivèrent  :  quelques  chevaliers  d'Artois  restés  à 
Londres,  ayant  appris  la  détresse  de  Louis,  se  rendirent  à 
Romney  et  envoyèrent  demander  de  l'aide  en  France;  le 
prieur  du  monastère  du  Waast,  bailli  du  Boulonnais  et  de 
Hesdin,  expédia  aussitôt  deux  cents  nefs.  Une  bataille  navale 
faillit  avoir  lieu,  mais  les  Anglais,  frappés  de  panique  par 
Timmersion  accidentelle  d'une  de  leurs  coges,  battirent  en 
retraite;  ils  n'osèrent  même  pas  défendre  Rye.  Après  avoir 
pillé  la  ville  et  y  avoir  mis  garnison,  Louis  s'embarqua  et 
arriva  heureusement  en  France*. 

La  situation  de  Louis  n'était  pas  mauvaise  quand  il  partit. 
Sa  domination  s'était  consolidée  dans  les  comtés  de  l'est*. 
Malgré  la  tentation  toute  naturelle  d'abandonner  un  prince 
étranger  et  puissant  pour  un  roi  mineur,  les  barons  étaient 
empêchés  par  le  point  d'honneur  de  trahir  le  serment  qu'ils 
avaient  prêté  à  Louis;  il  semble  aussi  que  Galon,  en  dépit 
des  prudentes  recommandations  du  pape,  effarouchait  par  ses 
rigueurs  les  hésitants  ;  on  lui  reprochait  de  ne  point  respecter 
la  trêve  jurée  et  aussi  de  prélever  sur  les  églises  des  taxes 
irrégulières'.  L'Irlande  elle-même  commençait  à  inquiéter 
les  partisans  de  Henri  III  ;  dans  une  lettre  du  17  janvier, 
Honorius  écrivait  :  «  La  malice  des  rebelles  s'est  tellement 


1.  La  plupart  des  chroniqueurs  ont  ignoré  cet  épisode,  dont  l'Ano- 
nyme artésien  a  certainement  été  témoin.  Voyez  ffist,  des  ducs  de 
/vorm.^  182  et  suiv.  ;  Anon.  de  Béth.,  f.  62  et  63.  Nous  voyons  par  des 
lettres  pat.  du  28  fév.  1217  et  du  26  janv.  1219  (^Hec,  Off.,  Pat,  IHenrv  III, 
membr.  13  dorso;  Pat.  III^  part,  i,  membr.  5)  que  les  Français  firent 
main  basse  sur  les  marchandises  et  les  vins  qu'ils  trouvèrent  dans  le 
port  de  Rye,  mais  qu'après  leur  départ  Guillaume  le  Maréchal  et  toutes 
les  troupes  de  Henri  Iil  vinrent  reprendre  cette  ville.  Les  récits  con- 
tenus dans  VUist,  de  Guill.  le  Mar.  (v.  15761  à  15869),  où  le  plan  de 
ce  guet-apens  est  attribué  au  comte  de  Pembroke,  dans  les  Ann,  de 
Dunstaple  (p.  48)  et  de  Worcester  (p.  407)  et  dans  les  Chron,  de  Mailros 
(p.  130)  et  de  Lanercost  (p.  25)  sont  plus  ou  moins  fantaisistes. 

2.  Barnwell,  235  :  «  Sic  igitur  omnis  plaga  orientalis  in  manus  Lo- 
«  dovici  devenit.  » 

3.  Wendover,  III,  11.  —  Barnwell,  235-236. 


SITUATION   DES   DEUX   PARTIS.  143 

«  ment  accrue  que  quelques  sujets  du  royaume  d'Irlande  ont 
<c  adopté  leurs  projets  et,  joignant  leur  contingent  aux  impies 
<c  et  aux  infidèles,  non  seulement  s'efforcent  de  machiner  des 
«  pièges  contre  le  roi  Henri,  mais  ne  craignent  pas  de  lui  faire 
«  des  outrages  manifestes.  »  Le  16  avril,  la  régence  dut  se  dé- 
cider à  envoyer  l'archevêque  de  Dublin,  qui  faisait  partie  du 
conseil  du  roi,  réprimer  les  troubles  survenus  dans  l'île*. 

Le  soulèvement  de  l'Irlande  n'avait  pas  grande  importance  ; 
la  grave  question  était  de  savoir  si  les  barons  anglais  reste- 
raient fidèles  à  Louis  pendant  son  absence,  et  s'il  réussirait  à 
recruter  en  France  une  nouvelle  armée. 

1.  Pressuti,  n®  246.  —  Rymer,  I,  part,  i,  146. 


CHAPITRE  VIII. 

LINCOLN. 

Dès  la  conclusion  de  la  seconde  trêve,  pendant  le  mois  qui 
précéda  le  départ  du  prétendant,  quelques-uns  de  ses  parti- 
sans Tabandonnèrent.  Lorsque  Louis  se  fut  embarqué»  les 
avances  de  la  régence  devinrent  plus  pressantes  encore;  ce 
fut  au  mois  de  mars  que  s'accomplirent  le  plus  grand  nombre 
de  soumissions  ;  il  y  en  eut  beaucoup  moins  lorsqu*approcha 
le  temps  du  retour  des  Français.  On  compte  en  tout  pendant, 
labsence  de  Louis  environ  cent  cinquante  actes  attestant 
des  défections  de  nobles*.  Les  plus  désastreuses  furent  celles 
de  Guillaume  Longespée  et  de  Guillaume  le  Maréchal  le  jeune  ; 
ils  hésitèrent  longtemps  ;  on  s'efforça  de  calmer  leurs  scru- 
pules en  les  comblant  de  faveurs  *. 

Galon  faisait  tous  ses  efforts  pour  éteindre  le  sentiment 
d'honneur  qui  retenait  les  barons  dans  le  parti  de  Louis.  Il 
proclamait  que  les  serments  de  fidélité  prêtés  contre  Jean. 
et  sa  dynastie  n'avaient  aucune  valeur  ;  il  qualifiait  les  adver- 
saires de  Henri  III  d'  «  ennemis  de  Dieu  et  de  l'Église»  et  l'ar-- 
mée  qui  leur  était  opposée  de  «  chevalerie  du  Christ  '» .  La  guerre 
contre  les  rebelles  et  les  Français  devint  une  croisade  aim 
sens  littéral  du  mot  :  les  fidèles  du  jeune  roi  portèrent  un^ 
croix  sur  la  poitrine  ;  ceux  qui  s'étaient  engagés  à  aller  corn— 


1.  Lin.  Clans.,  I,  297  et  suiv.  — /?ec.  Off.,  Pat,  l Henry  III ^membr^ 
13,  12,  11  et  8. 

2.  Voy.  lacté  du  7  mars  annonçant  la  soumission  du  comte  de  Salis* 
bury  dans  Litt.  Clans.,  1,  299  ;  les  actes  du  14  et  du  15  mars  en  faveur*' 
du  môme  dans  Patent  I  Henry  III,  membr.  11  ;  les  actes  du  22  et  du  2^ 
mars  et  du  9  avril  en  faveur  de  Guillaume  le  Maréchal  le  jeune,  ibid,^ 
membr.  10  et  9.  Le  comte  de  Salisbury  ne  fit  hommage  à  Henri  lîC 
que  le  14  août.  (Litt.  Clans.  I,  320.) 

3.  Rymer,  I.  part.  I,  146:  a  ...  Hostes  Del  et  ecclesîe  ...  ».  Noofl^ 
avons  vu  que  dans  une  lettre  patente  de  Henri  III  Philippe  d'Attbigo^ 
était  appelé  «  dux  milicie  Chnkti  ». 


SÉJOUR  DE   LOUIS   EN   FRANCE.  145 

battre  en  Terre  Sainte,  comme  par  exemple  le  comte  de 
Chester,  furent  autorisés  à  accomplir  leur  vœu  en  Angleterre*. 
La  trêve  fut  moins  que  jamais  respectée.  Fauquet  de  Bréauté 
reprit  Ely  ;  Philippe  d'Aubigné  soumit  Rochester  et  détrui- 
sit les  châteaux  de  Chichester  et  de  Porchesier,  tandis  que  le 
comte  de  Pembroko,  accompagné  de  son  fils  et  du  comte  de 
Salisbury,  s'emparait  de  Farnham  et  d'Odiham;  le  2G  mars 
Guillaume  le  Maréchal  le  jeune  mit  le  siège  devant  Marlbo- 
rough.  Enguerran  de  Couci,  que  Louis  avait  laissé  comme 
lieutenant  en  Angleterre,  avait  pour  consigne  de  ne  point 
quitter  Londres  ;  il  obéit  et  se  contenta  d'envoyer  dès  le 
commencement  de  mars  une  armée  à  Lincoln  pour  tenter 
une  nouvelle  attaque  contre  le  château*. 

Pendant  ce  temps  Louis  réunissait  très  péniblement  en 
France  des  ressources  nouvelles.  Il  ne  put  rien  obtenir  do  son 
père;  maintenant  que  le  succès  de  Texpédition  était  devenu 
fort  douteux,  Philippe-Auguste  envoyait  des  ambassadeurs 
auprès  du  Saint-Siège  pour  protester  de  son  dévouement  : 
dans  une  lettre  du  21  avril  1217,  Honorius  III  le  remercie  des 
bons  sentiments  qu'il  lui  fait  exprimer  par  ses  messagers  ;  dé- 
sormais, ajoute  le  pape,  les  méchantes  langues  n'ont  plus  qu'à 
se  taire  ;  il  est  prouvé  que  Philippe- Auguste  n'a  pas  dégénéré 
de  ses  ancêtres,  fidèles  soutiens  de  l'Église  romaine  ;  mais 
pourquoi  son  fils,  «  quittant  les  sentiers  de  ses  pères  comme 
«  une  colombe  fascinée  »,  s'efi'orce-t-il  de  déshériter  «  le  cohé- 
«  ritier  du  Christ,  l'orphelin  pupille  du  siège  apostolique  ?  » 
C'est  au  roi  de  France  de  ramener  à  lui  «  l'enfant  prodigue  ». 
Au  moment  où  cette  lettre  arriva,  Philippe-Auguste  avait 
laissé  repartir  l'enfant  prodigue  ;  il  avait  seulement  affecté  de 
ne  jamais  lui  parler^. 


1.  Wendover,  édit.  Hewlett  dans  les  Holls  séries^  t.  II,  206  ;  ce  pas- 
sage ne  figure  pas  dans  rédition  Luard,  ayant  été  supprimé  dans  les 
manuscrits  de  Mathieu  de  Paris.  —  Ann»  de  Waverley,  287.  —  Gesia 
regum  continuata,  110.  —  Rymer,  I,  part.  I,  146. 

2.  Bec.  0/f.j  Pat.  I  Henry  I!I,  membr.  8,  ordres  donnés  le  16  et  le  27 
avr.  1217  à  Philippe  d'Aubigné  pour  qu'il  détruise  les  châteaux  de 
Chichester  et  de  Porchester.  —  Barnwell,  236.  —  Hiat.  des  ducs  de 
Nonn.^  187  et  suiv.  —  Hist.  de  Gui  IL  le  Maréc/i.,  v.  15889  et  suiv. 

3.  Pressuti,  n«  524.  —  Guill.  le  Bret.,  Chroti.,  8  222.  -^  I/ist.  des 
ducs  de  Norm,^  187.  —  Le  père  et  le  fils  n'étaient  nullement  brouillés: 
au  moment  où  Louis  était  à  Calais,  prêt  à  se  rembarquer,  il  s'occupa 

Cil.  Pbtit-Dutaillis.  Hègne  de  Louis  VllL  10 


146         RETOUR  DE  LOUIS  EN  ANGLETERRE. 

Louis  s'était  fait  prêter  quelque  argent  par  ses  amis  et 
avait  réuni  une  petite  armée  ;  faute  probablement  de  res- 
sources nécessaires  pour  la  payer,  il  devait  en  licencier  une 
partie  quelques  jours  après  son  arrivée  en  Angleterre.  Il  eut 
peine  à  entretenir  le  reste.  L'Anonyme  de  Béthune  s'est  fait 
l'écho  des  plaintes  que  les  Artésiens  au  service  de  Louis 
laissaient  échapper  au  sujet  de  la  misère  où  ils  se  trouvaient. 
Roger  do  Wendover.  qui  vit  passer  à  Saint-Alban,  au  mois 
de  mai  1217,  une  troupe  de  mercenaires  français,  déclare 
qu'ils  ressemblaient  à  des  brigands  ;  à  peine  leurs  vêtements 
en  guenilles  couvraient- ils  les  parties  honteuses  du  corps.*  — 
Le  départ  eut  lieu  le  22  avril  à  Calais  ;  rhéritier  royal  ramenait 
avec  lui  le  comte  de  Bretagne  et  Robert  de  Dreux,  les  comtes 
du  Perche  et  de  Guines,  le  vicomte  de  Melun  et  Adam  de 
Beaumont,  140  chevaliers  et  une  troupe  de  mercenaires*. 

Tandis  que  la  flotte  cinglait  vers  Douvres,  les  troupes  qui 
gardaient  cette  ville  au  nom  de  Louis  de  France  furent  assail- 
lies, non  par  la  garnison  du  château,  mais  par  des  bandes  que 
commandaient  Wilkin  et  un  frère  naturel  de  Henri  III  nommé 
Olivier  ;  quelques  Français  furent  tués  et  les  maisons  où  ils 
logeaient  furent  brûlées.  En  voyant  le  ciel  rougi  par  Tin- 
cendic,  Louis  craignit  un  nouveau  guet-apens  et  détourna  ses 
nefs  vers  Sandwich,  où  il  coucha.  Le  lendemain  23  avril 
il  alla  à  Douvres  ;  il  comptait  commencer  immédiatement  le 
siège  du  château,  qui  était  défendu  comme  autrefois  par 
Hubert  de  Bourg  ;  mais  il  apprit  que  quatre  de  ses  places  les 
plus  importantes,  Winchester,  Marlborough,  Southampton  et 
Mountsorel,  appartenant  toutes  quatre  à  Sehier  de  Quinci, 
étaient  assiégées  par  les  royalistes. 


de  recevoir  les  garanties  fournies  par  les  pièges  de  Gautier  de  Vormi- 
zeele,  qui  s^était  engagé  à  ne  pas  prendre  les  armes  contre  Philippe- 
Auguste  pendant  le  futur  procès  du  comte  de  Flandre  (Teulet,  I, 
445  •). 

1.  Anon.  de  Béthune,  f«  59  v".  —  Wendover,  III,  17-18. 

2.  Guill.  le  Bret.,  Chron.  §  223.  —  Rob.  d'Auxerre,  Conlin.  Il,  281 
—  Ilist.  des  ducs  de  Nonn.,  188  et  suiv.  —  La  date  du  22  avril  es. 
fournie  par  Ja  Chron.  de  Merton  (pièce  justif.  III),  et  les  Ann,  de  Wor' 
cester,  p.  408.  —  L'auteur  de  VHist.  des  ducs  de  Norm.  prétend  que  1 
départ  eut  lieu  le  25  mars  ;  mais  dans  la  suite,  avec  la  série  de  dat& 
très  précises  qu'il  donne  et  qui  permettent  de  rétablir  par  rétrograda 
tion  la  véritable  chronologie  de  ces  événements,  il  connrme  lui-mém^ 
les  indications  de  la  Chron.  de  Merton, 


LOUIS   POURSUIT  HENRI  HI.  147 

Le  fils  de  Philippe-Auguste  réussit  à  obtenir  une  trêve 
de  Hubert  de  Bourg  et  le  jour  même  il  quitta  Douvres.  Le 
lendemain  24  avril,  il  se  dirigea  vers  Winchester  ;  il  espé- 
rait y  surprendre  le  jeune  Henri  III  qui  assistait  au  siège  ; 
mais  la  route  était  longue.  Louis  arriva  le  26  devant  Farnhara; 
il  avait  été  rejoint  en  chemin  par  Sehier  de  Quinci  et  d'autres 
nobles  anglais,  puis  par  les  chevaliers  français  de  Londres. 
Le  comte  de  Pembroke,  après  avoir  pris  Farnhara,  y  avait 
mis  garnison  ;  Louis  ne  put  s'emparer  que  de  la  première 
enceinte.  On  vint  sur  ces  entrefaites  lui  annoncer  que  le  châ- 
teau de  Winchester  avait  succombé,  ainsi  que  ceux  de 
Southampton  et  de  Marlborough.  Mais  Mountsorel  résistait 
encore,  défendu  par  une  dizaine  de  chevaliers  et  une  troupe 
de  sergents  contre  Tarmée  du  comte  de  Chester  et  de  Fauquet 
de  Bréauté.  Alors  Louis  dédoubla  son  armée,  en  confia  une 
partie  à  Sehier  de  Quinci  qui  voulait  aller  sauver  Mountsorel 
et  garda  Tautre  avec  lui.  Les  deux  corps  d*armée  quittèrent 
Farnham  le  28  avril  au  matin. 

Louis  n'avait  pas  perdu  Tespoir  de  s'emparer  de  son  rival; 
il  se  mit  en  route  pour  Winchester.  Mais  à  la  nouvelle  de  son 
approche  les  royalistes  décampèrent  pour  se  réfugier  à  Marl- 
borough. Il  resta  quelques  jours  dans  Winchester  afin  do 
faire  réparer  les  murs  et  la  tour,  puis,  confiant  la  garde  du 
château  au  comte  de  Nevers,  il  partit  le  3  mai  pour  Londres. 
On  lui  apprit  là  que  la  garnison  du  château  de  Douvres  n'avait 
pas  observé  la  trêve  conclue  et  qu'un  certain  nombre  de  Fran- 
çais nouvellement  débarqués  avaient  été  massacrés.  Alors  il 
recommença  pour  la  quatrième  fois  le  siège  de  cette  place, 
qui  était  mieux  fortifiée  et  ravitaillée  que  jamais  (12  mai).  Los 
troupes  s'établirent  sur  les  hauteurs  qui  dominaient  le  châ- 
teau et  Ton  dressa  un  trébuchet  que  Louis  avait  apporté  de 
France  ;  mais  cette  belle  machine  qu'on  admirait  beaucoup 
pour  sa  nouveauté  fit  peu  de  mal  aux  ennemis.  Le  14,  une 
petite  flotte  partit  de  France  afin  de  porter  des  secours  à 
Louis,  mais  elle  fut  repoussée  par  les  vents  ;  le  16  elle  reprit 
la  mer  ;  Philippe  d'Aubigné,  qui  avait  mission  de  surveiller 
les  côtes,  se  porta  à  la  rencontre  des  nefs  françaises  et  les 
força  à  la  retraite;  huit  d'entre  elles  étant  tombées  entre 
ses  mains,  tous  les  mariniers  et  les  sergents  furent  impitoya- 


148  LES   BARONS    ASSIEGENT   LINCOLN. 

blement  massacrés  et  les  chevaliers  furent  jetés  dans  les  sen- 
tines  des  vaisseaux.  Cot  exploit  une  fois  accompli,  Philippe 
d'Aubigné  s'établit  tranquillement  avec  sa  flotte  devant  Dou- 
vres pour  empêcher  les  assiégeants  d'être  secourus  par  mer. 
Rempli  de  fureur,  Louis  fit  brûler  Romney  et  Hayes  \ 

La  seconde  armée,  que  dirigeait  le  comte  de  Winchester, 
eut  d'abord  plus  de  succès.  Tout  en  variant  beaucoup  sur  les 
chifires  précis  des  efi'ectifs,  les  chroniqueurs  s'accordent  à 
dire  que  cette  armée  était  considérable.  Il  n  y  avait  guère  que 
70  chevaliers  français  ;  mais  une  grande  partie  du  baronnage 
anglais  accompagnait  Sehier  de  Quinci,  et  les  sergents 
étaient,  sinon  bien  équipés  et  bien  disciplinés,  du  moins  fort 
nombreux.  Cette  armée,  pillant  tout  sur  sa  route,  passa  par 
Saint-Alban  et  Dunstaplç  et  arriva  au  commencement  de  mai 
à  Mountsorel  ;  mais  les  royalistes  ne  l'avaient  pas  attendue  et 
s'étaient  retirés  à  Notlingham.  Sehier  fit  alors  réparer  le 
château  de  Mountsorel  et  en  renouvela  la  garnison  ;  puis,  sur 
la  demande  des  Français  établis  à  Lincoln,  il  vint  les  renforcer 
avec  toute  son  armée  ^ 

Le  château  de  Lincoln  était  assiégé  depuis  le  commen- 
cemout  du  mois  de  mars  par  une  troupe  de  Français  et 
de  barons  norois  réunis  sous  le  commandement  de  Gilbert  de 
Gant.  Ce  seigneur,  que  Louis  de  France  avait  investi  du 
comté  de  Lincoln  bien  que  ses  droits  fussent  fort  contes- 
tables \  avait  un  intérêt  capital  à  s'emparer  de  la  place  qui 
dominait  toute  la  région  ;  mais  dame  Nicole  de  la  Haie  était 
une  ((  molt  englgneuse  et  mal  querans  et  vighereuse  vielle*)» 
et  le  château  avait  la  réputation  d'être  inexpugnable.  Fondé 
par  Guillaume  le  Conquérant,  il  avait  été  le  refuge  de  Tem- 
press  Mathilde  en  1140,  et  c'est  non  loin  de  ses  murs  que 


1.  Uist.  des  ducs  de  A'orm.,  189  et  suiv.  —  Ilist.  de  Gui  IL  le  Mar.^ 
V.  160G3  à  16092.  —  Barnwell,  236-237.  —  Wendover,  III,  15-16.  — 
Uec.  0//*.,  Pal.  I  Henry  III,  membr.  10  à  8,  ordres  du  23  mars,  du  U 
avril  et  du  9  mai  pour  fortifier  et  ravitailler  Douvres.  —  Itinér. 
de  Henri  III. 

2.  Ilist.  des  dncb'  de  Norm.,  191,  194.  — Wendover,  IIl,  16-17.  — 
Ann.  de  Dunstaple,  49.  —  Ilist.  de  Guill.  le  Mor.,  v.  16093  à  16111.  — 
Barnwell,  237. 

3.  Voy.  l'art,  cité  de  Gough  Nicliols,  dans  Mem.  illustr.  of  Ihe  hist, 
and  antiq.  of  the  county  and  city  of  Lincoln^  p.  268  et  suiv. 

4.  Anon.  de  Béthune,  f"  62. 


LES   ROYALISTES   RECOURENT   LINCOLN.  149 

s'était  livrée  la  sanglante  bataille  où  Etienne  avait  été  pris*. 
Allait-il  résister  à  la  nouvelle  armée  qu'amenait  Sehier  de 
Quinci  ? 

Les  défenseurs  de  Henri  111  résolurent  d'aller  secourir  dame 
Nicole;  le  sentiment  chevaleresque  leur  ordonnait  de  ne  point 
laisser  sans  aide  cette  vaillante  femme.  11  importait  d'ailleurs 
(le  s'emparer  de  la  ville  même,  qui,  malgré  la  menace  toujours 
imminente  d'une  sortie  de  la  garnison  du  château,  était  avec 
Londres  le  principal  centre  du  parti  français.  Lincoln  avait 
toujours  été  Tune  des  cités  les  plus  populeuses  de  TAngle- 
terre;  or  ses  bourgeois  se  montraient  dévoués  à  la  cause  de 
Louis  et  son  clergé  bravait  l'interdit;  de  plus,  depuis  l'arri- 
vée de  Gilbert  de  Gant,  des  familles  entières  du  pays  envi- 
ronnant, qui  s'étaient  compromises  dans  la  rébellion,  immi- 
graient pour  se  placer  sous  la  protection  des  barons*.  Enfin 
Guillaume  le  Maréchal  considérait  avec  raison  que  Louis 
ayant  commis  la  faute  de  partager  ses  forces»  il  fallait  en 
profiter  et  anéantir  Tarmée  qu'il  avait  laissée  partir  pour 
Lincoln;  le  moment  était  peut-être  décisif. 

Les  forces  royalistes  se  réunirent  à  Newark,  à  sept  lieues 
environ  au  sud-ouest  de  Lincoln.  Henri  111  était  présent 
ainsi  que  le  légat,  Tarchevêque  d'York  et  les  évêques  de 
Winchester,  de  Hertford,  de  Salisbury,  de  Bath,  d'Exeler, 
de  Worcester  et  de  Lincoln.  Pendant  trois  jours  l'armée  se 
reposa;  les  prélats  entendaient  les  confessions  et  adminis- 
traientla  communion  ;  le  matin  du  départ,  le  légat  excommunia 
solennellement  les  ennemis,  et  particulièrement  l'armée  de 
Lincoln  et  les  habitants  de  la  ville;  puis  il  donna  l'absolution 
aux  royalistes,  qui  portaient  tous  une  croix  blanche  sur  la 
poitrine.  Il  laissa  partir  l'armée  et  resta  avec  le  jeune  roi  ; 
l'évêque  Pierre  des  Roches  eut  mission  d'accompagner  les 
croisés  et  de  les  animer  au  combat*. 

1.  Observations  on  anrient  caslles,  par  Kdw.  King,  dans  VArchœolo- 
gia,  VI,  261.  —  Lincoln  castle  par  E.  J.  W.  dans  Mem.  iilustr.  eic, 
280  et  suiv. 

2.  Barnwell,  236-237. 

3.  I/ist.  deGuilL  le  Mm\,  v.  16137-16196. 

4.  Wendover,  III,  18-19.  —  Chron,  de  Mailros,  131.  —  Ann.  de 
Dunstaple,  49.  —  ffist,  de  Guill.  le  Mar.,  v.  16225-16237;  selon  le 
poète,  Galon  s'en  alla  à  Nottingham.  W  Itinéraire  de  Henri  III  nous 
apprend  seulement  qu'il  était  le  20  mai  à  Newark. 


150  FORCES   DES   DEUX  PARTIS. 

Les  chroniqueurs  varient  sur  les  dates  des  étapes;  mais  ils 
disent  tous  que  ce  fut  le  samedi  20  mai,  au  matin,  que  les 
royalistes  arrivèrent  on  vue  de  Lincoln  \  Le  comte  de  Chester 
avait  exigé  qu'on  lui  confiât  le  commandement  de  la  première 
bataille  ;  la  seconde  avait  pour  chefs  le  comte  de  Pembroke 
et  son  fils  ;  la  troisième  et  la  quatrième  étaient  dirigées  par 
le  comte  de  Salisbury  et  par  Pierre  des  Roches.  Parmi 
les  combattants  figuraient  le  comte  de  Derby,  le  comte  d'Au- 
male,  Fauquet  de  Bréauté,  Philippe  d*Aubigné,  Jean  le 
Maréchal,  neveu  du  comte  de  Pembroke,  etc.  On  avait 
dégarni  presque  tous  les  châteaux  pour  avoir  une  armée.  Il  y 
avait  environ  quatre  cents  chevaliers  et  trois  cents  arbalé- 
triers, sans  compter  bon  nombre  de  sergents  à  pied  et  achevai*. 

Malgré  toute  Tassurance  des  royalistes,  les  partisans  de 
Louis  avaient  beau  jeu.  Ils  étaient  au  nombre  de  six  cents 
chevaliers  et  de  mille  fantassins  \  On  comptait  parmi  eux 
quelques  seigneurs  français,  tels  que  le  jeune  comte  du  Perche. 
Simon  de  Poissi  et  le  châtelain  d'Arras,  et  la  plus  grande 
partie  des  barons  rebelles:  Gilbert  de  Gant,  le  comte  de 
Winchester,  le  comte  de  Hertford,  Robert  Fils-Gautier,  Guil- 
laume de  Montbrai,  le  connétable  de  Chester,  etc.  Lorsque 
Tarmée  royaliste  fut  signalée,  on  délibéra  sur  le  parti  à  prendre; 
les  uns  furent  d'avis  de  se  porter  à  la  rencontre  de  Tennemi 
afin  de  pouvoir  profiler  d'une  supériorité  numérique  dont  ils 
se  déclaraient  certains  ;  d'autres,  trompés  par  la  vue  des  cha- 
riots de  bagages  qui  au  loin  grossissaient  démesurément 
TaiTière-garde,  nièrent  cette  supériorité  et  déclarèrent  qu'il 
valait  mieux  s'enfermer  dans  la  ville  ;  le  château  ne  résiste- 
rait pas  d'ailleurs  à  un  nouvel  assaut  et  offrirait  un  abri  sur. 
Cette  mauvaise  inspiration  prévalut*. 

Le  château  était  situé  au  nord  de  Lincoln;   il  avait  une 


1.  Ilist.  de  Guill.  le  Mar..  v.  16238-16241.  —  Wendover,  III,  2'f.  — 
Co^gesliall,  185.  —  Chron.  de  Merton  (pièce  justif.  III).  —  Annalesde 
Wavericy,  287,  etc. 

2.  Ilist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  16204-16224  et  16247-16268.  —  Les 
chiffres  de  Roger  de  Wendover  (III,  18)  sont  à  peu  près  les  mômes. 

3.  ///«/.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  16335-16338. 

4.  Wendover,  III,  19-20.  —  Ann.  de  Dunstaple,  49.  —  Selon  Vllist.  de 
Guill.  le  Mar.,  v.  16341-16400,  les  partisans  de  Louis  ne  crurent  pas 
qu'on  aurait  l'audace  de  les  attaquer. 


BATAILLE   DE   LINCOLN.  151 

porte  sur  la  ville,  une  autre  au  nord  sur  la  campagne  ;  le 
donjon  était  placé  au  milieu  du  rempart  occidental  sur 
une  motte  artificielle  et  avait  également  une  sortie  vers 
la  campagne  \  Les  royalistes  firent  un  détour  pour  arriver 
par  le  nord  et  pénétrer  dans  la  ville  en  traversant  le  château. 
Le  comte  du  Perche  et  Sehier  de  Quinci  ayant  complètement 
négligé  de  faire  garder  les  abords  du  château  du  côté  de  la 
campagne,  le  plan  n'était  pas  malaisé  à  exécuter.  Jean  le 
Maréchal  fit  une  reconnaissance  et  revint  annoncer  que  Tar- 
mée  pouvait  s'avancer.  Alors  l'évoque  Pierre  des  Roches, 
accompagné  d'une  troupe  d'arbalétriers,  se  dirigea  vers  le 
château  et  y  entra,  suivi  seulement  d'un  sergent,  tandis 
que  les  projectiles  lancés  par  les  pierrières  françaises  tom- 
baient comme  une  grêle.  Le  prélat  inspecta  les  abords  du 
château  au  sud  et  ayant  aperçu  une  ancienne  porte  qui  don- 
nait accès  sur  la  ville  et  avait  été  condamnée,  il  la  fit  abattre 
en  partie  afin  que  les  royalistes  pussent  passer  par  là,  puis  il 
revint  trouver  Guillaume  le  Maréchal.  On  jugea  imprudent 
d'engager  toute  Tarmée  en  un  seul  endroit  ;  on  envoya  seule- 
ment dans  le  château  Fauquet  de  Bréauté  et  les  arbalétriers. 
Fauquet  ne  réussit  pas  à  entrer  dans  la  ville,  mais  il  plaça  ses 
troupes  au  sommet  du  château  et  des  remparts,  et  leur 
ordonna  de  tirer  sur  les  chevaux  des  ennemis  ;  beaucoup  de 
barons  rebelles  furent  désarçonnés. 

Pendant  ce  temps,  le  gros  de  l'armée  royaliste  s'était  porté 
vers  une  des  portes  de  la  ville  et  avait  réussi  à  la  briser;  alors 
ce  fut  dans  les  rues  une  terrible  mêlée.  Pendant  deux  heures 
on  se  battit  partout,  jusque  sous  le  porche  de  l'église  : 

La  veïst  Ten  grant  coups  ferir  ; 
Haumes  soner  e  retentir, 
E  gleives  voler  en  esteles. 
Chevaliers  prendre  e  vuidier  seles. 

Le  comte  du  Perche,  entouré  d'ennemis,  se  défendit  long- 
temps dans  un  cimetière  sans  vouloir  se  rendre.  Guillaume  le 
Maréchal,  qui  avait  oublié  ses  quatre-vingts  ans  et  se  battait 

1.  Voy.  les  articles  de  King  et  d'Englefield  dans  V Archœologîa^  VI, 
261-262  et  376-380  et  le  plan  du  château,  i6irf..  26't. 


152  BATAILLE   DE   LLNCOLN. 

comme  un  jeune  homme,  saisit  au  frein  le  cheval  du  comte, 
voulant  recevoir  lui-m(>me  Tépée  du  «  plus  hauz  hom  qui  i 
«  fust  devers  les  Franceis  »  ;  le  comte  lâcha  la  bride  et  des  deux 
mains  asséna  trois  grands  coups  de  taille  sur  le  heaume  du 
Maréchal  ;  mais,  frappé  lui-même  à  Tœil  par  un  ennemi  obscur, 
il  tomba  ])rusquement  de  cheval.  Quand  on  voulut  le  relever, 
Ton  s'aperrut  «  qu'il  estoit  toz  freiz  morz  ». 

Les  royalistes  furent  enfin  vainqueurs;  sans  scrupule,  ils 
iuaiont  les  chevaux  de  leurs  adversaires,  qui  se  trouvaient 
ainsi  réduits  à  Timpuissance.  Se  voyant  débordés,  Simon  de 
Poissi,  le  châtelain  d'Arras  et  les  autres  Français  reculèrent 
vers  la  porte  qui  se  trouvait  dans  la  direction  de  Wigford; 
mais  cette  porto  était  construite  de  telle  façon  que  les 
cavaliers  devaient  passer  un  à  un  en  tenant  les  chevaux 
en  bride;  un  incident  ridicule  vint  compliquer  encore  la 
situation  :  une  vache  se  présenta  à  cette  porte  et  voulut  entrer 
dans  la  ville;  on  ne  put  s'en  débarrasser  qu'en  la  tuant.  Ces 
obstacles  firent  tomber  un  grand  nombre  de  fuyards  aux 
mains  des  royalistes.  Ceux  qui  purent  s'échapper  prirent  la 
route  de  Londres,  et,  jusqu'à  ce  qu'ils  fussent  en  sûreté,  dit 
le  panégyriste  de  Guillaume  le  Maréchal  : 

Ne  nuit  ne  jor  n'i  sejorncrent 
Ne  en  vile  ne  en  meison, 
Qu'il  Guidèrent  que  li  buissons 
Partot  e  es  raonz  e  es  vais 
Fussent  tuit  plein  de  marechals. 

Quant  aux  l)arons  rebelles  qui  se  trouvaient  à  Lincoln,  ils 
furent  tous  pris,  sauf  Guillaume  de  Mandeville,  le  connétable 
le  Chester  et  quelques  autres.  Les  chefs  du  parti  révolution- 
naire, Sehior  de  Quinci,  Robert  Fils-Gautier,  Henri  de 
Bohon,  Gilbert  de  Clare,  Gilbert  de  Gant,  Guillaume  de  Hun- 
tingfield,  Guillaume  de  Montbrai,  etc..  et  environ  quatre 
cents  chevaliers  durent  rendre  leur  épée.  On  parla  longtemps 
de  la  «  magna  baronum  captio  apud  Lincolniam  ». 

La  bataille  même  avait  été  peu  sanglante  :  deux  personnes 
seulement  avaient  péri,  outre  le  comte  du  Perche.  Mais 
parmi  les  fuyards  beaucoup  de  gens  de  pied  furent  massacrés 
en  route  par  les  paysans.  Un  grand  nombre  de  bourgeois   de 


( 


CONSÉQUENCES   DE   LA  BATAILLE.  153 

Lincoln,  qui  dans  leur  épouvante  s*étaient  embarqués  sur  le 
Witham  avec  leurs  familles  et  leurs  meubles  les  plus  pré- 
cieux, trouvèrent  la  mort  dans  les  eaux,  les  barques  trop 
chargées  ayant  sombré.  Ils  n'avaient  pas  eu  tort  de  redouter 
la  brutalité  des  royalistes.  Les  habitants  qui  s'étaient  réfugiés 
dans  la  cathédrale  furent  pris  et  chargés  de  chaînes.  Le  légat 
avait  d'avance  autorisé  V  «  armée  du  Christ  »  à  ne  garder 
aucun  ménagement  envers  les  excommuniés,  tant  clercs  que 
laïques.  La  ville  fut  entièrement  mise  à  sac,  y  compris  les 
églises;  Tor  et  l'argent,  les  bijoux,  les  vêtements,  les  objets 
du  culte,  tout  tomba  aux  mains  des  pillards  et  cette  journée 
devait  être  appelée  la  foire  de  Lincoln,  Vers  neuf  heures  du 
soir,  on  se  reposa;  la  «  paix  du  roi  Henri  »  fut  proclamée 
et  Ton  festina  joyeusement*. 

Les  barons  rebelles  furent  emmenés  en  captivité  par  ceux 
qui  les  avaient  pris.  C'était  là  une  grande  perte  pour  Louis. 
Llewelyn  et  le  roi  d'Ecosse,  qui  n'avaient  guère  souci  que  de 
leurs  intérêts  propres  et  continuaient  de  leur  côté  une  guerre 
purement  locale',  ne  pouvaient  remplacer  de  si  utiles  alliés. 
Heureusement,  selon  les  mœurs  guerrières  du  temps,  la  plu- 
part des  prisonniers  purent  obtenir  leur  délivrance  en  payant 
rançon'.  La  bataille  de  Lincoln  eut  une  importance  morale 
plutôt  que  matérielle.  La  nouvelle  s'en  répandit  partout  et 
ceux  qui  y  avaient  pris  part  en  tirèrent  grande  gloire  : 

Qui  en  haute  enor  se  velt  mètre 
Primes  11  covient  entremetre 


1.  Le  récit  le  plus  détaillé,  sinon  toujours  le  plus  exact,  de  la  bataille 
de  Lincoln,  se  trouve  dans  ÏHist.  de  Ôuill.  le  Mar.,  v.  16414  environ 
et  suivants  ;  voy.  notre  Introduction.  Nous  ne  nous  flattons  pas  d'avoir 
toujours  bien  interprété  l'obscure  narration  du  pocte  et  nous  avons 
négligé  beaucoup  ae  détails  qui  nous  paraissaient  sans  intérêt.  D'ail- 
leurs les  chroniques  servent  heureusement  à  contrôler  et  à  compléter 
cet  exposé  verbeux.  Voy.  Wendover,  III,  20  et  suiv.  —  Barnwell, 
237  et  suiv.  —  Ann.  de  Dunstaplc,  49  et  suiv.  —  Ann.  de  Waverley, 
287.  —  Ann.  de  Burton,  224.  —  Hist.  des  ducs  de  Norm.,  194  et  suiv. 
—  Guill.  le  Bret.,  Chron.,  S  223.  —  Chron.  de  Rouen,  :iGI.  —  Il  y  a  une 
liste  des  barons  pris  à  Lincoln  à  la  suite  de  la  Chron.  de  Hovcden,  IV, 
190,  note.  La  liste  la  plus  complète  est  dans  les  Gcsla  regum  conti- 
nuatn,  111.  —  S.  Pegge  a  fait  sur  cette  bataille  une  étude  assez  insi- 
g'nifiante  (Archaeoi.,  VIII,  195  et  suiv.). 

2.  Chron.  de  Mailros^  130. 

3.  Ann,  de  Dans  tapie,  50. 


154  CONSÉQUENCES   DE   LA    BATAILLE. 

Qu'il  en  ait  esté  a  escole 
Bin  la  bataille  de  Nichole*. 

Les  récits  légendaires  composés  postérieurement,  tels  que 
celui  de  Gautier  de  Wittlesey,  prouvent  le  souvenir  profond 
qu'on  garda  de  la  défaite  des  barons*.  Les  contemporains 
virent  là  un  jugement  de  Dieu;  la  victoire  était  le  meilleur 
argument  que  pussent  produire  les  partisans  de  Henri  III;  l'on 
ne  douta  plus  de  la  bonté  de  leur  cause  \  Un  poème  latin,  qui 
fut  probablement  composé  à  la  fin  de  1217  par  quelque  homme 
d'église,  indique  assez  curieusement  cet  état  d'esprit  :  «  Le 
«  Scrutateur  des  cœurs  »,  s'écrie  le  versificateur  en  son  langage 
ampoulé,  «  a  rappelé  en  son  amour  les  brebis  qui  gagnaient  les 
«  déserts  et  erraient  depuis  longtemps  »  ;  sans  cesse  pendant 
cette  guerre  s'est  manifestée  l'action  divine  :  Jean  est  mort 
non  sous  les  coups  de  ses  ennemis,  mais  par  la  main  du  Sei- 
gneur, dont  il  avait  incendié  les  temples  ;  et  voici  que  se  met 
à  brillera  une  petite  étincelle,  l'héritier  royal,  espoir  unique 
«  du  royaume  déchiré,  étoile  allumée  par  Dieu  ».  Le  sacre 
donne  au  jeune  Henri  une  soudaine  maturité;  sous  la  con- 
duite de  Galon,  «  astre  de  la  justice  et  miroir  de  la  raison  », 
les  fidèles  qui  portent  sur  leur  poitrine  la  croix  blanche 
s'élancont  contre  les  sacrilèges,  et  une  sainte  conversion 
transforme  les  lièvres  en  lions.  C'est  Dieu  qui  a  combattu 
pour  l'enfant*. 

On  a  tort  de  dire  que  la  victoire  de  Lincoln  fut  décisive  ; 

1.  Hist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  16867-16870. 

2.  La  Chronique  de  Gautier  de  Wittlesey  a  été  copiée  en  partie  parle 
généalogiste  Robert  Glover  dans  un  manuscrit  aujourd'hui  conservé  à 
la  Bodléienne  d'Oxford,  Ashmolean  848  ;  v.  particulièrement  lesf®»  16- 
16  ^  ;  Dugdale  en  a  traduit  un  fragment  (Baronage,  I,  42).  —  D'après 
Gautier  de  Wittlesey,  Louis  n'était  alors  qu'un  enfant  de  quatorze  ans 
et  se  trouvait  dans  la  cathédrale  pendant  le  combat;  une  fois  vainqueur, 
le  comte  de  Chester  lui  fit  jurer  de  renoncer  à  la  couronne  d'Angleterre, 
puis  le  laissa  repartir  pour  la  France. 

3.  Wendover,  111,  25  :  «  Credendum  est  itaque  confusionem  hanc 
«  Lodovico  ac  baronibus  Anglie  justo  Dei  accidisse  judicio,  etc.  »  Voy. 
aussi  Vllist.  de  Guiii.  le  Mar.,  v.  17029-17030. 

4.  «  Versus  de  guerra  régis  Johannis  »  (Dril.  Muséum^  Cotton,  Venp, 
B  Xllly  f*^  130  V"  et  suiv.)  Th.  Wright  a  imprimé  ce  poème  dans  ses 
Political  Songs,  p.  19  et  suiv.,  avec  son  habituelle  négligence.  Ainsi 
il  transcrit  de  cette  façon  le  vers  64  : 

Unio  sacra  novum  maturat  ad  ardua  regem, 

ce  qui  ne  signifie  rien.  Le  ms.  porte  unccio- 


CONSÉQUENCES   DE   LA   BATAILLE.  155 

mais,  dans  cette  interminable  guerre  de  sièges  et  de  dévas- 
tations, c'était  la  première  grande  mêlée,  et  le  parti  des 
Plantagenets  avait  eu  le  dessus.  C'était  assez  pour  faire  croire 
que  la  fortune  avait  tourné. 


CHAPITRE  IX. 

fiCIIKC  DKFIMTIF  DE  L'EXPÉDITION  D'ANGLETEllRE. 

Louis  continuait  à  assiéger  sans  succès  le  château  de 
Douvres,  lorsque  la  nouvelle  du  désastre  de  Lincoln  lui  par- 
vint, le  jeudi  25  mai.  L'année  précédente,  à  pareille  époque, 
il  marchait  victorieusement  vers  Londres.  Il  fallait  mainte- 
nant y  retourner  pour  défendre  ce  dernier  refuge  contre  l'en- 
nemi triomphant.  On  résolut  toutefois  de  rester  à  Douvres 
quelques  jours  encore»  afin  que  des  messagers  mieux  informés 
eussent  le  temps  d'arriver.  Or,  le  dimanche,  comme  l'atmos- 
phère était  très  claire,  on  aperçut  dans  la  direction  de  Calais 
un  grand  nombre  de  nefs  dont  les  voiles  brillaient  sous  le 
soleil.  Le  lundi  29  mai,  cent  vingt  nefs  arrivèrent  en  effet  de 
France  et  réussirent  presque  toutes  à  échapper  à  la  flotte 
anglaise;  Louis,  plein  do  joie,  alla  sur  la  plage  pour  recevoir 
ces  auxiliaires  inespérés.  Mais  on  ne  lui  avait  envoyé  que  des 
sergents;  à  peine  y  avait-il  dix-huit  chevaliers.  Désappointé, 
il  rassembla  son  conseil  et  Ton  décida  de  partir  le  lendemain 
pour  Londres.  Le  30  mai,  Louis  renvoya  toutes  ses  nefs  en 
France;  Gui  d'Athies  et  un  autre  clerc  furent  chargés  d'aller 
demander  des  secours  à  Philippe-Auguste  et  aux  principaux 
barons  du  royaume.  Le  P'  juin,  les  Français  arrivèrent  à 
Londres*. 

Après  avoir  rasé  le  château  do  Mountsorel,  qui  avait  été 
abandonné  par  les  partisans  de  Louis,  les  royalistes  se  diri- 
gèrent sur  Londres  et  s'avancèrent  jusqu'à  Windsor.  De  toutes 


1.  IHsl.  des  duca  de  IVovm.j  195.  —  Ici  encore,  notre  auteur  se 
trompe  pour  la  première  date  qu'il  donne,  mais  il  est  facile  de  rétablir 
à  l'aide  de  ses  propres  indications  la  véritable  chronologie.  —  La  pré- 
tendue lettre  adressée  par  Louis  à  son  père  (Wendover,  111,  25)  me 
semble  un  produit  de  Timagination  de  Roger  de  Wendover. 


l'avenir  encore  incertain.  157 

parts  les  châteaux  capitulaient  \  La  régence,  usant  toujours 
(le  modération,  donna  ordre  aux  shériffs  de  faire  lire  publi- 
quement la  charte  accordée  par  H^nri  III  à  ses  sujets,  et  d*en 
surveiller  ^exécution^  On  continua  à  faire  profiter  d'une 
complète  amnistie  ceux  qui  revenaient  au  service  du  roi. 
Aussi  les  actes  attestant  les  soumissions  des  rebelles,  très 
peu  nombreux  au  mois  de  mai,  se  multiplient  aux  mois  de 
juin  et  de  juillet;  on  en  compte  près  de  cent  cinquante  dans 
lesrJ/e.s'.  Lecomtede  Varenne  revint  au  service  de  Henri  III 
le  22  juin,  et  Renaud  de  Briouse  le  24  ;  Fauquet  jde  Bréauté 
reçut  à  la  même  époque  la  soumission  des  habitants  de  Lynn*. 
Le  comte  d'Arundel  et  Renaud  Basset  rentrèrent  en  grâce  le 
14  juillet  et  le  connétable  de  Chester  le  9  août*.  Cependant 
beaucoup  de  barons  ne  voulurent  pas  violer  le  serment  qu'ils 
avaient  fait  et  la  plupart  de  ceux  qui  avaient  été  pris  à  Lincoln 
purent,  comme  nous  l'avons  vu,  racheter  leur  liberté*;  enfin 
les  habitants  de  Londres,  qui  avaient  de  nouveau  juré  fidélité 
à  Louis,  résistaient  aux  sollicitations  des  royalistes".  Louis 
pouvait  encore  ou  lutter  ou  conclure  un  traité  honorable*. 

L'archevêque  de  Sour  arriva  sur  ces  entrefaites  en  Angle- 
teiTe  dans  l'intention  de  rétablir  la  paix;  il  était  accompagné 
de  Tabbé  de  Pontigni,  de  l'abbé  de  Cîteaux  et  enfin  do  Tabbé 
de  Clairvaux,  Conrad,  qui  devait  devenir  évéque  de  Porto  et 
légat  en  France^  Nous  possédons  une  lettre  qui  nous  ren- 


1.  Hist.  des  ducs  de  Norm.,  196-197. —  Barnwoll,  238.  —  Wendover, 
Ili,  24.  —  Ann.  de  Dunstaple,  50. 

2.  Hymer,  I,  part,  i,  147,  lettre  close  du  23  juin. 

3.  Litt.  Clans.,  I,  307  et  suiv.—  Bec.  O/f.,  Pal.  I.  Henry  III,  membr. 
8  dorso,  7,  6,  5. 

4.  Pat.  I.  II.  III,  membr.  6. 

5.  Litt.  Clans.,  I,  314,  318. 

6.  Scion  Yllist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  17135  et  suiv.,  Louis  avait 
encore  pour  lui  la  plus  grande  partie  du  baronnage. 

7.  Ann.  de  Waverley,  287.  —  Chron.  de  Melsa,  I,  399. 

8.  L'envoyé  du  pape,  dans  une  lettre  que  nous  analysons  plus  loin, 
dit  aue  Louis  n'était  point  en  si  mauvaise  situation  qu'on  le  croyait  en 

^néral  :  «  Licetnon  esset  ita  coartatus  sicut  a  multis  credebatur » 

(H.  F.,  XIX,  636). 

9.  Ilist.  des  ducs  de  Norm.,  197  .  «  En  chc  point  arriva  en  Engle- 
«  tierre  11  arche vesques  de  Sur,  qui  d'outre  mer  estoit  venus  por  ser- 
«  monner  en  France.  Quant  il  oï  parler  de  celé  guerre,  il  passa  mer  et 
ce  vint  en  Engletierre  por  pais  faire,  se  ilpeuust;  o  lui  passèrent  III  abbé 
cf  de  la  grise  ordene  :  che  fu  chil  de  Clervaus  et  cil  de  Cistiaus  et  de 
«  Pontegny.»  Les  chroniques  de  Mailros(p.  129)  et  de  Lanercost(p.  24-25) 


158  CONFÉRENCE  DU  12  JUIN  1217. 

seigne  très  complètement  sur  les  négociations  engagées  par 
l'intermédiaire  des  quatre  hommes  d'Église  ;  cette  lettre 
émane  non  pas  du  légat  cemme  Ta  supposé  dom  Brial,  mais 
de  Tarchevêque  de  Sour^;  elle  semble  prouver  que  son  auteur 
avait  été  officieusement  chargé  par  le  pape  de  réconcilier 
Louis  et  Henri  III.  Sur  les  instances  de  ces  prélats,  Louis 
et  le  gouvernement  anglais  nommèrent  des  négociateurs  qui 
jurèrent  de  travailler  de  bonne  foi  à  la  conclusion  de  la 
paix;  ils  se  rencontrèrent,  croyons-nous,  le  12  juin  1217*. 
Voici  les  articles  qui  furent  établis  d'un  commun  accord 
dans  cette  conférence;  nous  les  énumérons  d'après  un  ordre 
méthodique  et  non  d'après  la  suite  peu  logique  du  texte  : 
I.  Louis  déliera  tous  les  barons  et  sujets  anglais  des  ser- 

citent  seulement  l'archevêque  de  Sour  et  les  abbés  de  Citeaux  et  de 
Clairvaux.  La  lettre  de  l'archevêque  de  Sour,  dont  nous  parlons  quel- 
ques lignes  plus  loin,  contient  la  phrase  suivante:  «  Ad  hanc  pacem 
«  Cisterciensis,  Portuensis  et  Clarevallensis  abbates  et  ego  induximQs 
«  dominura  Ludovicum  »  (H.  F.,  XIX,  636).  Quel  est  ce  Portuensis 
abbasf  Le  texte  donné  par  dom  Brial  est  correct,  ainsi  que  Ta  bien 
voulu  vérifier  pour  nous  notre  ami  M.  Sœhnée,  sur  le  Beg,  X  des  Arch, 
du  Va/.,  n»  743,  f^  184.  Mais  n'y  a-t-il  point  sur  le  registre  une  erreur 
de  transcription?  Brial  suppose  que  les  mots  Portuensis  et  Clareval- 
lensis désignent  un  seul  personnage,  Conrad,  abbé  de  Clairvaux  et 
évêque  de  Porto;  mais  Conrad  fut  élu  et  consacré  évêque  de  Porto  en 
1218  seulement  {Ann.  de  Waverlei/,  291).  L'expression  Portuensis  et 
Clarevallensis  abbas  serait  d'ailleurs  bien  bizarre.  Enfin  la  graphie 
du  Reg.  X  indique  bien,  par  les  deux  points  placés  avant  Clareval- 
lensis, qu'il  s'agit  d'un  troisième  personnage  parfaitement  distinct. 
Tout  nous  porte  donc  à  croire  que  l'abbé  de  Pontigni  était  mentionné 
dans  l'original  de  la  lettre  de  même  que  dans  VHist.  des  ducs  de  A'orwi., 
qui  du  reste  offre  un  accord  remarquable  avec  cette  lettre  de  Tarche- 
vêque  de  Sour. 

1.  A  chaque  instant  dans  cette  lettre  il  est  question  du  légat  comme 
d'une  personne  étrangère.  D'autre  part,  laphrase  «Ad  hanc  pacem  etc.», 
que  j'ai  citée  dans  la  note  précédente,  prouve  que  le  document  n'é- 
mane pas  des  trois  abbés;  enfin  les  chroniqueurs  que  j'ai  mentionnés 
attribuent  à  l'archevêque  de  Sour  la  direction  des  négociations. 

2.  La  phrase  «  Si  a  die  Martii  proximo  post  festum  sancti  Barnabe 
«  apostoli  etc..  »  prouve  que  le  texte  de  la  paix  proposée  fut  rédigé  avant 
le  13  iuin.  De  plus,  Rymer,  I,  part,  i,  147,  a  publié  un  acte  de  Henri  III, 
daté  (lu  12  juin,  accordant  un  sauf-conduit  pour  le  jour  même  à  quatre 
conseillers  de  Louis  qui  doivent,  accompagnés  de  vingt  chevaliers,  se 
rencontrer  près  de  Londres  avec  quatre  conseillers  du  roi,  escortés  de 
même,  et  tenir  une  conférence  pour  la  paix.  Il  est  vrai  que  l'arche- 
vêque de  Sour  parle  de  plus  de  nuit  négociateurs  :  «  Hanc  pacem  trac- 
«  taverunt  decem  vel  piuries  ex  parte  domini  Lodovici  et  decem  vel 
«  piuries  ex  parte  régis  Anglie.  »  Peut-être  une  partie  des  chevaliers  des 
escortes  se  mêlèrent-ils  à  la  discussion.  11  est  bien  vraisemblable  qu'il 
s'agit  de  la  même  conférence  dans  l'acte  de  Rymer,  la  lettre  de  Tar- 
chevôque  et  VHist.  des  ducs  de  Norm. 


PROJET   DE   TRAITÉ.  159 

ments  qu'ils  ont  pu  lui  prêter  et  à  Tavenir  ne  fera  avec  eux 
aucune  alliance  dont  il  pourrait  résulter  quelque  dommage 
pour  Henri  et  ses  héritiers  ;  les  barons  jureront  au  roi  qu'ils 
no  feront  plus  aucune  alliance  de  ce  genre  avec  Louis  ni 
avec  personne. 

II.  Louis  et  Henri  transmettront  au  roi  d'Ecosse  les  con- 
ditions de  la  paix  et  lui  manderont  que  s'il  veut  en  profiter,  il 
doit  restituer  au  roi  d'Angleterre  les  châteaux  et  les  terres  dont 
il  s'est  emparé,  ainsi  que  les  prisonniers  qu'il  a  faits.  Même 
mandement  sera  envoyé  à  Llowelyn  et  aux  autres  Gallois. 

III.  Tous  les  Anglais  qui  s'étaient  déclarés  contre  le  roi 
d'Angleterre  lui  donneront  des  sécurités,  au  moyen  d'hom- 
mages, de  serments  et  de  chartes. 

IV.  Louis  et  SCS  compagnons  d'outre-mer  restitueront 
loyalement  toutes  les  terres  qu'ils  ont  occupées  en  Angleterre 
pendant  la  guerre.  Louis  mandera  à  Eustache  le  Moine,  sous 
peine  de  confiscation  de  ses  fiefs,  de  rendre  les  îles  dont  il 
s'est  emparé;  s'il  refuse  d'obéir,  il  sera  «  hors  de  cette  paix». 

V.  Tous  les  partisans  de  Henri  III  rentreront  en  possession 
des  terres  qu'ils  avaient  en  Angleterre  au  moment  où  la 
guerre  a  commencé. 

VI.  Louis  et  tous  ses  partisans,  clercs  ou  laïques,  de  quelque 
pays  qu'ils  soient,  seront  absous  de  l'excommunication.  (Cette 
clause  est  la  première  inscrite  dans  le  document  que  nous 
analysons.) 

VII.  Les  actes  et  les  sentences  de  toutes  sortes  obtenus  à 
l'occasion  do  la  guerre  contre  Louis  et  les  siens,  seront  an- 
nulés etlesdites  personnes,  tant  clercs  que  laïques,  se  retrou- 
veront exactement  dans  la  même  situation  qu'au  moment  où 
la  guerre  a  commencé. 

VIII.  Tous  les  partisans  de  Louis,  clercs  ou  laïques,  Anglais 
et  autres,  rentreront  en  possession  des  terres  qu'ils  pouvaient 
avoir  en  Angleterre  au  début  de  la  guerre. 

IX.  Lesdits  partisans  de  Louis  jouiront  des  libertés  et 
coutumes  connues  dans  le  royaume  d'Angleterre;  les  correc- 
tions qui  auront  pu  y  être  faites  auront  vigueur  pour  eux 
comme  pour  tout  autre.  (On  se  souvient  en  eff'et  que  la  charte 
de  1216  apportait  quelques  modifications  importantes  à  celle 
de  1215). 


160  PROJET   DE   TRAITÉ. 

X.  La  cité  de  Londres  et  les  autres  cités  et  bourgs  joui- 
ront de  leurs  droits  et  coutumes. 

XI.  Louis  et  tous  ses  partisans,  tant  clercs  que  laïques, 
seront  ténus  quittes  de  tous  les  dommages  matériels  qu'ils 
ont  pu  causer  en  Angleteire  à  Tégard  des  revenus  et  biens 
meubles. 

XII.  Tous  les  termes  échus  des  dettes  contractées  envers 
Louis  doivent  être  payés. 

XIII.  Toutes  les  personnes  qui  ont  été  faites  prisonnières 
de  part  et  d'autre  après  le  premier  débarquement  de  Louis 
en  Angleterre  doivent  être  délivrées.  Les  prisonniers  saisis 
antérieurement  seront  soumis  à  une  enquête,  faite  par  trois 
personnes  que  le  conseil  du  roi  choisira  parmi  les  conseillers 
de  Louis;  ceux,  qui,  d'après  cette  enquête,  étaient  hommes 
ou  partisans  de  Louis  le  jour  où  ils  furent  pris  seront  déli- 
vrés. Quant  aux  rançons,  toutes  les  sommes  déjà  payées  res- 
teront aux  mains  de  ceux  qui  les  ont  reçues  ;  les  termes  échus 
et  non  payés  seront  payés,  mais  les  autres  termes  ne  le  seront 
pas.  Toute  contestation  sur  la  date  des  échéances  sera  réglée 
par  trois  personnes  que  le  conseil  de  Louis  choisira  dans  le 
conseil  du  roi  d'Angleterre.  Si  à  partir  du  13  juin  une  con- 
trainte a  été  exercée  sur  un  prisonnier  pour  hâter  le  paie- 
ment d(»  sa  rançon,  cette  contrainte  ne  devra  avoir  nul  effet. 

XIV.  Louis  rendra  les  otages  qui  lui  ont  été  livrés  en 
gages  de  fidélité  ;  quant  à  ceux  qui  lui  ont  été  livrés  pour 
garantir  les  emprunts  qu'on  lui  a  faits,  il  les  délivrera  une 
fois  le  prêt  remboursé. 

XV.  Le  roi  d'Angleterre  garantira  les  susdits  engagements 
envers  ses  sujets  qui  avaient  suivi  Louis,  d'abord  par  des 
lettres  émanées  de  lui,  et  des  archevêques,  évêques  et  autres 
seigneurs  que  les  barons  désigneront,  ensuite  par  des  ser- 
ments et  par  la  confirmation  du  légat.  On  s'efforcera  loyale- 
ment d'obtenir  aussi  du  pape  une  confirmation  du  traité. 
Mêmes  garanties  seront  accordées  à  Louis  et  à  ses  compagnons 
d'outre-mer. 

XVI.  Louis  jurera  cette  paix  ainsi  que  les  siens.  Tous  ceux 
que  le  conseil  désignera  devront  promettre  par  écrit  de  res- 
pecter le  traité.  Louis  travaillera  de  son  côté  à  en  obtenir  la 
confirmation  par  le  pape  et  le  légat. 


RUPTURE  DES  NEGOCIATIONS.  161 

En  résumé,  les  trois  premières  clauses  règlent  la  rupture 
solennelle  de  l'alliance  de  Louis  avec  les  sujets  anglais,  les 
Gallois  et  le  roi  d'Ecosse  ;  les  clauses  IV  et  V,  Tévacuation 
des  terres  conquises  sur  Henri  III  et  ses  partisans.  Les  clauses 
VI  à  XI  établissent  une  amnistie  complète,  tant  religieuse 
que  civile,  en  faveur  do  Louis  et  de  tous  ses  partisans.  La 
clause  XII  consacre  la  validité  des  dettes  contractées  envers 
Louis.  Les  clauses  XIII  et  XIV  règlent  la  délivrance  des 
prisonniers  et  dos  otages  et  réduisent  le  taux  des  rançons. 
Les  deux  dernières  clauses  concernent  les  garanties  de  la  paix. 

Louis  approuva  Tœuvre  de  ses  négociateurs.  Mais  le  légat 
refusa  d'admettre  l'amnistie  complète  qui  avait  été  stipulée  ; 
il  voulait  qu'on  abandonnât  à  sa  merci  les  clercs  rebelles,  et 
particulièrement  Simon  de  Langton,  Gervais  de  Hobruges, 
doyen  de  Saint-Paul,  Robert  de  Saint-Germain,  clerc  du  roi 
d'Ecosse,  et  Hélie,  clerc  d'Etienne  de  Langton;  selon  lui, 
c'étaient  ces  quatre  ecclésiastiques  qui  avaient  soufflé  dans  le 
clergé  anglais  l'esprit  de  révolte  contre  le  Saint-Siège  ;  ils 
avaient  d'ailleurs  été  privés  de  leurs  bénéfices  par  un  ordre 
apostolique  et  ils  ne  pouvaient  être  amnistiés.  L'archevêque 
de  Sour  supplia  Louis  d'abandonner  ces  chefs  de  la  rébellion 
cléricale;  Louis  refusa;  sur  les  instances  de  l'archevêque,  il 
consentit  cependant  à  laisser  quatre  arbitres,  deux  de  son 
parti  et  deux  de  l'autre,  trancher  cette  question.  Les  arbitres, 
gagnés  d'avance  à  l'insu  de  Louis,  décidèrent  que  les  quatre 
clercs  coupables  resteraient  privés  de  leurs  bénéfices,  et 
seraient  indemnisés  par  les  barons  anglais.  Mais  le  légat  no 
se  contenta  pas  de  cette  concession:  il  voulait  pouvoir  frapper 
à  sa  guise  tout  le  clergé;  il  déclara  qu'il  ne  confirmerait  cette 
paix  que  sur  l'avis  favorable  d'Honorius  III.  Alors  Louis 
rompit  les  négociations,  en  donnant  pour  raison  que  dans  le 
texte  du  traité  proposé  le  gouvernement  anglais  s'était  en- 
gagé à  obtenir  la  confirmation  de  tous  les  articles  par  le  légat 
(article  XV)*. 

Le  légat  voulut  qu'on  mît  le  siège  devant  Londres  ;  mais 
les  royalistes,  irrités  sans  doute  de  voir  la  paix  retardée  par 
son  obstination,  refusèrent  de  lui  obéir,  et  se  dispersèrent 

1.  H.  F.,  XIX,  636-637.  —  Uni,  des  ducs  de  Norm.,  197. 

Ch.  Petit- Ddtaillis,  Règne  de  Louis  VIII.  il 


162  ATTITUDE   DE   PHILIPPE- AUGUSTE. 

pour  rentrer  dans  leurs  foyers.  Depuis  ce  moment  jusqu'au 
milieu  d'août,  Henri  III  eut  pour  séjours  habituels  Oxford  et 
Gloucester.  Vers  le  mois  de  juillet  ou  le  commencement  d'août, 
le  frère  Nicolas,  pénitencier  du  pape,  fit  encore  de  vaines 
démarches  auprès  de  Louis.  Une  conférence  qui  eut  lieu  entre 
la  reine  mère  et  le  comte  de  Nevers  n'eut  pas  plus  de  succès. 
Louis  ne  voulait  pas  abandonner  le  clergé  anglais'. 

Je  le  répète,  la  partie  n'était  pas  encore  perdue  pour  lui. 
Les  historiens  ont  tous  dit  que  l'avènement  de  Henri  III  décida 
d'un  mouvement  de  réaction  générale  qui  anéantit  rapidement 
les  espérances  de  Louis.  Ce  fait  n'eut  pas  une  importance 
aussi  capitale;  il  diminua  le  nombre  des  partisans  du  prince 
français,  mais  non  point  très  considérablement;  il  n'assura 
pas  le  triomphe  des  Plantagenets.  La  bataille  de  Lincoln  a 
été  représentée  aussi  à  tort  comme  un  événement  décisif. 
Grâce  à  la  fidélité  de  la  plupart  des  barons  et  à  celle  des 
Londoniens,  Louis  resta  encore  après  cet  échec  un  ennemi 
redoutable;  les  offres  si  conciliantes  de  la  régence  le  prouvent 
bien.  Peu  à  peu  les  barons  pris  à  Lincoln  sortaient  de  capti- 
vité. Le  sort  pouvait  encore  changer,  si  les  secours  espérés 
étaient  réunis  et  arrivaient  de  France  sans  encombre. 

Louis  pouvait-il  encore  compter  sur  l'appui  de  son  père? 
Ce  n'était  point  au  moment  où  le  succès  était  devenu  in- 
certain que  Philippe- Auguste  allait  se  compromettre  dans 
une  lutte  sans  trêve  contre  le  Saint-Siège.  Il  s'était  réconcilié 
avec  Honorius  III  dès  le  commencement  de  Tannée;  la  nou- 
velle de  la  bataille  do  Lincoln  le  confirma  dans  l'idée  que  des 
hommes  comme  le  légat  et  le  Maréchal  étaient  des  adver- 
saires difficiles  à  vaincre ^  Il  ne  fut  cependant  pas  complè- 


1.  Ilist.  des  durs  de  Xorm.,  199-200.  —  Iltn.  de  Henri  III. 

2.  Mathieu  de  Paris  (CAron.,  III,  25-26)  rapporte  une  anecdote  bien 
invraisemblable  :  «  Lorsque  le  roi  de  France  eut  appris  la  défaite  de 
«  Lincoln,  il  demanda  :  Est-ce  que  Guillaume  le  Maréchal  vit  encore  ?  — 
«  Oui,  lui  répondit-on.  — Alors  je  ne  crains  rien  pour  mon  fils.  — C'est 
«  jx)urquoi,  ajoute  le  chroniqueur,  Guillaume  le  Maréchal  fut  dans  la 
«suite  toujours  accusé  de  trahison.»  Rappelons  que  Mathieu  montre 
ainsi  que  Roger  de  Wendover  un  manifeste  parti  pris  en  faveur  de  Hu- 
bert de  Bourg,  qu'il  met  toujours  au  premier  plan,  aux  dépens  de  ses 
rivaux:  en  lisant  ces  chroniques,  on  ne  se  douterait  point  du  rôle  con- 
sidérable joué  par  le  Maréchal,  rôle  que  son  biographe  a  mis  en  pleine 
lumière,  non  sans  encourir  lui  aussi  des  soupçons  de  partialité.  Ainsi 


BLANCHE   OBTIENT  DES  SECOURS.  163 

tement  insensible  aux  instances  de  sa  bru  Blanche  de  Castille, 
s'il  faut  s'en  fier  à  une  tradition  que  nous  connaissons  seule- 
ment par  des   textes  postérieurs,  mais  qui  présente  toutes 

les  apparences  de  Tauthenticité  :   «  Mes  sires  Loueys 

manda  à  son  père  que  pour  Dieu  li  aidast  et  li  envoiast  deniers. 
Et  li  rois  respondi  que  par  la  lance  saint  Jaque*  il  n'en  feroijt 
nient,  ne  jà  pour  lui  ne  seroit  escommeniez.  Quant  ma  dame 
Blanche  le  sot,  si  vint  au  roi  et  li  dist  :  «  Lairez-vous  ainsi 
(c  mourir  mon  seigneur  vostre  fil  en  estranges  contrées?  Sire, 
«  pour  Dieu,  il  doit  regnier  après  vous;  envolez  li  ce  que 
«  mestiers  li  est,  au  meinz  les  issues  de  son  patremoine.  — 
<c  Certes,  dist  li  rois.  Blanche,  je  n'en  ferai  nient.  —  Non, 
«  sire?  —  Non  voir,  dist  li  rois.  —  En  non  Dieu,  dist  ma 
«  dame  Blanche,  et  je  sai  bien  que  je  ferai.  —  Que  ferez-vous 
«  donc?  dist  li  rois.  —  Par  la  benoite  mère  Dieu,  j'ai  biaus 
«  enfanz  de  mon  seigneur;  je  les  meterai  en  wage,  et  bien 
«  trouverai  qui  me  prestera  sour  eus.  »  —  Atant  se  parti  dou 
roi  comme  une  desvée;  et  quant  li  rois  Ten  vit  ainsi  aleir,  si 
cuida  qu'elle  deist  veritei;  si  la  fist  rapeleir  et  li  dist: 
«  Blanche,  je  vous  donrai  de  mon  trésor  tant  comme  vous 
«  vourez,  et  en  faites  ce  que  vous  vourez  et  ce  que  vous 
«  Guiderez  que  bon  soit  ;  mais  sachiez  de  voir,  je  ne  li  envolerai 
«  rien.  —  Sire,  dist  ma  dame  Blanche,  vous  dites  bien.  »  Et 
lors  fu  delivreiz  li  granz  trésors  à  ma  dame  Blanche,  et  l'en- 
voia  son  seigneur.  *  »  Blanche  ne  se  contenta  pas  d'implorer 


le  poète  attribue  à  Philippe-Auguste  en  cette  circonstance  un  discours 
bien  différent  ;  informé  que  Guillaume  le  Maréchal  était  à  la  tête  du 
gouvernement,  ce  roi  se  serait  écrié  : 

Donques  n*en  poens  no  ren  prendre 
En  Ëngleterre,  c'est  la  some, 
Car  par  le  grant  sens  de  prodome 
Sera  la  terre  delTendue. 

Issi  l'a  Loeïs  perdue 

Il  serra  tôt  mis  arrière 

Fors  de  la  terre  e  ses  empris, 

Quant  li  Mar.  l'a  empris.  * 

iHxsL  de  GuiU.  le  Mar.,  v.  17085-17108). 

1.  C'était  là  le  juron  habituel  de  Philippe-Auguste.  Voyez  le  Dialogue 
entre  Philippe-Auguste  et  Pierre  le  Chantre,  Bib.  Ec.  ch.,  l"  série, 
t.  II,  400. 

2.  Ménestrel  de  Reims,  §§  301-302.  Ce  texte  se  retrouve  à  peu  près 
littéralement  dans  les  Cronicques  de  Normandie^  f°  88  v»,  col.  2.  L'au- 
teur des  Istore  et  Croniques  de  Flandre  le  rapporte  en  abrégé,  p.  124. 
Cette  tradition  me  semble  reposer  sur  des  fondements  sérieux  ;  non 


164  INQUIÉTUDE   DES   ROYALISTES. 

Philippe- Auguste  ;  elle  alla  trouver  les  barons  et  les  bourgeois 
et  en  particulier  les  vassaux  et  les  communes  d'Artois  ;  elle 
leur  représenta  que  le  fils  de  leur  roi  était  en  grave  péril, 
exagéra  au  besoin  les  dangers  qu'il  courait,  et  à  force  de«  se 
((  pener  moult  durement  »  elle  obtint  quelques  secours  *. 

Nous  ne  savons  point  ce  qui  se  passa  en  Angleterre  pendant 
les  mois  de  juin,  de  juillet  et  d'août,  entre  le  moment  où  les 
royalistes  se  dispersèrent  et  celui  où  la  (lotte  française  se  pré- 
para à  quitter  Calais.  Il  est  probable  qu'il  ne  se  passa  rien, 
hormis  les  négociations  infructueuses  dont  nous  avons  parlé  et 
les  soumissions  d'un  certain  nombre  de  rebelles  ;  on  remarquera 
que  le  nombre  de  ces  soumissions,  assez  considérable  en  juin, 
décroit  progressivement  aux  mois  de  juillet  et  d'août*;  on  savait 
qu'une  armée  de  secours  allait  arriver  et  Ton  attendait  les 
événements.  Guillaume  le  Maréchal  n'était  pas  rassuré  et 
faisait  surveiller  soigneusement  les  côtes  par  Philippe  d'Au- 
bigné  et  Jean  le  MaréchaP.  Les  Français  furent  même  in- 
quiétés par  les  marins  royalistes,  qui  venaient  leur  décocher 
des  traits  pendant  qu'ils  mettaient  en  état  leurs  nefs  dans  le  port 
de  Calais  ;  mais  un  beau  jour  on  se  porta  à  la  rencontre  des 
Anglais,  on  les  mit  en  déroute  et  on  leur  prit  quelques  ba- 


point  parce  qu'  «on  n'invente  pas  une  semblable  éloquence  du  cœur» 
(note  de  Louis  Paris,  édition  de  la  Chronique  de  Rains^  p.  157-158), 
mais  parce  que  tout  fait  croire  que  telle  dut  être  l'attitude  de  Philippe- 
Auguste.  Roger  de  Wendover  nous  dit  :  «  Quoniam  rex  timuit  nlio 
«  excommunicato  opem  ferre,  velut  qui  multotiens  de  consensu  filii 
«  fuerat  acriter  increpatus  a  Papa,  summam  negotii  imposuit  uxori 
«  Lodowici.  »  (Chron.,  III,  26.) 

1.  Ilist.  des  ducs  de  Nonn.,  200.  —  Ann.  de  Dunstaple,  50.  —  Ifisi. 
de  Gm'll.  le  Mar.,  v.  17117-17120.  —  Cron.  de  Norm.,  P  89  v«.  —  Les 
auxiliaires  naturels  de  Louis  étaient  les  Artésiens  :  mais  Louis  n  était 
pas  assez  riche  pour  i)ayer  largement  leur  concours  :  les  nobles  de 
cette  terre  (jui  l'avaient  accompagné,  nous  dit  l'Anonyme  de  Béthune 
(f«  59  V"),  se  plaignaient  du  «  molt  povre  guerredon  »  qu'il  leur  offrait. 
Les  marchamls  et  les  mariniers  d'Artois,  obligés  de  lui  fournir  des  nefs 
et  dos  vivres  au  moment  de  son  premier  embarquement  en  mai  1216, 
se  virent  frustrés  de  l'indemnité  qu'il  leur  avait  promise  et  firent  des 
peftes  considérables.  Voy.  les  plaintes  que  les  communes  d'Arras  et 
de  Gravelines  adressèrent  après  la  mort  de  Louis  VIII  à  sa  veuve, 
devcrnie  régente  (Mrm.  de  la  Soc.  Dnnkerquoise,  XII,  195  et  suiv.). 
On  comprend  qu'en  1217  Blanche  ait  dû  «  se  pener  durement  »  pour 
obtenir  Je  l'aide. 

2.  LUI.  Clans.,  I,  310  à  313  pour  juin,  313  à  317  pour  juillet,  317  à 
320  pour  août. 

3.  Hist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  17125  et  suiv. —  Wendover,  III,  26.— 
Barnwell,  238.  —  Chron.  de  Mailros,  128. 


DEPART  DE   LA   FLOTTE   FRANÇAISE.  165 

teaux.  Enhardis  par  ce  succès,  les  Français  mirent  à  la  voile 
et  vinrent  dans  les  ténèbres  jeter  Tancre  devant  Douvres; 
le  lendemain,  ils  voulurent  gagner  la  Tamise,  mais  une 
tempête  les  rejeta  sur  le  Boulonnais  et  la  Flandre*. 

Le  départ  défînitifeut  lieu  dans  la  nuit  du  23  au  24  août  1217. 
La  flotte  comprenait  quatre-vingts  nefs  en  tout,  parmi  les- 
quelles dix  grands  vaisseaux  pour  transporterune  centaine  de 
chevaliers  et  quelques  centaines  de  sergents.  Dans  la  pre- 
mière grande  nef,  commandée  par  Eustache  le  Moine,  mon- 
tèrent trente-six  chevaliers ,  au  milieu  desquels  figuraient  Robert 
de  Courtenai,  Raoul  de  la  Tournelle  et  le  célèbre  Guillaume 
des  Barres;  le  maire  de  Boulogne,  lo  châtelain  de  Saint- 
Omer,  Michel  de  Harnes  et  le  reste  des  chevaliers  montèrent 
dans  les  trois  nefs  suivantes;  les  six  autres  grands  vaisseaux, 
fort  bien  appareillés  pour  soutenir  un  combat,  reçurent  les 
sergents.  Quant  aux  soixante-dix  petites  nefs,  elles  contenaient 
«  le  harnois  et  la  marchandise  ^^ 

En  somme,  d'après  ces  informations  qu'on  peut  emprunter 
de  confiance  au  chroniqueur  artésien,  mieux  placé  et  plus 
impartial  que  personne  pour  donner  des  renseignements 
exacts,  la  flotte  de  secours  n'était  pas  fort  importante  et  son 
heureuse  arrivée  n'aurait  pas  modifié  très  sensiblement  la 
situation.  Mais  elle  fut  anéantie  et  cet  événement  eut  pour 
conséquence  immédiate  la  conclusion  de  la  paix.  A  ce  titre, 
la  bataille  navale  qui  se  livra  le  24  août  mérite  notre  attention  ; 
elle  la  mérite  aussi  pour  un  motif  plus  général  :  les  combats 
sur  mer  ont  été  au  moyen  âge  sinon  peu  fréquents,  du  moins 
rarement  décrits;  or  celui-ci  nous  a  été  raconté  avec  maints 
détails  par  les  chroniqueurs  de  l'époque,  pour  la  plus  grande 
satisfaction  des  Anglais  de  nos  jours,  qui  voient  dans  cette 

1.  Hist,  des  ducs  de  Norm.,  198-199. 

2.  lïist,  des  ducs  de  Norm.,  198,  200-201.  Le  chroniqueur  artésien 
dit  formellement  qu'en  tout  il  n'y  avait  pas  cent  chevaliers.  Le  chroni- 

3aeur  de  Mailros,  citant  pour  source  la  lettre  d'un  abbé,  prétend  que 
ans  la  bataille  navale  du  2'*  août,  les  Anglais  prirent  cent  vingt-cinq 
chevaliers  français,  trente-trois  arbalétriers,  cent  quarante-six  sergents 
à  cheval  et  huit  cent  trente-trois  sergents  de  pied  (p.  128-129).  Roger 
de  Wendover  affirme  qu'il  y  avait  trois  cents  chevaliers  (t.  111,  26); 
mais  les  Anglais  ont  grossi  évidemment  les  chiffres  par  amour-propre 
patriotique.  Le  nombre  des  nefs  varie  entre  soixante  et  cent  dans  les 
chroniques  anglaises;  Roger  de  Wendover  donne  le  même  chiffre 
que  le  chroniqueur  artésien. 


166  DEFECTION  DES   CINQ-PORTS. 

victoire  remportée  par  leurs  ancêtres  du  xiii'  siècle  la  première 
page  glorieuse  de  leur  histoire  maritime \ 

A  la  nouvelle  que  la  flotte  française  appareillait,  Guillaume 
le  Maréchal  s*était  rendu  sur  la  côte  avec  toutes  les  forces 
dont  il  disposait.  Le  19  août,  la  présence  du  roi  est  signalée 
à  Romney.  Ce  fut  seulement  à  ce  moment-là  que  les  barons 
des  Cinq-Ports  retournèrent  décidément  au  service  de  Henri  III. 
Le  Maréchal  eut  de  longs  pourparlers  avec  eux;  ils  se  plai- 
gnaient amèrement  des  torts  que  leur  avait  faits  le  roi  Jean; 
maison  leur  promit  de  si  belles  récompenses,  tant  d'argent  et 
tant  de  franchises  pour  l'avenir  qu'ils  s'engagèrent  à  aller 
attaquer  les  Français  en  pleine  mer.  Ils  s'assemblèrent  à 
Sandwich  et  préparèrent  leurs  nefs*.  Leur  concours  était 
indispensable:  le  roi  d'Angleterre  ne  possédait  alors  lui-même 
que  quelques  vaisseaux;  le  gros  de  sa  flotte  était  formé  du 
contingent  des  Cinq-Ports,  qui  se  composait  d'une  cinquan- 
taine de  galées\ 

Guillaume  le  Maréchal  arriva  le  23  à  Cantorbéry.  Le  lende- 
main, à  l'aube,  il  partit  pour  Sandwich;  le  temps  était  clair 
et  l'on  vit  à  l'horizon  reluire  les  voiles  des  nefs  françaises, 
qui  cinglaient  vers  l'embouchure  do  la  Tamise.  Alors  Guil- 
laume le  Maréchal  donna  le  signal  du  départ: 

E  dist:  Seinor,  molt  nos  puet  plère 
E  devez  aver  en  mcmorie 
Que  Dex  la  première  victorie 
Vos  dona  de  Franceis  en  terre. 
Or  revienent  en  Engleterre, 
Contre  Deu  le  reigne  clamer, 
Mes  Dex  c  en  terre  e  en  mer 
A  le  poier  d*aidier  a  buens, 
Donques  aidera  il  asuens^. 

1.  Voy.  Sir  H.  Nicolas,  Hisl.  of  Ihe  Roy.  Navy,  I,  176  et  suiv.  — 
Grcen,  Ilisi.  du  peuple  anglais,  I,  151.  —  Burrows,  op.  cit.,  98  et  suiv. 

2.  Jlist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  17167  et  suiv.  —  Itinér.  de  Henri  111. 

3.  Voy.  dans  LUI.  Clans.,  I,  33,  une  liste  des  vaisseaux  que  les 
Cinq-Ports  devaient  fournir  à  Jean  en  1205;  il  y  en  a  cinquante  et  un. 
—  Burrows,  op.  cit.,  86  et  suiv.,  donne  la  description  des  navires 
anglais  de  cette  époque  :  c'étaient  de  vastes  barques  munies  d'un  mât  et 
d'une  grande  voile  carrée  :  comme  tous  les  vaisseaux  du  moyen  âge, 
quand  on  les  armait  pour  la  guerre,  ces  barques  portaient  sur  Tavant 
et  sur  l'arrière  des  chàtean.r,  sortes  de  boîtes  carrées  ouvertes.  La 
proue  était  très  forte,  car  une  tactique  cbère  aux  Anglais  consistait  à 
fondre  par  derrière  sur  les  vaisseaux  ennemis. 

4.  Telle  est  la  version  du  biographe  de  Guillaume  le  Maréchal, 


BATAILLE   NAVALE.  167 

Le  comte  de  Pembroke  resta  toutefois  sur  le  rivage;  Hubert 
de  Bourg  et  Philippe  d'Aubigné  prirent  le  commandement  de 
la  flotte,  qui  comprenait  dix-huit  grandes  nefs  et  une  ^ing- 
taine  de  barques.  Poussées  par  un  vent  propice,  les  nefs 
françaises  s'avançaient  en  bon  ordre;  les  Anglais  n'attaquèrent 
pas  de  front;  ils  lofèrent  comme  s'ils  voulaient  gagner  Calais, 
puis,  une  fois  en  poupe  de  l'ennemi,  ils  le  poursuivirent  soudai- 
nement. Une  coge,  que  le  comte  de  Varenne  avait  fournie  et 
qui  était  pleine  de  sergents  anglais,  aborda  la  nef  d'Eus  tache  le 
Moine.  Celle-ci  était  très  chargée  et  encombrée  ;  tous  les  princi- 
paux chevaliers  français  s'y  trouvaient;  elle  contenait  en  outre 
l'argent  et  les  chevaux  de  prix  qu'on  amenait  à  Louis,  et  un 
trébuchet;  elle  était  si  pleine  qu'elle  enfonçait  dans  la  mer 
presque  jusqu'au  bord.  De  la  coge  anglaise,  qui  était  beaucoup 
plus  haute,  on  jeta  sur  les  Français  du  sable  et  de  la  chaux 
vive  en  poudre  pour  les  aveugler  ;  enfin  un  sergent  de  Guer- 
nesey,  nommé  Renaud  Paien,  sauta  hardiment  dans  la  nef 
d'Eustache  le  Moine,  suivi  de  ses  compagnons;  trois  autres 
bateaux  anglais  vinrent  à  la  rescousse  et  cette  espèce  de 
«  vaisseau  amiral  »  fut  pris.  Hubert  de  Bourg  et  Philippe 
d'Aubigné  se  battaient  vaillamment  de  leur  côté.  Les  Anglais 
eurent  bientôt  l'avantage  ;  ils  avaient  toutes  sortes  de  procédés 
de  combat  que  leurs  adversaires  ignoraient,  comme  ce  curieux 
emploi  de  la  chaux  vive,  qu'ont  noté  tous  les  chroniqueurs  ; 
Roger  de  Wendover  parle  aussi  des  éperons  de  fer  qui  garnis- 
saient leurs  proues,  et  avec  lesquels  ils  coulaient  les  vaisseaux  ; 
enfin  Mathieu  de  Paris  prétend  qu'en  abordant  l'ennemi,  ils 
coupaient  à  la  hache  ses  cordages  et  ses  vergues  de  façon  à 
faire  tomber  la  voile  sur  lui,  comme  un  filet  tombe  sur  des 
oiseaux.  Bref  les  soixante-dix  petites  nefs  françaises  furent 
presque  toutes  prises  ou  coulées;  la  plupart  des  grandes  nefs 
échappèrent,  mais  pour  cingler  vers  la  France. 

Beaucoup  de  Français  périrent:  un  certain  nombre  se 
noyèrent  et  l'on  égorgea  sans  pitié  tous  les  non-nobles.  Les 
chevaliers  qui  se  trouvaient  dans  la  nef  d'Eustache  le  Moine 
furent  gardés  prisonniers.  Eustache  le  Moine  ofirit  une  rançon 

V.  17295  et  suiv.  Selon  Mathieu  de  Paris  (Chron.  Maj,^  III,  28,  et  Ilist. 
Anglor.,  II,  217),  tout  Thonneur  de  cette  décision  reviendrait  à  Hubert 
de  Bourg. 


168  TRIOMPHE   DES   ROYALISTES. 

énorme  &i  on  voulait  lui  laisser  la  vie;  mais  chacun  fut  d'avis 
qu'il  fallait  décapiter  ce  «  pirate  pervers  ».  Un  marin  de 
Winchelsea  appelé  Etienne  Trabe,  qui  avait  autrefois  servi 
sous  ses  ordres,  se  chargea  de  l'exécuter  et  ironiquement  lui 
demanda  s'il  préférait  pour  billot  le  bord  de  sa  nef  ou  bien  le 
trébuchet  qu'il  avait  projeté  d'apporter  à  Louis  de  France. 

De  ces  deux  n'i  a  nul  soéf, 
Atant  lu[iJcoupérent  la  teste*. 

Le  retour  des  vainqueurs  fut  triomphal.  Une  foule  joyeuse, 
précédée  du  clergé  en  costume  de  fête  et  chantant  des  psau- 
mes, vint  les  recevoir  sur  le  rivage.  Ils  rapportaient  un  butin 
considérable  ;  la  régence  en  abandonna  la  plus  grande  partie 
aux  barons  des  Cinq-Ports,  dont  le  concours  avait  décidé  du 
succès  de  la  journée*.  La  tête  d'Eustache  le  Moine,  fichée  au 
bout  d'une  pique,  fut  promenée  dans  les  rues  de  Cantorbéry 
et  dans  tout  le  pays  environnant\  Le  souvenir  des  brigan- 
dages du  fameux  pirate  et  de  son  châtiment  final  subsista 
longtemps  en  Angleterre  et  il  so  forma  sur  lui  des  légendes 
que  les  chroniqueurs  du  xiv*  siècle  nous  ont  transmises. 
Gautier  de  Hemingburgh  et  Henri  Knighton  ont  fait  de  lui 
un  «  tyran  d'Espagne  »  qui  avait  projeté  la  conquête  de 
rAngletcrro.  Une  autre  chronique,  que  Francisque  Michel 
ci<c  dans  son  édition  du  Roman  d'Eustache  le  Moine, 
mêle  à  la  vérité  la  légende  la  plus  fantastique  :  le  jour  de 
laSaint-Bartliélemv,  les  habitants  de  Sandwich  virent  arriver 
une  flotte  remplie  de  grands  seigneurs  français,  qui,  pleins  de 
confiance  dans  Thabileté  magique  d'Eustache  le  Moine,  lui 
avaient  confié  le  commandement  de  l'expédition;  les  habitants 


1.  Ilist.  des  ducs  de  Norm.,  200  et  suiv.  —  Wendover,  III,  26  et 
suiv.  —  Histoire  de  Guill.  le  Mav.^  v.  17365  à  17455.  —  Math,  de  Paris, 
y/ /.s/.  Anglor.,  II,  219.  —  Coggeshall,  185.  —  Ann.  de  Dunslnpte,  50.  — 
Chron.  de  Mailros,  128;  etc....  —  Selon  une  assertion  de  Roger  de 
Wendover,  admise  sans  discussion  par  Pauli  (op.  cit.,  111,  502),  ce 
fut  Richard  de  (  ornouailles,  frère  naturel  de  Henri  III,  qui  tua  le  pirate; 
mais  ce  fougueux  héros  n'avait  alors  oue  huit  ans.  —  Il  n'y  a  pas 
grand'chose  à  tirer  du  Roman  dEustacne  le  Moine.  Fr.  Michel  a  publié 
en  tète  de  son  édition  un  assez  curieux  dessin  qui  orne  un  des  mss. 
de  Math,  de  Paris  et  (|ui  représente  la  bataille  navale  et  la  mort  d'Eus- 
tache le  Moine. 

2.  Shirley,  Roy.  Letters,  I,  n"  6.  —  Math,  de  Paris,  Chron.,  III,  29.  — 
Ilist.  de  Guill.  le  Mar..  v.  17501-17568. 

3.  Ilist.  des  ducs  de  Norm.,  202.  —  Mousket,  v.  22709-22710. 


LOUIS  RENONCE   A    LA   LUTTE.  169 

se  mirent  en  prière  et  promirent  à  saint  Barthélémy  une 
belle  chapelle  s'il  les  sauvait  de  ce  péril.  Grâce  à  un  artifice 
de  sorcellerie,  Eustache  avait  su  rendre  sa  nef  invisible.  Un 
homme  de  Sandwich,  nommé  Etienne  Crabbo,  qui  avait  appris 
les  sciences  occultes  à  Técole  même  du  célèbre  pirate,  offrit  de 
se  dévouer  ;  il  réussit  en  effet  à  pénétrer  dans  la  nef  d'Eus- 
tache  et  à  le  faire  périr  ;  il  fut  tué  aussitôt  par  les  Français  ; 
mais  une  tempête  s'éleva  soudain  et  la  flotte  ennemie  fut 
engloutie  dans  les  flots,  tandis  que  l'image  radieuse  de  saint 
Barthélémy  apparaissait  dans  les  airs*. 

«  C'est  ainsi,  dit  Raoul  de  Coggeshall,  que  le  Tout-Puis- 
«  sant  anéantit  la  force  des  ennemis,  et  que  sa  droite  futglo- 
<c  rifiée  en  son  peuple  »'.  Personne  maintenant  ne  pouvait  plus 
protester  quand  les  royalistes  déclaraient  avoir  pour  eux  le 
Dieu  des  combats. 

Selon  Roger  de  Wendover,  Guillaume  le  Maréchal  serait 
venu  immédiatement  après  la  victoire  navale  assiéger  Londres 
avec  une  grande  armée^.  Nous  suivrons  de  préférence  la 
relation  très  précise  de  Y  Histoire  des  ducs  de  Normandie, 
que  confirment  les  renseignements  fournis  par  V Histoire  de 
Guillaume  le  Maréchal. 

Louis  de  France  apprit  la  défaite  et  la  mort  d'Eustache  le 
Moine  le  26  août.  Il  ne  pouvait  plus  maintenant  compter  sur 
aucun  secours  ;  Teffort  suprême  de  ses  amis  avait  échoué. 
S'il  ne  fut  pas  rappelé  forniellement  par  son  père,  comme  le 
prétend  le  biographe  de  Guillaume  le  Maréchal,  il  renonça  en 
tout  cas  à  rester  plus  longtemps  en  Angleterre.  Le  28,  il 
envoya  Robert  de  Dreux  conférer  avec  le  comte  de  Pembroke, 
qui  se  trouvait  à  Rochester;  le  comte,  retenant  Robert  de 
Dreux  comme  otage,  permit  à  Robert  de  Courtenai,  qui  avait 
été  fait  prisonnier  pendant  le  combat  naval,  d'aller  parler  à 
Louis.  Le  sire  de  Courtenai  moyenna  une  entrevue  le  29  août, 
aux  portes  de  Londres,  entre  le  fils  de  Philippe-Auguste, 
Guillaume  le  Maréchal  et  Hubert  de  Bourg;  ils  convinrent  de 


1.  G.  de  Hemingburgh,  I,  260-261.  —  II.  Knigliton,  I,   205-206.   — 
Roman  cVEuat.  le  Moine^  édit.  Fr.  xMicliel,  Pre/.,  p.  xxxvi  et  suiv. 

2.  Cogge.shalI,  186. 

3.  Wendover,  111,  30.  —  Voy.  aussi  Ann.  de  Dvnstaple^  50  et  Robert 
d'Auxerre.  Contin.  II,  282. 


170  NÉGOCIATIONS   POUR   LA   PAIX. 

faire  la  paix.  Il  y  eut  alors  une  grande  assemblée  de  royar 
listes  à  Windsor;  le  biographe  du  Maréchal  nous  fait  entendre 
que  les  intrigants  et  les  hâbleurs  affectaient  de  blâmer  l'atti- 
tude conciliante  du  régent:  les  gens  sages  étaient  d'avis  qu'il 
fallait  faire  tous  les  sacrifices  possibles  pour  hâter  le  départ 
des  Français  et  s'engageaient  à  fournir  au  besoin  de  l'argent 
pour  acheter  leur  retraite  ;  mais  d'autres,  qu'on  n'avait  point 
trouvés  sur  les  côtes  alors  qu'il  s'agissait  de  repousser  la 
flotte  ennemie,  parlaient  maintenant  très  haut,  disaient  qu'au 
lieu  de  négocier  avec  des  vaincus  on  devait  aller  les  écraser 
dans  Londres*.  11  semble  que  le  parti  des  violents  l'emporta 
d'abord;  le  P*" septembre,  les  barons  des  Cinq-Ports  reçurent 
l'ordre  de  se  rendre  immédiatement  avec  tous  leurs  navires 
à  l'embouchure  de  la  Tamise,  pour  le  service  du  roi*.  Le  2, 
Louis  de  France,  n'ayant  encore  reçu  du  régent  aucune 
communication,  convoqua  dans  la  soirée  ses  fidèles  en 
conseil,  et  l'on  résolut  de  quitter  Londres  dans  la  nuit  pour 
aller  livrer  bataille.  Au  moment  où  le  conseil  allait  se  séparer, 
un  messager  arriva,  portant  une  lettre  de  Guillaume  le 
Maréchal  ;  le  régent  demandait  qu'on  lui  accordât  une  trêve 
pour  le  lendemain  et  qu'on  lui  envoyAt  Huon  de  Malannoi  pour 
négocier  la  date  d'une  conférence  définitive. 

Le  1  septembre  Huon  dje  Malannoi  revenait  de  Windsor  et 
annonçait  que  la  conférence  aurait  lieu  le  lendemain  dans  une 
île  de  la  Tamise,  près  de  Staines,  à  Test  de  Windsor.  Les 
deux  armées  arrivèrent  le  5  septembre  à  Tendroit  désigné  ;  elles 
restèrent  chacune  sur  une  rive,  de  façon  que  le  fleuve  les 
séparât.  Louis  et  ses  conseillers  se  rendirent  dans  l'Ile,  où 
ils   étaient   attendus   par   le    cardinal    légat   et    le  conseil 


1.  Hist.  de  Guill.  le  Mar.,  v.  17595-17676.  —  Ifist.  des  ducs  de 
Norm.,  202  et  suiv.  De  ces  attaques  contre  la  politique  modérée  du 
régent  sont  nés  certainement  les  bruits  calomnieux  dont  Mathieu  de 
Paris  s'est  fait  l'écho.  Voici  ce  que  raconte  Math,  de  Paris  (^Ui$i. 
Anglor.,  II,  257):  En  1223,  lorsque  Louis  devenu  roi  refusa  de  rendre 
la  Normandie  à  Henri  111,  celui-ci  se  repentit  d'avoir  laissé  échapper 
son  adversaire  en  1217,  «  imponens  hoc  per  Marescallum  fuisse 
«  machinatum,  cura  tamcn  omnia  ei  ad  votum  féliciter  accidissent, 
«  si  fides  elToctum  tonuisset  iMjmpromissum.  »  Fin  1241,  selon  le  même 
chroniqueur  (Jlhron.,  IV,  157),  Henri  111  dit  à  l'un  des  fils  du  Maré- 
chal :  «  Pater  tuus  Wiilelmus,  non  sine  nota  proditionis,  Lodowicam, 
«  ne  in  Anglia  caperetur,  salvasse  perhibetur.  » 

2.  Bec.  (j/f.,  Pat.  I  IL  ///,  membr.  3. 


TRAITE  DE  LAMBETH.  171 

de  Henri  III.  Quant  au  jeune  roi,  son  itinéraire  indique  qu'il 

se  trouvait  alors  tout  près  de  là,  à  Chertsey.  Louis  réclama 

en  vain  l'amnistie  pour  le  clergé  anglais  ;  il  dut  se  soumettre 

aux  exigences  obstinées  du  légat.  Je  ne  sais  si  la  discussion 

dura  un  ou  plusieurs  jours.  Le  biographe  de  Guillaume  le 

Maréchal  nous  dit,  sans  que  ces  vers  s'appliquent  précisément 

à  ladite  entrevue: 

a  plosors  jors  assemblèrent, 

Car  a  grant  peine  s'accordèrent. 

En  tout  cas  Tacte  officiel  relatant  les  conditions  du  traité 
ne  fut  point  écrit  le  5  septembre,  mais  le  11  du  môme  mois  à 
Lambeth  * . 

Pour  exposer  les  conditions  de  la  paix  et  la  façon  dont  on 
les  exécuta,  nous  nous  reporterons  aux  articles  proposés  le 
12  juin,  qui  se  retrouvèrent  presque  tous  dans  le  traité  défi- 
nitif. C'est  ainsi  que  les  trois  premières  clauses,  qui  rom- 
paient Talliance  de  Louis  et  des  rebelles,  subsistèrent  dans  le 
traité  de  Lambeth.  Les  Anglais  furent  solennellement  déliés 
des  serments  de  fidélité  qu'ils  avaient  prêtés  à  Louis*.  Celui- 
ci  de  son  côté  manda  aux  barons  anglais,  au  roi  d'Ecosse  et 
aux  Gallois  de  déposer  les  armes.  Le  biographe  de  Guillaume 
le  Maréchal  prétend  que  tous  obéirent,  sauf  le  Gallois  Morgan 
de  Carléon".  En  réalité  beaucoup  d'autres  eurent  peine  à  se 
résigner.  Les  actes  de  soumission  ne  datent  point  tous  des 
mois  de  septembre  et  d'octobre;  on  en  trouve  encore  un  grand 
nombre  en  novembre,  et  môme  en  janvier  1218.  Le  6  mars 
1218,  le  gouvernement  anglais  dut  ordonner  aux  shériffs  de 
Surrey,  de  Sussex,  de  Kent  et  de  Southampton  de  confisquer 
les  terres  d'un  certain  nombre  de  rebelles  qui  n'avaient  pas 
voulu  prêter  hommage  ni  suscrire  de  promesses  de  fidélité*. 

1.  Uist.  des  ducs  de  Norm.,  203-20i.  —  Jlfsi.  de  Guill.  le  Mar., 
V.  17677  et  suiv.  —  Wendover,  III,  30.  —  Ann.  de  Dunstaple,  51.  — 
Coggeshall,  186.  —  De  Antiq.  legibus  liber,  Append.,  203.  —  Le  traité 
est  dans  Rymer,  I,  part.  i.  148,  et  dans  H.  F.,  XVII,  111-112. 

2.  Chron.  de  Mailros^  131. 

3.  llist.  de  Guill.  le  Mar.^  v.  17727-17786.  —  La  lettre  de  Louis  au 
roi  d'Ecosse  est  citée  dans  une  lettre  de  Henri  III  du  23  septembre  1217 
(Rec.  Off.^  Pat,  /,  membr.  3).  Louis  mandait  à  Alexandre  II  de  resti- 
tuer les  terres  qu'il  avait  conquises  sur  Henri  III  et  de  rendre  les 
prisonniers  qu*il  avait  faits. 

4.  Un.  Claus.,  1.  321  et  suiv.  L'acte  du  6  mars  1218  est  p.  354.  — 
Bec,  0(f.,  Pat,  Il  H.  III,  membr.  8. 


172  EXÉCUTION   DU   TRAITE. 

Les  Gallois  acceptèrent  difficilement  la  paix.  Lleweljn  ne  se 
soumit  qu'en  mars  1218,  et  plusieurs  autres  chefs  gallois  au 
mois  de  mai  seulement  \  Quant  au  roi  d'Ecosse,  il  vint  prêter 
hommage  à  Henri  III  dès  le  19  décembre  1217  ^ 

Les  articles  IV  et  V  se  retrouvent  aussi  dans  la  paix  défi- 
nitive avec  quelques  légers  changements;  Henri  III  et  ses 
partisans  rentreront  en  possession  des  terres  qu'on  leur  a  en- 
levées; les  frères  d'Eustache  le  Moine  seront  sommés  et  con- 
traints par  Louis  de  France  de  rendre  les  îles  conquises.  Nous 
voyons  en  effet  que  Louis,  avant  de  recevoir  rabsolution, 
résigna  solennellement  les  châteaux  qu'il  possédait  entre  les 
mains  du  légat;  il  remit  la  tour  de  Londres  à  l'évêque  de 
Winchester  peu  de  temps  avant  son  départ.  Au  mois  de  dé- 
cembre, Tarchevêque  d'York  reprit  possession  au  nom  du  roi 
de  Carlisle,  dont  Alexandre  II  s'était  emparé'. 

Les  articles  VI  et  VII,  concernant  l'absolution  des  excom- 
muniés, ne  figurent  pas  dans  l'acte  du  1 1  septembre,  bien  qu'ils 
aient  été  en  partie  exécutés.  Le  légat  voulut  sans  doute  que 
cette  absolution  n'eût  pas  le  caractère  d'une  convention 
diplomatique,  mais  celui  d'une  pure  grâce.  La  cérémonie 
eut  lieu  le  13  septembre,  dans  l'île  où  s'était  tenue  la 
conférence:  le  cardinal  légat  et  les  évêques,  revêtus  de 
capes  de  soie  et  coiffés  de  leurs  mitres,  prirent  place  sous  un 
pavillon;  Louis  et  les  Français  laïques  ou  clercs  qui  l'avaient 
accompagné,  habillés  seulement  d'une  robe  de  laine  comme 
en  portaient  les  pèlerins,  et  pieds  nus,  vinrent  solliciter  leur 
pardon;  ils  jurèrent  d'obéir  aux  mandements  de  l'Eglise, 
de  ne  plus  envahir  ni  molester  en  au?.une  façon  le  royaume 
d'Angleterre  «  ou  tout  autre  patrimoine  de  l'Eglise  romaine  » 
et  de  se  rembarquer  tous  dans  Tannée;  alors  on  leur  accorda 
l'absolution.  Le  légat  envoya  à  Londres  le  pénitencier  du  pape 
pour  délier  de  l'excommunication  les  bourgeois  do  cette  cité  et 
les  autres  laïques  excommuniés*.  Quant  aux  clercs  anglais  qui 


1.  Hymer,  1.  part,  i,  150-151.  — Cf.  Drul  y  Tywysogion,  301  et  suiv. 

2.  Utt.  CUfus..  I,  3'i8. 

3.  Ann.  de  JJunsfaplt^  51.  — Chroîi.  de  Merlan  (\néce  justiûc.  ni)-  — 
Chron.  de  M  ni  Iras  y  132   —  Chron.  de  Lanercoat,  25. 

4.  (Ihron.  de  Merlon  (pièce  justifie,  m).  —  Ilist.  des  ducs  de  Aorm.^ 
204.  —  ChrofL  de  Mailros,  131.  —  Ilist.  de  GnilL  le  Mar.,  v.  17704- 
17710.  —  Selon  le  clianoine  do  Barnwell,  p.  239,  l'absolution  aurait  été 


EXÉCUTION    DU   TRAITE.  173 

avaient  bravé  l'interdit,  le  plus  grand  nombre,  moyennant 
des  peines  plus  ou  moins  graves,  obtinrent  dans  la  suite 
Tabsolution;  ceux  auxquels  on  la  refusa  eurent  le  choix  entre 
la  prison  et  l'exil*. 

Selon  Tusage,  l'absolution  fut  accompagnée  de  peines  à 
subir;  le  22  septembre,  à  Merton,  la  pénitence  suivante  fut 
imposée  à  Louis  de  la  part  du  légat:  il  dut  s'engager  à  payer 
pendant  deux  ans  la  dîme  de  tous  ses  revenus  pour  la  déli- 
vrance de  la  Terre  Sainte,  entravée  par  lui  «  d'une  façon 
a  énorme  »;  tous  les  laïques  qui  Tavaient  accompagné  en 
Angleterre  durent  payer  pour  le  même  objet  le  vingtième  de 
leurs  rentes;  quant  à  ceux  qui  n'avaient  pas  de  rentes,  ils 
devaient  demander  au  clergé  de  leur  pays  une  autre  pénitence. 
Les  clercs  français  qui  avaient  suivi  Louis  furent  condamnés 
à  se  laisser  frapper  de  verges  pendant  la  messe  aux  sept 
grandes  fêtes  de  Tannée  qui  allait  s'ouvrira 

Le  13  janvier  1218,  lesbulles  d'excommunication  qui  avaient 
frappé  Louis  et  ses  complices  laïques  furent  révoquées  par 
Honorius  III,  à  la  condition  que  la  paix  jurée  fût  inviolable- 
ment  gardée'. 

Les  quatre  articles  proposés  le  12  juin,  qui  établissaient  l'am- 
nistie complète  et  consacraient  les  libertés  du  peuple  anglais, 
reçurent  quelques  modifications.  Conformément  à  l'article  VIII, 
les  partisans  laïques  de  Louis  rentrèrent  en  possession  de 
leurs  biens  et  il  fut  défendu  de  les  inquiéter*.  La  clause  de 
l'article  IX  concernant  les  libertés  dos  laïques  fut  adoptée  ; . 

donnée  le  20  sept,  et  non  le  13  ;  mais  le  moine  de  Merton  dit  formel- 
lement que  Galon  procéda  à  l'absolution  le  13  et  séjourna  au  monastère 
de  Merton  du  17  au  23.  —  Le  serment  exigé  de  Louis  et  de  ses  com- 
plices est  indiqué  dans  une  circulaire  que  Galon  envoya  le  27  sept. 
aux  évoques  de  France,  pour  les  prier  d'absoudre  aux  mêmes  condi- 
tions ceux  qui  avaient  été  excommuniés  pour  la  môme  cause  et  qui 
étaient  revenus  en  France.  (Teulet,  n»  1240.)  —  Une  bulle  du  5  sept. 
1218  (Pressuti,  n®  1615)  prouve  qu'à  cette  époque  il  y  avait  encore  en 
France  des  gens  excommuniés,  non  pour  avoir  accompagné  Louis  en 
Angleterre,  mais  pour  lui  avoir  donné  de  l'aide,  probablement  des 
sommes  d'argent. 

1.  Rymer,  1.  part,  i,  150. 

2.  Chron.  dé  Merton  (Pièce  justif.  m).  —  Teulet,  n»'*  1240  et  1241. 

3.  Pressuti  n°  1000. 

4.  I/ist.  de  GuUl.  le  Mar,,  v.  17721-17726.  —  Barnwell,  239.  — 
Rymer,  I,  part,  i,  148.  —  Bec.  Off.y  Pat.  I  H,  III,  membr.  2,  Pat.  II, 
membr.  11  et  10.  —  Voyez  aussi  les  actes  de  soumission  des  Litt, 
Clatis.  Cf.  BractorCs  note  book,  n°  1326. 


174  EXÉCUTION   DU   TRAITE. 

les  chartes  accordées  par  le  roi  furent  lues  en  public  par 
tous  les  shériiTs  dans  leurs  circonscriptions,  et,  comme  le 
prescrivait  Tarticle  X,  ordre  fut  donné  de  respecter  les  fran- 
chises des  citoyens  de  Londres'.  Mais  l'article  XI  fut  sup- 
primé; on  se  réservait  ainsi  le  droit  de  poursuivre  ceux  qui 
s'étaient  approprié  les  biens  meubles  des  royalistes.  Chose 
plus  grave,  les  membres  de  TEglise  anglaise  furent  eiclus  de 
Tamnistic  générale  ;  on  permit  seulement  à  ceux  qui  avaient 
des  fiefs  laïques  d'en  reprendre  possession.  Après  le  départ 
de  Louis,  le  clergé  anglais  fut  soumis  à  un  minutieux  examen 
par  les  inquisiteurs  du  légat;  quiconque  avait  contrevenu  à 
l'interdit  était  puni:  beaucoup  furent  privés  de  leurs  bénéfices, 
comme  par  exemple  Gervais  de  Hobruges  et  Robert  de 
Saint-Germain  ;  d'autres  furent  frappés  d'amendes  formidables 
ou  jetés  en  prison.  Simon  de  Langton  et  les  chanoines  de 
Carlisle  furent  dépouillés  de  leurs  bénéfices  et  exilés*.  Nous 
retrouverons  plus  tard  Simon  de  Langton  à  la  cour  de 
Louis  VIII. 

En  exécution  de  l'article  XII.  nous  avons  une  lettre  de 
Henri  III  (23  septembre  1217)  ordonnant  aux  hommes  de 
Norwich,  de  Dunwich,  de  Yarmouth  et  de  Lynn  de  payer  à 
Guillaume  de  Beaumont,  maréchal  de  Louis  de  France,  les 
termes  échus  des  dettes  qu'ils  ont  contractées  envers  lui'. 

De  nombreux  actes  de  1217  et  1218  semblent  prouver  que  le 
gouvernement  anglais  exécuta  loyalement  l'article  relatif  aux 
prisonniers  (article  XIII);  ceux  qui,  au  sujet  de  leur  rançon, 
avaient  à  se  plaindre  dos  gens  qui  les  avaient  pris,  furent 
autorisés  à  porter  leurs  griefs  devant  le  conseil  du  roi*.  Un 


1.  Rvmer,  I,  part.  I,  150.  —  Bec.  0(f.,  Pat.  l  //.  ///,  membr.  1  ;  — 
Pat.  Il,  membr.  10,  7,  6.  —  Henri  Martin  {Hist.  de  France,  IV,  97) 
dit  que  Louis  de  France  «  rendit  l'original  de  la  grande  charte  ».  Il 
n*est  question  de  cela  dans  aucun  texte. 

2.  Wendover,  III,  31-32.  —  Ann.  de  Dunstaple,  51  et  53.  —  Bam- 
well,  240-241.  —Chron.  de  Lanercoat,  27.  —  Pressuti,  n»  1416. 

3.  Ree.  Off.,  Pat.  I II.  III,  membr.  3. 

4  Rymor,  I,  part,  i,  149.  —  Litt.  Claus.,  I,  328'»,  358»».  —  Hue.  OIT., 
Pat.  I II.  III,  membr.  3,  2,  1  ;  —  Pat.  II,  part.  2,  membr.  2.  —  Selon 
Wendover,  t.  lil,  77,  Louis  VIII  se  plaignit  cependant  en  1223  de  la 
violation  de  cette  clause  :  «  Respondit  praîtcrea  quod  juramentum  in 
«  Anglia  factum  ex  parte  régis  .\nglorum  fuerat  violatum,  dum  imprisii 
«  sui,  qui  apud  Lincolniam  capli  fuerant,  ad  redemptionem  gravissi- 
«  mam  sunt  compulsi.  » 


PRETENDUE  CLAUSE  SECRETE.  175 

certain  nombre  de  Français  virent  même  leur  rançon  payée 
par  la  régence,  qui  espérait  obtenir  en  retour  la  libération  des 
otages  livrés  par  les  Cinq-Ports  à  Louis  de  France  ;  m<ais 
Louis,  malgré  ses  promesses  (article  XIV),.  retint  longtemps 
captifs  ces  otages;  quelques-uns  moururent  de  privations 
dans  leur  prison  \ 

Des  deux  articles  concernant  la  confirmation  du  traité,  celui 
qui  mentionnait  les  engagements  de  Louis  de  France  subsista 
seul;  mais  Tacte  du  11  septembre  reçut  les  sceaux  du  légat, 
du  roi  Henri  III,  de  Guillaume  le  Maréchal,  de  Hubert  de 
Bourg,  des  comtes  de  Chester,  de  Salisbury,  de  Varenne  et 
d'Arundel,  de  Fauquet  de  Bréauté  et  de  quelques  autres  per- 
sonnages. Le  18  septembre,  Louis  de  France,  les  comtes  de 
Bretagne  et  de  Nevers,  Robert  de  Dreux  et  les  autres  barons 
français  se  rencontrèrent  à  Mcrton  avec  le  légat,  la  reine 
mère  et  une  foule  d'évêques  et  de  seigneurs  anglais;  la  paix 
fut  confirmée  solennellement  par  les  parties  contractantes*; 
elle  le  fut  par  le  pape  dans  une  seconde  bulle  datée  du  13  jan- 
vier 1218'. 

Roger  de  Wendover,  qui  cite  d'une  façon  assez  inexacte 
d'ailleurs  les  clauses  du  traité  de  Lambeth,  en  ajoute  une  que 
ne  nous  a  pas  transmise  Tacte  officiel.  Louis  «  jura  d'exhor- 
«  ter  de  tout  son  pouvoir  son  père  Philippe-Auguste  à  rendre 
M  au  roi  d'Angleterre,  Henri  III,  toutes  ses  possessions  d'outre- 
«  mer  ».  Selon  une  autre  chronique,  Louis  s'engagea  à  resti- 
tuer dès  son  avènement  au  trône  les  provinces  que  son  père 
avait  conquises  sur  Jean  sans  Terre*.  Nous  verrons  qu'à  la 
mort  de  Philippe-Auguste  le  gouvernement  anglais  réclama 
ces  provinces  à  Louis  VIII.  Nous  ne  connaissons  malheureuse- 
ment la  réponse  de  ce  prince  que  par  les  chroniqueurs  anglais. 
Il  n'est  guère  croyable  qu'il  se  soit  vraiment  engagé  en  1217 
à  rendre  les  conquêtes  de  son  père.  Le  pape  Honorius,  qui  ne 
cessa  point  de  protéger  Henri  III,  aurait  rappelé  au  nouveau 


1.  Voy.  une  lettre  de  Galon,  datée  du  2  sept.  1218,  dans  Rymer,  I, 
part.  I,  152. 

2.  Chron.  de  Merton  (pièce  justif.  ni).  —  De  antiq.  legib.  liber,  203. 
—  Vltinér.  de  Henri  III  signale  la  présence  de  la  cour  à  Merton,  le 
19  sept. 

3.  Pressuti,  n»  1001. 

4.  Wendover,  III,  31.  —  De  antiq,  legib,  liber,  204. 


176  INDEMNITÉ   ACCORDÉE  A   LOUfS. 

roi  de  France  son  ancien  serment  et  nous  ne  voyons  pas  qu'il 
Tait  fait.  Mais  il  est  possible  que  Louis  ait  promis  d'adresser 
à  son  père  des  sollicitations  à  ce  sujet;  cette  vague  conces- 
sion ne  compromettait  pas  l'avenir. 

Ce  qui  est  tout  à  fait  certain,  c'est  que  le  gouvernement 
anglais  s'engagea  par  un  article  secret  à  donner  à  Louis  une 
indemnité  de  guerre*.  Le  fils  de  Philippe-Auguste  abandonna 
ses  alliés  à  la  générosité  ou  à  la  rigueur  de  son  adversaire; 
mais  il  rentra  dans  ses  frais .  Guillaume  le  Maréchal  s'engagea  à 
lui  payerune  somme  de  dix  mille  marcs  (environ  600,000  francs 
de  noire  monnaie),  afin  qu'il  évacuât  «  ce  royaume  que  pourtant 
«  le  Seigneur  en  sa  miséricorde  avait  rendu  si  merveilleu- 
«  sèment  à  Henri  III  »*.  Cette  indemnité  ne  nous  parait  pas 
très  forte,  mais  elle  était  lourde  à  acquitter,  car  l'Angleterre 
était  ruinée  par  la  guerre  et  les  revenus  ordinaires  étaient 
considérablement  diminués*.  Pour  le  paiement  de  la  plus 
grande  partie  de  cette  somme,  Guillaume  le  Maréchal  et 
Louis  prirent  comme  intermédiaires  des  marchands  de  Saint- 
Omer,  Florent  le  Riche  et  son  fils  Guillaume,  aidés  de  quelques 
autres.  Ce  Florent  le  Riche  était  l'un  des  plus  opulents  bour- 
geois de  Louis,  qui  lui  avait  concédé  en  fiefs  la  vieille  halle, 
les  boucheries  et  deux  maisons  de  Saint-Omer;  il  entretenait 
depuis  longtemps  des  relations  actives  avec  les  commerçants 


1.  La  plupart  des  historiens  modernes  ont  négligé  de  relater  ce  fait 
important,  qui  est  mentionné  non  seulement  dans  les  documents  diplo- 
matiiiues,  mais  aussi  dans  quelques  chroniques  :  Nixl,  des  ducs  de 
Norm.,  204;  Guill.  le  Bret,  C^row.,  §  223;  Ann.  de  Dunstaplf,  5i ; 
Barnwell,  231);  Chron.  de  Mailroa,  131  ;  Ann.  de  Waverley,  288;  Fragm. 
de  Chron.  angl.^  f^»  12;  Descript.  gencal.  comitum  Cestrie,  f»  2  v<»;  Scala 
Chron..  f«*  187.  —  L'objet  de  l'indemnité  varie  dans  chaque  chronique; 
en  réalité  cette  somme  dut  être  accordée  tout  simplement  parce  que 
Louis  la  demandait  et  qu'on  avait  hâte  de  le  voir  partir. 

2.  Lettre  de  Henri  III  au  pape  :  «  Cornes  Willelmus  Marescallus  se 
a  domino  Ludovico  pro  nobis  ooligavit,  sub  pœna  non  modica,  ad  solu- 
«  tionem  decem  miflium  marcarum  pro  bono  pacis  inter  nos  et  ipsum 
«  reformate.  »  (Shirley,  Hoy.  Lrfters,  n°  7.)  —  Lettre  de  Henri  III  w 
justicier  d'Irlande  :  «Tenemur  in  magno  debito  Lodovico  filio  régis 
«  l'rancie  per  convencioncm  inter  nos  factam,  ut  exiret  a  regno  nosjro 
«  quod  tamen  misoricorditer  et  mirabiliter  procuravit  Dominus.  »(^iV/. 
Clans.,  I,  377.)  D'après  un  autre  acte  (Pièce  jnstif,  u  a),  il  s'agit  de 
marcs  esterlings;  le  marc  esterling  valait  13  sous  6  deniers  (Du  Cinge» 
au  mot  Marca  sterling  or  um).  L'indemnité  s'élevait  donc  à  6.750  livre»; 
la  livn^  valait  environ  88  francs,  si  nous  admettons  que  le  pouvoir  de 
l'argent  ôtait  alors  5  fois  plus  fort  qu'aujourd'hui. 

3.  Shirley,  n°  7. 


INDEMNITÉ   ACCORDÉE   A   LOUIS.  177 

anglais  ^  Evidemment  il  paya  tout  de  suite  une  partie  de 
l'indemnité  au  fils  de  Philippe- Auguste,  qui  rentrait  en  France 
sans  ressources  et  fut  peut-être  même  obligé  avant  son  départ 
de  faire  un  emprunt  aux  Londoniens*.  Florent  devint  le  créan- 
cier de  Henri  III  pour  six  mille  marcs  esterlings  ;  le  tiers  de 
cette  somme  devait  lui  être  rendu  immédiatement  on  laines 
et  en  cuirs  et  les  deux  autres  tiers  devaient  lui  être  versés  le 
1"  novembre  et  le  P*"  février  suivant;  au  cas  où  le  gouverne- 
ment anglais  ne  ferait  pas  face  à  ses  engagements,  qui  étaient 
consignés  dans  une  charte  confiée  à  la  garde  du  maître  du 
Temple  de  Paris,  Louis  de  France  et  Florent  le  Riche  étaient 
autorisés  à  saisir  les  biens  du  roi  Henri,  partout  où  ils  en  trou- 
veraient; Pierre  Mauclerc  et  Robert  de  Dreux,  que  le  régent 
avait  pris  pour  pièges,  les  y  aideraient;  enfin  Philippe-Auguste 
assignerait  pour  garanties  à  Florent  les  terres  que  le  régent 
Guillaume  le  Maréchal  tenait  de  lui.  Malgré  tant  de  promesses, 
cette  somme  de  six  mille  marcs  n'était  pas  encore  complètement 
livrée  au  bout  d'un  an\  Le  surplus  de  quatre  mille  marcs,  qui 
devait  être  payé  à  Louis  dès  le  30  novembre  1217,  sans 
l'intermédiaire  du  marchand  de  Saint-Omor,  n'était  pas  entiè- 
rement versé  en  1220  \  C'est  que  le  gouvernement  avait  peu 
de  ressources  et  beaucoup  de  dettes.  11  fallut  lever  en  1217- 
1218  un  écuage  «  pour  délivrer  rAuglcterre  des  Français  », 
et  faire  appel  à  la  générosité  des  particuliers*. 


1.  Mém.  de  la  Soc.  des  Antiq,  de  Morinie,  IV,  35'i.  —  Voy.  les  indirex 
des  fJU.  Ctaus.  et  dos  Lift.  Pat.  au  mot  Florentins  Dives  de  Snnrto 
Audomaro,  —  Giry,  Ifist.  de  Saint- Orner ^  316-317. 

2.  Barnwell,  239.  —  Wendover,  III,  31  et  121.  —  De  antiq.  leg.  lib., 
Append.,  204. 

3.  Voy.  Pièces  justif.,  ii,  a,  n,D.  —  liée  Off.,  Pat.  III.  III.  memhr.  4 
dorso,  sauf-conduit  accordé  le  22  sept.  1217  à  Florent  le  Riche,  à  son 
fils,  à  Simon  de  S*  Orner,  à  Guillaume  de  S'  Orner,  etc. . .,  pour  venir 
chercher  les  marchandises  qu'on  leur  doit  à  propos  de  la  créance 
contractée  envers  Louis  de  France.  —  Litt.  Claus.,  1,  369  »  et  •'  et  381  '». 

4.  Pièce  justif.  ii,  c.  —  Litt.  Clans.,  I,  415. 

5.  Cet  écuage,  de  2  marcs  par  fief,  fut  levé  par  moitié  en  nov.  1217 
et  en  janvier  1218  (Litt.  Clans.,  L  371).  Le  compte  de  cet  ccuage  est  au 
Bec.  ô/y.,  Pipe  Roll  61,  feuille  1  et  Pipe  BoU  62,  f.  1  à  9.  Le  compte  a 
pour  titre:  «  Compotus...  de  scutagio  assiso...  ad  Angliam  deliberandam 
«  de  Francis.  »  Les  sommes  qui  y  sont  indiquées  s'élèvent  à  8,000  marcs 
environ  ;  mais  elles  ne  furent  pas  toutes  versées.  —  Voy.  les  actes  attes- 
tant les  prêts  faits  par  Guillaume  le  Maréchal,  les  Hospitaliers,  Pandol- 
phe,  etc..  pour  le  paiement  de  l'indemnité:  Litt.  Clans.,  I,  360'»,  383, 
459,  465»»,  602,  etc.,  et  Pièce  justifie,  n.  c. 

Ch.  PrriT-DuTAiLLis.  Règne  de  Louis  VIIL  12 


178  .  LOUIS  QUITTE  i/aNGLETERRE. 

Louis  de  France  ne  fut  donc  pas  «  chassé  honteusement  » 
de  r Angleterre  *.  On  acheta  par  de  lourds  sacrifices  sa  renon- 
ciation à  la  couronne  d'Angleterre  et,  quand  il  partit,  le  légat 
et  les  barons  lui  firent  escorte  jusqu'à  Douvres  (28  septembre 
1217)'.  Quelques-uns  de  ses  chevaliers  ne  repassèrent  pas 
la  mer  immédiatement  et  Tinvasion  française  se  termina 
comme  elle  avait  commencé  :  par  des  tournois'. 


«  Ce  fut  vraiment  un  miracle,  dit  le  chanoine  de  Bamwell, 
«  que  l'héritier  du  roi  de  France,  ayant  pénétré  avec  une 
<(  armée  aussi  considérable  au  cœur  du  royaume  et  ayant 
«  réussi  à  en  occuper  une  si  grande  partie,  aidé  par  tant  de 
«  barons  qui  s'étaient  déclarés  pour  lui,  ait  été  si  vite  amené, 
(c  pour  ne  pas  dire  contraint  à  abandonner  ce  roj'aume  sans 
<(  espoir  do  jamais  le  recouvrer.  C'est  que  la  main  de  Dieu 
c(  n'était  pas  avec  ce  prince,  qui  vint  en  Angleterre  malgré 
<c  la  défense  de  la  sainte  Église  romaine,  et  y  demeura  malgré 
«  Tanathème*.  » 

On  a  généralement  assigné  deux  causes  principales  à  Téchec 
de  Louis  de  France  :  la  mort  de  Jean  sans  Terre  et  l'attitude 
provocante  des  Français  à  l'égard  de  leurs  alliés.  L*examen 
minutieux  des  faits  nous  conduit  à  des  conclysions  tout  autres. 
Louis  et  SOS  compagnons  vécurent  en  somme  en  bonne  intelli- 
gence avec  leurs  alliés  ;  la  meilleure  preuve,  c'est  que  jusqu'au 
dernier  moment  la  majorité  des  partisans  du  prince  français 
lui  resta  fidèlo  ;  cette  invasion  semble  avoir  produit  le  mini- 
mum de  mécontentement  possible.  Quant  à  la  mort  de  Jean 
sans  Terre,  il  est  évident  que  cet  événement  contribua  à 
l'échec  de  l'expédition;  la  perspective  d'une  longue  minorité, 
période  toujours  favorable  aux  prétentions  des  féodaux, 
détermina  un  certain  nombre  de  seigneurs  anglais  à  faire  leur 
soumission.  Mais  ce  no  fut  encore  là  qu'une  cause  secondaire. 


1.  «  Turpiter...  ab  Anglia  recessit.  »  (Chron.  de  Lanercosl^  25.) 
a  Viliter  depulsus  »  {Ann.  de  Tewkesbury,  63.) 

2.  Ilifif.  fies  ducs  de  Aorwi.,  205.  —  Ilist.  de  Gnill,  le  }far,,  v.  17717- 
17719.  —  Rob.  (l'AiixeiTc.  Co.itin.  //,  281.  —  Louis  débarqua  à  Bou- 
logne. (Guesnon,  Inv.  des  chartes  d'Arras,  p.  16.) 

3.  Ann.  de  Dunstaple,  51. 

4.  Harnwell.  239.  —  Cf.  /l//;i.  de  Stmilcy^  525. 


CAUSES  DE   l'eCHEC   DE   LOUIS.  179 

Si  elle  n'avait  pas  existé,  l'effet  se  serait  cependant  produit. 
Le  roi  Jean,  vivant  quelques  années  de  plus,  aurait  triomphé 
de  son  rival. 

D'abord  Jean  sans  Terre  avait  de  très  fidèles  serviteurs, 
d'un  dévouement  et  d'une  énergie  inestimables  :  Guillaume  le 
Maréchal,  Philippe  d'Aubigné,  Hubert  de  Bourg,  qui  subit 
quatre  sièges  dans  le  château  de  Douvres  sans  que  sa  cons- 
tance se  lassât,  la  vieille  Nicole  de  la  Haie,  qui  défendit 
plusieurs  mois  celui  de  Lincoln,  et  beaucoup  d'autres  dont  les 
noms  sont  restés  plus  obscurs.  Comme  dans  presque  toutes  les 
guerres  civiles,  il  n'y  eut  point  pendant  cette  lutte  un  parti 
des  honnêtes  gens  et  un  parti  des  méchants  ;  de  même  que  les 
motifs  qui  guidaient  les  rebelles  n'étaient  point  tous  très 
élevés  ni  très  beaux,  il  y  eut  parmi  les  défenseurs  d'un  détes- 
table tyran  des  hommes  de  haute  vertu. 

Sans  doute  à  ces  efforts  loyaux  s'en  joignirent  d'autres 
moins  désintéressés:  l'ambition  d'un  Pierre  des  Roches  et 
d'un  Fauquet  de  Bréauté  était  manifeste.  Mais  quel  que  fût  le 
sentiment  qui  guidât  leur  conduite,  l'esprit  d'initiative  et  la 
vaillance  des  partisans  des  Plantagonets  coûtèrent  cher  aux 
Français  ;  les  deux  grandes  batailles  qui  furent  livrées  pendant 
la  guerre  furent  deux  défaites  pour  Louis;  c'est  une  aberration 
pure  de  ne  point  reconnaître  dans  l'histoire  le  prix  de  l'effort 
individuel:  pour  être  lui-même  un  effet,  provenant  de  phéno- 
mènes psychologiques  d'ailleurs  difficiles  à  déterminer,  il  n'en 
peut  pas  moins  devenir  une  cause. 

Jean  sans  Terre,  de  son  côté,  avait  fini  par  adopter  un  plan 
de  campagne  en  somme  très  habile.  Dire  que  la  violence  et 
la  cruauté  n'ont  jamais  été  utiles  à  ceux  qui  les  prenaient 
pour  moyens  est  malheureusement  une  naïveté.  La  violence 
et  la  cruauté  furent  utiles  à  Jean  sans  Terre;  elles  terri- 
fièrent ses  adversaires,  elles  amenèrent  les  indifférents  à 
penser  que  l'invasion  française,  cause  au  moins  occasionnelle 
de  ces  dévastations  affreuses,  de  ces  supplices  et  de  ces 
meurtres,  était  décidément  un  événement  malheureux  dont  il 
fallait  souhaiter  la  fin;  on  réfléchit  que  le  despotisme  était 
préférable  à  l'anarchie.  Du  reste,  la  persécution  organisée  par 
Jean  avait  des  bornes:  par  une  habileté  dont  l'honneur  revient 
sans  doute  au  sage  comte  de  Pembroke,  l'amnistie  entière 


180  CAUSES   DE    i/eCIIEC  DE   LOUIS. 

était  offerte  à  ceux  (jui  abandonnaient  Louis  de  France.  Jean 
sans  Terre  n'était  peut-èlre  pas  loin  de  reprendre  ravantage 
au  moment  où  il  mourut.  Cette  politique  à  la  fois  rigoureuse 
et  conciliante  qu'il  avait  inaugurée  fut  une  des  causes  premières 
de  réchec  du  prétendant. 

Mais  la  cause  la  plus  importante  de  cet  échec  fut  sans  aucun 
doute  l'attitude  prise  par  la  papauté.  Rome  était  vraiment 
alors  le  centre  politique  do  l'Europe,  de  ce  qu'on  appelait  la 
Chrétienté;  c'était  le  lieu  uù  se  nouaient  et  se  dénouaient  les 
intrigues  qui  bouleversent  les  empires.  Le  chanoine  de  Barn- 
vvell  avait  raison.  Louis  de  France  ne  put  conquérir  le  trône 
d'Angleterre,  parce  qu'il  avait  l'Église  romaine  pour  adversaire. 
Le  gouvernement  des  Plantagenets  ne  méconnut  point  ce 
bienfait  manifeste;  le  conseiller  chargé  en  1219  d'écrire  une 
lettre  au  légat,  au  nom  du  jeune  Henri  III,  lui  faisait  expri- 
mer sa  reconnaissance  en  ces  termes  emphatiques  :  i*  Quels 
«  services  nous  a  rendus  le  saint  et  vénérable  Siège  aposto- 
«  lique,  de  quelles  tribulalicms  et  de  quels  dangers  il  nous  a 
<(  tiré,  c'est  ce  que  nous  ne  pouvons  vous  exprimer  en  peu  de 
«  mots,  car  ce  cœiu*  paternel,  source  inépuisable  de  miséri- 
((  corde  et  de  bienveillance,  nous  a  témoigné  toute  la  tendresse 
((  et  toute  la  bonté  que  peut  déplnyer  un  père  affectueux  pour 
«  son  jeune  enfant  »'.  En  1*^45,  Henri  III  lui-même,  conver- 
sant avec  Robert  Grosseteste,  protestait  de  sa  profonde  grati- 
tude envers  la  papauté:  <(  Alors  que  nous  étions  orphelin  et 
«  niiui'ur,  disait-il,  alors  que  nos  sujets  ne  s'étaient  pas  seu- 
i<  lenient  détournés  de  nous,  mais  s'étaient  tournés  contre 
<(  nous,  c'est  notre  mère,  l'Eglise  romaine,  qui  a  remis  ce 
«  royaunK.»  sous  n«»tre  domination,  qui  nous  a  consacré  roi, 
<(  couronné,  placé  sur  le  trône  »  ".  Sans  doute,  en  lantjant 
l'anal hènie  contre  l(»s  emiemis  des  Plantagenets,  le  légat 
ne  parvint  pas  à  priver  tout  d'un  coup  Louis  de  ses  alliés; 
mais  cette  mesure,  outre  qu'elle  amena  la  soumission  d'un 
certain  nombre  de  rebelles  ot  le  rembarquement  de  quelques 
chevaliers  français,  dut  mettre  le  trouble  et  le  désarroi  dans 
les  consciences;  ce  fut  elle,  probablement,  qui  empêcha  Louis 


1.  Rymor,  I,  part.  i.  15 1. 

'2.  l(.  Grosseieste  epistolœ,  n"  cxvii. 


CAUSES   DE  LÏ:CHEC   DE   LOUIS.  181 

de  ceindre  solennellement  la  couronne  ;  enfin,  la  menace 
de  Texcommunication  fut  une  des  causes  profondes  de  la 
neutralité  de  Philippe-Auguste.  Au  mois  de  janvier  1216,  le 
roi  de  France  croyait  encore  avoir  pour  lui  le  conseil  des 
cardinaux;  par  l'exposé  théorique  dos  droits  de  son  fils  au 
trône  d'Angleterre,  série  de  mensonges  évidemment  ourdis 
à  son  instigation,  il  espérait  gagner  Innocent  III  ;  au  moment 
où  la  flotte  française  allait  mettre  a  la  voile,  ses  agents 
s'ingéniaient  à  circonvenir  le  pape  ;  toutes  ces  machinations 
échouèrent  et  le  nouveau  pontife,  Honorius  III,  montra  la 
même  fermeté  que  son  prédécesseur.  Peu  disposé  à  recom- 
mencer contre  le  Saint-Siège  une  lutte  où  il  avait  déjà  suc- 
combé, rendu  d'ailleurs  défiant  par  les  succès  de  Jean  sans 
Terre  et  de  Guillaumi»  le  Maréchal,  Philippe-Auguste  aban- 
donna son  fils.  S'il  l'avait  soutenu  de  toute  sa  puissance,  la 
lutte  se  serait  prolongée  très  longtemps  et  aurait  eu,  peut- 
être,  des  résultats  différents.  Bref,  il  faut  adopter  cette 
opinion  paradoxale,  qu'en  soumettant  en  1213  le  royaume 
d'Angleterre  à  la  suzeraineté  pontificale,  Jean  sans  Terre 
garantit,  non  seulement  pour  ce  moment-là,  mais  pour  l'ave- 
nir, l'indépendance  de  son  pays. 

Tels  sont  les  motifs  principaux  de  l'échec  de  Louis  de 
France.  Quelles  eussent  été  les  conséquences  d'une  réussite? 
C'est  ce  qu'il  est  difficile  de  dire.  Giraud  de  Barri,  en  termi- 
nant son  livre  de  V Instruction  du  Prince,  exprimait  l'amèro 
déception  que  lui  avait  fait  éprouver  le  triomphe  des  Planta- 
genets  ;  selon  lui,  un  jour  serein  avait  brillé  pour  le  peuple 
anglais  pendant  le  court  instant  où  il  avait  eu  k  sa  tête  un 
de  ces  Capétiens  <(  dont  le  juste  gouvernement  et  la  pieuse  di- 
«  rection  font  prospérer  le  royaume  et  le  clergé  de  France 
«  dans  la  joie  tranquille  de  la  paix  et  de  la  liberté  »  ;  maintenant 
toute  espérance  était  perdue,  les  factieux  allaient  pouvoir 
déchirer  l'Angleterre,  et  deux  royaumes  allaient  être  condam- 
nés à  des  guerres  incessantes  par  la  rivalité  de  dynasties  enne- 
mies*. Ces  craintes  devaient  être  justifiées.  Mais  Giraud  n'avait 
point  conscience  des  différences  considérables  de  situation  et 
de  tendances  qui  séparaient  le  peuple  anglais  et  les  habitants 

1.  Giraud  de  Barri,  De  princ.  instr.j  328-329. 


182  CONSEQUENCES   DE   L  EXPEDITION. 

du  rovauiuè  do  France,  ot  rendaient  bien  difficile  et  bien  ins- 
table  une  réunion  des  deux  couronnes.  Le  caractère  chimé- 
rique d'un  tel  projet  devait  être  démontré  par  la  grande  lutte 
qui  commença  un  siècle  plus  tard  et  qui  fut  la  contre-partie 
gigantesque  de  l'expédition  de  1216  :  Edouard  III,  dont  les 
droits  à  la  couronne  de  France  étaient  bien  plus  incontestables 
que  ceux  de  Louis  à  la  couronne  d'Angleterre,  débarqua  en 
France  pour  s'emparer  du  trône  des  Capétiens;  la  guerre 
devint  rapidement  une  lutte  atroce  et  les  Grandes  Compagnies 
firent  oublier  les  routiers  de  Jean  sans  Terre;  au  xv^  siècle, 
la  France  eut  un  gouvernement  anglais  et  la  dynastie  anglaise 
eut  des  partisans  parmi  les  Français  ;  et  pourtant  les  Anglais 
furent  enfin  chassés  de  France. 

Si,  maintenant,  nous  recherchons  les  conséquences  de  l'expé- 
dition de  1216,  nous  voyons  que  le  fils  de  Philippe- Auguste, 
malgré  la  satisfaction  pécuniaire  qu'on  lui  avait  fournie,  ne  put 
oublier  l'humiliation  subie;  s'il  abandonna  tout  espoir  de  ré- 
gner sur  les  Anglais,  il  rova  du  moins  de  les  expulser  com- 
plètement de  son  royaume;  la  guerre  de  1216  aviva  la  riva- 
lité des  deux  dynasties.  Mais  les  effets  les  plus  importants  de 
cette  guerro  dans  l'histoire  générale  sont  ceux  qu'elle  eut  en 
Angleterre  morne.  U  est  douteux  qu'elle  ait  contribué  très 
sensiblement  au  dévoloppemcMit  du  patriotisme  britannique; 
mais  il  est  incontestable  que  le  triomphe  de  Galon  de  Heccaria 
eut  pour  suite  une  période  de  domination  théocratique  en  An- 
gleterre et  que,  d'autre  part,  l'invasion  française  sauva  la 
Grande  Charte.  La  papauté  fit  payer  cher,  en  effet,  l'appui 
qu'elle  avait  prêté  à  Jean  et  à  son  fils  ;  le  légat  Pandolphe  fut 
pendant  quelques  années  un  véritable  roi  et  sa  chute  n'arrêta 
pas  Tc^xjïloitation  fiscale  de  l'Eglise  anglaise  par  le  Saint-Siège. 
Enfin,  les  barons,  incapables  d'organiser  eux-mêmes  la  résis- 
tance, auraient  été  écrasés  si  Louis  ne  les  avait  secourus  ;  ce 
fut  le  péril  français  qui  força  le  gouvernement  k  confirmer  la 
Grande  Charte.  Cette  confirmation,  il  est  vrai,  était  en  même 
temps  une  mutilation;  la  garantie  contre  les  taxes  arbitraires 
disparut';   enfin,    les  autres  clauses  furent  peu  respectées 

1.  Voyoz  le  texte  synoj)tiq no  tics  trois  chartes  de  1216,  1217  et  1225 
dans   Bémont,   Chartes  des  libertés  anglaises,  n"  vu;   id.,   Introd.^ 

p.  XXVIII-XXIX. 


CONSÉQUENCES   DE   l'eXPÉDITION.  183 

dans  la  pratique;  mais  l'effort  commun  du  roi  et*  du  pape 
n'avait  pas  réussi  à  annuler  complètement  les  effets  de  la 
coalition  des  classes;  c'était  l'essentiel.  Ainsi,  par  un  étrange 
concours  de  circonstances,  la  papauté  défendit  victorieusement 
la  dynastie  des  Plantagenets  contre  Louis  do  France,  ce  «  cher 
«  fils  de  l'Eglise  »,  et  Louis  de  France  ne  réussit  qu'à  maintenir 
contre  la  papauté  les  vieilles  libertés  anglaises,  dont  il  n'avait 
cure. 


CHAPITRE  X. 

LOUIS  DE  KIUSCE  ET  LA  CKOISAHE  E>  ALBIGEOIS. 

é 

Philippe-Auguste  n'alla  jamais  dans  le  Midi  de  son  royaume. 
Son  activité  guerrière  se  trouvait  absorbée  par  la  lutte 
contre  TAngleterre,  au  moment  où  la  papauté,  pom-  exter- 
miner ces  hérétiques  qu'elle  comparait  à  des  bêtes  immondes, 
convoquait  tous  les  orthodoxes  à  une  chasse  en  règle.  Plus 
tard,  lorsque  la  coalition  des  Anglais,  des  Flamands  et  des 
Guelfes  fut  écrasée,  le  roi  de  France  était  las  des  combats  ; 
en  1215  et  en  1219,  son  fils  alla  seul  dans  le  Midi  et  s'y 
conduisit  selon  ses  propres  inspirations.  L'histoire  de 
Tintenention  capétienne  dans  la  croisade  albigeoise  pendant 
le  règne  de  Phi  lippe- Auguste  forme  donc  à  juste  titre  un 
chapitre  de  la  vie  de  Louis  de  France,  d'autant  lûieux  que 
ce  prince,  une  fois  arrivé  au  trône,  devait  recueillir  rhéritage 
des  Montfort  et  accomplir,  en  soumettant  une  partie  du  Lan- 
guedoc à  sa  domination,  une  œuvre  d'une  portée  considé- 
rable, dont  le  succès  avait  été  peu  préparé,  à  peine  espéré 
par  Philippe-Auguste.  Le  premier  de  sa  dynastie,  Louis  est 
apparu  en  maître  dans  le  Midi  et  a  tracé  à  la  royauté  une 
voie  nouvelle,  dont  Louis  VII  son  aïeul  avait  à  peine  déblayé 
les  abords. 

Nous  avons  vu  qu'en  1209,  au  moment  où  Louis  entrait  en 
chevalerie,  la  cause  de  l'orthodoxie  semblait  déjà  triomphante. 
Raimond  de  Saint- Gilles  avait  courbé  la  tête.  Le  roi  de  France 
laissait  agir  ses  vassaux;  il  avait  jugé  prudent  de  concentrer 
sur  d'autres  objets  son  activité.  Cependant,  il  ne  se  désinté- 
ressait point  des  affaires  du  Midi*  et  le  caractère  que  prit  la 


1 .  Ainsi  en  sept.  1210  il  écrit  à  ses  fidèles  de  la  province  de  Narbonne 
et  des  diocèses  de  Khodez  et  d'Albi  en  faveur  de  l'évêque  de  Lodève, 
qui  du  reste  était  depuis  longtemps  le  protégé  des  Capétiens.  Phil.- 


LA  SITUATION   DANS   LE   MIDI.  185 

croisade  ne  devait  pas  tarder  à  Tinquiéter.  La  guerre  reli- 
gieuse était  devenue  presque  tout  de  suite  une  affaire*;  on 
voyait  bien,  de  temps  en  temps,  arriver  du  nord  de  nombreuses 
bandes  de  chevaliers,  qui  venaient  pieusement  conquérir  des 
indulgences  en  exterminîint  quelques  hérétiques  et,  une  fois 
leur  quarantaine  finie,  retournaient  chez  eux  riches  seulement 
do  dons  spirituels;  mais  la  direction  de  la  guerre  appartenait 
à  des  croisés  qui  restaient  dans  le  Midi  et  dont  les  intentions 
dent  beaucoup^jnoins  désintéressées.  A  leur  tête  était 
Simon  de  Montfort,>^i  les  payait  soit  avec  de  r«irgcnt,  soit 
Fecdes  fiefs  tombés  en  commise.  Avec  cette  troupe  dévouée, 
Simon  était  en  passe  de  devenir  le  maître  du  Midi.  Une  fois 
qu'il  eut  soumis  l'Albigeois  proprement  dit,  les  domaines  du 
comté  de  Toulouse  tentèrent  sa  convoitise  et  sur  sa  demande 
les  légats  retardèrent  l'absolution  définitive  de  Raimond  VI. 
Visiblement,  en  cette  occasion,  il  força  la  main  au  pape,  qui 
n'avait  point  d'animosité  contre  la  maison  de  Saint-Gilles, 
mais  qui  siégeait  trop  loin  et  avait  trop  d'affaires  en  tête  pour 
n'être  pas  facilement  dupé;  tous  ceux  qui  ont  étudié  impar- 
tialement la  politique  d'Innocent  III  sont  «l'accord  pour 
expliquer  ainsi  les  apparentes  ooniradictions  de  sa  conduite^ 
Raimond  VI,  malgré  sa  docilité,  malgré  les  bonnes  dispositions 
du  pape  à  son  égard,  ne  put  se  faire  écouter  ni  au  concile  de 
Saint-Gilles  ni  a  celui  d'Arles  (septembre  1210-janvier  1211); 
il  fut  excommunié  et  dut  prendre  les  armes  pour  se  défendre. 
Il  fut  vaincu  ainsi  que  ses  alliés.  La  bataille  de  Castelnaudari 
(fin  de  1211)  donna  à  Simon  de  Montfort  la  plus  grande  partie 
des  comtés  de  Toulouse,  xle  Foix  et  de  Comminges'. 


Aug.  lui  accorde  cette  fois  le  droit  de  se  servir  de  letendard  royal. 
(Acte  inédit  pub.  par  M.  Molinier,  liih.  Ec.  Ch.,  XXXVII.  :J8I  etsuiv.). 

1.  Dans  un  article  sur  VEgiUr  H  la  croiaade  ronlre  ics  Mhif/rois 
{Controverae,  iil,  469),  l'abbé  Douais  prouve  facilement  (lu'Innocont  11! 
se  pro|)osait  uniquement  ranéantisscuient  de  l'hérésie.  Iiniocenl  disait: 
«  Il  ne  convient  pas  que  l'K^liso  s'enrichisse  des  déf)ouille.s  d'autrui.  » 
(Potthast,  n"  3888).  Mais  l'abbé  i)ouais  attribue  le  mèuie  désintéresse- 
ment à  tous  les  croisés,  et  les  faits  démentent  dès  le  j)reuiier  abord  cette 
opinion. 

2.  Voy.  sur  ce  point:  La  Porte  du  Theil,  art.  rili'\  dans  A o/.  et  e.rfr, 
des  »««.,  VI,  201  et  suiv.  ;  —  Paul  Meyer,  Chanson  de  la  (Irohade 
des  Alb,,  II,  Introd.y  iv-v  :  —  Rocquain,  La  Papauté  au  moyen  âne, 
178. 

a.  HisL  du  Languedoc,  VI,  301  à  ill. 


186  VŒU   DE   LOUIS  EN    1213. 

Cette  nouvelle  fut  sans  doute  désagréable  à  Philippe-Au- 
guste. Quelques  mois  auparavant  il  avait  instamment  prié  le 
pape  de  ne  point  laisser  ses  légats  disposer  à  leur  gré  des 
domaines  du  comte,  et  de  leur  donner  des  instructions  pré- 
cises. Mais  il  ne  voulait  pas  intervenir  plus  directement.  Il 
n'entretenait  plus  des  rapports  aussi  cordiaux  qu'auparavant 
avec  Raimond  VI,  qui,  cherchant  partout  du  secours,  avait 
fait  un  voyage  à  la  cour  d'Otton  de  Brunswick,  ennemi  avéré 
du  roi  de  FranceV  De  plus,  au  moment  où  se  livra  la  bataille 
de  Caste Inaudari,  Renaud  de  Dammartin  commençait  à  nouer 
la  coalition  qui  devait  être  vaincue  à  Bouvines,  et  probable- 
ment le  pape  avait  déjà  proposé  à  Philippe- Auguste  la  direc- 
tion d'une  croisade  contre  Jean  sans  Terre;  quand  bien  même 
le  comte  de  Toulouse  ne  se  serait  pas  aliéné  la  faveur  du 
roi  de  France,  celui-ci  n'aurait  pu  Taider. 

En  1213,  Raimond  ne  possédait  plus  que  Toulouse  et  Mon- 
tauban  et  était  allé  se  jeter  dans  les  bras  du  roi  d'Aragon. 
Au  commencement  do  cette  même  année,  Folquet,  évêque  de 
Toulouse  et  Gui,  évêque  de  Carcassonno,  vinrent  à  la  cour 
de  Philippe-Auguste  pour  «  faire  avancer  les  affaires  de  la 
foi  »*.  Au  mois  de  février,  Louis  de  France  fit  vœu  d'aller 
combattre  les  hérétiques,  et  à  son  exemple  de  nombreux  che- 
valiers prirent  la  croix.  Je  ne  pense  pas  qu'il  faille  attribuer 
cette  résolution  à  Tascendant  de  la  pieuse  Blanche  de  Cas- 
tille>  on  ne  voit  pas  que  cette  princesse  ait  jamais  montré  à 
l'égard  des  Albigeois  l'acharnement  haineux  que  lui  prêtent 
certains  écrivains  modernes  d'imagination  trop  fertile.  Il  ne 
faut  pas  croire  non  plus  que  Philippe-Auguste  ait  provoqué 
cette  décision  do  son  fils  ;  elle  lui  déplut  fort.  Pierre  de  Vaux- 
Cernai  nous  le  dit  formellement.  Il  est  probable  que  les  beaux 
récits  et  les  instances  des  évêques  de  Toulouse  et  de  Carcas- 
sonno contribuèrent  seuls  à  la  détermination  de  Louis  de 
France,  qui  avait  l'humeur  aventureuse.  Philippe- Auguste, 
malgré  son  mécontentement,  ne  mit  pas  d'abord  obstacle 
au  départ  de  son  fils.  Le  3  mars  il  réunit  à  Paris  ses  barons, 
afin  de  régler  le  plan  de  l'expédition  que  Louis  allait  entre- 


1.  Hist.  du  Languedoc,  VI,  324-325,  376. 

2.  Pierre  de  Vaux-Ccrnai,  78. 


LE  VOYAGE   DE   LOUIS    EST  AJOURNÉ.  187 

mdre,  et  afin  de  savoir  quels  chevaliers  voulaient  raccom- 
jner.  Le  départ  fut  fixé  au  21  avril.  La  joie  fut  grande 
•mi  les  chrétiens,  dit  Pierre  de  Vaux-Cernai;  mais  le  diable, 
.  éternel  ennemi  du  genre  humain,  «  suscita  au  roi  de 
France  tant  de  guerres  et  d'occupations  qu'il  lui  fallut  rctar- 
ier  l'exécution  du  projet  de  pèlerinage  de  son  fils  et  des 
croisés  n\  Pendant  que  cette  assemblée  se  tenait,  étaient 
rivés  à  Paris  des  messagers  de  Pierre  d'Aragon.  Ce  prince, 
i  venait  de  remporter  sur  les  ennemis  du  Christ  la  victoire 
1  Las  Navas  de  Tolosa,  profitait  de  ses  titres  à  la  recon- 
issance  de  TÉglise  pour  tenter  de  sauver  les  victimes  de 
mon  de  Montfort,  et  il  avait  obtenu  que  le  pape  écrivît  le 
janvier  au  légat  archevêque  de  Narbonne  pour  l'inviter  à 
ablir  la  paix  dans  le  Midi,  afin  que  les  armes  chrétiennes 
sent  se  tourner  de  concert  contre  les  Sarrasins  d'Espagne, 
roi  d'Aragon  envoya  aussitôt  à  Philippe-Auguste  une 
»a.ssade,  composée  de  l'évêque  de  Barcelone  et  de  quelques 
r^'aliers,  pour  lui  faire  connaître  la  décision  du  pape';  il  est 
i  peu  probable  que*  ces  messagers  soient  repartis  sans  oser 
dire,  comme  l'affirme  Pierre  de  Vaux-Cornai.  Philippe- 
uste,  averti  que  le  pape  ne  tenait  point  à  voir  continuer 
'lierre  en  Albigeois  et  pressé  d'autre  part  de  s'armer 
r*e  Jean  sans  Terre,  n'avait  qu'un  parti  à  prendre,  celui 
etenir  d'autorité  son  fils  et  ses  chevaliers  près  de  lui,  et 
t  ce  qu'il  fit.  Un  mois  après  avait  lieu  l'assemblée  de 
sons,  où  était  solennellement  posée  la  candidature  de 
isde  France  au  trône  d'Angleterre.  Le  19  avril,  Inno- 
.  III  accréditait  auprès  de  Philippe- Auguste,  de  Louis  de 
nce  et  de  Blanche  de  Castille  un  nouveau  légat,  Robert 
Courçon,  qui  avait  pour  mission  de  rétablir  la  paix  en 
Lgeois  et  de  préparer  un(î  croisade  en  Terre  Sainte^  L'in- 
•ention  capétienne  dans  les  affaires  du  Midi  semblait  indé- 
cent ajournée. 

[algré   les  dispositions  pacifiques  du  pape,  la   croisade 
Poursuivit  cependant.  Pierre  d'Aragon  fut  vaincu  et  tue 


Pierre  de  Vaux-Cernai,  78-79. 

^W.  du  Lang.j  VI,  401-402,  410,  411. 

*^otthast,  n«  4712.  —  La  Porte  du  Theil,  art.  cité,  202. 


188  DISSENSIONS  DANS  LE  PARTI  ORTHODOXE 

à  Muret  au  mois  de  septembre;  Robert  de  Courçon  ne  tarda 
pas  à  abandonner  sa  mission  conciliatrice  pour  aller  lui-même 
dans  le  Midi  souffler  la  guerre.  En  juillet  1214  il  confirma 
Simon  de  Montfort  dans  la  possession  de  tous  les  domaines 
conquis  par  lui  sur  les  hérétiques.  On  doit  supposer  que  ce 
prélat,  en  agissant  ainsi,  suivait  sa  propre  inspii*ation  plutôt 
que  les  instructions  apostoliques,  car  un  autre  légat  envoyé 
spécialement  par  le  pape  en  Albigeois,  Pierre  de  Bénévent, 
affectait  à  la  même  époque  une  attitude  toute  différente': 
grâce  à  lui  beaucoup  d'hérétiques,  entre  autres  les  comtes  de 
Foix,  de  Comminges,  les  habitants  de  Narbonne  et  de  Tou- 
louse, étaient  admis  à  rentrer  dans  le  giron  de  l'Église.  Les 
archevêques  et  évertues  des  provinces  de  Bourges,  d'Auch,  de 
Narbonne  et  de  Bordeaux,  ay«int  pris  l'initiative  d'attribuer  le 
fief  de  Raimond  VI  à  Simon  de  Montfort  (concile  de  Mont- 
pellier, janvier  1215;,  Pierre  do  Bénévent  refusa  de  l'en 
investir;  il  mit  sous  la  protection  de  TEglise  romaine  les 
villes  dont  il  avait  accueilli  la  soumission.  Pierre  de  Vaux- 
Cernai  voit  là  un  calcul  machiavélique;  le  légat  n aurait 
manifesté  ces  dispositions  conciliantes  que  pour  duper  les 
hérétiques  et  faciliter  l'accès  du  Midi  à  l'armée  des  croisés 
commandée  par  Louis  do  Franco,  qui  arriva  quelques  mois 
plus  tard;  et  ravi  d'aise  on  exposant  cette  combinaison,  le 
chroniqueur  s'ocrio  :  «  0  pieuse  tromperie  du  légat!  0  piété 
«  trompeuse!  »  Nous  croyons  avec  les  nouveaux  éditeurs  de 
V Histoire  du  LfjmjurdnCy  que  la  conduite  de  Pierre  de  Bénévent 
est  ici  noircie  à  plaisir.  Il  est  naturel  de  penser  que  le  pap© 
voulait  mettre  un  frein  à  l'ambition  de  Simon  de  Montfort  et 
réserver  au  Siège  apostolique  la  domination  des  pays  cout3.- 
minés  par  Thérésie;  Pierre  de  Bénévent  se  conforma  sai"»- 
doute  à  des  instructions  d'Innocent  IIP. 

Au  début  de  Tannôo  1215,  la  situation  semblait  donc  ass 
favorable  à  l'enti-éo  on  scène  do  la  royauté  capétienne.  L* 
seigneurs    méridionaux   criaient  merci;  Simon  de  Monlff* 
avait  pour  lui  los  évoques  du  pays,  mais  ne  pouvait  compt- 


t.  La  lettre  d'Innocent  III  annonçant  la  nomination  de  ce  légat     ^ 
du  17  iîiiivier  1214  (Potthast,  n"  4882.) 
2.  Pierre  de  Vaux-Cernai.  H3-95,  101.  —  UUt.  du  Lang.,  VI,  W^-^B- 


DÉPART  DE  LOUIS  EN  1215.  ISO 

sur  l'appui  du  pape.  Philippe-Auguste  savait  évidemment 
tout  cela.  Malgré  des  contradictions  qu*cxpliquent  la  com- 
plexité de  sa  politique  et  la  prudence  de  son  caractère,  il  ne 
s*était  jamais  désintéressé  des  afTaircs  albigeoises  ;  on  voit 
même  qu'il  essayait  de  transformer  Simon  de  Mont  fort  en  une 
sorte  de  lieutenant  de  la  royauté  dans  le  Midi^  Mais  il  ne 
voulait  point  s'engager  complètement  et  d'autre  part  Simon 
de  Montfort,  tout  aussi  ambitieux,  autoritaire  et  retors  que 
le  roi  de  France,  n'était  disposé  à  s'accorder  avec  lui  qu'au- 
tant que  cette  alliance  lui  serait  profitable.  C'est  ce  qu'on  vit 
bien  pendant  le  voyage  que  fit  Louis  de  France  en  Languedoc 
au  printemps  de  1215. 

La  trêve  de  Cliinon,  signée  avec  le  roi  d'Angleterre  au 

mois  de  septembre  de  l'année  précédente,  permettait  à  Louis 

de  France  d'accomplir  le  vœu  qu'il  avait  fait  en  1213.  Gui, 

êvèque  de  Carcassonne,  vint  au  début  de  l'an  1215  le  solliciter 

cie  nouveau  et  cette  fois  vit  sa  demande  exaucée.  Los  croisés 

se  réunirent  à  Lvon  le  li)  avril*.  Pierre  de  VauxCernai  dit 

<juc  Tévéque  de  Carcassonne  avait  été  envoyé  vers  Louis  par 

le  seigneur  de  Montfort;  cet  habile  politique  espérait  évidem- 

xnont  se  servir  de  l'hérilier  royal  pour  réduire  au  silence  ses 

j)ropres  adversaires.  Ce  n'était  assurément  pas  un  tel  résultat 

€]u'attendait  Philippe- Auguste  en  laissant  partir  son  lils;  une 

crlmrte  qu'il  suscrivit  entre  le  P'  et  le  18  avril  1215  marque 

'fcien  son  espoir  de  tirer  un  profit  personnel  de  l'expédition  : 

par  cet  acte  il  prenait  sous  sa  protection  et  admott^iit  parmi  ses 

bourgeois  pour  cinq  ans  les  habitants  de  Montpellier,  qui,  ayant 

jour  seigneur  le  lils  de  Pierre  d'Aragon,  enfant  de  six  ans, 

craignaient  l'ambition  des  Montfort  et  s'étaient  jetés  dans 

les  bras  du  pape  et  du  roi  de  France;  ce  traité  serait  non 

avenu  si  le  légat,  jugeant  nécessaire  aux  intérêts  de  la  croi- 


i.  Kn  sept.  121'*:  «  Postea  vcnit  romes  Fi^iacum,  auditurus  luco 
«  repi»  Francie  causa»  et  <juestionesindifrenaruin:  rex  eniiii  comniiso- 
«  rat  ei  in  partibus  illis  vices  suas  in  multis.  »  (P.  do  Vuux-Cernai,  \i\).) 
Voy.  aussi  les  actes  inédits  de  Phil.-Aufr.  publias  par  M.  Molinior  ; 
en  juillet  1215,  le  roi  a  «  donné  en  mandement  »  au  comte  de  Mont- 
fort de  faire  observer  les  privilégies  de  révt>(iue  de  Lodève  ;  en  avril 
1216.  il  lui  mande  de  terminer  le  débat  survenu  entre  ce  j)i*élat  et  Aimeri 
de  Clermont.  {lUb.  Hc.  C/i.,  XXXVll,  385.) 

2.  Pierre  de  Vaux-Cernai,  lui. 


190  INTENTIONS   DU  ROI   ET   DE   LOUIS. 

sade  la  soumission  de  Montpellier,  enjoignait  à  Louis  de  s*en 
emparer  ;  mais  Philippe-Auguste  ne  considérait  que  le  cas 
où  cette  mission  serait  confiée  à  son  fils  et  n*abandonnait 
éventuellement  ses  bourgeois  que  dans  Tespérance  de  les 
tenir  ensuite  plus  étroitement  sous  sa  main*.  Là  se  bornaient 
sans  doute  les  espérances  de  ce  roi;  mais  il  avait  si  bien 
habitué  ses  contemporains  à  chercher  en  tous  ses  actes  on 
motif  ambitieux,  qu'on  lui  prêta  gratuitement  l'intention  de 
faire  main  basse,  par  le  moyen  de  son  fils,  sur  les  terres  que 
d'autres  avaient  conquises.  Pierre  de  Vaux-Cernai  nous  expose 
longuement  les  craintes  qu'éprouva  le  légat  Pierre  de  Béné- 
vent  on  apprenant  la  venue  du  prince  Louis  :  «  Selon  le  bruit 
w  qui  courait  et  qui  était  fort  vraisemblable  »,  dit  ce  chroni- 
queur, <(  l'arrivée  do  Louis  ne  plaisait  nullement  au  légat  »; 
car,  ajoute-t-il,  en  qjialité  d'héritier  du  roi  de  France  et  de  sei- 
gneur principal  de  toute  la  terre  que  tenait  le  légat,  il  vou- 
drait peut-être  occuper  ou  détruire  les  cités  et  les  châteaux 
que  rÉgliso  romaine  avait  pris  en  protection;  or,  le  roi  de 
France  se  refusait  depuis  longtemps  à  combattre  les  héré- 
tiques et  cette  terre  était  maintenant  acquise  aux  croisés 
grac(^  à  rintorvention  d'Innocent  III;  il  n'était  donc  pas  juste, 
pensait  le  légat,  que  Louis  vînt  déranger  les  plans  de  la 
papauté-.  L'événement  montra  que  Pierre  de  Bénévent  avait 
redouté  sans  raison  la  venue  du  prince  royal.  Nous  ne  croyons 
pas  qu(^  Philippe-Auguste  ait  jamais  eu  les  intentions  qu'on 
lui  supposait;  quant  à  Louis,  depuis  le  commencement  de 
l'expédition  jusjju'à  la  fin,  sa  conduite  donna  tort  aux  craintes 
du  légat  et  justifia  les  espérances  que  Simon  de  Montfort 
avait  fondées  sur  sa  naturelle  a  bénignité  ». 

Louis  était  parti  avec  plusieurs  parents  et  amis  de  Philippe- 
Auguste  :  Philippe,  évoque  de  Beauvais,  Guillaume,  comte 
de   Pontliiou,   Gaucher,   comte  de  Saint-Pol,    Guichard  de 

1.  Dclisle  n"  1548  ;  les  auteurs  de  V Histoire  du  Languedoc  (t.  YI, 
ViO-441)  ont  fait  une  erreur  sur  la  date  de  cet  acte.  — Germain,  Hiit 
de  la  Commune  de  }/ontpeUin\  11,  2  et  suiv. 

2.  P.  (le  Vaux-l'ernai,  101-102.  L'auteur  de  la  Chanson  de  la  Croi- 
sade des  Alhifjeois  (v.  :ni3-;ni'i)  prétond  au  contraire  que  ce  fut 
Pierre  «le  Hc^névent  (\\ù  manda  Louis  de  France  en  Albigeois  :  le  poète 
était  cortaineniont  moins  bien  renseigné  sur  ce  point  que  Pierre  de 
Vaux- Cornai,  dont  la  version  est  beaucoup  plus  vraisemblable  d'ail- 
leurs. 


VOYAGE   DE    LOUIS.  191 

Beaujeu,  Mathieu  de  Montmorenci,  Robert,  comte  de  Séez  et 
d'Alençon,  Adam,  vicomte  de  Molun,  etc..  Mais  Tévêque  de 
Carcassonne,  qui  était  tout  dévoué  à  Simon  de  Montfort,  se 
trouvait  aussi  dans  Tarmée  et  Pierre  de  Vaux-Cernai  dit  que 
«  Louis  et  ceux  qui  étaient  avec  lui  étaient  pleins  d'affection 
«  pour  ce  prélat  et  obéissaient  en  tout  à  sa  volonté  et  à  ses 
«  conseils.  »  Le  20  avril,  les  croisés,  qui  ne  semblent  pas  avoir 
été  très  nombreux,  arrivèrent  à  Vienne,  où  Louis  eut  avec 
Simon  de  Montfort  une  entrevue  très  cordiale  ;  à  Valence  on 
rencontra  le  légat,  dont  les  craintes  s'évanouirent  bien  vite, 
car  Louis  «  étant  doux  et  très  bénin  »  s'empressa  de  lui 
déclarer  qu'il  accomplirait  en  tout  ses  volontés.  Puis  les 
croisés  continuèrent  à  descendre  la  vallée  du  Rhône  et 
Louis  entra  à  Montpellier,  où  nous  ne  savons  ce  qu'il  fit  ni 
comment  il  fut  accueilli.  Fort  probablement  il  se  contenta 
d'assurer  les  habitants  de  sa  protection;  le  pape  les  lui 
avait  recommandés  spécialement  par  une  bulle  du  15  avril'. 
Louis  se  rendit  ensuite  à  Béziers. 

Simon  de  Montfort,  qui  avait  su  enfin  capter  les  bonnes 
grâces  du  légat,  profita  des  bonnes  dispositions  de  ce  pi^élat 
et  de  la  présence  de  Louis  pour  faire  trancher  en  sa  favimr 
la  question  du  duché  de  Narbonnc,  dont  il  disputait  la  pos- 
session à  Tarchevéque  Arnaud.  Ce  n'était  là  qu'un  épisode  de 
la  lutte  entre  le  clergé  catholique  et  Simon  de  Montfort,  qui, 
par  les  statuts  de  Pamiers,  avait  assuré  à  l'Église  méridionale 
de  dangereuses  prérogatives  et  se  repentait  maintenant  de  son 
imprudence.  Il  voulait  se  faire  reconnaître  duc  de  Narbonne, 
et,  pour  mieux  assurer  sa  domination,  il  désirait  obtenir  la 
destruction  des  remparts  de  la  ville,  sous  prétexte  qu'elle 
avait  été  longtemps  un  des  principaux  repaires  du  catharisme. 
Aussitôt  que  l'archevêque  de  Narbonne  avait  appris  la  venue  de 
Louis,  il  s'était  rendu  à  sa  rencontre  pour  essayer  de  lui 
démontrer  son  bon  droit,  et  lorsque  vers  le  commencement 
du  mois  de  mai  le  prince  arriva  à  Béziers,  les  habitants  de 
Narbonne  lui  dépêchèrent  des  messagers  pour  protester  de 

i,  p.  de  Vaux-Cernai,  101  et  103.  —  Germain,  Ilisl.  de  la  Commune 
de  Montpellier,  II,  3-4,  note.  Honorius  III  iit  à  Louis  les  mêmes  recom- 
mandations en  1219  et  se  porta  garant  de  1  orthodoxie  des  Montpelliérains 
(ibid.,  10-11,  note). 


192  LOUIS   ET   SIMON   DE   MONTFORT. 

leur  obéissance.  Enfin  rarchevêque,  qu'on  accusait  d  avoir 
usurpé  sans  motif  valable  un  duché  tenu  par  la  maison  de 
Saint-Gilles  depuis  un  temps  immémorial,  et  qu'on  suspectait 
de  ((  no  pas  penser  assez  au  bien  de  la  foi  »,   demanda  à 
maintes  reprises,  en  présence  du  légat,  à  présenter  sa  justifi- 
cation. Mais  Pierre  de   Bénévent  n'écoutait  que  Simon  de 
Montfort  et  Ton  vit  encore  cette  fois  un  légat  agir  sans  con- 
sulter le  pape,  car  des  lettres  postérieures  dlnnocent  III  et 
d'Honorius  III  prouvent  que  le  Saint-Siège  ne  voulait  point 
que  Narbonne  fût  désemparée.  Dans  une  assemblée  tenue  i 
Béziers,  il  fut  décidé,  «  de  la  volonté  du  légat  et  du  conseil 
«  des  prélats  qui  étaient  réunis  là  »,  que  Louis  ferait  démolir 
les  murs  de  Narbonne,  et  l'héritier  royal  enjoignit  aussitôt 
aux  Narbonnais  d'accomplir  cette  besogne  eux-mêmes.  Ils  se 
mirent  donc,  dit  Pierre  do  Vaux-Cernai,  «  à  détruire  les  murs 
c(  de  Jéricho,  je  veux  dire  de  la  ville  de  Narbonne  ».  Enfin 
Louis  fit  saisir  un  certain  nombre  d'entre  eux  et  les  conduisit 
par  force  à  Carcassonne  ;  là,  le  22  mai,  dans  le  palais  du  sei- 
gneur de  Montfort,  on  convoqua  les  barons  et  les  chevaliers 
qui  avaient  accompagné  Louis  et  on  amena  les  bourgeois 
captifs  ;  Aimeri,  vicomte  de  Narbonne,  sur  l'ordre  exprès  de 
l'héritier  roval,  fut  contraint  de  reconnaître  Simon  de  Montfort 
comme  véritable  duc  de  Narbonne  et  de  lui  prêter  hommage; 
ensuite  Simon  prit  sous  sa  protection  Aimeri  et  les  bourgeois, 
qui  jurèrent  en  retour  de  le  maintenir  dans  ses  droits  et  pos-' 
sessions.  Nous  avons  encore  la  charte-partie  attestant  ces 
engagements,  témoignage  ofiiciel  de  cotte  singulière  comédie:^ 
où  riiéritier  royal  joua  un  rôle  de  compai*se*. 

Te  fut  également  avec  le  concours  de  Louis  de  France  qu^ 
Simon  de  Montfort  s'empara  de  Toulouse.  En  même  terap^=: 
qu'on  avait  statué  sur  le  sort  de  Narbonne,  on  avait  décid»^ 
le  démantèlement  de  la  capitale  de  Raimond  VI.  Simon  d  — 
Montfort  envova  son  frère  Gui  exécuter  la  décision  de  Vt 
semblée.  Gui  ordonna  aux  Toulousains  de  détruire  leui 
murailles  et  reçut  leur  serment  de  fidélité.  A  la  fin  de  mi 


1.  Piorre  de  Vaux-Cernai,  101  à  103.  —  Lettres  d*Arnaud   et 
Simon  (le  Montfoi-t  dans  II.  F.,    XIX,  620  et  622  Qwie).   —  Cha" 
partie  publiée  dans  Teulet,  n"  1119.  —  Potthast,  n»  4985.  —  Pressi 
no  401. 


LOUIS   ET   SIMON  DE  MONTFORT.  193 

oa  dans  les  premiers  jours  de  juin,  les  croisés  entrèrent  dans 
cette  ville,  qui  avait  fait  sa  soumission  à  TÉglise  et  pouvait 
espérer  la  paix^  Mais  elle  était  Tobjet  principal  de  la  haine 
des  orthodoxes;  elle  avait  été  le  centre  de  TËglise  cathare 
dans  le  Midi;  le  petit  nombre  de  ses  habitants  qui  étaient 
restés  catholiques  avaient  subi  Tintluence  des  idées  antipa- 
pistes, le  contact  de  «  l'hydre  de  l'hérésie  »,  selon  l'expres- 
sion employée  par  les  évéques  qui  écrivaient  au  pape  en  1213 
pour  lui  demander  la  destruction  de  la  «  perfide  ville  de 
«  Toulouse  ».  «  Il  faut,  ajoutaient-ils,  que  cette  cité  perverse, 
«  dont  les  crimes  égalent  ceux  do  Sodome  et  de  Gomorrhe, 
a  soit  radicalement  exterminée  avec  toutes  les  ordures  et  les 
«  souillures  qui  se  sont  accumulées  sous  le  ventre  gonflé  de 
«  venin  de  la  vipère  »*.  S'il  faut  en  croire  le  poète,  après  l'en- 
trée des  croisés  dans  Toulouse,  Louis  de  France  tint  conseil 
avec  Simon  de  Montfort,  le  légat  et  l'évêque  Folquet,  et  d'un 
commun  accord  on  proposa  d'incendier  complètement  la  cité. 
Mais  (c  Simon. . .  réfléchit  que,  s'il  détruit  la  ville,  il  n'agira 
«  pas  à  son  avantage;  qu'il  vaut  mieux  que  tout  l'or  et  l'argent 
«  soientàlui  »^;  les  croisés  laissèrent  la  malheureuse  Toulouse 
à  la  discrétion  du  comte  de  Leicester,  et  reprirent  le  chemin 
de  France. 

Quelque  temps  auparavant,  Simon  de  Montfort  avait  vu  se 
réaliser  presque  complètement  ses  espérances;  Innocent  III 
avait  consenti  à  lui  laisser  en  commande  hï  comté  de  Tou- 
louse jusqu'à  la  tenue  du  prochain  concile  général;  enfin,  peu 
de  jours  avant  l'entrée  des  croisés  à  Toulouse,  le  légat  avait 
repoussé  les  offres  de  soumission  du  comte  de  Foix  et  autorisé 
Simon  à  placer  dans  la  ville  de  Foix  une  garnison  \  Kn  somme, 
Louis  de  France  n'avait  fait  que  concourir  au  triomphe  du 
comte  de  Leicester  et  assister  à  sa  réconciliation  avec  le 
pape,  réconciliation  qui  allait  être  bientôt  définitive.  Simon 
récompensa  à  peu  de  frais  les  services  de  l'héritier  royal,  en 
lui  faisant  cadeau  de  la  mâchoire  de  saint  Vincent,  précieuse 


1.  Pierre  de  Vaux-Cernai,  103-104. 

2.  Schmidt,  ffist.  de  la  secte  des  Cathares,  I,  200-201,  256. 

3.  Chanion  delà  Croisade,  v.  3122-3128  (traduct.  de  M.  P.  Mever). 

4.  Pierre  de  Vaux-Cernai,  102-10'i.  —  Potthast,  n«>  '1967. 

Ch.  Petit  Dctaillis.  Hèffue  de  Louis  Mil,  13 


194  TRIOMPHE   DE   SIMON   DE   MONTFORT. 

relique  dont  Tabbé  de  Castres  consentit  à  se  dessaisir*.  Ce 
fut  tout  le  profit  que  Louis  retira  de  son  expédition;  le  poète 
nous  le  montre  revenant  en  France  et  racontant  à  son  père 
«  comment  Simon  de  Montfort  a  su  se  pousser  et  s*enrichir. 
«  Le  roi  ne  répond  mot  et  ne  dit  rien*  ». 


Quelques  mois  après  s'ouvrit  le  concile  de  Latran.  Après 
bien  dos  hésitation^(fjnnocent  III  adjugea  à  Simon  de  Mont- 
fort  tous  les  domaines  qu'il  avait  conquis  sur  les  hérétiques, 
avec  les  villes  de  Montauban  et  de  Toulouse  ;  la  partie  nord- 
est  du  comté  de  Toulouse,  qui  n'avait  pas  été  soumise  par 
les  croisés,  était  mise  sous  séquestre  et  réser\*ée  au  jeune 
Raimond,  fils  de  Raimond  VI;  le  comte  de  Toulouse  devait 
se  contenter  pour  lui-même  d'une  rente  en  argenté  Simon  de 
Montfort  se  rendit  aussitôt  à  la  cour  de  Philippe-Auguste, 
qui  approuva  la  décision  du  pape  (avril  1216)*.  Ce  fut"" son 
premier  acte  d'intervention  personnelle  dans  cette  affaire  et 
le  signe  de  sa  rupture  définitive  avec  le  comte  de  Toulouse; 
il  faut  remarquer  que  l'hommage  de  Simon  fut  accepté  par  le 
roi  pendant  cette  mémo  assemblée  de  Melun  où  le  légat 
essaya  on  vain  de  faire  renoncer  Louis  de  France  à  son  ex- 
j)éJition  en  Angleterre.  Au  moment  où  Théritier  royal  entre- 
prenait cette  campagne  malgré  la  défense  formelle  d'Inno- 
cent III,  il  était  d'une  politique  habile  de  confirmer  avec 
empressonKMit  la  décision  pontificale  concernant  le  pays  tou- 
lousain et  de  manifester  bien  haut  le  dévouement  de  la 
dynastie  capétienne  aux  vrais  intérêts  de  l'Église;  de  plus  il 
ne  coûtait  point  à  Philippe-Auguste  de  briser  tout  lien  avec 
Raimond  VI,  qui  ét^it  l'oncle  de  Jean  sans  Terre  et  entre- 


1.  A.  Molinier,  Calai,  des  actes  de  Simon  de  Montfort,  n*»*  102  et  104. 

2.  Chanson  de  In  Croisade, w .3i^0-2\  45  (trad.  de  M.  P.Meyer).  L'auteur 
de  V/IisL  des  Alhi'jcois  raconte  tout  autrement  cette  scène  ;  mais  j'ai 
aniioncô  dans  ma  pnMacc  que  je  ne  citerai  point  cette  chronique,  qui 
n'a  aucune  autlieuticité:  le  silence  de  Phil.-Aujr.  est  (railleurs  suflisam- 
nient  c''lo(iueiit.  —  I.a  Chrun.  de  Pierre  de  Vaux-Cernai  est  la  seule 
où  soit  racontée  en  détails  cette  croisade  de  1215  ;  l'auteur  de  la 
Chanson  n'en  dit  (juc  quehiues  mots  ;  Guill.  le  Breton  (CArow.,  §  206) 
en  donne  une  relation écourtée(;t  inexacte;  Guili.  de  Puilaurentignore 
l'interviMition  de  Louis  de  France. 

3.  I/ist.  di(  Languedoc,  VI,  470  et  suiv.  —  Delisle,  n*»»  1659  à  1661. 


REVERS  ET  MORT  DE   SIMON.  195 

tenait  avec  lui  de  très  chaudes  relations  d*amitié  ;  Raoul  de 
Coggeshall  prétend  même  qu'en  1213  Raimond  VI  avait  rejeté 
la  suzeraineté  de  Philippe-Auguste  et  était  allé  porter  son 
hommage  au  roi  d'Angleterre  ^ 

Peut-être  aussi  dès  ce  moment-là  le  roi  de  France  suppo- 
sait-il prochaine  Téclipso  de  la  brillante  étoile  des  Montfort, 
et  espérait-il,  en  aidant  à  leur  fortune,  travailler  pour  celle 
de  sa  dynastie.  En  ce  cas  son  calcul  était  juste  :  cette  mémo 
année  où  le  triomphe  de  Simon  semblait  définitif  vit  com- 
mencer pour  lui  la  période  des  revers.  A  son  retour  du  con- 
cile do  Latran,  Raimond  VI  abandonna  la  direction  des 
affaires  de  sa  maison  à  son  fils,  qui  devint  dès  lors  le  véritable 
chef  de  la  résistance;  à  la  voix  du  jeune  comte,  Marseille  et 
Tarascon  se  soulèvent;  Adémar  de  Poitiers,  comte  de  Valen- 
tinois,  prend  les  armes;  Avignon  accueille  avec  transports 
le  comte  de  Toulouse;  Simon  de  Montfort  se  voit' obligé  de 
diriger  son  armée  vers  la  vallée  du  Rhône,  et  pendant  ce 
temps  Toulouse,  exaspérée  par  les  persécutions  des  ortho- 
doxes, rappelle  son  ancien  seigneur.  Au  mois  d'octobre  1217, 
Simon  revient  pour  châtier  les  rebelles  ;  mais  il  trouve  une 
vigoureuse  résistance  et  au  bout  do  huit  mois  de  siège  il 
meurt,  tué  d'un  coup  de  pierre  (25  juin  1218)*. 

Les  croisés  consternés  levèrent  aussitôt  le  siège.  Amauri 
de  Montfort  se  vit  confirmer  par  Honorius  III  les  terres  qui 
avaient  été  concédées  à  son  père  (17  aofit);  mais  on  ne  pou- 
vait pas  lui  donner  en  même  temps  Texpérience  et  l'autorité 
du  vieux  comte  de  Leicester,  et  l'on  vit  tout  de  suite  qu'il 
fallait  recourir  au  roi  de  Franco'.  Dès  le  30  décembre  1217, 


1.  Coggeshall,  168.  —  Dès  1209,  Savari  de  Mauléon,  sénùchal 
de  Poitou,  reçut  de  Jean  sans  Terre  l'ordre  secret  d'aller  secourir 
Raimond  VI  '(Chilhaud  Dumaine,  op.  cit.,  dans  Positions  fie  thèses 
ann.  1877,  p.  25).  En  1213  Jean  sans  Terre  manifesta  l'intention  de 
secourir  le  comte  de  Toulouse  (Rymer,  I,  part.  ï,  114)  et  après  la 
bataille  de  Muret  Raimond  VI  se  fendit  en  Angleterre  et  y  rut  trôs 
bien  accueilli  (Lilt.  Pat.^  106**  ;  —  cf.  Ann.  de  Ihinslnple,  39  et  Ann. 
de  Waverleffj  280);  l'exact  Pierre  de  Vaux-Cernai  (p.  96)  assure  que 

Sendant  son  séjour  en  Poitou  en  1214  Jean  fut  en  rapport  avec  les 
érétiqueset  faillit  entreprendre  une  campa^me  en  leur  faveur.  Il  dit 
de  Jean  sans  Terre  (p.  94)  :  «  Semper  adversatus  fuerat  negotio  Jesu 
«  Christi  et  comitis  Montisfortis.  » 

2.  Hist.  du  Lang.y  VI,  485  etsuiv.,  et  Vif,  4'*7. 

3.  Pressuti,  n<>  1583.  —  Chanson  de  la  Croisade,  v.  8521  et  suiv. 


U)()  HKSITATIONS   DE   PHILIPPE-AUGUSTE. 

Honorius  III  avait  prié  Philippe-Auguste  d'envoyer  des  troupes 
pour  réduire  les  Toulousains;  le  roi  avait  fait  la  sourde 
oreille.  Le  pape  lui  écrivit  de  nouveau  quand  la  mort  de 
Simon  fut  connue  à  Rome;  le  12  août  1218,  il  le  supplia 
d'envoyer  en  Albigeois  une  grande  armée  sous  le  comman- 
dement de  son  fils  ;  le  13,  des  lettres  de  teneur  à  peu  près 
identique  furent  envoyées  à  Louis.  Le  5  septembre,  pour  obte- 
nir une  réponse  favorable,  Honorius  prit  Philippe-Auguste 
et  ses  hommes  sous  la  protection  spéciale  du  Saint-Siège  et 
promit  de  subvenir  aux  frais  de  l'expédition  :  au  début  de 
son  pontificat,  il  avciit  décidé  de  lever  sur  toutes  les  églises 
de  la  Chrétienté  un  subside  d'un  vingtième  destiné  au  secours 
de  la  Terre  Sainte;  il  oflrit  à  Philippe- Auguste  la  moitié 
environ  de  ce  subside  ;  il  s'engagea  aussi  à  consacrer  à  la 
croisade  en  Albigeois  les  sommes  qui  devaient  être  payées 
annuelleftient  au  Saint-Siège  par  Louis  de  France,  ainsi  que 
par  ceux  qui  l'avaient  suivi  en  Angleterre  et  avaient  été  absous 
à  cette  condition  \  Mais  toutes  ces  promesses  n*étaient 
point  capables  de  séduire  Philippe-Auguste;  la  trêve  qu'il 
avait  accordée  au  roi  d'Angleterre  devait  expirer  en  1220  et 
il  n'était  nullement  décidé  à  la  renouveler;  plutôt  que  d'aller 
guerroyer  dans  le  Midi  pour  un  profit  fort  incertain,  puisqu'il 
ne  s'agissait  encore  que  de  rétablir  les  affaires  d'Amauri  de 
Montfort,  ne  valait-il  pas  mieux  réserver  ses  forces,  et  grâce 
aux  troubles  de  la  minorité  de  Henri  III  achever  la  conquête 
de  l'Aquitaine?  Ce  ne  fut  point  par  des  offres  d'indulgences 
ou  morne  de  subsides  que  le  pape  vainquit  les  hésitations 
du  roi  de  France;  ce  fut  évidemment  à  ce  moment  que 
des  négociations  s'engagèrent  entre  le  Saint-Siège  et 
le  jeune  comte  de  Champagne;  le  légat  offrit  à  Thibaud  IV 
la  mission  que  Philippe- Auguste  ne  se  souciait  pas  d'accepter; 
la  direction  de  la  croisade  aurait  ainsi  définitivement  échappé 
au  roi  de  France  pour  passer  aux  mains  d'un  puissant  vassal. 
La  tactique  du  Saint-Siège  réussit.  Philippe- Auguste  entrava 
les  plans  de  Thibaud  de  Champagne,  qui  était  fort  disposé 
à  le  supplanter,  et  finalement  il  accepta  les  offres  du  pape 


1.  Pressuli,  n^*  950,  1578, 1582, 1614,  1615. 


CROISADE   DE    1219.  197 

(19  novembre  1218)*.  Cependant  six  mois  se  passèrent  avant 
que  les  croisés  ne  partissent.  D'après  une  lettro  adressée 
à  Philippe-Auguste  par  Honorius  III  lo  15  mai  1219^  nous 
voyons  que  les  Méridionciux  intriguaient  à  la  cour  de  France; 
ils  essayaient  d'induire  Philippe-Auguste  à  dépouiller  Amauri 
de  Montfort  dos  terres  qui  lui  avaient  été  concédées;  mais  les 
efforts  qu*ils  tentèrent  pour  brouiller  leurs  communs  ennemis 
n'eurent  pas  de  succès  ;  les  croisés  partirent  pour  rejoindre 
Amauri  de  Montfort  (16  mai  1219)  ^ 

Cette  fois  encore  Louis  de  France  était  à  leur  tête.  Phi- 
lippe-Auguste n'avait  point  cédé  de  bonne  grâce  aux  objur- 
gations d'Honorius  III;  Lrniis  n'obéissait  lui-même  qu'à 
contre-cœur  aux  ordres  exprès  de  son  père  :  le  récent  échec 
qu'il  avait  subi  en  Angleterre  l'avait  momentanément  dégoûté 
des  expéditions  lointaines,  et  lo  pape  lui-même  savait  que 
l'héritier  royal  allait  «  malgré  lui  »  soutenir  la  -cause  de 
l'orthodoxie*.  Cependant  il  avait  réuni  dos  forces  imposantes, 
au  dire  de  tous  les  chroniqueurs,  et  le  poète  Mousket  assure 
qu'il  avait  assez  de  chevaliers  pour  conquérir  «  Espagne  et 
«  Surie  ».  Dans  l'armée  figuraient  des  évéques,  entre  autres 
Guérin,  évéque  de  Senlis,  Etienne,  évéque  de  Noyon,  Gautier, 
nouvellement  promu  au  siège  de  Tournai,  tous  trois  fidèles 
auxiliaires  de  la  royauté;  des  officiers  de  Philippe- Auguste, 
comme  le  sénéchal  d'Anjou  Guillaume  des  Roches;  des  vassaux 
de  Louis,  comme  le  comte  de  (ruines;  à  coté  de  ces  fidèles,  se 
trouvaient  des  croisés  d'un  dévouement  moins  sûr,  comme  le 
comte  de  Bretagne  Pierre  Mauclerc,  le  Flamand  Arnoul 
d'Oudenarde,  qui  avait  combattu  a  Bouvines  parmi  les  enne- 
mis du  roi  de  France*. 


1.  Voy.  la  lettre  de  Phil-Aup.  à  Tliibaud  de  Champagne:  Delisle, 
n»  1868.  —  Pierre  de  Vaux-Cernai,  118. 

2.  Pressuti,  n»  2067. 

3.  Guill.  le  Breton,  Chron.,  §23:). 

'i.  «  Illuc  vaditinvitus,  sic'ut  noviinus manifeste.»  (Pressuti.  n"2102.) 
5.  Mousket.  v.  22802-22824  ;  — (iiiill.  le  Bret.,  Chrun..  Ji  233;  — 
Delisle,  n©  188'i,  confirmation  dos  dispositions  prises  par  (i.  des  Horhcs 
avant  sondé|>art  pour  l'Ai bi^reois  ;  —  Wauters,  Tahle  chron.^  111,  51  •, 
acte  du  comte  de  Guines.  —  Sur  les  relations  de  Phil.-Au^r.  et  de 
Ti^véniie  de  Noyon.  v.  Davidsohn,  op.  cit,,  Mi:  sur  rév(''qup  «le  Tournai, 
Deiihlc,  n»  1909;  sur  Guérin,  v.  plus  bas  Sfcmifr  part.,  chnp.  VI  ;  sur 
Arnoul  d*Oudenarde,  v.  TAnon.  de  Béthune,  récit  do  la  b;it:iillrt  de  Btm- 
vines,  publié  par  M.  Delisle,  Xot.  et  exlr.  des  ;/i.w.,  X.WIV,  1"  ]».,  :VJ\. 


108  PRISE  DE   MARMANDE. 

Los  croisés  ne  descendirent  pas  cette  fois  la  vallée  du 
Rhône.  Ils  se  dirigèrent  vers  TAgenais  en  passant  par  le 
Limousin.  Les  progrès  des  hérétiques  étaient  en  effet  très 
sensibles  dans  la  région  de  la  Garonne.  Le  jeune  Raimond 
avait  reconquis  une  partie  do  TAgenais,  tandis  que  le  comte 
de  Coinmingos  reprenait  possession  de  ses  domaines.  Amauri 
do  Montfort,  dès  le  courant  du  mois  d'octobre  1218,  avait  mis 
le  siège  devant  Marmande  ;  mais  les  hérétiques  se  défendaient 
vigoureusement,  commandés  par  Arnaud  de  Blancaforl,Cen- 
tulle,  comte  d'Astarac,  et  quelques  autres  seigneurs  ;  outre 
un  bon  nombre  de  chevaliers  du  pays,  la  garnison  comprenait 
dos  mercenaires  brabançons  et  tiois  qui  étaient  rompus  au 
métier  de  la  guerre*.  Louis  de  France  arriva  devant  Marmande 
vers  le  commencement  de  juin*,  au  moment  où  lo  jeune  Rai- 
mond venait  de  remporter  la  victoire  deBaziège  et  où  le  sei- 
gneur de  Montfort,  irrité  par  ce  succès,  pressait  plus  vivement 
les  assiégés.  Ces  malheureux  perdirent  tout  espoir  en  voyant 
arriver  la  nouvelle  armée,  où  Tauteur  de  la  Chanson,  avec  son 
imagination  de  Méridional,  a  compté  \ingt-cinq  mille  cheva- 
liers, sans  parler  d'innombrables  gens  de  pied.  Dès  la  première 
attaque,  les  croisés  enlevèrent  les  fossés  et  les  lices  et  bri- 
sèrent les  barrières.  Alors  le  comte  Centulo  sortit  de  la  ville 
et  se  rendit  au  fils  du  roi.  S'il  faut  en  croire  l'auteur  delà 
Chanson,  Louis  de  France  couvo(jua  dans  sa  tente  les  prélats 
et  les  barons,  pour  décider  du  sort  de  Marmande^.  De  l'avis 
do  l'évoque  de  Saintes,  il  fallait  que  tous  les  assiégés,  y 
compris  lo  comte  d'Astarac,  fussent  mis  à  mort  comme  héré- 
tiques; Louis  était  disposé  à  céder.  «  Puisque  c'est  l'Église 


1.  Chansnnde  la  Croisattt'.,  v.  8943-8972.  Cf.  Ilisloire  du  Long., 
VI,  518  H  siiiv.  :  Dom  Vaissôto,  de  préfôronce  à  la  version  du  poète.» 
a(l()])ti?  ccllo  de  (iuillanmr  dv  I*uilaurent  (p.  2{\),  selon  laquelle  Mar- 
iMîuide  n'aurait  pas  v\c  assit^éo  par  Amauri  avant  rarrivée  de  I^uis; 
Inai^  Ciuillaiimc  de  Pnilauront  est  souvent  mîil  informé  iwur  cette 
période:  il  ]>lace  par  exomjjle  en  1219  le  siège  de  La  Rochelle  de  1224. 
Sous  savons  qu'Anianri  se  trouvait  le  8  oct.  1218  tout  près  de  Mar- 
mande {i'.ntaL  tirs  actes  de  Simon  et  d^Unnuri  de  Montfort^  n**  168). 
Knfin  (luillaunie  le  lin^ton  {tlhron..  ^  233)  confirme  la  version  du  jioéte. 

2.  11  était  ])assé  le  26  niai  à  Limoges  (("firoîi.  de  B.  hier,  104). 

3.  Comme  l'a  remarqué  M.  Paul  Mever  dans  son  Introduction*  le 
poète  n'a  guère  eu  le  moyen  de  savoir  ce  qui  s'est  passé  dans  cette 
assemblée.  On  n'a  })as  re})endant  de  raison  péremptoire  ])our  rejeter  ce 
récit,  qui  n  a  rien  d'invraisemblable. 


SAC   DE  MARMANDE.  199 

c(  quim^amèneici,  dit-il,  son  droit  ne  sera  pas  disputé.  »  Mais 
les  comtes  de  Bretagne  et  de  Saint-Pol  protestaient  qu'on  ne 
pouvait  sans  honte  faire  périr  un  homme  qui  s'était  livré  à 
merci,  et  Tarchevêque  d'Auch  fit  remarquer  que  Ccntule, 
tout  en  défondant  des  hérétiques,  était  lui-même  orthodoxe 
et  qu'en  le  gardant  on  pourrait  l'échanger  contre  Foucaut 
de  Berzi,  prisonnier  des  Toulousains.  Le  comte  d'Astarac  fut 
donc  épargné,  et  l'on  fit  probablement  grâce  de  la  vie,  quoi 
qu'en  dise  le  poète,  à  tous  les  nobles  qui  avaient  défendu 
la  ville.  Mais  le  reste  des  habitants  fut  condamné  à  être 
passé  au  fil  de  l'épée. 

«  Aussitôt  le  cri  et  le  tumulte  s'élèvent  :  on  court  dans  la 
a  ville  avec  les  armes  tranchantes  et  alors  commence  le 

a  massacre  et  l'effroyable  boucherie Les  chairs,  le  sang, 

a  les  cervelles,  les  troncs,  les  membres,  les  corps  morts  et 
«  pourfendus,  les  foies,  les  poumons,  mis  en  morceaux, 
«(  brisés,  gisent  par  les  places  comme  s'il  en  avait  plu.  La 
a  terre,  le  sol,  la  rive  sont  rougis  du  sang  répandu.  Il  ne 
«  reste  homme  ni  femme,  jeune  ou  vieux  :  aucune  créature 
«  n'échappe  à  moins  de  s'être  tenue  cachée.  La  ville  est  dé- 
«  truite,  le  feu  l'embrase.  »  L'historiographe  de  Philippe- 
Auguste  confirme  sèchement  la  description  du  poète  :  «  On 
«  tua  tous  les  bourgeois  avec  les  femmes  et  les  petits  enfants, 
«  tous  les  habitants  jusqu'au  nombre  de  cinq  mille  »*. 

Après  cet  exploit,  les  croisés  se  dirigèrent  directement  sur 
Toulouse.  L'auteur  de  la  Chanson  nous  raconte  quelle  énergie 
les  Toulousains  déployèrent  à  cette  nouvelle;  les  consuls 
envoyèrent  des  messagers  aux  barons  et  à  tous  les  hommes 
de  guerre  du  pays,  pour  les  prier  de  venir  défendre  le 
dernier  boulevard  de  leur  indépendance.  Mille  chevaliers 
et  cinq  cents  dardiers  furent  bientôt  réunis.  Les  habitants 
formèrent  une  assemblée  plénière;  pressé  par  quelques-uns 
de  négocier  avec  l'héritier  royal,  le  jeune  comte  Raimond 
refusa  d'entrer  en  rapports  avec  celui  qui  avait  autorisé  le 
sac  de  Marmande.  Alors  on  décida  de  résister  et  tous,  jus- 

1.  Chanson  de  la  Croisade^  v.  9217-9320.  J'ai  suivi  à  peu  près  la  tra- 
duction de  M.  Paul  Meycr.  —  Guill.  le  Breton,  Chron.f  ^  233.  —  Guill. 
de  Poilaurent  (p.  214)  assure  que  les  défenseurs  de  la  ville  se  rendirent 
«  data  eis  belli  securitate  »  et  furent  conduits  prisonniers  à  Puilaurent. 


200  SIÈGE   DE   TOULOUSE. 

qu'auK  femmes  et  aux  enfants,  se  mirent  à  l'œuvre  en  chantant. 
«  La  ville  est  mise  en  défense,  et  largement,  contre  l'orgueil 
«  de  France.  )>  Il  y  avait  là  probablement  beaucoup  de  merce- 
naires, mais  aussi  maints  hauts  barons  du  Midi,  tels  que  le 
frère  et  le  fils  du  comte  de  Toulouse,  le  fils  du  comte  de  Foix, 
le  seigneur  de  Tlsle  en  Jourdain,  le  seigneur  do  Caraman, 

etc Le  poète  nous  décrit  avec  précision  comment  on  mit 

en  défense  les  barbacanes,  qui  étaient  au  nombre  de  dix-sept. 
«  Sur  le  pont  du  Bazacle,  nouvellement  construit,  sont  les 
c(  habiles  archers  qui  tirent  dru  et  protègent  la  rive  et  les 
(c  abreuvoirs,  de  sorte  qu'aucun  bateau  ni  aucun  ennemi ny 
«  puisse  aborder.  »  La  Chanson  de  la  Croisade  s'arrête  au 
moment  où  Louis  de  France  arrive  pour  écraser  les  Toulou- 
sains. «  Mais,  s'écrie  le  poète,  la  Vierge  Marie  les  défendra, 
«  elle  qui,  selon  droiture,  redresse  les  torts  et  puisse  sod 
«  sang  bienveillant  nous  protéger,  car  saint  Saturnin  est  leur 
«  guide  et  les  garde  de  crainte,  et  Dieu  et  droit  et  force  et 
«  intelligence  et  le  jeune  comte  leur  défendront  Toulouse!*  » 
L'armée  de  Louis  de  France  s'était  grossie  en  route;  d'après 
Guillaume  de  Pnilaurent,  le  camp  des  assiégeants  entoura 
toute  la  ville  ;  les  chiffres  que  donne  l'auteur  de  la  Chamon  sont 
grossis  jusqu'à  l'absurdo  :  il  parle  de  treize  cent  mille  hommes*. 
Le  (lépluionient  de  trt)uj>es  fut  évidemment  considérable; 
oF,  il  ne  servit  à  rienj  Toulouse  resta  encore  une  fois  inex- 
pugnable. On  a  oxplijjué  cet  échec  par  des  raisons  très  diverses. 
Roger  de  Wendover  parle  d'une  famine  qui  aurait  décimé  les 
assiégeants,  mais  son  récit,  étant  parfois  d'une  inexactitude 
flagrante,  n'a  pas  d'autorité\  Guillaume  de  Puilaurent  attribue 
l'échec  de  Louis  de  Franco  à  la  vaillance  des  assiégés.  Mais 
cette  raison  ne  doit  pas  être  la  seule  :  les  chroniqueurs  les 
mieux  informés  sont  d'accord  pour  parler  de  la  trahison  des 
barons  qui  avaient  accompagné  Louis,  ou  tout  au  moins  de 
la  mauvaise  volonté  montrée  par  eux  en  cette  circonstance*. 


1.  Chanson  de  la  Croisade,  v.  9^\2  et  suiv.,  trad.  de  M.  Meyer. 

2.  Guill.  de  Puilaurent,  214.  —  Chanson  de  la  Croisade,  v.  9321  et 
suiv. 

a.  Wendover,  III,  57. 

1.  «  Qiiibusiiam  de  nostris  prodicioso  impcdientibus  negotium  cru- 
i'  cifixi  »  (Guill.  le  Br.,  S  '2Xi)  :  «  entre  les  barons  ot  lence  »  (Mouskct, 
V.  22827-22828  \  cf.  v.  22802-22809)  ;  «  prodicione,  ut  dicitur,  interve- 


SIÈGE   DE   TOULOUSE.  201 

Evidemment,  une  fois  finie  la  quarantaine  à  laquelle  ils 
s'étaient  obligés,  ils  murmurèrent  en  voyant  se  perpétuer 
une  campagne  qui  ne  leur  rapportait  que  fatigues  et  dangers, 
et  ils  menacèrent  Louis  de  l'abandonner;  ce  ne  fut  point 
dans  la  carrière  du  fils  do  Philippe-Auguste  la  première  ni 
la  dernière  fois  que  pour  do  tels  motifs  il  eut  à  se  plaindre 
de  ses  compagnons  d'armes.  Du  reste,  Louis  n'avait  sans 
doute  point  à  cœur  la  prise  de  Toulouse.  11  était  parti  de 
mauvaise  grâce  et  devait  souhaiter  un  prompt  retour*.  Voilà 
tout  ce  qu'on  peut  inférer  des  documents  assez  mauvais  que 
nous  avons  sur  cette  campagne. 


«  niante»  (Rob.  d'Auxerre,  Contin.,  11^  28'i)  ;  «  orta  vero  inter  ipsos 
«  discordia,  propter  quandam  proditionis  notam  quam  quidam  contra 
V  domnum  Eudovicum  moliri  vidcbantur  »  (Aubri  de  Troisfontaines, 
909).  «  Deficientibus  viris  auxiliatoril)us  »  (Chron.  (VAndres,  760). 
L'Annaliste  de  Dunstaple  (p.  61)  dit  avec  plus  de  précision,  mais  moins 
d'autorité  :  «  Rediit  Lodoicus  conquorens  de  romitis  Nivernensis  pro- 
«  ditione  similiter  et  de  comité  Sancti  Pauli  ».  Selon  les  éditeurs 
du  t.  XIX  des  H.  F.  (687,  note  h),  parmi  ceux  qui  auraient  entravé  les 
opérations  aurait  sans  doute  liguré  le  cardinal  Bertran,  légat  dans  le 
Midi  depuis  1217,  qui  aurait  craint  de  voir  Louis  de  France  après  la 
prise  de  Toulouse  tourner  ses  armes  contre  les  Anglais;  une  lettre  d'Ho- 
norius  III  nous  montre  en  effet  qu'au  moment  où  Louis  se  dirigeait 
vers  le  Midi  le  bruit  courait  qu'il  voulait  conquérir  le  Poitou  et  la 
Gascogne,  au  lieu  de  combattre  les  hérétiques,  et  le  pape,  indigné  <à 
ridée  que  des  subsides  fournis  par  le  Saint-Siège  pourraient  être  uti- 
lisés contre  son  pupille  Henri  III,  chargea  son  légat  de  veiller  aux 
intérêts  du  roi  d'Angleterre.  (Pressuti.  n"  2102.)  Les  craintes  des 
Anglais  furent  très  vives  quand  Louis  arriva  devant  Marmande,  qui 
était  sur  la  limite  du  Toulousain  et  de  leurs  possessions  ;  les  habitants 
de  La  Héole,  voyant  Tarmée  française  à  quel(|ues  lieues  de  leur  ville, 
firent  des  préparatifs  de  défense  (Shirley.  Boy.  Leiters,  1,  n"  43);  le 
moindre  événement  pouvait  sans  doute  amener  à  ce  moment  la  rupture 
de  la  trêve.  Quand  Ix)uis  s'éloigna  vers  l'ouest,  les  inquiétudes  des 
Anglais  ne  se  calmèrent  pas  encore  (Koy.  LeUers,  n"  20;  —  Rymer,  I, 
part.  I,  154  à  156).  Mais  tout  cela,  nous  semble-t-il,  ne  prouve  point  que 
le  légat  ait  pu,  dans  l'intérêt  du  jeune  Henri  111.  mettre  obstacle  au 
triomphe  de  Louis  sur  les  hérétiques  :  en  empêchant  le  siège  de  Tou- 
louse d'aboutir,  le  cardinal  IJertran  devait  craindre  au  contraire  de 
décider  l'héritier  royal  à  tourner  contre  les  Anglais  des  forces  qu'il  ne 
pouvait  utiliser  autrement.  L'hypothèse  des  continuateurs  de  Dom 
Bouquet  nous  parait  invraisemblable  autant  que  sans  fondement  ; 
rien  ne  montre  que  Louis  .se  soit  plaint  au  pape  de  l'attitude  de  Hertran  ; 
le  fait  que  ce  cardinal  fut  remplacé  à  la  lin  de  l'année  par  un  autre 
légat  peut  avoir  de  tout  autres  motifs.  Guillaume  de  Puilaurent  et 
Aubri  de  Troisfontaines  (loc.  cit.)  assurent  que  Bertran  travailla  sans 
relâche  à  l'extermination  des  hérétiques. 

1.  Kaynaldus  prétend  même,  d'après  Bernard  Gui,  que  Louis  con- 
clut un  accord  avec  le  jeune  Raimond  :  «  Initis  nonnullis  roncordie 
«  legibus,  in  paternum  regum  se  recepit»  (Annales  eccies.j  XX,  463). 
Cette  a.ssertion  est  bien  invraisemblable. 


202  INUTILITÉ   DE   CETTE  EXPEDITION. 

Nous  ne  savons  même  pâs  approximativement  combien  de 
temps  dura  la  croisade.  D'après  une  lettre  de  Henri  III  au 
pape,  les  croisés  étaient  encore  devant  Toulouse  au  mois  de 
juillet  \  Selon  un  chroniqueur,  ce  siège  aurait  duré  quatre 
mois*  ;  d'après  une  autre  version  beaucoup  plus  vraisemblable, 
Louis  reprit  au  mois  d'août  le  chemin  de  France'.  En  tout 
cas,  son  retour  fut  assez  piteux,  et  le  sang  répandu  à  Mar- 
mande  ne  fit  pas  oublier  Thumiliation  infligée  aux  croisés  par 
les  Toulousains;  deux  ans  plus  tard,  Honorius  III  qualifiait 
cette  campagne  de  «  désolant  échec*  ».  En  effet,  elle  n'avait 
servi  à  rien  et  les  hérétiques  triomphants  allaient  chaque 
jour  gagner  du  terrain. 

Les  auteurs  de  VHistoire  du  Languedoc,  adoptant  une 
affirmation  de  Manrique,  prétendent  qu'en  1221  Louis  de 
France  obtint  du  pape  pour  aller  en  Albigeois  la  levée  d'un 
vingtième  sur  les  biens  du  clergé,  mais  profita  de  ce  subside 
pour  attaquer  le  roi  d'Angleterre\  Cette  assertion  erronée 
repose  sur  une  confusion  chronologique  ;  c'est  en  1224  que 
Louis  VIII,  après  avoir  refusé  do  combattre  les  hérétiques, 
déclara  la  guerre  à  Henri  III.  Jusqu'à  la  mort  de  Philippe- 
Auguste,  Louis  ne  devait  point  songer  à  retourner  dans  ce 
Midi  où  la  ténacité  du  Saint-Siège  l'avait  par  deux  fois  con- 
duit, et  où  ses  rares  succès  n'avaient  profité  qu'à  autrui. 
Jusqu'au  jour  où  il  monta  sur  le  trône,  Louis  sema  beaucoup, 
mais  ce  ne  fut  point  lui  qui  récolta. 

1.  Rymer,  J,  part,  i,  154. 

2.  Chanoine  de  Laon,  720. 

3.  <c  Reliquit  ducentos  milites  ad  annum  ab  auguste»  (Àubri  de  Trois- 
fontaines,  909). 

4.  Pressuti,  n®  3423  (Les  éditeurs  des  H.  F.  ont  daté  cette  lettre  du  2 
juin  1220  :  Potthast  et  Pressuti  la  datent  du  2  juin  1221).  —  Cf.  Guili. 
le  Bret.,  Chron.,  %  233.  —  Mousket,  v.  22825-22826). 

5.  Ilist.  du  Lanfj.,  VI,  541542. 


CHAPITRE  XI. 


ROLE  ADMINISTRATIF  I)K  mUIS  DE  FRANCE  A  LA  COUR 
DE  PHILIPPE-AUGUSTE  ET  EN  ARTOIS. 


Au  XI*  et  au  xii*  siècle,  la  transmission  du  pouvoir  mo- 
narchique no  s'accomplissant  pas  encore  en  pleine  sécurité, 
les  Capétiens,  pour  mieux  rassurer,  avaient  adopté  le  système 
des  associations  à  la  couronne.  L'héritier  présomptif  était 
sacré  et  couronné  à  Reims  et  comme  rex  rfe,s7'ywrt/î/5  jouissait 
de  pouvoirs  qui  furent  parfois  très  considérables  ^  Nous 
avons  dit  que  Philippe-Auguste,  roi  puissant  et  père  ombra- 
geux, rompit  le  premier  avec  cette  pratique.  Assurément 
Louis  de  France  joua  un  rôle  important  avant  de  monter  sur 
le  trône.  Dès  son  entrée  en  chevalerie,  il  fait  acte  d'héritier 
présomptif  :  il  approuve  et  promet  d'observer  le  traité  conclu 
par  Philippe- Auguste  avec  la  comtesse  de  Champagne*.  Dès 
lors  son  nom  apparaît  souvent,  sinon  dans  les  formules,  du 
moins  dans  l'exposé  des  actes  royaux  :  dans  les  nombreuses 
chartes  de  garantie  mutuelle  exigées  des  féodaux  dont  la 
fidélité  paraît  douteuse,  Philippe-Auguste  a  soin  de  faire 
mentionner  son  héritier  :  qui  attaquera  Louis  sera  l'adversaire 
du  roi  lui-même'.  Le  père  et  le  fils  ont  tous  leurs  intérêts 
communs;  leurs  bras  sont  mus  par  une  même  volonté.  Mais 
cette  volonté  est  celle  du  père  ;  le  fils  n'a  que  le  droit  d'obéir  : 
ni  en  titre,  ni  en  fait,  il  n'est  associé  à  la  couronne. 

On  a  vu  quelle  part  Louis  de  France  avait  prise  aux  négo- 
ciations et  aux  guerres  du  règne  de  Philippe- Auguste.  Reste  à 
examiner  comment  il  a  appris  à  gouverner  et  quel  a  été  son 
rôle  administratif;  rien  ne  peut  mieux  nous  éclairer  sur 
l'autoritarisme  de  son  père. 

1.  Luchaire,  Inslit,  monarch,^  I,  13'i  ot  suiv.,  et  Manuel,  'i73-'*75. 

2.  Delisle,  n«>  1143,  acte  d'août  1209. 

3.  Delisle,  n"  1537-I5'i5,  1553,  1588,  1595,  1620-1628, 1727-1736,  etc. 


204         ROLE  DE  LOUIS  A  LA  COUR  ROYALE. 

En  temps  do  paix,  Louis  n*a  pas  séjourné  continuellement 
dans  ses  possessions  d'Artois.  Sa  présence  dans  les  princi- 
pales résidences  du  roi,  de  1209  à  1223,  est  signalée  par  des 
actes  relativement  nombreux*.  Nous  le  voyons  figurer  dans 
les  grandes  affaires  judiciaires  à  côté  des  principaux  con- 
seillers de  Philippe- Auguste  ;  il  est  de  ceux  qui  rendent 
compte  en  1221  de  la  conduite  de  Tévêque  de  Paris  dans  le 
procès  du  Clos-Brunoau  ;  on  le  trouve  parmi  les  juges  de 
Taffairede  la  succession  de  Beaumont  en  1223^;  s'il  ne  prend 
pas  part  à  la  fameuse  assemblée  judiciaire  do  Melun  en 
juillet  1216,  c'est  qu'il  est  alors  en  Angleterre.  On  s'occupa 
dans  cette  assemblée  de  la  grande  question  de  la  succession 
de  Champagne,  qui  agitait  tout  l'Occident  :  le  comte  Henri 
le  Libéral,  partant  pour  la  Terre  Sainte,  avait  pris  son  frère 
Thibaud  III  pour  héritier  et  était  mort  en  1197,  après  avoir 
épousé  la  reine  de  Jérusalem,  dont  le  premier  mariage  avait 
été  annulé;  Thibaud  III  jouit  sans  contestation  du  comté  de 
Champagne  et  mourut  en  1201,  laissant  à  sa  femme  Blanche 
la  tutelle  d'un  fils  mineur  qui  devait  être  Thibaud  IV  le 
Chansonnier.  Mais  on  1215  l'ambitieux  Erard  de  Brienne 
épousa  Philippine,  fille  de  Henri  lo  Libéral  et  de  la  reine  de 
Jérusalem,  et  prétendit  que  sa  femme  était  la  véritable  héri- 
tière de  Champagne;  il  avait  pour  adversaires  Innocent  III, 
qui  considérait  le  mariage  do  Henri  le  Libéral  comme  une 
union  adultère,  et  Philippe-Auguste,  qui  avait  profité  de  la 
minorité  de  Thibaud  IV  pour  dominer  en  Champagne.  Erard 
avait  en  revanche  pour  lui  un  assez  grand  nombre  de  nobles 
de  la  Champagne  et  des  pays  voisins,  et  il  comptait  pour  allié 
le  duc  de  Lorraine,  chef  du  parti  allemand  opposé  au  pape  et 
à  son  protégé  Frédéric  II.  Si  Louis  de  France  ne  put  parti- 
ciper au  jugement  de  1216,  il  ne  laissa  pas  d'intervenir  dans 
cette  grave  aflaire;  dès  1209  il  promettait  de  protéger  à 
l'exemple  do  son  père  l'enfant  mineur  de  Blanche;  en  1215, 
alors  qu'en  Terre  Sainte  Erard  de  Brienne  épousait  Philip- 
pine, Louis  écrivit  au  roi  de   Jérusalem,  Jean  de  Brienne, 


1.  Delisle,  n"«  1137, 1143. 1437,  1536,  1585,  2034  et  p.  489,  note  1.  — 
Guesnon,  Inventaire  des  chartes  d'Arras,  p.  8.  17.  —  Teulet,  n®  1100,  etc. 

2.  Delisle,  n<^»  2034,  219y. 


ROIiE   DE   LOUIS    A   LA   COUR   ROYALE.  205 

pour  lui  affirmer  que  la  cour  royale  ne  tiendrait  nul  compte 
des  réclamations  d*Erard  jusqu'à  la  majorité  de  Thibaud  IV, 
car  les  mineurs  jouissaient  de  cette  exception  dilatoire  si 
leurs  droits  n'étaient  contesfés  qu'après  la  mort  de  leur  père*. 
Louis  de  France  contribua  donc  h  maintenir  l'espèce  de 
tutelle  que  Philippe- Auguste  exerçait  à  la  cour  de  Champagne 
et  nous  avons  vu  que  le  jeune  prince  essaya  d'en  profiter 
pour  extorquer  de  l'argent  à  la  comtesse  Blanche,  au  moment 
de  partir  pour  l'Angleterre .  Dans  une  autre  circonstance 
encore  nous  voyons  l'héritier  présomptif  figurer  dans  les  re- 
lations du  roi  avec  ses  vassaux  :  après  la  coalition  de  1214, 
Philippe-Auguste  prend  ses  précautions  ;  il  force  par  exemple 
un  noble  du  nord,  Jean  de  Montmirail,  à  se  porter  pécuniai- 
rement garant  de  la  fidélité  du  sénéchal  de  Flandre;  par  un 
acte  de  mars  1215,  Louis  s'engage  à  séquestrer  en  cas  de 
besoin  le  fiof  tenu  de  lui  par  Jean  de  MontmiraiP.  En  cette 
occasion  comme  dans  les  autres,  il  se  montre  le  docile  auxi- 
liaire de  Philippe- Auguste. 

On  a  souvent  dit  que  Louis  de  France,  possédant  l'Artois 
du  chef  de  sa  mère  et  des  domaines  importants  en  France 
proprement  dite  par  don  de  son  père,  était  de  ce  fait  un  baron 
à  peu  près  indépendant.  Mais  il  faut  d'abord  remarquer  que 
si  Philippe-Auguste  lui  livra  à  l'occasion  de  son  entrée  en 
chevalerie  les  revenus  de  six  prévôtés  du  Gîitinais  et  des 
Loges,  il  spécifia  qu'il  entendait  seulement  lui  constituer  des 
ressources  pécuniaires  et  que  Louis  n'aurait  aucun  droit  à 
l'hommage  des  vassaux  du  pays  ;  ce  n'était  donc  point  là  un 
domaine,  un  apanage**.  Quant  à  l'Artois,  ce  pays  fut  naturelle- 

1.  D'Arbois  de  Jubainvilie,  Comtes  de  Champagne^  I,  !•■«  part., 
35-47,  67,  70-71,  110  et  suiv.  —  Teulet,  no  1100. 

2.  Deliï>le,  n«  1536. 

3.  Dclisle,  n»  li;{7:  «  Carissimus  genitor  noster  Philippus,  rex  Fran- 
c  cle,  tradidit  nobis,  quamdiu  ipsi  placuerit,  reditus  suos  Pissiaci, 
«  Lorriaci,  Castri-Nantonis,  Faiaci,  Vitriaci  in  Legio,  et  Bosci  Commun is, 
«  et  omnia  herbagia  sua  que  habet  in  predictis  villis,  cum  piscatariis 
«  earum,  pro  formanda  cxpensa  nostra  et  uxorisnostre,tali  modoquod 
«  nonpoterimusboscum  vendere,nequeprisiamauttalliam  ineisfacere, 
«  neque  hominagia  recipere:  ita  etiam  quod  dominus  rex  genitor  noster 
«  omnia  predicta,  quanclocumque  volucrit,  potcrit  capcrc  in  manu  sua.  » 
—  Outre  cet  acte,  nous  n'en  connaissons  que  deux  autres  concernant 
les  droits  de  Louis  sur  ces  six  prévôtés.  Par  le  premier,  Louis  donne 
à  Guillaume  Fauconnier  son  sergent  trois  muids  de  seigle  sur  la  grange 
de  Lorris  (Anal,  donnée  dans  un  Catal.  du  xvin«  s.,  Bib,  NaL  Xouv, 


206  SITUATION  DE  LOUIS   EN   ARTOIS. 

ment  entre  les  mains  de  Philippe- Auguste  jusqu'en  1209.  Le 
roi  confirma  les  privilèges  des  villes,  accorda  des  chartes  de 
commune,  intervint  dans  les  querelles  entre  les  bourgeois  et 
l'Église,  établit  des  baillis,  par  exemple  Nevelon  le  Maréchal 
à  Arras  ;  bref,  il  gouverna  à  son  gré,  sans  même  parler  au 
nom  de  son  fils\  Lorsque  Louis  fut  majeur,  Philippe- Auguste 
lui  rendit  sa  terre  et  le  jeune  prince  vint  recevoir  les  hom- 
mages de  ses  vassaux  ^  Mais  quelle  fut  au  juste  la  situation 
de  Louis  en  Artois  ? 

Cette  situation.  Philippe- Auguste  a  eu  bien  soin  de  ne 
point  la  définir,  afin  de  rester  le  maître.  Il  n'a  donné  aucun 
titre  à  son  fils.  Louis  n*a  été  ni  comte,  ni  même  seigneur 
d*Artois,  comme  on  Ta  souvent  prétendu*.  Tous  les  actes 
émanés  de  lui  avant  son  arrivée  au  trône,  même  ceux  qui 
concernent  exclusivement  l'administration  de  l'Artois,  portent 
cette  simple  suscription  :  «  Louis,  fils  aîné  du  seigneur  roi 
«  de  France*  ».  Il  est  curieux  de  constater  comment  la  situa- 
tion de  Louis  est  indiquée  dans  la  statistique  féodale  que 
Philippe-Auguste  fit  rédiger  par  sa  chancellerie.  Nous  trou- 
vons sous  la  rubrique  Chevaliers  du  roi  de  France,  la  mention 
suivante  :  Chevaliers  d'Artois  :  le  seigneur  Louis  ;  —  Hugue 
de  Malainwi,  etc Le  fils  du  roi  figure  simplement  en 


Acq.  fr.,  6268,  p.  l  et  dans  le  (Zalal.  des  archives  de  Joursanvaull,  n» 
3271);  le  second  est  une  charte  de  l'abbé  de  Saint-Benoît  de  Fleuri, 
i\\n  déclare  avoir  reçu  de  riiéritier  roval  une  maison  sise  à  Chappes 
(l-elisle,  n-^  ri86).  —Cf.  Quicherat,  lïist.  de  Vitry-aux-Loges,  dans 
Mrm.  de  la  Sor.  archèol.  de  V Orléanais^  II,  13  et  14.  Quicherat  appelle 
rusutVuit  constitué  :i  Louis  un  apanage;  le  mot  apanage,  tout  en  signî- 
tiant  littcralenient  «moyen  de  manger  du  pain  »,  évoque  cependant  une 
idée  de  domaine  conféré  en  toute  propriété  et  ne  doit  pas  être  employé  ici. 

1.  Delisle,  n"^  364,  389,  4i:-'tl8.  420,  452,  461,  486,  488,  623,  793, 
921.  1030,  etc.  —  Hrussel,  Tn'.  rf'*.<  jiefs.  1,  487. 

2.  Notice  relatant  une  décision  de  Louis  au  sujet  des  marais  de 
Hollencourt  :  Tailliar,  Hecueil,  77. 

3.  llennebert  (///x/.  dWrlois,  lil,  85),  affirme  sans  preuve  que  Louis 
de  France  prit  le  ]>remier  le  titre  de  seigneur  dWrtois. 

4.  Voy,  i»ar  exemple  les  actes  édités  par  M.  Giry,  Histoire  de  Saint- 
Orner,  preuves,  p.  40  4  et  suiv.,  par  (luesnon.  Inv.des  chartes  d'Arras^ 
i).  8  et  suiv.,  et  i)ar  Tailliar.  Hecneil.  p.  31  et  suiv.;  cf.  Ânon.  de 
néthune.  f"  56  :  «  I.i  viscuens  de  Meleun  qui  la  terre  d'Artois  gardoit 
<■  de  par  Looys  le  Hl  le  Roi...  »  La  léjrende  du  sceau  reproduit  la  même 
formule.  Le  .<ceau  de  Louis  de  France  le  mieux  conservé  que  nous 
connaissions  est  aux  Arch.  du  l\isde-Cnlais.  liasse  A  5,  n»  19.  C'est 
un  sceau  équestre  en  cire  verte,  jwrtant  pour  légende  :  «  SÎRillum  Lu- 
dovici  tilii  régis  Francie  ^  (l)cmay.  Inv.des  Sceaux  de  VArtots,  n®  1). 


SITUATION  DE   LOUIS   EN   ARTOIS.  207 

tête  de  la  liste*.  Arras  est  indiqué  parmi  les  «  villes  que  le 
«  roi  a  dans  son  domaine  ».  Les  droits  que  Louis  exerce  à 
Térouanne  comptent  comme  droits  royaux.  Les  châteaux  de 
Lens,  Hénin,  Bapaume,  sont  mentionnés  parmi  ceux  «  que 
<c  tient  le  roi  de  France  Philippe'».  Ainsi  la  terre  de  Louis 
et  le  domaine  royal  se  confondent  absolument.  Lorsqu'on  1212 
Philippe-Auguste  promet  à  Téveque  de  Nevers  de  ne  plus 
retenir  désormais  sur  ses  terres  les  serfs  de  Tévéché,  il  dé- 
clare qu'il  ne  les  retiendra  pas  non  plus  sur  celles  de  son  Hls 
Louis'.  Il  entretient  des  relations  directes  avec  les  vassaux 
artésiens  et  en  1214  ceux-ci  ne  figurent  pas  dans  Tannée  de 
Louis  à  la  Roche-au-Moine,  mais  dans  l'armée  du  roi  à  Bou- 
vines.  Philippe- Auguste  reste  également  en  correspondance 
après  la  majorité  do  son  fils  avec  le  bailli  d'Artois  Nevelon 
le  Maréchal*. 

Nous  avons  vu  d'autre  part  que  Louis  ne  résidait  pas  con- 
tinuellement en  Artois.  Sa  situation  ne  saurait  être  comparée 
à  celle  des  princes  apanages.  Certaines  chartes  qu'il  fait 
rédiger  pour  l'administration  de  sa  terre  sont  datées  de 
Paris,  Saint-Germain,  Compiègno,  Fontainebleau".  Fait  plus 
caractéristique  encore,  Louis  n'a  pas  de  chancellerie  propre. 
Si  Ton  examine  ses  diplômes,  qu'ils  soient  datés  do  Paris  ou 
d*une  ville  d'Artois,  on  voit  que  non  seulement  ils  sont  faits 


1.  Scripta  de  feodis,  H.  F.,  XXIII,  685.  Aucun  acte  ne  nous 
montre  à  proprement  parler  Louis  de  France  faisant  hommage  à  son 
père.  Cependant  lorsque  le  comte  et  la  comtesse  de  Flandre  cédèrent 
a  Louis  Saint-Omor  et  Aire,  ils  écrivirent  à  Philippe-Auçuste  :  «  Sere- 
«  nitati  vestre  mandamus  et  volumus  ut  predictum  Ludovicum  recipiatis 
«  in  horainem  de  predicta  terra.  »  (^Arcn.  Pnsdr-CaL,  A  5,  n"  18).  Il  n'y 
a  aucune  raison  pour  que  Louis  n'ait  pas  prêté  en  effet  à  son  père  le 
serment  féodal.  Nous  avons  vu  que  selon  Roger  de  Wendover  il 
déclara  à  rassemblée  de  Melun  être  l'homme  lige  de  Philippe- 
Auguste. 

2.  Scripta  de  feodis,  681-682. 

3.  Delisle,  rv*  1383:  «Noverint,  etc...  quod  nosdilecto  etfideli  nostro 
W.  Nivernensi  episcopo  concessimus  quod  si  aliquishominum  suorum 

«  de  corpore...  in  domuiium  nostrumsive  carissimi  filii  nostri  Ludovici 
«  veniret,  noseum...  Nivernensi  episcopo  redderomus».  Louis  de  France 
n*aura  même  pas  à  intervenir. 

4.  Delisle,  n"  1221,  2053;  Teulet,  n»^  1217-1218,  1228.  Nous  avons 
TU  aussi  qu'en  1212  les  nobles  et  les  communes  d'Artois  durent 
s'engager  à  fournir  en  cas  de  besoin  leur  service  au  roi  de  France 
contre  son  héritier. 

5.  Guesnon,  Inventaire^  p.  8  et  17.  —  Delisle,  CataL,  p.  489,  note  1.  — 
Arch.  du  Pas-de-Calais,  A  5,  n»  13. 


208  SITUATION   DE   LOUIS   EN   ARTOIS. 

d'après  les  règles  de  la  diplomatique  royale,  mais  qu*encore 
ils  portent  toutes  les  mêmes  souscriptions,  à  une  seule  excep- 
tion près,  qu'un  diplôme  de  Philippe- Auguste.  Voici  par 
exemple  la  fin  d'un  acte  par  lequel  Louis  confirme  la  Keure 
de  Saint-Oiner  :  a  Actum  apud  Sanctum  Audomarum,  anno 
((  Domini  1311,  regni  vero  karissimi  domini  et  genitoris 
«  nostri  anno  xxxiii,  astantibus  in  palacio  ejusdem  patris 
((  nostri  quorum  nomina  supposita  sunt  et  signa  :  dapifero 
«  nuUo;  signum  Guidonis  buticularii,  signum  Bartholomei 
«  camerarii,  signum  Droconis  constabularii.  Data  vacante 
«  cancellaria,  per  manum  Guidonis  do  Atheiis^  ».  Ainsi  les 
noms  des  trois  grands  officiers  du  roi  figurent  dans  ce  diplôme 
fait  à  Saint-Onier  en  faveur  des  Audomarois,  de  même  que 
dans  les  diplômes  de  Philippe- Auguste;  seulement,  en  Tab- 
sence  d'un  chancelier,  c'est  le  frère  Guérin  qui  expédie  les 
actes  royaux  ;  les  actes  de  Louis  sont  expédiés  par  un  autre 
fidèle  serviteur  de  son  père,  Gui  d'Athies;  telle  est  la  seule 
différence ^  Enfin  Louis  n'a  point,  à  notre  connaissance,  de 
registre  oil  il  fasse  transcrire  les  actes  qui  l'intéressent 
particulièrement;  ces  actes  sont  copiés  sur  les  registres  de 
Philippe-Auguste'. 

De  tout  ce  (jui  précède,  il  ne  faut  point  conclure  que  Louis 
(le  Franco  n'ait  joué  aucun  rôle  en  Artois.  C'est  là  qu'il  a  fait 
sou  éducation  administrative.  Nous  le  voyons  par  exemple 
réunir  sa  cour  féodale  à  Bapaume  en  121!)  pour  juger  une 


1.  Giry,  ///a7.  de  Saint-Omer,  preuves,  404.  —  Autres  exemples  de 
diplôin(\s  de  Louis  de  France  :  ibidem,  405,  406  ;  —  Guesnon,  /n««i- 
faire,  8,  15,  etc..  Les  légères  variations  qu'on  peut  observer  dans  la 
diploinntique  des  actes  de  Louis  se  retrouvent  aussi  dans  la  diploma- 
tique de  l'hiL-Aug.,  qui  n'était  pas  absolument  uniforme. 

2.  Un  autre  diplôme,  daté  de  1219  et  rédigé  d'après  les  mêmes 
rendes,  a  été  ex^wHlié  par  ^'incont,  chapelain  de  Louis  {Pièce  justif. 
n"  iv).  (Juant  au  Guido  de  Verueris  (jui  aurait  rédigé  un  diplôme  ae 
1212,  selon  l'analyse  d*un  ancien  catalogue  déjà  cité  (A'omw.  arq.  fr. 
6268,  p.  1),  c'est  probablement  une  des  mauvaises  lectures  si  nom- 
breuses dans  ce  catalogue. 

3.  Par  exemple  :  la  charte  de  Louis  sur  les  droits  des  habitants 
d' An-as  (Hcf/isfre  E  df  Philippe- Au i/uste,  f«  88,  copie  partielle),  le 
traité  conclu  pur  lui  avec  Kerrand  en  1212  (Reg.  JJ  31,  f®  118),  l*acte 
par  lequel  Louis  se  réserve  certains  droits  dans  les  terres  de  Tabbaye 
de  Saint- Vaast  {lieg.  /:,  f»  159).  De  même  on  trouve  dans  les  LayeUesdu 
trésor  des  rhartes  dos  actes  relatant  des  conventions  passées  par  Louis 
avec  les  églises  d'Artois.  (Teulet.  n°»  1323,  1390,  1392). 


COUR  FÉODALE  DE  LOUIS.  209 

question  de  mutation  de  fief*.  En  mai  1223,  la  comtesse  de 
Saint-Pol,  pressée  par  ses  créanciers,  vient  en  la  présence 
de  Louis  céder  son  fief  pour  dix  ans  à  son  fils  aine,  Gui  de 
Chîitillon,  qui  s'engage  en  retour  à  payer  les  dettes  mater- 
nelles*. D'autres  fois,  Louis  confirme  une  donation,  une  assi- 
gnation de  douaire,  un  traité  de  paix  entre  deux  vassaux  *. 
Il  use  du  système  des  enquêtes  afin  de  respecter  les  vieilles 
coutumes  du  pays:  dès  qu'il  eut  en  1209  reçu  les  serments 
de  ses  vassaux,  nous  dit  un  contemporain,  «  il  conjura  ses 
«  hommes  et  ses  tenans  que  il  a  un  jour  li  seussent  a  dire 
«  comment  li  quens  Plielippes  ses  oncles  tcnoit  ceste  terre  et 
«  en  quel  point,  au  jour  que  il  s'en  ala  outre  mer;  et  si  home 
«  et  si  tenant  quant  il  furent  conjuré,  se  conseillierent  et 
«  enquiscnt  as  enchiens  homes  de  religion  et  serjans,  et  as 
«<  bourgois  anchians,  et  li  rendirent  lor  enqueste*  ». 

Les  rapports  de  Louis  avec  les  habitants  de  l'Artois  furent 
rendus  évidemment  aisés  par  l'anéantissement  de  la  puissance 
flamande  en  1214.  Avant  Bouvines,  deux  partis  existaient 
en  Artois.  Parmi  les  nobles,  les  uns,  comme  les  comtes  de 
Guines  et  de  Saint-Pol  et  le  châtelain  de  Saint-Omer,  étaient 
attachés  depuis  plus  ou  moins  lou^'tcmps  à  la  cause  capé- 
tienne'^; d'autres  essayaient  d'arrêter  les  menaçants  progrès 


1.  Pièce  jitst if.  n"  iv. 

2.  Arch.  du  S'ord,  B2I,  n"  .S80.  —  Autre  oxcin])le  de  cession  de 
fief  en  prêseîu'c  de  Louis,  en  1211-1212:  Arch.  du  /^ast-de-Calnis,  liasse 
A  5,  II'*  VJ.  —  Exemple  de  vente  en  la  cour  de  Louis,  à  Ilesdin:  Coll. 
Morenu,  vol.  125,  M  16. 

3.  Giry,  Ilist.  de  Saint-Onier,  407.  —  Warnkoni.::,  Flandrixche 
Slantit  und  Bevhtsgeschichte^  III,  2"  part.,  1  j3.  —  Tuilliar,  RerueiL  31. 

\.  Notice  relative  aux  pâturps  de  fjolleiiroiirt,  qiin  Louis  fit  restituer 
aux  habitants  d'Auchi  ('Inilliar,  Recnril^  76-77).  (ette décision,  comme 
le  prouve  le  préambule  de  la  notice,  fut  certainement  prise  par  Louis 
avant  son  avènement,  quoi  qu'en  dise  'l'ailliar.  —  Autre  exemple: 
Enijuète  faite  en  121(3  sur  l'ordre  de  Louis,  par  le  bailli  de  llesdin  ot 
l'abDÙ  de  Saint-André.  Arch.  du  Pn.^-de-(ltdais.  liasse  A  5,  n"  26. 

5.  Voy.  Oiry,  Châtelains  deSaint-lhnvr,  dans  iiift.  Er.  <]h..  X.X.KV, 
325  et  suiv.,  et  \X\V1,  91  et  suiv.,  et  //i\/.  de  Saint-Omtr,  96-97.  Les 
châtelains  d'Artois  jouèrent  un  grand  rôle,  dans  la  lutte  soutenue  i)ar 
Philippe-Aupuslc  contre  la  Mandre;  Guillaume  ^^  châtelain  de  Sainl- 
Omer,  était  un  véritable  petit  tyran  et  il  ^^arda  une  grande  puissance 
jusqu'au  jour  où  Louis  de  France,  rentré  définitivement  en  possession 
lie  Saint-Omer,  con.struisit  près  d'une  des  jxirtes  un  nouveau  château 
fort  et  dc()ouilla  le  châtelain  d'une  partie  de  ses  j)rérogatives.  Ce  fait 
eut  lieu  après  le  mariage  de  Kerrand,  en  1212  (et  non  en  1211  comme 
le  dit  M.  Giry).  Depuis  lors  Guillaume  fut  tidèle  à  la  famille  capé- 

Ch.  Pbtit-Di*taili.i9.  Bègne  de  Louis  VIII,  14 


210  LA   NOBLESSE   ARTESIENNE. 

de  Philippc-Âugustc  en  demandant  appui  à  la  Flandre,  à 
l'Angleterre  et  au  parti  guelfe.  Ceux-ci  avaient  pour  chef  Ke- 
nauddeDammarlin,  comte  de  Boulogne.  Au  temps  de  Henrill 
et  de  Richard  Cœur-de-Lion,  Renaud  trahit  deux  fois  Phi- 
lippe-Auguste, qui  essaya  en  vain  de  le  gagner  par  ses  bien- 
faits; enfin,  en  1211,  ayant  appris  les  négociations  engagées 
par  le  rebelle  avec  Jean  sans  Terre  et  Otton  de  Brunswick, 
le  roi  de  France  dirigea  une  armée  sur  le  Boulonnais.  Jugeant 
la  résistance  impossible,  Renaud  s'enfuit,  après  avoir  remis 
tout  son  fief  entre  les  mains  de  Louis  son  suzerain.  Pris  i 
Bouvines,  il  devait  mourir  en  captivité.  Louis  administra  le 
comté  de  Boulogne  jusqu'à  son  «avènement  au  trône;  c'est  au 
même  moment  en  eff'et  que  devint  majeur  son  frère  PhiUppe 
Hurepel,  qui  avait  épousé  la  fille  du  traître  Renaud  et  avait 
ainsi  hérité  le  fief  tombé  en  commise  ^  Avec  la  chute  retentis- 
sante de  Renaud  de  Dammartin  s'écroulèrent  les  dernières 
velléités  d'indépendance  de  la  féodalité  artésienne  ;  elle  se 
montra  généralement  dévouée  à  la  cause  de  Louis  pendant 
l'expédition  d'Angleterre  et  elle  lui  donna  pendant  son  règne 
un  de  ses  plus  fidèles  amis,  Gui  de  Chàtillon,  comte  de  Saint- 
Pol-. 

Louis  de  France,  cette  fois  par  une  politique  de  modératiott- 
et  de  concessions,  réussit  aussi  à  se  concilier  la  bourgeoisie. 
Nulle   part  il   n'y  avaU  dans  le   domaine   royal  un  groap^ 
compact  do  villes  aussi  florissantes  et  aussi  jalouses  de  leurs- 
libertés  que  Saint-Omer,  Aire,  Arras,  Hesdin',  etc....  A«- 
milieu  de  l'épouvantable  anarchie  qui  avait  désolé  la  Flandre* 


tienne  ;  le  prévôt  de  Saint  Orner  son  frère  resta  au  contraire  dans 
parti  flamand. 

1.  eiuill.  le  IJrcton,  Chron.,  SS  1^-.  199-  —  «  Licet  Mathildis,  hœr 
«  ejusdem  roniitatus  ex  parte  niatris  Ide  et  patris  Heinaldi  in  captivilat^ 
«  detenti.  Philippe  régis  Krancoruin  filio,  nondum  militi,  desponsaretur^ 
«  primo^'eniius  lanien  re^is  Krancorum  dominas  Ludovicus  curant 
«  ejusdem  ooniitatiisyerebat  »  {C/won.  d\Afuires,  763).  Philippe  fut  fai*^ 
cbevalier  par  son  frère  Louis  le  2  avril  122:{  {Chron.  de  Bernard  Itier-^ 
112).  Voyez  plu-^  loin.  Ih'uxii'ine  partie,  cliap.  VI. 

2.  l>ans  les  dernières  années.  Louis  ne  parait  avoir  eu  de  démêlés* 
qu'avec  le  ehâtelain  de  Bapaume,  au  sujet  d'une  question  de  pro  ^ 
priêtè.  LalTaire  tut  oonliée  à  l'arbitraire  de  trois  seigneurs  dupays.qa  "S 
prononcèroîit  en  faveur  de  Louis  (In/i.  du  Pas-tfe-Calni\'<,  \é,  n^  Ô- 

:J  Je  rappelle  que  le  J/rsiUnum  du  moyen  âge  est  aujourd'hui  Vieil  -^ 
Ilesdin  J'a>  de-Calais,  canton  du  Parcq).  La  ville  actuelle  de  Hesdi»  - 
da:e  du  wr  siècle. 


LES   VILLES   EN   ARTOIS.  211 

au  xii*  siècle,  les  villes  de  ce  comté  et  particulièrement  celles 
d* Artois,  n'avaient  point  cessé  de  croître  en  importance  éco- 
nomique. Dès  le  premier  quart  de  ce  siècle,  Aire,  Arras  et 
Saint-Omer  avaient  obtenu  des  Keurrn,  c'est-à-dire  dos 
chartes  contenant  une  constitution,  des  privilèges,  et  les  règles 
fondamentales  de  la  coutume  juridique.  Profitant  des  compé- 
titions à  la  dignité  coratale,  les  villes  imposèrent  leurs  con- 
ditions, entrèrent  dans  les  cadres  de  la  féodalité  flamande, 
se  firent  confirmer  et  augmenter  leurs  libertés  à  Tavènement 
de  chaque  nouveau  comte.. A  la  fin  du  siècle,  malgré  les 
rigueurs  du  puissant  Philippe  dWlsace,  elles  ne  désiraient 
nullement  changer  de  maître'.  Les  villes  du  nord-est  en 
particulier,  qui  étaient  anglo-flamandes  de  cœur  ou  plutôt 
d*intérèt,  passèrent  de  fort  mauvaise  grAce  sous  la  domination 
capétienne  et  acceptèrent  avec  joie  le  traité  de  12()0  qui  les 
annexait  de  nouveau  à  la  Flandre  ;  lorsque  Louis  de  France 
rompit  ce  traité  douze  ans  plus  tard,  Saint-Omer  et  Aire  ne 
cédèrent  qu'à  la  force'.  Dans  l'Artois  méridional,  les  senti- 
ments étaient  difl'érents.  A  Bouvines,  la  milice  d'Arras  com- 
battit courageusement  aux  côtés  mûmes  du  roi  de  France'.  C'est 
qu'ici  la  bourgeoisie,  en  rapports  moins  suivis  avec  les  com- 
merçants anglais  et  flamands,  s'était  laissé  capter  davantage 
par  les  bienfaits  de  Philippe-Auguste  pendant  la  minorité  de 
Louis  de  France.  Il  s'agissait  donc  pour  ce  dernier  de  conti- 
nuer la  politique  conciliante  de  son  père,  de  raffermir  la 
fidélité  des  uns  et  de  gagner  celle  des  aulres.  Louis  fut  admi- 
rablement servi  par  les  circonstances;  la  victoire  de  Bou- 
vines jeta  sur  le  nom  capétien  un  éclat  sans  pareil,  désarma 
pour  longtemps  les  comtes  de  Flandre,  (îut  enfin  pour  suites 
la  rébellion  des  barons  anglais  et  l'expédition  de  1210,  qui 
pendant  deux  ans  fit  espérer  aux  Artésiens  une  conc^uôte 
fructueuse  pour  leur  commerce  et  les  détacha  décidément 
de  la  cause  des  Plantageiiets.  Ils  gardèrent  forcément,  par 

1.  Warnkônig,  Ui%t.  de  Flandre,  II,  174.  —  Gir.v,  ///>/.  de  Saint- 
Om^r^  30,  43,  '«5,  63,  90.  —  Wauters,  Libertén  communales.  565.  — 
Voyez  plus  haut,  p.  17-18. 

2.  GiPV.  Hist.  de  Saint-Omer,  318  et  suiv.  —  V.  plus  haut,  p.  19-20. 

3.  Guill.  le  Breton,  Chron.,  JJ  lyi  :  «  Supervenientes  communie  spe- 
«  cialîterCorbeii,  Amhîanonses,  Bolvaci  et  <'oinperj«lii.  Atnihafr,  pcne- 
«  traverunt  cuneos  militum  et  pjsuerunt  se  ante  ip>um  regein.  » 


212  LOUIS   ET   LES   VILLES   d'ARTOIS. 

un  effet  de  la  nocossilé  économique,  des  relations  avec  TAn- 
gleterre,  mais  désormais  ils  restèrent  fidèles  aux  Capétiens. 
On  peut  distinguer  dans  les  actes  de  Louis  relatifs  au 
villes  d' Artois  :  1"  les  chartes  de  privilèges  communaux; 
2°  les  faveurs  et  donations  diverses. 

I.  En  1209,  Louis  de  France  accorde  aux  habitants  de 
Conchi  l'organisation  communale  et  les  lois  de  la  ville  de 
HesdinV  En  1211,  il  réédite  la  charte  de  Philippe-Auguste 
sur  les  droits  des  habitants  dWrras,  avec  quelques  additions; 
dans  les  articles  nouveaux  (art.  6,  IÎ3,  34,  35,  46,  47,  48, 
49,  50),  il  confirme  les  droits  judiciaires  des  échevins, 
précise  sur  quelques  points  la  législation  des  dettes,  règle  à 
nouveau  le  mode  d'élection  et  la  composition  du  corps  ninni- 
cipal  ;  les  membres  de  Téchevinage  ne  devront  avoir  entre 
eux  aucun  lien  de  parenté;  ils  seront  exempts  de  taille*. 
En  1215,  il  octroie  aux  bourgeois  de  Hesdin  une  charte  de 
((  commune  coutume  »,  où  il  fixe  la  législation  criminelle 
et  civile,  permet  de  lever  une  taille  pour  les  besoins  delà 
ville  à  condition  qu'elle  pèse  sur  tous  les  bourgeois,  fixe  la 
constitution  de  réchevinage,  et  confirme  les  coutumes  anté- 
rieures'. 

II.  QuebiU«'S  autres  charie'<  ont  un  caractère  moins  général. 
C'est  ainsi  «ju'rn  120i)  Louis  do  France  confirme  la  charte 
par  lajjuello  Philippe-Auiruste  accordait  à  ses  bourgeois  de 
Bapaume  le  privilèiri^  de  U'.'mmer  tous  les  quatorze  mois  un 
maire,  des  échevins  et  des  jurés  ^  la  même  année  il  accorde 

1.  llllii«lllé^îan«^17Fl?v;l^  lie  GodelVoy  tCo//.  Moreau.  voi.  396,  p.  45) 
d'aprî^s  le  -*'  f^'irtuf.  tf'Artnis.  La  pièce  n'existe  plus  dans  ce  cartulaire 
aiijoiir.l'liiii  tré<  mutilé  (1^  15'.*4  de-î  .ln*/<.  fin  Aon/). 

•J.  riii«»<:i.i:i.  Ittr>'fit''irt'  i{t\<  ch'n'tf.<  'TArrriji.  8  et  suiv.  (texte  latin); 
T:i:l!iir.  li  ■  'u'i/.  :»h  ot  >ii:v.  {^u-xw  n'in:iri).  Ci.  Oelisle,  n«»  417,  charte 
do  liy'i,  iMii  a  «'*•*  i»:irtii»'le!ii«!'î  ériitli'-o  par  M,  Ad.  de  raniovaoque 
dans  .Ni>M  I's.<fti  'iur  li  li"ttr;e}isi'^  fAn-'is  (  l/r-m.  dt*  i'Acad.  riWrras, 
-•  srrir,  \l.\.  1*115  ,t  >ir.vV 


yVoy.  Tailliar.  l'r  ('•ffl'r'ni>:fii^-^->!fntdi'<  communes  dans  le  nord  delà 
l'riimY,  l'«0  c\  su  \  .  Oiuir:*  à  .a  vharte  de  Philippe-AuîTUste  relatif 
à  la  riMîiinuiu'  do  llosd::K  tv!o  !:-»  ooinproïKiit  que  6  anioles  et  fixais 
Niirîoul  lo>  vlroits  dîi  roi  .}\\  ^'.o.  lio  liùt). 

1.  An-h.  du  Pii.<-de-i:'iia'S.  lias>e  A  5,  n"  13  :  cf.  Delisie,  n«  486. 


LOUIS  ET   LES   VILLES   d'aRTOIS.  213 

un  privilège  analogue  aux  bourgeois  de  Lens  et  leur  permet 
d'observer  les  coutumes  juridiques  d'ArrasV  En  1220,  il 
vend  aux  habitants  de  Hesdin  le  droit  de  détruire  les  halles 
qa*il  possédait  dans  la  ville  ^ 

En  dehors  de  ces  privilèges  politiques  et  juridiques  accordés 
aux  villes  d'Artois  dont  Philippe-Auguste  avait  transmis  la 
possession  à  son  fils  en  1209,  il  reste  à  signaler  les  faveurs 
accordées  par  Louis  de  France  aux  habitants  d'Aire  et  de  Saint- 
Omer  en  1212,  alors  qu'ils  venaient  d'accepter  bien  malgré  eux 
sa  domination.  Aux  bourgeois  d'Aire,  Louis  confirme  leurs 
privilèges  anciens'.  Dans  un  autre  acte,  il  leur  donne  un 
pâturage  et  permet  que  toute  personne  arrêtée  dans  la  banlieue 
d'Aire  soit  jugée  par  les  échevins  do  la  ville  selon  la  coutume*. 
En  faveur  de  ceux  de  Saint-Omer,  il  confirme  d'abord  la 
Keure  concédée  à  la  ville  par  Philippe  d'Alsace^;  ensuite  une 
antique  exemption  de  tonlieu  à  Gravelincs*,  une  transaction 
passée  en  1176  avec  Guillaume  de  Maline  pour  l'accomplisse- 
ment d'un  devoir  féodal',  et  une  charte  de  Philippe- Auguste 
accordant  aux  Audomarois  le  produit  des  fossés  de  leur  ville'; 
enfin,  comme  les  bourgeois  avaient  obtenu  dos  comtes  de 
Flandre  le  terrain  et  les  bâtiments  de  la  Gilde-Halle,  Louis 
leur  abandonna  à  son  tour  les  annexes  nouvelles  établies  à 
l'est  de  cet  édifice,  qui  était  à  la  fois  un  palais  de  justice  et 
un  marché'.  Il  n'oublia  pas  non  plus  de  concéder  un  fief 
important  à  l'un  des  plus  fameux  marchands  de  Saint-Omer, 
Florent  le  Riche,  qui  devait  servir  d'intermédiaire  pour  le 
paiement  de  l'indemnité  promise  par  le  gouvernement  anglais 
en  1217 ^ 

i.  Godef  roy,  Inventaire  des  Arch.  d'Artois  {Coll.  Morenit,\o\.  306, p.  44). 

2.  Arch.  (tu  f'aS'de-Cal.,  cnrtul.  dWiichi,  p.  'i'.ib.  Ce  cartulaire  aété 
imprimé  par  dom  Bcthenrourt,  mais  n'a  jamais  ôfé  publié. 

3.  Godefroy,  loc.  rit.^  52,  d'après  le  2«  Cartul.  dWrtoia. 

4.  Arch.  du  Nord,  B  1593,  f»  108  v».  Ce  dernier  privilège  fut 
confirmé  spécialement  en  1213.  (Giry,  Relations  de  la  roy.  avec  les 
villes,  52). 

5.  Giry,  I/ist,  de  Saint-Omer,  prcuv.,  404. 

6.  Id.,  312.  Même  acte  sous  une  date  erronée  ;  Ordonn.,  IV,  253.  — 
Cf.  Delisle,  n°  420. 

7.  Mifm.  de  la  Soc.  des  Antiq.  de  Morinie,  IV,  350.  Cf.  Giry,  op. 
cit.,  65-66. 

8.  Giry,  op.  cit.,  preuv.,  405. 

9.  Id.,  64,  et  preuv.,  406. 

10.  A!ém.  de  ta  Soc.  des  Antiq.  de  Morinie,  IV,  354. 


214  LOUIS   ET   LE   CLERGÉ  D  ARTOIS. 

L'Artois   comptait  beaucoup   de   célèbres  établissements 
religieux  ;  en  première  ligne  SaintBertin  et  Saint-Vaast.  C'est 
autour  de  ces  deux  monastères  que  s'étaient  formées  les  villes 
de  Saint-Omer  et  d'Arras.  L'abbaye  de  Saint-Bertin  perdit 
peu  à  pou  les  droits  qu'elle  avait  exercés  d'abord  sur  Saint- 
Omer  et  eut  de  fréquents  conflits  avec  les  habitants;  en  1175 
on  régla  la  question  des  limites  de  la  terre  abbatiale  et  de  la 
terre  communale;  Louis  de  France,  comme  l'avait  fait  son  père, 
adopta  et  confirma  ce  règlement* .  De  plus,  à  la  prière  de  l'abbé, 
il  confirma  tous  les  biens  du  couvent  et  ordonna  à  ses  officiers 
de  les  faire  respecter*.  L'abbaye  de  Saint- Vaast,  qui  ne  dépen- 
dait que  du  souverain  de  l'Artois  et  du  Saint-Siège,  voyait 
ses  droits  méconnus  par  ses  voisins,  et  même  par  Tévêque 
d'Arras\  Pour  mettre  fin  à  ces  empiétements,  Louis  décida  en 
1212-1213  que  dans  les  terres  de  Saint-Vaast  les  hommes 
libres  devaient  être  jugés  par  leurs  pairs,  et  les  «  vilains  »  par 
les  échevins  du  couvent:  ayant  fait  procéder  à  une  enquête 
pour  établir  les  droits  dont  Philippe  d'Alsace  jouissait  dans  les 
terres  abbatiales,  il  maintint  ces  droits  à  son  profit,  par  exem- 
ple ceux  de  haute  justice  et  d'avouerie.  Il  fit  seulement  abandun 
des  corvées*.  Les  échevins  d'Arras  ne  craignirent  pas  de  violer 
quelqu(*s  ann('^es  après  h»s  privilèges  juridiques  accordés  par 
Louis  (le  Franco  à  l'abbaye.  Ils  emprisonnèrent  et  mirent  au 
pilori  un  sergent  du  couviMit.  à  propos  d'un  droit  de  tonlieu 
que  celui-ci  avait  prétendu  lever.  En  dépit  d'une  sentence 
d'excommunication  confirmée  par  le  pape  en  1222,  la  commune 
ne  voulut  pas  céder  et  fit  subir  aux  moines  mille  vexations. 
C'est  que  Louis  de  France  ne  se  souciait  point  de  prendre  la 
défense    de   ceux-ci,  au   risque    do   s'aliéner   les   habitants 
d'.Vrras.  Son  bailli,  Nevelon,  n'était  intervenu  que  pour  ob- 
tenir pcndani  un  moment   la  levée  de   l'interdit.   Contraint 
enfin  par  les  réclamations  des  délégués  pontificaux  à  s'occuper 
de  rotto  question,  Louis  remit  à  rarchovéque  de  Reims  et  à 

1.  Tailiinr.  ncrhrnhes  pour  serrir  à  rHiat.  de  StVaast,  dans: 
Mnn.  ti^'l'  W.ifi,  ^fArnis,  \\\\.  m:  o\  s»iiv.  —  Girv,  J/isl.  de  Saint- 
Umt-n  oh:ip.  l  t»t  p.  *jr.-23ti:  —  prciiv..  406.  Cf.  Dofisle,  n"  420. 

2.  llaiirmTi*.  rjutrtr.<  t/o  Sf.  licrii,,,  n*»  r>20. 

;i.  Voy.  niio  it'ttre  ndresst  o  [o  I  jiiill.  1216  par  Innocent  III  au  cou- 
vent (if  Saint-Va.isi:  ro;Uia<i,  ii"  ôlJ». 

1.  {\{wsiu»i\.  Invent,   ivs  chartes  d'Arras.  15. 


LOUIS   ET   LE   CLERGÉ   d'aRTOIS.  215 

Tévêque  de  Senlis  le  soin  de  juger  «  la  querelle  qui  s*était 
«  élevée  entre  lui  et  ses  échevins  d'une  part,  et  d'autre  part 
a  le  couvent  de  Saint- Vaast  »  (Mai  1223).  Condamnés  par  les 
arbitres,  les  échevins  d'Arras  soulevèrent  des  exceptions, 
firent  un  procès  de  fond  sur  la  question  du  tonlicu.  Louis 
devenu  roi  se  désintéressa  de  l'affaire,  qui  traîna  en  longueur 
jusqu'en  1228'. 

Le  fils  de  Philippe-Auguste  accorda  aussi  au  chapitre 
d'Aire  la  confirmation  de  ses  biens  et  la  promesse  de  les 
défendre  en  qualité  d'avoué  ^  De  pareils  actes  prouvent  le 
souci  qu'avait  Louis  de  France  de  maintenir  sa  juridiction 
suprême  sur  les  établissements  religieux  de  l'Artois,  moyen- 
nant des  engagements  qu'il  oubliait  aisément,  s'il  craignait 
d'offenser  de  puissantes  communes.  De  même,  quand  il  re- 
nonce en  faveur  des  nonnes  d'Etrun  au  droit  d'ost  et  de  che- 
vauchée, ou  bien  lorsqu'il  conclut  une  convention  au  sujet  du 
mémo  droit  avec  les  moines  de  Mont-Saint-Quentin,  il  a  bien 
soin  de  se  réserver  la  connaissance  des  cas  de  haute  justice'. 
Quant  à  ses  relations  avec  les  couvents  d'Anchin,  de  Saint- 
Georges-de-Hesdiu,  de  Clairmarais,  d'Auchi-ies-Moincs,  de 
Saint-Josse-sur-Mer  et  de  Bourbourg,  elles  ne  présentent  rien 
qui  mérite  d'attirer  Tattention*. 

Voilà  ce  que  les  actes  nous  apprennent  sur  l'administration 
de  Louis  en  Artois.  Cette  administration  semble  avoir  été 
sage  et  régulière.  Nous  ne  savons  trop  quelle  importance  il 
faut  attacher  aux  protostations  de  l'Anonyme  de  Béthune 
contre  le  despotisme  des  baillis  d'Artois.  Après  la  victoire 
remportée  par  Philippe-Auguste  à  Bouvines,  nous  dit  ce 
chroniqueur,  «  tote  la  terre  fu  en  grant  pais  grant  pièce,  fors 
a  de  ses  baillius  qui  molt  faisoient  de  tors,  et  li  baillius  son 
€c  fil,  assés  plus,  dé  tant  de  terre  com  il  ot  a  tenir.  Et  ce  fu 
«  par  un  sien  sergent  que  on  apeloit  Nevelon,  qui  baillius 


1 .  Arch.  du  Pas-de-Cal.,  H.  2,  (copie  du  Cartul.  ronge  de  Saint-  Vaast) 
f***  3  à  35. 

2.  Arch.  du  Nord,  B  1564,  f«>  33. 

3.  Coll.  Moreau,  vol.  113,  f"  63,  et  vol.  119,  f°  108. 

^1.  Arck.  du  Nord,  cartul.  d'Anchin,  pièces  X  et  XIII.  —  Bib.  Nat. 
Lat.  5'i85,  pièce  IX.  —  Teulet,  n»^  13^0,  1392.  —  De  Coussemaker, 
Notice  sur  les  Archives  de  l'abbaye  de  Bourbourg j  dans:  Annales  du 
comité  flam.  de  France,  IV,  314. 


216  l' ARTOIS   ET   LES   CAPETIENS. 

«  estoit  d'Arras,  qui  en  tel  servage  mist  tote  la  terre  de 
«  Flandres  qui  en  la  partie  Looys  estoit  escheue,  que  tôt  cil 
«  ki  en  ooient  parler  s'en  esmerveilloient  cornent  il  le 
«  pooient  souffrir  ne  endurer*  ».  Ces  plaintes,  si  exagérées 
qu'elles  puissent  être,  prouvent  que  les  empiétements  des 
baillis  artésiens,  signalés  par  les  documents  au  temps  de 
Robert  d'Artois',  ont  commencé  dès  le  début  du  xiii'  siècle. 
Mais  les  habitants  du  pays,  redevables  au  gouvernement 
capétien  de  la  sécurité  et  de  la  paix,  ont  en  somme  trouvé 
leur  compte  à  ce  '<  servage  »  ;  la  brillante  prospérité  de  l'Artois 
au  xiii"  siècle  explique  <c  coment  il  le  pooient  souffrir  ne 
«  endurer.  » 

Ce  Ncvelon  le  Maréchal,  qui  maintenait  ainsi  en  Artois  les 
traditions  autoritaires  du  gouvernement  de  Philippe- Auguste, 
avait  été  créé  bailli  d'Arras  par  le  roi  au  plus  tard  dans  les 
premières  années  du  xiii®  siècle,  et  il  était  resté  à  son  poste 
après  la  majorité  de  Louis*.  C'était  lui  évidemment  qui  gou- 
vernait le  pays  pendant  les  longues  et  fréquentes  absences 
de  l'héritier  royal,  et  nous  avons  vu  que  Philippe-Auguste 
était  en  corrcspundance  directe  avec  lui.  Le  vieux  roi,  obligé 
do  laisser  à  Louis  quelque  liberté  dans  les  expéditions  loin^ 
taines,  se  dédommageait  en  le  surveillant  dans  ses  propres 
terres.  En  somme,  jusqu'à  sa  mort  il  tint  son  aîné  en 
tutelle,  et  jamais  son  despotisme  ne  provoqua  de  révolte 
dans  ce  cœur  soumis  ;  il  put  dire  sur  son  lit  d*agonie  :  «  Mon 
«  fils,  jamais  tu  ne  m'as  causé  de  peine*  ».  Une  fois  monté 
sur  le  trône,  guidé  encore  par  le  souvenir  de  son  père, 
entouré  des  vieux  conseillers  qui  avaient  contribué  à  l'éclat 
du  précédent  règne,  Louis  VllI  allait  continuer  avec  fidélité 
et  non  sans  gloire  la  politique  do  Philippe-Auguste. 

1.  Anon.  de  Béthune,  ^^  58  v«  et  59. 

2.  Voyez  Girv,  Hist.  de  Sainf-Omrr,  73,  118  et  suiv. 

H.  Selon  nnlssel,  (^^•.  des  fiefs,  I,  487),  Nevelon  était  déjà  bailli 
d'Arras  en  1202;  il  l'était  encore  en  1219  (Guesnon,  Inventaire  des 
chartes  d'Arras,  17). 

4.  «  Kili,  nunciuam  me  contristasti  »  ((Jonon  de  Lausanne,  783). 


FIN  DE  LA  PREMIÈRE  PARTIE. 


DEUXIÈME  PARTIE 


LE  REGNE  DE  LOUIS  VIII 


Cb.  Pktit-Di'Iaillis.  Règne  de  Louis  Mil,  14. 


CHAPITRE  I 


L'AVÈNEMENT  DE  LOriS  VIII. 


Philippe-Auguste  mourut  le  14  juillet  1223.  On  lui  fit  de 
magnifiques  funérailles  à  Saint-Denis.  A  coté  de  ses  enfants, 
la  foule  voyait  prier  pour  lui  dans  la  basilique  un  légat,  deux 
archevêques  et  une  vingtaine  d'évêques  qui  se  trouvaient  alors 
réunis  à  Paris  pour  délibérer  sur  les  affaires  d'Albigeois*. 

«  On  rapporte,  dit  Tannaliste  de  Waverley,  qu'avant  de 
«  mourir  ce  roi  appela  auprès  de  lui  son  fils  Louis,  et,  en 
H  présence  de  plusieurs  grands  de  son  royaume,  lui  pres- 
te crivit  de  craindre  Dieu  et  d'exalter  son  Église,  de  faire 
«  justice  à  son  peuple  et  surtout  de  protéger  les  pauvres  et 
«  les  petits  contre  l'insolence  des  orgueilleux.  »  A  ces  belles 
instructions  le  poète  Mousket  en  ajoute  d'autres  que  Philippe- 
Auguste  ne  dut  pas  omettre  :  Louis  devait  «lussi  ménager  le 
trésor  et  garder  soigneusement  les  conquêtes  que  son  père 
lui  laissait*. 

C'étaient  bien  là  sans  doute  les  volontés  du  vieux. mi.  11 
avait  élevé  la  monarchie  assez  haut  pour  être  satisfait  do  son 
œuvre  et  pour  désirer  que  son  fils  se  contentât  do  la  con- 
server et  de  la  continuer  discrètement.  Le  règne  de  Philippe- 
.\uguste  ne  fut  assurément  pas  un  accident  extraordinaire  dans 
l'histoire  de  sa  dynastie;  mais  révolution  de  la  royauté  capé- 
tienne, si  lente  encore  auxii*  siècle,  se  précipite  remarquable- 


1.  Ciuill.  le  Bret.,  Chrou.,  Contin,  du  ma.  de  Paris^  §7;  Philippide, 
1.  XII,  v.  54'*  et  suiv.  —  Mousket,  v.  23822  et  suiv. 

2.  Ann.  de  Waverley,  II,  298.  —  Mousket,  v.  23725  et  suiv.  —Cf.  la 
clause  du  testament  de  1222  relative  à  Louis  :  «  Item  donamus  et  lega- 
«  mus  karissimo filio nostro  Ludovico  primo^enito nostrootc...  ita  tamen 
«  qvod  uohUjvret  quod  in  deffenaione  rrgni  predictnm  pecuniam  expen- 
«  det  vel  in  peregnnationealiqua,  si  Deusei  inspiraret  quod  eam  farc- 
ret.  »{Teulet,  n"  1546).  —  Conori,  prévôt  de  Lausanne,  qui  était  à  Parisau 
moment  de  la  mort  de  Philippe-Auguste,  rapportée  peu  près  de  m<>me 
ses  dernières  volontés.  (Conon  de  Lausanne,  783). 


220  LA   ROYAUTÉ   EN    1223 

ment  pendant  ces  quarante-trois  années,  grâce  à  l'énergie  et  à 
la  patience  d'un  homme.  L^équilibre  de  la  monarchie  et  des 
grands  fiefs  est  décidément  rompu  etles  Plantagenets  ont  cessé 
d'être  les  plus  grands  propriétaires  du  royaume.  Philippe- 
Auguste  a  fait  do  la  maison  capétienne  la  famille  la  plus  riche 
de  Franco.  Au  domaine  étriqué  de  Louis  VIT  il  a  ajouté  TArtois, 
l'Amiénois,  le  Valois,  leVermandois,lescomtésdeClermont,de 
Beaumont  et  d'Alençon,  enfin  la  Normandie,  le  Maine,  l'Anjou, 
la  Touraine;  l'Aquitaine  même  a  été  entamée.  Ce  domaine, 
il  l'a  arraché  à  l'avidité  oppressive  des  prévôts,  qui  sont 
maintenant  réduits  à  un  rôle  secondaire;  presque  partout  des 
bailliages  sont  organisés.  Maintenant  que  la  royauté  a  des 
portes  sur  la  mer,  elle  devient  une  puissance  économique. 
Enfin  elle  prétend  étendre  son  autorité  sur  les  grands  fiefs 
et  elle  commence  à  avoir  véritablement  lea  mains  longues, 
selon  la  métaphore  chère  aux  écrivains  du  temps.  La  Flandre, 
le  Ponthieu,  T Auvergne  sont  sous  le  conti'ôle  direct  ou  dans 
la  quasi  possession  du  roi.  Le  comte  de  Champagne  vient  à 
peine  d*atteindre  sa  majorité  et  d'échapper  à  la  tutelle  mo- 
nfirchique.  Le  jeune  duc  de  Bourgogne  y  est  pleinement  soumis. 
Le  comte  de  Bretagne  est  une  créature  de  Philippe-Auguste. 
Dans  le  midi  même,  plusieurs  seigneuries  sont  entrées  dans 
la  mouvance  directe  de  la  dynastie  capétienne.  Partout  Ton 
a  vu   intervonir   le  roi   «  au  nord  comme  au  midi,    tantôt 
«  pour  mari(M'  de  riches  héritières,  tantôt  pour  régler  des 
«  successions  litigieuses^  ».  Partout  ralliancc  de  la  royauté 
avec  l'Eglise  et  les  villes  lui  a  assuré  des  centres  d'action 
et  (le  propagande.   Los  domaines  que  les  Plantagenets  ont 
conscM'vés  n'échappent  pas  à  cette   convoitise  universelle  et 
Philippe -Auguste  s'y    est   créé   de    secrètes  intelligences. 
Bref,  ce  prince,  le  premier  de  sa  race  qu'on  puisse  comparer 
aux  grands  empereurs  du  moyen  Age,  a  fourni  une  raison 
d'être  et   un  fondement   réel  aux   théories   pompeuses  des 
Abbon  et  dos  Sugor;  à  ce  trône  que  les  gens  d'Église  s'efibr- 
raiout  d'étayer  avec  les  traditions   mortes  de  la  civilisation 
anti(iue  il  a  donné  la  solidité  de  la  richesse  et  l'éclat  de  la 
victnirc.  Les  contemporains  ne  s'y  sont  pas  trompés;  ils  pen- 

I.  Dolislc.  Cafal.  Ufs  acte,^  de  PhfiAug.,  Inirod.,  p.  cxrv. 


POLITIQUE   DU   NOUVEAU   ROI  221 

saient  tous  avec  Giraud  de  Barri  que  depuis  Charlemagne  on 
n'avait  rien  vu  de  pareil  en  France'. 

Voici  maintenant  qu'au  bouillant  vieillard,  débordant  d'é- 
nergie active,  succède  le  fils  pieux  et  chétif  de  la  Flamande 
Isabelle.  Bien  que  Louis  soit  <  très  différent  »  de  son  père,  il 
aura  à  peu  près  les  mêmes  idées  et  usera  des  mômes  pro- 
cédés; ce  programme  qui  s'imposait  à  la  royauté  au  commen- 
cement du  XIII*  siècle  et  dont  nous  avons  esquissé  les  traits 
au  début  de  notre  étude,  il  cherchera  à  le  réaliser  plus  com- 
plètement encore  que  Philippe-Auguste,  qui  répugnait  à  s'oc- 
cuper des  affaires  du  midi,  capitales  cependant  pour  le  déve- 
loppement du  pouvoir  monarchique. 

Le  motif  principal  de  cette  persistance  d'une  môme  politique 
en  des  règnes  différents  est  évidemment  la  survivance  des 
serviteurs  expérimentés  que  le  père  laisse  au  fils.  Il  y  eut 
très  peu  d'hommes  nouveaux  pendant  la  courte  apparition  de 
Louis  VIII  sur  le  trône.  Le  personnage  le  plus  important  de 
la  cour  fut  un  des  contemporains  et  Tun  des  auxiliaires  les 
plus  fidèles  de  Philippe-Auguste,  Tévéque  de  Senlis,  Guériu. 
A  côté  de  lui  figurèrent  les  autres  vieux  conseillers  du  règne 
précédent,  tels  que  Mathieu  de  Montmorenci  et  Barthélemi  de 
Roie.  C'est  évidemment  à  tous  ces  collaborateurs  légués  par 
Philippe-Auguste  à  son  fils  que  revient  en  grande  partie 
rhonncur  de  l'œuvre  accomplie  ensuite  par  Louis  VIII.  Ce 
prince  avait  trente-six  ans  quand  il  monta  sur  le  trône  et 
n'était  point  d'humeur  à  vouloir  gouvenuT  seul.  S'il  avait 
jamais  eu,  ce  qui  est  bien  improba))lc,  le  caractère  impétueux 
de  Philippe-Auguste,  ces  ardeurs  impatientes  étaient  calmées 
maintenant  par  l'âge  et  la  longue  docilité  à  laquelle  l'avait 
contraint  son  père. 

1.  Deprinc.  instntct,,  138.  —  L'auteur  d'uuc  Histoire  de  Philijype- 
Augtiste^  aujourd'hui  perdue,  disait  dans  son  prologue: 

An  point  mist  le  rogne  de  France 
el  an  force  et  an  pooir 
qui  avant  soloit  poi  valoir. 

CRomania,  VI,  498).  —  Cf.  Ilist.  reg.  Franc,  ab  orif/ine  etc..  42'i. 
—  Sur  le  développement  du  pouvoir  royal  en  France  sous  Philippe- 
Auguste,  en  attendant  l'ouvrage  de  M.  Luchaire,  il  faut  consulter: 
Defisle,  Catal.f  Introd.,  particulièronicnt  p.  cxiii  et  suiv.  ;  —  Walker, 
On  the  increase  of  royal  power  xindcr  Phiffpp-August^  ouvrage 
incomplet,  mais  utile;  —  Davidsohn,  PhiUpp-Auguat  vnd  Ingeborg, 
chap.  I  ;  —  Luchaire,  Manuel  des  Instit.  franc.,  4«  partie,  passim. 


222  SACRE  DE  LOUIS  vni 

Louis  VIII  fut  sacré  le  6  août  1223  à  Reims  par  Tarche- 
vêque  Guillaume  de  Joinville,  en  présence  d*une  foule  de 
barons;  parmi  eux  on  remarquait  le  roi  de  Jérusalem,  Jean 
de  Brienne,  récemment  revenu  d'Orient.  Pour  faire  cesser 
les  contestations  entre  les  seigneurs  qui  voulaient  porter 
Tcpée  du  roi,  on  avait  confié  ce  soin  à  Philippe  Hurepel. 
Après  la  cérémonie  du  couronnement,  le  cortège  se  rendit 
en  grande  pompe  à  la  salle  du  banquet.  La  fête  coûta  à  Tar- 
chevêque  et  aux  bourgeois  de  Reims  4,000  livres parisis,  c'est- 
à-dire  environ  350,000  fr.  de  notre  monnaie*.  Puis  Louis  VIII 
fit  son  entrée  à  Paris.  Nicolas  de  Brai  nous  a  laissé  une 
copieuse  description  de  Taccueil  enthousiaste  qu*on  fit  au 
nouveau  roi;  malheureusement  le  cerveau  de  ce  poète  est 
tellement  encombré  par  les  souvenirs  de  Virgile,  sa  vision  de 
la  réalité  est  si  obscurcie  par  Tenvie  tenace  de  faire  de  beaux 
hexamètres,  que  peut-être  aucune  partie  de  ce  récit  n'est 
exacte*. 

Nous  avons  vu  en  quel  état  de  demi-sujétion  se  trouvaient 
les  grandes  maisons  féodales  à  la  mort  de  Philippe- Auguste. 
Louis  VIII  prit  donc  le  sceptre  sans  contestation,  bien  que 
le  premier  de  sa  race  il  n'eût  pas  été  couronné  du  vivant  de 
son  père.  Cependant,  comme  nous  le  verrons,  le  gouverne- 
ment anglais  s'eflforra  de  lui  créer  des  difficultés  et  éleva  des 
prétentions  sur  les  provinces  que  Philippe-Auguste  avait 
conquises  au  commencement  du  siècle.  Ce  fut  un  des  motifs 
qui  dôtcrminèrcnt  Louis  à  visiter  immédiatement  son  domaine, 
ot  tout  d'abord  les  pays  récemment  annexés.  Au  mois  de  sep- 
ti»nibn\  il  parcourt  la  Touraine,  TAnjou  et  la  Normandie. 
En  novembre,  il  fait  un  second  voyage;  cette  fois  il  se  dirige 
vers  le  nord,  visite  Noyon,  Chauni,  Saint-Quentin,  Péronne, 

1.  Chron.  de  Tours,  30'i.  —  Vinc.  do  Beauvaîs,  1275.  —  Mousket. 
V.  2i241  et  suiv.  —  Méiiestrol  do  Reims,  ijS  309-310.  Sur  le  débat  qui 
s'élova  outre  1  airhovOfiiio  et  les  bourgeois  pour  le  paiement  des  frais 
du  sacre,  v.  Cafal.  des  actes  de  Louis  VIII,  n"*  9  et  37  et  Ménestrel  de 
Heims.  ij.^  311  à  313.  —  Doin  Hrial  (/list.  IJtirr.  de  la  Fr.,  XIV,  22  et 
suiv.)  attribue  au  rogne  de  Louis  VIII,  sans  raisons  bien  probantes,  le 
document  que  du  Tillot  i)résente  comme  le  formulaire  pour  le  sacre 
de  Pliilipj)o-.\uguste.  Hrial  doute  d'ailleurs  de  l'authencite  de  ce  docu- 
ment, qui  nous  paraît  à  nous-mômo  plus  (|ue  suspect. 

2.  Sic.  de  Brai,  p.  313.  —  LWntipbonaire  de  Pierre  de  Médicis  con- 
tient une  courte  pièce  de  vers  célébrant  le  sacre  de  Louis  VIII. 
(Annuatre  liuVeUn  de  la  Soc.  d'IIisi.  de  Fr.,  ann.  1885,  p.  132). 


VOYAGES  DANS  LE  DOMAINE  ROYAL  223 

Arras,  Douai,  Montreuil-siir-Mer,  Saint-Riquier,  Abbeville, 
Corbie  et  cette  sorte  d'inspection  ne  se  termine  qu'à  la  fin 
du  mois  de  décembre.  Pendant  ces  tournées,  Louis  fut  partout 
bien  accueilli.  A  Tours,  le  chroniqueur  Péan  Gatineau  le  vit 
recevoir  en  grande  pompe  dans  Téglise  de  Saint-Martin,  puis 
dans  celle  de  Saint-Maurice,  et  de  là  il  poursuivit  son  voyage, 
recueillant  sans  difficulté  les  hommages  et  les  serments  de 
fidélité.  Selon  Nicolas  de  Brai,  le  roi  ne  trouva  dans  toutes 
les  provinces  que  paix  et  prospérité  :  «  Il  n'est  personne  qui 
«  s'insurge  et  qui  dirige  ses  armes  contre  la  majesté  royale  ; 
ce  la  Normandie  ne  lève  pas  la  tête;  la  Flandre  ne  refuse 
«  point  de  courber  humblement  la  nuque  sous  le  joug  d'un 
«  tel  maître*.  »  Le  gouvernement  souvent  oppressif  do  Phi- 
lippe-Auguste avait  sans  aucun  doute  excité  des  méconten- 
tements, aussi  bien  dans  les  pays  nouvellement  conquis  que 
dans  le  reste  du  domaine  et  du  royaume.  Mais  les  souverains 
énergiques  ne  paient  généralement  pas  eux-mêmes  le  prix  de 
leur  rude  autoritarisme.  Philippe-Auguste  avait  gagné  ou 
réduit  au  silence  ceux  qui  pouvaient  parler  assez  haut  pour 
être  entendus.  A  l'avènement  de  Louis  VIII,  aucun  symptôme 
de  réaction  ne  se  manifestait  encore  ^ 


i.  hinér.  de  Louis  VIII,  Appendice  n®  III. —  Chron,  de  Tours,  304. 
—  Nie.  de  Brai,  317.  —  CaUit.,  n®  50. 

2.  Cependant  Raoul  de  Coggeshall,  p.  195,  dit  (lue  peu  de  jours  avant 
sa  mort  Philippe-Auguste  délitera  avec  ses  Hdèles  «  de  quibusdam 
a  baronibus  qui  contra  eum  conspiraverant.  »  Aucun  autrti  chroniqueur 
ne  mentionne  ce  fait. 


CHAPITRE  II. 

LA  CONQDfîTE  DU  POITOU. 

En  1220,  Honorius  III  avait  obtenu  de  Philippe- Auguste 
qu'il  prorogeât  pour  quatre  ans  la  suspension  des  hostilités 
avec  l'Angleterre.  Cette  trêve  nouvelle  devait  se  terminer  aux 
fêles  de  Pâques  de  1224.  Quelques  mois  avant  la  mort  du 
roi  de  France,  le  pape  lui  demanda  de  se  réconcilier  défini- 
tivement avec  Henri  III  ;  il  invoquait  comme  toujours  les  in- 
térêts de  la  Terre  Sainte.  Philippe-Auguste  ne  refusa  pas  de 
prolonger  encore  une  fois  la  trêve,  mais  il  mourut  trop  tût 
pour  pouvoir  le  faire*. 

Lorsque  Louis  monta  sur  le  trône,  le  désarroi  qu'il  voyait 
régner  en  Angleterre  était  bien  fait  pour  l'engager  à  fermer 
Toreille  aux  exhortations  pontificales.  Guillaume  le  Maréchal 
était  mort  vingt  mois  après  la  paix  de  Lambeth  et  le  pays 
s'était  trouvé  livré  à  une  oligarchie  égoïste  et  avide.  Les 
anciens  serviteurs  de  Jean  sans  Terre,  tels  que  le  comte  de 
Cliester,  l'évêque  Pierre  des  Roches,  Fauquet  de  Bréauté. 
avaient  profité  de  la  défaite  de  Louis  de  Franco  pour  se  par- 
tager les  bonnes  places  ;  ils  s'étaient  approprié  les  châteaux  . 
royaux  et  traitaient  d'égal  à  égal  avec  la  royauté.  La  régence 
appartint  quelque  temps  en  fait  à  la  papauté,  mais  la  chute 
retentissante  du  légat  Pandolplie  en  1221  diminua  sensible- 
ment TintlufMice  théocratique;  le  pouvoir  suprême  passa  aa 
grand  justicier  Hubert  de  Bourg,  alors  entouré  du  prestige 
que  donnent  une  immense  fortune,  une  bravoure  et  un  loya- 
lisme éprouvés.  Hubert  essaya  de  restaurer  l'autorité  cen- 
traie.  Mais  ceux  qui  jadis  l'avaient  aidé  à  faire  triompher 
Henri  III  avaient  presque  tous  pris  pendant  l'invasion  fran^ 
çaisn  des  habitudes  d'indépendance  (jui  leur  rendaient  insup- 
portable toute  tentative  de  réorganisation  générale.  Ils  accu-^ 
saient  Hubert  de  Bourg  de  les  calomnier  auprès  du  jeune  Henri 

1.  DoUnIp.  n"^  \9ho-\ro:.  —  Pottliast,  w^'  G997  et  7169. 


LODIS    VIII    ET    L'ANGLETERRE  225 

t  de  dilapider  les  fonds  publics.  L'un  d'entre  eux,  le  comte 
'Aumale,  fut  pendant  quelque  temps  eu  guerre  avec  le  roi. 
D  dehors  de  cette  oligarchie  où  les  mécontents  ne  manquaient 

ta,  s'agitait  le  parti  constitutionnel,  qui  avait  peu  ou  point 

irt  au  pouvoir  et  se  plaignait  que  la  Grande  Charte,  dont 
1  était  parvenu  après  tant  de  sang  versé  à  faire  solennelle- 
lent  confirmer  presque  toute  la  teneur,  fût  systématiquement 
iolée  par  les  officiers  du  roi.  Enfin  le  trésor  était  vide, 
Irlande  était  plus  indépendante  que  jamais,  et  Llewelyn 
usait  d'incessantes  incursions  en  Angleterre.  Au  milieu  de 
ils  embarras,  on  comprend  l'émoi  du  gouvernement  anglais 
la  nouvelle  que  Louis,  le  rival  malheureux  de  Henri  III,  venait 
)  monter  sur  le  trône  de  Franco'. 

Louis  VIII  était  certainement  tout  disposé  à  justifier  cet 
noi  et  à  profiter  de  la  situation  de  l'Angleterre  pour  venger 
»néchecdel216.0n  trouve  dans  le  poème  de  Nicolas  de  Urai 
ne  trace  assez  nette  des  sentiments  que  devaient  éprouver 
lors  le  roi  et  les  royalistes,  si  l'on  peut  employer  ce  mot 
er  ceux  qui,  comme  Nicolas,  s'intéressaient  pas- 
iDunément  aux  progrès  et  à  la  gloire  de  la  monarchie.  Dans 

,  des  étranges  discours  que  le  poète  répand  à  profusion 
son  œuvre,   il   rappelle   avec   orgueil   que   la  Grande- 

%tagne  a  autrefois  obéi  au  prince  français'.  Une  autre 
Brangue,  que  Louis  VIII  lui-même  est  censé  prononcer  au 
loment  de  son  départ  pour  le  Poitou,  est  toute  pleine  du 
Wvenir  des  dommages  et  des  humiliations  que  Richard 
œur  de  Lion  a  fait  subir  à  la  France;    le  fils  de  Henri  II  y 

t  même  accusé  d'avoir  essayé  d'empoisonner  Philippe- 

guste*.  Le  vieux  chapelain  de  Philippe- Auguste,  Guillaume 


t.  Voy.  U  Chronique  du  chanoine  de  Barnwell.  240  et  suiv.  ;  et  la 
•'-"i'nwtn'n  Faleasii  coram  domino  papa,  ibidem,  259  et  suiï,  ;  — 
\r  de  Wendover,  III,  33  et  suiv.  ;  — Ann.de  Dunilaple,  9S  :  et  sur- 
tlet  Aoyat  Lellers  publiées  avec  une  excellente  introduction  par 
rl«y.  —  National  biography,  art.  Hubert  de  Durgh,  Vil,  317. 
!.  Nicolas  de  Brai,  p.  319. 

1.  llaud  reor  immeraores  vos  esse,  quoi  Anglia  scmper 

Intutil  insidias  nobis,  quot  bella,  quoi  hoslea, 
Quoi  clddea,  qnot  damna  meis,  régnante  Hichardo, 
Quen  Furor  et  rabica  arraavit  tanla,  ijuod  olim 
Kec  renuens  homines,  nec  siimmi  Judicis  irsm, 
Patris  inetllium  noslri  lelhale  renenum 
Miscuit,  et  f  its  dïHsolvere  iila  paraviL 

(Nicolas  de  Brai,  p.  324). 


Cn.  Pet 


-Is.  /li'jTW  de  Loi 


VIII. 


15 


226  LE    TERRAIN    DE    LA    QL'EBRE 

le  Breton,  nous  a  laissé  un  témoignage  plus  précis  encore  de 
l'ambition  qu'oD  pK-tait  au  nouveau  roi  dans  son  entourage; 
la  ((  CoHclusio  exhortativa  Ltidovico  novo  régi  »  qui  termine 
la  Philippide  a  été  écrite  en  1224  à  l'époque  du  siège  de  11 
Rochelle;  le  poète  attribue  à  Louis  l'intcnliou  de  passer  la 
Garonne,  de  pousser  jusqu'aux  Pyrénées  et  de  chasser  com- 
plètement l'étranger  du  royaume;  enfin,  à  deux  reprises,  il 
l'exhorte  k  dépouiller  Henri  III  d'une  couronne  qui  est  le  légi- 
time héritage  deBljinche  de  Castille'. 

Le  terrain  de  la  guerre  allait  être  ce  qu'on  appelait  encon 
l'Aquitaine  et  surtout  le  pays  quis'étend  entre  la  Loire 
Garonne.  De  ce  côté,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  l'rBUvre  de 
conquèlo  avait  été  à  peine  ébauchée  par  Philippe-Auguslâ. 
Si  l'on  excepte  les  ports  et  les  lies  de  l'Océan,  le  Poitou 
avait  été  soumis  en  1203-1204;  mais  il  avait  été  presque 
immédiatement  perdu  ou  peu  s'en  faut  ;  c'est  là  un  fait  qu'o- 
mettent la  plupart  des  histoires  générales  et  qui  cependant 
est  l'unique  raison  de  l'expédition  de  1224.  Parmi  les  villes, 
Poitiers  resta  seule  sous  la  domination  de  Phîlippe-Augusti 
qui  lui  concéda  une  commune  en  1222;  Niort  et  Saînt-Jean- 
d'Angéli  lui  échappèrent  très  peu  de  temps  après  leur  sou- 
mission*. 

L'histoire  du  Pérîgord  et  du  Limousin  pendant  la  dernière 
moitié  du  règne  de  Philippe-Auguste  montre  d'une  façon 
particulièrement  nette  combien  toute  domination  snpérieurer 
soit  anglaise,  soit  frani;aise,  était  précaire  en  cette  régiofl, 
En  1204,  le  comte  de  Périgord  et  la  municipalité  de  Pui- 
Saint-Front  vinrent  sous  les  murs  de  Rouen  jurer  fidélité  i 
Philippe-Auguste;  Pui- Saint-Front,  qui  était  ui 
immédiatement  à  côté  de  la  cité  de  Périgueux.  avait  reçu 
quelques  années  auparavant  une  organisation  muniripala 
spéciale,  et  les  deux  villes  étaient  en  incessante  rivalité;  ausà 
les  habitants  de  Périgueux  ne  prêtèrent-ils  pas  serment  a" 
roi  de  France.  Le  comte  Archambaud  1,  jusqu'à  sa  mort  en 
1214,  tourna  et  retourna  casaque  plusieurs  fois,  selon  qu'il 
était  plus  directement  menacé  par  Jean  ou  par  Philipp<>- 

1.  Philippide.  Xil,  V.  S20  à  S40,  859  à  864. 

2.  (iiry,  Etabl.  de  Rouen,  I,  2iO  et  suit.,  295  et  :15S,  —  Oelisle. 
n-  217B. 


LE  FSRIOOKD   ET   LE   LtHOtlSIN  227 

oguate.  Son  successeur  resta  évidemment  fidèle  à  l'Angle- 

rre;  mais  les  agents  français  travaillaient  sourdement  contre 

domination  des  Plantagenets,  et  au  début  du  règne  de 

ouis  Vin  ils  remportèrent  une  victoire  importante  :  les  habi- 

,ts  de  Pui-Saint-Front,  qui  avaient  dû  certainement  aban- 

iner  le  parti  de  Philippe-Auguste,  firent  serment  de  fidélité 

nouveau  roi,  devant  son  clerc  Philippe  de  Louveciennes 

L  son  écuyer  Jean;  le  même  serment  fut  prêté  par  les  bour- 

B0Î8   de  Sarlat,  qui,  à  ce  qu'il  semble,  n'avaient  pas  été 

imis  par  Philippe-Auguste.  Le  sceau  appendu  aux  lettres 

s  bourgeois  de  Sarlat  porte  dans  le  champ  une  fleur  de  lis 

iptembre  1223)'.    L'histoire  du  Limousin   est  également 

rpique.  Dés  1199,  le  vicomte  de  Limoges  avait  abandonné 

icbard  Cœur-de-Lion  pour    Philippe-Auguste,  et  l'évêque 

aivit  son  exemple  en  1203.  En  1212,  le  roi  de  France  prend 

lUs  sa  protection  les  habitants  de  Limoges  et  promet  de  ne 

imais  laisser  sortir  cette  ville  du  domaine  de  la  couronne; 

,s  en  1214  Jean  débarque  en  Poitou  avec  une  armée  con- 

idérable;  le  vicomte  écrit  alors  à  Philippe- Auguste  qu'il  ne 

rit  plus  compter  sur  lui,  car  Jean  est  son  k  seigneur  naturel  " 

a  des  forces  invincibles;  le  Limousin  est  donc  perdu.  Mais 

nouvel  évèqoe  élu  en  1219  noue  des  intrigues  avec  Philippe- 

.nguste  et  lorsque  Louis  VIII  se  préparera  à  entrer  en  cam- 

ogne  il  demandera  k  la  commune  de  Limoges  de  lui  fournir 

is  troupes*. 

Rien  n'était  plus  mal  défini  alors  que  la  situation  de 
ette  région  entre  la  Loire  et  la  Garonne.  C'était  surtout 
lans  l'attitude  des  barons  du  Poitou  proprement  dit  que 
égnait  une  incertitude  absolue,  Leur  but  était  évidemment 
^dépendance;  la  rivalité  des  rois  Je  France  et  d'Angleterre 
^ût  une  bonne  aubaine  pour  eux  :  ils  en  profitaient  pour 

».  DoBsalîe».  ffiBt.  du  Périfiord,  I,  203-204,  222  et  auiv.,  231.  294  et 
liv.  —  Catal.  des  acirs  de  Louis  VllT,  n"  22  et  23.  —  Tculet  (n"  1620, 
Hr)  a  commis  une  singulièro  bévue  à  l'égard  lie  Pui-Saint-Front. 
.  Dessalles  me  semble  avoir  parfaitement  démontré  oue  ce  fut  Pui- 
lint-Front  el  non  Périgueax,  comme  le  croyait  M.  Delisle,  qui  fil  le 
innent  de  1204  Uliit.  du  Pérignrd,  I,  300-301  et  noie.  Cf.  Delisle, 
•  823).  —  Cf.  A.  de  Froidefond,  Maires  de  Pirigueux,  dans  Annalti 
trie,  et  litt.  de  la  Dordognt,  XXXIV,  p.  451  et  456. 
i;  a.  Delisle,  n"  553,  875,  1409,  1431.  —  Litt.  pat.,  111  et  115.  — 
ïhiriey,  n"  51,  —  Gain;,  den  actes  de  Louis  VIII,  n"  112. 


228 


SITUATION  DU   POITOU 


vendre  leur  obéissance  au  plus  offrant  et  oublier  ensuite  le 
contrat,  Eu  1214,  Jean  sans  Terre  les  avait  gagnés  facilement 
à  sa  cause  en  leur  donnant  de  l'argent  et  des  terres'.  C'était 
au  tour  du  roi  de  France  de  pousser  les  enchères.  II  ne  pou- 
vait en  effet  être  question  de  traiter  ces  puissants  barona 
comme  Philippe-Auguste  avait  traité  les  seigneurs  normands, 
accueillant  celui-ci  en  grâce,  expropriant  celui-là.  On  ne 
pouvait  songer  qu'à  enlever  leur  hommage  au  roi  d'Angle- 
terre, à  immédiatiser  leurs  flefs  par  une  entente  à  l'amiable'. 

Quant  aux  communes,  il  se  trouva  que  pendant  la  minorité 
de  Henri  III  elles  furent  tout  naturellement  amenées  à  désirer 
un  autre  maître. 

Au  commencement  du  xiii"  siècle,  le  Poitou  était  prospère, 
et  nul  ne  songeait  à  se  plaindre  de  la  domination  anglaise. 
La  Rochelle,  Niort,  Saint-Jean-d'Angéli,  étaient  des  villea 
très  peuplées  et  très  riches;  riches  surtout  par  les  vins  que 
produisaient  les  crus  dos  environs  et  que  l'on  exportail  sur 
les  marchés  d'outre  mer.  La  Rochelle,  i»  l'idole  des  Poitevins  ■>, 
était  "  la  source  de  l'exquis  breuvage^  «.  Niort,  située  sur 
la  Sèvre  alors  navigable,  envoyait  non  seulement  les  Tina, 
mais  aussi  les  blés  et  les  laines  du  pays  jusqu'en  Flandre  et 
en  Espagne'.  Mais  en  quelques  années  cette  prospérité  dé- 
clina, l'argent  et  les  marchandises  cessèrent  presque  de 
circuler.  C'est  que  la  sécurité  avait  disparu.  Pendant  les 
dernières  années  du  règne  de  Philippe- Auguste,  les  grands  et 
les  petits  seigneurs  du  pays,  satisfaits  de  pouvoir  s'enrichir 
sans  peine  aux  dépens  des  communes,  excités  peut-être  aussi 

1.  Sur  les  pansions  accordées  par  Jean  aux  Poitevins  en  <SIi,  t. 
Deiisle,  Mém.  sur  lex  opér.  /fn-  deë  Templiers,  dans  Mém.  Acad.  /ruer., 
XXXlll,  2-  part-,  H. 

2.  Cf.  ce  que  l'annalistode  Danstaplc,  p. 41,  dit  de  l'eitpiédition  de  Jean 
Sans  Terre  en  Poitou  en  1213  :  ■  Multas  civitates  et  oppida  recupenvit 
n  non  in  dominicum  sed  dominos  castrorum  in  auum  servitium.  »  — 
Nous  ne  connaissons  qu'un  seigneur  poitevin  resté  fidèie  à  Philippe 
Auguste  et  que  Louis  n'avait  pas  besoin  d'acheter;  c'est  Uugue  d« 
Dau<;ai,  dont  la  seigneurie  était  située  prés  de  I.oudun.  Il  était  attachi 
au  parti  d'Artur  et  du  roi  de  France  au  commencement  du  aiéela 
(v.  un  art.  de  G.  Dubois  dans  Bib.  Kq.  Cit.,  .fXXIV,  531)  et  le  8  avril 
1224.  Henri  111  ordonna  au  comte  de  la  Marche  de  saisir  s^s  terrw 
dès  la  rupture  de  la  trêve,  parce  qu'il  était  ■■  avec  le  roi  de  France  ■ 
(Litl.  Ctatit.,  I,  592  ^). 

'i.  Strophes  sur  la  prise  de  la  Hofhelle,  dans  l'Antiphonaire  de 

Pierre  de  Médicis  (Ann.  /Inll.  de  la  Soc.  defl/isl.  de  Fr..  I88S.  p.  11!). 

4.  Dardonnf t,  Mort  tlla  liochrlle,  20.—  tliry,  F.tabliss.  de  liouen,  238. 


RUINE   DES   COMMUNES 


229 


par  les  agents  do  roi  de  France,  multiplièrent  les  violences 
et  les  brigandages  contre  une  bourgeoisie  peu  habituée  à  se 
Idéfendre  elle-même.  Les  lettres  adressées  à  Henri  IH  par  ses 
Rlénéchaux  et  par  les  communes  sont  pleines  do  lamentations  ; 
c'est  surtout  en  1219-1220  que  les  habitants  de  la  Rochelle, 
ftde   Niort,    de  Saiot-Jean-d'Angéli  redoublent  leurs  plaintes 
lontre  Hugue  de  Lusignan.  Aimori  et  Hugue  de  Thouars, 
Haoul  de  Rançon,   Guillaume   Maingot,   Guillaume  l'Archo- 
^que.  etc..  Tantôt  ces  barons  brigands  se  faisaient  acheter 
tort  cher  un  appui  équivoque,  tantilt  ils  arrivaient  en  armes 
bux  environs  d'une  cité,  et,  sous  les  yeux  des  habitants  qui 
pu  haut  des   remparts  assistaient  impuissants  à  leur  ruine, 
I  brûlait  les  récoltes,  on  détruisait  les  vignes,  on  brisait 
i  pressoirs;  si  un  bourgeois  se  laissait  prendre,  il   était 
rançon,  à    moins  qu'il  ne   subit    quelque    supplice, 
tomme   ces  Niortais  auxquels  Guillaume   l'Archevêque   fit 
îrever  les  yeux,  par  simple  caprice  de  bandit.  La  ville  offrait- 
rtle  d'acheter  une  tr^ve,  les  nobles  empochaient  l'argent. 
recommençaient  le  lendemain.  Ces    pillages  incessants 
laissaient  à  peine  aux  habitants  la  quantité  de  denrées  suffi- 
sante  pour  leur  consommation.    Les  exportations    étaient 
maiutenaut  réduites  à  un  chiffre  insignifiant.  Comment  d'aîl- 
Bnrs  eût-un  pu  commercer?  Ilugue  de  Lusignan  et  ses  ilignos 
srtenaires  occupaient  les  grands  chemins  et  arrêtaient  les 
unvois.  Une  lettre  des  Rochelaisà  Henri  III  nous  a  conservé 
i  texte  d'un  avis  que  Hugue  de  Thouars  leur  envoyait  en 
2  et  qu'ils  qualifiaient  non  sans  quelque  raison  A'indccens 
ndalum.  Il  faut  citer  cet  impertinent  billet  en  latin  pour 
laisser  sa  saveur  :   «   Rusticis  agrestibus  de  Rupella, 
malam  salutem.  Mando  vobîs  quod  pro  rege  Anglie,  nec 
>  pro  vobis,   nullatenus   dimittam   quin  castrum   meum   fir- 
r  marem.  Et  sciatîs  pro  certo  quod  illud  praesto  sum  fir- 
I  miter  roborare.  Et  si  quis  mîhi  aliquam  injuriam  focerit, 
I  extra  portas  audebitis  nullatenus  exire  ».  Par  un  raffine- 
ihent  ironique,  li^s  iiarons  forçaient  les  bourgeois  à  écrire  au 
joi  d'Angleterre  des  lettres  où  ils  protestaient  de  leur  bonne 
Dt6nte  avec  la  noblesse  poitevine'. 


_.  Shirley,  n<":io.79,8l.  106,  115,  I2a,  121,  162,164,  IG9.- 
QÏM,  Royal  Lettert,  n»  171, 


Record 


230  HUGUE   DE   LUSIGNAN 

Le  Saint-Siège  et  les  conseillers  de  Henri  III  firent  des 
efforts  intermittents  pour  modifier  cette  lamentable  situation, 
mais  sans  aucun  succès.  Depuis  l'aTènement  de  Henri  111 
jusqu'à  celui  de  Louis  VIII  la  sénéchaussée  du  Poitou  compta 
successivement  six  titulaires.  Lo  dernier,  l'énergique  Savari 
de  Mauléon,  ne  réussit  pas  mieux  que  les  autres;  il  aurait 
pu  écrire  comme  un  de  ses  prédécesseurs  que  les  barons  no 
faisaient  pas  plus  cas  de  lui  que  d'  «  un  gamin  »  (unum 
garciolum),  et  que  le  roi  d'Angleterre  était  en  passe  de  se 
dépouiller  lui-même  du  Poitou'. 

En  réalité,  ce  désordre,  qui  avait  commencé  dés  la  fin  du 
règne  de  Jean  sans  Terre,  n'était  guère  imputable  à  la  négli- 
gence des  conseillers  de  Henri  III.  Le  mauvais  pli  était  pris, 
et  il  aurait  fallu  à  Hubert  de  Bourg  plus  d'autorité  qu'on  ue 
lui  en  laissait  en  Angleterre,  pour  rappeler  les  barons  poite- 
vins au  respect  d'un  pouvoir  que  depuis  dix  ans  ils  s'étaient 
accoutumés  à  tenir  en  échec.  D'ailleurs,  alors  même  que  Ifl 
grand  justicier  aurait  pu  concentrer  toute  son  attention  sur 
les  affaires  d'outre  Manche,  il  y  avait  en  Poitou  une  puissance 
capable  de  contrarier  et  d'annihiler  tous  ses  efforts.  Le  vrai 
maître  de  ce  pays  était  Hugue  X  de  Lusignan,  comte  dd 
la  Marche  et  d'Angoulème.  Tous  les  barons  étaient  à  sa  dé- 
votion, et  personnellement  il  avait  un  domaine  considérable 
qui  occupait  en  partie  sept  de  nos  départements  actuels'. 
Hugue  avait  épousé  en  1220  Isabelle,  veuve  de  Jean  sani 
Terre  et  mère  de  Henri  IIP.  Boau-pére  du  roi  d'Angleterre, 
il  aurait  pu  sen'ir  d'intermédiaire  et  de  lien  entre  le  gouver- 
nement anglais  et  les  sujets  poitevins,  et  fonder  ainsi  à  soo 
profit  une  sorte  de  vice-royauté.  S'il  avait  accepté  cette 
situation,  les  projets  de  Philippe-Auguste  et  de  Louis  VIII 
n'auraient  jamais  pu  aboutir.  Mais  Hugue  de  Lusignan  n'était 
pas  assoK  intelligent  pour  comprendre  ainsi  ses  intérêts,  li 
se  laissait  mener  comme  un  enfant  par  Isabelle,  femme  vicieuse 
et  emportée  qui  avait  mérité  le  surnom  de  «  Jésabel  »'.  Il 

1.  Pressutt,  n°  2157.  —  Shiricy,  n"  30  et  appendice  IV  du  tome  II. 

2.  Voy.  la  liste  des  possessions  de  Hugue  de  Lusignan  donnée  par 
Bardonnet,  op.  eil.,  42-4J. 

3.  Voy,  l'art,  de  L.  Deliale,  Bit.  Ec.  Ch.,  série  IV,  t.  II,  539. 

4.  Bib.  Ec.  Ch.,  art.  citi,  530.  —  Math,  de  Paris,  Chrun.  Maj.,  U. 
563,  parle  des  départements  d'Isabelle  du  vivant  de  Jean  sans  Terre. 


PROJETS   DES   CAPETIENS 


231 


■'eut  point  !a  politique  d'un  homme  qui  sait  réfléchir  et  pro- 
fita seulement  des  embarras  du  gouvernement  anglais  pour 
Iticher  de  satisfaire  sa  cupidité,  toujours  prêt  à  trahir  son 
ÏBti7.erain  si  on  achetait  assez  cher  son  hommage,  A  peine 
I  était-il  marié  qu'à  l'instigation  do  sa  femme  il  réclama  à 
Henri  III  la  ville  de  Niort,  comme  faisant  partie  du  douaire 
d'Isabelle;  pendant  quatre  années  ce  ne  furent  qu'offres,  som- 
mations et  menaces  incessantes  échangées  entre  le  comte  de 
Ila  Marche  et  son  beau-flls.  A  l'époque  de  l'avènement  de 
Louis  Vlll  cette  mésintelligence  n'était  point  calmée.  Hugue 
inenai;aît  Henri  III  de  lui  retirer  son  hommage  si  Savari  de 
Uaaléon  n*élait  pas  destitué'. 
I  Ainsi,  à  la  Un  du  règne  de  Philippe-Auguste,  le  Poitou  était 
dans  l'anarchie;  les  communes,  lasses  d'un  gouvernement 
incapable  de  les  protéger,  ne  répugnaient  point  à  accepter 
la  domination  d'un  maître  moins  éloigné  et  plus  fort,  dussont- 

I elles  en  perdre  leurs  principaux  débouchés  commerciaux  ; 
bnfin  le  plus  puissant  des  barons  était  prêt  à  vendre  son 
lippui  au  roi  de  France.  Philippe-Auguste  forma  certainement 
Je  projet  de  mettre  â  profit  cette  situation  dès  que  la  trêve 
aur^t  expiré;  il  entama  des  négociations  secrètes  avec  l'é- 
Têque  de  Limoges  et  les  barons  poitevins.  Dans  une  lettre 
de  novembre  1222,  les  gens  de  la  Rochelle  avertissent  Henri  III 
BU  bruit  qui  se  répand  en  ce  moment  :  on  dit  que  si  le  rot  de 
prance  le  voulait,  les  barons  et  les  villes  du  Poitou  revien- 
■aient  se  placer  sous  sa  domination".  Le  pape,  nous  l'avons 
■0,  réussit  à  détourner  l'orage.  Mais  Philippe-Auguste  avait 
ait  des  préparatifs  que  son  fiU  allait  utiliser. 

Louis  VIII  avait  un  prétexta  tout  trouvé  pour  justifier  une 
Invasion  en  Poitou  :  la  confiscation  des  fiefs  do  Jean  sans 
Terre  par  jugement  des  pairs.  C'est  en  effet  la  raison  qu'il  devait 
alléguer.  Cette  fois  il  n'allait  point  parler  de  la  ml^^t  d'Artur  ni 
de  la  condamnation  à  mort  de  l'assassin  ;  il  n'avait  pas  besoin 


■  1.  Rymer,  I,  part,  i,  159,  161.  166  à  169.  — Shirley,  n"  96.  IJià  136 
Kt  188.  —  Hee.  office.  Patent  VI  Henry  III,    membrane  5  ;  Pat.  Vil, 

ri,  I,  membr.  2,  5,  8  dorso  etc.  —  .4mi.  île  Dun/Ha/ile.  "5.  —  Voy. 
Boisiionnaile,  (Jiimnodo  comile»  Enf/olùmeiues,  etc.,  21  et  suiv. 
a.  ShiHey,  n-'  30,  51,  169.  —  Pour  les  nêgocîaiions  de  Phil.Aug.  et 
du  comte  de  la  Marche,  voy.  Boissonnade,  op.  cit.,  25  et  28. 


k 


232  KÉCLASIATIOSS   DB   HENRI   III 

de  mentir;  il  lut  suffisait  de  rappeler  la  sentence  prononcé*  1 
jadis  sur  l'appel  des  barons  poitevins.  C'est  pourquoi,  dans  un» 
espèce  de  ntandement-manifeste  du  mois  de  mai  1224,  il  écrira 
aux  bourgeois  de  Limoges  :  »  Sachez  que  Jean,  roi  d'Angle- 
«  terre,  ducommun  et  iiuanimejugementdes  pairs  et  des  aulres 
«  barons  de  France,  a  été  dépouillé  pour  toujours  de  toute  la 
«  terre  qu'il  tenait  en  deçà  de  la  Manche  de  notre  très  chtr 
"  père  Philippe,  roi  de  France,  et  cette  condamnation  est 
a  antérieure  à  la  naissance  de  Henri,  qui  se  dit  maintenant 
«  roi  d'Angleterre  ;  toute  cette  terre  est  donc  échue  en  droit 
"  à  notre  père.  Or  nous  avons  reçu  récemment  en  héritage 
B  légitime  tous  les  droits  de  notre  père.  »  Louis  devait  invo- 
quer le  même  prétexte  dans  une  lettre  écrite  au  pape  l'année 
suivante'. 

Comment  le  gouvernement  anglais  allait-il  essajerde  p&rer 
l'attaque  dont  on  le  menaçait?  Par  un  coup  d'audace,  il  essaya 
d'abord  d'intimider  Louis  VIII  et  révéla  l'espoir  qu'il  avait 
toujours  gardé  de  reconquérir  la  Normandie  et  l'Anjou'. 

Tandis  que  les  barons  des  Cinq-Ports  recevaient  l'ordre 
de  réunir  leurs  vaisseaux  pour  partir  au  premier  signal', 
Henri  III  sollicitait  les  nobles  et  les  bourgeois  de  Noraiandie 
de  revenir  k  son  service  (23  juillet  1223)*  et  protestait  offi- 
ciellement contre  les  conquêtes  de  Philippe-Auguste  par  la 
voix  de  ses  ambassadeurs.  Le  28  juillet,  l'arcbevêque  Etienna 
de  Langton  et  les  évêques  de  Londres  et  do  Sîiiisbury  par- 
tirent pour  la  France,  Ils  voulaient  arriver  avant  le  couron- 
nement de  Louis  VIII;  selon  la  chronique  généralement 
exacte  du  prieur  de  Dunstaple,  l'évèque  de  Norwich  Pandolphe, 
qui  se  trouvait  en  efi'et  à  Paris  au  moment  de  la  mort  ie 
Philippe-Auguste',  avait  fait  appel  en  cour  de  Rome  pour 
que  Louis  ne  fiit  pas  sacré  avant  que  la  question  do  la  resti- 

1,  Calai.,  n"  lit  (Pièces  justifie.,  n"  vi)  et  n"  242. 

2,  Voy,  les  textes  cités  par  Madoi,  Hitlory  nf  Erchequfr,  I,  301-30!. 
—  Lilt.  elaus.,  I,  329  :  «  Donec  Anglici  terras  suas  recuperaverint  in 
H  Normannia  ».  —  Henri  III  porta  le  titre  de  «  dux  NonnanniftclAiini- 
«  tante,  uomes  Andegavte  n,  jusqu'au  traité  de  1259  (DufTus-Hanlfi 
Jiolul.  Cliarl.,  Inlrotl.,p.  .wni). 

3,  Lin.  claus.,  I,  setf"-,  570.  —  Record  Office,  Pal.  Vil  Htnry  m. 
part,  i.membr,  2. 

i.  Bjmer,  1,  i"  part,,  170. 

6.  Voy.  Guill.  le  Bret.,  Chron.,  Contin.  du  m*,  de  Paris,  g  7. 


« 


RECLAMATIONS    I 


233 


I  de  la  Normandie  n'eût  été  régiée.  Les  vents  contraires 
Lardèrentrarrivée  (les  trois  prélats;  ils  trouvèrent  Louis  VIII 
i  coui'onné  et  furent  reçus  en  son  palais  de  Compiègne, 
(  le  sommèrent  de  rendre  au  roi  d'Angleterre  la  Normandie 
les  autres  provinces  conquises  par  Philippe-Auguste. 
■ouis  différa  sa  réponse  jusqu'au  8  novembre'.  Pendant  ce 
temps  il  fit  dans  son  royaume  le  voyage  que  nous  avons  raconté 
liet  put  se  rendre  compte  que  les  provinces  annexées  par  Phi- 
lippe-Auguste lui  étaient  solidement  soumises;  au  mois  de 
septembre  il  conclut  avec  Hnguc  de  Lusignan  et  avec  .^.imeri 
.  de  Tliouars  des  trêves  qui  lui  assuraient  leur  neutralité  jusqu'à 
M-octave  de  la  prochaine  fête  de  Pâques',  c'est-à-dirs  jusqu'au 
pioment  où  expirerait  la  trêve  avec  l'Angleterre  et  où  il 
udrait  prendre  une  résolution  définitive.  Il  revint  complé- 
ment rassuré.  A  l'assemblée  solennelle  tenue  le  8  novembre 
i  Paris',  Louis  reçut  les  nouveaux  ambassadeurs  anglais, 
Ipandolphe,  évêque  de  Norwich,  Jean,  év<>que  d'Ely,  l'abbé 
Be  Saint -Augustin  de  Cantorbéry  et  Philippe  d'Aubigné';  il 
Hir  fit  sa  réponse:  Pour  de  nombreux  motifs,  les  barons  de 
ince  avaient  condamné  justement  Jean  sans  Terre  à  la  perte 
)  ses  possessions  continentales;  Louis  détenait  justement 
l  Normandie  et  les  autres  terres,  ainsi  qu'il  était  prêt  à  le 
prouver  en  sa  cour,  si  le  roi  d'Angleterre  voulait  y  comparaî- 
tre et  y  obéir  à  la  coutume.  Il  n'y  avait  donc  pas  lieu  de  faire 
_4lroît  aux  demandes  de  Henri  III.  Louis  VIII  laissa  encore 
kchapper  quelques  paroles  menaçantes,  qui  témoignaient  de 
vespoir  toujours  vivace  en  son  âme  de  ceindre  la  couronne 
■'Angleterre*. 

Ll.  Piêemjiuitifir.,  n"  V.— Annale»  de  Dunstaple,  SI. —Coggesbiïl, 

T5,  —  Rofter  de  Wendover,  Itl,  77,  confond  les  deui  ambasBades.  — 

l  De  mUiq.  te'/ib.  liber,  205. 
l4.  Calai.,  n»'  30  et  21.  —  Cf.  Delisle,  n°  1967. 
T.».  Appendice  IV.  Ass.  n"  III, 

[  4.  Ce  Philippe  d'Aubigné  êlait  le  neveu  de  celui  qui  avait  servi  .!ean 
SAna-Terre  en  1216  et  qui  élait  parti  pour  la  Terre  Sainte  en  1222. 
Il  avait  succédé  ù  son  oncle  comme  gardien  des  lies  normandes.  Voy. 
Revue  critique,  1S76,  2*  aem-,  173. 

5.  Litl.  rlaws.,  I,  565.  —  Coggeshall,  197.  —  Arm.  de  Dumlaple, 

Kl.  —  Wendover  et  Math,  de  Paris,  ill,  77  et  78,  —  Cf,  Floret  hislo- 
iarum,  II,  17S.  —  Les  chroniqueurs  anglais,  excepté  toulefois  l'exact 
nnaliste  de  Dunslaple,  assurent  que  les  ambassadeurs  învoiiuérenl 
M  çromeases  faites  par  Louis  à  l'époque  du  traité  de  Lambelh  en  1217; 
onis  aurait  répondu  que  ce  traité,  ayant  été  violé  par  le  gouvernement.'  ■ 


234  EXPIRATION   DE   LA   TRÊVE 

Hubert  de  Bourg  se  repentit  d'avoir  tonte  ou  laissé  tent» 
une  démarche  aussi  imprudente  et  inutile.  Les  embarras  da 
son  gouvornement  étaient  alors  à  leur  comble  ;  les  nobles  (|d 
gardaient  lew  ch;"iteaux  royaux  avaient  rei;u  du  pape  l'ordre  dt 
les  mettre  à  la  disposition  de  Henri  lU.  proclamé  majeur  prfri 
mattirèment;  cette  mesure  avait  provoqué  une  révolte  et  Hubert 
de  Bourg  avait  failli  ôtre  renversé'.  Il  fallait  donc  à  tout  pris 
apaiser  Louis  VIII  et  obtenir  la  prolongation  de  la  trêve,  qù 
allait  expirer.  Le'2ô  mars  1224,  Hubert  prit  des  i 
pour  que  des  indemnités  fussent  accordées  aux  marchands  e 
à  tous  les  hommes  du  roi  de  France  auxquels  les  Anglati 
avaient  causé  quelque  dommage'.  Dès  qu'il  avait  connu  h 
réponse  de  Louis  VIII,  il  avait  envoyé  Etienne  de  Lucy  e" 
Geoffroi  de  Crawcombe  solliciter  l'appui  d'Honorius  IIP.  Toute 
sortes  de  raisons  disposaient  le  pape  à  favoriser  la  prolonga^ 
tion  de  la  trêve.  D'abord  il  considérait  le  roi  d'Anglelerrï 
comme  son  pupille.  En  .second  lieu,  au  congi-és  de  Fereiittnai 
qui  avait  eu  lieu  quelques  mois  avant  l'avènement  i 
Louis  VIII,  Honori us  avait  décidé,  d'accord  avec  Frédéric  U* 
que  la  paix  générale  serait  imposée  à  toute  la  chrétienté,  3 
qu'elle  pût  s'armer  pour  la  croisade  en  Orient,  ajournée  dél- 
nilivement  à  deux  ausV  EnSn  peu  de  temps  après  la  mort  d 
Philippe-Auguste,  Araauri  de  Montfort  avait  été  chassé  de  l'.M- 
bîgeois  par  les  hérétiques  triomphants  et  le  roi  de  Franc* 
semblait  seul  capable  de  relever  la  cause  de  l'orthodoxie;» 
la  guerre  avec  l'Angleterre  éclatait  et  absorbait  l'attention  st 
les  ressources  do  Louis  VIII,  c'en  était  fait  du  catholicisma' 
dans  le  midi.  Par  une  lettre  daléo  du  13  décembre  1223,  lepap* 
supplia  le  roi  de  France  de  prendre  la  succession  d'Amauriet 


anglais,  était  non  avenu.  Nous  ne  croyons  pas  qu'on  puisse  admettre 
ces  assertions.  Voy.  plus  haut,  p.  175.  Selon  Mathieu  de  Paris,  Iw.f'i- 
et  p.  73-73,  le  principal  argument  de  Louis  VIII  riit  que  Huben  Je 
Bourg  avait  viole  l'amuisiie  de  1217  en  faisant  pendre  en  1232  un  bour- 
geois Londonien  nommé  Constantin  (Constantinus  Filius  AluISi  ver 
I,itt.  elaui.,  I,  Indfj:),  qui  s'était  déclaré  partisan  de  Louis;  l'annalisU 
Ua  Waverley,  p.  297,  et  Roger  de  Wendover,  p.  7 1  et  suiv., 
l'affaire  de  Constantin  sous  un  tout  autre  jour. 

1.  Ann.  de  Dunilaple,  83-84. 

a.  lïyraer,  I,  part.  i.  J72. 

3,  Lin.  Claua.,  I,  578''. 

4.  Winkelmann,  Friedrich  II,  I,  i9i  et  &uiv. 


EXPIRATION   DE   l.A   TREVE 


235 


de  prolonger  la  trêve  avec  Henri  IIP.  L'échec  de  1219  n'avait 
pas  dégoûté  Louis  deaespéditions  contre  les  hérétiques;  sa  piété 
profonde,  l'attrait  qu'cserce  le  midi  sur  les  hommes  du  nord, 
l'espoir  d'annexer  au  domaine  royal  une  admirable  provinco,  * 
tous  ces  motifs  étaient  plus  forts  que  le  désir  de  se  venger 
de  Henri  III  et  de  remettre  le  pied  sur  la  terre  periide  des 
Poitevins,  Vers  la  fin  de  janvier,  il  accepta  les  demandes  du 
pape  sous  certaines  conditions;  l'une  de  ces  conditions  était 
que  la  trêve  avec  l'Angleterre  serait  renouvelée  pour  dix  ans'. 
Hubert  do  Bourg  semblait  donc  assuré  de  la  paix. 

»Au  mois  d'avril  1224,  les  négociations  s'ouvrirent  directe- 
vent  entre  les  deux  gouvernements.  L'Angleterre  demandait 
4ue  la  trêve  fut  renouvelée  pour  quatre  années.  Par  une  lettre 
4atée  du  28  avril,  Henri  111  accréditait  auprès  de  Louis  VIII 
«omme  ambassadeurs  le  frero  Alain  Martel,  maître  de  la 
milice  du  Temple  en  Angleterre,  le  prieur  de  Lenton  et  maître 
Henri  de  Cornhiil,  chancelier  de  Londres.  Ils  devaient 
s'aboucher  avec  les  évêques  de  Seniis  et  de  Sens,  qui  leur 
communiqueraient  la  réponse  du  roi  de  France  à  Paris,  dans 
une  assemblée  solennelle  tenue  le  5  mai\  Un  revirement  du 
pape  empêcha  cette  négociation  d'aboutir.  Pour  des  motifs  que 
nous  exposerons  ailleurs,  il  renonra  à  charger  le  roi  de 
France  d'une  expédition  dans  le  midi  et  offrit  la  paix  au 
comte  de  Toulouse.  Le  5  mai  on  vit  donc  le  roi  de  France  et 
,  nés  conseillers,  au  lieu  de  régler  les  préparatifs  de  la  croisade 
t  les  conditions  de  la  trêve  avec  l'Angleterre,  abandonner 
Ktlennellement  toute  participation  aux  affaires  d'Albigeois  et 
iclarer  la  guerre  à  Henri  III,  Le  15  mai,  les  barons  des 
3iaq-Ports  reçurent  l'ordre  de  se  tenir  prêts  pour  le  service 
B  leur  roi  et  les  meilleurs  des  navires  de  commerce  frani^ais 
alors  de  passage  sur  les  eûtes  anglaises  furent  retenus  pour 
augmenter  la  Hotte.  On  s'attendait  à  une  attaque  contre  les 
îles  normandes*. 


|l.  Potihasl,  n°  7118. 
.   Calai.,  n«  SI. 
Lin.  elaus.,  I,  594''  el  597''.  —  Rymer,  I,  part. 
i  Louis  Vin  el  aux  deux  évoques  français. 
j  n°  loa.  —  Hvmer,  I.parl.i,  !7'i.  —  ii"H.  ctotfï.,  1,603*  eli 
YIII  ilenrij  III,  part,  m,  membr«  ' 


336  TRAITÉ   AVEC   HUGUE   DE   LU8I0NAN 

Depuis  quelque  temps,  Louis  VIII  avait  eu  vent  des  modi* 
Scations  qui  se  préparaient  dans  la  politique  pontifical^/ 
Une  lettre  que  le  pape  lui  avait  adressée  en  date  du  i 
février  laissait  entrevoir  ce  changement;  Honorius  III  l'jr  su| 
pliait  de  faire  la  paix  avec  le  roi  d'Angleterre,  parce  que  tom 
les  chrétiens  devaient  s'armer  pour  délivrer  le  tombeau  dit 
Christ;  quant  à  la  croisade  en  Albigeois,  il  n'en  était  point 
question'.  A  celte  époque,  Iiouis  avait  probablement  conH 
mencé  à  changer  ses  batteries  et  à  recruter  des  partisans 
parmi  les  Poitevins.  Hugue  de  Lusignan  mit  son  alliance  aiu 
enchères;  Henri  III  fit  los premières  offres:  le  ISj.invier  1224, 
il  lui  proposa  pour  quatre  annéies  de  bons  revenus  assignés  sur 
des  terres  anglaises  et  sur  la  Rochelle,  en  échange  du  donaini 
de  la  comtesse  reine  Isabelle,  et  lui  promit  de  le  secourir  s'il' 
était  attaqué  par  le  roi  de  France  ;  le  comte  de  la  Marchs. 
accepta  ces  conventions  et  jura  fidélité  au  roi  d'Angleterre 
sur  les  Saints  Evangiles.  Maître  Alain  Martel,  en  partant  pooT' 
la  France,  fut  chargé  de  verser  1,400  marcs  entre  les  maint 
du  comte'.  Mais  celui-ci  ne  tarda  pas  à  oublier  son  solennel 
serment;  il  obtint  de  Louis  VIII  un  plus  haut  prix  pour 
son  alliance  et  la  lui  adjugea. 

Nous  avons  le  texte  des  conditions  posées  par  le  comte  àt 
la  Marche  et  celui  du  traité  définitif,  que  le  roi  alla  conclure 
k  Bourges  dans  le  courant  du  mois  do  mai',  Hugue  de  Lusi- 
gnan avait  offert  son  hommage  lige  et  son  concours  pour  Is 
conquête  du  Poitou;  il  exigeait  eo  revanche  un  salaire 
élevé. 

En  1215,  Jean  sans  Terre  lui  avait  accordé  la  main  de  sa 


1.  Potthast,  n"  7169. 

2.  Pal.  Vin  Henry  III,  puri.  m,  membr.  11,  9,  8.  ■ 


Litl.  claïa..  1. 


3.  Calai.,  n"  lO'i  et  105  Les  Pelitionei  du  comte  de  la  Marche  n* 
portent  point  de  date.  Marténe  (Ampliss.  Colleclio.  [,  1tG2),  Mauion 
{Ilitt.  delAunis,  II,  229),  M.  Bardonnet  (Mort  et  La  ftoeMIe,  î3), 
M.  Giry  (Ëtablm.  du  Rouen,  1,  91)  et  M.  Boissonnada  (Quomorfo  am. 
Engolism.,  etc....  29)  lèsent  datées  de  1232;  cette  hypothèse  ne  rep<w 
sur  aucun  fondement.  II  y  a  tout  lieu  de  croire  que  cet  acte  est  anténfai" 
de  fort  peu  de  temps  au  traité  de  mai  122'i  ;  dans  les  deux  registTM  E 
et  K  de  Ph.-Aug.  il  est  d'ailleurs  suivi  immédiatement  d'un  acte  à*i^ 
de  1224  et  écrit  de  la  même  main.  On  ne  peut  donc  hésiter  à  suirredu 
Tillct,  qui  l'aattribuéau  rëjiine de  Louis  VIII.  (flecunVfiff  Traitesifentn 
la  France  et  F  Angleterre,  î"  21  v"). 


TRAITE   AVEC   HUOUE   DE   LOSIONAN  237 

fille  Jeanne,  avec  Saintes  et  Oléron  pour  dot'  ;  Hugue  n'épousa 
point  Jeanne,  mais  il  entra  en  jouissance  de  Saintes  et  regarda 
Oléron  comme  lui  appartenant  de  droit.  Il  voulait  maintenant 
que  Louis  VIII  lui  confirmât  la  possession  de  la  ville  et  promît 
de  lui  livrer  l'Ile  dés  qu'elle  serait  conquise.  Dautre  part,  le 
gouvernement  anglais  ne  voulait  point  rendre  à  la  reine 
Isabelle  le  douaire  que  lui  avait  constitué  Jean  sans  Terre; 
Hugue  demandait  que  Louis  VIII  lui  en  donnât  au  moins 
l'équivalent.  Le  roi  de  France  accepta  toutes  les  conditions 
posées.  En  compensation  des  terres  qu'Isabelle  aurait  dû 
avoir  on  AngleteiTC,  Louis  s'engagea  à  lui  payer  une  rente 
annuelle  de  2,000  livres  parisis,  jusqu'au  jour  où  il  pourrait 
lui  en  assigner  l'équivalent  sur  les  terres  conquises  en  Poitou. 
Elle  devait  avoir  Langeais,  k  la  place  de  Saumur  qui  faisait 
partie  de  son  douaire  ;  moyennant  quoi  Hugue  de  Lusignan 
renonçait  à  toute  prétention  sur  Issoudun^  Si  la  ville  de 
Bordeaux,  était  conquise,  eUe  serait  livrée  sous  certaines  ré- 
ser\'es  au  comte  de  la  Marche,  et  le  roi  reprendrait  sa  rente 
et  Langeais.  Il  fut  convenu  d'autre  part  que  Louis  VIII  ne 
ferait  ni  paix  ni  trêve  avec  le  roi  d'Angletene  sans  l'assenti- 
ment du  comte,  et  que,  s'il  ne  pouvait  diriger  personnellement 
on  Poitou  la  campagne  de  conquête.  le  comte  lui  servirait  de 
lieutenant.  Louis  VIII  reçut  l'hommage  lige  de  Hugue  de 
Lusignan  pour  tous  les  fiefs  que  celui-ci  possédait  et  était  appelé 
à  posséder,  11  exigea  de  ce  vassal  puissant  et  de  loyauté  dou- 
teuse la  promesse  écrite  deremcttre  son  cbâteau  de  Lusignan 
entre  les  mains  de  Pierre  Maiiclerc,  comte  de  Bretagne,  toutes 
les  fois  que  le  roi  irait  en  Poitou  et  pendant  tout  le  temps 
qu'il  y  passerait'. 

En  même  temps,  Geoffroi  de  Lusignan,  vicomte  de  Ch:itei- 
lerault  et  seigneur  de  Vouvaut  en  Poitou,  fit  hommage  lige  à 
Louis  VllI  pour  la  vicomte  de  Chàtellerault;  Geoffroi  s'engagea 
à  ne  point  bâtir  de  forteresse  à  Chitellerault  sans  autorisation 

t. reconnut  au  roi  le  droit  de  mettre  garnison  dans  le  château  de 
Ouvant  toutes  tes  fois  qu'il  irait  en  Poitou  ;  enfin  Louis  pro- 


Rymer,  I,  part,  i,  125. 
Ph.-Au  


r).  Ph.-Aug.  avait  aclieté  ksoiiduti  aux  liéritjers  de  Culan  e 

netisle,  n"  2071  ;  cf.  n°  2087). 

[3.  Cala:.,  n"  107.   ^^^^^^^^^^^^^^^^h 


238 


RHI'NION   DBS  TROUPES 


flta  de  l'occasion  pour  obt«nir  que  Geoffroi  renonçât,  au 
de  sa  femme,  à  toute  prétention  sur  le  comté  d'Alencon' 

Le  point  capital  de  ces  négociations  était  le  traité  coni 
avec  le  comte  de  la  Marche.  Sans  cette  alliance,  Louis 
aurait  pu  dès  l'abord  être  arrêté  à  la  première  ligne 
châteaux  do  Hugue,  ou  au  moins  à  la  seconde  ligne,  cellf 
qui,  à  la  hauteur  de  Niort  et  de  Saint-Jean  d'Angéli,  com- 
mençait aux  marais  par  Frontenai,  et  se  continuait  par  Chiià,. 
Melle.  Lusignan,  Givrai  '.  Mais  à  l'altié  de  Lusignan  le  Poil 
était  ouvert'. 

En  revenant  de  Bourges,  Louis  VIII  s'arrêta  à  Lorris 
commença  déjà  les  préparatifs  de  la  guerre.  Il  envoj-a  une 
semonce  d'ost  aux  bourgeois  de  Limoges  ;  il  leur  annonça  qu'il 
i(  ceignait  l'épée  pour  faire  triompher  son  droit  »  et  les  requit 
de  se  rendre  àTours  le  jour  de  la  prochaine  nativité  de  Saîol- 
Jean-Baptislc  n  afin  de  s'y  comporter  envers  lui  comme  ils 
i(  devaient  se  comporter  envers  leur  seigneur  •<". 

Ce  fut  en  effet  à  Tours,  le  24  juin  1224,  fiuo  les  troupes  se 
réunirent*.  D'après  la  description  fantaisiste  que  nous  a 
laissée  Nicolas  do  Brai,  on  voyait  là  les  contingents  de  toutes 
les  provinces  :  ici  c'est  le  Breton  «  qui  croit  encore  rivant  le 
«  roi  Artur  »  ;  puis  ce  sont  les  Normands  ardents  à  la  guerre; 
là  les  Flamands  grands  buveurs  de  cervoise;  les  Champenois 
audacieux;  les  riverains  du  Rhône  «  qui  blasphèment  quand 
«  une  puce  les  pique'  ».  Il  est  certain  que  Louis  VIII  avait  as- 
semblé une  armée  assez  considérable  pour  l'époque  ;  selou 
Vincent  de  Beauvais  et  le  Ménestrel  d'Alfonse  de  Poitiers,  on 
y  comptait  1,200  chevaliers,  sans  parler  des  autres  «  conve- 

1.  Calai.,  n-  109. 

2.  Bardonnet,  o/j.  cil.,  65. 

3.  Toute  cette  partie  de  l'histoire  de  Louis  VIII  ne  nous  est  connw 
que  par  les  documents  diplomatiques.  Vincent  de  Beauvais  ne  dit  pu 
un  mot  des  origines  de  l'expédition  de  1224.  Nicolas  de  Brai,  p.  3t9, 
et  à  sa  suite  sans  doute  Jean  Bouchet,  p.  167.  ont  commis  k  ce  sujet 
les  plus  étranges  erreurs.  Jean  Bouchet  a  été  fidèlement  copié  pu 
M.  Allonneau  (La  pniuance  des  vie.  de  Thouan,  dans  Hevue  Anglo- 
Franc,  V,  23B)  et  M.  Jmbert  (IVolice  sur  let  vicomte»  de  Thouan, 
dans'Mém.  de  la  Soc.  des  Anliq.  de  l'O'iest,  XXIX,  380-381.  Ce«« 
notice,  qui  a  été  couronnée  en  1865  par  le  Comité  des  travaux  hist»-  1 
riquea,  est  remplie  d'erreurs  énormes). 

4.  Piéeex  justifie,  n"  VI. 

5.  Chron.  de  Tours,  305. 

6.  Nie.  de  Brai,  p.  321  et  322. 


3in- 

i 


REUNION   DBS   TROUPES 


539 


I  Dables  personnes  à  bataille  »'.  Ce  cliiffre  est  probablement 
r-oxagéré,  comme  tous  ceux  que  les  chroniqueurs  donnent  eu 
pareil  cas.  Saint  Louis,  en  1242,  ne  réunira  pour  sa  campagne 
en  Poitou  que  214  comtes  et  chevaliers*.  Louis  VIII  devait 
avoir  à  peu  prés  le  même  nombre  de  nobles  non  stipendiés  on 
1224;  mais  il  employa  pent-êtro  aussi  des  mercenaires:  dans 
son  traité  avec  le  comte  de  la  Marche,  il  promet  de  lui  fournir 
200chevaliers  soldés  ainsi  que  600 sergents  de  pied,  si  Hugue 
de  Lusignan  dirige  lui-méma  l'expédition.  En  adraetlant.  ce 
qui  du  resteest  douteux,  que  Louis  VIII  ait  emmené  ce  môme 
nombre  de  mercenaires,  l'armée  réunie  à  Tours  comprenait 
donc,  outre  une  foule  considérable  do  sergents  fournis  par  les 
abbayes  et  les  villes',  600  sergents  stipendiés  et  quatre  ou 
ciuq  cents  chevaliers  en  tout.  Parmi  les  compagnons  du  roi 
figuraient  la  plupart  de  ses  familiers,  son  frère  Philippe,  le 
chancelier  Guérin,  Mathieu  de  Montmorenci,  Barthélerai  de 
Roie,  Enguerran  de  Couci,  le  chambrier  Ours.  Robert  de 
Dreux,  Archarabaud  de  Bourbon,  Dreu  de  Mello,  Adam  de 
Beauraont,  Gui  do  Méréville,  Jean  roi  de  Jérusalem,  Gui  de 
Châtillon,  comte  dû  Saint-Pol,  etc.  Les  comtes  de  Champagne, 
de  Bretagne,  de  Blois,  de  Chartres,  Amauri  de  Craon,  séné- 
chal d'Anjou,  l'archevêiiue  de  Sens  et  les  évêques  de  Meaux, 
de  Beauvais,  de  Trojes,  de  Nevers  et  de  Soissons,  étaient 
Tenus  aussi.  Enfin  des  actes  montrent  que  le  roi  avait  obtenu 
dn  clergé,  par  exemple  de  certaines  abbayes  normandes,  des 
services  extraordinaires  tels  que  des  fournitures  de  chevaux'. 
Louis  VIII  avait  l'intention  de  conquérir  complètement  le 
Poitou,  puis  de  franchir  la  Garonne.  De  la  Touraine  il  entra 
dans  les  domaines  du  vicomte  de  Thouars,  laissant  à  l'est  le 
comté  delà  Marche.  On  s'est  demandé  pourquoi  il  avait  choisi 
Kt  itinéraire.  M.  Bardonnet  estime  que  »  c'était  passer  par  la 
\  voie  dérobée  et  comme  user  de  fausses  clefs  »  '.  M.  Glry  dit 


.  Chran.  de  Tours,  305.  —  Cocgeshall,  208.  —  Vincent  de  Beauvais, 
te76.  (Traduit  par  le  Ménestrel  d^lf.  de  Poitiers,  H.  F,,  XVII,  431.) 
'\  S.  Vuitry,  fteff.  financier  de  la  France,  374. 
S.  D'après  nneprisée  antérieure  aux  grandes  conquêtes  de  Ph.-Aug., 
S  abbayes  et  les  villes  lui  devaient  7742  sergents.  (Vuitry,  op.  cil., 

''.  Calai.,  n"  125,  126,  132,  137,  145. 


240  itini;ra[Re  dr  l'expédition 

que  si  h  au  lieu  de  pénétrer  dans  le  Bas  Poitou  par  les  do- 
«  maines  du  corate  de  la  Marche,  ce  qui  eût  été  la  mat* 
«  directe,  le  roi  passa  au  nord,  par  Thouars  u,  c'est  qu"  ■ 
II  n'avait  sans  doute  qu'une  médiocre  confiance  dans  Hugue  à 
!•  Lusîgnan,  et  craignait  en  cas  d'échec  de  se  voir  couper  II 
«  retraite  par  la  garnison  des  forteresses  »  '.  Nous  ne  pouvou 
nous  ranger  à  cette  opinion.  Le  but  principal  qu'il  fallait 
atteindre  au  plus  vite  était  la  Rochelle  ;  donc  la  ronte  directs 
était  celle  que  prit  Louis  VIII,  il  suffit  de  jeter  un  coup  d'ieâ 
sur  une  carte  pour  s'en  convaincre.  Une  autre  raison  sans 
doute  pouïsa  le  roi  à  choisir  ce  trajet,  mais  il  ne  nous  semble 
pas  que  ce  soit  celle  qu'invoque  M.  Giry,  Pourquoi  U 
défiance  que  méritait  la  déloyauté  de  son  ilHé  l'aurait-elle , 
déterminé  à  aborder  le  Poitou  parle  nord?  Hugue  do  Lusigniui 
n'avait  pas  seulement  des  forteresses  à  l'est,  il  avait  aussii 
sa  disposition  Vouvant,  Mervant,  Fontenai,  Chen-eux,  Saint- 
Gelais,  Lusignan,  qui  commandent  la  partie  septentrionalfl 
du  pays,  et  de  ce  côté  comme  de  l'autre,  il  aurait  pu  fort  bia 
coHper  la  retraite  aux  troupes  royales.  Le  véritable  motif  qnf 
dut  décider  Louis  à  passer  par  les  terres  du  vicomte  àê 
Thouars,  c'est  qu'avantd'engager  la  campagne,  il  était  néces- 
saire de  s'assurer  de  la  neutralité  de  ce  seigneur.  Hugue  da 
Lusignan  avait  promis  son  alliance.  Mais  le  vieil  Aimvri  i» 
Thouars  n'avait  pris  aucun  engagement  et  la  trêve  qat 
Louis  VII!  avait  signée  avec  lui  au  mois  de  septembre  1223' 
venait  d'expirer.  Or,  il  était,  avec  Hugue  de  Lusignan,  le  plus 
redoutable  baron  du  Poitou,  et  Philippe-Auguste  avait  o-ssaj-é 
autrefois  de  le  gagner  à  sa  cause  en  lui  donnant  la  sénéchaus- 
sée de  Poitou  et  d'Aquitaine';  il  pouvait  causer  de  grsvoi 
embarras  à  Louis  VIII  s'il  écoutait  les  arguments  sonnant!' 
dont  le  gouvernement  anglais  usait  pour  le  convaincre*:  non 
seulement  il  avait  de  vastes  domaines,  mais  ses  hautes  capa- 
cités étaient  connues'. 


1.  Giry,  Elahl.  de  Rouen,  I,  250. 

2.  Catal.,  n"  20. 

3.  Delisle,  n-  794. 

k.  Le  26  avril  1224.  Henri  III  donna  l'ordre  de  verser  500  miKi 
entre  lea  mains  du  vicomte  de  Thouars  (flec.  Off.,  Pal.  Vlll  B.  //A 
part.  III,  m.  8). 

5,  Le  chanoine  de  Tours,  p.  313,  dit  de  lui  :  ■  Erat  ectato  decrepîtiXi 


TRÊVE   AVEC   LE   VtCOMTE   DE   THOUARS  241 

Louis  Vlir  rencontra  Aimerî  dans  les  derniers  jours  de 
Montreuil-Bellai.   Peut-être  mît-il    d'abord  le  siège 
levant  celte  place'.  En  tout  cas  les  deux  parties  finirent  par 
s  trêve  pour  un  an.  Voici  les  clauses  do  cette  trêve,  qui 
bontreiU  qu'Aimeri  VII  était  assez  puissant  pour  imposer  ses 
tigences  au  roi  de  France.  Pendant  une  année,  le  vicomte 
e  Tbouars  sera  l'homme  lige  du  roi,  comme  il  l'a  été  du  roi 
jPAngleterre ;  ses  vassaux  tiendront  de  Louis  VIII  les  fiefs  et 
(venus  qu'ils  tenaient  du  roi  d'Angleterre:  Geoffroi  d'Ar- 
tnlon  recevra  140  livres  tournois,  Geoffroi  Boisard  100  livres 
lurnois,  et  les  autres  vassaux  d'Aîineri  recevront  160  livres 
3  ;  CCS  renies  leur  seront  payées  chaque  année  jusqu'à  ce 
n'ilssoientrentrésen  possession  des  terres  dontils  avaient  été 
lépouillés  lorsqu'Aimeri  avait  abandonné  le  parti  de  Phiiippc- 
ite  ;  les  vassaux  d'Aimeri  feront  hommage  à  Louis  VIII 
Ktmme  ils  l'avaient  fait  au  roi  d'Angleterre.  Pendant  cette 
!ve.  les  marchands  et  les  hommes  du  roi  de  France  pourront 
royager  en  toute  sécurité  dans  la  vicomte,  et  les  hommes  du 
lomtone  marcherunt  pas  contre  le  roi.  La  dernière  clause 
.  pas  la  moins  caractéristique.  Tbutes  ces  conventions 
iront  valables  pendant  un  an,  déclare  Aimeri  de  Thouars, 
i  moins  que  le  roi  d'Angleterre  no  puisse  me  débai'rassor 
(  d'une  manière  ou  d'une  autre  du  roi  de  France'». 
■  Aimeri  fournit  comme  pièges  une  vingtaine  de  seigneurs 
"dn  pays.  Enfin  Hugue  et  Raimond  de  Thouars,  frères  d'Ai- 
meri et  par  conséquent  ses  héritiers  selon  la  coutume  de  cette 
vicomte,  promirent  d'obsen*er  ce  traité  s'ils  venaient  à  s'uc- 

Ïler  l'un  ou  l'autre  à  Aimeri  avant  l'année  écoulée^  Toutes 
i  belles  promesses  et  toutes  ces  garanties  ne  signifiaient 
î  grand'chose,  puisqu'on  se  réservait  de  pouvoir  les  violer 
Louis  VIII  n'était  pas  le  plus  fort.  Il  fallait  donc  à  tout 
X  être  le  plus  fort. 

«  facetus,  elonuens  et  insignis,  et  vicecoraîtum  Thoarcensium,  quan- 
ti tum  ad  laudem  sŒculi,  principium  atque  finis  ». 

1.  Guillaume  Guiart,  v.  7921  a  7929.  —  Jean  Boucliet,  p.  167,  pré- 
tend ((u'Aimeri  réunit  une  armée  formidable  ot  força  Louis  à  lui  de- 
mander une  trêve.  M.  Allonneau  (o;j.  cil.,  23H)  et  Si.  Imbert  (op.  cil., 
3S1),  ont  accepté  sans  délianue  cette  assertion. 

2.  Calai.,  a-  133. 
^    3.  CalaL,  n-  134. 


Cb.  Piitit-Dut 


i.  Uégne  ih-  LuiiU  VIII. 


242  PRISE   [)K   NIORT 

Louis  VIII  voulait  s'emparer  au  plus  vite  delà  Roclinlle;  n 
il  se  dirigea  d'abord  sur  Niort.  Une  armée  se  rendant  de  U  Tou 
raine  vers  la  Rochelle,  comme  l'a  très  bien  expliqué  M .  Bardan 
net,  devait  forcément  suivre  cette  route  ;  entre  la  mer  et  Niort, 
au  moyen  ;'ige,  la  route  était  barrée  par  les  marais  ;  quant  A  n 
joindre  la  Rochelle  en  passant  au  sud-est,  cnli'e  Niort  et  Saint* 
Jean-d'Angëli,  sans  se  préoccuper  de  prendre  ces  deux  places 
il  n'y  fallait  point  songer  ;  Louis  VIIl  aurait  couru  le  risque  d 
voir  les  garnisons  ennemies  se  rejoindre  sur  ses  derrières  pom 
lui  couper  la  retraite'.  Depuis  la  reconstruction  de  son  ch&teM 
au  xii°  siècle,  Niort  était  un  point  stratégique  de  la  plus  bauU 
importance\  Cette  place  devait  donc  être  prise  d'abord. 

Niort  fut  défendue  contre  Louis  VIll  par  Savari  de  MauléoOj 
qui  était  encore  sénéchal  du  Poitou.  Les  antécédeuLs  do» 
naient  à  croire  que  sa  fidélité  n'était  pas  inébranlable;  mai 
enattondant  que  l'occasion  se  présentât  pour  Louis  VllI  i 
l'attacher  â  sa  cause,  sa  bravoure  et  sou  activité  faisaient  d 
lui  un  adversaire  redoutable. 

Cependant  Savari  n'allait  réussir  qu'à  retarder  de  qaelquoi 
jours  le  succès  final  du  roi  de  France.  Les  Niortais  étaira 
las  do  la  domination  anglaise  et  la  ville  était  dans  des  coDdh 
tiens  particulièrement  défavorables  à  la  défense.  Elle  èta 
séparée  en  effet  de  la  Rochelle  par  le  cbiiteau  de  Frontu 
qui  appartenait  i  l'allié  du  roi  de  France,  Hugue  de  Lusigoan. 
Il  n'y  avait  donc  nul  secours  h  attendre  de  l'ouest.  Ue  plus» 
si  Savari  s'obstinait  à  défendre  Niort  et  était  réduit  à  capitit 
1er,  il  pouvait  être  refoulé  vers  le  nord  par  l'arraée  fraa- 
raise  appuyée  sur  Frontenai,  et  tout  espoir  de  rejoindN 
la  RochoUe  serait  perdu  pour  lui.  Aussi  le  siège  ne  fulrB 
pas  long.  Louis  VIII  arriva  devant  Niort  le  3  juillet,  et  b 
ville  se  rendit  le  5.  Mais  Savari  et  ses  ti'oupes  purent  gagnff 
la  Rochelle  avec  armes  et  bagages,  après  avoii-  jurè  sur 
l'Evangile  au  roi  de  France  do  ne  défendre  jusqu'à  la  Tous- 
saint aucune  autre  place  que  la  Rochelle.  Là,  du  moins,  Is' 
sénéchal  espérait  résister  longtemps  et  recevoir  des  secours'. 

1.  Bardonnet,  op.  cit..  G4. 

2.  Favre,  I/iiil.  île  lu  ville  de  Niort,  31. 

3.  Chrnn.  de  Tours,  305.  —  Bai-dannet,  op.  cil.,  61  et  "0.  —  CiiTi 
op.  cil.^  1,  250. 


SIÈGE  DE   LA  ROCHELLE  243 

Louis  Vin  entra  ensuite  sans  coup  férir  à  Saint-Jean-d'An- 
géli.  Il  y  fut  accueilli  en  grande  pompe  par  les  bourgeois', 
Jiisque-ià  cette  expédition  s'annonçait  comme  une  marche 
triomphale  et  pacifique,  et  les  Bordelais  pouvaient  écrire  à 
Hubert  de  Bourg  que  Niort  et  Saint-Jcan-d'Angéli  s'étaient 
rendues  au  roi  de  France  «  sans  y  être  forcées  »',  Les  barons 
avaient  fait  comme  les  communes:  on  ne  voit  point  qu'aucun 
d'eux  aittentë  de  résister  au  roi  de  France.  Comme  Philippe- 
Auguste  et  aussi  comme  Jean  sans  Ton-e,  Louis  VIII  n'avait 
provisoirement  qu'à  se  louer  de  l'insouciance  et  de  la  mobi- 
lité du  tempérament  poitevin. 

A.ssuré  maintenant  de  la  retraite,  Louis  VIII  vint  asseoir 
.«on  camp  à  une  lieue  et  demie  de  la  Rochelle,  au  village  de 
Dompien'e', 

La  Rochelle  s'était  considérablement  développée  depuis  la 
lin  duxu' siècle,  grâce  à  la  protection  des  rois  anglais.  D'après 
le  rùle  du  serment  que  los  citoyens  majeurs  do  la  Rochelle 
firent  à  Louis  VIII  après  la  prise  de  la  ville,  ils  étaient  au 
nombre  de  dix-sept  cent  quarante-neuf.  Malgré  la  crise 
économique  que  l'anarchie  des  dernières  années  avait  provo- 
quée, c'était  encore  une  puissante  et  riche  cité.  Outre  sa 
prftspérité  commerciale,  elle  avait  une  importance  stratégique 
de  premier  ordre.  Comme  le  disait  Roger  de  Wcndover, 
c'était  "  un  port  d'où  les  rois  d'Angleterre  surveillaient  toute 
«  la  région  ».  Il  n'y  avait  point  sur  la  cote  de  l'Océan  d'autre 
endroit  ou  les  Anglais  pussent  débarquer  en  armes,  se  réfu- 
gier en  cas  de  défaite,  garder  leur  flotte  à  l'abri  des  coups  de 
main  de  l'ennemi.  C'était  là  une  belle  proie  à  saisir*.  Cepen- 
dant le  siège  faillit  ne  point  avoir  lieu;  les  barons  étaient 
d'avis  de  ne  pas  l'entreprendre.  Partis  depuis  une  vingtaine 
de  jours,  ils  n'avaient  évidemment  plus  qu'un  désir,  celui  de 
rentrer  chez  eux  ;  ils  craignaient  de  voir  se  prolonger  fort 
longtemps  le  siège  d'une  ville  maritime  où  les  Anglais  pou- 


S. 
3. 

■11.1 
^67. 


Ckron.  de  Tours,  305.  —  Vincent  de  Beauvais,  1276. 

Shirley,  n»  202. 

Calai.,  n'  135. 

Roger  de  Wendover,  III,  84.  ~  Bib.  El:  Cit.,  série  IV,  tome 

le  H.  Delisle,  p.  525,  el  (ome  IV,  art.  de  M.  Maruhegay,  p.  161 

—  Bardonnct,  op.  cit.,  3  et  71. 


• 

161».  ^^^^^^^H 


244 


ili:(iE   UE   I.A   RtiCllELLE 


vaient  facilement  envoyer  des  secours;  les  assiégés  sem-J 
blaient    d'ailleuis    disposés    h   une    vigoureuse    résislanci 
Thibaud   de  Champagne  était  un  de   ceux  qui  pressmei 
Louis  VIII  d'abandonner  la  partie.  Mais  les  èvèque 
dévoués  à  la  cause  royale,  déclai'èrent  qu'on  ne  devait  poiaj 
interrompre  une  campagne  si  bien  engagée  et   leur  avis  fiuid 
par  prévaloir'.  Le  roi  décida  les  barons  à  rester;  un  a  encorgi 
la  charte  de  non-préjudice  que  Thibaud  de  Champagne  exigeai 
eu  cette  occasion'. 

Le  siège  commença  le  15  juillet".  Des  furtiScations  nou- 
velles défendaient  la  ville*.  GeoflFroi  de  Neville  était  arrivé  au 
mois  de  mai  avec  soixante  chevaUers,  et  Savari  de  MaakViu. 
en  prenant  le  commandement  de  la  garnison,  l'avait  rcoforcM 
de  la  petite  troupe  qui  avait  défendu  Niort  ;  selon  Vincent  de 
Beauvais,  il  avait  eu  tout  200  chevaliers.  Enfin  certaines  com- 
munes de  Gascogne,  telle  que  lîajonne,  avaient  envoyé  dw 
renforts'.  Mais  ces  contingents  hétt^rogénes  ne  pouvaient  former 
une  bonne  armée;  toutes  ces  populations  maritimes,  sansccs^e 
en  rivalité  ou  même  en  guerre  sur  l'Océan,  se  délestaient  !m 
unes  les  autres;  la  haine  des  Bordelais  pour  les  Rnchelais  était 
célèbre.  Après  la  prise  de  la  ville,  les  Bayonnais  n'eurenl 
rien  de  plus  pressé  que  d'écriro  à  Henri  Ili  pour  accuser  les 
Iloehelais  de  trahison'.  Enfin  il  y  avait  certainement  dans  la 
cité  un  parti  français  et  ce  n'est  pas  sans  raison  que  Mathieu 
de  Paris  gémitsur  1'  «  innata  Pictavensibus  proditio  ».  Outre 
que  les  bourgeois  étaient  las  du  gouvernement  des  Plantage- 
nets,  les  Templiers  étaient  depuis  longtemps  des  fuutfiun 
de  troubles  dans  la  ville  et  étaient  accusés  de  relations  avec 
les  ennemis  du  roi  d'Angleterre  ;  il  est  fort  possible  aussi  qui- 
Louis  se  soit  acheté  des  partisans'. 


1.  CA™«.  de  Tours,  30S. 

2.  Calai.,  n-  137. 

3.  C/iron.  de  Tours,  305. 

*.  Rec.  Off.,  Paient  Vil  Henry  lll.  part.  i.  membr.  7. 

5.  Ann.  rfe  Dunilaple.  86.  —  Vincent  de  Deauvais,  1236.  —  Lilt 
claus.,  I,  509,  et  601.  —  Bvmer,  I,  part,  i,  173. 

G.  Bill.  Ec.  cil.,  série  IV.  t.  11,  arl.  ciW.  527.  —  Hymer,  hr.  ril. 

7.  Math,  'de  Paris,  Chroii.  Maj.  lll,  8'i.  —  Shirlev.  n-  158  cl  I5S. 
—  ft«.  Office,  Royal  Mtert,  r">  1051  et  1052.  —  fotUiasI,  ii»  68.- 
Vov.  De  Hichemond,  Détouv.  du  test.  iCAufredi.  dans  Ac.  dt  l.n  Ita- 
ehelle,  Séance  publ.  de  I87G,  p.    8'.  et  suiv.   —  Wonrlovec,  III,  Si: 


FRISB  DE  LA  ROCHELLE 

pour  relever  les  courages  et  emiiêcher  les  trahisons,  une 
Ëervention  énergique  du  gouvernement  anglais  eût  été 
nécessaire.  Elle  ne  se  produisit  pas.  Un  chroniqueur  français 
prétend  que  Henri  111  envoya  par  dérision  à  Savari  de  Mauléon 
des  caisses  pleines  do  pierro  et  de  son;  l'anecdote  ne  peut  pas 
être  vraie,  et  nous  savons  d'ailleurs  ijue  Hubert  de  Bourg  envoya 
un  peu  d'argent  on  Poitou,  en  juin  et  en  juillet'.  Mais  ces 
secours  étaient  însutlisants. 

Les  assiégés  firent  d'abord  bonne  contonauce.  Au  moment 
où  les  Français  arrivaient,  Savari  opéra  avec  la  garnison  et 
les  habitants  une  sortie  très  meuririéro  et  quand  les  machines 
dn  roi  furent  dressées,  les  Rochelais  en  dressèrent  de  leur  cûté 
et  rendirent  coup  pour  coup  '.  Mais  avant  que  trois  semaines  se 
fussent  écoulées,  ce  beau  zèle  s'évanouit.  Peut-être  à  l'instiga- 
tion de  Savari,  que  pouvait  exaspérer  l'inaction  de  Hubert 
ilii  Bourg,  les  Rochelais  décidèrent  à  l'unanimité  de  capituler  ; 
lia  seul,  selon  Mathieu  de  Paris,  resta  fidèle  au  roi  dWngle terre, 
ce  qui  lui  valut  plus  tard  d'èiro  pendu\  La  ville  se  rendit  le  3 
afii'if ,  le  lendemain  d'une  procession  que  l'on  avait  faite  à  Paris 
pour  demander  à  Dieu  la  victoire.  La  garnison  sortit  avec  les 
honneurs  de  la  guerre*.  Raoul  de  Coggeshall  dît  que  les  * 
Rochelais  se  rendirent  conditionnellement,  sur  l'avis  des 
barons  Poitevins;  on  s'attendait  peut-être  à  un  retour  de  la 
fortune.  Mais  dès  le  V-i  août  les  bourgeois  prêtèrent  tous  ser- 
ment de  fidélité  au  roi;  dans  l'acte  qui  relate'cette  cérémonie, 
la  commune  de  la  Rochelle  déclare  que  le  roi  est  dispensé 
de  venir,  la  vcillo  île  la  prorhaine  fête  de  Noël,  en  un  lieu 
^itiio  près  de  la  Rochelle  entre  le  faubourg  neuf  du  Temple 
■■l  l'abbaye  de  Saint-Léonard;   sans  doute  était-il  d'abord 


.  tam  prece  qoam  pretio  inducti,  régi  Francorum  Riipel- 
iradîderiml.  ■> 
.  Chroit.  (le    Tour»,  305.  —  Itei-.  Off.,  Put.  VIII  Henry  lit,  part. 
m-  7  et  6.  —  LUI.  '(rtun.,  I,  612 1". 
.  Ann.  de  Duntlaple,  8fi.  —  Chron.  de  Tours,  305. 
,,  CAron.  Jlf'ij.,lll,8'i.  — L'annatijstedeDunstaple.p.  9i,ellesBayon- 
bdans  leur  lettre  à  Henri  l![  sccusent  Savan  d'avoii-  provoqué  la 
UtaUtion.  L'auteur  des  Slrophei  tur  la  prise  de  La  Itochetle  (.1  nnuaire 
%  Soc.  II.  Fr.,  1885,  p.  112),  dit  aussi  : 

(Kupella)  [inmpnal  civem  sulHlolum, 
licserlorum  discolum, 


.  df  ToM 


,  sas. 


-  Arm.  de  llumlnple.  91. 


246  CAUSE   DE   l'inertie   DK8   ANGLAIS 

convenu  que  la  reddition  définitive  se  ferait  en  cet  endroit  el 
à  cette  époque'. 

Ainsi  la  Rochelie  avait  été  perdue  par  Henri  III,  faut 
de  secours,  comme  Rouen  l'avait  été  par  Jean  sans  Torra 
Mais  cette  fois  le  gouvernementanglais  n'était  point  coupabk 
et  son  inertie  n'était  pas  volontaire.  Malgré  les  trouble 
d'Irlande,  malgré  les  incursions  de  LIewelyn,  Hubert  i 
Bourg  avait  convoqué  un  parlement  à  Northamplon  le  1 
juin,  pour  s'occuper  des  affaires  d'outre-mer'.  Mais  les  baron 
n'étaient  pas  disposés  à  donner  leur  appui  au  roi.  I 
s'étaient  jamais  prêtés  de  bonne  grâce  aux  expéditions  sur  II 
continent.  D'ailleurs  la  querelle  -soulevée  au  moment  où  l'oi 
avait  proclamé  la  majorité  du  roi  n'était  rien  moins  qu'éteinte 
Tout  était  prêt  pour  une  révolte.  Fauquet  de  Bréauté  était  j 
la  tête  des  mécontents  ;  shérifF  de  plusieurs  comtés,  comU 
de  bienfaits  par  les  Plantagenets,  il  était  "  plus  que  le  roi> 
U  voulut  allumer  une  nouvelle  guerre  civile.  Condamné  en  asà 
ses  de  nouvelle  dessaisine  à  une  énorme  amende  pour  ses  brï 
gandages,  il  captura  l'un  des  juges  itinérants  qui  avaient  pro 
nonce  la  sentence,  Henri  de  Braibroc,  et  l'incarcéra  dans  sa 
'  château  de  Bedford.  Plusieurs  membres  du  conseil  du  roi.  t^ 
que  Pierre  des  Roches  et  le  comte  de  Chester,  ne  cachais^ 
pas  leur  sympathie  pour  lui,  non  plus  que  leur  haine  pour  k 
grand  justicier  et  son  allié  Etienne  de  Langton,  chef  du  parti 
constitutionnel.  Si  Hubert  de  Bourg  ne  triomphait  pas  if 
cette  rébellion,  c'en  était  fait  pour  jamais  de  son  ;uitorité,  c'cd 
était  fait  pour  longtemps  du  pouvoir  royal.  Il  décida  Henri  III 
à  aller  assiéger  Bedford.  Toutes  les  ressources  dont  la  royauif 
pouvait  disposer  furent  employées  îi  réduire  ce  chAtoau  ré- 
puté inexpugnable.  Or  ce  siège  commença  le  21  juin,  c'est- 
à-dire  trois  jours  avant  la  réunion  des  troupes  de  Louis  VIII 
à  Tours,  et  lorsqu'il  se  termina  le  15  août  par  la  prise  i!« 
château,  les  bourgeois  de  la  Rochelle  avaient  l'avant-veilk 
juré  fidélité  à  Louis  VHI'. 

1.  Coggeshall,  208.  —  Calai.,  n"  14H'i2. 

2.  Wendover,  III,  84.  —  Ann.  de  Diinslaple,  86. 

3.  Darnwell,  252  et  ïuiv.  —  Coggesliall,  204  et  suiv.  — WendoiTti 
Malh.  de  Paris.  111,  8'i  et  suiv.  —  Am.  de  DumtapU,  87.  —  Am.  ''' 

Waverleg,  'Mi>.  —  Ann.  de  Tewkesburg,  6i.  —  Chran.  de  Utrlc". 
t"  173  et  V".  —  Lettre  de  Henri  III  au  iwpe:  Shirley,  n"  199. 


KACQUET   DE   URKA,UTK   ET   LOVlf 


2  il 


Devons-nous  penser  que  Fautiuet  de  Bréauté  était  en  rela- 
tions avec  Louis  VIII?  «  S'il  faut  en  croire  ce  que  racontaient 

<  certaines  gens,  Fauquet  et  ses  complices  suggérèrent  au  roi 

<  de  France  l'idée  d'envahir  le  Poitou,  et,  afin  qu'il  pût  agir 
«  sans  crainte  ni  péril,  ils  lui  promirent  de  susciter  à  Henri  III 
r  de  tels  embarras  dans  son  royaume,  qu'il  laisserait  sans 

|n  secours  les  terres  d'outro-mer.  n  Plus  lard  Fauquet  protesta 
lUprès  du  pape  qu'il  n'était  pour  rien  dans  la  perte  du  Poitou 
t  qu'on  le  calomniait'.  Assurément  Louis  VIII  entretenait 
ï(les  intelligences  avec  les  ennemis  de  Henri  III;  il  essayait 
'  d'entuurer  son  rival  d'un  réseau  dont  nous  apercevons  encore 
quelques  mailles\  Mais  les  chroniqueurs  anglais  racontent 
que  Fauquet,  condamné  en  1225  â  un  exil  perpétuel  et  débar- 

»qué  en  Normandie  son  pays  natal,  fut  pris  à  Fécarap  par  les 
ftgents  de  Louis  VIII  ;  on  se  souvenait  des  torts  qu'il  avait 
feits  aux  Français  en  12Ifl;  il  fut  amené  devant  le  roi,  jeté 
en  prison  et  ne  dut  son  salut  qu'à  sa  qualité  de  croisé  et  à 
l'intervention  du  pape'.  Il  n'est  donc  guère  admissible  qu'une 
alliance  ait  jamais  été  conclue  par  le  roi  de  France  avec  le 
célèbre  routier.  Entre  le  siège  de  la  Rochelle  et  la  capture 
de  Henri  de  Braibroc  il  n'y  avait  eu  qu'une  heureuse  coïnci- 
!ence. 
A  défaut  d'une  intervention  militaire,  le  grand  justicier  usa 
s  moyens  diplomatiques  pour  essayer  d'arrêter  les  succès  de 
■nisVIII.  Ai'époqueoù  Louis  marchait  sur  la  Rochelle,  Hu- 
irt  de  Bourg  envoya  à  Rome  les  abbés  de  Bosley  et  de  Roberts- 
tidge.  Arrivés  probablement  dan»  le  courant  du  mois  do 
pillet,  ils  trouvèrent  auprès  du  pape  deux  cardinaux  scule- 
Bent;  l'un  d'eatre  eux  était  le  cardinal  de  Saint-Auge,  futur 
Igat  de  France;  ces  doux  prélats  se  montraient  favorables  à 
«DUia  VIII;  l'un  disait  qu'on  ne  pouvait,  pour  faire  plaisir 
Anglais,  mettre  l'Église  en  feu;  l'autre  alléguait  que 


.  Barnwell,  253  et  269.  —  Cf.  Flores  lusloriarim,  II,  ISO. 

i.  C'est  ainsi  que  d'après  la  lettre  des  Bayonnais  à  Henri  III,  citée 

[|dua  haut,  Louis  était  en  relations  avec  le  roi  de  Navarre  :  u  Kex  Na- 

«  varras  confœderatus  est  cum  rege  Francîae  propter  coinilem  Campania; 

■  ncpotem  suuui  et  intendit,  sicut  nobis  dicitur,  nos  irravare  a  (Rymer, 

I.  part,  1, 173.) 

3.  Barnwell.  254.  —  Wendover,  III,  ii.  ~  Afin,  de  J)unslople,S9.— 
ppotthast,  n<>7'>23. 


i 


248  ISTRICCES   A   ROUE 

l'affaire  de  Poitou  ne  regardait  pas  le  pape.  Quant  à  Hono- 
rius  III,  lorsqu'il  reçut  les  deux  abbés,  il  commcDça  par  leur 
déclarer  que  le  moment  était  mal  choisi  pour  une  telle 
ambassade,  car  ses  conseillers  étaient  en  congé  et  il  ne  pou- 
vait rien  faire  sans  eux;  il  ne  laissa  même  point  aux  deux 
ambassadeurs  la  faculté  d'exposer  le  motif  de  leur  mission. 
Tous  les  jours  il  faisait  la  même  réponse,  d'un  air  troublée 
Evidemment  les  deux  cardinaux  partisans  de  la  France  intri- 
guaient auprès  do  lui.  En  outre  Houorius  battait  froid  an 
gouvernement  anglais,  qui  refusait  d'accepter  un  légat. 
Ne  sachant  à  quoi  se  résoudre,  le  pontife  envoja  aux  cardia 
naux  qui  étaient  dispersés  dans  la  campagne  de  Rome,  les 
lettres  qu'on  lui  avait  apportées  de  la  part  du  roi  d'Au- 
gleterre  et  leur  demanda  conseil.  Leur  avis  fut  probable- 
ment favorable  à  la  cause  anglaise,  car  les  deux  abbés, 
à  défaut  des  mesures  énergiques  qu'ils  demandaient 
Honorius,  obtinrent  du  moins  qu'il  écrivît  le  3  août  une  lettre 
de  remontrance  à  Louis  VIII'. 

L'abbé  de  tlautecombe  fut  chargé  de  porter  coito  lettre; 
accompagné  de  l'archevêque  de  Sens  et  de  l'évéque  de  Seulis, 
il  la  présenta  à  Louis  VIII^  Dans  cette  épitre,  HouoriiU 
reproche  à  Louis  d'avoir  oublié  la  Terre  Sainte  ;  le  roi  n'a  t«nii 
aucun  compte  de  la  décision  que  le  pape  avait  prise  dan: 
colloque  avec  Frédéric  II,  et  selon  laquelle  la  paix  devait 
régner  sur  te  monde  chrétien  pendant  toute  la  durée  de  lA 
croisade.  «  Il  est  possible,  ajoute  le  pape,  que  pour  certaîi 
a  motifs  tu  n'aies  pu  t' accorder  avec  le  roi  d'Angleterre  pour  U; 
"  prolongation  de  la  trêve.  Mais  quelle  nécessité  te  forçAÏL 
'>  porter  les  armes  contre  lui.  au  mépris  de  notre  décision,  ■ 


1,  Lettre  des  abbés  de  Boxicy  et  do  nobertsbridge  à  Henri  III:  Shîr* 
iey,  n"  200.  Shîrley  suppose  que  cette  lettre  a  été  écrite  au  mois  d» 
iuin  :  mais  les  deux  ahbéii  ne  partirent  pour  Rome  qu'au  moment  ak 
les  hostilités  étaient  commencées  en  Poitou  ;  ils  ne  purent  donc  arrivuf 
auprès  du  ^pc  qu'à  la  Qn  du  mois  de  juillet.  —  Voy.  la  lettre  de  n- 
proches  écrite  par  Honorius  III  à  Etienne  de  Langton  au  moment  i^ 
il  apprit  le  siège  de  Bedford.  Pour  enipècher  le  pape  d'envoyer  ui 
légat  on  Angleterre,  l'archevêque  de  Canlorbéry  lui  avait  cacbé  In 
troubles  du  roj'uume  et  l'avait  assuré  que  tout  allait  pour  le  mietil. 
(Shirley,  I   p.  513.) 

2,  Voy.  les  lettres  du  pape  à  ces  trois  prélats  ;  PotUiast,  a"  7296 
7297  (:i  août). 


VAINE    INTERVENTJON    DU    PAPE 


249 


1  mépris  des  besoins  de  la  Terre  Sainte?...  Nous  avons  prorais 
I  à  l'empereur  de.  ramener  à  l'obéissance  par  la  contrainte 
I  canonique  ceux  qui  violeraient  le.  règlement  de  paix.  .>  Hono- 
ppiiis  demandait  finalement  que  Louis  VIII  cessât  ses  attaques 
«t  se  prèbU  à  la  conclusion  d'une  trêve  sur  la  médiation  pon- 
tificale'. Le  même  jour  il  avait  écrit  à  Henri  III  pour  l'enga- 
■ger  â  se  montrer  accommodant;  i!  lui  conseillait  de  donner 
latisfaction  au  roi  de  France,  au  sujet  dos  indemnités  qui 
Élevaient  être  accordées  pour  les  dommages  causés  pendant  le 
Séinpa  des  trêves*.  Dans  aucune  de  ces  doux  lettres,  le  pape 
ke  discutait  la  question  capitale,  celle  de  la  conquête  du  Poi- 
ou.  II  espérait  sans  doute  trancher  lui-même  la  difficidté,  et 
lar  son  ascendant  ramener  les  Poitevins  à  l'obédience  du  roi 
d'Angleterre.  Nous  voyons  en  efl'et  qu'il  avait  constitué  des 
juges  pour  faire  le  procès  du  comte  de  la  Marche,  coupable 
d'avoir  passé  dans  le  parti  de  Louis  VIII  ;  les  abbés  de  Bnx- 
!ey  et  de  Robertsbridge  obtinrent  le  cliangement  des  juges 
içoi  avaient  élé  désignés,  deux  d'entre  eux  étant  suspects 
l'être  favorables  au  roi  de  France"'.  A  la  même  époque  lo 
lape  donna  ordre  à  Uugue  de  Lusignan  de  rendre  satisfaction 
i;  Henri  III*. 

Là  se  borna  pour  quelque  temps  l'intorvention  pontificale. 
*oin  qu'il  y  ait  eu  alors,  comme  le  prétend  Pauli',  un  rappro- 
ibement  plus  étroit  entre  Honorius  III  et  son  pupille,  ils 
hillîrent  se  brouiller  à  propos  de  l'affaire  de  Fauquet  de 
sauté,  qui  fut  connue  à  Rome  au  milieu  du  m'ùs  d'août.  En 
ippronant  qu'au  lieu  de  défendre  le  Poitou,  le  roi  était  allé 
ÎSaîégtT  Hedford,  Honorius  témoigna  un  mécontenloment  très 
f  et  prit  le  parti  de  Fauquet,  qui  sollicitait  son  appui  avec 
B  protestations  hypocrites.  Le  gouvernement  anglais  rejeta 
risolument  en  celte  circonstance  la  tutelle  du  Saint-Siège*, 
ouis  VIII  en  profita.  .Ka  moment  où  les  abbés  de  lîoxiey  et 


.  PotthasI,  nû  729i, 
.  I6id.,  n"  7295. 
3.  Shirley,  n"  200. 

'.  Letlre  du  2  aoilt  1224  :  Pollhast,  n"  7293. 
.  Guehichie  von  Eunlaiid.  III,  5'i5. 
■  6.  Voy.  les  lettres  d'Hnnorius  III  k  Henri  III  et  â  l'archevéquf 
^^ntorbéry:  Shirley,  I,  p.  5'i3  et  544. 


250  FIN  i>E  l'expédition 

de  Robertsbridge  partaient  de  Rome,  ses  agents  y  amraient; 

ils  décidèrent  évidemment  le  pape  à  la  neutralité'. 

Cependant  la  conquête  du  Poitou  s'achevait  sans  difficulté. 
Le  vicomte  du  Turenne  était  dévoué  à  Louis,  qu'il  avait  accom- 
pagné autrefois  en  Angleterre.  Le  vicomte  de  Limoges  pt  lus 
boiu'geois  de  la  ville  s'étaient  soumis  pendant  le  siège  de  1& 
Rochelle.  Vincent  de  Beauvais  npus  dit  que  les  Pérîgourdiiit 
se  rallièrent  aussi  au  parti  du  roi  de  Franco'.  Nous  avons  vu 
que  Fui-Saint- Front  et  Sarlat  s'étaient  soumis  dès  septembre 
1223.  Aucune  trace  ne  subsiste  delà  soumission  de  Périgueux 
et  du  comte  Archambaud  II;  mais  d'après  VArt  de  véri/ùr 
les  dates',  ce  baron  aurait  eu  recours  k  la  justice  du  roi 
deFranceen  1:^26,  ce  qui  prouverait  qu'il  lui  avait  fait  hom- 
mage en  1224. 

Après  avoir  quitté  la  Rochelle,  Louis  VIII  se  rendit  à  Poi- 
tiers. De  là  il  envoya  son  armée  en  Gascogne  sous  lo  com- 
mandement du  comte  de  la  Marche  et  du  nouveau  sénéchal 
de  Poitou,  GeofFroi  de  BuUi.  Le  comte  de  la  Marche  se 
présenta  d'abord  devant  Sainl-Emiliou.  Les  bourgeois  sorti- 
rent aussittU  de  la  ville  et  jurèrent  fidélité  au  roi  de  Franue. 
De  là  les  troupes  de  Louis  VIII  se  dirigèrent  vers  Saint-Ma- 
caire  et  Langon,  qui  avaient  pour  seigneur  Pierre  do  Gabarret. 
Pierre  rendit  ces  deux  places  et  en  présence  de  l'évéque  dl 
diocèso  les  bourgeois  prononcèrent  leur  serment.  Ce  fut  en- 
suite le  tour  des  habitants  delaRéole.  La  cité  de  Bazas  elle- 
même,  située  sensiblement  au  sud  delà  Garonne,  fit  sa  sou- 
mission sur  l'exemple  de  son  évêque.  Un  certain  nombre  de 
barons  gascons  abandonnèrent  aussi  le  roi  d'Angleterre. 
Toutefois  les  envoyés  de  Louis  VIII  n'inspirèrent  pas  partout 
une  confiance  illimitée;  les  bourgeois  de  la  Réole  s'avancèrent 
à  six  milles  de  leurs  murs  pour  faire  leur  soumission,  et  non 
plus  que  les  bourgeois  de  Saint-Emilion,  ils  ne  permirent 
d'abord  aux  Français  de  pénétrer  dans  leur  ville.  Quant  tui 
Bordelais,  ni  les  discours,  ni  les  offres  d'argent  ne  parvinrent 
à  leur  faire  abandonner  le  roi  d'Angleterre.  Ils  n'avaient  pM 


1.  Shirley,  n°  200. 

2.  Catal..  n*138.  —  Vinc.  de  Beauvais,  12"6,  —  Bernard  Hier,  118- 

3.  CoïïUt»  de  Périf/ord,  art.  Archambaud  II. 


fiM  DE  l'expédition  251 

eu  à  souffrir  des  mAmes  maux  que  les  bourgeois  Poitevins  et 
étaient  formement  attachés  aux  Plantagenets.  Hugue  de  Lusi- 
gnan  leur  demanda  d'accorder  tout  au  moins  des  trêves  à 
ceux  qui  avaient  embraesé  le  parti  du  roi  de  France.  Ils 
répondirent  qu'ils  ne  feraient  ni  paix  ni  trêve  avec  les  ennemis 
du  roi  Henri.  Le  comte  de  la  Marche  dut  se  retirer,  quelque 
qu'il  eut  de  mettre  la  main  sur  cette  riche  cité,  que 
Xiouiij  VIII  lui  avait  promise'. 

L'été  finissait;  le  roi  reprit  le  chemin  de  la  Touraine.  Il 
ivait  eu  d'abord  de  plus  vastes  ambitions.  Il  avait  songé 
i  conquérir  la  Gascogne.  L'Angleterre  même  avait  craint 
une  nouvelle  invasion;  les  Iles  normandes  avaient  été  mena- 
cées par  les  marins  français'.  L'échec  du  comte  de  la 
.Marche  devant  Bordeaux  découragea  sans  doute  le  roi.  Au 
jnois  de  septembre  il  était  de  retour  à  Paria,  où  sou  panégy- 
isto  Nicolas  de  Brai  prétend  qu'il  reçut  un  accueil  enthou- 
liaste".  En  somme,  non  seulement  le  Poitou,  mais  tout  le  pays 
!n  deçà  de  la  Garonne  et  même  quelques  terres  situées  au 
ttid  du  fleuve,  avaient  été  soumis  dans  cette  rapide  campa- 
fne.  Le  trésor  mis  en  réserve  par  Philippe-Auguste  contribua 
ifficacement  à  ce  résultai.  Uugue  de  Vivomie  déclare  dans 
'aa  lettre  à  Henri  III  que  les  Français  ont  répandu  beaucoup 
d'or  en  Poitou.  Mousket  aussi  nous  dit: 

S'en  ala  li  rois  en  Pûito 

Avoec  lo  conte  do  la  Marco  ; 

Maint  escrinff,  maint  lonniel  on  marce 

l'Iain  de  deniers  li  fist  mener. 

Pour  1&  grant  gierro  mious  lïner*. 

Louis  VIII  dut  certainement  calmer,  à  l'aide  de  ces  excel- 
lents arguments,  les  scrupules  des  barons  qui  hésitaient  à 

1.  Shirloy,  n"  207  el  n"  208,  ietlres  adressées  à  un  évèque  anglais 

Rkr  un  axcnidiacre  anonyme  et  à  Henri  Ml  par  Hugue  de  Vivonne; 
ligue  de  VÎTonne  était  un  noble  Poitevin  fort  en  fiiveur  auprès  des 
nanUgenetK;  il  avait  été  envoyé  en  Poitou  le  26  mai  122ï  {IMl.  clau»., 
,  601).  —  Les  chroniqueurs  sont  mueta  sur  tous  ces  faits. 

2.  Lettres  de  Henri  III  du  29  juillet,  ordonnant  de  fortifier  les  Cinq- 
^__*ort8  pour  les  garantir  contre  les  ennemis  :  LUI.  ctaus.,  l,  614  ~ 

Lettres  du  Ifl  juillet  :  «  Sicut  audivimus,  quidam  inimici  nostrî  ponunt 
«  insidiaa  ad  malefaciendum  nobîs  de  insulis  noatris  de  Gereaeia.  » 
ifiee.  Off..  Pal.  V//r  ffimn/  III,  part,  m,  m.  6.) 

3.  Nicolas  de  Brai,  p-  328. 

4.  Mouskei,  v.  24374  et  suiv. 


252  EFKORTS    l'OUR    CONSOLIDER    LA    CONQUÊTE 

trahir  Henri  lU.  On  voit  par  exemple  Guillaume  de  la  Motte 
faire  Iioiomage  lige  au  roi  pour  cent  livres  toumnis  de  rente; 
Bos  de  Matha,  qui  avait  sans  doute  la  conscience  plus  délicate, 
ne  fit  défection  que  pour  une  rente  de  cent  vingt  cinq  livres 
tournois*.  Quant  aux  villes,  bien  qu'eu  abandonnant  le  parti 
anglais  elles  se  condamnassent  à  i)erdre  leurs  déboucbés  et  à, 
voir  leurs  vaisseaux  traqués  sans  cesse  par  la  marine  ennemie, 
leur  attitude  s'explique  suffisamment  par  la  déplorable  situa- 
tiou  que  leur  avait  créée  l'anarcMe  dont  nous  avons  parlé.  Il 
était  difficile  qu'elles  ne  gagnassent  rien  au  change.  Pour 
expliquer  la  rapidité  de  leur  défection,  il  est  au  moins  inutile 
d'invoquer  ii  l'esprit  de  patriotisme  et  de  nationalité  qui  ger- 
«  mait  et  se  développait  dans  nos  villes*  ».  Le  seul  sentiment 
qni  piH  guider  à  cotte  époque  les  laborieux  bourgeois  des 
communes  était  évidemment  l'intérêt.  Les  mêmes  causes  et 
les  mêmes  effets  se  retrouvent  dans  la  conquête  do  la  Nor- 
mandie par  Philippe-Auguste  et  la  conquête  du  Poitou  par 
Louis  Vin  :  même  mécontentement  pour  des  motifs  économi- 
ques, même  inertie  du  gouvernement  anglais  au  moment  de 
la  guerre,  même  foudroyant  succès  des  armes  capétiennes. 

Une  fois  revenu  à  Paris,  Louis  Vlll  s'occupa  d'achever  une 
œuvre  qu'il  avait  déjà  commencée  pendant  la  guerre  même  : 
la  consolidation  de  la  conquête.  Philippe- Auguste  avait  mon- 
tré combien  il  était  utile  de  savoir  par  de  larges  concessions 
récompenser  ses  alliés  et  maintenir  les  firtélités  chancelantes.  ■ 
Louis  suivit  la  même  politique. 

Il  tint  la  promesse  qu'il  avait  faite  à  Hugue  de  Lusignan. 
Une  fois  la  Rochelle  prise,  l'île  d'Oléron  tomba  eu  son  pou- 
voir et  il  la  donna  aussitôt  à  son  allié.  Seulement  il  fit  jurer 
au  comte  de  la  Marche  que,  sous  peine  de  voir  confisquer 
tous  ses  biens,  il  accorderait  aux  insulaires  les  privilèges  et 
les  franchises  dont  jouissaient  les  Rochelais,  Le  roi  espérait 
ainsi  assurer  son  influence  sur  Oléron'.  A  la  même  époque,  il 
conclut  avec  Hugue  de  Lusignan  une  convention  provisoire 


1.  Otlal.,  n"  155,156. 

2.  Bardonnet,  JViorl  et  la  RuchtUe,  73. 

3.  Calai.,  n°  143.  —  Hugue  de  Lusignan  accorda  ces  privilèges  ■ 

^nno    /I^I^IArtis»     .VA.,    In      if.     QniM.      irn«.         t'4i.ta       ^rtil    flanc       n.*.r  Cj.«U 


;t*ES   AUX    COMMUNES 


253 


lU  sujet  de  la  seigneurie  de  Mauzé  ;  le  règlement  défiiiilif  eut 
leu  en  janvier  1226,  Le  comte  abandonna  à  Louis  VIII  tous 
ies  droits  sur  cette  seigneurie,  moyennant  une  rente  annuelle 
de  quatre  cents  livres  tournois  que  le  roi  devait  lui  payer  pen- 
dant cinq  ans'. 

Dès  l'époque  lUi  siège  do  la  Rochelle  Louis  VIII  commence 
.&  octroyer  des  chartes  aux  \-itles  de  Poitou.  De  ce  moment 
date  en  effet  l'acte  par  iequol  il  confirme  aux  bourgeois  de 
lljmoges  les  coutumes  et  les  libertés  dont  ils  jouissaient  au 
temps  de  Henri  II  et  de  Richard  Cœur  de  Lion*.  Après  la  prise 
de  la  Kochelle,  Saint-Jean  d'Angêli  reçut  une  confirmation  de 
ses  privilèges  identique  à  celle  que  Philippe-Auguste  lui 
tvait  octroyée  en  1204',  Enfin  Louis  VIII  promit  aux  Ro- 
chelais  de  respecter  leurs  privilèges,  de  ne  jamais  détacher 
leur  ville  de  son  domaine  et  de  ne  point  démolir  leurs  rem- 
parts; tous  les  barons  présents  jurèrent  cette  convention  sur 
fî'âme  du  roi'.  Afin  de  relever  le  commerce  de  cette  ville,  il 
raccorda  un  sauf-conduità  tous  les  marchands  qui  s'y  rendraient; 
'les  négociants  anglais  eurent  défense  d'y  séjourner,  sous 
Lf  d'être  chassés,  mais  l'expulsion  ne  pouvait  les  frapper 
Qu'au  bout  d'un  délai  de  vingt  jours  '.  En  outre,  Louis  accorda 
faveurs  à  nn  certain  nombre  des  bourgeois  les  plus  influents 
de  b  commune;  il  confirma  en  faveur  d'Hélie  Bernard  une 
charte  de  Richard  Cœur  de  Lion  l'exemptant  des  coutumes, 
et  une  charte  de  Jean  sans  Terre  lui  concédant  en  fief  le  mi- 
nage de  la  Rochelle  ;  il  confirma  également  les  privilèges  que 
}es  Plan  tagenets  avaient  octroyés  à  Hélie  Gasquet  et  â  la  famille 
de  Guillaume  Legier;  â  l'exemple  de  Richard,  il  exempta  de 
coutumes  dans  toute  l'étendue  de  son  domaine  les  héritiers 
de  Guillaume  et  de  Gautier  Offroi,  parents  du  célèbre  Alexan- 
dre Offroi  qui  avait  fondé  en  1203  l'aumônerie  de  la  Rochelle. 
Il  exempta  de  toute  coutume  Girard  de  la  Chambre  et  lui 
octroya  le  privilège  de  n'être  justiciable  que  du  roi  ou  du 


.  Catal.,  n°'  158  et  309.  Voy.  aussi  Calai,  n"  262,  et  one  enquête 
Elite  au  temps  d'Aifonse  de  Poitiers,  dans  Arch.  hist.  du  Poitou,  V]l, 
^86;  cf.  Massjoa,  Uisl.  d'AunU,  11,  248. 
'     2.  Catal.,  fV  139. 

3.  Catal.,  n"  UO;  cf.  Deliale,  n-  86i. 

4.  Catal.,  n-"  I'.'é  et  145. 
.  Catal.,  n."  14G. 


254  PRlVJI.KrtES   Airx   COMMUNES 

bailli  principal  du  Poitou.  A  Pierre  de  ta  Paie  il  céda,  moyen- 
nant le  cens  annuel  d'uo  besant,  le  revenu  auquel  il  avait 
droit  sur  les  poissons  de  mer  de  la  poissonnerie  de  la  Rochelle, 
et  il  lui  confirma  la  pêcherie  et  la  paneterie  de  la  ville  '. 

De  cette  époque  date  aussi  la  charte  accordée  aux  bourgeois 
de  Saint-Junien.  Louis  VIIl  confirme  lenrs  coutumes  et  leur 
accorde  protection  et  sauf-condnit  pour  vo_yafrer  dans  ses 
terres'.  Quelque  temps  après,  on  repassant  à  Niort,  il  con- 
firme les  coutumes  des  habitants"  et  reconnaît  en  faveur  de 
Richard  Lequeux  les  donations  faites  autrefois  à  son  père 
Guillaume  par  Richard  Cœur  de  Lion  ;  ce  Guîllaumo  Lequeox 
était  1b  représentant  de  l'autorité  royale  à  Niort,  au  temps  de 
Jean  sans  Terre  ;  il  avait  été  à  la  tête  du  parti  français  taiil 
que  la  ville  était  restée  sous  la  puissance  de  Philippe-Augusto' 
Un  peu  plus  tard.  Louis  VIII  confirme  les  privilèges  accordés 
pai'  Philippe-Auguste  aux  habitants  de  Poitiers  en  1222'. 

Après  le  retour  du  roi  en  France,  l'octroi  des  chartes 
continue.  Au  mois  de  septembre,  lo  roi  confirme  les  lois 
des  gens  de  la  Réole;  il  leur  accorde  l'exemption  de  toute 
coutume  en  Poitou,  et  leur  promet  même  faveur  en  Gascogne 
quand  cette  province  sera  conquise  ;  il  s'engage  à  ne  jamais 
les  détacher  de  son  domaine  et  à  ne  point  détruire  leurs 
remparts,  à  moins  qu'ils  ne  se  révoltent,  Dans  un  autre  acte, 
il  confirme  particulièrement  leurs  droits  municipaux.  Enfin  il 
prononce  le  bannissement  et  la  confiacation  des  biens  de  neuf 
bourgeois  de  la  Réole,  qui,  pour  quelque  méfait  dont  noas 
ignorons  la  nature,  avaient  été  chassés  de  la  ville  en  1222  par 
leurs  concitoyens,  puis  réintégrés  sur  l'ordre  du  roi  d'Angl< 
torre*.  Les  bourgeois  de  Saint-Emilion  obtinrent  une  charte 
analogue  à  celle  des  Réolais'. 

On  ne  trouve  en  revanche  que  deux  chartes  accordées  par 


1.  Calai.,  n">  149  àl54.  Voy,  sur  ces  familles;  fiti.  ^c.CA.,  série  IV, 
t.  11.510,  et  t.  IV,  133  et  suiv. 

2.  Calai.,  n"  157. 
2  Calai.,  n"  160. 

4.  Calai.,  n"  161.  —  Giry,  Elabi.  de  Rouen,  I,  210,  211,  2(3. 

5.  Calai.,  n"  162. 

6.  Calai.,  n"  165,  166.  —  Cf.  Shirley,  n»  182.  —  Cinq  de  ces  boof- 
gfloia  appartenaient  à  la  puissante  famille  de  Pins:  voy.  Gauban,  Uii'- 
de  la  RMe,  p.  87. 

;.  Catal^Q"  191. 


PRÉCAUTIONS    MILITAIRES  255 

LBVIIIauxnioiiastères  poitevins.  La  première  fut  octrojée 
ndant  le  siège  de  la  Rochelle  à  l'abbaye  de  Saint-Jean 
'à'Angéli;  cette  abbaye  avait  pendules  drnits  fort  importants 
que  les  comtes  de  Poitiers,  au  temps  de  leur  dominatiou,  lui 
avaient  donnés  sur  la  ville  de  Saint-Jean;  elle  obtint  un  acte 
de  Louis  VIII  qui  confirmait  la  charte  de  Guillaume  X  de  Poi- 
tiers et  qui,  du  reste,  n'eut  pas  grand  effet'.  A  la  fin  de  l'an- 
née, Louis  confirma  aussi  les  biens  et  les  privilèges  de  l'abbaye 
de  Saint-Maixent,  à  laquelle  son  père  avait  autrefois  accordé 
sa  protection.  Ce  puissant  monastère  avaitalors  sous  sa  domina- 
Jion  toute  la  ville  de  Saint-Maixent'. 
m  Le  roi  ne  pouvait  se  contenter,  pour  assurer  la  solidité  de 
■k  conquête,  do  confirmer  les  privilèges  des  villes  et  des 
"felibayes.  Il  fallait  aussi  mettre  le  Poitou  à  l'abri  d'un  coup 
do  main.  Louis  VIII,  en  quittant  la  Rochelle,  y  laissa  une  gar- 
nison *.  Il  fit  occuper  la  forteresse  de  la  Réole  et  se  réserva 
In  droit  d'en  construii-e  une  à  Saint-Emilion  ;  cette  forteresse 
fut  élevée  en  effet'.  Enfin  il  attacha  à  son  service  Savari 
de  Maulêon.  .\  la  suite  de  la  prise  de  la  Rochelle,  le  sénéchal 
brait  été  soupçonné  de  trahison  par  les  Anglais.  Après  avoir 
Hsayé  en  vain  de  se  justifier,  il  alla  offrir  sou  épée  k  Louis 
BÇ^II  (déc.  1224)".  Il  consentit  à  livrer  en  garantie  ses  meil- 
leurs châteaux*  et  la  garde  de  la  Rochelle  lui  fut  confiée.  On 
sait  d'ailleurs  que  cette  ville  avait  autrefois  appartenu  k  sa 
lunille.  11  eut  en  même  temps  la  surveillance  des  côtes. 
^naliste  de  Dunstaple  l'appelle  «  custos  partis  maritime.  » 
{irsque  l'année  suivante  Guillaume  Longespéo  fut  jeté  par 
[  tempête  sur  les  cdles  de  Ré,  cette  île  était  30u.s  ta  garde 
B  Savari  11  qui  à  cette  époque  comhattaitpourle  roi  de  France 


torganin.  munie,  de  Sniiil-Maixenl,  dans  Mém.  Soe.Ant.del'Ouett, 
XIV.  209-270.  Je  ne  sais  où  cet  iiulcur  a  vu  que  Louis  Vlll  Dl  bâtir 
ch&teau  à  Saint-Maixent;  il  croit  du  reste  que  Louis  Vlll  vivait 
•re  en  1230  (p.  270). 
Catal,  w  201. 

Calai.,  n<"  165  et  191;  Guadet,  Saint-Emilion,  53. 
;.  Chron.  de  Toiin.  307.  —  Lilt.  Clatm.,  Il,  S"-  et  9.  —  /iec.  office, 

VIII,  part,  ru,  merabr,  2. 
6.  Hotuket,  V,  3'ii08-2441t. 


256  FRAGILITE   DE   LA   CONQUETE 

a  Louis  et  surveillait  avec  de  nombreuses  troupes  les  îles 
«  de  la  mer  ))^ 

Cependant  les  événements  devaient  démontrer  Tinsuffisance 
des  précautions  prises  par  Louis  VIII  ;  une  partie  de  ses 
conquêtes  allait  lui  échapper.  Dès  le  mois  de  septembre  1224, 
Hugue  de  Vivonne  écrivait  à  Henri  III  que  s'il  ne  perdait 
point  de  temps  et  prenait  immédiatement  une  décision,  il 
pourrait  facilement  reconquérir  le  Poitou*. 


1.  Annales  de  Dunslaple^  98.  —  Wendover,  III,  97. 

2.  Shirley,  n«  207. 


CHAPITRE  III 

LES  RAPPORTS  DE  U  FRANCE  ET  DE  L'ANGLETERRE 

EN   1225-1226. 

La  révolte  de  Fauquet  de  Bréauté  valut  au  roi  de  France 
la  conquête  aisée  des  grandes  villes  poitevines,  mais  elle  ne 
fut  point  sans  profit  pour  le  gouvernement  anglais;  elle  dé- 
termina une  réaction  qui  chassa  du  conseil  royal  les  Pierre 
des  Roches  et  les  Renouf  Blondeville.  Hubert  de  Bourg  allait 
garder  pendant  plusieurs  années  sans  contestation  le  pouvoir 
suprême,  et  son  habileté  devait  souvent  causer  de  graves 
inquiétudes  aux  Capétiens.  Dès  la  fin  de  l'année  1224  une  ère 
nouvelle  commença.  Loin  de  pouvoir  opposer  à  cette  énergie 
renaissante  de  ses  ennemis  une  activité  plus  grande,  Louis  VIII 
dut  renoncer  momentanément  à  diriger  lui-même  la  guerre 
contre  les  Anglais  ;  bienlôt  même  il  se  laissa  distraire  par 
rkppât  d'autres  conquêtes. 

Les  nombreux  petits  faits  qui  forment  l'histoire  des 
rapports  de  la  France  et  de  TAngleterre  pendant  Tannée 
1225  se  groupent  en  trois  courants  distincts  :  une  guerre  ma- 
ritime et  commerciale,  une  guerre  continentale  et  une  série 
très  complexe  de  négociations. 

Lorsque  la  trêve  avait  été  rompue,  les  deux  rois  s'étaient 
accordés  pour  laisser  circuler  librement  les  marchands  dans 
leurs  terres  respectives,  jusqu'au  9  juillet  1224'.  Depuis 
cette  date  jusqu'à  la  fin  de  l'année,  Henri  III  accorda  des 


1.  Rec.  Office,  Pat,  VIII  Henry  III,  part,  m,  membr.  7.  «  Rex  Sa- 
«  varico  de  Malo  Leone  senescallo  Pictavie  et  Wasconie  salutem.  Sciatis 
«  quod  convenit  inter  nos  et  Ludovicum  regem  Francorum  quod 
«  omnes  mercatores  terre  nostre  et  sue  salvo  et  secure  eant  et  redeant 
«  per  terram  nostram  etsuam,  cum  omnibus  mercandisis  suis,  faciendo 
«  mde  rcctas  et  débitas  consuetudines,  a  pascha  proximo  preterito  anno 
«  re^i  nostri  viii  usque  ad  xv  dies  proximas  post  instans  festum  Sancti 
«  Johannis  Baptiste  anno  regni  nostri  eodem  »  (14  juin  1224). 

Cu.  Petit  Dutailus.  Règne  de  Louis  Vil!,  17 


258  GUERRE   ÉCONOMIQUE. 

sauf-conduits  individuels  à  quelques  marchands  de  Rouen, 
de  Dieppe  et  autres  villes  normandes  *  ;  selon  Tannaliste  de 
Dunstaple,  il  y  eut  encore  des  «  trêves  avec  les  marchands 
français  »  en  1225  S  mais  les  rôles  n'en  portent  plus  trace. 
Au  contraire  on  y  voit  la  preuve  d'une  guerre  acharnée  entre 
les  marins  français  et  anglais  et  d'une  sorte  de  brigandage 
officiel. 

Dès  que  la  Rochelle  fut  tombée  entre  les  mains  des  Fran- 
çais, des  mesures  furent  prises  par  Hubert  de  Bourg  pour 
lui  fermer  ses  débouchés  anglais.  Le  23  août  1224,  il  ordonne  de 
faire  saisir  les  navires  qui  arriveraient  du  Poitou  ;  quelques 
mois  plus  tard  il  confisque  une  cargaison  de  vins  d'Aunis 
qu'un  capitaine  de  Rye  apportait  de  la  Rochelle '.  Tous  les 
marchands  français,  sauf  quelques  privilégiés,  sont  frappés 
en  même  temps  ;  au  mois  de  septembre  1224  ils  sont  arrêtés 
dans  les  ports  et  les  foires  d'Angleterre  et  sont  emprisonnés; 
des  mesures  analogues  sont  ordonnées  à  diflférentes  reprises 
en  1225*.  On  faisait  la  chasse  aux  navires  de  toutes  les  pro- 
vinces françaises  ;  plusieurs  furent  capturés  en  vue  de  Guerne- 
sey,  qui  avaient  chargé  à  Nantes".  Enfin  les  exportations  en 
France  furent  interdites  à  plusieurs  reprises*. 

La  Rochelle  se  trouva  ainsi  privée  de  ses  anciens  débou- 
chés, pour  le  plus  grand  profit  de  Bordeaux,  désormais  sans 
rivale  sur  les  marchés  anglais.  Savari  de  Mauléon,  devenu  le 
gardien  des  côtes  pour  le  roi  de  France,  vengeait  les  Roche- 
lais  en  lançant  des  corsaires  aux  trousses  des  navires  borde- 
lais et  anglais.  L'annaliste  de  Dunstaple  nous  a  laissé  le  récit 
d'un  des  épisodes  de  cette  guerre.  Une  flotte  anglaise  qui 
venait  d'apporter  de  l'argent  à  Richard  de  Cornouaille  pen- 
dant sou  expédition  en  Gascogne,  à  la  fin  de  l'année  1225, se 
vit  retenue  prés  do  la  Rochelle  par  le  calme  ;  averti  par  ses 
galécs,  qui  faisaient  perpétuellement  croisière,  Savari  deMau- 


1.  Actes  de  juillet,  août,  octobre  et  novembre  1224:  Bec.  O/f.,  Pa' 
VIII  Ilniry  III,  part.  in,membr.  6,  4,  3,  2;  Pat.  L\,  part,  i,  raembr.9. 

2.  Ann.  de  Dunstaple,  99. 

3.  Lin.  claus.,   I,  617''.  —  Rec.  0/f.,  Pal.  IX  Henry  III,  part.  i. 
membr.  7. 

4.  LUI.  rlaus.,  ï,  632»';  II,  38,  41. 

5.  LUI.  claus.,  II,  48"'. 

6.  Lia.  claus.,  Il,  10,  14»»,  15'>,  146. 


INACTION  FORCEE  DB   LOBIS   VIII. 


259 


léon  ordonna  aux  Anglais  de  rentrer  dans  le  port,  sous  peine 
de  mort.  Ils  oe  voulurent  point  se  naettre  à  sa  merci,  mais 
offrirent  une  forte  rançon.  Savari  irrité  se  préparait  à  l'atta- 
que, lorsque  le  vent  se  leva  et  permit  à  la  flotte  ennemie  de 
s'enfuir  '. 

Louis  VIII,  de  même  que  Henri  III,  fut  d'abord  résolu  à  ne 
point  se  contenter  de  ces  démonstrations  d'inimitié.  Dans  la 
charte  accordée  en  septembre  1224  aux  hommes  de  îa  Réole,  il 
manifesta  l'intention  de  conquérir  la  Gascogne.  Au  mois  de 
décembre,  il  ût  répandre  le  bruit  qu'il  avait  entamé  d'heureu- 
ses négociations  avec  tes  nobles  d'Angleterre  et  qu'il  complaît 
bientôt  faire  valoir  ses  justes  droits  sur  la  couronne  détenue 
par  Henri  III;  il  promit  des  gages  très  élovés  aux  marins  et 
aux  hommes  de  guerre  français  et  anglais  qui  l'accompa- 
gneraient dans  cette  nouvelle  expédition.  Mais,  semble-t-il, 
ce  ne  fut  là  qu'une  manœuvre  pour  effrayer  la  papauté  et 
contre-balancer  l'effet  des  intrigues  anglaises'.  En  tout  cas, 
ces  plans  ambitieux  ne  reçurent  aucun  commencement  d'exé- 
cution. A  répo(|ue  des  fêtes  de  Pàquea  de  1225,  de  graves 
événements  se  produisirent  en  effet  en  Flandre.  On  sait  que, 
selon  les  meilleures  autorités,  le  comte  de  Flandre  Baudouin, 
empereur  de  Constantinople,  était  mort  peu  après  1205  ;  en 
l'absence  de  Forrand,  prisonnier  au  Louvre  depuis  la  bataille 
de  Bonvines,  la  comtesse  Jeanne  gouvernait  le  pays  sous  lo 
contrôle  étroit  du  roi  de  France.  Or  un  vieillard  qui  prétendait 
<ytre  Baudouin  apparut  tout  à  coup  en  Flandre  et  se  fit  un  parti 
puissant.  Celte  étrange  aventure  préoccupa  beaucoup  Louis 
;  jusqu'à  la  capture  du  taux  Baudouin,  il  parut  complète- 
nt absorbé  par  les  affaires  de  Flandre.  Hubert  de  Bourg, 
■  contraire,  malgrii  la  grave  situation  de  l'Irlande,  s'occupa 
ivemeut  de  la  Gascogne.  Nous  avons  vu  qu'il  était  averti 
I  l'insuffisance  des  garnisons  frauçaises.  D'abord,  dans  la 
linte  d'une  invasion  en  Angleterre,  il  fortifia  les  eûtes,  en- 
hra  des  troupes  dans  les  îles  de  la  Manche  et  prit  des  ota- 
i  aux  barons  des  Cinq-Ports.  Puis,  le  25  décembre  1224, 
e  assemblée  fut  convoquée  à  "Weatminster;  le  grand  justicier 


.  Ann.  de  Durulaph,  98-99. 

'     'in.  de  Dunslaple,  92.  —  Shirlcy,  ii»  209. 


260  EXPEDITION   ANGLAISE   EN  GASCOGl 

montra  quels  désastres  l'Angleterre  avait  subis  outre-mer^ 
demanda  que  tous  les  sujets  du  roi,  laïques  et  ecclésiastiquflî 
contribuassent  à  y  remédier  en  donnant  la  quinzième  partie 
de  leurs  biens  meubles,  La  promesse  de  confirmer  les  chartes 
de  libertés  emporta  l'acquiesceraent  des  assistants'.  Aussitôt 
on  commença  les  préparatifs  d'une  descente  en  Gascogne; 
on  voulait  d'abord  reprendre  les  villes  que  Louis  avait  sou- 
mises sur  les  bords  de  la  Garonne.  Le  commandement  de 
l'expédition  fut  confié  au  frère  du  roi,  Richard  ;  comme  il 
n'avait  alors  que  seize  ans,  on  lui  donna  pour  conseillers 
Guillaume  Longespée  et  Philippe  d'.\ubigné.  Le  2  février 
1225,  le  jeune  homme  fut  fait  chevalier  et  créé  comte  de 
Cornouaille  et  de  Poitou.  II  s'embarqua  le  23  mars  avec  use 
soixantaine  de  chevaliers  et  une  petite  armée'. 

Sur  la  campagne  dirigée  en  Gascogne  par  Richard  de  Cor- 
nouaille, les  récits  contemporains  diffèrent  sensiblement  et 
sont  assez  difficiles  à  accorder.  Roger  do  Wendoverest  mal 
informé  sur  ce  point,  comme  en  général  pour  tous  les  événe- 
ments qui  se  sont  passés  en  France .  Nous  n'avons  qu'un  docu- 
ment qui  puisse  être  regardé  comme  sûr,  c'est  une  lettre  que 
Richard  adressa  le  2  mai  à  son  frère.  Voici  les  résultats  aux- 
quels amène  la  comparaison  des  textes  divers. 

Après  une  heureuse  traversée,  Richard  arriva  à  Bordeaux, 
qui  était  maintenant  le  seul  grand  port  ouvert  aux  Anglais. 
Il  se  mit  à  parcourir  le  pays,  recevant  çà  et  là  des  homma- 
ges, et  ramenant  de  force  les  indociles.  Saint-Macaire  fut 
probablement  la  première  ville  qu'il  reprit  ii  Louis'.  1^  2^ 
avril,  il  arriva  devant  Bazas  ;  le  25,  l'évéque  et  les  habtuntf 
se  rendirent.  A  cette  époque,  toute  la  Gascogne  était  reve- 
nue sous  la  domination  anglaise,  sauf  la  Réolect  Bergerac'. 

Il  est  probable  que  dès  le  commencement  de  la  campagne. 
Richard  avait  tenté  de  prendre  la  Réole.  Pendant  ce  premier 


1.  Ann.  de  Dunttaple,  91-93.  -  Wendover,  II!,  91.  —  Bârnwell.  IS* 
Ï57.  —  Ann.  de  Wavrrley.  300-301. 

2.  Wendover  et  Math,  de  Paria.  HI,  9a.  —  Am.  de  Winchei(er,  H- 
—  C/iron.  de  Tours,  307-308.  —  Rymer,  I,  part.  1. 177. 

3.  Pierre  deGabarrctne  fîtdu  restehommaee  à  Henri  III  qu'en  tlt^; 
TOV.  Virac,  Recherche»  ittr  la  ville  de  Saint-Macaire,  31  et  auiv. 

\.  Rymer,  i,  part.  I,  178.  —  Wendoner,  III,  93.  —  Chron.  de  Tovt, 


LES   ANGLAIS   REPRENNENT   LK   REOLE, 


261 


I 


siège  Hiigiie  de  Lusignan  et  quelques  barons  Poitevins  tentèrent 
de  dégager  la  villo.  Au  moment  où  ils  allaient  arriver  sous 
les  murs,  ils  tombèrent  dans  une  embuscade:  surpris  dans 
un  bois  par  Richard  de  Comouaille  et  ses  compagnons,  ils 
furent  vaincus  et  dispersés  après  un  rude  cnnihal.  Ce  niallieur 
ne  découragea  point  les  habitants  de  la  Réole,  et  Richard  dut 
lever  le  siège.  Au  mois  de  juillet,  le  faux  Baudouin  ayant  été 
enfin  fait  prisonnier,  Louis  VIII  songea  à  secourir  les  Réolais. 
Au  commencement  d'août,  alors  probablement  qu'après  un 
certain  intervalle  de  temps  les  Anglais  étaient  revenus  bloquer 
la  villo,  Louis  VIII  «  compatissant  au  sort  de  la  Réole  "envoya 
son  maréchal  avec  des  chevaliers  mercenaires  pour  la  délivrer, 
Mais  le  gouvernement  anglais  soutenait  fermement  la  campa- 
gne ;  le  18  août,  on  envoya  à  Richard  de  nouvelles  troupes,  de 
l'argent  et  des  vivres.  Selon  les  chroniqueurs  français,  la  Réole 
fut  délivrée;  en  tout  cas  ce  ne  fut  pas  pour  longtemps  :  Ri- 
chard continua  à  harceler  la  ville  d'attaques  incessantes  et 
Louis  VIII  n'envoya  pas  de  nouveaux  renforts.  Les  partisans 
du  roi  d'Ajigleterre  finiront  par  l'emporter;  dans  la  nuit  du 
13  novembre  une  soixantaine  de  bourgeois  ouvrirent  les 
portes  aux  Anglais  et  la  garnison  française  eut  seulement  le 
droit  de  se  retirer  avec  armes  et  bagages.  Il  y  a  dans  le 
registre  F  de  Philippe-Auguste  et  de  Louis  VIII  une  "  liste 
c(  des  noms  de  ceux  qui  ont  livré  la  Réole  ".  On  y  remarque 
les  noms  de  Raimond  de  Pins  et  de  plusieurs  autres  membres  de 
la  môme  famille  ;  or  Raimond  et  quatre  de  ses  parents,  qui 
étaient  partisans  dos  Anglais,  avaient  été  bannis  de  la  ville 
par  Louis  VIII  en  1224.  Le  prieur  de  la  Réole,  aidé  de  deux 
chevaliers,  dressa  la  liste  des  traîtres  et  l'envoya  à 
Louis  Vin.  Les  chroniqueurs  ont  donc  tort  de  représenter  la 
prise  de  la  ville  comme  un  effet  de  la  lassitude  générale  des 
habitants'. 

L'expédition  dirigée  par  le  maréchal  de  Louis  VIII  ne  fut 
pas  absolument  sans  gloire.  Les  Français  prirent  Limeuil  et 
soumirent  le  seigneur  de  Bergerac'.  L'histoire  des  rapports 
de  ce  seigneur  avec  le  roi  de  France  est  caractéristique;  elle 


I.  Calai.,  n"  290  ;  —  C/iron.  de  Tourt,  308,  309,  310;  —  Wendover, 
[.  93.  —  Cf.  Annale»  de  Ihimtapte,  »4.  —  LUt.  Qlatu.,  Il,  69, 
t.  Chron.de  Toura,  308,  


262 


I.OtlS   Vni   ET   LE   SEIGNEUR   DE   BERGERAC. 


montre  quelle  était  la  légèreté  d'humeur  des  barons  poiti 
vins,  et  combien  il  fallait  faire  peu  de  fonds  sur  leurs  sa 
ments.  Bergerac  était  une  ville  impartante  ;  on  sait  qa'el 
est  sitaée  au  point  oii  la  Garonne  devient  navigable  ;  de  pti 
elle  fut  presque  toujours  à  la  limite  des  possessions  angli 
ses  et  françaises'.  Hélie  Rudel  en  était  le  seigneur.  Son  sut 
rain  Amauri  de  Montfort  l'autorisa  en  1224  à  devenir  le  vasi 
immédiat  du  roi.  11  suivit  Louis  VIII  qui  allait  en  Lorrain 
et  lui  fit  hommage  lige  à  Reims;  Louis  promit  par  un  tu 
particulier  de  ne  le  mettre  jamais  hors  de  sa  main'.  H4J 
resta  fidèle  au  roi  assez  longtemps,  puisque  dans  sa  lettre  di 
mai  1225  Richard  de  Comouai lie  prétend  avoir  soumis  tousl 
seigneurs  gascons  sauf  celui  de  Bergerac;  mais  entre  le  me 
de  mai  et  le  mois  d'août  ce  dernier  quitta  le  parti  franraù 
Il  fut  contraint  d'y  revenir  pendant  l'expédition  du  mai 
a  Mais,  dit  le  chanoine  de  Tours,  aussitôt  que  les  FrançJ 
(1  se  furent  retirés,  le  seignonr  de  Bergerac,  se/on  A»  coulm 
u  poiVewme,  tourna  casaque  et  se  mitau  service  de  Richard'. 
C'est  soit  à  ce  dernier  abandon  du  parti  français,  soit  au  pi 
niier  que  se  rapporte  une  lettre  non  datée,  adressée  p 
Hélie  Rudel  au  sénéchal  de  Poitou  et  à  son  auxiliaire  Jai 
de  Beaumont,  et  qui  est  curieuse  par  la  vivacité  du  ton, 
rare  dans  les  documents  français  du  temps.  Hélie  s'y  plaiiil, 
avec  beaucoup  de  fougue,  de  l'injustice  des  Français  ;  le 
néchal  de  Poitou  a  voulu  le  tuer  ou  au  moins  le  faire  pri- 
sonnier ;  alors  il  a  porté  plainte  à  Jean  de  Beaumont  et  ai 
autres  barons,  qui  ont  promis  d'obtenir  du  roi  de  France 
tisfaction  pour  lui  ;  Hélie  a  attendu  vainement  trois  semaines; 
au  lieu  de  réparer  les  torts  qu'on  lui  avait  faits,  on  a  abuj^ 
de  sa  confiance;  il  avait  livré  Bergerac,  sous  la  promesse 
expresse  que  ses  biens  seraient  respectés,  et  on  lui  a  cau^ 
pour  dix  mille  sous  de  dommages.  Bref  Hélie  annonce  a  Jean 


1.  Delpit,  Coll.  gén.  des  doevmenlt  français,  Inirod.,  p.  ciAViii- 
Geoffroi  de  Neville,  au  moment  où  Louis  marchait  sur  Marmtni! 
en  1219,  demandait  ù  Henri  III  de  secourir  le  seigneur  de  Berger»* 
ajoutait  en  parlant  de  cette  ville  :  n  Marcliiam  terre  vestrc  versus  put 
■  Agennenses  et  Petragoricenses  contra  hoates  veslros  tenet.  »  (Shit^- 
n»  20). 

2.  Calai.,  n-  176,  180,  181, 

3.  Wendover,  III,  93. 

4.  Chron.  de  Tours,  308. 


pri-    I 

m 

les;^ 


VJll.  -  ^ 
mtaiàM 


HOMMAGE    DC    VICOMTE    DE    THOUARS. 


263 


Beaumont  et  aux  autres  barons  qu'il  retire  son  hommage 
roi  de  France'.  Si  Hélie  n'esagêre  pas,  sa  lettre  explique, 
ir  la  malatlresse  de  la  politique  française,  la  rapidité  des 
ccès  do  Richard. 

A  ta  fin  de  l'année  1235,  la  partie  de  la  Gascogne  qu'avait 
soumise  Louis  VIII  était  reconquise.  Le  seul  succès  de  la 
politique  française  en  1225  fut  la  3ouiiii:iaion  du  seigneur  de 
Thouars.  Le  2  juillet,  Louis  VIII  se  rendit  à  ChJnou  et 
'  conclut  avec  le  vicomte  Aiineri  une  prolongation  de 
rêve  de  vingt  jours  ;  Aimeri  réfléchit  et,  craignant  que 
lenri  III  ne  pût  jamais  le  «  débarrasser  du  rui  de  France  », 
l  finit  par  venir  à  Paris;  là,  le  21  juillet,  il  fit  en  assem- 
dée  solennelle  hommage  lige  au  roi  Louis  pour  ses  fiefs  du 
*oitou  et  d'.^Jljou.  En  même  temps,  Hugue  de  Thonars, 
rère  dn  vicomte,  fit  hommage  lige  à  Louis  pour  la  terre 
[u'il  avaiten  Aunis  et  pour  200  livres  de  rente  que  le  roi  lui 
onstitua  en  iiugment  de  fief  sur  la  prévôté  de  La  Rochelle  ; 
.ouis  reçut  aussi  l'hommage  lige  de  Geoffroî  d'Argentoo, 
fiveu  d'Aimeri,  pour  une  rente  annuelle  de  140  livres  tour- 
ois,  et  celui  de  Geoffroî  Boisard,  vassal  d'Aimeri,  pour  une 
ente  de  lUO  livres  tournois'.  Ces  pacifiques  conquêtes  coû- 
lient  aussi  cher  que  des  expéditions  militaires,  mais  elles 
Taient  l'avantage  d'être  plus  durables.  Lorsqu'Aimeri  mourut, 
ion  après  le  couronnement  de  saint  Louis,  comme  le  prétend 
L  Imbert",  mais  le  21  mars  1226,  sou  frère  et  successeur, 
Iiiguc  de  Thouars ,  fit  immédiatement  hommage  lige  à 
ouis  VIII  '. 

Il  j  eut  pendant  cotte  année  1225  des  négociations  très 
ctives  menées  de  part  et  d'antre.  Chacun  de  leur  côté,  les 
BUS  rivaux  recherchèrent  des  alliances.  Depuis  la  bataille 
B  Bouvinos,  PhiUppe-Auguste  ne  s'était  plus  occupé  de  son 
Dcien  protégé  Frédéric  de  Staufen.  Louis  VIII  voulut 
ïooner  à  son  profit  ces  anciennes  relations  d'amitié.  Dés 
lutomne  de  1224,  il  envoya  en  Sicile  auprès  de  l'empereur 

1,  Martène,  AmptiJti.  CoUeclio,  I,  1178.  Marltne  a  dalé  approiima- 
Ivement  cette  lettre  de  1223.  Elle  est  ôvidemment  de  1225, 
a.  Cftron.  dr  Tours,  308.  —  Calai.,  n"'  264  à  267. 
3.  Imben,  Vicomtes  de  Thounrt,  dans  M^m.  Soc.  Ant.  Ouest.  .\.\IX, 
13. 
(.  ChroH.  de  Tourt,  313.  -  Catal.,  n-  3G0. 


264 


LOas   YUI   ET  FREDERIC   II. 


deux  de  ses  palatins,  maître  Simon  de  Maisons  et  GuîUaumA 
de  Bagncux  ',  et  il  se  dirigea  lui-même  vers  la  Lorraine  pour 
y  rencontrer  le  roi  des  Romains,  Henri  VII,  auquel  Frêdérift 
laissait  le  soin  des  affaires  d'Allemagne  «luaiid  il  séjournait  ea 
Italie. 

Henri  n'était  qu'un  enfant;  ceux  qui  exerçaient  le  pouvoir 
à  sa  place  étaient  l'archevêque  de  Cologne  Eugilbert  et  le  duc 
de  Bavière.  C'était  à  Engilbevt  surtout  que  Louis  VIII  allait 
avoir  véritablement  affaire.  L'archevêque  amena  le  jeun» 
Henri  YII  à  Toul  le  18  novembre  1224  ;  avec  lui  se  trouvaient 
le  cardinal  Conrad,  légat  en  Allemagne,  l'arclievêque  da 
Majence  et  un  grand  nombre  de  seigneurs  '.  Le  roi  Louis  VIII 
était  alors  à  Vaucouleurs.  Le  lendemain  li)  novembre, 
les  conférences  commcucèrent '^  ;  elles  eurent  lieu,  croit 
M.  Huillard-Bréholles,  à  lîigni-la-Sallc.  Le  chanoine  ila 
Tours  dit  qu'on  y  discuta  beaucoup  et  qu'où  n'y  résolut  rien'. 
L'assertion  est  exacte.  Mats  quelles  furent  les  grandes  ques- 
tions qu'on  agita?  Nous  sommes  renseignés  lâ-dessus  par 
deux  lettres  très  intéressantes,  écrites  au  roi  d'Angleterre, 
l'une  par  ses  agents  en  cour  de  Rome,  l'autre  par  l'iîvèqueila 
Carlisle,  en  mission  auprès  d'Engilbert. 

Selon  toute  vraisemblance,  la  question  discutée  en  premièpe 
ligne  fut  celle  du  mariage  de  Henri  VII.  I!  s'agissait  pour 
Louis  VIII  d'empêcher  l'union  qui  avait  été  projetée  entre 
le  jeune  prince  et  la  sœur  du  roi  d'Angleten*e.  Peut-ètr» 
Louis  songeait-il  à  proposer  sa  fille".  Le  mariage  du  roi 
des  Romains  et  l'alliance  de  l'empereur  avec  tel  ou  tel  des 
deux  rivaux  étaient  des  questions  connexes.  Frédéric  II,  qui 
se  préparait  à  partir  pour  la  Terre  Sainte,  était  disposé  à  M 
concilier  les  bonnes  grâces  de  son  voisin  le  roi  de  France. 
Mais  deux  personnes  s'opposèrent  aux  desseins  de  Louis.  Ce 
fut  d'abord  lingilbert  ;  l'archeTêque  de  Cologne  était  tout  porlé 
à  seconder  le  gouvernement  anglais,  dont  l'alliance  était 
particulièrement  favorable  au  commerce  du  Rhin.  Il  presai 
Honorius  ÏU  d'intervenir  lui-même  auprès  de  l'empereur  pour 

I.  Citlal.,  n»  184. 

3.  Aubri  de  Troisfontaines,  91'>. 

3.  Ibidem;  cf.  Chron.  île  Tours,  306. 

4.  Chron.  de  Tours,  306. 

5.  C'est  ce  que  suppose  Winkelmann,  Friedrich  II,  I,  t&S. 


LOUIS    VI[1    ET    FREDERIC    I 


'-'65 


lui  faire  accepter  l'alliance  anglaise.  Le  second  adversaire 
de  Louis  était  le  cardinal  Conrad;  s'il  faut  en  croire  la  lettre 
que  ce  dernier  écrivit  au  pape,  ce  fut  lui  qui  empêcha  les 
négociateurs  allemands  et  le  roi  de  France  de  s'entendre 
<i  au  sujet  de  l'affaire  du  mariage  «.  Louis  VIII  fut  très  irrité 
d'avoir  été  joué  à  Rigni-la-Salle.  Immédiatement  à  l'issue  des 
conférences,  il  envoja  des  agents  au  pape  et  à  l'empereur 
pour  se  plaindre  d'Engilbert,  qui  s'était  opposé  ii  une  alliance 
dont  le  pape  n'avait  pu  ignorer  les  préliminaires,  et  dont 
l'empereur  avait  expressément  ordonné  la  conclusion. 

Les  intrigues  du  parti  anglais  n'em pochèrent  point  le  suc- 
cès des  négociations  entamées  dii-ecteuient  avec  l'empereur 
en  Sicile.  Devant  Simon  rie  Maisons  et  Guillaume  de  Bagneux, 
arrivés  â  Catane  en  novembre  1224,  Renaud,  duc  de  Spolète, 
et  le  notaire  Jean  de  Trajetto  jurèrent  sur  l'âme  de  l'empe- 
rour  un  traité  d'alliance  entre  Frédéric  et  Louis  :  chacune  des 
deux  parties  contractantes  s'engageait  à  ne  recevoir  dans  ses 
terres  aucun  des  rebelles  de  l'autre  État;  cotte  clause  avait 
été  évidemment  demandée  par  l'empereur,  qui  avait  souvent 
des  révoltes  à  châtier;  en  revanche,  Frédéric  s'engageait  à 
no  faire  lui-même  et  à  ne  tolérer  de  la  part  de  ses  sujets 
aucune  alliance  avec  le  roi  d'Angleterre.  Ainsi,  à  la  fin  de 
l'année  1224,  Louis  VIII  était  sûr,  sinon  que  Frédéric  lui 
prêterait  un  concours  effectif,  du  moins  que  le  roi  d'Angle- 
ten-e  ne  trouverait  en  .\llemagne  aucun  appui.  Louis  VIII  et 
Frédéric  s'étaient  entendus  d'ailleurs  pour  tenir  leur  alliance 
secrète;  l'empereur  voulait  éviter  une  brouille  avec  le  conseil 
de  régence  dont  Engilberl  était  le  chef.  Le  roi  de  France  es- 
saya de  corrompre  Engilbort,  dans  l'espoir  de  rendre  possible 
la  divulgation  du  traité  de  Catane.  L'archevêque  ne  comprit 
pas  le  véritable  motif  de  ces  offres,  et  persuadé  que  l'empe- 
reur ne  s'était  pas  encore  engagé,  continua  ses  intrigues  avec 
les  agents  anglais.  Mais  avant  de  mourir,  il  vit  échouer  ses 
desseins  :  le  mariage  du  roi  des  Romains  avec  Marguerite 
d'Autriche  était  décidé,  et  l'archevêque  se  rendait  à  la  céré- 
monie quand  il  fut  assassiné  par  Frédéric  d'Isemljourg,  le 
.novembre  1225'. 


[J.  Lettre  de  l'évèquo  de  Carlisie  dans  IIuillard-Bréholles,  llisl.  dipl. 


266  LOUIS  vin  et  frederic  il. 

I]  est  probable  que  jusqu'à  cette  date  ralliance  des  deui 
princes  ne  fut  pas  divulguée.  Dans  une  lettre  du  4  août  1225; 
Frédéric  II  prie  Louis  VIII  de  ne  point  donner  son  appui  ; 
Cambrésiens  révoltés,  et  il  invoque  le  traité  de  Calano'.  maîi 
cette  lettre  a  fort  bien  pu  demeurer  secrète.  Rien  ne  pouvaifi 
faire  deviner  le  lien  qui  unissait  les  deux  monarques.  Fréd^ 
rie  affectait  de  tenir  la  balance  égale  entre  les  rois  de  Franco 
et  d'Angleterre;  il  écrivait  au  pape  qu'il  fallait  lus  I, 
agir  à  leur  guise,  car  le.s  affaires  du  roi  de  France  et  «es  re- 
lations avec  son  vassal  Henri  III  ne  regardaient  point  la 
Saint-Siège'.  Une  fois  qu'Engilbert  eut  disparu  de  la  scéu 
politique,  le  traité  de  Cataue  fut  probablement  publié. 
Louis  VIII  chercha  à  le  faire  confirmer  par  le  roi  des  Ro» 
mains.  Lorsqu'on  1226  il  mit  le  siège  devant  Avignon,  et 
qu'il  dut  par  suite  fournir  des  explications  au  gouverne- 
ment impérial',  il  confia  à  ses  envoyés  le  soin  d'obtenir 
l'alliance  de  Henri  Vil.  Cette  fois  sa  demande  fut  bien  ac- 
cueillie, et  le  II  juin  1226,  à  Trente,  un  traité  d'alliaoce 
entre  Louis  VIII  et  le  roi  des  Komains,  rédigé  dans  les  tacma 
termes  que  le  traité  de  Catane,  fut  juré  sur  l'àme  de  Henri  VII 
par  l'évèque  de  Wurtzbourg  et  Gerlachdo  Budingen,  devant 
deux  des  envoyés  français,  l'êvéque  de  Beauvais  et  Robert 
de  Boves'.  Mais  Louis  Vill  mourut  quelques  mois  après,  et  ses 
relations  avec  l'empire  n'eurent  jamais  qu'un  effet  négatif, 
celui  d'empêcher  le  roi  d'Angleterre  de  trouver  en  Frédéric  II 
un  allié. 

Quant  à  Hubert  de  Bourg,  il  n'avait  pas  négocié  seulement 
avec  l'empereur.  En  1225  il  chercha  partout  des  secours,  Toiu 
les  ennemis  secrets  ou  déclarés  qu'avait  Louis  VIII  devinrent 
l'objet  de  ses  sollicitations. 

C'est  ainsi  que  dés  le  11  avril  1225  Henri  III  entra  ea 
correspondance  avec  le  fameux  faux  Baudouin.  Que  ce  vieil- 

Freil.  tee..  11.  part,  u,  834  et  tiuiv.  Lettre  des  agents  anglais,  Shirle;, 
n"  20S.  —  Cata(.,  n"  184.  —  Huiliard-BréholleB,  op.  cit.,  InlrodHctio». 
p.  cc\cn  et  suiv.  —  Winkelmann,  ûp.  ciL,  I,  452  et  suiv.  —  Pour  I* 
meurtre  d'Iîngilbert,  voy,  Winkelmann,  op.  cit.,  I,  468. 

1.  Calai.,  n-ses. 

2.  Lettre  écrite  le  25  février  132S  par  Etienne  de  L<icy  et  GeoOna 
de  Crawcombe  an  roi  d'Angleterre  (Sliirley,  n"  21&). 

3.  Calai.,  n-  385. 
i.  Cttlal.,  n°386. 


HENRI    ITi    ET    LE    FAUX    BArDOCIN.  267 

lard  fftt  oai  ou  non  le  véritable  empereur  de  Constantiiiople, 

peu  importait.  Il  était  l'ennemi  de  Louis  VIll,  qui  soutenait 

ia  comtesse  do  Flandre  contre  lui,  et  c'était  assez  pour 

que  Henri  \\l  reclierchàC  son  appui.  Le  roi  d'Angleterre  lui 

ilemandade  renouveler  l'ancloime  alliance  qui  unissait  leurs 

ancêtres  :  u  Vous  savez  sans  aucun  doute,  écrivait-il.  que  le 

roi  de  France  nous  a   dépouillé    d'une  partie  de   notre 

«  héritage,  et,  plein  d'espoir,  nous  vous  sollicitons  de  vouloir 

bien  nous  assister  contre  lui  en  aide  et  conseil,  au  lieu  et 

à  l'époque  qu'il  sera  nécessaire  ;  nous  sommes  prêts  de 

notre  cùto  à  vous  tendre,  selon  nos  Torces,  un  bras  secou- 

rable'.  »  Peu  de  temps  après  Henri  III  apprenait  que  le 

,us  Baudouin  était  mort  misérablement. 

L'Auvergne  était  alors  dans  un  état  assez  analogue  à  celui 

lie  la  Flandre.  On  sait  que  depuis  le  milieu  du  tlh'  siècle,  la 

maison  seigneuriale  de  ce  pays  était  divisée  en  deux  ;  en  effet. 

[Guillaume  VII,  chef  de  la  branche  aînée,  .lyarit  été  dépouillé 

du  comté  d'Auvergne  par  son  oncle  Guillaume  le  Vieux, 

devînt  la  tige  des  comtes  de  Clermont,  taudis  que  Guillaume 

ïe  Vieux  et  ses  descendants  restaient  comtes  d'Auvergne".  En 


1.  Rymer.  I,  J,  177. 

2.  Voici,  d'après  l'ouvrage  de  Gamier  {Tahhaux  giiiialogiqui-s 
ikt  touveraint  de  la  France,  planches  XXil  à  XXIV),  un  tableau  qui 
rendra  nos  explicatinns  plus  claires.  Nous  avons  corrigé  les  indi- 
cations de  Garnier  d'après  le  Mémoire  de  M.  Prudhomme  sur  l'Ori- 

Îine  et  le  tenu  ila  mots  Dauphin  et  llavphiné  {IHb.  F.c.  Ch.,  LVI,  449- 
50),  Au  temps  de  Louis  VllI,  Dauphin  n'est  encore  qu'un  prénom. 

GuilUuniD  VI.  comte  da  Clermonl  ot  d'Anvergni 


RcdMctIII.  comtt^d'Auvrrgno,  f  lliô.  GullliamoVlIl  le  Vieui 

I  i»ur[eli?™ii.léd-Au- 

Billanmc  Vil.  comle  d'Aurergns.  diigniillli!  par  son    onols,  viruns  sur  Kin  nirst 

uillaïuso  la  \i<'ui.  duvloat  U  Ugi  de.  comlei  de  Clormanl.  GulUaiimi  VU. 

aaphia  1.  oomto   ilc  Clonuout,  ipuliËé  ijucIquaToli  comlo  Rolierl  IV.  ccmlD  d'Ao 

d'Auv«rg..,^.:-m„r,|-..«.  ,y,. 

Gullliunii?  Ris  de  Diupl.ln.  l'ouiIc  de  CWmanl  de  l?:J'.  Gui  II,  miuto  d'Auvar- 


I.  comU  de  Clermont 


il^JtiGiiioliuddcIh 


n  V.  t  !■ 


268  HENRI   III   ET   L  AUVERGNE. 

1212-1213,  Gui  II,  petit-fils  de  Guillaume  le  Vieux,  fut  privé  de 
presque  tous  ses  domaines  par  Pbilippe-Auguste  et  lorsqu'il 
mourut  il  laissa  son  fils  Guillaume  X  à  peu  près  sans  res- 
sources ;  une  haine  commune  contre  le  roi  de  FraJice  amena  un 
rapprochement  entre  ces  princes  et  la  famille  des  comtes  de 
Clermont,  qui ,  dans  les  dernières  années  du  xii'  siècle,  avait  été 
réduite  à  implorer  la  clémence  de  Philippe-Auguste'.  Déjà  en 
1206  Gui  II  avait  reçu  des  secours  de  Jean  sans  Terre  pour  luller 
contre  Philippe-Auguste'.  En  1225,  Richard  de  Cornouaîlle, 
Guillaume  Longespée,  Philippe  d'Aubîgné  et  Geoffroi  de  Ne- 
ville  entamèrent  des  négociations  avec  «  Guillaume,  fils  da 
Il  comte  Gui  d'Auvergne,  avec  Dauphin,  comte  de  Clermont  et 
«  avec  Robert,  son  petit-flls  ».  Dauphin,  dont  il  s'agît  ici,  est 
Dauphin  I",  fils  de  Guillaume  VII  ;  Guillaume,  fils  deDauphin 
et  père  du  jeune  Robert  dont  il  est  parlé  dans  le  document 
anglais  que  nous  analysons,  ne  se  trouva  point  mêlé  à  ces  né- 
gociations. L'alliance  de  Henri  III  avec  les  deux  branches  de 
la  maison  d',\uvergne  fut  l'objet  d'une  lettre  patente  du  Vi 
octobre  1225'.  Les  détails  peu  nombreux  que  nous  possédons 
sur  l'histoire  du  centre  de  la  France  ne  nous  permettent  nulle 
supposition  sur  les  conséquences  des  négociations  de  Hicharil 
de  Cornouaillo. 

Au  printemps  de  l'année  1225,  le  pape  avait  envoyé  le  car- 
dinal de  Saint-.\nge  auprès  de  Louis  VllI  pour  le  décider  k 
défendre  la  cause  de  l'orthodoxie  contre  lecomtede  Toulouse. 
Ratmond  VII  était  donc  un  allié  de  plus  pour  l'Angleterre. 
Jean  sans  Terre  avait  donné  l'oxomple  à  son  fils  en  soutenant 
secrètement  Raimond  VI.  Henri  III  intrigua  auprès  du  pape 
et  du  cardinal  de  Saint-Ange  en  faveur  du  comte  de  Toulouse 
et  finit  par  offrir  à  ce  dernier  une  alliance  ferme;  dans  une 
lettre  du  14  août  1225,  il  lui  recommande  de  ne  jamais  ou- 
blier la  communauté  de  leurs  intérêts,  et  lui  annonce  l'arrivée 
de  deux  messagers,  escortés  par  Richard  de  Cornouaille, 
Guillaume    Longespée  et  Philippe   d'Aubigné  eux-raèmes; 


1.  Baluze,  Hiil.  de  la  Maison  d'Auv.,_l.  74etsu!V.  —  Delisle,  n'itt. 
—  H.  W.  Walker  a  complètement  négligé  cette  question  importaoteet 
difficile  des  rapports  de  Philippe  Auguste  el  de  1  Auvergne. 

2.  Tardieu,  f/itl.  de  Clrrmanl-Ferrand,  I,  M. 

3.  Piécet  juslipcalives,  n"  VIU. 


HËNHI  III  ET  I,B   COMTB   DB  TOCLOCSK. 

ces  messagers  sont  porteurs  <riiii  traité  d'alliance;  Raimond 
en  rédigera  un  de  même  teneur,  mais  ces  négociations,  dont 
la  divulgation  pourrait  lui  nuire,  seront  tenues  secrètes'. 
Nous  avons  reti'ouvé  dans  un  volume  de  chartes  du  fonds 
Cotton  un  fragment  de  ce  traité,  ainsi  que  la  minute  du  ser- 
mentpar  lequel  les  messagers  anglais  promettaient  au  comte  de 
Toulouse  do  faire  respecter  la  convention'.  Henri  III  s'enga- 
geait à  envoyer  immédiatement  des  ambassadeurs  auprès  du 
pape  pour  le  solliciter  d'accueillir  en  griVce  le  comte  de  Tou- 
louse ;  il  s'engageait  également  à  secourir  le  comte  et  ses  par- 
tisans contre  le  roi  de  France  et  ses  autres  ennemis  et  à  no 
point  faire  la  paix  sans  lui,  bien  qu'il  ffit  excommunié.  Cette 
alliance  devait  profiter  à  Raimond  VII  plus  qu'au  roi  d'An- 
gleterre. 

Louis  Vllt  avait  encore  un  autre  adversaire,  un  ennemi 
secret  qui  ne  trouva  pas  avant  la  mort  du  roi  l'occasion  de 
manifester  ses  sentiments,  mais  qui  devaitbien  se  dédomma- 
ger ensuite.  Je  veus  parler  de  Pierre  Mauclerc,  comte  ou  duc 
lie  Bretagne.  Henri  III  savait  le  moyen  d'attacher  à  sa  cause 
cot  homme  intelligent  et  énergique.  Pierre  Mauclerc  avait 
accompagné  Louis  en  1216,  dans  l'espoir  de  se  voir  adjuger 
le  fief  que  les  anciens  ducs  de  Bretagne,  comtes  de  Richmond, 
avaient  jadis  possédé  en  Angleterre.  11  était  clair  qu'en  lui 
offrant  ce  que  Louis  n'avait  pu  lui  donner,  on  aurait  chance 
de  gagner  son  appui.  Pierre  Mauclerc  était  le  propre  cousin  de 
Louis  et  c'était  Philippe-Auguste  qui  l'avait  fait  comte  de  Bre- 
tagne ;  mais  les  liens  de  parenté  et  de  reconnaissance  ne  le 
gèaaient  guère,  Dès  le  5  mai  1^25  le  rapprochement  de 
Pierre  Mauclerc  et  de  Henri  fut  scellé  ;  une  grosse  partie  du 
fief  de  Richmond  lui  fut  adjugée^ 

Henri  III  résolut  de  consolider  cette  union  en  épousant 
Rolande,  fille  de  Pierre  Mauclerc.  Par  un  acte  du  19  octobre 
,  il  fait  connaître  la  convention  qu'il  a  conclue  avec  le 
lomte  de  Bretagne  :  il  épousera  Yolande,  n  fîlle  de  Pierre, 


: 


1,1.  Piéceêjuitific,  n"  IX. 

^.  Litt,  uaui.,  11,  36  ;  cf.  Rjrmer,  1,  part,  i,  153;  Pauli,  op.  cit., 


270 


HENRI  ni  ET  LE  COMTE  DR  BRETAGNE. 


"  duc  de  Bretagne  et  comte  de  Richraood  ■>,  dès  qu'il  aura 
obtenu  du  pape  les  dispenses  nécessaires.  Lo  Diariage  upe 
fois  accompli,  il  prêtera  aide  et  secours  à  Pierre  et  ne  fera 
sans  son  assentiment  ni  paix  ni  ti-êve  avec  aucun  de  ses 
ennemis  ou  aucun  dos  ennemis  du  comte.  Si,  par  suite  de 
cette  alliance,  le  coml«  était  dépouillé  des  terres  qu'il  a  en 
France,  il  recevrait  tout  le  fief  de  Richmond  ;  des  indemnitéii 
seraient  également  accordées  aux  Bretons  qui  auraient  servi 
la  même  cause  et  subi  le  oième  sort.  Enfin,  le  roi  d'Angle- 
terre s'embarquera  pour  la  France  quand  Pierre  jugera  le 
moment  venu'.  L'évêque  de  Lichfield  fut  envoyé  à  Rome  afin 
de  solliciter  la  dispense  nécessaire  pour  le  mai'iage.  D*aprtf« 
la  lettre  que  ce  prélat  adressa  à  l'évêque  de  Chichester  à 
l'époque  de  la  croisade  entreprise  par  Louis  VIII  en  Albigeois, 
il  se  beurla  au  mauvais  vouloir  des  cardinaux  et  n'obtint 
pas  tout  ce  qu'il  voulait  ;  bien  que  les  termes  de  ce  document 
soient  très  vagues,  on  peut  en  conclure  que  le  roi  de  France 
agissait  de  son  côté  à  Rome*.  Au  moins  du  viv.ant  de  Louis 
VIII,  les  négociations  enti^epri-ses  par  Henri  III  avec  Pierre 
Mauclerc  n'eurent  aucun  effet. 

Honorius  111  se  trouva  mêlé  à  presque  toutes  les  négocia- 
tions dont  nous  avons  eu  occasion  do  pai'ler.  Il  eut  de  plus  un 
rôle  personnel  et  intervint  directement  dans  celte  phase  de 
la  lutte  franco-anglaise.  Comme  en  1224,  il  se  vit  sollicita 
continuellement  par  cliacun  des  deux  rivaux.  Au  mois  de 
docembre  122i,  Henri  III  envoie  auprès  de  lui  Geoffroi  de 
Crawcorabe  et  Etienne  do  Luey;  Louis  VIII  fut  fort  irriti;- 
quand  il  apprit  que  les  deux  agents  anglais  avaient  pu  traver- 
ser sains  et  saufs  son  roj'aume  pour  aller  à  Rome*.  Geoffroi 
de  Crawconibe  et  Etienne  de  Lucy  s'arrêtèrent  d'abord  » 
Viterbe,  où  ils  trouvèrent  plusieurs  cardinaux  et  des  ambas- 


1.  Rymer,  i-ol.  eil..  180-181. 

2.  Lettre  do  révoque  de  LichBeld  dans   Rymer,  vol.  cil.,  1"4,  ■ 
Rymer  piace  celte  lettre,  non  datée,  en  122'i.   L'erreur  esl  fisgranle, 
pour  peu  qu'on  se  donne  la  peine  de  lire  le  document.    Il  y   est  hit 
mention  de  faits  qui  sont  rapportés  dans  la  Chronique  de  Tours  t 
printemps  de  1226.  —  Psuli,  loe.  cit. 

3.  Jtec.  O/r..  Pal.  VU I  Henri/ m.  p.  m  dorso,  m.  12  (12  décembr»  J 
1224)  :  B  Pape,  pro  maglstro  Slephano  de  Lucy  et  Gatfrido  de  Craucumb  1 
<  milite  quod  smt  procuratores  régis  in  curia  roraana  usquo  ad  festanfl 
"  Nativitatis  S.  J.  Bapt.  a.  Vlli"  ».  —  Shirley,  n»  215.  -* 


I 


INTRIGUES   A   ROME.  271 

sadeurs  de  Louis  VIII  qui  revenaient  de  Rome;  parmi  ces 
derniers  figuraient  les  év<>ques  de  Noyon  et  do  Chàlons-sur- 
Mame  et  Gui  de  MonLfort.  Ceux-ci.  écrivent  les  envoyés 
de  Henri  III  dans  une  lettre  du  22  décembre,  n  ayant  de  frè- 
re quentes  entrevues  avec  les  dits  cardinaux,  voulurent  leui' 
«  persuader  quantité  de  choses  fausses,  particulièrement  sur 
«  l'affaire  du  Poitou;  ils  excusaient  malicieusement  le  roi  do 
(t  France,  afSrmant  que  si  les  derniers  rois  anglais  avaient  été 
o  dépouillés  de  leur  terre  d"outre-mer,  c'est  que  la  justice  le 
«  voulait  ainsi  »  ;  mais  Galon  de  Ueccaria,  qui  se  trouvait  lit. 
se  joignait  aux  deux  Anglais  pour  réfuter  les  arguments  des 
Français.  De  Viterbe,  Geoffroi  de  Crawcombe  et  Étifnne  de 
Lucy  se  rendirent  à  Home.  Ils  trouvèrent  le  pape  et  les  car- 
dinaux très  inquiets.  Le  roi  de  Jérusalem  et  les  ambassadeurs 
de  Louis  VIII  avaient  tout  fait  pour  les  terroriser.  Ils  avaient 
répandu  la  nriuvolle  que  Louis  avait  do  nouveau  été  sollicité 
par  les  barons  anglais  et  qu'ils  lui  avaient  offert  jusqu'à  cin- 
quante otages;  si  â  la  cour  de  Rome  on  osait  rien  faire  qui 
déplut  au  roi  de  France,  immédiatement  celui-ci  passerait  en 
Angleterre.  Ces  bruits  exagérés  avaient  fortement  frappé 
l'esprit  du  vieil  Honorius  III.  Les  agents  anglais  ne  purent 
obtenir  de  lui  aucune  réponse  précise  '.  Il  n'osait  évidemment 
pas  risquer  une  brouille  avec  le  roi  de  France.  Il  se  contentait 
de  démonstrations  platoniques.  Il  écrivit  à  cette  époque  plu- 
sieurs lettres  à  Louis  VIII.  Il  lui  reprocha  amèrement  d'avoir 
violé  le  statut  do  paix  selon  lequel  tous  les  chrétiens  devaient 
se  réconcilier  pour  secourir  la  Terre  Sainte.  Il  le  somma  de 
rendre  au  roi  d'Angleterre  les  terres  dont  il  l'avait  dépouillé 
et  de  conclure  une  trêve  avec  ce  prince'.  .'\u  moment  où  le 
cardinal  de  Saint-Ange  allait  partir  comme  légat  pour  la 
France,  c'est-à-dire  au  mois  de  février  1225,  Honorius  devint 
plus  pressant.  Louis  VIII,  écrivait-il  dans  cette  nouvelle  lettre, 
semble  croire  impossible  que  jamais  la  fortune  change;  le 
sort  d'Otton  de  Brunswick,  si  puissant  et  vaincu  cependant 
par  le  jeune  Frédéric  II,  devrait  le  faire  réfléchir.  Ce  que  la 
papauté  a  fait  pour  Philippe- Auguste  quand  elle  força  Richard 


t.  Shiripy,  n"209. 
■1.   Pk'ret:  jusuyic, 


272  Loms  vm  ht  hosorics  ut. 

Cœur  de  Lion  victorieux  à  conclui-e  la  trêve  de  1  H>9.  ceqa'eRi 
ferait  demain  pour  Louis  VIII  si  la  fortune  touniait,  elle  tien 
à  le  faire  pour  le  jeune  roi  d'Angleterre.  Pour  la  défense  i 
son  protégé,  Honorius  no  recalera  devant  rien.  '■  car  il  aà 
«  faut  pas  négliger  ce  qui  est  juste  par  peur  du  scandale*. 
Que  Louis  VIII  commence  par  rendre  le  Poitou,  qoittfl  i 
faire  valoir  les  droits  auxquels  il  prétend  lorsque  la  Terrt 
Sainte  aura  été  délivrée;  qu'enfin  il  écoute  docilement  les 
avis  du  cardinal  de  Saint- Ange,  qui  part  pour  la  France  en 
qualité  de  légat*.  Nous  connaissons  la  réponse  faîte  à  cetU 
sommation  pontificale.  La  lettre  do  Louis  VIII  a  dû  être  écrite 
vers  le  mois  d'a^TiI,  au  moment  où  la  bulle  que  nous  veonni 
d'analyser  venait  d'éti-e  reçue  et  où  Hicliard  de  Cornouaille 
était  déjà  arrivé  en  Gascogne.  Le  ton  de  la  réponse  rojale «t 
assez  ironique.  Louis  VIII  déclare  qu'il  a  rompu  la  trêve  parce 
que  tel  a  été  l'avis  de  ses  barons  et  qu'il  a  envalii  le  PoîloO 
parce  que  le  Poitou  lui  appartient  selon  la  sentence  porté* 
contre  Jean  sans  Terre  avant  la  nai.'isance  du  roi  Henri.  Le 
roi  d'Angleterre,  qui  est  le  vassal  du  pape,  envoie  maintenant 
en  France  des  troupes  pour  reprendre  des  fiefs  saisis  en  vertB 
d'un  jugement  légal.  Il  n  sans  doute  agi  sans  l'assentiment  ilv 
pape,  qui  ne  peut  vouloir  du  mal  au  roi  de  France.  Loin  don^ 
de  céder  aux  sollicitations  d'Honorius  III,  Louis  se  croil  ea 
droit  de  lui  demander  d'empêcher  la  résistance  illégale 
que  Henri  lIToppose  à  une  juste  saisie'. 

Le  cardinal  de  Saint-Ange  allait-il  mieux  réussir  qne  11 
pape?  Il  était  envoyé  pour  réconcilier  les  deux  rois  en  mSms 
temps  que  pour  donner  une  solution  à  la  question  de  l'Albi- 
geois. Il  s'employa  en  effet  i  ces  deux  tâches,  a  hànqn'Ù 
«  arriva  en  France,  dit  l'annaliste  de  Dunsfaple,  il  demanda  à 
a  Louis  de  restituer  à  Henri  la  Normandie,  l'Anjou  et  l'.'iqni' 
«  taine.Ayanttenuconseil  avec  Jean,  roi  de  Jérusalem,  et  avec 
Il  les  autres  barons,  le  roi  répondit  qu'il  ne  rendrait  pas  aux 
H  Anglais  un  pouce  de  la  terre  que  Philippe  son  père  lui  avait 
K  laissée  en  mourant.  Le  légat,  sans  insister  davantage,  se  Un 


1.  Pollhast,  n'  Î510.  —  Cf.  Lellre  au  cardinal  da  S'-Ange  (îî  (*< 
Potthast,  n-  '372. 

2.  Calai.,  n-  242. 


NÉGOCIATIONS  POUR   LA   PAIX.  273 

«  lout  entier  à  l'afTaire  des  Albigeois' .»  Le  résultat  final  des 
négociations  du  légat  fut  sans  doute  nul,  comme  l'indique  l'an- 
naliste de  Dunstaple  ;  mais  il  n'est  pas  exact  que  le  cardinal  de 
Saint-Ange  ait  si  vite  renoncé  à  son  œu\Te  de  pacification. 
Beaucoup  croyaient  que  la  réconciliation  des  Capétiens  avec 
les  Piaiitagooets  était  nécessaire  pour  triompher  du  catha- 
risine'.  Le  cardinal  prêta  donc  attention  anx  incessantes  sol- 
licitations du  goiivernoraent  anglais,  qui  de  son  côté  désirait 
la  paix.  Dès  que,  le  légat  fut  arrivé  en  France,  c'est-à-dire  & 
la  fin  du  miiis  d'avril  1225',  Henri  III  envoya  les  abbés  de 
Westminster  et  do  StrafFord  auprès  de  lui  et  auprès  de 
Louis  VIII,  pour  débattre  les  conditions  de  la  paix'.  Le  légat 
écrivait  en  même  temps  à  Hubert  de  Hourg  pour  l'inviter 
à  se  montrer  accommodant*.  Une  grande  assemblée  se  tint  à 
Paris  le  15  mai;  on  ne  parvint  pas  à  s'entendre.  Louis  VIII 
était  décidé  à  garder  ses  conquêtes,  et  le  légat,  dont  les  sym- 
pathies pour  la  France  étaient  connues,  ne  partageait  pas 
sur  ce  point  les  vues  d'Honorius  III  ;  il  était  d'avis  de  laisser 
le  roi  de  France  jouir  tranquillement  du  Poitou*.  A  la  fin  du 
mois  les  évoques  de  Londres  et  de  Lincoln  furent  désignés 
pour  reprendre  les  négociations  :  ils  vinrent  en  France  au  mois 
de  juin  accompagnés  des  comtes  de  Pembroke  et  d'Essex  ; 
ils  re^-inrent  au  mois  de  juillet  sans  plus  de  succès;  ils  assis- 
tèrent cette  fois  à  la  soumission  du  comte  de  Thouars^.  A  ce 
moment-là,  on  s'en  souvient,  débarrassé  des  soucis  que  lui 
causait  l'affaire  du  faux  Baudouin,  Louis  VIII  recommença  à 
s'occuper  sérieusement  de  ses  conquêtes  Gasconnes  et  envoya 
dos  troupes  délivrer  ta  Réole.  Les  négociations  ne  furent 
repri-^es  qu'en  octobre  ;  les  évoques  de  Lincoln  et  de  Roches- 
ter  et  quelques  autres  furent  alors  envoyés  en  France;  on 
s'occupa  de  la  question  de  la  trêve  à  l'assemblée  de  Melun,  le 
8  novembre;  mais  on  ne  résolut  rien*.  Pendant  ce  temps, 


.  Ann.  de  Dunstaple,  100. 

^  Voy.  la  lettre  du  légat  d'Angleterre  au  pape,  Rymer,  I.  part,  i 
;  Voy.  une  lettre  de  Henri  111  (14  avril)  dans  Rymer,  p.  178. 
.  Lut.  daux..  Il,  72"-. 
,  Shirley.  n-  237. 

[  Chron.  de  Tourg.  308.  —  Shirley,  n"  215. 
L  itec.  Off.,  Pal.  IX  Henry  fil,  part.  I  dores,  membr.  5.  —  , 
m  letlen,  n"  457,  —  Chron.  de  Tours,  30fi. 
\  fiec.  0/}".,  /''II.  I.\  l/cnn/  III,  part,  i,  mi'inbr.  1.  —  l.ill.  claiu 
'Etll-DuTAlLLis.  ;Wfl«e  de  Louis   VIII.  18 


274  HONORius  m  KN  1226. 

Richard  acliovait  de  soumettre  les  bords  de  la  Garonne,  mais 

il  n'osait  s'aventurer  en  Poitou. 

En  1226,  les  mêmes  séries  de  faits  se  répètent  à  peu  près: 
la  lutte  maritime  et  économique  continue  ainsi  que  la  guerre, 
ou  plut(>t  l'état  de  guerre  sur  le  continent.  Henri  III  demaûde 
la  paix  à  plusieurs  reprises  et  on  la  lui  refuse.  Mais  te  papei 
changé  d'attitude,  étant  obligé  de  recourir  au  roi  de  FranM 
pour  combattre  les  hérétiques.  Tout  d'abord,  au  commence- 
ment de  l'année,  il  essaya  de  forcer  la  main  à  Louis  VIII  bV 
de  résoudre  lui-même  la  question  qui,  à  ses  yeux,  faisait  1» 
fond  du  débat.  Le  8  janvier,  il  composa  une  sorte  de  circft- 
laire  à  l'adresse  des  principaux  seigneurs  du  Poitou,  pour 
inviter  à  réparer  le  crime  qu'ils  avaient  commis  en  rompant 
de  leur  plein  gré  le  lien  de  la  fidélité;  le  serment  qu'ils  odI 
pu  prêter  à  toute  autre  personne  est  nul,  et  celui  qu'ils  avaient 
fait  au  roi  d'Angleterre  est  seul  valable  ;  au  nom  de  l'aatorili 
pontificale,  Honorius  les  somme  de  revenir  à  l'iiomma^ 
de  Henri,  sinon  ils  seront  frappés  de  la  censure  ecclésiastiqta 
par  les  évoques  d'Aix  et  de  Bazas  et  l'archidiacre  de  Buai, 
dans  un  délai  d'un  mois'.  Le  chanoine  de  Tours,  qui  anal*» 
très  exactement  cette  lettre,  et  l'évëque  de  LichËeld,  dans 
sa  lettre  i  l'évoque  de  Chichester,  nous  disent  tous  deuiqu» 
cette  circulaire  ne  fut  pas  envoyée.  L'évëque  de  Lichfield 
ajoute  que  les  cardinaux  s'y  opposèrent.  Selon  le  chanoine  ds 
Tours,  c'est  sur  les  instances  des  ambassadeurs  du  roi  d» 
France  et  sur  tes  sollicitations  du  légat  que  le  pape  renongt 
à  l'envoi  de  sa  lettre;  le  chroniqueur  insinue  que  l'or  ite 
Louis  VIII  ne  fut  pas  étranger  à  cette  décision'.  Ce  fut  11 
dernière  fois  que  le  pape  s'occupa  de  cette  question.  Il  o» 
cessa  point  de  prodignerde  bonnes  paroles  à  Henri  Iir.  Mai 


64''  et  sa.  —  Ckron.  de  Tours,  309.  —  Je  signale  en  passant  la  mfr 
prise  de  du  Tillel  (^/ieeueîls  des  Traites  ifenire  la  Fr.  et  l'Angl..  p.  tQ 
qui  date  de  1225  la  trêve  de  juin  (228.  Cette  oinrueion  a  [»»é  dlT^ 
quelques  ouvrages  de  seconde  main.  —  Lea  éditeurs  da  tome  XtX  i 
H.  F.  (Préf.,p.  i.xxx)  ont  fait  aussi  une  grosse  erreur  à  ce  sujet. 

1.  Potthast,  n»  7515. 

2.  Chron.  de  Tours,  at3.  —  Lettre  de  l'évoque  de  LichGeld,  Rymef 
I,  part.  I,  174. 

3.  Voy.  par  exemple  une  lettre  du  17  juin  à  Richard  de  ComotuiUti 
(Potthastf  n-  7588).  ^ 


TENTATIVE   DES  FRANi;AIS   SUR   DORDEADX.  275 

l'affaire  de  la  croisade  albigeoise  le  força  à  modifier  com- 
plètement sa  politique. 

Pendant  les  premiers  mois  de  l'année  1226,  l'Angleterre 
sembla  avoir  abandonné  tout  projet  de  paix.  Richard  de 
Cornouaille  reçut  de  l'argent  et  on  saisit  à  plusieurs  reprises 
des  navires  fran^'ais.  Mais  Savari  de  Mauléon  exerçait  de  ter- 
ribles représailles  et  Henri  III  dut  inviter  les  barons  des 
Cinq-Ports  à  délibérer  en  commun  sur  les  moyens  de  répri- 
mer l'audace  de  son  ancien  sénéchal'.  Vers  le  moi,s  de  mars, 
le  cardinal  de  Saint-Ange  réussit  k  faire  approuver  de 
Louis  VIII  un  texte  de  traité  de  paix  ;  mais  les  négociations 
furent  bientôt  rompues'.  C'est  peut-être  immédiatement  après 
(ju'eut  lieu  une  nouvelle  tentative  desFrançais  sur  Bordeaux, 
qui  nous  est  racontée  dans  une  lettre  adressée  au  pape 
par  l'archevêque  de  cette  ville.  Jean  de  Beaumont  arriva 
devant  la  ville  avec  des  forces  considérables,  et,  de  la  part 
du  roi  de  France,  offrit  à  l'archevêque  Guillaume  une  grande 
somme  d'argent,  qu'il  avait  apportée  avec  lui.  Si  l'archevê- 
que voulait  abandonner  le  roi  d'Angleterre,  il  recevrait  des 
revenus  énormes  et  on  élèverait  au  faite  de  la  fortune  ses  pa- 
rents et  ses  protégés.  Le  prélat  repoussa  ces  offres-  Jean  de 
Beaumont  eut  alors  recours  aux  menaces.  Le   lendemain,  il 

^porta  des  lettres  du  roi  de  Franco  interdisant  l'entrée  de 
s  terres  à  l'archevéqne,  ce  qui  était  fort  grave,  vu    l'éten- 

loe  des  nouvelles  possessions  fran(:aises.  Enfin  on  ne  voulut 

3  rendre  à  Guillaume  ses  revenus  de  la  Rochelle  et  l'on  ne 

Isa  de  lui  causer  tous  les  dommages  possibles";  un  jour, 

sa   présence,    plusieurs  do  ses   sergents  furent  à  moitié 

IBomjnés  par  les  hommes  du  sénéchal  français*,  Après  avoir 
liappé  à  mille  embi'iches,  l'archevêque  réussit  à   traverser 

l  France  et  à  gagner  Rome  pour  porter    plainte.  Le  21  mai, 

hinorius  III  écrivit  à  Louis  Vlll  pour  le  réprimander  et  lui 

rdonner  de  donner  satisfaction  au  prélat. 


1.  nec.  Olf..  Pal.  X  Ihni-'j  III,  membr.  8,  7,  6.  —   Ull.  daus.,  II, 
I,  i02i',  etc.  —  Pièces  jusli fie,  n"  X. 

i.  Rymer,  I,  part.  1. 181.  —  Cf.  une  lellre  de  Henri  111,  adressée  le  21 
—  au  comte  de  la  Marche,  /Ml.  elau*.,  11,  149. 

Rymer,  I.  pari,  i ,  178,  lettre  de  l'archev.  de  Bordeaux. 

Lettre  d'Hoiiorius  III  à  Louis  V1!I  (22  mai  1236):  Poltliast,  n"  7577. 


^1 


276  INQnBTUDËS   DE   LOUIS   PENDANT  LA   CROISADE. 

Cependant  cette  guerre  ouverte  ne  pouvait  continuer. 
Louis  V 111  avait  pris  la  croix  le  30  janvier  12ii8  et  le  ?9  mars  il 
avait  décidé  de  partir  au  muia  de  mai  pour  le  midi.  Il  ue  pou- 
vait laisser  derrière  hiî  un  ennemi  menaçant.  Les  préparatifs 
que  le  gouvernement  anglais  faisait  dans  les  Cinq-Ports 
étaient  très  inquiétants',  Sur  la  demande  expresse  du  roi  de 
France,  le  pape  interdit  à  Henri  lll,  sous  peine  d'excommuni- 
cation, de  porter  secours  i  Raimond  Vil  et  d'attaquer 
Louis  VIII  ou  ses  sujets  actuels,  personnellement  ou  par 
l'intermédiaire  de  Richard  deCornouaille  (27  avril  1226)'. 

Malgré  ce  succès  diplomatique,  Louis  n'était  pas  sans  in- 
quiétude  au  moment  de  prendre  la  route  du  midi.  Lorsqu'à 
ta  fln  de  mai,  il  partit  de  Bourges  pour  l'Albigeois,  il  n'em> 
mena  point  le  comte  de  la  Marche  et  le  laissa  en  Poitou  avec 
les  gens  do  Limoges,  de  Poitiers  et  de  Tours,  pour  garder  le 
pays  ;  cette  marque  de  confiance  était  nécessitée  par  la 
politique,  mais  Louis  VllI  n'était  certainement  pas  exempt 
de  soupçons  à  l'égard  de  Hugue  de  Lusignan.  L'annéo 
précédente,  Hugue  avait  fiancé  son  fils  à  la  fille  du  cumfe 
de  Toulouse  ;  c'était  braver  ouvertement  le  roi  de  France  ; 
Louis  VllI  avait  fait  immédiatement  fortifier  Saint-Maixent 
et  les  autres  places  du  Poitou  et  s'était  préparé  à  la  guerre. 
Peu  de  temps  avant  la  réunion  des  croisés  à  Bourges,  Hu- 
gue de  Lusignan,  sur  les  avertissements  du  roi  et  du  légat,  se 
décida  à  renvoyer  la  fille  de  Raimond  -VII  '.  Mais  la  mélîancB 
de  Louis  VllI  n'en  subsistait  pas  moins  :  elle  se  manifesta 
dans  un  mandement  qae  pendant  son  séjour  à  Valence,  ao 
mois  de  juin,  il  adressa  au  vicomte  d'Aubusson,  et  où  11 
supposa  le  cas  oA  le  comte  de  la  Marche  viendrait  à  le  trahir. 
Ces  soupçons  n'avaient  du  reste  rien  que  de  très  tégitime'. 

L'absence  de  Louis  VIU,  l'attitude  hésitante  do  Lusignan, 
tout  encourageait  le  gouvernement  anglais  à  profiter  d'une 
occasion  unique  pour  se  venger  d'un  ennemi  redoutable. 
L'évêquo  de  Licliiîeld  se  mit  à  inti'iguer  en  faveur  de  Rai- 


1.  LUI.  claus..  Il,  150  et  ISl. 

2.  Potthsst,  n"  7561.  — Cf.RogerdeWendover,  in,  110. 

3.  Ckron.  de  Tours,  307  et  314. 

*.  Catnl.,  n"  382.  —  Voy.  une  lettre  de  Henri  111  à  Hugue  (te  LoM- 

gnan  (21  mars  1226)  :  LUt.  clau».,  il,  149. 


TENTATIVK  DES  ANGLAIS  SUR  LA  ROCHELLE.      277 

mond  VII  auprès  du  Saint-Siège,  mais  il  ne  put  rien  obtenir*. 
Pendant  le  siège  d'Avignon,  qui  s'annonçait  comme  devant 
être  fort  long  et  fort  pénible,  la  tentation  fut  trop  forte  pour 
les  Anglais.  Henri  III,  voyant  la  plus  grande  partie  des 
guerriers  français  occupée  à  ce  siège,  espéra,  dit  le  cha- 
noine de  Tours,  faire  des  conquêtes  soit  en  Normandie,  soit 
en  Anjou,  soit  en  Poitou  et  fit  de  grands  préparatifs  pour 
passer  en  France  ;  le  pape  lui  défendit  de  donner  suite  à  ce 
projet  et  bien  à  contre-cœur  Henri  différa  Texécution  de  ses 
plans*.  Mais  la  défense  .du  papo  fut  violée  par  Richard  de 
Cornouaille,  qui  recevait  constamment  des  renforts  d'Angle- 
terre*. Un  certain  nombre  de  bourgeois  de  la  Rochelle,  atta- 
chés à  la  cause  anglaise,  avaient  établi  une  confrérie  sous  le 
patronage  de  saint  Edmond  ;  sous  le  couvert  de  cette  asso- 
ciation, ils  avaient  fait  des  prosélytes  et  tenaient  des  réunions 
où  on  discutait  les  moyens  à  employer  pour  faire  entrer  les 
Anglais  dans  la  cité.  Enfin  ils  volèrent  les  clefs  de  la  ville 
basse  et  mandèrent  à  Richard  de  Cornouaille,  qui  était  à 
Bordeaux,  de  venir  une  nuit  par  mer.  Richard  s'embarqua 
aussitôt  ;  mais  il  arriva  trop  tard  dans  la  matinée  et  trouva  la 
ville  close  et  bien  gardée  ;  les  Rochelais  ayant  couru  aux  ar- 
mes, les  Anglais  reprirent  le  chemin  de  Bordeaux.  Le  clerc 
qui  avait  porté  les  lettres  des  confrères  de  Saint-Edmond  fut 
fait  prisonnier  à  son  retour  et  avoua  les  motifs  de  la  venue 
de  Richard  ;  quarante  bourgeois  soupçonnés  furent  empri- 
sonnés ;  quelques-uns  s'enfuirent,  d'autres  furent  acquittés  ; 
quatre  reconnui'ent  publiquement  leur  crime  et  furent  pendus 
les  pieds  en  Tair*. 

Tels  furent  les  rapports  de  Louis  VIII  et  du  roi  d'Angle- 
terre. Dans  cette  lutte  coupée  seulement  par  des  trêves 
éphémères,  qui  dura  entre  les  deux  dynasties  depuis  la  rup- 
ture de  la  paix  du  Goulet  jusqu'au  traité  de  Paris  en 
1259,  le  fils  de  Philippe-Auguste  se  montra  particulièrement 
acharné  ;  le  regret  d'une  couronne  perdue  l'empêcha  de  dé- 


1.  Hymer,  I,  part,  i,  174. 

2.  Chron.  de  Tours,  315.  Cf.  Wondover,  III,  111. 

3.  Bec.  Gif.,  Pal.  X Henry  III,  mcmbr.  5,  3,  2.  —  Litt.  clans..  H,  127»'. 

4.  Chron.  de  Tours^  316.  —  Mousket,  v.  27063  et  suiv.  —    Cf.  un 
récit  un  peu  différent  dans  Nicolas  de  Brai.  p.  310  à  3'i2. 


278  LA  DOMINATION  CAPETIENNE  EN  POITOU. 

poser  les  armes,  et  valut  à  la  monarchie  capétienne  la  con- 
quête du  Poitou,  du  Limousin,  du  Périgord  et  l'annexion 
d'un  grand  port  sur  TOcéan.  Mais  Louis  VIII  n'avait  pas  pu 
modifier  dans  un  sens  qui  lui  fût  pour  jamais  favorable  les 
tendances  et  le  tempérament  essentiellement  mobile  des 
barons  ddicette  région.  Hugue  de  Lusignan,  dès  le  mois  de 
décembre  1226,  allait,  ainsi  que  Hugue  de  Thouars,  s'allier 
aux  Anglais  contre  le  nouveau  roi  de  France,  comme  autre- 
fois il  s'était  allié  à  Louis  VIII  contre  les  Anglais.  Tant 
que  ce  douteux  personnage  posséderait  la  formidable  ligne 
de  châteaux  qui  commandait  les  abords  du  Poitou,  le 
roi  d'Angleterre  pourrait  du  jour  au  lendemain,  en  achetant 
son  appui,  débarquer  en  Gascogne  et  arriver  au  nord  de  la 
Garonne  sans  avoir  rien  à  craindre.  Aussi  la  véritable  con- 
quête du  Poitou  date  du  moment  où  saint  Louis,  vainqueur  à 
Taillebourg,  confisqua  les  fiefs  des  Lusignan \  Louis  VIII 
avait  acquis  après  une  campagne  brillante  quelques  points 
défensifs  importants,  et  par  la  prise  de  la  Rochelle  il  avait 
lancé  la  royauté  dans  une  direction  nouvelle  ;  mais  là  comme 
partout  ailleurs  il  ne  laissa  qu'une  œu'STe  commencée;  il  ne 
vécut  point  assez  longtemps  pour  rien  faire  qui  fiit  définitif. 

1.  Bardonnet,  Niort  et  La  Rochelle^  44-45  et  70-71. 


CHAPITRE  IV 

PROJETS   ET  PREPARATIFS   d'uNE   CROISADE  NOUVELLE   EN 

ALBIGEOIS. 

/^L'échec  de  Texpédition  conduite  par  Louis  de  France 
contre  les  Albigeois  en  1219  avait  eu  les  plus  fâcheux  effets 
pour  la  cause  de  l'orthodoxie.  L'espèce  d'élan  national  suscité 
par  la  nouvelle  du  siège  de  Toulouse  n'avait  point  cessé. 
Exaspérés  des  excès  de  toutes  sortes  commis  par  les  cheva- 
liers du  nord,  les  Méridionaux  ne  demandaient  qu'à  reprendre 
le  joug  léger  de  leurs  anciens  maîtres.  Ils  trouvèrent  un  chef 
remarquable  en  la  personne  du  jeune  Raimond  de  Saint-Gilles, 
qui  devint  comte  de  Toulouse  par  la  mort  de  Raimond  VI  en 
1222  ;  il  avait  alors  vingt-cinq  ans  ;  c'était  un  homme  actif  et 
vaillant,  certainement  très  supérieur  à  son  père.  Raimond 
Irencavel  II,  comte  de  Carcassonne,  qui  avait  dix  ans  de 
moins  que  lui,  allait  bientôt  le  seconder;  cet  adolescent 
a'avait  pas  reçu  de  son  père  un  pouce  de  terre  ;  Simon  de 
Montfort  avait  pris  tout  son  héritage.  Mais  l'heure  des  repré- 
sailles sonnait;  Amauri  de  Montfort  n'était  pas  capable  de 
la  retarder.  Il  fut  dépouillé  successivement  de  Lavaur,  de 
Puilaurent,  de  Montauban,  de  Castelnaudari,  d'Agen,  de 
Moissac*.  Paralèllement  Torthodoxie  perdait  du  terrain  au 
profit  du  catharisme/Les  Parfaits  sortaient  des  retraites  où 
ils  s'étaient  cachés  auieraps  du  triomphe  deJeurs  persécuteurs, 
rouvraient  leurs  écoles  et  leurs  hospices/Xrecommençaient 
leurs  prédications  et  renouaient  des  relations  avec  les  héré- 
tiques de  l'Europe  orientale  ;  peut-être  reconnurent-ils  à  cette 
époque  un  pape  résidant  en  Bosnie  ^ 
Honorius  III  pressa  à  plusieurs  reprises  Philippe-Auguste 


1.  Hi$t,  du  Languedoc^  VI,  533  et  suiv. 

2.  Schmidt^  Ilist,  des  Albigeois^  I,  288  et  suiv, 


280  LE  MIDI   EN   1223. 

de  relever  la  cause  catholique  ^  Le  roi  hésitait  et  les  contem- 
porains n'ont  point  su  au  juste  quels  sentiments  ranimaient; 
selon  Guillaume  de  Puilaurent,  il  ne  voulait  point  se  mêler 
de  cette  affaire  et  il  prédisait  que  si  son  fils  se  laissait  en- 
traîner par  les  prêtres  dans  uîie  guerre  en  Albigeois  il  périrait 
à  la  peine"  ;  un  moine  de  Saint-Denis  a  vanté  au  contraire  son 
zèle  pour  les  intérêts  de  Torthodoxie  menacée'.  Il  envoya 
une  armée  de  secours  au  comte  de  Montfort  en  1221,  mais 
refusa  la  proposition  que  ce  seigneur  lui  fit  de  lui  céder  tous 
ses  droits  sur  TAlbigeois*.  En  1223  il  convoqua  cependant  à 
Melun  une  grande  assemblée  afin  de  discuter  les  mesures  à 
prendre  contre  Thérésie;  au  mois  de  juillet  se  trouvaient 
auprès  de  lui  deux  archevêques  et  vingt  évêques  qui  étaient 
venus  à  la  cour  pour  délibérer  sur  cette  question  *.  Le  vieux 
roi  était  partagé  entre  Tenvie  de  tirer  profit  de  la  situation  du 
midi  et  celle  de  réserver  ses  forces  pour  la  guerre  qui  aUait 
peut-être  éclater  Tannée  suivante  avec  l'Angleterre  ;  entre  le 
désir  de  déférer  aux  invitations  du  Saint-Siège  et  le  souci  de 
sajranquillité.  A  ce  moment  la  mort  vint  le  surprendre. 

Dès  la  première  année  du  nouveau  règne,  traqué  par 
ceux  que  Simon  de  Montfort  avait  jadis  dépouillés  impitoya- 
blement, Amauri  dut  quitter  Carcassonne,  son  dernier  refuge; 
il  n'avait  plus  d'argent,  partant  plus  de  mercenaires  ;  Tarche- 
vêque  de  Narbonne  eut  beau  engager  tous  ses  biens  afin  de 
pouvoir  aider  le  défenseur  de  l'orthodoxie,  chevaliers  et  ser- 
gents s'en  allaient  les  uns  après  les  autres.  Enfin  Amauri 
abandonna  le  pays  aux  hérétiques,  revint  dans  le  nord,  et 
«  les  dragons  de  Pharaon  semblèrent  avoir  dévoré  le  dragon 
((  de  Moïse  »  (Janvier  1224).  Il  était  temps  pour  le  roi  devenir 
secourir  le  dragon  de  Moïse  ^ 

Honorius  III  était  alors  obsédé  par  le  désir  d'organiser  une 


1.  Potthast,   n''»  6672  (2  juin  1221),   6779  (1"  février   1222),  6828 
(14  mai  1222). 

2.  Guill.  de  Puilaurcnt,  p.   216.  C'est  là  évidement  une  prédiction 
faite  après  coup  par  le  chroniqueur. 

3.  Guill.  le  Breton,  Chron.,  contin.  du  ms.  de  Paris,  §  6. 

4.  Philippidi',  XII,  V.  :i36-:]4'i.  — Guill.  le  Breton,  C/iron.,  con/in.rfw 
ms,  CoUon.  §  8.  Cf.  Delisle.  n'>  2050.  —  Delisle,  no  2108. 

5.  Delisle,  n"  221'».  —  Guill.  le  Breton,  Chron.,  coH(in.  du  ms.  de 
Paris,  §  7.  —  Mousket,  v.  23539-23559. 

6.  Calai.,  n»  60.  —  Vinc.  de  Beauv.,  1275. 


PROPOSITIONS   FAITES   A   LOUIS  Vllt. 


281 


lisade  en  orient.  Nous  avons  vu  que  peu  de  temps  avant  la 

irtde  Philippe-Auguste  il  avait  décrété  que  la  pais  devait 

ïgner  pai'mi  les  chrétiens  et  qu'il  leiu-  fallait  se  préparer  à 

tir  en  12'.^  pour  délivrer  la  Terre  Sainte,  Mais  la  nécessité 

îlècraser  le  catharisme  sans  cesse  renaissant  était  pressante. 
peine  Philippe-Auguste  était-il  enseveli  que  i'évèque  de 
trio  venait  supplier  Louis  VIll  de  prêter  attention  à  l'afTaire 

^Albigeois;  les  prélats  français  étaient  décidés,  disait-il.  à 
supporter  eux-mêmes  le  fardeau  ;  mais  il  leur  fallait  obte- 
l'assentiment  préalable  du  roi.  Bien  qu'il  songeât  à  ne 

jînt  renouveler  la  trêve  avec  Henri  IIl  et  qu'il  ne  fiH  pas 
ire,  selon  ses  propres  expressions,  au  f;iit  de  l'état  du 

lyaume,  Louis  Vlll  céda  aux  prières  de  I'évèque  de  Porto  et 

•rmit  aux  prélats  d'employer  toutes  leurs  forces  à  combattre 
lérésie.  Enfin,  comme  dés  ce  moment-là  -Vmauri  de  Mont- 
rt  pensait  au  retour  et  qu'il  n'avait  point  d'argent  pour 

çatrier  ses  compagnons  d'armes,  le  roi  lui  fit  donner  dix 

lÛle  marcs  sur  la  somme  léguée  par  Philippe-Auguste  pour 

kire  dos  aumônes'. 

Honorius  111  espérait  sans  doute  qu'il  n'aurait  point  besoin 
I  l'intervention  directe  du  roi  de  France.  Les  désastres  que 

ibit  successivement  Amauri  détruisirent  cette  illusion.  Dans 
B  lettre  du  13  décembre  122.'î,  Honorius  remercie  Louis  VIII 
ivoir  favorablement  écouté  I'évèque  de  Porto  :  u  Dieu  fera 

'Bans  doute  de  telle  sorte,  ajoute4-il,  que  tu  prendras  en  mains 

cette  affaire  et  que  tu  en  poursuivTas  heureusement  l'accom- 

^plissement,  pour  la  gloire  de  ton  nom,  et  le  plus  grand  bien 
le  ton  honneur  et  de  ton  salut  »'.  Dans  une  épitre  du  14  dé- 
ubre,  Honorius  devient  plus  pressant,  fait  des  propositions 
litives  :  «  Les  rois  et  les  princes  chrétiens,  écrit-il,  doivent 
tendre  compte  à  Dieu  de  ce  qu'ils  ont  fait  pour  l'Église,  leur 
oère,  dont  ils  sont  les  fils  spirituels,  el  que  le  Christ  leur  a 

lionfiée  aJîn  qu'ils  la  protègent  pendant  leur  vie.  Tu  dois 
lonc  voir  avec  doulem"  et  indignation  qu'entre  las  limites  de 
OD  royaume,  en  Albigenis,  les  hérétiques  attaijuent  l'Eglisfl 

ouvertement  e(  audacieusemcnt,  anéantissent  la  foi  chrétien- 


282 


PROPOSITIONS   FAITES   A   LOVIS   TOI. 


«  ne,  déchireot  le  Christ  même.  Le  roi  Nabuchodonoaor  a  dé- 
('  crété  :  Quiconque  aura  dit  pour  blasphémer  contre  Dieu 
«  Sidrach,  Mîsach  et  Abdenago,  celui-là  périra,  et  sa  maison 
«  sera  dispersée.  Si  un  roi  étranger  a  pris  de  telles  mesures  pour 
«  que  le  nom  du  Dieu  d'Israël  ne  fiit  point  blasphémé,  ô  roi  très 
(1  chrétien,  successeur  et  héritier  dos  plus  dévots  d'entre  les 
('  princes,  toi  avec  qui  la  piété  chrétienne  a  fait  alliance,  souffri- 
r'  ras-tu  que  notre  foi  soit  anéantie,  le  Christ  déchiré,  l'Église 
"  détruite  par  de  telles  gens?  •>  Les  efforts  tontes  jusqu'ici, 
ajoute  Honorius.  n'ont  abouti  à  rien,  et  l'on  doit  craindre 
que  la  contagion  du  mal  n'atteigne  le  reste  du  rojaume. 
Que  Louis  VIII  prenne  donc  en  main  cette  affaire.  Qu'il  sache 
d'ailleurs  qu'Amauri  de  Montfort  est  prêt  à  lui  céder  tous  ses 
droits  sur  l'Albigeois,  et  que  cette  cession  sera  définitive, 
Raimond  VII  étant  excommunié  avec  ses  fauteurs  et  la, 
manifestant  point  de  repentir'. 

L'archevêque  de  Bourges  et  l'évêque  de  Langres,  qui  re- 
venaient de  Rome,  remirent  ces  lettres  à  Louis  VIII  ;  l'Ëglise, 
ajoutèrent- ils,  mettrait  à  sa  disposition  tout  l'argent  et  tous 
les  secours  qu'elle  pourrait  trouver'.  C'est  à  la  même  époque 
enfin  que  Louis  recevait  de  l'archovêque  de  Narbonne  et  des 
évéques  de  Nîmes,  d'Uzès,  de  Béziers  et  d'Agde,  une  longue 
lettre  l'informant  du  départ  d'Amauri  et  le  suppliant  de 
«  montrer  par  des  actes  combien  il  était  affligé  de  cette  in- 
(c  jure  faite  au  Christ  »'.  Louis  prit  conseil  des  prélats  et  des 
barons,  et  finalement  fit  rédiger  une  série  de  demandes  aux- 
quelles le  pape  fut  prié  de  souscrire.  Les  voici  ; 

1°  L'archevêque  de  Bourges  sera  légat  et  exercera  l'au- 
lorité  qu'avait  autrefois  en  Albigeois  l'évêque  de  Porto.  Ls 
croisade  sera  prèchée  partout  en  France. 

2°  Comme  les  dépenses  seront  énormes,  l'Église  fournira 
au  roi  60,000  livres  parisis  par  an,  pendant  dix  ans,  pour  \ea 
frais  de  la  croisade. 

3"  Les  archevêques  do  Bourges,  de  Reiras,  de  Sens  auront 
plein  pouvoir  d'excommunication  et    d'interdit    contre  les 


CONDITIONS   POSÉES   PAR   LE   BOI.  283 

croisés  qui  refuseront  de  payer  les  sommes  par  eux  promises, 
et  en  général  contre  les  hommes  du  roi  qui  ne  voudraient 
point  servir  personnellement  ou  payer  un  subside  convena- 
ble, car  leur  serment  d'hommage  les  oblige  à  combattre  pour 
la  défense  du  royaume,  et  leroyaume  n'a  pas  de  plus  grands 
«nnemis  que  les  hérétiques. 

4"  Lesdits  archevêques  useront  des  mêmes  pouvoirs  contre 
ï  sujets  du  roi  qiU  se  feront  la  guerre  pendant  la  croisade  et 
l  général  contre  ceux  qui  inquiéteront  le  roi  ou  ses  compa- 
[sona. 
5"  La  trêve  avec  le  roi  d'Angleterre  sera  renouvelée  pour 
c  années,  car  le  roi  ne  sait  pas  combien  de  temps  durera 
t  croisade  et  celte  expédition  épuisera  d'aillpurs  ses  res- 
sources en  hommes  et  en  argent. 

G"  Le  pape  obtiendra  de  l'empereur  que  les  sujets  impé- 
riaux, voisins  de  la  terre  albigeoise,  ne  causent  aucun  tort 
«x  croisés,  sous  peine  d'être  livrés  i  la  vengeance  de  Louis. 
7'  Le  roi  ou  ses  héritiers   pourront  aller  en  Albigeois,  y 
îster,  en  revenir,  absolument  comme  ils  le  voudront. 
8"  Le  roi  et  tous  ceux  qui  l'accompagneront  en    Albigeois 
jouiront  des  mêmes  indulgences  que  les  croisés  de  Terre 
_  Sainte. 

M  9"  Les  comtes  de  Toulouse,  de  Béziers  et  de  Carcassonne 
H|9t  leurs  complices,  seront  déclarés  déchus  de  leurs  posses- 
^ntODs  en  France  et  ces  biens  appartiendront  au  roi  ou  à  ses 
HUonataires. 

^  10°  Si  le  pape  fait  droit  à  ces  demandes,  le  roi  se  rendra 
en  personne  en  Albigeois,  et  y  combattra  de  bonne  foi  l'hé- 
résie; si  le  pape  ne  donne  pas  une  réponse  immédiate,  le  roi 
n'ira  dans  la  suite  en  Albigeois  que  s'il  le  juge  bon. 

L'archevêque  de   Bourges,  les  évêquos  de  Langres  et  de 

lartres  portèrent  ces  demandes  au  pape'.   Elles  ne  durent 

K>int  l'étonner;  avant  d'entreprendre  cette  expédition  qui 

irait  coûteuse,  peut-être  longue,  et  dont  le  profit  était  dou- 

,  il  était  naturel  que  Louis  VIII  prit  ses  précautions, 

M'autant  plus  que  la  trêve  avec  l'Angleterre  allait  expirer  ; 

uisque  pour  la  défense  de  la  foi  on  renonçait  à  l'espérance 


nau] 

Ëx 


284 


LE   PAPE   RETIRE   SES   OFFRES. 


de  compléter  les  conquêtes  de  Phi  lippe- Auguste  en  terre  an- 
glaise, il  fallait  au  moins  s'assurer  quelques  garanties  contre 
une  attaque  des  ennemis  d'outre-mer,  et  se  réserver  la  possi- 
bilité d'une  compensation. 

Dès  qu'il  fut  arrivé  à  Paris,  au  mois  de  février  1223,  Amauri 
de  Montfort  promit  que  si  le  pape  accédait  aux  demandes  du 
roi,  il  renoncerait  en  faveur  de  ce  dernier  à  tous  les  droits 
qu'il  avait  sur  l'Albigeois  par  concession  du  Saint-Siège'. 
Louis  croyait  l'affaire  conclue  et  son  départ  prochain.  Le 
même  mois,  il  écrivait  aux  habitants  de  Narbonne  que  sur  lis 
instances  du  pape  et  d'accord  avec  ses  barons,  il  avait  résolu  de 
marcher  contre  les  hérétiques  ;  il  se  mettrait  en  route  au  com- 
mencement du  mois  de  mai'.  Le  29  mars,  Honorius  111  lui 
envoya  la  permission  solennelle  d'assister  à  l'office  divin  en 
lieux  interdits^ 

Un  coup  de  théâtre  allait  se  produire  :  le  pape,  qui  retar- 
dait l'envoi  de  sa  réponse,  était  sur  le  point  d'abandonner 
complètement  ce  projet,  auquel  il  semblait  attacher  lant  de 
prix.  Le  motif  qu'il  devait  alléguer,  c'est  qu'au  momeul  "ii 
l'évèque  de  Porto  allait  se  mettre  en  route  pour  portera 
Louis  VIII  une  réponse  favorable,  arrivait  à  Rume  un  envoje 
de  l'empereur  ;  Frédéric  II  promettait  des  secours  sèrieui 
pour  la  délivrance  de  la  Terre  Sainte  ;  il  fallait  que  les  chré- 
tiens ne  songeassent  plus  qu'à  la  croisade  en  orient*.  Il  nul 
fort  possible  que  celte  considération  ait  en  effet  coniribui' 
à  la  décision  d'Honorius  111.  Le  terme  fixé  pendant  k 
congrès  de  Ferentino  pour  la  croisade  en  orient  allait  échoir 
l'année  suivante,  et  le  roi  rie  France  no  pouvait  à  la  fois 
guerroyer  contre  les  Albigeois  et  contre  les  Sarrasins.  Mais 
ce  motif  n'était  ni  le  seul  ni  le  principal.  Depuis  le  comniea- 
ceraent  de  l'année,  pour  de  tout  autres  raisons.  Honorius 
hésitait  k  charger  le  roi  de  France  du  soin  d'écrasor  le  catha- 


1.  Calai.,  n«  83. 

2.  Calai.,  n"  83. 

3.  Potthast.  n"  7202. 
S.  Voy,  la  lettre  adressée  par  le  napeà  l-ouis  VIII.   le  4  avril  IHiïï 

Potthasl,  n"  7212.  —  (.7,   n"  103  au  Calalogue.  —  La  lettre  de  F*j 
déric  11  au  pape  est  du  5  mars  1224  (//iii.  aiploni.  Fre<l-  II,  toms  ^ 


partie  i,  ] 


2-U3), 


LE  PAPE  RETIRE  SES  OFFRES.  285 

risme.  Mousket  accuse  tout  simplement  le  pape  et  les  cardi- 
naux de  s'être  laissé  corrompre  : 

Mais,  pour  desfaire  celé  gierre, 
Cil  d*Aubigois  et  d'Engletière 
Donnèrent  tant  as  cardenaus 
Et  à  Tapostolie,  qu'entr'aus 
Remandèrent  al  roi  de  France 
K'il  laisast  celé  convenance  ^ 


Dom  Vaissète  dit  aussi  que  Hubert  de  Bourg  sollicita  le 
pape  en  faveur  du  comte  de  Toulouse*;  mais  son  assertion 
se  fonde  sur  une  lettre  de  Tévêque  de  Lichfîeld  qui,  datée  de 
1224  par  Rymer,  ne  peut  en  réalité  avoir  été  écrite  que  deux 
ans  plus  tard';  en  1226,  le  gouvernement  anglais  avait  en  effet 
motif  d'appuyer  Raimond  VII;  mais  en  1224,  il  avait  pour 
seule  ambition  de  retarder  la  rupture  de  la  trêve  avec  la 
France,  et  par  conséquent  son  intérêt  était  de  laisser  éclater 
une  guerre  entre  Louis  VIII  et  le  comte  de  Toulouse.  Selon 
nous,  M.  A.  Molinier  a  donc  tort  d'admettre  qu'on  puisse  voir 
là  une  «  influence  des  sollicitations  du  roi  d'Angleterre  »  ;  en 
revanche  cet  érudit  montre  avec  beaucoup  de  sagacité  pour 
quelle  raison  une  croisade  dirigée  par  Louis  VIII  ne  souriait 
point  à  Honorius.  On  ne  voit  point,  dit-il,  «  que  le  pape  ait 
c(  jamais  pensé  sérieusement,  avant  1225,  à  donner  le  comté  do 
«  Toulouse  au  roi  de  France.  11  voulait  plutôt  se  servir  du  nom 
a  redouté  de  celui-ci  pour  amener  Raimond  Vil  à  composition. 
«  En  effet,  mieux  valait  pour  la  cour  romaine  ce  dernier  prince 
^  affaibli  et  à  peu  près  à  la  discrétion  du  pape,  que  Louis  VIII, 
«  alors  le  second  prince  de  l'Europe,  belliqueux,  riche,  puissant, 
M  et  qui,  bien  certainement,  aurait  plus  d'une  fois  traversé  les 

1.  Mousket,  v.  24339-24344.  La  corruption  de  la  curie  romaine  était 
avouée  par  Honorius  III  lui-même  (Wendover,  III,  102).  Un  satirique 
anglais  écrivait  : 

Papa  quserit,  chartula  quœrit,  bulla  qusrii. 
Porta  quœrit,  cardinalis  quu^rit,  cursor  quoîrit, 

Omnes  qusrunt 

0  vos  bursœ  turgida%  Romam  veniatis  ; 
Romœ  viget  physica  bursis  constipatis  ! 
(Wright,  Poliiical  Sonas^  p.  17). 

2.  ffist.  du  Languedoc,  Vl,  579. 

3.  C'est  la  lettre  dont  il  a  été  question  plus  haut,  p.  270. 


2So  ASSEMBLEE   DL'   f)   MA[. 

«  déci^iou3  du  souverain  ponlife.  Ou  s'explique  donc  pourquoi^ 
i<  en  présence  des  propositions  si  préuises  du  roi,  lo  pape  sft 
Il  retourna  tout  à  coup  versRairaond  VII,  avec  lequel,  du  reste, 
rc  il  était  depuis  longtemps  en  rapports  indirects  '.  «  Dès  le  31 
janvier  1224,  Hunorius  III  écrivit  à  Raimond  VU  qu'il  arâl 
reçu  ses  messagers  et  qu'après  les  avoir  entendus,  il  avait 
résolu  d'envoyer  en  France  le  cardinal  de  Saint- .\itge  en  qua- 
lité de  légat;  Raimond  devra  obéir  avec  humilité  à  ce  prélat, 
afin  de  mériter  la  bienveillance  de  Dieu  et  du  Sainl-Siège' 
Louis  reçut  au  commencement  du  mois  de  mai  la  lettre  où 
Honorius  III  l'informait  du  changement  de  ses  plans.  Le  papa 
déclarait  qu'il  comptait  sur  lui  pour  ramener  Raîmoud  VII 
dans  le  giron  de  l'Eglise.  ■■  Raimond,  écrivait-il,  craint  tel- 
«  lemeat  la  puissance  de  ta  Grandeur  que,  s'il  te  sait  prêt  à  usa 
H  de  toutes  tes  forces  contre  lui,  il  n'osera  point  tergiversa 
cr  plus  longtemps  et  obéira  aux  ordres  de  l'Eglise*.  »  L'évéqU 
de  Porto,  messager  d'Honorius,  chargea  donc  Louis  VIll  (ta 
contraindre  le  comte  de  Toulouse  par  voie  d'exhortatioDS  et 
de  menaces  à  se  soumettre  et  à  anéantir  lui-môme  rbérèsiei 
en  donnant  satisfaction  au  clergé,  en  veillant  désormais  aux 
libertés  de  l'Église,  et  en  entrant  en  composition  avec  Amauri 
de  Montfort.  Louis  VHI  était  réduit  à  jouer  le  rûle  d' 
épouvantait*. 

Le  roi,  très  irrité,  réunit  une  assemblée  générale  à  Paris 
le  5  mai,  et  là,  devant  «  tous  les  prélats  et  barons  de  France 
il  fit  àl'évêque  de  Porto  la  réponse  suivante,  qui,  précédée  de 
Texposé  complet  de  cette  question,  fut  consignée  dans  les 
registres  rie  la  cbancellerie  royale: 

Le  pape  ayant  refusé  d'exaucer  lesjastes  demandes  du  roi, 
celui-ci  se  déclare  délivré  du  poids  de  cette  affaire.  Quant  à 
conseillera  Raimond  Vil  de  se  soumettre,  loroi  ne  s'en  mèlora 
pas,  les  questions  spirituelles  ne  lô  regardant  point.  Si  l'Église 
romaine,  dont  c'est  le  rôle,  veut  s'occuper  de  ramener  à  elle 
le  comte  de  Toulouse,  elle  est  libre  de  le  faire,  pourvu  qu'elle 
n'abrège  aucunement  les  fiefs  du  roi.  Qu'à  l'avenir  l'évêqu* 


1.  I/iit.  du  Languedoc,  VI,  578,  note  de  M.  A.  Holïnior. 

a.  Porthsst,  »•>  J157. 

a.  PotthMt,  n"  721Î  (4  avrilj. 

fc.  Calai.,  a'  103. 


NOm-EAD   REVIREMENT   DU   PAPE. 


287 


ie  Porto  ne  parle  jamais  plus  au  roi  de  cette  affaire,  dont  il 
reut  être  entièremeut  déchargé'.  — Telles  furent  les  déclara- 
faites  dans  cette  assemblée  du  5  mai,  qui  est  très 
[exactement  décrite  dans  les  chroniques'. 
Le  pape  crut  qu'il  pourrait  se  passer  du  roi.  Au  mois 
d'août,  un  concile  de  la  province  de  Narbonne  fut  tenu  à 
Montpellier.  Raimond  VII  promit  tout  ce  qu'on,  voulut  ;  il  ne 
demandait  pas  mieux  que  de  cesser  une  lutte  exténuante.  A 
i<ce  momeut-là,  du  reste,  Louis  VIH  était  en  Poitou,  et  le  voi- 
'sinage  relatif  des  troupes  royales  fut  peut-être  un  des  motifs 
4e  cette  docilité  °.  Mais  malgré  ses  protestations  d'obéissance, 
le  comte  de  Toulouse  ne  tarda  pas  à  perdre  la  faveur  du  Saint- 
iSiège,  et  l'ambassade  qu'il  avait  envoyée  à  Rome  pour  obtenir 
une  réconciliation  définitive  resta  sans  réponse*.  Faut-il  avec 
J)oniVais3ète  attribuer  ce  nouveau  revirement  aux  intrigues  du 
;toi  de  France?  Nous  savons  qu'en  effet  au  mois  de  décembre 
1224,  il  y  avait  des  agents  fraogais  à  la  cour  de  Rome,  et  la 
présence  de  Gui  de  Motilfort  parmi  eux  est  assez  remarqua- 
.ble';  mais  aucun  texte  précis  ne  permet  de  supposer  que  ces 
Agents  poursuivissent  un  autre  but  que  d'intriguer  contre  les 
Jlnglais,  et  Louis  VIII  n'avait  pas  dû  oublier  si  vite  l'affront 
«ubi  six  moisauparavant.  Comment  donc  expliquer  la  froideur 
subite  du  Saint-Siège  à  l'égard  de  Raimond  VU  ?  11  faut  remar- 
quer d'abord  qu'une  modification  importante  se  produisit  alors 
dans  la  politique  pontificale.  L'empereur  était  maintenant  dis- 
posé à  faire  de  la  croisade  en  orient  sa  propre  affaire;  ces 
Idées  allaient  recevoir  leur  consécration  dans  le  traité  de  San 
iGermano,  conclu  le  25  juillet  1225;  au  lieu  de  concerner  toute 
4a  chrétienté,  comme  l'avait  autrefois  désiré  Honorius,  la 
'délivrance  de  la  Terre  Sainte  ne  regarda  plus  que  le  seul  Fré- 
léric  II,  vassal  du  pape  pour  la  Sicile*.  II  n'y  avait  plus  lieu 
ie  résen-er  l'épée  du  roi  de  France  pour  les  combats  d'outre- 
ner.  Enfin  il  est  vraisemblable  que  le  pape  était  circonvenu 


1.  Calai.,  n"  103. 

2.  Cf.  Chron.  île  Tours,  305. 

3.  Chron.  de  Tours,  a05-306.  —  Auhri  Ue  Troîsfo  niai  nés,  914. 
i.  HUt.  du  Langutdoc,  VI,  589  et  sulv. 

5.  Shirloy.  n"  209. 

6.  Winkelmann,  op.  cil.,  t,  239  et  suiv. 


288 


LE   CARDINAL   DE  SA1NT-ANGK. 


par  tes  évêques  méridionaux,  enrichis  des  dépouilles  du  cotuta- 
de  Toulouse,  et  qui  craignaient  de  se  voir  prochainement 
contraints  de  rendre  à  l'orthodoxe  ce  qui  avait  été  pris  à 
l'hérétique. 

Quoi  qu'il  en  soit,  dès  le  début  de  l'année  1225,  le  pape  se 
décida  à  négocier  de  nouveau  avec  le  roi  de  France,  et  & 
confier  la  légation  au  cardinal  de  Saint-Ange,  comme  il  en 
avait  déjàeul'intention  au  mois  de  janvier  1224.  Par  une  lettre 
du  15  février  1225,  Louis  VIIl  fut  informé  de  cette  décision'. 
Le  cardinal  était  envoyé  comme  légal  dans  le  royaume  de. 
France  et  dans  le  royaume  d'Arles'.  H  dovaît  décider 
Louis  Vlll  à  conclure  une  trêve  avec  Henri  III  et  remédier  au 
mal  dont  souffrait  l'hérétique  province  de  Narbonne  «  terre 
«  déserte,  sans  roule  et  sans  eau,  terre  de  fer  »  ;  pour  atteindre 
ce  but,  (lisait  encore  Honorius  dans  sa  lettre  adressée  aux 
prélats  de  France,  «  l'aide  du  roi  Louis  est  tout  à  fait  néces- 
saire u.  Ainsi  au  bout  d'un  an,  le  pape  on  était  revenu  à  se-s 
premières  propositions. 

Romain,  cardinal  du  titre  de  Saint- Ange,  arriva  en  France, 
non  point  le  29  juin  1225  comme  le  dit  Tillemont*,  mais,  ainsi 
que  nous  l'avons  montré  autre  part,  à  la  fin  d'avril  ou  au  com- 
mencement de  mai.  Cette  figui'e  de  légat  serait  curieuse  k 
étudier  et  à  décrire,  Honorius  III  disait  de  lui  dans  sa  lettre 
aux  prélats  de  France  :  «  C'est  un  homme  illustre  par  la  do- 
i(  blesse  de  sa  race  et  de  ses  mœurs,  remarquable  par  sa  per- 
(I  sévérance  et  son  habileté.  "  Romain  appartenait  en  effet  k  la 
grande  famille  des  Frangipaui,  et  il  passait  pour  èlre  quel- 
que peu  parent  de  Louis  VIII'.  Quant  à  sa  persévérance  el  â 
son  habileté,  elles  se  manifestèrent  Lout  de  suite.  II  prit  im- 
médiatement un  grand  ascendant  sur  le  roi  et  gouverna  véri- 
tablement à  ses  côtés.  Il  l'accompagne  dans  le  nord  lorsqu'il 
faut  aller  à  Péronne  confondre  l'imposteur  qui  prétend  être 
l'empereur  Baudouin  ;  il  l'accompagne  dans  le  midi  quand  il 
s'agit  de  conclure  une  trêve  avec  Aimeri  de  Tbouars  et,  lors- 
que ce  seigneur  vient  à  Paria  se  soumettre  à  Louis  Vlll,  la 


I 


1,  Poltbaat,  n-7361. 

2,  Lettre   d'IIonorius  aux   prélats   de   France:    Potthaat.  n»  *36fl. 
a.  //i«(.  de  saint  Lout»,  I,  356. 
k.  Mouaket,  v.  35378-25379. 


LE    CARDINAL    DE    8AINT-AfiGE,  ^89 

présence  du  légat  à  la  cérémonie  d'bomtnage  est  notée  dans 
une  chronique'.  Mais  pour  montrer  quel  était  le  caractère  de 

»  personnage,  rien  n'est  plus  caractéristique  que  sa  querelle 
Se  les  étudiants  de  Paris. 
L'Université  s'était  fait  fabriquer  un  sceau  spécial  et  en 
usait  pour  ses  actes,  au  grand  préjudice  pécuniaire  de  l'église 
de  Paria  qui  jusqu'alors  les  authentiquait',  Les  chanoines  de 
Paris,  profitant  du  séjour  du  légat  dans  la  ville,  convièrent 
les  écoliers  à  venir  discuter  cette  question.  Après  avoir  beau- 
coup discouru,  on  résolut  de  s'en  remettre  à  l'arbitrage  du 
cardinal  de  Saint- Ange  et  on  lui  remit  le  sceau,  objet  du  litige. 
Le  légat,  prenant  trop  promptement  une  décision  grave,  et 
n'écoutant,  comme  dit  Mousket,  que  son  orgueil  et  son  folage, 
brisa  le  sceau  devant  tous  les  assistants,  et  prononça  l'ana- 
thême  contre  quiconque  oserait  désormais  en  fabriquer  un 
pour  l'Université  de  Paris.  Aussitôt  une  clameur  immense 
s'élève  et  toute  la  ville  est  bientôt  on  émoi  ;  les  étudiants  et 
les  maîtres  eux-mêmes  se  donnent  pour  rendez-vous  le  palais 
épiscopal  où  le  légat  s'est  retiré;  ils  arrivent  armés  d'épées 
et  de  bâtons.  A  leur  approche,  les  serviteurs  du  cardinal_fer- 
ment  les  portes,  s'arment  et  défendent  de  leur  mieux  leur 
maitre  et  leurs  personnes  contre  les  écoliers  furieux.  Plusieurs 
assauts  avaient  déjà  eu  lieu,  les  portes  étaient  brisées,  les 
pierres  volaient  de  toutes  parts,  l'on  allait  forcer  l'entrée  de 
la  tour  où  Romain  s'était  réfugié,  lorsque  Louis  VIII  envoya 
une  troupe  de  chevaliers  et  de  sergents  qui  réussirent  à  dé- 
gager les  assiégés.  Deux  hommes  du  légat  avaient  été  bles- 
sés, l'un  mortellement.  Le  cardinal  sortit  de  la  ville  avec  un 
sauf-conduit  et  excommunia  tous  ceux  qui  l'avaient  attaqué*. 
Au  concile  tenu  à  Bourges  le  30  novembre  1225,  quatre- 
vingts  maîtres  de  Paris  qui  avaient  participé  à  l'émeute 
furent  absous  de  l'excommunication.  Louis  VIII  s'entremit 
évidemment  en   leur  faveur*.    Nous   voyons  aussi  que  le 

Vl.  Chron.  de  Tours,  30S. 

2.  Sur  la  longue  lutte  entre  l'Université  et  le  chancelier  de  l'ét^Use 
de  Paris,  voyeï  Ludiaire,  Manuel  det  Initîl.,  131-U2. 

3.  Chron.  de  Tour*.  309.  —  Mousket.  v.  253&9  et  suiv.  —  Ann.  de 
l/tmsiaple,  97-98.  Celte  alTaire  eut  lieu  en  novembre  1225. 

"     '"      -n.  de  Tours,  310. 


H  «.  K,nron.  ae  lo. 
^h       Cu.  P»m-DiT 


1.  Rèane  de  Louis   VIII. 


10 


290  CONCILE  DE  BOURGES. 

légat  ne  réussit  pas  à  lui  faire  conclure  de  trêve  avec  Henri 
III  ;  il  ne  serait  donc  pas  exact  de  dire  que  Louis  VIII  se 
laissa  mener  comme  un  enfant  par  cet  homme  impérieux 
que  le  pape  avait  envoyé  près  de  lui.  Mais  bien  souvent  il 
dut  suivre  ses  avis. 

Au  concile  tenu  à  Paris  le  15  mai  1225,  et  au  concile  tenu 
à  Melun  le  8  novembre,  où  le  légat  et  le  roi  agitèrent  la  ques- 
tion de  la  croisade,  il  ne  se  résolut  rien*.  Pour  en  finir,  Ro- 
main convoqua  les  archevêques,  évêques,  abbés  et  chapitres 
de  France  à  un  grand  concile  qui  eut  lieu  à  Bourges  le  30  no- 
vembre ;  Raimond  et  Amauri  de  Montfort  furent  invités  à  s  ? 
rendre.  Ce  que  voulait  le  cardinal  de  Saint-Ange,  comme  le 
remarque  Roger  de  Wendover*,  ce  n'était  point  forcer  Rai- 
mond à  s'humilier,  c'était  donner  un  semblant  de  justice  à  la 
guerre  qu'on  désirait  voir  entreprendre,  c'était  en  finir  avec 
toutes  les  hésitations  par  une  rupture  solennelle.  Ce  fut  une 
assemblée  exclusivement  ecclésiastique,  soit  que  Louis  VIII 
hésitât  encore  à  prendre  un  parti,  soit  que  Ton  tint  à  donner 
à  cette  cérémonie  un  caractère  purement  religieux.  Le  roi  n'y 
assista  donc  pas,  comme  on  l'a  cru  à  tort.  Nous  savons  que 
le  jour  même  de  la  réunion  du  concile,  le  30  novembre,  il 
était  à  Arras  \  Il  n'intervint  que  pour  charger  Thibaud  de 
Champagne  de  conduire  Raimond  VII  au  concile  et  de  l'en 
ramener  en  sûreté*. 

Le  comte  de  Toulouse  vint  à  Bourges  et  demanda  humble- 
ment son  absolution.  11  promit  de  détruire  l'hérésie  dans  sa 
terre,  d'y  rétablir  partout  l'obéissance  à  l'Église,  la  paix  et 
la  sécurité  ;  il  promit  de  rendre  aux  clercs  tous  leiu's  revenus, 
do  réparer  tous  ses  torts.  Amauri  exhiba  de  son  côté  les  let- 
tres d'Innocent  III  et  de  Philippe-Auguste  qui  relataient  la 
condamnation  du  comte  de  Toulouse  et  la  donation  de  l'Albi- 
geois à  Simon  de  Montfort*.  S'il  fallait  s'en  rapporter  au  té- 
moignage douteux  de  Roger  de  Wendover,  Amauri  aurait 
demandé  à  son  adversaire  de  se  soumettre  au  jugement  des 


1.  Chron.  de  Tours,  ^OS. 

2.  Wendover,  III,  JÎO. 

3.  Voy.  V Itinéraire  de  Louis  VIII,  Appendice  n*>  III. 

4.  Catnl.,  no  285. 

5.  Chron.  de  Tours,  310. 


ASSBUBLEB   DE   PARIS. 


291 


douze  pairs,  et  Raimond  aurait  répondu:  n  Que  le  roi  me 
Il  reçoive  en  hommage  lige,  et  je  suis  prêt  à  comparaître  de- 
B  vanl  eux;  sinon  ils  ne  me  regarderaient  peut-être  pas  comme 
«  leur  pair  o  '.  Toujours  est-il  qu'après  de  longues  discussions 
le  légat  et  les  prélats  se  rassemblèrent  pour  délibérer  secrè- 
tement, et  le  comte  revint  dans  son  domaine,  sans  connaître 
la  détermination  de  ses  juges'. 

Cette  détermination  était  facile  à  prévoir,   D'accord  avec 
les  memlires  du  concile,  le  légat  décida  qu'on  ne  pouvait  ab- 
soudre Raimond  VII;  on  allégua  le  prétexte  dérisoire  que  le 
comte  de  Toulouse  "  n'avait  point  offert  comme  il  le  devait 
H  d'obéir  aux  ordres  de  l'Église  ».  Accompagné  de  plusieurs 
/jprélatn.  lo   cardinal  de  Saint-Ange  vint  prier  solennellement 
H  Louis  VllI  de  se  charger  de  la  croisade^  Le  28  janvier  1226, 
'[  il  y  eut  à  Pari.s'  une  assemblée  générale  où  le  légat  cxcom- 
I  mania  Raimond  et  ses  complices,  et  confirma  pour  toujours 
au  roi  et  à  ses  successeurs  la  possession  du  domaine  de  cet 
hérétique.  Le  seigneur  de  Montfort  céda  tous  ses  droits  au  roi 
de  France,  et  Gui,  oncle  d'Amauri,  confirma  cette  cession*. 
Certain  désormais  do  pouvoir  tirer  profit  de  son  entreprise 
s'il  triomphait  de  ses  adversaires,  Louis  Vlll  voulut  s'assurer 
les  moyens  de  réussir  et  se  mettre  en  garde  contre  les  abus 
d'autorité  de  l'Église.  IL  se  fit  donner  un  acte,  suscrit  par  le 
légat,  cinq  archevêques  et  onze  évoques,  lui  garantissant  qu'il 
serait  libre  de  rester  en  Albigeois  et  d'en  revenir  comme  il 
lui  plairait  et  que  sa  prise  de  croix,  au  cas  o(i  il  mourrait, 
n'engageait  nullement   ses  héritiers'.   Une  fois  la  prise  de 


H«.  Wendover,  III.  106. 

■lS.  Cbron.  de  Tour»,  310. 

W  3.  Lettre  du  lùgat  (tr  mai  1227^:  IHil.  ilu  Lnng.,  VIU,  8G6. 

4.  Mousket  prétend  que  ce  fut  a  Mslun.  Je  meU  en  Uotile  celte  asser- 
tion, ainsi  que  les  propos  prêtés  par  le  poète  aux  conseillers  du  roi  (v. 
25415  et  suiv.), 

5.  Chron.  de  Tourt,  311-312;  —  Cotai. .  n"  313-31'..  —Selon  l'an- 
naliste de  DuDsiaple,  p.  101,  Louis  VIII  donna  de  l'aient  à  Amauri 
de  Montfort  en  récompense  de  sa  docilité.  Selon  Ouill.  de  Puilaurent, 
p.  216,  il  lui  assura  I  expectative  de  la  charge  de  connétable  ;  Amauri 

■  fvint  en  effet  connétable  en  1230,  après  la  mort  do  Mathieu  de  Mont- 


morenci.  Mai 


is  avons  un  acte  de  1229  (//i>(.  du  ioniï-,  VIU,  preuves. 


895)  par  lequel  Amauri  reconnaît  que  pour  la  cession  qu'il  a  faite  k 
LouÎB  VIlI.  Louis  IX  n'est  tenu  à  aucun  dédommagement.  Guill.  de  Pui- 
laurent s'est  donc  trompé. 
-.  Catalogur,  n"  316. 


^      ».    ijiaïuiciyiir,  ii- 


292  PREPARATIFS  DB  LA   CROISADE. 

croix  accomplie,  le  légat  et  les  mêmes  prélats  reçurent 
solennellement  le  roi,  sa  famille,  son  royaume  et  tous  ses 
compagnons  d'armes  sous  la  protection  de  TËglise  pour  toute 
la  durée  de  l'expédition,  et  leur  concédèrent  les  indulgences 
dont  jouissaient  les  croisés  de  Terre  Sainte;  Raimond  VII  et 
ses  complices  furent  excommuniés  ;  furent  également  excom- 
muniés, d'avance,  tous  ceux  qui  attaqueraient  le  roi  de 
France,  qu'ils  fussent  français  ou  étrangers,  et  tous  ceux  qui 
se  feraient  guerre  privée.  Enfin  le  légat,  vu  les  frais  considé- 
rables qu'entraînait  cette  lointaine  et  longue  expédition,  mit 
à  la  disposition  du  roi  la  dîme  des  revenus  des  églises  de  sa 
légation  pendant  cinq  années  ^  Telles  furent  les  promesses 
faites  par  l'Église.  Louis  VIII  fit  suscrire  en  outre  par  vingt- 
neuf  de  ses  principaux  barons  un  acte  par  lequel  ils  recon- 
naissaient lui  avoir  conseillé  d'intervenir  dans  Tafifaire  des 
Albigeois,  et  promettaient  de  l'aider  fidèlement  pour  qu'il  la 
pût  mener  à  bonne  fin^.  En  somme,  par  ces  divers  actes,  les 
demandes  que  Louis  avait  faites  au  pape  en  1224  se  trouvaient 
exaucées. 

La  prise  de  croix  eut  lieu  à  Paris  le  30  janvier'.  Aussitôt 
le  légat  fit  commencer  la  prédication  de  la  croisade  dans  tout 
le  royaume,  et  soit  par  piété,  soit  par  crainte,  on  répondit 
en  foule  à  cet  appel.  Dès  le  mois  de  janvier,  il  avait  été  dé- 
cidé que  les  croisés  se  réuniraient  à  Bourges,  un  mois  après 
Pâques*.  Cette  résolution  fut  confirmée  dans  une  assemblée 
tenue  à  Paris  le  29  mars  ;  tous  ceux  qui  devaient  au  roi  le 
service  d'ost  furent  invités  à  se  trouvera  Bourges  le  17 mai*. 

Louis  partit  pour  Bourges  le  11  mai^  C'est  là  que  le  roi  et 
le  légat,  après  avoir  délibéré  avec  les  évêques  et  les  barons, 
prirent  leurs  dernières  dispositions  ;  c'est  là  qu'on  rassembla 
les  troupes  et  qu'on  réunit  l'argent.  La  perception  des  sub- 


1.  Catalogue,  n°  317. 

2.  Catalogue,  n^  315. 

3.  Chron,  de  Tours,  312.  Vincent  de  Beauvais,  dont  Tautorité  est 
moins  grande  que  celle  de  Péan  Gatineau,  prétend  que  la  prise  de 
croix  eut  lieu  dès  le  28  janvier  (p.  1276). 

4.  Lettre  du  légat  à  l'archevêque  de  Rouen  :  Martène,  Thésaurus 
Anecdot.,  I,  931  et  suiv. 

5.  Chron.  de  Tours,  312-313. 

6.  Registre  de  Saint-Osmond,  II,  49. 


LEVÉE   RES   Sl-BStDES.  293 

Bes  souleva,  comme  de  coutump,  beaucoup  de  protesta- 
bns.  Le  légat  prônait  aux  vieillards,  ans  enfants,  aux  femmes, 
aux  pauvres,  aux  infirmes  qui  s'étaient  croisés,  la  plus  grande 
partie  de  l'argent  comptant  que,  sur  la  foi  du  serment,  ils 
déclaraient  posséder  ;  à  celte  condition  seulement  ils  étaient 
renvoyés  chez  eux  absous  de  leur  vœu  ;  les  hommes  qui  de- 
vaient l'est  et  préféraient  s'exempter  fournirent  aussi  des 
sonsmes  considérables.  Ceux  qui  délièrent  avec  le  plus  de 
peine  les  cordons  de  leur  bourse  pour  cette  cause  sainte  fa- 
roat  les  clercs,  qui  protestèrent  contre  la  dîme  promise  par 
le  légat  ;  pendant  le  concile  qui  s'était  tenu  à  la  Un  de  l'année 
précédente  dans  cotte  même  ville  de  Bourges,  le  légat  avait 
demandé  aux  délégués  dea  chapitres  d'accorder  la  dîme  de 
leurs  revenus  au  roi,  s'il  se  chargeait  d'entreprendre  la 
croisade.  Les  délégués  souscrivirent-ils  à  cette  proposition? 
Cela  est  peu  probable'.  En  tout  cas  ce  fut  do  force  que  quel- 
ques mois  après  on  leva  la  dîme  promise  à  Louis  Vill  par  le 
cardinal  de  Saint-Ange.  Le  chanoine  de  Tours  nous  dit  que  le 
J7  mai  étaient  présents  à  Rourges  «  une  foule  d'abbés  et  de 
dercs  envoyés  par  leurs  chapitres,  qui  supplièrent  bumble- 
neot  le  roi  et  le  légat  de  ne  point  réduire  en  servitude  la 
ibre  église  gallicane,  en  réclamant  une  dime  des  revenus 
«îlésiastiques  non  consentie  par  les  couvents  et  les  chapi- 
;  ils  étaient  tout  prêts  d'ailleurs  à  fournir  une  aide  conve- 
(able  pour  les  intérêts  de  la  religion,  du  roi  et  du  royaume. 
"e  roi  et  le  légat  refusèrent  d'écouter  leurs  doléances  et 
1  se  retirèrent,  proférant  de  secrètes  malédictions'  •>. 
i  dlme  devait  être  versée  on  deux  termes,  à  la  Tous- 
lit  et  à  la  fête  de  Pâques  de  l'année  suivante.  Le  légat, 

*.  Les  témoignajtes  (jue  nous  possédons  sur  cette  question  sont 
absolument  coni  rail  ici  oires.  l.e  iégat,  dans  une  lettre  adressée  à  i'arche- 
T(i|ue  de  Rouen,  en  février  12S6,  assure  que  la  dime  a  été  accordée 
par  les  membres  du  concile  :  ■  Promisimus,  snci'o  approbanle  concilio 
■  Bituricis  congregaio,  eîJem  régi  dare  deoimam  omnium  proventuum 
n  ecclesiasticommlegationis  noBtre...  »  (Martène,  Thesaur.  Anecdol., 
t,  832).  Voy.  aussi  un  acte  du  légat,  daté  du  17  mai  1227:  ttitl.  du 
Langûedoe,  VIII,  preuves,  867.  Dans  une  lettre  adressée  en  1227  au 


!pe  Grégoire  IX, les  chanoines  de  Paris  assurent  au  contraire  «ut 
îlél^ués  des  chapitres  n'avaient  rien  promis,  (Raynaldus,  XX,  600.) 
Il  est  probable  que  le  légat  s'était  contenté  de  poser  la  question  à 
qaelques  évt^nuea  dévoués,  dont  la  réponse  était  sûre  d'avance, 
'•'— n.  (Je  Twir*.  313el  314. 


HS.  CAro 


294  MÉCONTENTEMENT  GÉNÉRAL, 

dans  un  acte  du  17  mai  1227,  prétend  que  les  chapitres  c 
provinces  de  Reims,  de  Sens,  de  Tours  et  de  Rouen  rehai 
rent  à  ces  deux  échéances  de  payer  leur  part,  malgré  desai 
monestations  répétées'.  Les  chanoines  de  Paris  assurent  I 
contraire,  dans  une  lettre  adressée  au  pape  Grégoire  IX,  qi 
les  chapitres  consentirent  «  par  pure  libéralité  »  à  payer  t 
moitié  du  H  subside  *  i>  pour  aider  le  roi  Louis  VIIL  Apres  ti 
mort  de  ce  roi,    ils   trouvèrent   injuste   de  payer  le  resW 
parce  que  la  guerre  avait  à  peu  près  cessé.  La  moitié  de  II 
dime  a-t-elle  été  vraiment  payée  par  tous  ceux  qui  la  du 
vaient,  le  l"'  novembre  1226  ?  H  semble  bien  eacore  ici  q 
légal  altère  la  vérité,  et  que  les  chanoines  de  Paris  "ont  r 
son  ;  ils  n'auraient  pas  osé  en  imposer  à  Grégoire  IX.  Nw 
sommes  doncd'avis  que  peu  de  jours  avant  sa  mort,  LouisV 
perçut  la  moitié  de  la  dime  promise  par  le  légat. 

Les  services  d'ost  furent  exigés  avec  une  égale  riguei 
Selon  le  chanoine  de  Tours,  les  gens  qui  devaient  le  servit* 
militaire  et  qui  ne  payèrent  point  d'exemption  le  17  mai  fu- 
rent emmenés  par  le  roi,  non  sans  opposer  la  plus  vivo  rés^- 
tance*.  Nous  savons  par  exemple  que  le  comte  d'Auxoune  et 
Jean  do  Chilon  essayèrent  on  vain  d'éluder  la  convocatiuii 
royale'.  Les  boui-geois  de  Mâcon,  qui  avaient  faitdéfaut.  du- 
rent payer  une  amende'.  Co  mécontentement  général,  éprou- 
vé par  ceux  qui  payaient  de  leur  propre  personne  cominp 
par  ceux  qui  payaient  de  leur  argent,  a  trouvé  un  écho 
dans  la  chronique  do  Roger  de  Wondover;  selon  lui,  rni 
avait  pris  la  croix  par  crainte  du  roi  et  par  respect  pour 
le  légat,  plus  que  par  esprit  de  justice  ;  beaucoup  de  person- 
nes, ajoute  l'historien  anglais,  trouvaient  abusif  d'attaquer 
un  homme  qui  avait  fait  soumission  et  était  revenu  àlafyi 
orthodose  ;  et  les  désastres  qui  devaient  bientôt  û"apper  l'ai 
mée  allaient  prouver  que  cette  guerre  était  injuste,  et  quoi 
faisait  par  avidité,  non  par  désir  d'anéantir  l'hérésie'. 

).  liitt.  du  Languedoc,  VIII,  preuves,  8G7-868. 

3,  ■  de  pura  liberalitate non  quidem  nomine  décime,  sedobtei 

u  subsidii.  »  (Raynaldus,  XX,  600.) 

3.  Chron.  de  Tours,  311. 

4.  Petit,  Hitl.  des  duc»  de  Bourgoqne,  IV,  30. 

5.  Teulet,  n"  l988-iy89. 

6.  Wendover,  111,  llO  et  U8, 


LOUIS  RÉUNIT   DE  GRANDES   FORCES.  295 

/  Quoiqu'il  en  soit,  Louis  VIII  arriva  à  réunir  à  Bourges  des 
y^orces  extraordinaires  pour  Tépoque,  une  armée  «  pour  ainsi 
«  dire  invincible  »  ;  il  y  avait,  prétend  Roger  de  Wendover, 
cinqusgnte  mille  cavaliers,  sans  compter  une  foule  innombra- 
\^  bte^e  gens  de  pied\  Ces  chiffres  sont  évidemment  très 
exagérés,  comme  ceux  que  donnent  les  narrateurs  de  la 
croisade  de  1209.  Il  faudrait  dépouiller  tous  les  cartulaires 
de  France  et  de  Belgique  pour  connaître  approximativement 
le  nombre  des  barons  et  des  chevaliers  qui  se  rendirent  en 
Albigeois.  Les  actes  de  Louis  VIII  et  les  chroniqueurs  nous 
font  connaître  probablement  les  principaux  croisés.  Ceux 
dont  nous  savons  les  noms  sont  de  toutes  les  régions  du 
royaume;  certains  même  sont  étrangers.  La  plupart  sont  des 
familiers  et  des  officiers  du  roi  ;  tels  son  frère  Philippe,  son 
cousin  Humbert  de  Beaujeu,  le  comte  de  Saint-Pol,  le  comte 
de  Namur,  Archambaud  de  Bourbon,  Bouchard  de  Marli, 
Enguerran  de  Couci  et  ses  deux  frères,  le  chancelier  Guérin, 
Robert  de  Courtenai,  Savari  de  Mauléon,  Etienne  de  San- 
cerre,  etc..  Cependant  parmi  les  compagnons  du  roi  figu- 
raient aussi  des  barons  plus  indépendants,  comme  Jean  de 
Nesle,  les  comtes  de  Champagne,  de  Chalon-sur-Saône  et 
d'Auxonne.  Le  comte  de  Bretagne  lui-même  arriva  plus  tard 
dans  le  midi.  Amauri  et  Gui  de  Montfort  se  joignirent  natu- 
rellement aux  croisés,  ainsi  qu'un  grand  nombre  de  prélats, 
tels  que  les  archevêques  de  Reims  et  de  Sens,  l'abbé  de  Saint- 
Denis,  et  une  douzaine  d'évêques  appartenant  aux  provinces 
les  plus  différentes  :  les  évêques  d'Arras  et  de  Cambrai  cou- 
doyaient ceux  de  Limoges  et  de  Tréguier*.  Il  devait  y  avoir 
parmi  les  croisés  beaucoup  de  gens  d'Église  :  le  légat  avait 
promis  d'exempter  de  la  dîme  les  prélats  et  les  clercs  de  leur 
suite  qui  accompagneraient  le  roi,  et  les  cleixs  qu'il  désigne- 
rait d'accord  avec  Louis  VIII  «  comme  propres  à  travailler 
«  personnellement  dans  cette  affaire^  ».  Le  clergé  était  d'un 


1.  Wendover,  III,  114.  L'annaliste  de  Dunstaple,  p.  101,  porte  à 
cent  mille  le  nombre  des  croisés. 

2.  Calai.,  n«»  315,  436.  —  Calai,  des  acles  des  comles  de  Champagne 
dansd'Arbois  de  Jubainville,  t.  V,  n»1725.—Teulet,n«  1787.— Vincent 
de  Beauvais,  1276.  —  H.  F,  XVIL  310,  note.  —  Mousket,  v.  26093  et 
suiv.,  27163  et  suiv.  —  Conlin.  d'Ànchin^  437. 

3.  Ca/a/.,n«317. 


296  SENTIMENTS  DES  BARONS. 

dévouement  assuré  ;  mais  la  bienveillance  de  certains  barons 
n*était  point  chose  certaine  :  il  ne  s'agissait  plus  de  prendre 
part  à  une  plantureuse  curée,  comme  en  1209,  mais  de 
fournir  le  service  désintéressé  dû  au  roi.  . 


CHAPITRE  V 

LA   CROISADE  DE   1226.   MORT  DE  LOUIS  Vni. 

A  la  nouvelle  de  ces  grands  armements,  une  épouvante  indi- 
cible avait  saisi  la  population  méridionale.  Décimée  et  ruinée 
par  dix-huit  années  de  guerre,  pouvait-elle  résisigr  au  roi  de 
France  ?  Dès  le  mois  de  mars  1226,  l^(£^ou6aissio^  avaient 
commencé  \  Certains  se  rendirent  du  fond  du  Languedoc  à  la 
cour,  pour  prêter  au  roi  le  serment  d'hommage  lige;  tels 
Pierre  Bermond,  seigneur  de  Sauve,  et  Héracle  de  Montlaur*. 
Beaucoup  vinrent  faire  leur  soumission  à  Bourges'.  Mais  la 
plupart  envoyèrent  de  leur  pays  même  des  lettres  au  roi  ;  les 
uns  étaient  des  hérétiques  excommuniés  qui,  par  l'intermé- 
diaire du  clergé,  juraient  d'obéir  aux  ordres  du  roi  et  du  lé- 
gat; tels  Raimond  de  Roquefeuil,  Pons  de  Thézan,  Pierre 
Raimond  de  Corneilhan,  Bérenger  de  Puiserguier,  Frotard  et 
Pons  d'Olargues,  Guillaume  Pierre  de  Vintron,  Pierre  de 
Villeneuve,  les  habitants  de  Béziers*;  les  autres  étaient  des 
gens  qui  ne  s'étaient  pas  compromis,  mais  qui  jugeaient  pru- 
dent de  protester  de  leur  dévouement;  tels  Bertrand  de 
Gourdon,  qui  dès  le  mois  de  mars  écrit  à  Louis  VIII  pour  lui 
rappeler  que  Philippe- Auguste  l'avait  reçu  sous  sa  suzeraineté  ; 
0.  Garin  et  G.  Melchin,  son  frère,  petits  vassaux  du  monas- 
tère de  Saint-Gilles,  qui  promettent  de  recevoir  avec  honneur 
les  croisés  s'ils  passent  en  leur  pays  ;  Bernard  Oton,  soigneur 
de  Laurac,  qui  écrit  à  Louis  VIII  :  «  Nous  sommes  avides  de 
<f  nous  placer  sous  l'ombre  de  vos  ailes  et  sous  votre  sage  do- 


1.  CataL,  no  324. 

2.  Caial.,  n«»  368,  375.  —  Sur  Pierre  Bermond  VII,  voy.  De  Lafa- 
relle.  Fin  de  la  premièf-e  maison  d'Anduze,  dans  Mém.  de  FAcad,  du 
Gard.  ann.  1840-1841,  p.  76  et  suiv. 

3.  Chron.  de  Tours,  314. 

4.  CataL,  n<»  324,  345  à  350,  355-356. 


298  RAIMOND   VII   EST  ABANDONNE. 

«  mination.  »  C'est  aussi  le  prieur  et  la  commune  de  Saint- 
Ântonin  qui  demandent  à  passer  de  la  suzeraineté  de  Gui  de 
Montfort  sous  celle  du  roi,  et  prêtent  fidélité  au  templier 
Evrard,  immédiatement  envoyé  par  Louis  VIII  \  Tous  les  actes 
que  je  viens  de  citer  sont  des  mois  de  mars,  avril,  mai;  on 
remarquera  qu'ils  ne  proviennent  pas  d'un  point  spécial  du 
comté  de  Toulouse,  mais  des  endroits  les  plus  divers  et  les  plus 
éloignés  les  uns  des  autres  ;  du  nord  au  sud  des  pays  hérétiques, 
citait  une  même  panique. 

'ait  plus  significatif  et  plus  grave,  les  seigneurs  les  plus 
puissants  du  midi,  parents  ou  alliés  naturels  de  Kaimond  VU, 
suivirent  cet  irrésistible  mouvement  et  abandonnèrent  la 
ma^3i»fi  de  Saint-Gilles.  Dès  le  29  avril,  Nuîiez  Sauche,  comte 

Roussillon,  écrit  à  Louis  VIII  :  «  La  clémence  divine  re- 
«  nouvellera  sans  doute  par  vous  les  hauts  faits  de  vos  ancêtres, 
«  pour  la  défense  de  la  foi  et  l'exaltation  de  l'Église.  La 
((  foi,  la  paix  et  la  justice,  qui  avaient  péri  dans  le  pays  des 
«  hérétiques,  ressusciteront  par  votre  ministère  ».  Nuilez  ajoute 
que  sa  terre  abonde  en  ressources,  et  qu'il  les  met  à  l'entière 
disposition  du  roi.  Au  mois  d'octobre,  ce  seigneur  fera  hom- 
mage lige  à  Louis  VIII  pour  la  vicomte  de  Fenouillet  et  de 
Pierre  Pertuse*.  Le  comte  de  Toulouse  fut  également  aban- 
donné par  le  roi  d'Aragon,  Jaimo  I,  comte  de  Barcelone  et 
seigneur  de  Montpellier,  fils  de  ce  Pierre  d'Aragon  qui  s'était 
fait  tuer  à  Muret.  Le  15  avril,  accédant  à  la  demande  du  car- 
dinal de  Saint-Ange  et  de  Louis  VIII,  Jaime  défendit  à  ses 
sujets  de  recevoir  les  hérétiques  et  de  les  favoriser  '.  Vers  la 
même  époque,  un  seigneur  de  Catalogne,  Guillaume  de  Cer- 
vera,  faisait  une  promesse  identique  à  Louis  VIII,  et  lui  offrait 
ses  services*.  La  peur  avait  brisé  la  solidarité  naturelle  qui 
unissait  la  vallée  de  l'Ebre  au  midi  de  la  Gaule.  Les  héréti- 
ques, traqués  de  tous  côtés,  n'avaient  même  point  la  ressource 
do  chercher  un  asile  au  delà  des  Pyrénées.  Il  ne  leur  restait 
plus  qu'à  courber  la  tête.  Les  comtes  de  Foix  et  de  Carcas- 
sonne»  les  habitants  de  Toulouse,  de  Foix,  d'Agen  et  de  Limoux 

1.  Catal.,  n«^  325,  351,  359,  363,  365. 

2.  Catal.,  no»  357,  426.  —  Ilist.  du  Lang.,  VI,  617,  et  VII,  84-85. 

3.  Teulet,  n^  1758. 

4.  Catcri..  n°  364. 


tTINKRAIRE   DES   CRfklHES. 


209 


quelques  petits  seigneurs  qui  se  réfugièrLUit  dans  ces  villes 
lient  seuls  décidas  à  soutenir  Raimond  VII  '. 
A  Bourges,  Louis  hésitait  encore  sur  l'itinéraire  à  suivre 
oar  gagner  le  Languedoc.  Enfin  il  se  décida  à  passer  par 
lyon  ;  l'Apre  plateau  central  n'aïu-ait  pas  offert  uno  voie 
tcile  et  l'on  disait  quo  la  province  de  Narbonne  était  ruinée 
t  misérable  ;  il  valait  mieux  suivre  le  Rhdne,  auquel  on  cr>n- 
lerait  le  transport  des  bagages.  On  longerait  la  rire  gauche 
t«qu'i  Avignon  et  là.  on  repas^^erait  le  fleure  pour  gagner  le 
longuedoc'.  C'était  du  reste  l'itinéraire  habituel  aux  croisés; 
Citait  celui  qu'ils  avaient  suivi  en  1200  et  en  1215.  Mais  cette 
i>ts  le  roi  de  France  lui-même,  à  la  tôto  d'une  armée  formi- 
[able,  allait  se  montrer  dans  la  région  cisalpine,  La  situation 
ttUliquc  de  eu  pays  donnait  de  rimpurtance  à  un  tel  èvé- 
nment. 

Au  delà  du  Rbdne  et  de  la  Saftne  s'étendait  co  royaume 
lét6rogèae,  né  de  la  décomposition  carolingienne,  qui  pendant 
DDgtemps  n'avait  même  pas  eu  d'appellation  spéciale  et  depuis 
leu  d'années  portait  ofHciellement  le  nom  do  royaume  d'Arles. 
iM  empereurs  l'avaient  hérité  au  xi°  siècle,  mais  ils  n'avaient 
hit  que  des  efforts  in  terni  ittent;^  pour  assujettir  la  puissante 
todalité  qui  s'y  était  développée  sans  contrainte  au  temps  de 
k  royauté  bourguignonne.  Leurs  innombrables  projets  et  leurs 
Aimères  les  empêchaient  de  poursuivre  avec  uno  suISsante 
constance  l'assimilation  de  ces  provinces,  et  Gervais  de  Tilbury 
jiortait  en  vain  Otton  de  Brunswick  à  laisser  là  ses  plans 
I  conquête,  pour  affermir  son  autorité  sur  une  région  qui 
tominandait  non  seulement  l'entrée  de  la  France  et  de  l'Ita- 
,  mais  la  Méditerranée,  chemin  de  l'orient  ;  pareille  tâche, 
isait-il,  n'exigeait  qu'un  peu  de  patience;  cette  population  ne 
iemandait  qu'à  prospérer  suus  un  uiaiire  bon  ut  puissant, 
frédoric  11  était  trop  intelligent  pour  ne  pas  comprendre  les 
Vaatages  d'une  telle  politique;  il  essaya  en  I2;f0  d'établir 
1  Provence  une  vice-royauté,  mais  il  échoua,  et  les  affaires 
ritalie  et  de  Sicile  absorberont  ensuite  sou  attention.  L'Arélal 


1.  Trait*  d'alliance  entre  Raimond  ot  la  ville  d'Agen,  S3  mai  13Î6  : 

mkt,  0»  17:7. 

1  ChroH.  de  Tours,  ai*.  —  Cuill.  do  Puilaurent,  216. 


300  LE   KOYACME  D'aHLES. 

n'était  pays  impérial  que  de  nom.  En  revanche,  comme  le 
remarque  M.  Fournier,  m  la  meilleure  partie  des  provinces  de 
"  ce  royaume,  c'est-à-dire  celles  qui  étaient  situées  à  l'ouest  du 
«  Jura  et  des  Alpes,  étaient  liées  à  la  France  par  leur  langue, 
(1  leurs  sympathies,  leurs  habitudes  et  leur  littérature  ;  en  outre, 
R  les  vallées  de  ta  Saune  et  du  Rhâne  étant  le  grand  chemio  par 
n  lequel  les  pays  frani;ai9 communiquaient  avec  l'Italie,  laMé- 
«  diterranée  et  l'orient,  i!  s'ensuivait  fatalement  que  le  passage 
"  dos  voyageurs  français,  pèlerins,  moines,  guerriers,  mar- 
n  chands  ou  jongleurs,  développait  sans  cesse  les  relations  so- 
'1  ciales  et  commerciales  de  ces  régions  avec  la  France,  a  Les 
Capétiens  étaient  maintenant  assez  forts  pour  étendre  la  maïu 
vers  cette  proie  qui  s'offrait.  Déjà  Louis  VI!  était  intervenu 
dans  le  comté  de  Boiu-gogne  on  faveur  des  églises,  opprimées 
par  les  comtes  de  Mâcon  et  de  Chalon-sur-Saône,  et  lo  comte 
de  Forez  était  devenu  volontairement  son  vassal.  Philippe-Au- 
guste ne  chercha  point  à  combattre  la  puissance  impériale  au 
delà  du  Rbtlne;  mais  le  royaume  d'.\rles  empiétait  suris 
rive  droite  du  fleuve  du  côté  do  Tournon  et  le  seigneur  de 
cette  ville  lit  hommage  à  Phi  lippe- Auguste  en  1188;  enfin 
l'archevêque  de  Lyon,  vassal  du  roi  de  France  pour  une  partie 
de  ses  domaines,  était  à  vrai  dire  un  prélat  français:  sans 
cesse  traversé  par  les  croisés  qui  allaient  combattre  en 
Albigeois,  le  Lyonnais  faisait  partie  maintenant  de  la  a  sphère 
d'influence  »  des  Capétiens. 

Si  nous  laissons  de  côté  le  comté  de  Bourgogne,  en  quel- 
les dispositions  d'esprit  Louis  VIII  allait-il  trouver  les  habi- 
tants du  royaume  d'Arles  proprement  ditî  La  guerre  reli- 
gieuse avait  mis  le  pays  en  feu  ;  le  Dauphiné  était  resté  à 
peu  près  âdête  à  l'Église  ;  mais  l'hérésie  avait  de  nombreux 
adhérents  en  Valentinois,  en  Venaissin  et  en  Provence,  On 
sait  que  la  Provence  était  depuis  un  siècle  divisée  en  deux 
parties  :  de  la  Durance  à  la  mer,  olle  appartenait  aux  comtes 
de  Toulouse  ;  de  l'Isère  à  la  Durance  elle  avait  été  attribuée 
aux  Rairaond-Bérenger.  Quant  à  la  ville  d'Avignon,  les  coin- 
te.s  de  Toulouse  et  de  Provence  en  étaient  co-propriélaîre.s. 
Malgré  quelques  campagnes  dirigées  par  Simon  de  Montfort, 
tout  ce  pays  était  devenu  on  refuge  pour  les  Cathares.  Rû- 
mond-Bérenger  était  d'une  orthodoxie  douteuse  et  l'ou  s© 


AVIGNON   EN   1226. 


301 


pouvient  que  Raimond  VI  et  son  HU,  après  le  concile  de 
(Latran,  avaient  été  reçus  en  triomphe  à  leur  arrivée  en  Pro- 
vence. Les  Avignonais  surtout  s'étaient  distingués  par  leur 
mthousiasme,  et  le  jeune  Raimond  avait  su  affermir  cet  atta- 
(^cment  on  leur  conférant  d'importants  privilèges,  tels  que 
TexemplioD  de  tout  pt-age  dans  l'état  toulousain.  Depuis  ce 
iemps-là,  ils  n'avaient  point  cessé  d'être  eu  rébellion  contre 
l'Église  et  contre  l'Empire.  Sept  années  d'interdit  n'avaient 
|K>int  brisé  leur  opiniâtreté.  Avignon  était  alors  au  faîte  de  sa 

.ssance  ;  c'était  une  véritable  république,  à  la  manière  des 
républiques  italiennes  :  elle  avait  des  podestats,  et  son  organi- 
Iialion  rappelait  d'une  faron  fort  précise  celle  de  Bologne.  La 
population  avait  cet  esprit  alerte  et  impatient  que  Gervais 
de  Tilbury  a  reconnu  aux  Provençaux,  ce  caractère  ondoyant 
.et  pourtant  résistant,  qui  permet  de  jouir  dos  temps  prospères 
sans  inquiétude  et  d'endurer  l'adversité  sans  abattement. 
Avignon  était  un  des  plus  forts  remparts  du  libéralisme  reli- 
gieux, sinon  de  l'hérésie'. 

Louis  VIII  et  le  légat  purent  d'abord  croire  qu'il  suffirait 
de  se  présenter  pour  voir  les  hérétiques  du  royaume  d'Ar- 
'les,  comme  ceux  du  Languedoc,  lléchir  le  genou  devant  eux. 
Bis  traversèrent  le  Dauphiué  sans  rencontrer  de  résistance. 
Le  comte  de  Toulouse  s'était  enfui  en  Langnedoc  ;  Rairaond- 
Béi-enger  ne  tarda  pas  à  conclure  contre  lui  une  alliance  avec 
l^uis  Vlll'.  Les  habitants  d".\vignon  même  abandonnèrent 
<ioute  fierté;  avant  que  le  roi  eût  atteint  le  Rhône,  il  avait 
reçu  d'eux  des  messagers  le  conviant  à  traverser  le  fleuve  au 
pont  d'Avignon.  Quand  il  arriva  à  Montéiimar,  il  rencontra 
de  nouveaux  ambassadeurs  :  les  habitants  demandaient  au 
'cardinal  de  Saint-Ange  de  les  absoudre,  et  suppliaient  le  roi 
«l'entrer  dans  leurs  murs  avec  le  légat,  les  archevêques,  les 
i^véques  et  cent  chevaliers  seulement,  pour  recevoir  leurs 

■ments  et  leur  accorder  l'absolution  ;  des  otages  seraient 


1.  Voy.  Fournier,  Royaume  d'Arles,  Introduction,  et  p.  là  12G.  — 
De  Maulde,  Coutumet  el  régi.  d'Avignon,  p.  8  et  suiv.,  22  et  ttuiv.,  73. 
Cst  auteur,  p.  29  et  suiv.,  s'e.st  elTorcè  de  montrer  que  les  Avignonais 
n'avaient  pas  embrassé  le  catharisme.  Cf.  le  manifeste  du  légat  contre 
Avignon  :  Teulet,  n"  1787. 

2.  Calai.,  a'  396. 


L 


302  ARRIVÉE   DEVANT  AVIGNON. 

garants  de  leur  obéissance;  ils  fourniraient  des  vivres  à 
l'armée,  et  Beaucaire,  que  le  comte  de  Toulouse  leur  avait 
livrée  en  gage  d'une  créance,  serait  cédée  au  roi  s'il  payait 
la  dette  de  Raimond  VU.  Ces  offres  furent  acceptées,  et  les 
otages  reçus  immédiatement'. 

Fut-ce  lo  hasard  qui  rompit  les  relations  pacifiques  ainsi 
entamées  ^  On  peut  le  croire.  Malheureusement,  pour  nous 
renseigner  sur  les  événements  qui  suivirent,  nous  avons 
d'une  part  les  relations  certainement  partiales  des  chroni- 
queurs septentrionaux  et  des  barons  français  ;  d'autre  part 
le  récit  de  Roger  de  Wendover,  qui  est  systématiquement 
hostile  au  roi  de  France  et  commet  souvent  des  erreurs  fla- 
grantes et  énormes.  La  vérité  ne  se  trouve  probablement 
dans  aucune  des  relations  contemporaines.  Ce  qui  frappe  dès 
l'abord,  c'est  la  diversité  do  ces  relations  ;  toutes  présentent 
dans  le  détail  des  différences  souvent  graves.  Dom  Vaîs- 
sète  suit  la  version  contenue  dans  la  lettre  des  barons  à 
l'empereur  et  dans  le  manifeste  du  légat.  Par  cela  même  que 
ce  fut  la  relation  officielle,  on  aurait  dû  la  suspecter. 

Les  croisés  arrivèrent  le  7  juin  à  Pont-de-Sorgues,  à  deux 
lieues  au  nord  d'Avignon.  Leur  camp  couvrit  uu  espace  de 
quatre  milles  environ'.  Uu  tel  déploiement  de  forces  dut  ins- 
pirer de  sages  réflexions  aux  plus  belliqueux  des  Avigno- 
nais.  Une  députation  d'habitants  vint  en  effet  trouver  le 
roi,  et  les  négociations  furent  reprises  ;  il  fut  décidé 
qu'on  s'en  tiendrait  aux  arrangements  déjà  conclus,  et  les 
bourgeois  obtinrent  des  lettres  de  sûreté  de  Louis  VIIl,  qui 
se  disposa  à  franchir  leurs  portes  avec  une  petite  troupe".  Que 
se  passa-t-il  ensuite?  Les  chroniqueurs  français*  et  les  barons 
dans  leur  lettre  à  Frédéric  II,  comme  le  légat  dans  son  ma- 
nifeste du  9  juin,  rejettent  la  responsabilité  de  la  rupture 
sur  les  AvigDonais,  et  les  accusent  plus  ou  moins  ouverte- 
ment d'avoir  organisé  de  longue  main  un  gucl-apens  pour 


i 


1.  C/tron.  de  Tours,  314.  —  cf.  la  lettre  des  barons  français  k  Frè-  1 
déric  n  (Teulet,  n°  1789). 

2.  Chron   île  Tour»,  315.  —  Nicolas  de  Brai,  336. 

3.  Clii-on.  de  Tour»,  315.  —  Teulet,  n"  1789. 

4.  En  particulier  le  chanoine  de  Tours,  p.  314,  et  Nicolas  do  Grti,  I 


RUPTURE   AVEC   LES  AVIGNONAIS. 


303 


iire  périr  les  chefs  de  la  cruisade;  Roger  de  Wendover  pré- 
«id  au   contraire  que  l'intention  de  s'emparer    d'Avignon 
lit  déjà  arrêtée  dans  l'esprit  de  Louis  VIII'.  Selon  les  pre- 
,  les  Avignonais  ne  livrèrent  point  les  otages  promis. 
1  ils  essayèrent  tout  au  moins  de  tromper  le  roi.  Moiisket 
assure    qu'au    lieu    d'envoyer    cinquante    des    principaux 
citoyens,  comme  cela  était  convenu,  on  habilla  richement 
cinquante  misérables  afin  de  les  faire  passer  «    comme  fil 
ftn  des  plus  haus  bourgeois  "  ctqu'on  les  amena  à  Louis  VllI'. 
Es  auraient  également  refusé  de  livrer  les  châteaux  qu'ils 
(raient  promis  de  rendre  au  roi.   Ils  auraient  refusé  encore 
e  fournir  des  vivres,  bien  qu'ils  eussent  pris  à  ce  sujet  un  enga- 
;ement  formel,  et  ils  n'auraient  même  pas  voulu  livrer  ce  que 
1  serviteurs  dn  roi  leur  avaient  acheté^  Enfin,  ils  auraient 
mdu  une  embuscade  à  Louis  Vlll  ;  après  avoir  laissé  entrer 
ion  escorte,  ils  auraient  formé  les  portes,  croyant  le  tenir. 
Heureusement,  ajoutent  les  auteurs  de   cette  version,  Louis 
avait  envoyé  à  sa  place  un  do  ses  barons,  qui  put  d'ailleurs 
s'échapper,  sortir  d'un  autre  côté'.  Mais  si  ce  dernier  fait 
était  vrai,  les  barons  et  le  légat,  dans  les  documents  cités  plus 
haut,  ne  manqueraient  point  de  le  mentionner.   Or,  ils  n'en 
parlent  point,  non  plus  que  des  cltroniqueurs  très  dignes  de  foi 
;énéralement\ 
Ce  qui  semble  certain,  c'est  qu'au  moment  où  une  partiede 
tarmée  avait  déjà  passé  sur  la  rive  droite  da'  Rhône  par  un 
pont  en  bois  construit  U  l'extérieur  de  la  ville,  les  habitants 
^'effrayèrent  soudain  et  refusèrent  au  roi  et  au  légat  l'entrée 
l' Avignon.  Ce  fut  probablement  un  hasard  malheureux  qui 
■ovoqua  cette  panique  ;  on  nous  dit  qu'au  lieu  de  traverser 
'anquiilemenl  le  fleuve,  Gautier  d'Avesnes  et  ime   troupe 
(  croisés  se  présentèrent  sous  les  murs  do  la  ville,  en  fai- 
sant flotter  au  vent  leurs  étendards.  Ce  fut  cette  bravade  ou 
[uelque  autre  imprudence  de  ce  genre  qui  effraya  les  Avigno- 


&  et  Ig  manifeste  du  légat 


1.  t.  Wendover.  m,  tl«. 

I  2.  Vers  25627  et  suiv.  Cf.  la  lettre  des 

tr«ulet,  n"'  1789  et  1787). 

'^~.  Teulet,  n"  l/flî  et  1789. 

_.  Nicolas  de  Brai,  'i36  et  suiv.  —  Mousket,  v.  256SI  et  suiv. 
I  fi    Voy.  la  Chron.  de  Toitn,  SIS;  Guill.  de  Puilaurent,  31(V 


304  SIÈGE  d'avrînon. 

nais  et  détermina  un  si  brusque  changement  d'altitude,  lit 
redoutèrent  un  coup  de  main,  entrevirent  les  horreurs  du 
pillage,  et  Terinèrent  leurs  portes,  préférant  courir  les  risques 
d'un  siège.  A  la  suite  d'un  petit  engagement,  quelques  croi- 
sés furent  tués;  les  Avignonais  démolirent  le  pont  de  bois, 
sur  lequel  une  partie  de  l'armée  avait  déjà  passé,  et  les  Ironpes 
de  Louis  VIII  se  trouvèrent  ainsi  coupèos  en  deux  tronçons. 
Le  légat  envoya  des  frères  prêcheurs  demander  satisfac- 
tion, sur  un  ton  assez  hautain;  les  Avignonais  refusèrent 
satisfaction,  et  la  rupture  dut  se  trouver  ainsi  accomplie, 
sans  dessein  prémédité  ni  d'une  part  ni  de  l'autre'. 

Les  sommations  du  légat,  ainsi  que  celles  du  roi,  ayant  été 
repoussées,  le  cardinal,  voulant  «  châtier  tant  d'Injures  faites 
«  au  nom  du  Christ  »  et  ayant  pris  l'avis  des  prélats  et  d'autres 
bonnes  et  religieuses  personnes,  «  enjoignit  i'  au  roi  et  à  tous 
les  croisés  de  "  purger  Avignon  de  l'hérésie  »  et  de  «  venger 
«  l'injure  faite  à  l'armée  du  Christ  ».  Tels  sont  les  termes  em- 
ployés par  le  cardinal  de  Saint-Ange  dans  un  manifeste  qu'il 
fit  rédiger  immédiatement  pour  informer  la  chi-éiienté  de  la 
grave  décision  qu'il  venait  de  prendre'.  Le  lendemain, 
10  juin  1220,  les  opérations  commencèrent.  Louis  fit  avec  sea 
grands  le  serment  de  ne  se  point  retirer  avant  d'avoir  pris  la 
ville  ^ 

On  avait  apporté  toute  une  artillerie  de  siège.  Immédiate- 
ment les  trébuc'hets,  les  pierrières,  les  mangonneaux,  les  pouts 
mobiles,  toutes  les  machines  usitées  en  ce  temps  battirent  les 
murs  de  la  ville,  sous  la  direction  d'Amauri  Copeau 


i 


Li  sire  des  engignéours 
Commandërc  des  minôoun. 


I 


1,  Cf.  les  lettres  des  barons  et  du  légat;  la  Chron.  de  Tour»,  p.  3tS; 
Nicolas  de  Brai,  p.  336  et  suiv.  ;  Guilt.  dé  Puilaurent,  p.  216  ;  Vincent  do 
Beauvais,  p.  127G. 

2,  Haiiiteste  daté  du  9  juin  :  Teulet,  n'  1787. 

3,  Chron.  de  Tour».  315.—  Vincent  de  Beauvais,  1276.  —  N.  de  Brai,  I 
339.  —  Sur  la  date  du  commencement  du  siège,  voy,  une  note  de  Dom  1 
Vaisaète,  lligt.  dit  Lani}.,  Vil,  70.  Pour  noua,  nous  acceptons  sani-1 
hésitation  ta  date  du  10  juin,  donnée  par  Péan  Gatineau  et  Vincent  d»'J 
Beauvais;  il  ;  a  tout  lieu,  en  effet,  de  supposer  que  le  légat  fit  rMÎgar  J 
—  manifeste  te  jour  mûme  où  il  prit  so  décision,  et  que  Ib  siège  «  " 

•—  ■\m  le  lendemain. 


SIEGE   D  AVIGNON, 


.■i05 


présidait  à  ia  fabrication  et  à  remploi  de  l'artillerie 
yaie.  Enflo  Louis  fit  établir  ud  pont  de  navires,  pour  per- 
l&itrc  aux  troupes  qui  avaient  passé  sur  la  rive  droite  de 
mîr  le  rejoindre', 
r  Tous  ces  efforts  allaient,  pendant  trois  mois,  se  heurter  à 
une  résistance  opiniâtre.  Avignon  était  assez  forte  pour  tenir 
tète  pendant  longtemps  à  cette  armèo  formidable.  Elle  avait 
des  approvisionnements  abondants  et  d'excellentes  fortifica- 
tions. Quiquenparle  et  Quiquengrogne,  les  deui  grosses 
tours  qui  sont  reproduites  sur  le  sceau  de  la  république 
attaché  à  un  acte  de  1226,  étaient  l'orgueil  des  habitants. 
Enfin,  les  Avignonais  avaient  à  leur  solde  une  bande  de  ces 
redoutables  routiers  brabançons  et  flamands  qui,  depuis  plu- 
sieurs années,  employés  tour  à  tour  par  les  hérétiques  et  par 
les  orthodoxes,  avaient  mis  le  pays  provençal  à  feu  et  à  sang. 
Bref,  Avignon  était  «  presque  inexpugnable  ».  Les  machines 
semblaient  ne  servir  de  rien  en  battant  ces  murs  épais  ;  une 
grande  partie  furent  d'ailleurs  brûlées,  les  assiégés  étant 
très  habiles  à  y  porter  l'incendie.  Ils  étaient  également 
^^roits  à  lancer  des  projectiles;  Amauri  Copeau  fut  tué  d'un 
^mip  de  pierrière'. 

E  Cependant  les  assiégeants  n'étaient  pas  moins  obstinés  que 
les  assiégés.  Amauri  Copeau  fut  remplacé  par  un  autre,  et  les 
pierres  et  les  traits  continuèrent  à  pleuvoir  sur  la  ville.  Un 
jour,  les  Avignonais  tentèrent  de  négocier;  pour  attendrir 
le  roi,  ils  lui  envoyèrent  des  vieillards  aux  cheveux  blancs  et 
une  bande  de  femmes  nues  jusqu'à  la  ceinture  accompa- 
dc  leurs  petits  enfants;  les  bourgeois  demandaient 
■l'on  leur  permit  seulement  de  sortir  de  la  ville,  sans  en 
1  emporter.  Louis  \11I  et  lo  cardioal  délibérèrent,  mais 
Bs  ne  purent  s'entendre;  le  légat  voulut  avoir  la  moitié  du 
butin;  le  roi  lui  répondit  qu'il  n'avait  pas  besoin  de  lui  pour 
prendre  la  ville,  "  que  jà  Roume  ne  s'en  meolast^  ». 


Jâ.  C/iron.  de  Tours,  Îil5,  —  Vincent  de  Beauvais,  1276.  —  Mousket, 
B[XS867-35S6S. 

;  W.  de  Brai,  3;!5-336.  —  Vincent  de  Beauvais,  1276.  —  Mousket, 

Wi73.  —  Itogerde  Wendover,  Ur,  114.  —  Chron.  de  Tours,  315. 

t)e  Haulde,  op.  cil.,  il-12.  —  Art.  de  Céraud  sur  les  routiers, 
If.  Ec,  Ch.,  i"  série,  111,  438-442. 

.  Mnuskel,  v.  25941  et  suiv.  —  Annalen  de  llunslaple,  101. 

Cil.  pCTiT-DuTAii.Lts,  nv^  ''f  i-ouis  Vin.  !U 


306  siÈcE  d'aviomon. 

La  lutte  recommença  donc.  Les  luerccnmres  soudoyés  p 
les  Avignooais  surprirent  une  galère  pleine  de  Françi 
parmi  lesquels  se  trouvaient  Pierre  de  la  Tournelle  et  C|| 
rerabaud  de  Soleames  ;  sauf  Clérembaud,  tous  furent  tués^ 
La  fortune  semblait  maintenant  favoriser  Avignon.  La  n 
talité  était  très  forte  parmi  les  assiégeants.  Ce  n'était  poid 
seulement  les  pierres  et  les  traits  lancés  des  remparts  4 
venaient  les  frapper,  c'étaient  aussi  la  famine  et  la  matadie^l 
Ils  souffraient  beaucoup  plus  que  les  assiégés  du  manque  de 
vivres;  Roger  de  Wendover  donne  de  ce  fait  une  explîcaHon 
peut-être  exacte  :  «  Avant  que  les  Français  n'arrivasseni, 
(i  le  comte  de  Toulouse,  en  capitaine  eïpérimenté,  renvojaau 
«  loin  les  vieillards,  les  femmes,  les  enfants,  chassa  du  pava 
«  les  animaux,  et  détruisit  tout  ce  qui  pouvait  servir  d'alimonts. 
1  II  affama  non  seulement  les  hommes,  mais  les  chevaux,  car  il 
'<  avait  fait  labourer  toutes  les  prairies  de  la  région.  »  Il  fallait 
aller  chercher  au  loin  des  victuailles  et  des  fourrages.  Le 
gros  de  l'armée  put  trouver  à  se  nourrir  à  grands  frais;  mais 
les  croisés  pauvres  mouraient  en  foule".  A  cette  cause  do 
mortalité  il  faut  ajouter  les  maladies  provoquées  par  la  cha- 
leur. Eti  ces  mois  torrides  de  juin,  juillet,  août,  le  soleil  Je 
feu  do  la  Provence,  tombant  sur  des  têtes  de  Bretons  et  iv 
Picards,  faisait  plus  de  ravages  que  toutes  les  pierrières  du 
monde.  Enftn  des  mouches  charbonneuses,  attirées  par  les 
cadavres,  se  glissaient  dans  les  tentes,  et  rien  ne  pouvait  ga- 


1.  Mousket,  V.  24>003elsuiv. 

2.  Les  éditeurs  du  t.  XIX  des  ff.  F.  prétendent  qu'en  outre  Ir 
comte  de  Toulouse  et  le  comte  de  Poix  harcelaient  les  croisi^s  par  di' 
11  légères  escarmouches  •>  (Préf.,  p.  lxxxv).  Je  ne  croia  pas  pour  m» 
part  que  Raimond  Vil  se  soit  hasardé  à  affronter  l'armée  royale  ;  ud 
acte  du  2  août  1226  prouve  au  moins  que  ce  jour-là  le  comte  se  truo- 
vait  à  Toulouse.  (Note  de  M.  A,  Mohnier  sur  la  L'ommune  de  Toulouw, 
dans  llisl.  du  Lang.,  VII,  239.) 

a.  Roger  de  Wendover,  III,  115.  —  Guill.  de  Puilaurent.  21T.  — 
Mouaket,  v.  269JO  et  suiv.  —  Chron.  de  Tours,  315.  —  Ce  demisr 
chroniqueur  assure  que  les  Marseillais  apportèrent  aux  croisés  des 
armes,  des  machines  de  guerre  et  des  victuailles.  L'auteur  des  Artnalti 
lie  Cologne,  p.  839,  dît  qu'ils  se  soumirent  à  Louis  VIN  et  au  lë^t  dèi 
l'arrivée  de  ceux-ci  en  Provence.  Il  est  vrai  <^ue  Marseille  était  ilon 
en  guerre  ouverte  avec  l'empereur  et  ne  devait  pas  être  fâchée  di  *  " 
les  Français  assié^r  une  ville  impériale  ;  mais  d'autre  part  Hsr 
était  l'alliée  de  Raimond  Vil  et  d'.\vignon,  ce  qui  rend  c«8  a — 
bien  invraisemblables;  v.  Foumier,  op.  cit.,  117-122. 


SIEGE   D*AVIGNON.  307 

rantir  de  leurs  piqûres  mortelles.  Le  découragement  et  le 
dégoût  brisaient  tous  les  courages*.  Un  très  grand  nombre 
de  croisés  moururent  pendant  ce  siège.  Le  chiÉFre  des  morts 
est  d'ailleurs  impossible  à  déterminer  :  les  contemporains 
eux-mêmes  n*en  durent  rien  savoir*.  Si  Ton  tient  compte 
aussi  des  querelles  incessantes  qui  devaient  s'élever  parmi 
tant  de  gens  que  l'idée  de  patrie  ne  réunissait  pas  encore,  si 
Ton  tient  compte  des  complots  dont  nous  reparlerons  plus 
tard,  on  voit  que  la  vie  était  aussi  pénible  aux  assiégeants 
qu'aux  assiégés.  L'auteur  d'une  histoire  de  Philippe-Auguste 
et  de  Louis  VIll,  dont  nous  ne  possédons  que  le  prologue,  dit 
que  Louis  mérita  que  Dieu  lui  donnât  le  Paradis, 

Quar  tant  solTri  a  Avignon 
Por  son  saint  nom  et  por  sa  foi 
De  mal,  de  paine,  que  ge  croi 
Sans  doute  qu'il  an  ceste  vie 
A  la  corone  desservie 
Des  martirs^ 

Voyant  qu'à  cette  attente  sans  fin  les  croisés  préféraient  la 
plus  meurtrière  des  batailles,  et  que  décidément  «  li  sièges 
«  leur  anuïoit  »,  le  comte  de  Saint-Pol,  qui  avait  un  grand 
ascendant  sur  Louis  Vlll,  le  décida,  le  8  août,  à  faire  un  as- 
saut^. Cette  tentative  tourna  à  la  confusion  des  croisés.  Ils 
s'engagèrent  sur  un  pont  qui  unissait  l'intérieur  de  la  ville  à 
l'autre  rive  du  Rhône;  soit  à  cause  du  poids  trop  grand  de  la 
foule  qui  s'y  était  engagée,  soit  par  suite  d'une  manœuvre  des 
Avignonais,  le  pont  s'écroula,  entraînant  dans  les  eaux  ra- 
pides du  fleuve  près  de  trois  mille  hommes.  Le  roi  fut  surtout 
affecté  de  la  mort  du  comte  de  Saint-Pol,  qui  périt  de  la 
même  façon  qu'Amauri  Copeau, 

Et  pour  saint  Pol  et  pour  saint  Pière, 
Pour  çou  qu'il  fu  tués  de  pière, 


1.  Roger  de  Wendover,  III,  115.  —  Chron.  de  Tours,  317. 

2.  Cf.  Vincent  de  Beauvais,  1276;  —  Roger  de  Wendover,  III,  118; 
—  Ann.  de  Dunstaple,  102  ;  —  Mousket,  v.  27115  et  suiv. 

3.  Bomania,  VI,  497. 

4.  Mousket,  v.  26219  et  suiv.  —  Nicolas  de  Brai,  339.  —  Chron.  de 
Tours,  315. 


308  SIÈGE  d'avignon, 

dit  Mousket,  qui  trouve  là  une  occasion  de  faire  briller  i 
esprit.  Enfin,  Roger  de  Wendover  raconte  que  peu  de  teœ; 
après,  profitant  du  moment  où  les  Français  prenaient  Iflt 
i'epa3,  les  Avigaonais  firent  une  sortie  où  ils  ne  perdirent  pi 
un  homme,  et  qui  coûta  la  vie  à  deux  mille  assiégeant:;'.  ] 
roi,  découragé,  réunit  alors  les  grands  et  les  prélats,  "  cla 
Cl  et  baron,  grant  et  menu  »,  et  demanda  conseil.  I/archevèqn 
de  Reims,  les  évêques  d'Arras  et  de  Noyon  prirent  la  paroU 
promirent  de  rester  avec  Louis  Vlll  s'il  voulait  continuer)! 
siège.  Louis  VUl  s'y  résolut,  et  tous  les  croisés  v  rejurérentli 
Il  siège'  »  ;  le  comte  de  Toulouse  fut  de  nouveau  excommunié^ 
Le  roi  prit  des  mesures  pour  diminuer  la  mortalité  para 
ses  troupes.  Il  fit  jeter  dans  le  Rhône  tous  les  cadavres  qui 
infectaient  l'air.  De  plus,  il  fil  creuser  entre  la  ville  et  II 
camp  un  énorme  fossé,  dans  la  triple  intention  d'interdire 
aux  croisés  l'approche  immédiate  des  murailles,  de  melln 
obstacle  aux  sorties  des  assiégés,  enfin  d'établir  un  blocus'j 
Louis  renonçait  définitivement  aux  assauts;  Avignon  périraA 
par  la  famine  ou  capitulerait: 

Lor  deffendi  qu'il  n'asausisent, 
Mais  là  dedens  les  enclosisent, 
Ausi  corn  l'oidel  en  mue, 
Quar  viande  faut  et  remue. 
S'es  vot  li  rois  atorner  teus 
K'it  morusent  en  leur  osteufl, 
Va  de  dissaite  et  de  famine, 
Et  d'ordarea  et  de  vermine, 
Et  des  engiens  ki,  cop  à  cop, 
Nuit  et  jûr  en  tuoient  trop. 
Leur  poestas  et  leur  baillius 
■  lert  ]k  mors  et  d'infier  ealiuB  '. 

Les  vivres,  au  bout  de  quelque  temps,  devinrent  en  efl 
difficiles  à  se  procurer  dans  la  ville,  et  pour  trouver  le  b( 

1.  Mousket,  V.  26307  el  suiv.  —  Wendover,  111,  115  116.  Koger 
Wendover  parle  seul  de  la  rupture  du  ponl.  S'agil-il  du  fameux  pi 
de  Saint-Bénézet  ?  En  tout  cas  l'on  ne  peut  accepter  qu'arec  bien  t 
réserves  l'assertion  du  chroniqueur  anglais. 

2.  Mousket,  v.  26513  el  suiv. 

3.  Wendover,  III,  116. 

4.  Mousket,  v.  26777  et  suiv.  


CAPITULATION    D  AVIGNON.  309 

^essaire  à  leur  cuisson,  oa  était  obligé  de  démolir  des  mai- 


I 


Voyant  les  croisés  résolus  à  ne  point  abandonner  la  partie, 
craignant  que  leur  fureur  ne  s'accrût  avec  le  temps,  les 
Avignonais  se  résignèrent  enfin  à  capituler.  La  reddition  au- 
rait eu  lieu  le  15  août,  selon  Vincent  de  Beauvais;  le  28  août, 
selon  un  manuscrit  cité  par  dom  Biial;  enfin,  au  commence- 
ment lie  septembre,  selon  les  chroniques  de  Saint-Victor  de 
Marseille  et  de  Tours,  Il  est  probable  que  les  premières  négo- 
ciations commencèrent  vers  la  fin  du  mois  d'août,  et  que  les 
ITOisés  rentrèrent  dans  la  ville  vers  le  t)  septembre'. 

Les  Avignonaia  fournirent  un  grand  nombre  d'otages' 
ëOinme  garantie  de  leur  obéissance.  Le  légat  entra  dans  la 
\i\\e,  distribua  des  absolutions,  purifia  les  églises,  institua 
des  clercs,  et  imposa  comme  évêque  aux  habitants  le  moine 
clunisien  Nicolas  do  Corbîe.  Puis,  le  10  septembre,  il  sortit 
de  la  ville,  convoqua  le  ruî  et  les  bourgeois,  et  prononça  sa 
sentence'.  Les  remparts  devaient  être  rasés  ainsi  que  les  for- 
tifications de  toute  espèce  et  trois  cents  maisons  de  la  ville 
qui  étaient  munies  de  tours;  les  fossés  seraient  comblés;  la 
ville  resterait  en  cet  état  pendant  cinq  ans,  à  moins  d'obtenir 
une  grâce  spéciale  du  pape.  Les  habitants  fourniraient  l'ar- 
gent nécessaire  pour  qu'un  chAteau  capable  de  les  tenir  en 
respect  fflt  construit  à  Saint-André  ou  en  un  autre  lieu.  Ils 
livreraient  au  roi,  outre  toutes  leurs  armes  et  toutes  leurs  ma- 
chines de  guerre,  sis  mille  marcs  d'argent;  ils  lui  céderaient 
aussi  Beaucaire,  mais  sans  être  payés  de  la  créance  que  repré- 
sentait ce  gage  donné  par  Raimond  VII'.  Ils  donneraient  aussi 


i.  Mousket,  V.  26054  et  sitiv. 

2.  Vincent  de  Beauvais,  1276.  —  //.  /-'.,  XIX,  267.  —  Ann.  de  S. 
Victor  de  Marieitle,  1.  —  Clirott.  de  Tourt,  317.  —  Selon  les  Prieclara 
Francorum  facinora,  édités  par  Catel  dans  son  llùl.  des  comtes  de 
Tolonein.  I2B),  Avignon  se  rendit  le  12  septembre.  Voyez  une  note  de 
dom  Vaissèle,  Hisl.  du  Lang.,  Vil,  70  à  72. 

3.  Cent  cinquante  selon  le  chanoine  de  Tours  (p.  317),  deux  cents 
selon  Vincent  de  Beauvais  (p.  1276),  trois  cents  selon  Mousket  (v. 
'$974  et  suiv.). 

4.  Dom  Vaissète  prétend  que  cette  sentence  ne  fut  prononcée  qu'en 
janvier   1227.  (//wf.  da  Lang.,  VI,  620-621).  Tous  les  chroniqueurs 


disent  1b  contraire. 

5.  Beaucaire  était  déjà  aux  n 
b||u  ro)  et  des  députés  d'Avi^no 


M^u  roi  ei  tes  uep 


a  nouvelle  de  l'entrevue 
,  la  garnison  de  Ueau- 


310 


CAPITULATION    D  A\nGNON. 


mille  marcs  d'argent  au  nouvel  évÉque.  Enfin.  iU  sobviei 
draient  à  l'entretien  de  trnnte  chevaliers  en  TerreTSaint 
pendant  trois  années,  et  se  soumettraient  à  la  pènilence  o 
donnée  par  le  Saint-Siège'. 

Il  y  a  lieii  de  croire  qu'on  s'en  tint  aux  termes  de  la  sa 
tence  du  légat.  Selon  une  chronique  consen^ée  à  la  bibli 
théque  de  Berne,  le  roi  aurait  fait  tuer  tous  les  mercenain 
français  et  flamands  trouvés  dans  la  ville*.  Le  fait  n'est  p 
incroyable  et  a  pu  être  omis  à  dessein  par  les  chroniques: 
orthodoxes.  Mais  je  ne  sais  pas  où  certains  historiens  a 
trouvé  que  les  troupes  de  Louis  VIIl,  à  la  prise  d'Avignoi 
avaient  «  massacré  un  grand  nombre  d'habitants  '  u. 

En  revanche,  la  sentence  fut  exécutée  dans  toute  sa  rigueur.. 
Selon  Mousket,  les  paysans  des  environs  furent  des  preniic 
à  travailler  pour  détruire  les  murailles  et  les  fossés  de 
ville, 

Quar  on  liaoit  çauK  d'Avignon 
Partout  le  païs  environ  *. 

Pour  garder  Avignon,  Louis  VIII  laissa  quelques  troupai 
sous  le  commandement  de  Guillaume  V,  comte  d'Orange,  qd 
était  venu  rejoindre  les  croisés  pendant  le  siège  et  avait  rep» 
de  la  main  du  roi  l'épée  de  chevalier;  c'était  le  fils  de» 
Guillaume  IV,  ennemi  mortel  des  Avignonais,  qui.  éuat 
tombé  entre  leurs  mains  en  1218,  avait  été  écorché  vif  et  coupi 
en  morceaux;  Louis  pouvait  espérer  qu'Avignon  serait  blM 
gardée.  D'ailleurs,  toutes  les  terres  de  Raimond  Vil  suri! 
rive  gauche  du  Rhône  furent  occupées  oUiciellcmont  par  tl 
légat,  qui  jugeait  cette  mesure  nécessaire  aux  intérêts  à 
l'orthodoxie  et  de  la  pais.  Le  marquisat  de  Provence  fil 

Caire,  croyant  qu'Avignon  allait  se  soumettre,  avait  livré  là  pIaos< 
l'arclieveque  de  Narbonne  (Chron.  île  Tours,  314). 

1.  Chron.  de  Tours,  3\1;  —  Vinc.  de  Beauv..  1276;—  HomU 
V.  26974  et  suiv. 

2.  //.  F.,  XVII,  310.  note. 

3.  Zeller,  Frédéric  II,  221.  —  Winkelmann,  Friedrich  11,  L  I.  M 
assure  que  les  croisés  commirent  s  toutes  les  cruautés  ImaginablM  »■ 
renvoie  aux  Gesla  Liidovici  VIIl,  ofi  l'on  ne  trouve  pas  un  mot  de  cd 
—  Etienne  de  Bourbon  (Anecd.  Iiislar.,  n»  318),  rapporte  une  l^gen 
selon  laquelle  le»  Avignonais  auraient  été  sauvés  du  massacre  griot 
l'intercession  de  la  Vierge. 

i.  Mousket,  v.  26985  et  suiv. 


GARNISON   KTABLIE   A.   SAINT-ANDRE. 


.311 


gardé  au  nom  du  Saint-Siège  par  les  agents  du  roi  de  France 
jusqu'en  1234'. 

L  Avant  de  pai'tir.  le  roi  s'occupa  de  l'édification  de  la  forte- 
■esse  destinée  à  tenir  la  ville  en  respect.  Dans  cette  pensée, 
lu  conclut  un  pariage  avec  le-s  religieux  de  Saint-André,  très 
ancienne  abbaje  de  Bénédictins,  bâtie  sur  une  colline  qui  do- 
mine Villeneuve-lès-Avignon.  Ces  religieux  avaient  accueilli 
avec  joie  les  croisés.  En  1210,  Raimond  VI  avait  cédé  leur 
monastère  et  le  château  qui  en  dépendait  à  la  ville  d'Avi- 
gnon ;  l'abbé  Berraood  de  Clansonne  mit  toute  l'activité  dont 
il  était  doué  à  secouer  cette  suprématie;  mais,  à  la  suite 
d'une  révolte,  en  1213,  les  religieux  et  les  habitants  de  Saint- 
André  se  virent  contraints  de  jurer  qu'à  l'avenir  ils  n'élève- 
raient jamais  de  fortifications.  En  1226,  ils  s'empressèrent 
donc  de  conclure  avec  Louis  VIII  nn  acte  de  pariage,  qui, 
avec  un  acte  analogue  signé  en  1292  par  l'abbé  Bertran  de 
Laudun  et  par  Philippe  le  Bel,  régla  les  rapports  de  la  cou- 
ruune  avec  cotte  abbaye.  Moyennant  une  rente  annuelle  de 
40  livres  tournois  à  percevoir  sur  les  revenus  de  BcaucaJre, 
les  religieux,  «  pour  la  défense  de  la  foi  et  pour  l'amour  du 
roi»,  permirent  à  Louis  Vlll  de  relever  les  murailles  de  la 
^•ille  de  Saint-André  qu'avaient  démolies  les  Avignonais,  d'y 
élever  une  forteresse  et  d'y  tenir  garnison  ;  le  roi  devait  per- 
cevoir en  outre  la  moitié  des  produits  de  justice  et  recevoir 
^«erment  de  fidélité  des  habitants  '. 

^■Telle  est  l'histoire  de  co  siège,  l'un  des  plus  célèbres  du 
|Pôy6n  âge.  M.  A.  Molinier  estime  qu'en  s'obstinant  à  prendre 
"vignon,  Louis  VlII  commit  une  faute  politique  et  militaire 
des  plus  graves'.  Nous  ne  partageons  pas  cet  avis.  Les  trois 
mois  passés  devant  Avignon  n'auraient  peut-être  pas  été 
plus  utilement  employés  ailleurs  pour  la  soumission  des  Ca- 
thares; laprisedecettecitéréputée  inexpugnable  parut  en  effet 
aux  yeux  des  Méridionaux  l'un  dos  événements  décisifs  de  leur 

Hl,  Mousket,  v.  26199  et  suiv.  —  Fragment  de  chronique  édile  dans 
K;l='.,XVi[,  310,  note.  —Vaurniet:  Kuy.  d'Arles.  104,  127  et  suiv.,  137. 
■8.  Calai..  n~  1,12  kW,.—  Mémoires  Uel'Acmf.  ilit  Gnrd.  ann.  1876- 

1877,  article  de  A.  Coulondros  sur  itiuw  Vlllel  Oermondile  Clnummie, 

p.  335  el  Buiv, 

3.  Elude  mr  Cnilminitlr,  'le  Louis  IX  el  d'Àif.  de  Poitiers,  dans 

tdulanii.,yn,  463, 
: 


312  CONSÉQUENCES   DE   CE   SIEGE. 

histoire  ;  pendant  longtemps,  dans  les  chartes,  on  parlera  de 
l'époque  «  où  Monseigneur  le  roi  de  France  \int  devant  Avi- 
«  gnon  »  ;  le  succès  de  Louis  VIII  acheva  de  décourager  les 
faidits.  Reste  à  savoir  s'il  était  prudent  de  mécontenter  l'em- 
pereur, qui  avait  à  plusieurs  reprises  manifesté  le  désir  de  ne 
point  laisser  son  autorité  s'affaiblir  dans  TArélat.  L'année  pré- 
cédente, voyant  Raimond  VII  prêt  à  faire  des  concessions  à  ses 
ennemis  pour  obtenir  la  paix,  Frédéric  II  lui  avait  interdit 
d'aliéner  une  parcelle  quelconque  des  terres  qu'il  tenait  de 
l'empire.  Mais  Frédéric,  par  politique,  était  alors  l'ami  du  roi 
de  France  et  l'ennemi  des  hérétiques  ;  il  était  de  plus  réduit  à 
l'impuissance  par  les  affaires  de  Lombardie  ;  pendant  le  siège 
d'Avignon  il  se  tint  donc  coi  et  feignit  d'accepter  les  explica- 
tions des  barons  et  des  prélats  français  qui  lui  avaient  écrit 
pour  justifier  leur  conduite  et  celle  de  Louis  VIII".  Après  la 
prise  d'Avignon  il  demanda  cependant  au  pape  de  lui  rendre 
les  villes  impériales  que  le  légat  prétendait  occuper  et  les 
lenteurs  de  l'Eglise  le  mécontentèrent  évidemment  Ml  est  clair 
que  malgré  les  belles  protestations  du  roi  de  France  et  du 
pape,  la  légitime  autorité  de  Frédéric  II  était  ouvertement 
méconnue  ;  en  droit  Louis  VIII  avait  eu  tort  ;  mais  au  point 
de  vue  de  ses  intérêts  en  était-il  de  même?  L'avenir  allait 
prouver  qu'il  n'y  avait  nulle  témérité,  nulle  folie  de  la  part 
du  roi  de  France  à  préparer,  par  de  successifs  empiétements, 
l'annexion  de  l'Arélat. 

Emmenant  avec  lui  lesotages^  Louis  VIII  passa  le  Rhône, 
en  vainqueur  cette  fois.  A  la  seule  nouvelle  de  son  arrivée 
devant  Avignon  les  soumissions  s'étaient  d'ailleurs  multi- 
l)liées.  Pendant  le  voyage  de  Lyon  à  Avignon,  le  roi  avait 
déjà  appris  la  soumission  de  Nimes  ;  les  habitants  de  la  ville 
avaient  d'abord  voulu  organiser  la  résistance  et  avaient  formé 
le  15  février  une  ligne  défensive  avec  les  chevaliers  qui  lo- 
geaient dans  le  château  et  les  maisons  des  arènes  ;  mais  les 
remontrances  de  l'archevêque  de  Narbonne,  les  informations 


1.  Teulet,   no  1789.  —  Winkelmann,  op.  cit.,  I,  309.  —  Fournier, 
op.  cit..  125  et  suiv. 

2.  Winkelmann,  op.  cit.,  I,  309  et  suiv. 

3.  Fragm.  de  chron.  dans  //.  F.,  XVII,  310,  note. 


ACTES   DE   SOUMISSION. 


313 

u'ils  re(;urent  au  sujet  îles  forces  des  croisés,  décidèrent 
ourgeois  et  chevaliers  à  se  soumettre  le  3  juin'. 
Les  actes  de  soumission  furent  très  nombreux  pendant  lo 
iège  d'Avignon.   "  cai-  une  telle  crainte,  une  telle  stupeur 
frappèrent  les  peuples  de  lout  le  pays,  dit  Nicolas  de  Brai, 
ijua  les  villes  jusqu'alors  indomptées  ot  toujours  rebelles  en- 
Toj'èrent  leurs  députés  avec  des  présents,  pour  déclarer 
qu'elles  se  livraient  et  qu'elles  étaient  prêtes  à  obéir.  Toute 
la  région  frémit  -,  de  toutes  parts  les  députés  arrivèrent  au 
camp  du  roi'  ».  On  n'était  même  point  sur  d'être  bien  accueil- 
i;  le  comte  de  Foix  avait  en  vaiu  offert  sa  soumission'.  Aussi 
les  Méridionaux  jugèrent-ils  souvent  nécessaire  d'employer  les 
taphoresles  plus  extraordinaires  d'humilité  pour  toucher 
,'ànie  du  roi  ;  dans  un  acte  du  8  juin,  Sicard  de  Puilaurent 
pt  les  habitants  de  Puilaurent  écrivent  à  Louis  V'Ill  «  qu'ils 
K  se   roulent  à  terre  pour  baiser  les  pieds  de  sa  glorieuse 
t  Excellence  ".  A  l'arrivée  du  roi  en  Languedoc,  ajoutent-ils, 
ne  telle  stupeur  de  joie,  une  telle  plénitude  de  bonheur 
It  ont  rempli  nos  âmes,  que  l'on  ne  peut  traduire  de  tels  senti- 
ments ni  par  la  parole  ni  par  la  plume.  Nous  baignons  de  nos 
pleura,  Ô  illustre  seigneur,  le^^  pieds  de  votre  Majesté  et  noua 
supplions  voire  Altesse,  avec  des  prières  pleines  de  larmes, 
que  vous  jugiez  boa  de  recevoir  miséricordieuse  ment  vos  es- 
claves sous  le  voile  de  vos  ailes  »'.  Le  14  juin,  c'est  Guil- 
lume  Bernard  de  Najac  qui  demande  à  Louis  de  disposer  do 
loi  selon  son  bon  plaisir  et  qui  déclare  avoir  banni  do  Najac 
tous  les  hérétiques'. 

Pendant  le  siège  d'Avignon,  Louis  VIII  reçut  aussi  en  hom- 
lage  lige  Bernard  Pelet,  Guigue  do  Tournon,  Rostan  de 
abran,  Raimond  Gocelin  de  Luoel'.  Bernard  V,  comte  de 
omminges,  qui,  la  mémo  année,  avait  hérité  de  son  père 
lernard  IV  les  domaines  que  celui-ci  avait  conser^-éa,  vint 
usai  faire  hommage  lige  à  Louis  VIII  pour  les  terres  qu'il 

ï.  Calai.,  n"  3B1.  —  Ménard.  Hiit.  de  Nimes,  I,  293. 

2.  Nicolas  de  Brai.  31î.  —  Cf.  Ckron.  de  Tours.  315. 

3.  Mouskel.  v.  26679  etsuiv.,  26933 et  Kuiv.  —  Guill.  de  Puilaurent, 
17. 

4.  Calai.,  n"3S'i. 

5.  Calai.,  n°  389. 

6.  Calai.,  n«  3îil,  399,  400,  401. 


314  ACTES   DE   SOUMISSION. 

plairait  au  roi  de  lui  donner'.  Le  comte  de  Toulouse  perdait 

en  la  maison  de  Comminges  une  de  ses  plus  coustantei 
alliées.  Bernard  V  ne  se  contenta  point  de  se  soumettre 
aux  câtés  de  l'abbé  de  Feuill.'ins,  il  fît  de  la  propagande  en 
faveur  de  Louis  VIII  ;  son  sceau  est  apposé  sur  les  actes  de 
soumission  de  B.  de  Marestan,  de  Roger  d'Aspet.  du  seigneur 
de  Sauve,  de  Bertran  Jourdain,  du  seigneur  de  l'Isle  (H 
"26  septembre).  Le  7  octobre,  ce  fut  en  la  présence  du  comte 
de  Comminges  et  de  l'abbé  de  Feuillans  que  Guillaume  Bernard 
de  Marquefave  se  déclara  prêt  à  obéir  désormais  au  roi  et  au 
légat'. 

Outre  ces  soumissions  et  quelques  autres  qui  eurent  liea 
au  mois  de  septembre  et  d'octobre',  Louis  re(;ut  aussi  celleg 
des  principales  villes  de  la  région.  Le  12  juin,  ley  gens  de  la 
commune  de  Castres  écrivent  au  roi  qu'ils  lui  ont  jur«  fiiié- 
lité  et  qu'ils  ont  chargé  leur  abbé  de  lui  porter  les  clefs  de  11 
place;  ils  le  supplient  de  prendre  sous  sa  protection  leur 
ville,  qui  abonde  en  vivres,  en  armes,  en  machines  di»  guerre; 
ils  soutiennent  des  combats  incessants  contre  les  hérétiquas, 
et  ramènent  au  roi  et  à  l'KglisQ  autant  de  villes  et  de  cbà- 
taux  qu'ils  le  peuvent'.  Le  14  juin,  Isam  de  Saint-Paul  et  Si- 
card  de  Puilaurent  faisaient  une  déclaration  presque  iJea- 
tique  pour  leur  ville  de  Saint-Paul-Cap-de-Joux'.  Le  16,  les 
gens  de  Carcassonne  déclaraient  avoir  juré  fidélité  au  roi  mal- 
gréles  menaces  du  comte  deFoix,  qui  était  maître  dachàtean; 
lo  même  mois,  le  château  était  livré  au  roi  par  celui  qui  de- 
vait le  défendre,  Raimond  .\rnand  du  Fui'.  L'évëque  d'Albi, 
qui  avait  joué  jusque-là  un  rote  assez  équivoque,  vint  avec  un 
certain  nombre  de  citoyens  remettre  les  clefs  de  la  ville  à 
Louis  VllI  et  lui  jurer  fidélité''.  De    leur  côté  les  Montpelli^ 


1.  Calai.,  a'  504.  —  Art  dp  vér.  Ifs  daUt.  Comtes  de  Cnmmingn. 

2.  Catal.,  n"  408  à  410,  415,  416,  418. 

3.  Catal.,  n"  411,  433. 

4.  Cn/oi.,n''3«7. 

5.  Calai.,  n"  388. 

6.  Catal.,  n"  390,  398. 
1.  Calai.,  n°  394.  —  Mémoire  envoyé  à  Blanche  de  Gusiille  en  12Si: 

ffùt.  du  Long.,  VIII.  1301-1302.  —  Sur  lévèque  d'AIbî,  qui  avait  tiSt 
rentrer  ilaimond  Vil  dans  la  ville  en  1214,  \oyet  une  note  dea  i 
éditeurs  de  l7/ps(.  du  Long..  VII,  28i  et  auiv.  et  une  étude  «lu  ! 
Derazars  sur  Ut  Evéqua  d'Albi  aiu^xwel  xi]!*  siéclei(\&as  Mém. 


VOYAGE  DE   LOUIS   Vin   EN   LANGUEDOC. 


315 


rains  envoyaient  des  députés,  munis  d'une  recommandation 
d'Honorius  IH,  pour  obtenir  la  protection  royale'.  C'est  pro- 
bablement aussi  pendant  le  siège  d'Avignon  que  les  habitants 
do  Narbonne  jurèrent  fidélité  à  Louis  VIII'. 

Ce  fut  une  marche  pacifique,  nno  marche  triomphale,  que 
Louis  Vin,  au  sortir  d'Avignon,  fit  à  travers  le  Languedoc, 
toujours  accompagné  pas  à  pas  par  le  légat,  au  milieu  des 
et  des  festins  dus  à  la  générosité  du  riche  évéque  de 
Toulouse,  Folquet  de  Marseille,  l'un  des  ennemis  les  plus 
acharnés  de  la  maison  de  Saint-Gilles  et  des  Albigeois*.  Bé- 
ziers,  Carcassonne,  Pamiers,  Belpech,  Castelnaudari,  Pui- 
laurent,  furent  les  premières  étapes  de  ce  voyage.  La  ville 
de  Limoux,  près  de  Carcassonne,  semble  avoir  seule  résisté, 
«t  les  chroniqueurs  ont  à  peu  près  raison  de  dire  quejus- 
i^u'à  quatre  lieues  de  la  redoutable  Toulouse,  les  places  et 
ileschAteauxse  rendirent  sans  résistance'.  En  quittant  Avignon. 
le  roi  avait  bien  le  dessein  de  s'emparer  aussi  du  dernier 
ibri  de  la  maison  de  Saint-Gilles,  et  dans  cette  peosée  il 
ivait  fait  mettre  en  réserve  toutes  les  machines  de  guerre". 

Arehéol.  du  Midi  de  la  Fr.,  ann.  1880-1682,  p.  347-3^8.  Quelques  mois 
^rès,  en  quittant  le  midi,  Louis  VIII  passas  AIbi,  reçut  de  nouveau  les 
lermenta  de  fidélité  des  habitants  et  déploya  son  étendard  au-dessus 
le  la  cathédrale;  voyez  le  mémoire  cité,  Hiit.  du  Lang.,  VIII,  1302. 

1.  Catal.,  n"  395  —  Germain,  Commune  de  Montpellier,  II,  10-11. 

2.  CatnL,  n'  WS. 

3.  GniH.  de  Pullaurent,  217.  —  Sur  Folquet  de  Marseille,  voy,  //iX. 
littér.  de  la  /■>.,  XVIII,  5«8  et  stiiv. 

4.  Guilt,  dePuilaurent,  217;  —  Vincent  de  Beauvaia,  1276.  —Sur  les 
[^ports  de  Louis  VIII  avec  les  particuliers,  voy.  Calai.,  n°<  417,  442,  443. 
-•  Sismondi  iffisl.  des  Français,  VI.  593),  dit  que  Louis  VIII  fit  raser 
imous  et  l'on  a  souvent  répété  son  assertion  sans  la  contrôler.  Voici 
e  <^tie  nous  savons  làKlessus,  d'après  des  enquêtes  du  règne  de  saint 
AniB.  Limous  avait  été  soumise  par  Simon  de  Montrort,  qui  fit  raser  la 
file  construite  sur  une  hauteur,  et  la  reconstruisit  danR  la  plaine. 

Lea  habitants  se  révoltèrent  peu  d'années  avant  1  arrivée  de  Louis  VIIl 
et  s'établirent  de  nouveau  sur  la  hauteur;  pendant  la  croisade  de  1226, 
■  ils  s'opposèrent  au  roi,  adhérèrent  au  comte  de  Foix  et  au  vicomte 
«  de  Carcassonne  et  les  reçurent,  enfin  firent  la  guerre  au  roi  et  aux 
»Le»  documents  ajoutent  que"  quand  les  habitants  vinrent  à  la 
I  miséricorde  du  roi  ».  ils  furent  condamnés  à  payer  à  perpétuité  une 
lille  annuelle  de  200  livres  melgoricnnes  et  la  ville  fui  de  nouveau 
jétruite  et  reconstruite  en  plaine (Docuni.  publiés  dan*  V/Iîsl.  du  Lang., 
ni,  343,  346-347,  et  VIII.  1391-1392).  M.  A.  Molinier  (tiiW,,  VII,450)  croît 
Su  cette  soumission  de  Limoux  n'a  eu  lieu  qu'après  la  mort  de  Louis 
bu.  En  tous  cas,  les  documents  ne  disent  pas  ]iositi veulent  qu'elle 
H  eu  lieu  sa  vie  durant. 
ft.  Housket,  v.  27017-27018, 


316  MESURES    COSTKB    LES    HÉBÉTIQrES. 

Mais  le  mois  d'octobre  était  déjà  avancé  ;  on  remit  !e  sîèga 
de  Toulouse  au  printemps  prochain,  et  l'armée  reprit  larouU 
du  nord.  Louis  VIII  confia  la  garde  de  l'Albigeois  à  son 
cousin  germain  Humbert  de  Beaujeu  et  à  Gui  de  Mont- 
fort,  il  leur  laissait  cinq  cents  chevaliers'.  D'ailleurs  il  avait 
fait  un  exemple  en  rasant  les  murs  de  Montulicu.  dont  les 
habitants  avaient  abandonné  peu  d'années  auparavant  le  parti 
de  Simon  do  Montfort',  et  il  avait  établi  des  garnisons  i 
Nimes,  Beaucaire,  Saint-Gilles,  Ternies,  Tarascon.  Orange, 
Béliers,  Carcassonne,  bref  "  partout  fors  qu'à  Toulouse  n'. 

Reste  à  examiner  comment  Louis  VIII  procéda  pour  tirer 
de  son  expédition  le  profit  spirituel  et  matériel  qu'il  en  atten- 
dait. Depuis  deux  ans  le  catharisme  redevenait  très  mcnarajit: 
l'évèque  hérétique  Guillebert  de  Castres  était  entré  à  Tuutuuse 
en  1224;  en  1225,  les  Cathares  avaient  tenu  un  synode  an 
château  de  Pieussan.  Saint  Antoine  de  Padoue,  qui  était  venu 
en  1225  prêcher  dans  le  Toulousain,  ne  semble  pas  y  avoir 
eu  de  grands  succès,  et  cet  «  infatigable  marteau  de  l'hérésie» 
frappait  en  vain  '.  Louis  VIII  et  le  légat  installèrent  deux  nou- 
veaux évéques  orthodoxes;  l'un,  comme  nous  l'avons  vu,  à 
Avignon,  l'autre  à  Carcassonne". 

Mais  il  fallait  que,  comme  on  Allemagne,  le  souverain  se 
joignit  à  l'Église  pour  défendre  le  catholicisme.  Julien  Havet 
a  montré  avec  beaucoup  d'érudition  comment  le  bras  séculier 
a  fini  par  s'appe-sanlir  sur  les  hérétiques  au  moyen  âge.  Pen- 
dant longtemps  il  n'y  avait  eu  à  cet  égard  aucune  loi  écrite, 
ni  même  aucune  coutume  positive.  Dans  le  midi,  les  Cathares 
furent  poursuivis  depuis  la  fin  du  xil*  siècle,  mais  on  se  con- 
tenta d'abord  de  les  exiler  et  de  confisquer  leurs  biens;  ce 
furent  les  croisés  do  1209  qui  apportèrent  en  Languedoc 
l'usage  de  brûler  les  hérétiques.  Dès  le  mois   d'avril  1226, 


1.  Vincent  de  Beauvaia,  i2'6.  —  Fragm-  de  chronique,  //.  F., XVII, 
310,  note.  ~  Aubri  do  Troisfontaines,  919. 
3,  Gallia  Chrisliana,  éd.  nov..  VI,  97». 

3.  MouKket.  v.  26690-26695  et  v.  27019-27026,  —  Fragm.  de  dtnm. 
//.  F.,  XVII,  310,  note.  —  Pour  Nîmes,  Calai.,  n"  392. 

4.  Schmidt,  l/tsl.  des  Alb.,  I,  291  el  suiv.  —  Wadding,   Antultt 
Minorum,  11.  114-115. 

5.  Aubri  de  Troisfontaines,   917.  —  Gérard  de  Vie.  Chnn.  epitc, 
eccl.  Careaa.,  92-93. 


MESURES   CONTRE   LES   HERETIQUES. 


317 


piuis  VIII  s'occupa  d'édiuter  des  moyens  de  répression  ;  cette 
Hrdonnance,  dit  Julien  Havet,  est  la  u  première  loi  française  qui 
1  sanctionne  la  punition  de  l'hérésie  par  le  supplice  Ai  feu  ». 
Elle  déclare,  en  effet,  que  tout  hérétique  convaincu  doit  être 
frappé  du  châtiment  qui  lui  est  dû  [animadversio  débita)  et 
B  les  fauteurs  d'hérétiques  perdront  leurs  biens,  leurs  hon- 
neurs, leurs  droits  de  témoigner,  de  testur  et  d'hériter.  Si  la 
Inort  civile  attend  ceux  qui  ont  simplement  favorisé  les  héré- 
tiques, \' animadversio  débita  réservée  aux  Cathares  euï- 
tes  désigne  évidemment  la  peine  du  feu,  qui  était  main- 
tenant en  usage  dans  le  Languedoc'. 

Nous  croyons  pour  notre  part  que  cette  ordonnance  (en 
mâmettant,  ce  qui  n'est  pas  tout  à  fait  sûr,  qu'elle  soit  de 
1226')  n'eut  pour  effet  immédiat  que  d'augmenter  la  terreur 
provoquée  par  l'annonce  d'une  nouvelle  croisade  dans  le  midi, 
l)ous  n'avons  découvert  dans  les  documents  aucune  trace 
i'auto-da-fé  pendant  le  séjour  de  Louis  en  Albigeois.  Tout  au 
plus  le  lieutenant  qu'il  laissa  dans  le  midi.  Humbert  de 
Beaujeu,  ordonna-t^il  l'exécution  d'un  évêque  hérétique'.  La 
menace  avait  momentanément  suffi  :  les  timides  étaient  rentrés 
dans  le  giron  de  l'Ëglise;  les  obstinés  s'étaient  tapis  dans 
leurs  cachettes,  attendant  que  le  nuage  chargé  de  foudre  eût 
|)assé  au-dessus  de  leurs  têtes. 

A  la  fin  de  la  croisade,  pendant  l'assemblée  de  Pamiers, 
Louis  VIII  prit  aussi  des  mesures  pour  donner  une  sanction 
matérielle  à  l'excommunication,  qui,  à  force  d'être  prodiguée, 
s'effrayait  plus  personne.  D'après  cette  nouvelle  ordonnance, 


1.  Calai.,  n"  362.  —  J.  Havet,  L'héféxie  el  U  brat  têcutier  au  moyen 
J«,d«n8fli6.J?c.f;/i.,>y.l.488  etsuiv.,  570  etsuiv.;  parliculiè rement 
S9S  et  Huiv.  —  Deux  cent  quarante  hérétiques  avaient  été  briilËs  à 
Minerve  en  1210  {llhl.  du  Lang.,  VI,  3ai). 

2.  EUe  est  datée  ainsi  :  Bactumannol2i6,  iiiense  aprili»;  l'année  1226 
anc.  style  va  du  19  avril  1226  au  U  avril  1227.  Un  acte  de  saint  Lnuîa 
de  133B  iOrdonn.,  1,  £0}  reproduit  à  peujirès  la  teneur  de  cette  ordon- 

ice,  sans  la  mentionner,  ce  qui  tend  a  prouver  qu'elle  est  bien  du 

ips  de  Louis  VIII. 

..  Vûy.  Hiti.  du  Lang.,  VI,  619.  Cerlains  historiens,  comme  les 
_  iteups  de  la  préfaw  du  tome  XIX  des  //.  F.  (p.  ixxxv),  et  comme 
Henri  Martin  (t.  IV,  130),  ont  défiguré  ce  fait:  l'évéque  hérétique  brûlé 
i  Catme  o  ver§  ce  temps  Ifi  »  sur  Tordre  de  Humbert  de  Beaujeu  est 
devenu  nn  ■  pauvre  vieillard  »  que  le  roi  fit  arracher  de  sa  retraite  et 
nppUcier  solennellement  â  Narbonne. 


_del 

■pani 


k 


3i8  ADMINISTRATION   DE3   PAYS   CONQUIS. 

/  établie  sur  la  demande  du  légat  et  de  concert  avec  les  préla^ 
et  les  barons,  quiconque,  après  trois  admonestations,  se  serait 
laissé  Acoramunier,  devait  être  puni  d'une  aineadc  de  neuf 
livres  un  denier  tournois;  s'il  restait  contumace  pendant 
une  année  sous  le  coup  de  la  sentence  d'excommunication, 
tous  ses  biens  devaient  tomber  en  commise  '. 

Il  ^'agissait  aussi  d'organiser  l'administration  des  nouvelles 
conquêtes.  Simon  de  Montfort  avait  mis  dtts  spnfehput  ii 
Carcassonne,  à  Bcaucaire,  en  Rouergue  et  aussi  ù  Agen  et  à 
Toulouse.  Ces  sénéchaussées  devaient  se  maintenir  jusqu'à  la 
Révolution  française.  Beaucaire  et  Carcassonne,  places  trè» 
fortes,  étaient  particulièrement  désignées  pour  servir  de 
chefs-lieux'.  Le  premier  sénéchal  royal  de  Beâucaire  et  de 
Nîmes  fut  un  chevalier  nommé  Pèlerin  Latinier'.  Dora  Vais- 
sàto  prétend  que  Louis  VIII  établit  pour  sénéchal  à  CsiTcai- 
sonne  Adam  de  Milli'.  La  présence  d'Adam  do  MilU  dans  le 
Languedoc  est  en  effet  souvent  attestée  par  des  chartes  d 
1229  et  des  années  suivantes  ;  mais,  outre  que  rien  ne  prouve 
que  cet  officier  ait  été  établi  par  Louis  VIII,  il  ne  porte  datu 
ces  actes  que  le  titre  vague  de  lieutenant  du  roi  de  France. 
Nous  voyons  par  exemple  en  12U1  Eude  Lecoq,  sénéchal  de 
Carcassonne,  exécuter  un  mandement  d'Adam  de  Milli  lien- 
tenant  du  roi  de  France  ^  Eude  Lecoq  avait  suivi  Louis  VIII 
dans  le  midi,  et  si  un  sénéchal  fut  établi  à  Carcassonne  dès 
1226,  ce  fut  lui  et  non  point  Adam  de  Milli  qui  occupa  celle 
fonction'.  Dom  Vaissète  a  également  tort  d'affirmer  que 
Louis  VIII  avait  confié  la  sénéchaussée  du  Toulousain  à  un 
chevalier  nommé  André  Calvet'.  En  résimié.jious  sommes 
mal  rensëi^iés  surl'orgaiiisftt.înn  des  sénBr.haiwqA^g  en  1226. 


1.  Cnlai.  n"  425. 

i.  A.  Molinier,  dans  Util,  du  Lang.,  VII,  490-49t. 

3.  Catal,  n"  423.  —  Ménsrd,  lliêt.  de  Nimet,  I,  296. 

4.  Hist.  du  Lang.,  VI,  614. 

5.  Hist.  du  Lang.,  Vlll,  jirevvei,  col.  916,  917.  918.  920.  943  et  saiv. 
Adam  de  Milii  resta  probablement  bailli  d'Arras  pendant  tout  le  règne 
de  Louis  Vlll. 

6.  Voy.  un  mandement  de  l.0uis  Vlll  à  Eude  Lecoq,  Calnl.,  n"  t06. 

7.  Hisl.  du  Lang.,  VI,  S59  (d'aprôa  Guill.  de  Puilaurent).  Gaill.  de 
Puilaurent,  p.  224,  dit  simplement,  à  propos  de  la  mort  de  ce  che- 
valier en  1230,  qu'il  était  sénéchal  du  roi. 


LOUIS   VIII   ET   I,A   l'Ol'ULATION   MÉRIDIONALE,  319 

S  nous  semble  évident  seulement  que  le  roi  consen*a  la  division 
établie  pai'  Simon  de  Montfort^ 

"  Louis  VIII  conserva  aussi  le  système  des  vigueries  et  des 
ifceylies.  Il  est  question  du  boyle  royal  de  Béziers  dans  une 
eonvention  du  mois  d'octobre  1226'.  Une  tradition  dont  on 
trouve  la  trace  dans  tmo  ordonnance  de  1340  attribua  à 
Louis  VIll,  sans  doute  à  tort,  la  création  de  la  viguerie  de 

léziers'.  [l  est  bien  probable  que  cet  office  existait  déjà  au- 
|iaravant. 

^  Nous  savons  peu  de  choses  sur  la  façon  dont  le  roi  traita 
les  villes  et  la  noblesse  du  midi.  Il  agit  évidemment  en  con- 
quérant?Nous  avons  vu  la  manière  dont  il  s'assura  des  villes 
'rebelles  ou  suspectes.  M.  Eyssète,  dans  son  Histoire  de 
•Beattcaire,  assure  que  Louis  confisqua  tes  libertés  municipales 
de  cell«  ville  et  remplaça  les  consuls  par  dos  syndics  '.  Nous 
jfOyons  par  uue  cbarte  de  1227  que,  sans  tenir  compte  des 
droits  du  roi  d'Aragon,  Louis  VIll  prit  possession  des  deux 
ïicomtés  do  Milhau  et  de  Gévaudan,  sous  prétexte  que  le  roi 
^'Aragon  les  avait  engagées  au  comte  de  Toulouse*.  Il  força 
Agnès,  ex-vicomtesse  de  Béziers,  à  lui  céder  moyennant  une 
frente  de  150  livres  de  Melgueil  le  douaire  qu'elle  tenait  de 
son  mari  et  que  Simon  de  Montfort  lui  avait  laissé.  Eu  re- 
vanche, sur  la  prière  de  Mathieu  de  Marli,  il  rendit  à  la 
Ticomtesse  de  Lautrec  la  terre  dont  son  mari  avait  été  dé- 

louillé'. 
Sur  les  rapports  de  Louis  avec  le  clergé  du  pays,  nous 
«ommes  assez  bien  renseignés.  Ce  clergé  avait  été  rendu  tout- 
Ipuissant  par  Simon  de  Montfort,  qui  n'avait  point  tardé  du 
reste  à  regretter  sa  générosité;  les  statuts  de  Pamiers  de  1212 
avaient  institué  dans  les  pays  hérétiques  une  aorte  de  gou- 
•ïernementthéocratique*.  Il  est  donc  intéressant  de  voir  com- 
ment fut  réglée  la  situation  respective  du  roi  et  de  l'Église 
dans  le  Languedoc. 

1.  Calai.,  n-  429.  —  A.  MoHnier,  dans  llitt.  du  Lang.,  VII,  495. 

2.  Ordonnances.  \\\,  169. 

3.  Ilitl.  de  Seaucaire,  1,  26.  M.  Eyssète  ne  cite  aucun  texte  â  l'appui 
^  cette  assertion. 

4.  Hitl.  du  Lang.,  Vlil,  preuves,  860. 

5.  Calai.,  n"  429  et  4'.1. 
G.  A.  Molinier,  dans  Hist.  du  Lang.,  VII,  529. 


LOUIS   VI!]   ET   LE   CLEHGK   MERIDIONAL. 

D'abord,  pendaiil  l'assemblée  qui  se  linl  à  Painiei-ii  au  m»it. 
d'octobre,  Louis  VIII  exigea  le  serment  do  fidélité  de  tous  1er 
prélats  delà  province  de  Narbonne,  L'évèque  de  Niaies,  alors. 
malade  à  Carcassonne,  fut  seul  dispensé  de  cette  formalilé,  qu'il 
accumplil  en  mai  1227'.  Pendant  cette  même  assemblée,  quel- 
ques convMtions  furent  conclues  au  sujet  des  fiefs  tombés  en 
'  commisi^^Lei>rincipe  admis  étaitque  tous  les  fiefs  et  domaines 
confisquas  ou  à  confisquer  sur  les  faidits  appartenaient  dft 
droit  au  roi ,  et  il  était  établi  également  que  le  roi  ne  devait  l'hom- 
mage à  personne  '  ;  c'était  donc  justice  d'indemniser  les  égUsaa 
qui  se  trouvaient  lésées  par  l'application  de  ces  princîpeiT 
C'est  pourquoi  le  roi  céda  à  l'évêchè  d'Uzès  une  série  asàâ 
considérable  de  ten-itoires,  pour  avoir  pleins  droits  sur  toat 
ce  que  la  maison  de  Saint-Gilles  tenait  des  évéques  d'Uzès,  et 
sur  tous  les  fiefs  de  leur  mouvance  qui  tomberaient  en  com- 
mise pour  fait  d'hérésie  ^  De  même,  eu  passant  à  Moiicstiés, 
le  roi  assigna  à  l'archevêque  de  Narbonne  quatre  cents  livres 
tournois  de  rente,  pour  le  dédommager  de  la  perte  des  fiefe 
de  sa  mouvance  qui  lui  échapperaient  pour  le  même  motif. 
Signalons  aussi  un  acte  de  l'abbé  de  Figeac,  par  lequel  il  s'en- 
gage à  livrer  au  roi  à  la  première  réquisition  le  château  de 
Peirusse,  s'il  lui  tombe  entre  les  mains'. 

(D'autres  fois,  en  revanche,  le  roi  déroge  à  ces  principes, 
concède  aux  églises  des  fiefs  qui  devraient  revenir  &  la  cou- 
conne.  Ainsi,  pour  récompenser  l'abbé  de  la  Grasse  de  son 
zèle,  il  lui  rendit  les  fiefs  mouvant  de  son  monastère  qui  avaient 
été  occupés  par  Aniauri  de  Moutfort,  et  s'engagea  à  lui  aban- 
donner les  terres  mouvant  du  monastère  qui  seraient  confis- 
quées pour  fait  d'hérésie*.  De  m^me  Louis  confirma  à  l'évèque 
de  Nlmcs  la  possession  de  la  ville  de  Milhau,  que  lui  avaient 
donnée  Simon  et  Amauri  deMontfort^  et  maintint  dans  la  pus- 
sesaion  du  comté  de  Montbrun  ou  de  Lodève  l'évèque  de  Lodéve, 


.  Voy.  racted'AmaurideMontfortduSmai  1227. da.T\sl/itf.  du  Lang., 

l,  preuve».,  860-861. 

:.  Voy.  l'acte  de  l'archevêque  de  Narbonne:  Calai.,  a'  431. 

.  Calai.,  Il-  422. 

.  Calai.,  n°  430. 

.  CataL,  n-  432. 

.  Calai.,  n*  403. 


°  424, - 


Hénard,  Histoire  de  Nîmes,  I,  293. 


l-OL'IS   VIII   ET   1.E   CLERGE   MERUHOXAI. 


3-^1 


t  Philippe-Augustfi  s'était  déclaré  ouvertement  le  protec- 
■  '.  A  l'évêque  de  Mende,  il  concéda  les  régales  de  son 
Bocése*.  Signalons  aussi  la  charte  accordée  au  fameux  prieuré 
i  Prouillc.  Dès  le  mois  d'août,  Louis  chargea  son  officier 
B  Lecoq  de  maintenir  ce  monastère  en  possession  des  biens 
que  lui  avaient  donnés  Simon  et  Amauri  de  Montfort.  Le  prieuré 
de  Prouille  avait  été  fondé  en  1207  par  saint  Dominique,  pour 
_.  recueillir  les  femme^i  hérétiques  converties.  Les  successeurs  de 
lOuis  VIII  l'ontourèreut  toujours  de  leur  protection'. 

Entre  ces  conventions  favorables  à  la  royauté  et  ces  con- 

rentions  favorables  au  clergé,  on  peut  placer  comme  intormé- 

bliaire  l'acte  de  pai'iage  que  Louis  VIII  passa  avec  les  reli- 

l^eux   de    Saint-Antonin   de  Frédelas    pour    la  ville    et   le 

lâleau  de  Paraiers.  Le  roi  promettait  de  garder  fidèlement 

i  place  et  de  défendre  les  droits  des  religieux,  moyennant 

[ooi  il  toucherait  ia  moitié  des  principaux  revenus  de  Pamiers, 

Du  reste,  Louis  VIII  n'était  point  le  premier  pariagisle  des 

chanoines   de  Saint-Antonin.  Au  moment  où  commença   la 

croisade,  le  comte  de  Foix  jouissait  depuis  longtemps  de 

^Cette  situation.  Simou  et  Amauri  de  Montfort  furent  succes- 

bivement  associés  au  pariage  à  la  place  du  comte  de  Poix; 

pais,  en  1223.  Amauri  laissa  Roger  Bernard  II  reprendre 

pamiers.  Ce  fut  donc  au  comte  de  Fois  que  succéda  Louis  VIII. 

B  contrat  de  pariage  de  Pamiers,  qui.  jusqu'à  la  veille  de  la 

^Révolution,  resta,  selon  les  expressions  de  M.  de  Roziére.  la 

base  du  droit  public  de  cette  ville,  devait  être,  en  sa  qualité 

do  contrat  féodal,  renouvelé  à  chaque  mutation,  et  il  ne  fut 

vrecoonu  valable  eu  faveur  de  Louis  VIII  que  pour  sa  vie  du- 

int.  Après  la  mort  de  ce  roi,  les  chanoines  hésitèrent  à  re- 

ffendre  un  pariagiste;  finalement,  en  1232,  la  co-seigneurie 

levait  revenir  au  comte  de  Foix'. 

Ces  rapports  d'amitié  constants  et  directs  entre  le  roi  et 

I  clergé  du  midi  pendant  la  croisade  étaient  tout  naturels. 


^  . .  Plantavit  de  la  Pause,  Chronot.  pra-sul.  Lodov.,  136  e 
Ë  veteri  Lodov.  eccl.  charlulurio  ". 
I   a.  Catat.,n-  440. 

3.  Calai.,  n»  406.  —  ffisl.  du  Lanq..  IV,  863  et  suiv. 

4.  Cnlal..  W  420.  —  Dib.   F.c.  Charlri,  XXXII,  1  el  su 
l.  de  RoiiÈrp  sur  le  Pariuge  de  J'aminm. 


Ca.  Vr 


r-DirfA( 


e  <U  Luvii    Vin. 


322  ROLE  DU  Cl-ERUE  MERIDIONAL 

Depuis  l'iinportant  voyage  de  Louis  VII  en  Languedoc  i 
1154,  les  églises  méridionales  avaient  pris  l'habitude  d^ 
considérer  le  roi  de  France  comme  leur  patron;  Louis  VU 
leur  avait  prodigué  les  diplilmes  de  privilèges.  Pbilipp»- 
Auguste  prit  sous  sa  protection  l'évèque  de  Lodève  et  entra  e 
rapports  avec  les  religieux  de  Moissac'.  Si  l'on  excepte  l'affain^ 
de  Narbonne,  Louis  avaitentrctenu  des  rapports  cordiaux  avW 
les  prélats  pendant  ses  deux  premières  expéditions  en  Albi- 
geois. Eu  1226,  ce  fut  le  clergé  qui  aplanit  les  voies  et 
prépara  à  la  royauté  un  triomphe  rapide,  en  allant  partout 
solliciter  et  recevoir  les  soumissions.  Les  documents  dipl(*- 
matiques  qui  relatent  ces  soumissions  nous  montrent  le  rôlfc 
joué  par  des  hommes  comme  Pierre,  archevêque  désigné  (1« 
Narbonne,  qui  visita  toute  sa  province  pour  amener  les  Tille» 
et  les  seigneurs  à  jurer  fidélité  au  roi.  Ce  fut  lui,  par  exemjile, 
qui  obtint  la  soumission  de  Nimes  et  de  Castres'.  Tel  fat 
aussi  l'évèque  de  Béziers,  Bernard,  qui  parcourait,  au  mois 
d'avril  1226,  les  environs  de  son  siège  épiscopal  et  en  udS 
seule  journée  faisait  suscrire  des  actes  de  soumission  par  six 
seigneurs  du  pays^;  tels  aussi  l'évèque  d'Albi,  Guillaume*, st 
Arnaud,  évêque  de  Nîmes*.  Les  abbés  travaillèrent  également 
avec  zèle  pour  la  cause  du  roi.  Il  faut  citer  en  première  ligne 
l'abbé  de  la  Grasse,  auquel  nous  avons  vu  Louis  VIII  prouver 
généreusement  sa  reconnaissance.  Ce  fut  en  effet  ce  prélat 
qui  négocia  avec  le  comte  de  Roussillon  et  Guillaume  da 
Cervera,  et  porta  leur  réponse  à  Paris.  Ce  fut  lui  qui  pré- 
para et  reçut  la  soumission  de  la  ville  de  Carcassonne'.  A 
côté  de  lui  il  faut  citer  l'abbé  de  Feuillant  Hoger  II,  qui,  après 
la  prise  d'Avignon,  servit  activement  les  intérêts  du  roi  dans 
la  région  de  Toulouse\  De  même  l'abbé  de  Saint-Gilles  gagna 
à  la  cause  de  Louis  VIII  les  vassaux  de  son  monastère'  ;  l'abbé 

1.  mb.  Ec.  Ch.,  XXXVII,  381  el  suiv.  —  Deliale,  n»  1417. 

2.  Calai.,  n"  387.  —  SIénard.  Ilist.  de  A'imw,  I,  293.  —  Voy.  aussi 
Guill.  de  Puilaurenl,  217. 

3.  Calai.,  n<"  345  à  .^50,  :iS5. 

4.  Catal.,  n"  3S7,  369,  394.  —  Sur  l'évëque  d'AIbi,  voy.  plus  but 


»  40Bà  411,  415-416. 


CONSPIRATIONS   CONTRE   LOUIS  Vm 


323 


ne  Castres  prépara  et  reçut  la  soumission  de  Castres  et  de 
iaucoup  de  ailles  environnantes';  l'abbé  d'Adorel,  l'un  des 
premiers,  obtint  dans  le  midi  une  promesse  de  fidélité  à 
Louis  VIII  et  à  l'Église";  l'abbé  de  Bellocviut  porter  au  roi 
la  soumission  du  seigneur  et  des  bourgeois  do  Puilaurent'. 
En  réalité  ce  fut  le  clergé  méridional  qui  livra  à  Louis  VIII 
les  clefs  du  Languedoc  hérétique,  de  même  que  le  clergé  du 
sixième  siècle  avait  livré  à  l'orthodoxe  Clovis  le  midi  arien. 


/  II  était  naturel  qu'en  cette  occasion  plus  encore  qu'en  toute 
autre,  l'Église  servit  la  cause  de  la  monarchie.  Il  était  naturel 
aussi  que  les  succès  du  roi  excitassent  de  terribles  jalousies 
parmi  les  féodaux,  qui  y  aidaient  malgré  eux  et  n'en  profitaient 
nallement.  C'est  ce  qui  arriva.  Dès  l'époque  du  siège  d'Avignon 
se  formait  un  complot  qui  assombrit  la  fin  de  cette  campagne 
triomphale^ Les  deux  chefs  de  la  conspiration  furent  Thibaud 
de  Champagne  et  Pierre  Mauclerc.  11  faut  attribuer  certai- 
nement l'irritation  du  jeune  comte  do  Champagne  à  la  con- 
duite qu'avait  tenue  Philippe-Auguste  en  1218,  Il  avait  em- 
pêché son  vassal  de  prendre  la  direction  de  la  croisade  et  co 
fat  l'héritier  royal  qui  commanda  l'expédition  de  1219.  Dès 
que  Louis  devînt  roi,  ce  fut  à  lui  que  s'adressa  le  pape;  personne 
ne  songeait  plus  à  Thibaud,  qui  ne  cacha  point  son  dépit.  11 
ne  sascrivit  pas  l'acte  par  lequel  un  certain  nombre  de  barons, 

□  janvier  1226,  conseillèrent  au  roi  d'eni  reprendre  la  croisade 

t  lui  promirent  leur  appui.  II  n'arriva  dans  le  midi  qu'une  fois 

he  siège  d'Avignon  commencé'.  Pierre  Mauclerc  également 

rriva  en  retard".  Ce  dernier  avait  aussi  des  motifs  d'animo- 

^té  contre  Louis  VIII.   Il  avait  voulu  épouser  Jeanne  de 

Plandre,    et  avait  négocié  avec  Hunorius  III  afin  de  faire 

passer  le  mariage  contracté  par  elle  avec  Ferrand,  prisonnier 
^u  Louvre  depuis  Bouvines.  Pour  éviter  l'union  des  fiefs  de 

Bretagne  et  de  Flandi'o,  Louis  VIII  s'empressa  de  décider 


.  Catat.,  n-  388. 

2.  Catai.,  n"  323. 

3.  Calai..  n°  3S'>. 

4.  D'Arbois  de  Jubainville,  llûloire 
J01  à  204. 

5.  Nicolas  (If  Brai,  338. 


5  de  Chnmpagne,  IV, 


324  CONSPIRATIONS   CONTRE   LOI'IS   VIII 

l'élargiasement  lie  Ferrand,  et  les  beaux  projets  de  Piern 
Mauclerc  devinrent  irréalisables  {avril  \22Q)'.  Le  comte 
Bretagne  fut  donc  fort  heureux  de  trouver  en  Thibaud 
complice  tout  prùt  à  comploter  contre  le  roi.  Il  est  possibla 
qu'un  troisième  chef  de  la  conspiration  ait  été  le  comte  detk 
Marche,  bien  que  ce  baron  fiit  resté  en  Poitou',  Sans  doots, 
par  des  menées  occultes,  le  gouvernement  anglais  favorisait 
l'éclosion  des  mécontentements  et  organisait  l'union 
jalousies. 

Selon  le  chanoine  de  Tours,  dont  le  témoignage  3  une  it 
grande  autorité,  co  fut  cette  ligue  de  barons  qui  causa  l'écbec 
de  l'assaut  où  mourut  le  comte  de  Saînt-Pol.  Les  mèconteats 
ne  cachaient  point  leurs  sympathies  pour  les  Avignonais  et 
pour  le  comte  do  Toulouse,  leur  envoyaient  et  recevaient 
d'eux  des  messagers  avec  des  pr<!sents'.  Thibaud  de  Cham- 
pagne, qui  avait  quelques  parents  dans  la  ville  assiégée,  f 
entrait  comme  il  voulait.  11  disait  souvent  au  roi  «  qu'ai  siègi 
i(  n'avoit  point  d'esploit  »  ;  on  eût  été  bien  aise  que  le 
abandonnât  la  partie'. 

Enfin,  Thibaud  se  décida  à  rompre  avec  le  roi,  Roger  de 
Wendover,  dont  M.  D'Arbois  de  Jubainville  accepte  la  ver» 
sion,  prétend  que  le  comte  de  Champagne  vint  demander 
roi  la  permission  de  quitter  l'ai-mée;  il  avait  accompli  U 
quarantaine  exigée  par  la  coutume,  et  ne  voulait  pas  en  faiif 
davantage;  le  roi,  enflammé  de  colère,  le  menaça  d'aller  lui» 
même  dévaster  et  incendier  la  Champagne  s'il  partait',  û 
qui  est  certain,  c'est  que,  malgré  la  défense  du  roi  et  du 
légat,  Thibaud  reprit  le  chemin  du  nord  avec  ses  chf 
liera.  Mousket  prétend  qu'il  n'osa  partir  que  de  nuit;  Mi 
chevaliers,  qui  le  rejoignirent  le  lendemain,  furent  accomia- 
gnés  à  leur  sortie  du  camp  par  les  huées  des  valets,  d» 

1.  Cfthon.  de  Toun,  316.  —  Dom  Morice,  HUl.  de  Bretagne,  I,  15*. 

Voy.  pliu  bas  le  chapitre  i\. 

2.  Chron.  de  Tours,  316,  —  Peut-iHre  le  traité  d'alliance  entre  Thi 
baud  de  Champagne.  Pierre  Mauclerc  et  Hugue  de  Losignan  (ff.  F. 
XVIII,  316)  fut-il  conclu  dès  cette  époque. 

3.  Chron.  de  Towt,  316. 

4.  Ibidem.  —  Mousket,  v.  26173  et  suiv. 

5.  Koger  de  Wendover,  MI,  116.  Le  témoi^age  de  ce  chroniqueur 
est  fort  suspect  pour  tout  ce  oui  regarde  le  siège  d'Avignon  ;  il 
oepté  des  commérages  absurdes  sur  la  mort  dd  Louis  VTll. 


RETOUR   TIV   SOI  325 

touchers  et  des  savetiers  qui  "  les  clamèrent  f'is  ot  faus  n.  Le 
ibajifline  de  Tours  s'est  fait  aussi  l'écho  de  l'indignatiun 
[n'avait  snulevi^e  parmi  les  fidèles  du  roi  cette  sorle  de  Ira- 
^îsoD  :  n  Le  comte  do  Champagne,  qui  était  parent  du  roi,  » 
tous  dit-il,  i>  qui  avait  épousé  une  parente  du  roi,  qui  avait 
B  été  élevé  avec  le  roi  dans  le  palais  de  Phi  lippe- Auguste,  que 
V  Louis  avait  défendu  du  tout  son  pouvoir  contre  son  compé- 
k  titeur  Brard  de  Brienoo,  oublieux  de  tout  honneur  et  de  toute 
E  affection,  délaissa  son  seigneur  et  roi  au  milieu  dos  (.innomis, 
Idaos  un  péril  pressant,  et,  revenant  en  France  pour  le  dés- 
Ibonnâur  et  l'ignominie  de  son  nom  et  de  sa  race,  comme  s'il 
■  roulait  insulter  an  roi  et  au  royaume,  se  mit  à  fortifier  ses 
ivillos  et  ses  chfi (eaux- forts  "'. 

f  Attristé  par  cette  trahison,  devenu  aoupijonnenx  et  inquiet, 

lonis    VÎIi  goûtl  peu  les  joies  du  conquérant,   Pendant  lo 

fajet  du  rotonr,  il  eut  encoru  la  douleur  do  perdre  plusiouni 

I  ses  amis  les  plus  fidèles,  comme  l'archevêque  de  Keims, 

«llanme  de  Joinviile,  qui  l'avait  couronné  en  \2'■i^^,  et  Phi- 

^pe,  comte  do  Namur,  »  que  le  roi  amoit  do  cuer  fin  »;  le 

t  septembre  était  mort  Bouchard  de  Marli,  qui  avait  élé  un 

t  conseillers  intimes  de  Louis.  Des  rumeurs  sinistres  se 

aiid8leut;on  parlnitde  vin  empoiaonné.  Ildtail  plus  simpl» 

lapendanl  de  voir  là  des  effets  de  l'épidémie  qui  avait  éclaté 

ndant  le  siège  d'Avignon  et  qui  continuait  à  sévir,  jonchant 

I  sol  de  cadavres  sur  lo  p;issage  du  roi,  et  semblant  choisir 

a  préférence  le«  jeunes  hommes  *. 

'  Depuis  longtemps,  le  roi  était  souffrant  lui-même,  mais 
uimulait  son  mal  en  même  temps  que  ses  soupçons;  le 
(  octobre  sa  santé  commença  à  inquiéter  son  entourage. 


.  Chrtm.  de  Tourt.  316.  —  Vincent  de  Beauvaiti,  1276.  —  Mntiikot, 
■„  26S02  ei  aulv.  —  Thibaiid  de  Champagne  avait  épousé  Afciiés  de 
Wujftu,  coutJne  germaine  de  Louis  VIII  (D'.\rboi8.  op.  cit..  IV.  207). 


-  xi:  pi-i 


n  Hiêi 


r  'lue  dp»  intérfte  particuliers  rappelaient  Thllmm 

I  iiiiud  avait  fait  BiliBncc  lo  19  janvier  1126  nv<'i: 

ih.  «t  su  feiumeBéatrix,  comtesse  dti('hjlli>n,  contre 

< .  igui  j)oussatl  ta  r^'gente  de  1h)uri^);tia  à  «'emparer 

n.  Mais  il  no  semble  pas  que  la  lutlè  fi'it  aient  naseï 

o  m  Uuurgugiie  pour  nécessiter  le  retour  de  Thibaud. 

7.  Chron.  rfr  Tourt.  3IT.  —  Mitusket.  v.  27163  et  suiv,  —  Annafr» 

t  MouMton.  \6'J.  —  BpifarM  Andréa-  Sihii,  S5â.  —  Vincent  do  Beau- 

■  I,  )276, 


326  MORT   DE   LOUIS   VIII 

Le  3  novembre,  comme  il  était  arrivé  dans  la  petite  ville  da 
Montpensier  eu  Auvergne,  le  mal  s'aggrava.  Louis  mourut.  Ig 
8  novembre,  emporté  sans  doute  par  la  dysenterie.  C'était 
cette  même  maladie  qui  avait  failli  le  conduire  au  tomlKaa 
pendant  son  enfance,  et  qui  en  1216  avait  terrassé  sou  rival 
Jean  sans  Terre'. 

Partout  se  répandit  le  brait  que  Louis  VIII  avait  été  em- 
poisonné '.  On  accusa  Tbibaud  de  Champagne.  Nicolas  da 
Brai,  qui  cultive  les  parterres  fleuris  de  la  rhétorique  mytho- 
logique, raconte  comment  les  Furies,  prenant  d'abord  de 
l'écume  sortie  de  la  bouche  de  Cerbère,  puis  du  venin  de 
vipère,  ont  confectionné  avec  ces  ingrédients  un  poison  atroce 
et  en  ont  confié  l'emploi  à  «  leur  nourrisson  n";  ce  nourrissoQ 
des  Furies,  que  la  «  Muse  «  de  Nicolas  croit  devoir  ne  point 
nommer,  c'est  évidemment  le  comte  de  Champagne.  On  % 
trouvé  une  allusion  non  moins  claire  dans  le  second  sirventoiï 
de  Hue  de  la  Ferté*.  L'accusation  est  d'ailleurs  ouvertement 
énoncée  dans  les  Abbrcva/îones  geslorum  Franciae  reg«m, 
ouvrage  du  temps  de  saint  Louis,  et  dans  la  chronique  da 
Roger  do  Wenclover.  Celui-ci  déclare  sans  plus  de  circon- 
locutions que  le  comte  do  Champagne  convoitait  Blanche  dfl 
Castille  et  qu'il  était  pressé  de  pouvoir  satisfaire  sa  passion' 
En  1230  ce  soupçon  pesait  encore  si  fortement  sur  Ttiibnuf 
que  Philippe  Hurcpel  put  en  profiter  :  avant  d'entrer  en  Chanh 
pagne,  il  lit  provoquer  le  comte,  l'accusant  d'avoir  empoi- 
sonné Louis  Vlir.  Étant  donné  que  Thibaud  avait  quitli 
Avignon  avant  la  mi-aoùt  et  qu'il  était  dés  le  mois  de  sep-- 
tembre  en  Champagne\  étant  donné  surtout  qu'on  ne  pouvut 


1,  Vinc.  de  Eîeauvais,  1276-H77.  —  Chron.  de  Toun,  317.  —  G. 
Putlaurent,  217.  --  Vincent  de   lleauvais  dit  que  Louis  >  tontl» 

>  frénéïie  »  le  3  novembre,  mais  ne  se  prononce  pas  sur  la  nature  dit 
mal  qui  l'emporta;  selon  .quelques-uns,  déclare  Itoger  de  Wcndo»« 
(lU,  116),  ce  fut  la  dysenterie. 

2.  Voy.   Wendover,  III,  116;  —  la  chronique  de  l'Italien  llicbard 
de  Saint  Germain,  p.  346. 

8.  Micolas  de  Brai,  S'H;  cf.  p.  331. 

4.  U'Arboia  de  Jubainville,  Vomies  'le  Champagne.  IV,  209,  noie. 

'5.  Alibrev.  gesl.   l-'ranc.  regum..  W3.    —  Wendover,  III,  116. 
Cf.  Paulin  Paris,  article  paru  dans  lo  Cabinel  liUlorique.  IV,  1' 
129. 


CONSEQUENCES   DE   LA    CROISAnE 


327 


jûléguer  aucune  preuve  précise  contre  lui,  et  qu'une  épidémie 
lévissait  au  moment  de  la  mort  du  roi,  il  était  infiniment 
^lus  vraisemblable  d'attribuer  tout  simplement  le  décès  de 
III  à  la  dysenterie.  Mais  on  aima  mieux  fabriquer 
me  mélodramatique  histoirfi  d'empoisonnement,  comme  on  le 
At  aussi  pour  Jean  sans  Terre.  C'est  le  cas  de  rappeler  ici  la 
Bpirituelle  remarque  d'Alfred  de  Vigny  :  h  11  y  a  doux  choses 
H  que  l'on  conteste  bien  souvent  aux  rois  :  leur  naissance  et 
fc  leur  mort.  Oa  ne  veut  pas  que  l'une  soit  légitime,  ni  l'autre 
p  naturelle  »'. 

a  mort  de  Louis  VIIl  ranima  un  instant  le  courage  des 
Sathares  et  les  troubles  de  la  minorité  de  saint  Louis  entra- 
Tvèrent  l'action  royale.  Mais  une  commune  lassitude  amena  les 
'  parties  à  s'entendre,  et  le  traité  de  1229  assura  à  la  dynastie 
capétienne  rhéritage.  do  la  maison  de  Saint-Gilles.  Enfin  l'ex- 
^lition  de  Louis  VlII  fut  une  phase  décisive  dans  l'histoire 
(  l'annexion  du  royaume  d'Arles  â  la  France.  On  s'habitua 
t  delà  du  Khône  à  regarder  le  roi   de  France  comme  un 
^aitre,  et  à  mépriser  de  plus  en  plus  l'autorité  de  l'empereur, 
tDtud  Frédéric  II  mourut,  la  Provence  appartenait  à  deux 
r^es  fils  de  Louis  VIII,  Charles  d'Anjou  et  Alfonse  de  Poitiers  ; 
au  siècle  suivant,  l'empereur  Charles  IV  renonçait  au  royaume 
d'Arles. 
ip     C'est  donc  pendant  ce  règne  de  trois  ans  que  la  politique 
Capétienne,  abandonnant  la  chimère  impériale,  s'aiguille  vers 
Wb  sud.  Ce  fut  là  une  heureuse  chance  pour  la  royauté;  ce 
n'en  fut  assurément  pas  une  pour  le  midi  de  la  France.  L'in- 
tervention monarchique  décida  du  triomphe  do  l'orthodoxie; 
l'Église    indépendante   qui   avait    tenté  de    s'organiser    fut 
^éantie  ;  mais  en  même   temps   quelle,    devait  périr    la 
ivilisation  spéciale  du  midi  ;  cette  fleur  brillante  et  fine  fut 
^acinée  par  d'impitoyables  mains.  Les  enquêtes  du  milieu 
I  xtn°  siècle  nous  révèlent  lo   régime  de  terreur  que  les 
[euts  des  Capétiens  imposaient  à  leurs  administrés;  les  pro- 


ft  S.  Journal  d'un  poêle,  année  18i'>  —  Pour  la  ridicule  légende  racontée 
Ttr  G.  de  Puilaurent,  voy.  plus  liant  p,  15,  note  I.  —  Luuijt  VIII  fut 
pteiré  à  Saint-llenis;  sur  1  oxliumalion  de  son  corps  en  1793,  voy, 
B  Appendice  n"  I. 


328  CONSÉQUENCES   DE   LA   CROISADE 

testations  effarées  de  ces  malheureux,  qui  demandaient  à 
s'abriter  «  sous  les  ailes  »  du  roi  Louis  VIII,  adoucirent  la 
conquête,  mais  n'empêchèrent  nullement  l'oppression  du  pays 
conquis*.  C'est  seulement  pendant  les  dernières  années  du 
règne  de  saint  Louis  que  l'assimilation  véritable  commença; 
une  nouvelle  France  méridionale  s'éleva  sur  les  ruines  de 
l'ancienne  ;  mais  le  beau  temps  des  troubadours,  de  la 
liberté  de  parole  et  de  pensée  n'était  plus  désormais  qu  un 
souvenir. 


1.  Voyez  les  Enquêtes  publiées  par  M.  A.  Molinier  dans  le  t.  VII  de 
VHist,  du  Languedoc,  2«  partie.  —  Pèlerin  Latinier,  auquel  Louis  VIII 
avait  coAfié  la  sénéchaussé  de  Beaucaire,  se  rendit  odieux  par  sa 
tyrannie.  Voy.  ibidem,  col.  114,  une  plainte  portée  contre  lui  par  les 
habitants  de  Beaucaire. 


CHAPITRE  VI. 

LA   COUR   DE   LOUIS   VIII   ET   LE   GOUVERNEMENT   CENTRAL. 

Louis  VIII  mène  une  existence  nomade,  comme  ses  ancêtres, 
et  comme  ses  descendants  jusqu'au  xvii°  siècle.  Les  dépenses 
de  riiôtel  du  roi  au  moyen  Age  portent  le  nom  générique 
d'  «  Itinera  ».  La  présence  de  Louis  à  Paris  est  mentionnée 
trente-cinq  fois  dans  le  tableau  que  nous  avons  dressé  de  ses 
séjours  connus  ;  elle  est  signalée  vingt  fois  à  Saint-Germain, 
une  douzaine  de  fois  à  Compiègne  et  à  Melim.  Les  châteaux 
de  Fontainebleau  et  de  Vincennes  sont  peu  fréquentés.  Quant 
à  Tancienne  seigneurie  de  Louis,  TArtois,  la  cour  ne  s'y 
transporte  que  trois  fois.  Les  châteaux  de  Mantes  et  dWnet,  que 
Philippe- Auguste  aimait  à  habiter,  sont  délaissés  à  peu  près 
complètement*.  En  revanche,  comme  on  le  voit,  Louis  VIII  a 
une  prédilection  marquée  pour  Saint-Germain,  qui  avait  com- 
mencé à  prendre  une  grande  importance  à  la  fin  du  règne 
précédent,  et  il  réside  très  fréquemment  à  Paris.  Paris,  dès 
le  xii*  siècle,  méritait  le  titre  de  «  regni  caput  et  sedes  regia*  ». 
Philippe-Auguste  Tavait  pavé,  y  avait  bâti  des  halles  et  fa- 
vorisé la  construction  d'une  cathédrale  merveilleuse.  Enfin, 
c'était  déjà  la  «  ville  des  lumières  ».  Gilles  de  Paris  s'eff*or- 
çait  de  prouver  qu'elle  avait  produit  quantité  d'excellents 
poètes \  et  son  Université  commençait  à  être  célèbre.  Nicolas 
de  Brai  Tappelle  w  ville  vénérable  dont  la  renommée  brillante 
«  se  répand  dans  l'univers  entier,  et  qu'arrose  la  source  sacrée 
«  de  la  Sophia*  ». 

Louis  VIll  passe  une  bonne  moitié  de  son  règne  hors  de 
ces  résidences  favorites,  non  seulement  parce  qu'il  fait  deux 


1.  Itin.  de  Louis  VIFL  Appendice  n«  m. —  Voyez  17/m.  de  Philippe- 
Auguste  dans  Delisle,  Introa.,  p.  cm. 

2.  Gesta  Ludov.  VII,  IL  F.,  XII,  197. 

3.  Cnrofinus,  297  et  suiv. 

4.  Nicolas  de  Brai,  330. 


330  VIE   NOMADE   DU   ROI 

expéditions  guerrières,  dans  l'ouest  et  dans  le  midi,  maii 
aussi  parce  que  c'est  pour  lui  une  économie  de  voyager.  Parmi 
ses  revenus  figure,  en  effet,  le  droit  de  gîte:  «  C'était,  dit 
n  Brussel,  la  droit  qu'avait  le  roi  de  pouvoir  aller  uoe  tait 
u  l'année  visiter  chaque  ville  ou  principal  lieu  du  royaume,  i'f 
Il  coucher  avec  sa  suite  pendant  l'espace  de  trois  jours  et  d'être 
n  défrayé  do  tout  par  le  seigneur  ou  les  habitants  du  lieu'.» 
Pour  le  règne  de  Louis  VIII,  nous  avons  là-dessus  des  ren- 
seignements particulièrement  précis  ;  nous  possédons  leslisiei 
desn  Gistaquedûminusrex  Ludovicus  cepit  »  pour  les  années 
1223,  1224,  1225'.  En  1223.  le  premier  mois  de  son  règne, 
Louis  se  rend  à  Reims  pour  se  faire  sacrer.  Le  ;J0  juillet,  la 
ville  de  Beauvais  recuit  le  roi  et  sa  suite,  et  cet  honneur  lui 
coîlte  236  livres;  le  lendemain,  le  roi  loge  ù  Saint-Just-en- 
Chaussée,  et  le  gîte  est  de  100  livres;  le 3  août,  c'est  Saint- 
Médard  de  Soiss'tns  qui  doit  débourser  224  livres;  le  lende- 
main, le  roi  ne  dépense  à  Mont- Notre- Dame  que  60  livres;  cm 
revanche  les  journées  des  5  et  6  août  coûtent  à  Tarchevéque 
et  aux  habitants  de  Reims,  tant  pour  les  frais  do  séjour  ijua 
pour  les  frais  de  sacre,  4,000  livres.  Enfin  le  8  août,  le  roi 
repasse  par  Soissons  ;  cette  fois  c'est  Notre-Dame  de  Soissnns 
qui  fournit  un  gîte  de  120  livres.  Si  l'on  retranche  les  sommes 
payées  par  les  Rémois  en  une  circonstance  spéciale,  c'eat 
une  somme  de  740  livres  qu'économise  le  roi  durant  le  voyage 
du  sacre,  grâce  au  droit  degitc.  —  Lorsqu'aux  mois  de  no- 
vembre et  de  décembre  Louis  fait  une  tournée  en  Artois  et 
en  Picardie,  il  épargne  de  la  même  manière  2289  livres.  Ou 
voit  que  le  roi  avait  intérêt  à  se  déplacer\ 

Dans  ces  voyages,  Louis  VIII  est  accompagné  par  son 
entourage;  entourage  d'aspect  fort  mobile  et  Sottant,  mais  où 
l'on  peut  distinguer  pourtant  des  éléments  fixes. 

1.  Us.  ((m  fie/a,  536-537. 

2.  Arch.  nal.,  Registre  E  dp  Philippe-Auguste,  f°  311  v«;  —  RegîïW 

PP  17,  f"  202,  elc Le  texte  le  plus  complet  est  celui  qui  a  été  édltt 

d'après  le  Hegiatre  Quiei  m  ccelix  par  brussel,  L'iage  deifief»,  I,  &M. 

3.  Brussel  (Ut.  iex  fief»,  552)  prétend  œflme  que  si   Uui»  VIIjÇ 
voyagea  si  fréiiuemment,  «  sa  vue  principale  en  cela  ôtfit  de  se  se 
"  de  l'argent  de  celte  queste  pour  pousser  la  guerre  (|u'il  avoit  (t 
0  cmur  contre  les  hérétiques  albigeois».  C'est  là  une  opinion  fr-'*'' 


FAMILLE  DE   I.OUIS   VIll 


331 


Les  premiers  Capétiens  avaient  eu  il  cilmpter  avec  leur 
famille.  Ils  y  trouvaient  des  collaborateurs  et  aussi  ries  enne- 
mis. L'histoire  des  rois  des  xi"  et  xii*  siècles  est  pleine  de 
leurs  démêlés  avec  leurs  frères,  leurs  fils  et  même  leur 
mère.  Louis VlII  n'eut  pointa  lutter  contre  les  siens.  Il  les 
tint  même  à  l'écart  du  pouvoir,  imitant  sur  ce  point  la  poli- 
tique paternelle.  On  sait  en  effet  que  la  famille  royale,  et 
j'entends  par  là  les  parents  au  premier  et  au  second  degré, 
avaient  pris  fort  peu  de  part  au  gouvernement  sous  le  règne 
de  Philippe-Auguste.  Ce  prince  avait  imposé  aux  siens  une 
forte  et  rude* discipline.  Seul  l'héritier  présomptif  avait  pu 
manifester  son  activité,  en  des  limites  d'ailleurs  soigneu- 
sement circonscrites  par  la  prudence  ombrageuse  du  roi. 

L'épouse  reine,  aux  xi'  et  xii"  siècles,  avait  joué  souvent 
un  grand  nMe,  Ni  Isabelle  de  Hainaut,  ni  Ingeburge  ne  furent 
dans  ce  cas'.  Cette  tradition  nouvelle  devint  si  forto  qu'elle 
ne  fut  point  brisée  sous  le  règne  de  Louis  VlII,  malgré  son 
grand  attachement  pour  sa  femme.  Le  nom  de  Blanche  de 
Castillo  n'apparait  dans  aucun  acte  de  la  chancellerie  capé- 
tienne de  1223  à  1226.  Il  est  évident,  nous  l'avons  déjà  dit, 
que  cette  princesse  remarquable  devait  avoir  un  grand  ascen- 
dant sur  Louis;  il  n'est  pas  inutile  de  remarquer  qu'il  lui 
légua  30.000  livres  parisis,  alors  que  Fhilippe-.\uguste  en 
laissa  10,000  à  Ingeburgc  ot  saint  Louis  4,000  seulement 
i  Marguerite  de  Provenne'.  Mais  Blanche  ne  prit  officielle- 
ment aucune  part  aux  affaii-es,  du  vivant  de  son  époux*. 

Louis  eut  de  Blanche  de  Castille  au  moins  douze  enfants. 
Une  fille  née  en  1205,  Philippe,  né  en  1209,  et  deux  jumeaux, 
nés  en  1213,  étaient  morts  lorsque  leur  père  monta  sur  le 
Irilne.  A  ce  moment  Louis  VIll  avait  cinq  enfants  :  Louis,  né 
en  1214;  Robert,  néon  1216;  Jean,  né  en  1219;  Alfonse  ou 
Atifour,  né  en  1220;  Philippe,  appelé  aussi  Dagobert,  né  en 
1222.  Enfin  Blanche  do  Castillo  accoucha  pendant  le  règne 
He  son  mari  d'une  tille  nommée  Isabelle  et   d'un  fils  nommé 

i 

**  i.  Froidevflus.  l>e  regii»  conciliis  Phil.  Au^.  reijnante  hnbilù,  15. 

1.  Test,  de  Louis  VIÛ  :  CataL,  n"  255.  —  Luchairc,  Manuel,  4?8. 

3.  Tout  ce  que  les  historiens  modernes  ont  dit  à  ce  sujet  est  le  fruit 
de  leur  imagination;  voy.  par  exeiniile  le  récit  aj^réable  et  absolument 
JÎaiA  de  fondement  île  Mézeray,  ttisl.  de  France,  II,  215. 


332  FAMILLE  DE   LOUIS  VIII 

Etienne.  Quanta  Charles,  ce  fut  peut-être  un  fils  posthume; 
en  tout  cas  il  ne  naquit  pas  avant  1226'.  On  voit  qu'aucun 
des  enfants  de  Louis  VIII  ne  fut  en  âge,  pendant  son  règm?, 
déjouer  le  rôle  qu'il  avait  joué  lui-même  du  vivant  de  son 


1.  Chron.  de  Taurt,  317,  —  Aubri  de  Troîsfonliinea.  919.  —  Iliaa- 
ria  rcgum  Franc,  ah  ocij/inc  «c.,.,  426  et  427.  —  Bernard  Itier,  K6, 
Annales  de  S.  Dénia, 2%Û.^Geneal.regum  Franc. ,i3i. — Abbret'iatio 
getlorum  Franc.  regumA^iS.  Sur  la  date  de  naissance  de  snint  Louia. 
voy.  un  art.  de  M.  de  Wailly,  Bib.  F.e.  Ck..  6*  série.  II,  lOS  el  suiv, 
—  Cf.  Le  Nain  de  Tillemont,  op.  ci'L,  I.  419  et  suiv.  Louis  Vlll  rCanA 
que  cinq  fils  en  1225  au  moment  nu  il  fil  son  testament.  Donc  Etienne 
n'était  pas  encore  né  à  ce  moment-làou  bien  Dagobert  était  déjà  mail 
Ciiarles  serait  né  à  la  fin  de  mars  1227,  selon  rAnnalistedeSaînt-Dcni*; 
cette  dernière  assertion  est  invraisemblable,  car  Blanche  n*ayant  pu 
accompagné  Louis  VIII  en  Albigeois  (voy.  N.  de  Brai,  'i'ih;  cf.  la  légends 
sur  la  mort  de  Louis  VIII),  ce  deruier  enfant  a  été  conçu  au  plus  tatd 
dans  la  première  quinzaine  de  mai  1226. 

%.  Je  dois  signaler  ici  un  fait  qui,  pour  n'avoir  eu  aucune  consé- 
quence, n'en  est  pas  moins  curieux.  Le  fils  aine  de  Louis  VIII,  le  futur 
saint  Louis,  tutapirelé  àrégnersurlaCastiHe.  Louis  VIII  reçut  en  effet 
à  ce  sujet  des  lettres  de  neuf  grands  de  Castille,  lettres  non  datée*, 
maïs  certainement  authentiques,  conservées  en  original  au  Trésor  dd 
Chartes  (Cala^.  n-  445  à  453).  Alfonse IX,  père  de  Blanche  deCastille, 
était  mort  en  1214;  il  avait  eu  plusieurs  enfants,  entre  autres  Henri, 
Bérengère  et  Blanche.  Henri  i,  mort  sans  enfant  en  1217,  eulpuor 
successeur  son  neveu,  Ferdinand  111,  fils  du  roi  de  Léon  et  de  Qéno- 
gère,  sœur  ainée  de  Blanche.  Bien  que  Ferdinand  fut  le  légitime  béii- 
lier  de  Henri  I,  les  nobles  Castillans,  ou  du  moins  cens  qui  négocièreat 
avec  Louis  Vlll,  le  considéraient  comme  un  d  étranger  »;  selon  auir 
Alfonse  IX  avait  déclaré  à  son  lit  de  mort  que  si  Henri  mourait  suM 
enfant,  la  couronne  devait  revenir  au  fils  de  Blanche  de  Ca.slille,  et,  en 
vertu  de  cette  volonté  du  mourant,  ils  écrivirent  à  Louis  VIII  pour  le 
supplier  de  leur  envoyer  son  fils,  qui  devait  monter  sur  le  trône  indû- 
ment occupé  par  Ferdinand.  Ainsi  ils  avaient  attendu  huit  ou  neuf  41» 
pour  s'apercevoir  que  Ferdinand  n'i^tait  pas  le  roi  légitime  :  le  néme 
lait  s'était  du  reste  produit  à  propos  de  Jean  sans  Terre.  Bréqnignjrt 
daté  ces  lettres  des  nobles  Castillans  de  1217  (J/dm.  de  Littiraturt  it 
CAcad.  des  Iiucr.  el  Belles- Lellre».  XLI,  693  et  suiv.);  mais  FadraM 
prouve  indubitablement  qu'elles  datent  du  rë^e  de  Louis  VIII.  Qtiaol 
a  rechercher  l'époque  précise  de  leur  envoi,  comme  l'a  ^t  Teolet 
fn"  1813),  on  ne  peut  le  tenter  sérieusement,  l'histoire  de  Castille  était 
fort  obscure  à  celte  éj)oque.  Nous  ignorons  quelle  fut  l'altitude  du  mi 
de  France  en  celte  circonstance  et  nous  savons  seulement  que  son  fila 
n'alla  pas  en  Castille.  Les  grands  font  allusion  dans  leurs  lettres  jk  dei 
négociations  antérieures  engagées  avec  Louis  VIII  ;  mais  ces  ni^oùa*' 
tiens  avaient  peut-^lre  un  autre  objet,  par  ex.  l'affaire  d'AIbigwna^ 
comme  le  suppose  Teulet.  En  tout  cas,  ce  ne  fut  point  Blanche  de  Gtto 
tille  qui  provoqua  la  démarche  dos  nobles  espagnols;  elle  avait  tendn^ 
ment  aimé  sa  sœur  Bérencère  et  était  restée  en  excellentes  relation^ 
avec  sa  famille;  enfin  l'échec  de  son  mari  en  Angleterre  ne  pouvait  ta 
disposer  i  engager  un  de  ses  enfanta  dans  une  aventura  analogue 
Nous  avons  d'ailleurs  une  preuve  formelle  qu'elle  s'y  refusa  person- 
nellement: dans  une  poésie  composée  peu  après  la  mort  de  Louis  VIJL 


PHILIPPE   irUKEPEi.  333 

i  reine  douairière  élait  la  célèbre  Ingeburge,  Dès  le  mois 
S'avril  1223,  Louis  VIII  lui  assura  la  jouissance  du  douaire 
que  Philippe-Auguste  lui  avait  assigné  en  1193.  Il  ne  cessa 
d'être  en  bons  termes  avec  sa  belle-mère  ;  Mousket  nous  dit  : 


Et  sa  marastrc  11  ert  mère 
Et  il  H  icrt  et  Bus  et  père  '. 


i  Louis  VIII. 


■tais  quant  à  l'inlluence  d'Ingeburge  à  la  cour  t\ 

Ble  a  été  certainement  nulle. 

R.  Philippe-Auguste    avait    eu    d'Agnès   de    Méranie    deux 

Bnifants,  Pbilippe  et  Marie,  et  d'une  «  demoiselle  d'Arras  » 
un  flU  nommé  Pierre  Chariot.  Pierre  Chariot,  encore  fort 
jeune,  et  Marie  no  sont  signalés  dans  aucun  texte  relatif 
au  règne  de  Louis  VIII,  Philippe,  au  contraire,  seul  d'entre 
les  parents  du  roi,  joua  un  certain  rôle  à  la  cour.  Il  avait  été 
tîancé  dès  le  berceau,  en  1201,  à  Mathilile  ou  Mahaud,  Elle  de 
Renaud  de  Dammartin,  qui  possédait  les  comtés  de  Dammar- 
tin,  de  Boulogne  et  de  Mortaîn  ;  on  sait  que  Renaud  trahit 
Philippe-Auguste  et  fut  liépouillé  de  ses  biens.  Philippe 
^•pousa  Mahaud  (en  1216  probablement}  et  Louis  do  France 
administra  â  sa  place  le  comté  de  Boulogne  ;  dès  l'avènement 
du  nouveau  roi,  le  jeune  comte  do  Boulogne  prit  possession 
do  sa  seigneiu-io.  Phi  lippe- Auguste  avait  donné  en  outre  à 
son  fils  cadet  les  comtés  de  Mortain  et  de  Domfrout  et  la 
terre  de  Colentin,  et  pour  augmenter  encore  cet  apanage, 
avait  acheté,  â  la  mort  de  Thibaud  le  lépreux,  comte  de 
Clermont,  les  droits  que  les  [larents  du  défunt  pouvaient  avoir 
sur  le  comté  de  Clermont;  Raoul  de  Ciermont-Ailli  renou- 
vela cette  cession  en  novembre  1223  moyennant  de  nouvelles 
faveurs  royales".  Jusqu'en  1224  PhiUppe  ne  jouit  que  des 


Sordel  dit  en  effet  :  «  Pais  (le  jeune  l-ouis)  recouvrira  la  Castille,  qu'il 
"  perd  par  ignoranue,  —  maia,  si  cela  coLitrarie  sa  mère,  il  n'en  man- 
•  géra  pax  ; —  car  à  qui  sait  apprécier  il  apparaît  bien  qu'il  ne  fait  rien 
«  qui  la  contrarie.  »  (P.  Meyer,  Reetteil  aane.  texte»,  !'■  partie,  93). 
Je  dois  la  communication  de  ce  dernier  texte  à  l'obligeance  de  M.  Elio 
Berger. 

1.  Morisket.  v.  27443-274'.4.  —  Davidsohn,  op.  cit.,  269  et  suiv. 

2.  JierktreliM  sur  let  comtes  de  Dammaitin.  par  Léop.  Dellsle,  dans 
Mèm.  de  la  Soc.  des  Aîiliq.  de  France,  ann.  1$69,  p.  191  et  suiv.  — 
HecfiercheK  sur  le»  comtes  de  Clermonl,  par  E.  de  Lépinois,  dans  !tf^. 
de  la  Soc.  acad.  d'archéol.  de  l'Oise,  X,  60  et  suiv,  —  Calai.,  n"  44. 


k. 


334  JËkS   DE   BRIENNli 

comtés  de  Boulogne  et  de  Clermont-  Son  apanage  fut  définiti- 
vement constitué  en  février  1224.  U  reçut  alors  les  comtés 
de  Domfront  et  de  Mortain  ;  il  n'eut  point  la  terre  de  Cotentiii, 
mais  son  frère  lui  asinira  la  possession  dn  comté  de  Clermont 
et  d'un  [juartier  de  Dammartin  ;  enfin  U  eut  presque  tout  le 
comté  d'Aumale,  les  terres  d'Alisai  et  de  Lillebonne.  Louis 
se  réserva  une  partie  du  comté  d'Aumale,  particulièrement 
le  cliAt«au  de  Mortemer,  et  en  outre  les  forteresses  de  Dom- 
front et  de  Lillebonne'. 

Ce  frère  de  Louis  VIII,  que  Nicolas  de  Braî  en  son  eotboo- 
sîasme  officiel  appelle  «  la  gloire  de  la  Picardie*  »,  était 
surnommé  le  Malpeigné  (Huropel).  Il  montra  après  la  mort  do 
son  aîné  qu'il  était  un  assez  piètre  sire.  Mais  il  était  à  peine 
majeur  quand  mourut  son  père,  et  Louis  VIII  n'eut  pas  A  se 
plaindre  de  lui.  II  est  mentionné  dans  un  certain  nomlire 
d'actes  et  devait  figurer  constamment  dans  l'entourage  du  roi  ', 

Le  roi  de  Jérusalem,  Jean  de  Brienne,  revenu  d'outre  mer 
ù  la  fin  du  précédent  règne,  apparaît  aussi  à  plusieurs  reprises 
parmi  les  conseillers  de  Louis  VIII.  11  entra  dans  sa  parenté 
en  1224,  en  épousant  Bérengère,  nièce  de  Blanche  de  CasUlle. 
Venu  en  France  pour  exhorter  Phi  lippe- Auguste  à  enTover 
des  secours  en  Terre-Sainte,  il  essaya  probablement  d« 
décider  Louis  à  partir  pour  l'orient.  Il  intervint  dans  les  ncgi>- 
ciations  avec  le  gouvernement  anglais  et  accompagna  le  roi 
en  Poitou*, 

N'oublions  point  parmi  les  conseillers  de  Louis  VIll  le 
cardinal  de  Saint-Ange,  qui  joua  un  rôle  très  important  dans 
le  gouvernement  général  du  royaume  en  1225  et  en  1226. 

On  sait  par  quelle  lente  évolution  les  cinq  chefs  de  la  domes- 
ticité des  temps  mérovingiens  et  carolingiens,  sénéchal, 
bouteiller,  chambrier,  connétable,  chancelier,  étaient  devenus 
les  cinq  grands  officiers  de  la  couronne,  et  en  quelque  sortO 
des  ministres,  si  l'on  peut  employer  ce  root  pour  désigner  des 


1.  Calai,  n"*  71-7a. 

2.  Nicolas  de  Brai,  333. 

3.  Il  va  en  122J  recevoir  h  Lorris  le  serment  d'Ingeburge:  Caiat,, 
n"  12.  —  Il  assiste  à  diverses  assemblées  :  voy.  notre  Àppendiet  n"  V. 

4.  Chron.  de  Tour»,  301-305.  —  Ann.  de  Duntlaplt,  80,  81,  90.  - 
Catal.,  n>"81  et  13S. 


LBS   GRANDS   OFFICIERS 


335 


personnes,  non  pas  revêtues  de  fonctions  déterminées,  mais 
qui  ont  au  plus  haut  degré,  d'une  façon  générale  et  vague,  la 
confiance  du  roi.  On  sait  aussi  que  ces  fonctionnaires  avaient 
fini  par  reconstituer  à  leur  profit  une  nouvelle  hérédité  des 
offices  et  par  se  faire  craindre  du  roi  lui-même.  Philippe- 
Auguste  laissa  vacant  le  daplfèrat,  qui  était  le  plus  dangereux 
de  tous  ces  offices,  étant  devenu  véritablement  une  vice- 
royauté;  depuis  1191.  cette  charge  n'eut  jamais  plus  de  titu- 
laire. Lorsque  Louis  VIII  monta  sur  le  trône,  la  bouteillerie 
était  également  vacante  depuis  1221  ;  la  chancellerie  l'était 
depuis  bien  plus  longtemps  encore,  depuis  1185'.  Louis  VIII 
releva  les  grands  offices.  II  donna  des  titulaires  à  la  bouteillerie 
et  à  la  chancellerie. 

Dès  son  avènement  ^  il  promut  au  titre  de  chancelier 
Vévéque  de  Senlis  Guérin,  figure  fort  intéressante  et  qui 
mérite  de  fixer  un  instant  l'attoution.  La  biographie  de  Guérin 
a  été  écrite  par  un  érudit  du  xvn'  siècle,  le  baron  d'Auteuil, 
dans  son  Histoire  dits  Ministres  efElat.  Le  titre  de  cet  ouvrage 
montre  assez  que  l'autour  ne  distinguait  pas  très  fortement 
dans  ses  conceptions  historiques  le  xm°  siècle  et  le  xvii%  la 
cour  de  Louis  VIII  et  celle  de  Louis  XIV.  En  tète  de  la  bio- 
graphie en  question,  le  libraire  a  placé  une  gravure  qui 
prétend  reproduire  les  traits  do  Guérin.  L'évèque  de  Senlis 
a  un  costume  guerrier  fantaisiste  et  de  sa  main  droite  il  lève 
en  l'air  une  épée;  à  côté  de  lui,  sur  une  table,  sont  placées 
la  crosse  et  la  mitre.  On  pense  tout  de  suite  à  Richelieu. 

Guérin  n'était  pas  un  Richelieu,  mais  il  fut  en  son  temps 
un  grand  personnage.  Il  dut  naitre  quelques  années  avant 
Philippe-Auguste',  On  l'a  identifié  h  tort  avec  Guérin  de 
Montaigu,  de  la  famille  des  Montaigu  d'Auvergne  '.  L'Anonyme 
de  Bélhune  nous  dit  qu'il  était  do  basse  extraction.  D'abord 
chanoine  de  Saint-Quentin  et  frère  hospitalier  de  Saint-Jean 
de  Jérusalem,  Guérin  ne  tarda  pas  à  entrer  à  la  cour  de 


^Sùii 


'oy.  Luchaire,  Instit.  monarchiques,  1,    163  et  suiv.  —  U 
aet  actes  de  Philippe-Auguste,  Introd.,  p.  lxx\[-lx.\.\v[i. 
X.  Calai.,  n"U. 

3.  D'Auleuil,  aisl.  des  Min.  d'Etat,  3B3. 

4.  Voy.  par  ex,  la  Table  onomastique  du  t.  XIX  des  U.   F.  - 
UUt.  littér.,  XVIll,  33. 


L. 


336  LES   GRANDS   OFFICIERS 

Philippe- Auguste.  On  trouve  sou  nom  cité  dans  le  testama 
de  1100.  Depuis  1201  jusqu'à  la  un  du  rêgDf>,  il  remplît  11 
fonctions  de  vice-c}iaiicelier.  En  1213,  il  devint  livèque  à 
Senlis.  Les  contemporains  le  représentent  comme  ud  homnii 
très  instruit,  énergique  et  prudent,  «  sages  et  bien  en  parol«s»i 
Il  joua  un  rôle  fort  actif,  tant  dans  la  guerre  que  dans  l'adu^ 
nistration-  C'est  peut-être  k  lui  qu'est  due  la  victoir 
Bouvincs,  et  nous  avons  vu  qu'il  accompagna  Louis  He  Fraud 
pendant  sa  campagne  de  Flandre  et  pendant  la  croisadu 
1219.  Guillaume  le  Breton  dit  à  plusieurs  reprises,  ainsi  qat 
r.\jionynu'  de  Bétliune,  qu'il  était  le  véritable  second  i 
Philippe-Auguste.  La  royauté  trouva  en  lui,  durant  près  d 
quarante  ans,  son  principal  conseiller'. 

La  bouteillerie  avait  été  longtemps  occupée  par  la  famillt 
de  la  Toiu-.  Après  la  mort  do  Gui  IV  de  la  Tour.  Philippe- 
Auguste  avait  laissé  cet  office  vacant  '.  Louis  Vlll  le  coofém 
à  un  de  ses  parents,  Robert  de  Courtenai,  soigneur  de  Chaîna 
pignelle,  qui  l'avait  fidèlement  servi  pendant  son  expèditict 
en  Angleterre'. 

Le  camérariat  et  la  connétablie  avaient  pour  titulaires,  i 
1223,  Bartliélemi  de  Koie  et  Mathieu  de  Montmorenci. 
que  Guérin.  le  «  gras  chevalier  »  Barlbèlorai  de  Roie  ( 
l'un  des  exécuteurs  testamentaires  de  Philippe-.^ugusl*.' 
Charabrier  du  roi  depuis  120S,  on  le  voit  employé  depuif 
longtemps,  dès  1194,  dans  d'importantes  négociations  avec 


1.  Guill.  le  Breton.  Chron..  §  175;  Pliilippidr.  X,  v,  731.73!,  etc.  - 
Anon.  de  Bélhune,  f"  54.  —  Ht'sl.  det  duc»  de  Normandît,  IM-- 
D'Auteuil,  IHèI.  des  M(n.  d'Etat,  3a2  et  suiv.  —  Hist.  Uttirairt,  XVlUi 
33  et  suiv.  —  Dolisle,  Calai.,  Inlrud.,  p.  i.x.xxvii.  —  I^b*in.  Mfrn.  nr. 
fa  bat.  de  Ûouvinet.  —  Selon  Budé  (cité  par  d'Auteuil.  p.  421,  et  Leboi, 
p.  114),  Guérin  avait  écrit  une  ViedePhtlippe-AuguttfelJeLouitYlllt 
mais  cet  ouvrage  périt  dans  l'incendie  au  cliâteau  de  Blcètre  soM 
Charles  VI.  En  tout  cas,  il  y  a.  dans  le  Reg.  E  de  PhilippA-AogiuttT 
(tu  f»  303  au  fo  308,  un  Traclatut,  qui,  selon  une  Nolice  du  f*  Il  vS 
a  été  composé  sous  la  direction  de  Guérin.  Cet  opuscule,  qui  obllllï 
un  e  privilège  spécial  o  de  Phi  lippe -Auguste,  comprend  1"  une  lisM 
chronologique  des  papes;  2°  une  liste  clironologiquedeâ  rotsdt  Fnoof 
et  des  empereurs  romains;  3°  une  liste  des  diocèses.  ' 

2.  Walker,  op.  cil.,  45. 

3.  Robertde  Courtenai  descendait  de  Louis  VI;  voj*.  Moreri,IV,309A 
suiv.  —  Il  porte  pour  la  première  fois  le  titre  de  boiiteiller  do  Francs 
dans  l'ordonnance  sur  les  Juifs  de  1333  {Calai.,  n°  36],  mais  il  fui  pra- 
bablement  nommé  en  même  temps  que  Guérin. 


ATTRIBUTIOMS   DES   GRANDS   OFFICIERS. 


337 


rAnglelerre.  Il  avait  combattu  à  Bouvines,  à  côté  de  Guérin 
et  de  Mathieu  de  Montmorencî  '.  Ce  dernier  appartenait  par 
alliance  à  la  famille  royale  et  était  connétable  depuis  1218  *. 

Ces  «  ministeriales  hospitii  domini  régis  »  '  avaient  des 
attributions  indéfinies.  Sous  Louis  VIII  comme  sous  Philippe- 
Auguste,  ce  sont,  si  je  puis  dire,  des  ministres  à  tout  faire. 
Us  souscrivent  les  diplômes,  accompagnent  et  conseillent  le 
roi,  assistent  aux  assemblées  politiqueset  Judiciaires,  et  selon 
les  besoins  sont  délégués  en  des  fonctions  spéciales,  par 
exemple  celles  de  juges  à  l'Échiquier  de  Normandie'.  Plus 
tard,  certains  d'entre  eux  auront  des  attributions  très  déter- 
minées; ainsi  le  connétable  sera,  au  xiv"  siècle,  le  chef  de 
l'armée.  Il  n'en  est  pas  ainsi  au  commencement  du  xiii'  siècle. 
Le  prédécesseur  de  Mathieu  de  Montmorenci,  Dreu  deMello, 
n'apparaît  point  dans  les  guerres  de  Philippe-Auguste;  en 
revanche,  on  le  voit  employé  dans  des  négociations  diploma- 
tiques \  Mathieu  de  Montmorenci  joua  un  rôle  militaire  peu 
important  sous  Phi  lippe- Augu-s  te  et  sous  Louis  VIII.  A 
l'époque  de  la  croisade  de  1226,  loin  de  marcher  à  la  tète  de 
l'armée,  il  resta  tlans  le  nord  avec  Barthèlomi  de  Hoie;  pen- 
dant le  siège  d'.\vignon,  le  roi  lui  écrivit  en  effet  pour  l'en- 
voyer apaiser  une  querelle  entre  l'abbé  et  les  bourgeois  de 
Corbie*. 

Le  commandement  militaire  incombait  alors  aux  maréchaux, 
qui,  en  principe,  n'étaient  pourtant  que  les  subordonnés  du 
connétable.  Lorsque  Louis  envoya  une  armée  eu  Poitou  en 
1225,  ce  fut  à  l'un  d'eux  qu'il  confia  le  commandement  de  l'ex- 
pédition. Outre  Gui  de  Lévis,  qui  était  maréchal  du  seigneur 
de  Montfort  et  qui  conserva  ce  titre  lorsque  le  Langnedoc 
hérétique  fut  cédé  au  roi  de  France  par  Amauri,  Louis  VIII 

,t  deux  maréchaux  :  Jean  Clément  et  Robert  de  Couci  '.  Tous 


r 


ion.  de  Béth,,  f°  54.—  Wallter,  op.  cil,.  47-48.— Voy.  Tépilaphe 
hëlemi  de  Rnîe  à  l'abbaye  de  Joyenval,  dans  Gail.  Christ.,  \  III, 


1.  Anon.  i 
(le  Barthëlei 
col.  1334. 

2.  Art  lie  vér.  Ifi  dnteg  :  liarom  et  ducs  de  Monlmorenci. 
S.  Expression  employée  dans  l'arrât  de  1224:  Cala!.,  n"  2 
■  •    Calai,  n"  12,  6C,  88,  eic 

Walker.  op.  rii,,  53. 
I.  Catal.,  n"  405. 
Voy.  l'Appendice  a"  v. 

Cil.  Pmit-Dutailus.  IWjFie  de  Louis  VIII. 


3:i8  Offices  secondaires. 

deux  appartenaient  à  des  familles  depuis  longtemps  dévouées 
auï  Capétiens.  Robert  de  Coiicî  était  le  frère  du  célébra 
Ënguerrâii  lo  Grand.  La  famille  des  Clément  avait  depuis  le 
règne  de  Louis  VII  des  représentants  dans  le  maréchalat. 
Son  fondateur,  le  maréchal  Robert  Clément,  était  il  origine 
obscm-e.  Ses  deux  fils  Aubri  et  Henri  héritèrent  de  lui  son 
titre;  lorsque  Henri  mourut,  en  1214,  après  la  campagne  de 
la  Roche-au-Moine,  Philippe-Auguste  donna  l'office  de  maré- 
chal à  l'enfant  du  défunt,  Jean  Clément,  qui  atteignît  pn>-' 
bablement  sa  majorité  au  moment  de  ravênement  de 
Louis  Vlir. 

Le  maréchalat  n'était  pas  le  seul  office  secondaire  qû 
fût  ainsi  livré  à  une  famille.  Il  y  avait  à  la  cour  de  iioiiï< 
breuses  dynasties  d'officiers.  Telle  était  celle  de  ce  fameux 
Gautier  de  la  Chapelle,  chambrier  de  Louis  le  Pieux,  dont  lei 
sept  fils  furent  soit  évéques,  soit  chambellans  de  Philippe- 
Auguste'.  Ours  de  la  Chapelle,  qui  avait  accompagné  Louis 
en  Angleterre,  garda  sous  son  règne  l'office  de  chambellaiw 
qu'il  avait  depuis  1194;  un  de  ses  tils  était  échanson'.  Ul 
autre  chambellan  de  Louis  VUl  appartenait  à  la  famille  det 
Tristan,  dont  plusieurs  membres  avaient  été  titulaires  àt 
cette  charge.  L'un  des  panetiers  était  de  la  famille  d'Àthies. 

On  voit  que  la  plupart  des  offices  secondaires  étaient  occtt- 
pés  par  des  j-oturiers.  Cependant,  le  comte  Etienne  de  San- 
ceiTe  figui-e  dans  un  acte  avec  te  titre  de  vice-chambellan  d*. 
Louis  yiU.  Il  appartenait  également  à  une  famille  étroite' 
ment  attachée  à  la  royauté*. 

Le  temps  n'était  plus  oii  ces  petites  dynasties  poardent 
inspirer  do^  craintes  à  la  monarchie.  Cependant  on  continuait 
à  les  sui-veiller,et  à  leur  faire  sentir  leur  dépendance.  Ainsi, 
quelques  jours  après  son  avènement,  Louis  VIII  fait  jurer  l 
Jean  Clément  de  ne  point  retenir  »  les  chevaux,  ni  les  pale- 
II  frois,  ni  les  roncins  confiés  à  ses  soins  en  raison  de  l'office 
«  qu'il  tient  de  l'octroi  dudit  roi  u  et  de  ne  prétendre  ni 


i.  Walker,  op.  cit.,  35,  5W5, 

2.  Walker,  op.  cit.,  48  et  suiv. 

3.  Calot.,  n-  19. 

4.  Appendice  n->  V.  —  Cf.  Dolisle,  Catal.,  Index;  Walker,  op.  a'. 
35,  48  et  suiv.,  54  et  suiv. 


LES   PALATINS.  339 

lui,  ni  ses  successeurs,  à  aucun  droit  héréditaire  sur  le 
maréchalat  *. 

Comme  les  quatre  grands  dignitaires,  les  officiers  que  nous 
venons  de  nommer  étaient  en  même  temps  des  conseillers  et 
des  agents  du  roi.  Ils  assistent  aux.  assemblées,  aux  juge- 
ments et  servent  d'émissaires  :  Jean,  écuyer  du  roi,  va,  par 
exemple,  recevoir  en  1223  le  serment  de  fidélité  des  hommes 
de  Périgueux  et  de  Sarlat.  Ceux  qui  semblent  avoir  joué  le 
plus  grand  rôle  sous  le  règne  de  Louis  VIII  sont  Ours  de  la 
Chapelle  et  Etienne  de  Sancerre  *. 

Après  les  officiers  venaient  ceux  que  les  textes  du  com- 
mencement du  XII®  siècle  désignaient  par  les  termes  vagues 
de  consiliani,  familiares,  amici,  viri  litterati,  etc.,  etc. 
Beaucoup  étaient  des  chevaliers  :  tels  Guillaume  de  Bagneux, 
qui  alla  à  Catane  en  1224  négocier  un  traité  d'alliance  avec 
Frédéric  IP;  Robert  de  Boves,  qui  obtint  du  roi  des  Romains 
la  confirmation  de  ce  traité  en  1226.  D'autres  étaient  des 
bourgeois  ;  Thibaud  le  Maigre  et  Nicolas  Lapie,  qu'on  voit 
figurer  à  des  assemblées  politiques  et  judiciaires,  devaient 
être  de  ce  nombre.  Mais  la  majorité  des  palatins  se  compo- 
sait sans  doute  de  clercs.  Parmi  eux  figuraient  le  malheureux 
Simon  de  Langton,  que  Louis  VIII  recueillit  dans  son  entou- 
rage*; Simon  de  Maisons,  qui  avait  été  envoyé  en  mission  à 
Londres  en  1220"  et  qui  accompagna  Guillaume  *e  Bagneux  à 
Catane  ;  Philippe  de  Louveciennes,  qui  alla  recevoir  en  1223 
les  serments  de  fidélité  des  bourgeois  de  Périgueux  et  de 
Sarlat  et  en  1226  ceux  des  bourgeois  de  Montferrand  ;  le 
templier  Evrard,  qui,  en  1226,  recueillit  les  serments  de  fidé- 
lité des  habitants  de  Saint-Antonin,  et  tant  d'autres  «  clerici 
a  domini  régis  »,  collaborateurs  modestes  travaillant  dans 
l'ombre  à  l'œuvre  monarchique,  et  dont  les  noms  nous  sont 


1.  Calai. y  n*>  5. 

2.  Calai,  no»  22,  23,  66,  88,  170,  241,  260,  322,  360,  460,  etc.... 

3.  M.  Huillard-Bréholles,  ïlist.  diplom.  Frederict  secnndi,  t.  Il,  U^ 
partie,  462,  note,  conjecturait  que  G.  de  Bagneux  était  prôtre  à  Notre- 
Dame.  Mais  G.  de  Bagneux  est  cité  comme  clievalier  clans  le  n®  112 
de  notre  Catalogne.  Pour  tout  ce  qui  suit,  il  faut  se  référer  à  notre 
Appendice  n»  v. 

4.  Simon  de  Langton  figure  encore  à  la  cour  de  saint  Louis  ;  voy. 
le  compte  de  1234,  dans  //.  F.,  XXII,  566. 

5.  Delisle,  n»  1956. 


'MO  AUTRES   CONSEILLEBS   DU   ROI. 

connus   par   quelques   actes,    tels    que    le   procès-verbal  de 

rasseinblécï  de  Gisors  en  122-i. 

Il  ne  faut  pas  croire  cependant  que  les  Capétiens  du 
xiii'  siècle  aimassent  à  s'entourer  seulement  de  gens  de  ba^se 
naissance.  Certaines  grandes  familles  vivaient  alors  dans 
l'intimité  du  roi.  Enguerran  deCouci,  Archambaud  de  Bnur-' 
bon,  Gui  de  CliStillon,  comte  de  Saint-Pol.  Robert  Gàtebledt, 
comte  de  Dreux,  Bouchard  de  Marli,  Jean  de  Benumout, 
Jean  d'Oisi  étaient  des  amis  particuliers  de  Louis  VUl,  Vao- 
compagnaient  a  la  guerre  et  l'assistaient  dans  l'administre- 
tion.  .\  ces  nobles,  il  faut  ajouter  certains  prélats,  tels  que 
l'évêque  de  Beauvais. 

A  côté  de  ces  officiers  et  de  ces  palatins  qui  restaient  à 
demeure  auprès  du  roi,  à  côté  de  ces  familiers  qui  vivaient 
avec  lui  pendant  une  grande  partie  do  l'année,  on  voyaiX 
figurer  aussi  à  la  cour  des  gens  qui  n'y  passaient  que  quel- 
ques jours  de  suite.  Le  roi  avait  le  droit  de  requérir  le  «  eoor 
seil  H  de  tous  ses  fidèles;  en  pratique,  il  s'adressait  surtout 
à  ceux  que  le  hasard  plaçait  momentanément  près  de  lui.  Par 
exemple,  quand  Louis  VllI  se  rend  à  Chinon  en  1225,  le  sé- 
néchal d'Anjou,  l'archovéque  de  Tours  et  le  doyen  de  Sainl' 
Martin  de  Tours  figurent  parmi  ses  conseillers.  Amauri  ds 
Montfort,  Jean  de  Nesle,  l'abbé  de  Corbie,  de  passage  auprès 
de  Louis  YIU,  sont  également  cités  comme  ayant  assisté  i 
des  assemblées.  Enfin  tes  baillis  et  les  châtelains  siégeaient 
à  la  cour  du  roi  lorsque  quelque  nécessité  les  y  amenait,  et 
c'est  la  preuve  la  plus  frappante  du  caractère  mal  défini  qoe 
présentait  le  personnel  gouvernemental.  La  division  du  tra- 
vail, source  du  fonctionnarisme,  n'était  pas  encore  fixée. 


On  pressent  que  ce  personnel  si  mobile  et  indéfini  ne  M 
répartira  point  en  des  conseils  distincts,  chargés  chacun  tti 
leur  besogne  spéciale.  A  l'heure  oii  les  Plantagenels  ont  déjJ 
un  gouvernement  à  organes  précis,  créés  par  eux  à  coups  d* 
décrets',  la  cour  du  roi  de  France  est  encore  un  chaos,  uù  la 


1.  Voy.  la  comparaison  que  M.  Cb.-V.  Langlois  a  faite  entre  l'éïolutioa 
de  la  Curia  rcgh  on  France  el  son  érolution  en  Angleterre  ;  Origine, 
du  Parlement  de  Paris,  dans  Revue  hût.,  XLIl,  80  et  suiv. 


LES    ASBEMRLRR8. 


341 


[éments  ne  tendent  à  s'ordonner  que  par  la  force  très  lente 

les  besoins  ot  des  affinités  naturellos.  Il  n'y  a  pas  de  Parle- 

;nt,  de  Conseil  d'État,  d'États  Généraux;  la  Cniir  du  roi, 

i  les  contient  en  germes,  existe  seule. 

Le  roi  met  à  contribution  tontes  les  bonnes  volontés.   Il 

tontinuo  à  réunir  ses  officiers,  ses  amis,  et  en  général  ses 

Idèles,  en  des  assemblées  analogues  à  celles  des  temps  caro- 

ingiens.  C'est  là  le  mode  le  plus  visible  du   gouvernement 

intral,  celui  qui  a  les  plus  profondes  racines  dans  le  passé'. 

e  caractère  si  vague  de  cette  institution  se  manifeste  dès 

ird  par  la  façon  dont  on  la  désigne.  Elle  n'a  point  encore 

i  nom  générique.  Le  mot  concilium  est  employé  de  préfé- 

ïnce  :  c'est  celui  dont  se  sert  le  chroniqueur  de  Tours'. 

L'on  a  très  peu  de  renseignement  sur  la  convocation  des 

bssemblées,  de  même  que  sur  leur  fonctionnement  en  général. 

IHicolas  de  Brai  nous  dit  que  Louis  VIII  appelle  ses  fidèles 

fUprès  de  lui  «  par  des  écrits'  u.  Mais  il  nous  semble  évident 

11 'aucune  règle  absolue  ne  devait  exister  et  que  les  fidèles 

résidant  près  du  roi  étaient  souvent  avertis  d'une  autre  façon. 

Quant  aux  excuses  que  les  absents  devaient  fournir  au  siècle 

précédent,  on  n'en  a  aucune  trace  sous  les  règnes  de  Pbilippe- 

■jAuguste  et  de  Louis  VIII'. 

^F  L'utilité  d'une  liste  où  toutes  les  assemblées  capétiennes 
^Beraient  énumérées  est  manifeste.  Nous  avons  essayé  de 
^Brf-sser  celle  des  assemblées  tenues  de  122:J  à  ViZQ''.  Les  do- 

I         I.  Les  assemblées  des  m*  et  \w  siècles  ont  été  très  bien  étudiées 

Par  M,  Luchaire,  Imltt.  mon.,  I,  2'i6  et  siiiv.  Celles  du  règne  de 
liil.-\iig.  ont  fait  l'objet  d'une  étude  déjà  cilée  de  M.  Froidevaox  ; 
ce  travail  m'a  été  fort  utile,  bien  que  sur  beaucoup  de  points  Je  ne 
poisse  partager  les  vues  de  l'auteur. 

a.  par  ex.  p.  305,  308.  L'auteur  dea  Gesia  Lwloviei  VIII.  en  repro- 
duisant presque  textuellement  ces  passages,  substitue  au  mot  eoncilinm 
Ile  mot  pnrlamenlum  ;  voyez  notre  Inlroduction. 
3.  Nicolas  de  Brai,  p.  319  : 
\ 


Per  sua  seriptn  vocai 

i,  p.  330: 

Itex  ad  consiiiutti  proceruni  gier  scripUi  vucataa 

AITaïur  lurmas 

Cf.  Froidevaux.  oo.  ci'l.,  41-42.  Quoi  qu'en  dise  cet  auteur,  le  concile 
Bourges  (qui  est  de  1225  et  non  de  1226)  ne  peut  à  aucun  de(^é 
^rer  parmi  les  assemblées  royales, 
'    Appendice  n°  iv. 


343  LES   ASSEMBLÉES. 

cuments  en  citent  un  assez  grand  nombre.  Mais  quelles  sont 
les  véritables  assemblées  royales,  qui  doivent  seules  figurer 
sur  une  liste  de  ce  genre  ?  Voici  par  exemple  une  assem- 
blée tenue  par  le  roi  à  Gisors,  en  janvier  1224,  pour  une 
afiaire  spéciale  concernant  la  Normandie  ;  nous  connais- 
sons les  noms  des  assistants:  ce  sont  Philippe  Hurepel, 
les  oflSciers  de  la  couronne,  un  certain  nombre  de  petits 
nobles  dont  la  plupart  nous  sont  connus  comme  conseillers 
habituels  de  Louis  VIll,  enfin  trois  clercs  de  Tarchevôque, 
neuf  clercs  du  roi  et  cinq  sergents.  Une  autre  fois,  à  Saint- 
Germain-en-Laie,  Tavoué  d'Arras  reconnaît  solennellement 
au  roi  le  droit  de  haute  justice  dans  un  de  ses  fiefs;  les 
assistants  sont  des  officiers  et  des  conseillers  du  roi  «  et 
«  beaucoup  d'autres  ».  Au  moment  de  commencer  la  conquête 
du  Poitou,  trois  évêques  refusent  le  service  d'ost;  pour  juger 
s'ils  ont  tort  ou  raison,  le  roi  réunit  ses  officiers,  six  évêques, 
quelques  barons,  quelques  petits  nobles,  en  tout  dix-sept 
personnes  \  Sont-ce  là  de  véritables  assemblées  royales?  La 
question  est  d'autant  plus  malaisée  à  résoudre  qu'évidemment 
les  contemporains  de  Louis  Vlll  n'en  savaient  rien  eux- 
mêmes.  M.  Luchaire  a  remarqué  que  même  à  leur  début  les 
assemblées  capétiennes  présentent  des  variétés  infinies.  Nous 
avons  coUigé  toutes  les  indications  de  réunions  présidées  par 
le  roi.  Nous  avons  seulement  exclu  de  notre  liste  d'abord  les 
assemblées  ayant  un  caractère  strictement  judiciaire,  où  l'on 
n'a  fait  que  juger  des  procès  portés  devant  le  tribunal  du  roi; 
malgré  la  présence  intermittente  des  barons,  ces  réunions 
affectent  en  effet  des  caractères  spéciaux;  enfin  elles  auraient 
existé  dans  une  monarchie  où  l'institution  des  assemblées 
politiques  n'aurait  pas  fonctionné;  elles  survivront  en  France 
aux  assemblées  politiques,  elles  auront  un  sort  spécial  et  se 
transformeront  en  un  organe  relativement  distinct.  Pour  une 
raison  analogue,  nous  n'avons  point  compté  sur  notre  Hste  le 
colloque  entre  le  roi  de  France  et  les  régents  d'Allemagne  à 
Rigni-la-Salle  ;  dans  tous  les  Etats  du  monde  des  entrevues 
pareilles  ont  eu  lieu;  lorsque  François  P*"  reçut  Charles-Quint 
au  camp  du  Drap  d'or,  il  était  entouré  de  sa  cour,  et  pourtant 

1.  Appendice  n*^  iv,  Assemblées  n®»  v,  vu,  ix. 


LES   A8SRMBI,éES. 


343 


i  assemblées  capétiennes  avaient  depuis  longtemps  disparu. 

InËn  les  cérémonies  d'apparat  telles  que  celles  du  sacre,  de 

I  prise  de  croix,  ne  sauraient  figurer  parmi  les  assomlilées 

Bonarcbiques,  non  plus  que  les  conciles,  même  alors  que  les 

*  prélats  y  ont  débattu  des  questions  intéressant  le  roi  '. 

Malgré  ces  exclusions,  notre  liste  comprend  cependant 
■vingt-cinq  assemblées,  vingt-quatre  si  l'on  fait  abstraction 
Ae  l'assemblée  tenue  après  le  couronnement,  que  nous  pou- 
■ons  citer  seulement  sur  l'autorité  douteuse  de  Nicolas  de 
.  M.  Froidevaux  en  a  compté  quatre-vingt-onze  sous  le 
liËgne  de  Philippe-Auguste';  mais  si  l'on  retranche  de  l'énu- 
Ihération  qu'il  a  faite  les  assemblées  judiciaires,  les  collo- 
1  conciles,  les  fêtes  de  pur  apparat  qui  ont  eu  liou  au 
Moment  du  couronnement  et  du  mariage  du  roi,  ou  en  des 
Kscasions  analogues,  ce  nombre  se  réduit  à  une  trentaine'. 

Or,  Philippe- Auguste  a  régné  quarante  ans  et  Louis  a 
régné  quarante  mois.  Faut-il  voir  dans  Ions  ces  chiffres  une 
preuve  do  l'autoritarisme  de  Phi  lippe- Auguste  et  de  la  faiblesse 
de  son  successeur,  un  signe  du  développement  du  pouvoir 
personnel  de  1 180  à  1223  et  de  son  affaiblissement  de  1233  à 
1226'î  Pareille  conclusion  nous  semble  téméraire.  D'abord  le 

F  ne  si  court  de  Louis  VIII  est  rempli  d'événements  impor- 
ts :  noe  dizaine  d'assemblées  sont  convoquées  au  sujet  des 
lires  d'Angleterre,  de  Poitou  et  d'Albigeois.  Pour  do  si  gra- 
questions,  Philippe-Auguste  aurait  ou  évidemment  recours 

1.  On  nuus  reprochera  peut-être  d'avoir  mis  au  nombre  des  assem- 
blées politiques  celle  où  le  comte  de  Montferrand  vient  prêter  hommage 
à  Louis  Vlll.  Il  nous  a  semblé  cependant  que  ce  n'était  point  la  une 
banale  cérémonie  d'apparat. 

2.  Appendice  n"iv,  A»t.  n»i.  D'après  Nie.  de  Brai.  ce  fut  du  reste  une 
iritable  assemblée,  et  non  pas  seulement  une  de  ces  cérémonies 

apparat  où  le  roi  ne  prenait  aucune  décision. 

S.  Op.  cit..  Appendice. 

4.  Cest  à  peu  près  le  chiffre  indiqué  par  M.  Walker,  op.  cit.,  67, 

F  S,  C'est  l'opinion  de  M.  Froidevaux,  op.  cit.,  p.  6-7.  Cet  historien 
femarque  que  les  assemblées  diminuent  de  nombre  à  mesure  que 
n^ule  le  règne  de  Philippe-Auguste;  c'est  une  illusion;  s'il  en  acompte 
hf^uante-huit  pendant  les  vingt  premières  années,  c'est  qu'il  y  u  tait 
garer  les  1res  nombreux  colloques  de  Philippe-Auguste  avec  Henri  II 
(Richard  Cœur  de  Lion;  quant  aux  véritables  assemblées,  elles  sem- 
lent,  d'après  la  liirte  même  de  M,  t'roidçvaux,  plutôt  plus  fréquentes 
I  la  bn  du  régne  qu'au  dêlmt. 


344  LES   ASSEMBLÉES. 

comme  son  fils  aux  barons  et  aux  prélats:  en  pareilles  cir- 
constances il  avait  toujours  convoqué  des  assemblées.  Enfin 
quelle  foi  faut-il  ajouter  aux  documents  si  pauvres  de  ce 
temps  ?  A  peine  peut-on  se  fonder  sur  ce  qu'ils  disent  ;  il  est 
bien  audacieux  de  se  fonder  sur  ce  qu'ils  ne  disent  pas.  Ri- 
gord  et  Guillaume  le  Breton  ont  oublié  de  nous  signaler  des 
faits  plus  importants  encore  que  des  assemblées  ;  leur  silence 
ne  prouve  donc  rien*.  Les  listes  que  nous  pouvons  dresser  ne 
nous  permettent  point  de  juger  de  la  fréquence  des  assem- 
blées ;  elles  nous  fournissent  seulement  des  exemples. 

Ces  exemples  montrent  que  Louis  VIII  a  décidément  cessé 
de  convoquer  des  assemblées  à  certaines  dates  fixes,  particu- 
lièrement aux  grandes  fêtes  de  TÉglise  ;  on  peut  seulement 
remarquer  qu'en  1223  et  en  1225  il  en  réunit  une  à  l'octave 
de  la  Toussaint.  Les  assemblées  sont  convoquées  en  somme 
lorsque  le  roi  en  a  besoin  ;  on  en  trouve  à  chaque  mois  de 
Tannée  ;  elles  sont  plus  fréquentes  en  mai,  à  l'époque  où  l'on 
entre  en  campagne.  Enfin  elles  ont  lieu  tous  les  jours  de  la 
semaine,  y  compris  le  dimanche*. 

Les  assemblées  se  tiennent  où  le  roi  réside,  par  conséquent 
à  Paris  surtout  et  dans  les  châteaux  des  environs.  Louis  VIll 
en  a  réuni  une  dizaine  en  Normandie,  en  Poitou,  en  Langue- 
doc, etc.,  pendant  ses  voyages  et  ses  campagnes.  Il  serait 
important  de  savoir  si  la  séance  avait  lieu  en  plein  air  ou 
dans  une  ij^alle  fermée  ;  j'incline  vers  cette  dernière  hypothèse; 
rassemblée  de  Saint-Quentin  en  1223  se  tint  in  regia;  il 
est  vrai  qu'elle  eut  lieu  à  une  époque  de  froid,  le  22  no- 
vembre ^ 

Qui  assiste  à  ces  assemblées  ?  Nous  avons  déjà  oflSeuré  ce 
sujet,  ainsi  que  la  question  connexe  des  différentes  variétés 
d'assemblées  et  Je  leurs  divers  degrés  de  solennité.  Le  roi 
convoque  ceux  qu'il  lui  plaît  de  convoquer  et  ceux  dont  il  a 

1.  L'amusante  anecdote  du  courrier  de  Philippe-Auguste,  racontée 
par  Etienne  de  Bourbon,  montre  d'ailleurs  que  Phi  lippe -Auguste  réu- 
nissait très  souvent  de  grandes  assemblées  (Lecoy  de  la  Marche, -4nfcrf. 
hist..  n"  200). 

2.  Voy.  notre  Appendire  n^  iv.  —  Le  5  mai  122  i  et  le  17  mai  1226 
étaient  des  dimanches. 

3.  «  Recognitio  hœc  facta  fuit  apud  Sanctum  Quintinum,  in  regia, 
«  multis  presentibus  et  audientibus.  »  (Calai. ^  n®  46). 


LES    ASSEMBLÉES.  345 

particulièrement  besoin.  Voici  un  exemple  assez  caractéris- 
tique. Lorsque  Louis  VIII  veut  faire  examiner  le  24  juin  1224 
les  prétentions  des  évêques  qui  lui  refusent  le  service  d*ost, 
il  réunit  dix-sept  personnes  ;  les  unes,  comme  le  roi  de  Jéru- 
salem, sont  de  grands  seigneurs  dont  le  prestige  rehaussera 
l'autorité  de  la  décision  prise  ;  d'autres  sont  de  simples  con- 
seillers, compétents  en  la  matière;  enfin,  comme  l'affaire 
intéresse  trois  prélats,  le  roi  a  convoqué  Tarchevêque  de 
Tours  et  cinq  évêques*.  Une  autre  fois,  il  s'agit  d'arrêter  les 
clauses  d'un  établissement  relatif  aux  Juifs  du  royaume  et  de 
répondre  aux* ambassadeurs  du  roi  d'Angleterre,  qui  réclament 
la  restitution  des  provinces  conquises  par  Philippe-Auguste. 
Naturellement  l'assemblée  est  très  solennelle  et  un  grand 
nombre  de  barons  y  assistent  ^  De  même,  lorsqu'il  s'agit  on 
janvier  1226  de  discuter  la  question  de  la  croisade  en  Albi- 
geois, et  lorsque  plus  tard,  le  17  mai,  à  Bourges,  on  trace  le 
plan  de  la  campagne,  le  roi  réunit  des  «  assemblées  générales  ))\ 
D'autres  fois,  au  contraire,  il  adjoint  seulement  à  ses  con- 
seillers ordinaires  quelques  habitants  du  pays  où  l'assemblée 
a  lieu*. 

11  y  a  évidemment  dans  ces  assemblées  plus  de  laïques  que 
de  gens  d'Église.  Cependant  les  archevêques  et  les  évêques  ont 
encore  un  rôle  important,  parce  que  le  roi  a  très  souvent  be- 
soin d'eux.  Ainsi  lorsque  Louis  VIII  accorde  à  la  comtesse  de 
Flandre  la  délivrance  de  son  mari,  les  archevêques  de  Reims 
et  de  Sens,  les  évoques  de  Laon,  do  Beauvais,  de  Noyon  et 
de  Langres,  sans  compter  le  chancelier,  évêque  de  Senlis, 
assistent  à  l'assemblée  ;  or,  l'on  voit  que  selon  une  des  clauses 
du  traité  qui  fut  alors  conclu,  l'archevêque  de  Reiins  et  l'évê- 
que  de  Senlis  promettent  d'excommunier  le  comte  et  la  com- 
tesse s'ils  violent  leurs  engagements*. 

Outre  les  hauts  barons  et  les  chevaliers,  figurent  aussi  dans 
certaines  assemblées  de  simples  clercs  et  môme  des  sergents, 


1.  Appendice  n®  iv,  Assemblée  n®  ix. 

2.  Ass,  n<  in. 

3.  Ass.  n"»  xvni,  xxiii. 

4.  Ass.  n*»  V.  Ass.  n"  v. 

5.  Ass,  n«  XXL 


346 


LE3   ASSEUBLEBS. 


dont  les  noms  sont  cités  dans  le  procès-verbal  ',  Bref,  presque 
toutes  les  classes  de  la  société  fournissent  au  roi  l'appui  de 
leur  prestige  ou  de  leur  compétence.  Bien  entendu,  tous  lei 
assistants  siègent  ensemble;  il  n'est  pas  question  d'une  as- 
semblée des  trois  ordres'. 

La  compétence  de  ces  assemblées  est  universelle.  On  y  déli- 
bère sur  les  affaires  de  politique  extérieure,  sur  les  affaires 
de  politique  intérieure  qui  intéressent  tout  le  royaume  ou  seu- 
lement le  domaine  royal,  sur  les  mesures  à  prendre  pour  tlé- 
fendre  l'orthodoxie.  Le  roi  convoque  parfois  une  assembla 
afin  de  donner  une  consécration  solennelle  à  la  soumission 
d'un  adversaire'.  En  somme,  bien  que  ces  conseils  généraui 
ou  restreints  soient  purement  consultatifs,  le  roi  en  tire 
grand  profit.  Il  entre  ainsi  en  relations  directes  avec  sm 
fidèles  ;  enfin  il  peut  appuyer  ses  décisions  sur  le  consente* 
ment  des  barons'.  C'est  surtout  pour  cette  raison  qu'on  ne 
peut  nier  le  rapport  de  parenté  au  moins  indirecte  qui  relie 
les  assemblées  capétiennes  ot  les  États  Généraux, 

Nous  n'avons  point  la  prétention  d'avoir  fait  connaître  dans 
le  précédent  exposé  beaucoup  de  vérités  nouvelles,  pour  la 
bonne  raison  que  le  mécanisme  des  assemblées  des  xi* 
Xll*  siècles  est  connu  depuis  les  travaux  de  M.  Luchaire,  et 
que  les  assemblées  du  règne  de  Louis  VIH  ne  diffèrent 
beaucoup  de  leurs  aïeules.  Nous  ne  constatons  guère  que  deux 
changements  :  d'abord  le  roi  ne  convoque  plus  ses  tîdèlesqne 
quand  il  a  besoin  d'eux  ;  en  second  lieu,  les  assemblées  comptant 
moins  de  prélats  qu'auparavant  et  plus  de  petites  gens.  Mais  en 
somme,  au  moment  où  saint  Louis  va  monter  sur  le  trône,  celle 
institution  des  assemblées  de  fidèles  est  encore  pleine  de  vie. 

1.  .4m.  n-v. 

2.  Boularic  dit  dans  son  étude  sur  Leê  premiers  ElnU  GihifravS, 
Bib.  Ec.  Ch.,  série  V,  t.  I,  5  :  "  Louis  VIII,  après  la  conquête  du  Uft- 
B  guedoc,  convoqua  des  assemblées  des  trois  ordres  pour  délibéreriiir 
«  les  affaires  du  paya.  »  Boutaric  ne  cite  aucun  texte,  et  en  effet  aucus 
texte  ne  parle  d'assemblées  des  trois  ordres  sous  Louis  VJII, 

3.  Ats.  n"'  XVI,  XIX.  xxii. 
k.  Voy.parex.  les  déclarations  de  Louis  au  pape;  Caiaf..n'»103etlU. 

Il  dît  que  c'est  après  avoir  pris  conaeil  des  prélats  et  des  baron*  qu'A' 
a  exigé,  arant  d  entreprendre  une  croisade,  certaines  garanties  que  II 

Râpe  ne  veut  pas  lui  accorder.  Plus  tard,  Honorius  III  se  plaignant  de 
i  reprise  des  liostilités  avec  l'Angleterre,  [/>ui8  VUI  lui  écrit  que  *" 
barons  n'étaient  pas  d'avis  de  prolonger  la  trêve, 


CONSEIL  PERMANENT. 


347 


I  En  dépit  de  leur  importance,  les  assemblées  ne  pouvaient 
être  un  organe  d'administration  quotidienne.  Depuis 
longtemps  il  s'était  formé  au  milieu  de  l'entourage  du  roi  un 
corps  restreint  de  conseillers  qui  expédiaient  les  affaires  cou- 
rantes. Nous  avons  énuniéré  les  noms  de  ceux  qu'on  trouve 
auprèadeLouis  VIII. Comme  au  temps  de  Philippe-Auguste', 
nous  les  voyons  régler  en  dernier  ressort  certaines  questions 
et  au  sujet  de  certaines  autres  diseuterl'urgence  d'une  assem- 
blée. Ainsi  le  comte  de  la  Marche,  Renaud  de  Pons  et  Guil- 
laume l'Archevêque,  suspectés  de  relations  avec  le  roi  d'An- 
gleterre, viennent  se  justifier  devant  Louis  VIII,  entouré 
d'une  sorte  de  conseil  secret,  où  figurent  seulement  le  légat. 
les  quatre  grands  officiers  et  Ours  de  la  Chapelle'.  Louis  VIII 
à  son  lit  de  mort  délibère  avec  ses  familiers,  et  sur  leur  avis 
convoque  la  dernière  assemblée  de  son  règne'.  Enfin  ces 
conseillers  permanents  aident  le  roi  dans  l'administration  de 
la  justice,  avec  bien  plus  de  compétence  et  d'assiduité  que  les 
barons  de  passage  à  la  cour.  Or  c'est  pour  les  Capétiens  une 
..très  grande  affaire  que  de  juger. 

E  

■  Les  théoriciens  de  la  monarchie  au  moyen  âge  faisaient 
'éa  roi  le  grand  justicier  ;  c'est  là  une  des  preuves  les  plus 
incontestables  de  la  survivance  des  traditions  romaines,  en 
ce  temps  où  la  justice  était  inféodée,  et  où,  on  bonne  logique, 
le  roi  ne  devait  juger  que  les  procès  de  ses  vassaux  directs  et 
les  causes  d'appel  qui  avaient  suivi  toute  la  filière  des  suze- 
rainetés successives.  Mais  les  rois  aimaient  mieux  être  illo- 
giques et  profiter  de  leur  titre  extra-féodal.  Ils  savaient  bien 
que  c'est  une  habile  politique  de  se  poser  en  redresseur  de 
torts. 

Leur  intérêt  est  dnnc  de  rendre  bonne  justice.  Aussi  ai- 
ment-ils à  présider  eux-mêmes  leur  tribunal;  Louis  VllI  y 
est  assidu*.  Il  n'existe  pas  encore  de  parlement;  mais  des  tra- 

II.  Voy.  Froidevaux,  n/i.  cil.,  15-16. 
S.  Catal.,  a-  460. 

3,  C'ilal.,  n°  i'ih. 

4,  Les  furraules  «  coram  nobis  ".  <•  ni  presenlia  nostra  »  se  relrou- 
venl  dans  presque  tous  les  aclea  judiciaires  du  régne.  Un  peut  croire 
qu'au  commencement  du  xiw  s.  ces  formules  ont  encore  leur  signi- 

^cstion  littérale. 


348  COMPOSÎTIOX   DE   LA   COUR   jrniCIAIRB. 

ditions  sont  nées  déjà  :  le  mot  curia  régis,  au  temps  de 
Louis  VIII,  ne  s'applique  guère  qu'à  la  cour  du  roi  constituée 
pour  juger,  ce  qui  indique  des  tendances  à  une  organisation 
distincte.  Bien  que  les  barons  et  les  prélats  continuent  à 
siéger,  bien  qu'il  soit  impossible  d'établir  une  déntarcatioo 
absolument  nette  entre  les  assemblées  judiciaires  et  les 
autres,  la  composition  du  tribunal  monarchique  pn^enla 
maintenant  des  caractères  spéciaux.  Nous  ne  pouvons  malheu- 
reusement donner  aucune  véritable  liste  de  jugeurs  du  temps 
de  Louis  VIII;  mais  nous  avons  des  renseignements  surtroii 
assemblées  qui  ont  eu  un  caractère  à  la  fois  politique  et  judi- 
ciaire; ces  assemblées  n'ont  pas  eu  à  juger  de  procès,  mais 
à  délibérer  sur  les  droits  du  roi  dans  certaines  terres,  et  particu- 
lièrement sur  des  questions  de  haute  justice.  A  !a  première,  qui 
eut  lieu  à  Saumur,  pour  fixer  les  droits  de  Louis  VIII  dans  les 
terres  de  l'abbaye  de  Cormeri,  assistaient  ■<  des  barons,  des  che- 
valiers et  beaucoup  d'autres  «'.Mais  dans  les  deux  autres,  où  la 
haute  justice  royale  fut  reconnue  sur  certaines  terres  d'Arioia, 
nous  voyons  figurer  seulement  des  gi-ands  seigneurs  parlicu- 
liêrement  dévoués  au  roi,  à  savoir  Philippe  Hurepel,  Gui  de 
Chàtillon,  Jean  de  Beaumont;  les  officiers  de  la  couronne; 
des  baillis,  comme  Adam  de  Milli,  Geofi'rui  de  la  Chapelle  et 
Hugue  d'Athies;  enfin  des  gens  comme  Etienne  de  Sancerre, 
Jean  d'Oisi,  Gui  do  Méréviiie,  Philippe  de  Nemours,  Eus- 
tache  de  Neuville  le  Jeune,  Henri  de  Sulli,  Thibaud  le  Maigre, 
qui  pour  la  plupart  nous  sont  connus  comme  conseillers  ordi- 
naires de  Philippe- Auguste  et  de  Louis  VIII.  La  furmuleo  et 
multis  aliis  ».  qui  suit  l'énumération  do  ces  témoins,  ne 
désigne  certainement  pas  des  barons  et  des  prélats,  mais  de» 
personnes  plus  obscures  que  celles  dont  les  noms  nous  ont 
été  conservés*.  Il  est  évident  qu'il  s'est  formé  depuis  long- 
temps à  la  cour  capétienne  une  compagnie  de  jugeiir* 
savants  dans  le  droit;  Louis  VIII  a  autour  de  lui  des  gens 
qui  connaissent  les  «  usus  et  consuetudines  Francie  »'.  Pen- 


1.  Calai.,  n°284. 

2.  Calai.,  n"  88  et  241.  — Cf.  notre  liste  des  conseilleurs  de  Louis  VIS 
{Apprndirf  n»  v)  et  17ni/ex  du  Calnlogue  de»  Aeim  de  PhiliopeAvgwll' 

3.  Voy.  le  lextede  TamMile  i22',.  Calai.,  w  21S;cf.  Wali(er,o|i.  tiL. 
71,  76-77;  lanfc'lois,  iirl.  cité,  89-90;  Froidevaus,  op.  cit..,  68, 


La  Cour  des  pairs.  349 

dant  son  règne,  en  l'année  1224  ou  au  commencement  de 
1225,  a  eu  lieu  une  affaire  justement  célèbre  dans  les  annales 
du  parlement;  tes  pairs  de  France  ont  prétendu  connaître 
seuls,  à  Texclusion  des  ufficiers  de  la  couronne,  d'uu  procès 
entre  la  comtesse  do  Flandre  et  Jean  de  Nesle,  mais  la  cour 
du  roi  a  décidé  que,  seioii  les  us  et  coutumes  de  France,  cette 
prétention  n'avait  aucun  fondement'.  11  est  clair  que  les  barons 
ne  sont  pas  intervenus  seuls  quand  cette  décision  a  été  prise; 
donc,  en  dehors  des  barons  qui  lui  doivent  l'aide  et  le  conseil 
selon  la  tradition  féodale,  le  roi  a  autour  de  lui  des  juriscon- 
sultes, recrutés  selon  leur  compétence  et  non  selon  leur  rang. 
M,  Luchaire  croit  que  dès  le  règne  de  Louis  VU  il  y  avait  à 
la  cour  du  roi  une  commission  permanente  de  juristes  chargés 
■  de  l'instruction,  do  l'examen  des  preuves  écrites  et  peut- 
lUtre  même  de  la  rédaction  de  l'arrêt  »  et  que  la  besogne  des 
Krous  et  des  prélais  »  ne  consistait  guère  plus,  selon  toute 
■fraiscmb lance,  qu'à  voter  par  acclamation  la  sentence  for- 
Knulée  par  les  conseillers  compétents  "  '. 
p  QueU  sont  ces  pairs  de  France  qu'on  a  déboutés  de  leurs 
prétentions  en  1224  et  dont  on  n'entend  point  parler,  du  moins 
en  ce  sens  spécial,  avant  le  commencement  du  xiu'  siècle? 
La  question  nous  semble  actuellement  à  peu  près  résolue,  au- 
tant du  moins  que  le  permettent  la  pauvreté  des  textes  et  le 
caractère  même  de  cette  institution,  qui  n'a  évidemment  pas  été 
créée  par  ordonnance  royale^  M,  Walker  a  parfaitement 
montré  que,  par  une  conséquence  naturelle  de  ta  formation 
d'une  compagnie  déjuges  oii  les  petits  chevaliers,  les  clercs 
et  les  bourgeois  dominaient,  les  grands  seigneurs  devaient 
s'efforcer  de  constituer  uu  tribunal  spécial  pour  trancher 
leurs  propres  différends  ;  après  tout,  c'était  un  principe  du 
fîme  féodal  que  chacun  devait  être  jugé  par  ses  pairs,  et  en 


.  Calai..  n°  218. 
.  l.nchaire,  Manuel,  558. 

.  Vûy.  les  excellentes  pages  de  M.  Walker,  op.  cil.,  77etauiv.,  et  de 
i  Langlois,  art.  cilé,  84  et  suiv.— Au  momentoii  nous  al lion.s mettre 
>ns  presse,  notre  confrère  et  ami  F.  Lot  publiait  un  mémoire  sur 
VOrii/ine  det  Pain  de  /-'rance (Revue  hiitiir.,  t.  LIV).  C'est  une  disser- 
talion  qui  serait  délînitive  si  elle  ne  uonlenait  pas  quelques  alSrmations 
beaucoup  trop  catégoriques.  Voy.  une  lettre  de  M.  Luchaire,  même 
■     le,  p.  382  etsuiv. 


:tôO 


LA  COUR  Des  paig 


pratique  le  roi  lui-même  avait  soin  d'introduire  des  personnes 
de  haut  rang  dans  son  tribunal  lorsque  le  procès  intéressait 
un  comte  ou  un  évèque'.  Mais  tous  les  barons  de  France 
étaient  pairs  entre  eux;  or  la  pairie,  au  sens  restreint  dii 
mot,  est  devenue  tout  de  suite  un  corps  fermé;  il  j  a  eu  sen- 
lement  «  douze  pairs  de  France  •>,  obligés,  il  est  vrai,  il'ad- 
niettre  à  coté  d'eux  d'autres  jugeurs,  mais  possédant  seuls  no 
titre  envié  :  de  fort  grands  seigneurs,  comme  le  comte  de 
Bretagne,  ne  sont  point  pairs  de  France  ;  quelle  en  est  U 
raison?  Je  crois,  pour  ma  part,  à  l'influence  peut-être  exclu- 
sive des  légendes  qui  refleurissaient  alors;  comme  Charle- 
magne,  Philippe-Auguste  et  Louis  VIII  eurent  leurs  doute 
pairs*.  De  même  le  nombre  des  chandeliers  de  l'Apocaljpse 
sera  une  cause  importante  dans  la  détermination  du  nombre 
des  électeurs  impériaux.  On  peut  croire  avec  M,  Walker  que 
cette  pairie  de  douze  membres  s'est  constituée  au  début  du 
xjii°  siècle".  Cet  historien  prétend  que  le  chiffre  tradiiionuel 
se  rencontre  formellement  pour  la  première  fois  dans  une 
phrase  de  Mathieu  de  Paris  relative  à  l'année  1257;  noni 
l'avons  trouvé  dans  un  texte  de  Roger  de  Wendover  relatif 
au  règne  de  Louis  Vlll  :  au  concile  de  Bourges  du  30  no- 
vembre 1225,  Amauri  de  Montfort  somme  le  comte  de  Tou- 
louse de  remettre  le  jugement  de  leur  querelle  aux  n  àoim 
«  pairs  de  France'  ».  Si  c'est  là,  comme  je  le  croirais  volontier*, 
une  invention  du  chroniqueur,  elle  n'est  pas  postérieure  &  l'an 
1236,  date  de  la  mort  de  Roger  de  Wendover.  Enfla  les  au- 
teurs de  {'Histoire  du  Languedoc  ont  remarqué  que,  vers  1211, 
Gervais  de  Tilbury  parlait  déjà  des  douze  pairs  de  France'. 


1.  Voy.lesexemplcscitésparM.  Walker,  p.  88-89.  Ce  fut  en  somme  le 
même  système  qui  Eubsisla  après  l'insUlulion  de  la  pairie,  puiaqu« 
la  cour  des  pairs  se  composa  le  plus  souvent  d'un  ou  deux  pairsusisl^ 
de  juges  orainaires. 

2.  Les  douze  pairs  de  Charlemagne  apparaissent  pour  la  prerotère  fes 
dang  la  Chanson  de  Roland,  au  xi"  siècte  (Gaston  Paris,  ffitl. poétijv 
de  Charlemagne,  415  et  suiv.)  ' 

3.  On.  cit.',  83. 

4.  «Tune,  cum  potcret  pars  adversa  ab  eo  ut  subiret  judicium  do»^ 

«  decim  parium  GaIJie,  respondit  Raimundus:  Recipiat  rex  homigiodl 
«  meum  et  paratus  sum  subire;  quia  forte  non  haberent  me  pro  P|)H^I 
u  i\aeciisGeret>i(l\],iO&^.  — M.AMoïiaier (Ilùtoire du  Langiiedoeyi\,a 
78,  note  I)  a  fait  remarquer  l'incohérence  d'une  prétendue  liste  mt 
cienne  des  douze  pairs  nui  remonterait  à  1224. 

5.  Hist.  du  lang.,  Vil,  76.  H.  A.  Molinler  (ibid.,  78,  note) rcmarqos  1 


PROCÈS  d'appel.  351 

I  Ëo  somme,  ce  tribunal  exceptionoel  n'avait  pas  de  grands 
rivilèges,  puisque  d'autres  jugeurs,  tels  qtie  les  oflicicrs  do 
i  couronne,  avaient  le  droit  d'y  siéger'.  Grâce  à  la  prudence 
des  Capétiens,  qui  ne  laissaient  à  ta  pairie  que  des  droits  res- 
treints, ellt)  rehaussait  seulement  le  prestige  de  la  cour 
^pjale.  

^r  Malgré  le  développement  du  pouvoir  nionarchi<)ue,  la  cour 
judiciaire  du  roi  n'est  pas  encore  aussi  occupée  qu'il  le  vou- 
drait. Les  .ippols,  qui  deviendront  si  nombreux  à  la  fin  du 
I'ècle,  étaient  peu  fréquents  sous  le  règne  de  Philippe-Au- 
isle'.  On  n'en  trouve  qu'un  au  temps  de  Louis  VllI  ;  mais 
est  particuliérementintéressantet bien  connu  ;  c'est  l'appel 
)  Jean  de  Nesle,  dont  nous  avons  déjà  eu  à  parler.  Jean  de 
Asie,  qui  était  vassal  du  roi  de  France  en  même  temps  que 

Kvcc  raison  que  Gerv&ia  de  Tilbury  et  Mathieu  de  Paris  ont  pu  suivre 
la  tradition  poétique  carolingienne.  Mais  d'autre  pari  rien  ne  permet 
d'affirmer  que  la  pairie  n'ait  pas.  dès  le  temps  tle  Phil.-ftug.,  compris 
douze  membrex,  sinon  dans  la  réalité,  su  moins  dans  la  théorie  offi- 
cielle. Si  le  procèa-verbal  de  l'atTaire  du  comté  de  Champagne,  jugée 
à  Helun  en  1216,  ne  montre  pas  précisément  la  pairie  de  douze  membres 
<ié}k  constituée,  du  muins  il  ne  prouve  point  qu'elle  ne  le  soit  pas  : 
sis  pairs  seulement  sont  cités  dans  cet  acte,  mais  la  pairie  de  Nor- 
mandie était  fictive  et  les  cinq  autres  pairs,  pour  diverses  raisons,  ne 
pouvaient  pas  être  présents.  —  M.  Lot,  dans  le  Mémoire  cité  ci-dessus, 
affirme  que  la  pairie  âi'^lésiastique  a  été  instituée  avant  la  pairie  laïque; 
rien  n'est  moins  certain  ;  notre  confrère  ajoute  que  la  pairie  complète 
de  douze  membres  remonte  aux  dernières  années  du  règne  de  Louis 
VU;  il  nous  dit  :  <>  Aurait-on  fait  des  pairies  de  Normandie,  de  Tou- 
o  lou)ie,  de  Champagne  au  xni*  siècle,  au  moment  où  ces  grandes 
•>  provinces  cessent  justement  d'avoir  une  existence  indépendante f 
■  Cola  ne  se  comprendrait  pas.  ■  Cet  argument  ne  détruit  point  la 
supposition  de  M.  Watker.  qui  place  l'institution  définitive  de  la  pairie 
au  début  du  xiii'  siècle,  c'est-à-dire  avant  le  moment  oii  les  trois  pro- 
vinces dont  parle  M.  Lot  ont  été  acquises  par  la  royauté. 

t.  Plusieun  hiKtoriens  ont  présenté  l'arrêt  de  1324  comme  une  vio- 
lation des  droits  de  la  pairie  :  c'est  depuis  ce  temps  que  les  grands 
officiers  auraient  eu  le  droit  de  Hiècer  auprès  des  pairs  (Beiignot,  Më- 
Moirc  iur  farril  de  la  cour  des  Pairs,  dans  Jlib.  Éc.  Ch.,  série  II,  t.  V, 

V31.  —  Korvyn  de  Letienhove,  Iliêt.  de  Flandi-e,  II.  215.  —  Bémont. 

n>.  hùl.,  XxXn,   309).  Pardessus   avait  bien   montré  que  la  pré- 

-"-B  nouvelle  sur  laquelle  la  cour  du  roi  Rtatua,  était  élevée  par  les 
Bl  non  par  les  grands  ofliders.  (âi6.  Ke.  Ch..  série  II,  t.  IV,  296J. 
e  est  clair  :  nCum dicti  miniitteriales  hospitii  domini  régis 

p  contrario  dicerent  se  debere  adusus  et  coMuetuiÙnet  Francit  obter- 
u  interesse  cum  paribu.s  Trancie  adjudicandum  parcs ;judicatum 
in euria  domini  régis  etc....  * 
A'aJker,  vp.  cit.,  93. 


352  PROCÈS   DE   PiiEMIKRE   INSTANCE. 

du  comte  de  Flandre  ',  appela  la  comtesse  Jeanne 
cour  de  Louis  VIII  pour  défaut  de  droit.  La  comtesse  d^ 
Flandre  ofiTrit  alors  à  sou  vassal  de  le  faire  juger  dans  la  cuitf 
conitale  par  ses  pairs;  mais  o  Jean  de  Nesle  répondit  quTI 
n  ne  voulait  point  revenir  à  la  cour  de  la  comtesse,  parc* 
Il  qu'elle  lui  avait  fait  défaut  de  droit  »  et  le  tribunal  du  rot 
jugea  qu'il  devait  connaître  de  l'affaire,  affirmant  ainsi  que. 
comme  le  déni  de  Justice,  le  défaut  de  droit  était  une  causg 
d'appel  '. 

Nous  ne  connaissons  avec  certitude  que  trois  procès  oi 
première  instance  jugés  à  la  cour  du  roi  ;  encore  l'un  d'eux 
est-il  une  plainte  contre  un  abus  de  pouvoir  d'un  officier 
royal  plutôt  qu'un  véritable  procès'.  En  1224,  une  contesta- 
tion s'éleva  entre  les  églises  de  Saint-Vicfor  et  de  Ferrièrei^ 
à  propos  des  halles  édifiées  par  l'abbé  de  Ferrièrea  à  PuiseauÇ 
eu  Gâtinais.  Les  parties  s'accordèrent  pour  demander  justice 
au  roi.  La  cour  jugea  que  l'abbé  de  Ferrières  n'avait  pasW 
droit  d'édifier  ces  balles'.  —  La  mémo  année,  l'évëqiiS 
d'Auxerre  éleva  une  plaint*  contre  Gaucher  de  Joigni,  qoi' 
construisait  une  forteresse  près  de  Varzi.  Le  roi  ordonna  UM 
enquête  et  l'on  constata  qu'en  des  lieux  plus  éloignés  de  Vai^ 
que  ne  l'était  celui-là,  Pbîlippe-Augusto  avait  interdit  ls> 
construction  de  forteresses.  La  cour  du  roi  donna  donc  rfûson 
k  l'évêque  d'Auxerro'.  —  Nous  savons,  par  un  acte  d'Ar- 
chambaud  de  Bourbon  daté  de  1233,  que  ce  soigneur  dot 
répondre  à  une  plainte  portée  contre  lui  à  la  cour  de  Louï* 
VIII  par  les  cbanoines  de  Brioude.  Archambaud  gardait  tinfl: 
partie  de  l'Auvergne  en  qualité  de  «  procurator  ex  part* 
«  domini  régis  Francie  ».  11  avait  placé  à  Brioude  un  sergent^ 
"  pour  y  faire  les  affaires  du  roi  »  ;  alors  le  prévôt  et  le  chapitrfl' 
du  lieu  comparurent  devant  Louis  VIII,  pour  réclamer  contre 
cette  violation  de  leurs  privilèges.  Louis  VIII  ordonna  u 

1.  Voy.  les  Scripla  de  fendis,  H.  F.,  XXIIl,  656. 

2,  Calât.,  n"  218. 
a.  Quant  à  ]à  senlenlia  Parisiens^  parlamenti qac  Laurîère  daledd 

18  mai  1225  {Gloasaire  du  droit  français,  au  mot  Bai-nage),  c'est    ~ 
acte  de  1258  ;  voy.  Boutaric,  Actes  du  Parlement  de  Pari»,  n*  Mî. 

4.  Cotai.,  n"  1Ï9.  —  Ce  procès  fut  jugé  à  Paris,  ainsi  que  Tippel  it 
Jean  de  Nesle.  Mais  les  conflrmalions  d'arbitrages  dont  nous  parleroni 
toutà  l'heure  sont  datèesde  villes  diverses;  Sxiol-Genuvn,  Lorris,  ebu 

5.  N'  221, 


iquête  ;  les  pièces  écrites  et  les  témoignages  prouvèrent  la 
^limité  de  la  réclamation  des  chanoines.  Toutefois,  c'est 
seulement  en  1233  qu'Arcliambaud  se  décida  à  y  faire  droit'. 
Enfin  voici  ce  que  rapportent  les  auteurs  de  V Art  de  véri- 
fier If  s  dates,  dans  l'article  consacré  à  Arcbambaud  II,  comte 
de  Périgord  ;  n  Archambaud  eut  des  démêlés  avec  le  chapitre 
«  du  Pui- Saint-Front,  relativement  à  des  droits  de  juridiction 
H  prétendus  par  cette  compagnie.  La  contestation  fut  portée  à 
H  la  cour  du  roi  Louis  VlU.  Des  commissaires,  qu'il  députa, 
«  jugèrent  en  faveur  du  chapitre;  mais  par  des  lettres  du 
<i  22  mai  1226,  ce  monarque  ordonna  ime  révision.  »  Nous 
n'avons  pas  retrouvé  ces  lettres  du  22  mai  1226  ;  M.  Des- 
sales, l'historien  du  Périgord,  a  remarqué  que  l'assertion  des 
Bénédictins  n'a  rien  d'invraisemblable  ;  on  voit  se  juger  plus 
taixi  une  contestation  de  môme  nature  '. 

Ce  petit  nombre  de  procès  débattus  devant  la  cour  du  roi 
ne  doit  pas  faire  croire  que  l'on  recourût  très  rarement  à  la 
justice  do  Louis  VIH.  De  même  que  sous  le  règne  précédent, 
une  fois  en  présence  du  prince,  on  se  décidait  fort  souvent  à 
remettre  l'affaire  à  des  arbitres  ou  à  conclure  un  arrange- 
ment. Ainsi,  au  mois  de  novembre  1223,  l'évèquo  do  Noyon 
et  Enguerrande  Couci.  qui  étaient  en  procès  à  la  cour  du  roi 
au  sujet  de  la  fi>rteresse  de  Quierzi-sur-Oise,  décidèrent  de 
s'en  remettre  à  l'arbitrage  de  l'évéque  de  Soissons  et  de 
Thomas  de  Couci.  qui  devaient  prononcer  après  avoir  fait  une 
enquête;  s'ils  ne  pouvaient  s'entendre,  Louis  VIII  devait  nom- 
_  mer  un  troisième  arbitre'.  Je  ne  sais  si  la  conr  du  roi  avait 
d'abord  été  saisie  de  la  contestation  qui  s'était  élevée  entre 
)  comte  de  Soissons  et  l'évéque  de  Laon,  à  propos  des  limites 
!  leurs  baronnies.  En  tout  cas,  ce  fut  une  simple  sentence 
L'arbitrage  qui  trancha  te  différend  :  constituées  en  présence 
B  Louis,  les  deux  parties  choisirent  chacune  un  arbitre  et  le 
foi  nomma  pour  ti'oisièmc  arbitre  un  de  ses  baillis,  qui  devait 
résoudre  la  question,  si,  après  enquête,  les  deux  autres 
n'étaient  point  d'accord;  c'est  ce  qui  eut  lieu*. 

^  i.  Gallia  ehritliana.  II.  Intirum.  eccfet.  S.  Flori,  col.  137, 
I  2.  Uitt.  du  Périgord,  1.  297. 

».  CalaL,  n"  43. 
'  4.  N"  275;  cf.  l'acte  de  même  teneur  de  l'évéque  de  Laon,  dans 
^ealet,  d"  VU. 

Cu.  Pbtit-Dutau.lis,  Uègne  de  Louis  Vlll.  31 


354  A.RBITRAaES. 


Très  souvent,  c'est  le  chancelier  Gnérin  qui  traocbe  le- 
différeads,  et  Louis  VIII  se  contente  de  confirmer  sa  décisiou 
Ainsi,  en  1224,  les  religieux  de  la  Charité,  étant  en  conles- 
tation  avec  la  comtesse  de  Nevers  au  sujet  de  la  garde  du 
bourg  de  la  Charité,  se  constituèrent  en  présence  du  roi  et 
ils  s'en  remirent  à  l'arbitrage  de  Guérin;  celui-ci  prononça 
sa  sentence  et  Louis  la  confirnia  '.  Il  en  fut  de  même  en  12L\i 
pour  un  procès  qui  avait  été  engagé  devant  Louis  VIII  entn^ 
les  chanoines  de  Saint-Frambuurg  de  Senlîs  et  les  Ëls  du 
veneur  de  Villers-Saint-Frambourg'.  On  voit  aussi  des  con- 
seillers du  roi,  comme  Guillaume  de  Bagneux,  prononctr 
comme  arbitres  des  sentences  que  Louis  VIII  confirme  '.  Les 
baillis  eux-mêmes  enlèvent  ainsi  des  causes  à  la  ct/ria  re^: 
en  1226,  les  hommes  de  Fouquescourt  s'opposent  aux  préten- 
tions de  l'abbé  de  Corbie,  qui  s'attribuait  le  droit  de  les  tailler 
à  merci;  l'affaire  est  portée  devant  le  roi;  mais  les  partira 
s'en  remettent  à  l'arbitrage  de  deux  baillis,  qui  prouonceot 
la  sentence  '.  Le  roi  ne  combat  point  cette  tendance  à  l'arbi- 
trage, il  la  favorise  même  en  certains  cas.  Ainsi,  en  1225, 
les  ouvriers  munnayers  de  Paris  étaient  en  querelle  avec  lei 
maîtres  ;  sur  n  l'assentiment  et  le  mandement  »  de  Louis  XlOi 
ils  confièrent  l'affaire  à  des  arbitres,  pris  parmi  les  bourgeoii 
de  Paris  ;  ceux-ci  firent  sur  les  usages  d»  la  monnaie 
Paris  une  enquête;  les  résultats  en  sont  consignés  dans  lU 
acte  cëlèbre,  qui,  avec  la  charte  accordée  à  Henri  Plastraii 
et  dont  nous  reparlerons,  commence  la  série  des  docamentt 
authentiques  exclusivement  relatifs  à  la  monnaie'. 

Souvent  aussi,  les  parties  s'accordent  à  l'amiable  devant 
Louis  VIII  sans  intervention  d'arbitres.  Ainsi,  la  comtesse  dt 
Ponthieu  était  en  contestation  avec  le  comte  de  Boulogne,  i 
propos  de  la  terre  située  entre  la  Canche  et  l'Autbie  ;  l'affain 
se  termina  par  un  simple  accommodement  conclu  en  préseoot 

1.  Catal.,  n-  130. 

2.  Coll.  Moreau,  vol.  137,  f"  53.  — Autres  exemples  d 'arbitrage! da 
Guérin:  Calai.,  n—  187  (cf.  le  récit  de  Decamps:  Collection  Deampt, 
vol.  31,  f"  137),  235,  270,  322. 

3.  Catal.,  n"  112. 

4.  ColieLtion  Grenier,  vol.  53,  f«  154. 

5.  Calai.,  Il"  289. — Art.  de  M.  de  Barthélémy,  Soc.  (fjîltil.  df  Porà^ 
II,  154.  —  Voy.  auaai  l'étude  que  M.  Vuitry  a  faite  de  ce  r^lementHir 
U  monnaie  parisia  :  liéijime  financier  de  la  Fr.,  465-466. 


f 


JURIDICTION  ■  GRACIEUSE  DU   lïOI. 

da  roi  :  Louis  VIII  n'intervint  que  pour  prendre  part  à  la 
nomination  de  trois  arbitres  chargés  d'estimer  des  terres  que 
le  comte  de  Boulogne  devait  recevoir,  en  compensation  de 
celles  auxquelles  il  renonçait'.  Jean  de  Nesle  et  l'évêque  de 
Noyon  étaient  en  procès  à  la  cour  du  roi  à  propos  de  droits 
de  chasse  -,  l'évêque  finit  par  s'en  remettre  à  la  bonne  foi  de 
son  adversaire  ;  alors  Jean  de  Nesle  jura  devant  Louis  VIII 
de  rechercher  sincèrement  la  vérité,  fit  une  enquête  et  en 
déclara  les  résultats  dans  la  cour  du  roi'.  Des  arrangements 
analogues  conclus  en  présence  de  Louis  VIII  terminèrent  un 
procès  de  succession  entre  les  membres  de  la  famille  de 
Grainville  et  une  affaire  de  propriété  immobilière  débattue 
entre  les  chanoines  de  Notre-Dame  et  les  frères  Hardi  '. 

On  recourt  également  au  roi  pour  que  sa  présence  donne 
aux  transactions  une  solennité  particulière,  et  nous  le  voyons 
exercer  fréquemment  la  juridiction  gracieuse'.  Ou  bien,  une 
fois  les  transactions  faites,  on  demande  au  roi  une  confirma- 
tion'. Je  n'insiste  point  ;  les  documents  de  ce  genre  sont  innom- 
brables déjà  dans  le  Catalogue  des  actes  de  P/nlippe-Auguste. 
Citons  cependant  un  fait  caractéristique  :  Jean  de  Nesle, 
châtelain  de  Bruges,  et  ta  comtesse  de  Flandre  ayant  conclu 
des  conventions  au  sujet  de  la  vente  de  la  cbâfellenie  de 
Bruges,  le  comte  de  Champagne,  agissant  au  nom  de  la  com- 
tesse, vint  avec  Jean  de  Nesle  demander  à  Louis  VIII  do 
donner  son  attestation  à  ces  conventions  ;  quelques  mois  plus 
tard,  la  vente  fut  consommée  définitivement,  et  Jean  de  Nesle 
obtint  de  Louis  VIII  une  confirmation  nouvelle'. 

Eu  somme,  l'œuvre  accomplie  dans  le  domaine  judiciaire 
par  Philippe- Auguste  se  continue  heureusement  sous  le  règne 
de  son  fils.  Un  nouveau  point  de  procédure  est  même  fixé,  à 
l'avantage  de  l'autorité  royale.  En  1224,  la  comtesse  de 
Flandre,  cherchant  des  défenses,  avait  déclaré  qu'elle  avait 
itê  ajournée  par  deux  chevaliers  et  qu'elle  aurait  dû  l'être 


Catal.,  n°  352. 

5.  N"  117. 

3.  N"  33«,  29. 

i.  N"189,  195,  243.  246,  251. 

6.  N"  19.  41.  77.  99.  120,  121.  12'..  136,  182,217,  293,331,  339,367. 
6.  N"  170,  210.  Sur  l'importance  de  cette  vente,  voyez  Wamkônig, 
).  cit.,  M,  129  et  iiuiv. 


356  PROGRES   DE    LA   JUSTICE   ROTALE. 

par  ses  pairs  ;  la  cour  du  roi  jugen  qu'un  ajoumeraent  fait  I 
un  pair  par  deux  chevaliers  était  valable'.  Nous  avons  k  c! 
que  instant  parlé  d'enquêtes  Judiciaires;  ce  système,  qui  i 
pris  un  grand  développement  pendant  les  dernières  années  è 
règne  précédent',  tend  à  remplacer  les  moyens  de  prenM 
barbares  du  moyen  âge^  Knfin  parmi  les  défendeurs  et  11 
détenseurs  qui  comparaissent  à  la  cuur  du  roi,  nous  avons  tl 
des  églises,  des  seigneurs  de  tout  rang,  des  bourgeois,  comme  " 
les  frères  Hardi,  des  vilains,  comme  ceux  de  Fouquescourt  ; 
dans  l'affaire  dos  halles  de  Puiseaux,  ce  sont  deux  églises  qui 
se  sont  accordées  pour  réclamer  la  justice  du  roi. 

Naturellement,   l'extension  de  la  compétence  de  la  cour 
royale  n'est  point  sans  provoquer  des  conflits.  Le  chanoine 
de  Tours  nous  a  laissé  à  ce  sujet  le  récit  fort  intéressant  d'une 
discussion  qui  eut  lieu  entre  le  roi  et  le  clergé  à  l'assemblée 
de  Melun,  le  8  novembre  1225:  «  Les  archevêques  et  évèques 
i<  de  France,  en  présence  du  légat,  demandèrent  avec  instaiM  J 
"  au  roi  et  à  ses  barons  le  droit  de  juger,  dans  les  affaires  dll 
H  meubles,  toutes  les  personnes  qui  seraient  citées  devant  & 
«  par  des  gens  d'Ëglise  ;  ils  disaient  que  cette  juridiction  appi 
«  tenait  à  l'Église  gallicane.  Le  roi  résista  ;  il  affirmait,  ave 
<<  des  arguments  très  nets,  que  cette  prétention  était  compliq 
<i  tement  déraisonnable,  puisque  les  affaires  de  biens  meubM 
«  qui  n'avaient  point  de  rapports  avec  les  questions  de  sennentl 
«  de  foi,  de  testament  ou  de  mariage,  étaient  purement  laîqnM 
«  et  n'appartenaient  en  aucune  façon  au  for  ecclésiastique... 

1.  Calai.,  n' 2iS. 

2.  Voy.  Walker,  op.  cit.,  91-93. 

3.  Voy.  noire  Calai,  dti  eny.  de  Louis  VIH  {Appendice  n»  vn),  où 
figurent  plusieurs  enquêtes  judiciaires;  —  voy.  la  clause  relative aa 
«  témoignage  d'homniea  légitimes  »  dans  la  charte  accordée  au  chipilre 
d'Orléans  en  1221  (_Catal.,  n-  167);  cf,  Delisle,  n"  861.  La  prooMur» 
d'enquête  s'est  évidemment  développée  par  suite  de  l'annexion  de  U 
Normandie  ;  elle  était  très  employée  a  l'Echiquier  ;  voy.  par  exemple  let 
n-  359  et  390  du  lieeueii  de»  jug.  de  VEch.  de  M.  Delisle.  —  Il  y  â  m 
pendant  des  traces  de  la  persistance  du  due!  judiciaire  :  Louis  VIII  rifie 
ses  droits  )>ur  le  duei  dans  la  charte  qu'il  accorde  aux  habitante d' A snièr» 
sur-Oise  (Cota/.,  n"  92).  Dans  l'acte  ()ui  règle  les  contestations  entre  le  roi 
et  l'avoué  d'Arras  au  sujet  de  certains  droits  de  justice,  Louis  VlU  déclin 

auc  l'honneur  reste  sauf  à  son  fidèle  Pierre  de  Malannoi  et  k  l'iToné 
'Arras,  qui,  au  sujet  de  ce  débat,  avaient  donné  l'un  contra  l'aain 
des  gages  de  bataille  (Calai.,  n"  89).  Sur  le  duel  judiciaire  en  Sor- 
mandie  à  celte  époque,  voy.  Le  combat  judiciaire  eti  Â'orpuatdît  jês 
A.  CancI,  dans  Méni.  Soc.  Antiq.  Norm.,  XXil,  623  et  suiv. 


PROGRÈS   DE   LA   JUSTICE   ROYALE.  357 

a  Enfin  par  Tintervention  de  la  grâce  divine  et  du  légat,  la 
ce  question  fut  laissée  en  suspens  par  les  deux  parties*  ».  Ici  le 
roi  se  contente  de  contenir  Tambition  d'une  juridiction  rivale  ; 
parfois  il  s'occupe  de  légitimer  ses  propres  empiétements  : 
nous  verrons  dans  les  bailliages  les  prétentions  de  la  justice 
royale  souvent  contestées.  Mais  presque  toujours  Louis  VIII 
triompha.  On  ne  voit  point  que  ce  roi  ait  jamais  eu  les  scru- 
pules qui  devaient  tant  tourmenter  la  conscience  de  son  fils. 
Au  moins  dans  la  pratique  du  gouvernement,  Louis  VIII  fut 
un  politique  et  non  pas  un  saint. 

1.  Chron.  de  Tours,  309;  cf.  le  débat  de  1205:  Delisle,  no»  927-928. 


CHAPITRE  VII. 


LE  DOMAINE  ET  l'aDMINISTRATION  LOCALE. 


Le  domaine  est  la  partie  du  royaume  où  il  n'y  a  pas  d'au- 
tre baron  que  le  roi.  Les  barons  ou  grands  vassaux,  tels  que 
les  comtes  de  Champagne  et  de  Bretagne,  ont  certaines  pré- 
rogatives exceptionnelles  ;  ils  ont  toute  justice  haute  et  basse, 
peuvent  exiger  le  service  d'ost  personnel,  et  leur  sceau  a 
force  authentique  dans  tout  le  grand  fief;  bref  «  cascunsba- 
«  rons  est  souvrains  en  se  baronnie*  ».  Ces  privilèges,  le  roi 
les  a  dans  son  domaine,  qui  comprend  des  terres  lui  apparte- 
nant personnellement  et  des  terres  qu'il  a  inféodées  ;  les 
possesseurs  de  ces  fiefs,  de  môme  que  les  barons,  sont  vassaux 
directs  du  roi,  mais  ils  ne  sont  pas  barons*. 

11  est  inutile  d'insister  sur  l'importance  des  agrandisse- 
ments du  domaine  dans  l'histoire  de  la  monarchie  capétienne. 
Ces  agrandissements  ont  été  sinon  le  seul,  du  moins  le  plus 
considérable  facteur  du  développement  de  l'absolutisme. 
L'histoire  de  France  a  changé  de  face  au  moment  où  Phi- 
lippe-Auguste a  conquis  les  fiefs  des  Plantagenets  au  nord  de 
la  Vienne  et  de  la  Loire. 

Le  domaine  royal  s'est  remarquablement  accru  sous  le  rè- 
gne de  Louis  VIII,  malgré  la  catastrophe  qui  mena  ce  prince 
au  tombeau  avant  l'achèvement  de  son  œuvre.  Nous  avons  vu 
que  le  Poitou,  à  peu  près  complètement  perdu  dans  la  der- 


1.  Reaumanoir,  éd.  Beugnot,  II,  22. 


«  duc  ou  de  comte  ».  Cette  définition  prête  aux  malentendus;  dans  le  do- 
maine royal,  il  y  avait  des  comtes  autres  que  le  roi,  par  exemple  celui 
de  Vendôme,  dans  la  mouvance  du  comté  d'Anjou. 


ACOROISBEMENÏTiU   DOMAINE.  359 

nîère  moitié  du  règne  de  Philippe-Auguste,  avait  été  repris 
en  1324,  gr/ice  à  l'alliance  des  Lusignan  ;  Hugue  X,  qui  pos- 
sédait la  plus  grande  partie  do  pays,  depuis  Guéret  jusqu'à 
Sainfes,  devint  le  vassal  direct  des  Capétiens,  ainsi  que  le 
■vicomte  de  Thouars  ;  la  Rochelle,  Saint-.Iean-d'Angeli, 
Niort,  furent  désormais  villes  royales.  Ce  pays,  y  compris 
l'Aunis,  la  Saintonge,  les  comtés  do  la  Marche  et  d'Angou- 
lôme,  ne  retombera  plus,  au  moins  de  longtemps,  entre  les 
mains  des  Anglais  ;  la  révolte  de  Hugue  de  Lusignan  n'aura 
pour  résultat  que  l'augmentation  du  domaine  direct  d'Alfunse 
de  Poitiers.  Los  vicomtes  de  Limoges  et  de  Turenne  et  lo 
Périgord  échappèrent  aussi  à  la  mouvance  des  Planlagenets 
pendant  le  régne  de  Louis  VIII.  Richard  de  Cornouaiîles  re- 
prit seulement  la  seigneurie  de  Bergerac  et  les  villes  de  Gas- 
cogne qui  avaient  été  soumises  en  1224.  Limeuil,  conquise 
en  1225  par  le  maréchal  de  Louis  VIII,  était  encore  prévôté 
royale  avant  le  traité  de  Paris'.  On  sait  que  ce  traité  fut  con- 
clu en  1258-1259  par  saint  Louis,  qui  suspectait  la  légitimité 
des  conquêtes  de  son  père  ;  le  Limousin  et  le  Périgord  firent 
alors  retour  aux  Plantagenets. 

En  1226,  Raimond  Vil  était  presque  réduit  à  la  possession 
de  la  seule  Toulouse.  Par  le  traité  de  1229,  qui  mit  fin  k  la 
lutte,  le  domaine  royal  devait  s'accroUre  des  vicomtes  de 
Nîmes,  de  Béziers  et  de  Carcassonne,  et  d'un  certain  nombre 
de  fiefs  passés  au  rang  de  fiefs  directs  de  la  couronne.  Quant 
à  Avignon,  cette  ville  finit  par  rentrer  sous  la  domination 
chancelante  de  Frédéric  II;  mais  rappelons  que  par  l'acte 
de  pariage  conclu  avec  les  Bénédictins  de  Saint-André, 
Louis  VIII  avait  acquis  le  droit  d'élever  une  forteresse  aux 
portes  de  la  cité  impériale. 

Telles  furent  le.';  annexions  que  Louis  VIII  accomplit  ou 
prépara  par  la  guerre.  Les  droits  qu'il  avait  comme  roi  sur  les 
héritages  en  déshérence  lui  permirent  d'augmenter  son  do- 
maine d'une  partie  du  Perche.  Guillaume,  évéque  de  Chà- 
lons-sur-Marne,  comte  du  Perche,  mourut  peu  avant  le  départ 
3  Louis  pom-  l'Albigeois.  «  De  grandes  difficultés  surgirent 
ko  sujet  de  sa  succession  u,  nous  dit  Aubri  de  Troiafon- 


,  Longnon,  Allât  hùltir-,  texte,  3*  livraison,  239. 


360  ÀCCROISGEMENT   DU   DÔSÎAÏS 

taines.  Les  comtesses  de  Chartres  et  de  ChainpagDQ  et  la 
reine  Bérengère  revendiquaient  chacune  leur  lot.  Le  chroot- 
queur  ajoute  que  Louis  VIII  eut  la  plus  grande  partie  it 
comté.  Cependant,  selon  Brussel.  les  prévûtês  du  Pefcbo 
n'apparaissent  que  dans  les  comptes  de  1231.  On  voit  par  d 
acte  de  1257  que  le  seigneur  de  Château-Gontîer,  qui  ava 
aussi  des  prétentions  sur  le  Perche,  s'en  désista  seulemei 
cette  année-là  eu  faveur  de  saint  Louis'. 

Le  Ponthieu  avait  été  confisqué  par  Pbilippe-Augaste  à  I 
tin  de  son  règne.  Le  gendre  du  comte  de  Ponthieu,  Stnioit 
de  Dammartin.  avait  passé  en  effet  dans  le  camp  des  Anglais 
en  1214;  il  dut  s'enfuir  après  Bouvioes,  et  sa  femme  Marie. 
de  Ponthieu  porta  le  poids  de  la  colère  du  roi  :  lorsque  la 
fils  posthume  de  Robert  III,  comte  d'Alençon,  mourut  sans 
héritier  vers  1219,  Philippe-Auguste  s'appropria  le  comt^ 
sans  s'inquiéter  des  droits  de  Marie,  descendante  d'un  coia» 
d'Aleni;on  du  xii"  siècle.  Enfin,  lorsque  le  comte  de  Ponthieo 
mourut  en  1221,  Philippe-Auguste  confisqua  le  comté  et  con- 
firma les  chartes  de  commune  des  villes,  comme  il  en  aTsit 
l'habitude  dans  les  pays  nouvellement  annexés.  Nous  yoyoat 
Louis  VHI  faire  acte  do  souveraineté  en  Ponthieu  en  novem- 
bre 1223',  Selon  les  ic  coutumes  du  royaume  de  France  ', 
Louis  aurait  pu  garder  le  Ponthieu  pendant  toute  la  vie  ie 
Simon  de  Dammartin  et,  à  la  mort  de  celui-ci,  ses  descen- 
dants n'auraient  obtenu  sa  succession  que  par  grâce  spécîile 
du  roi,  qui  avait  le  droit  de  déshériter  les  enfants  nés  aprM 
la  trahison  du  père.  Marie  de  Ponthieu  se  décida  à  venir  in- 


1.  Aobri  de  Troisfontaines,  918,  —  Brusset,  Utage  rfw  fiefi,  453.  - 
Lea  auteurs  tle  l'Art  de  vérifier  les  datet  (art.  Comte*  du  Perftu)  «su- 
rent que  Louis  Vlli  uonQsuua  le  comté  par  provision  et  conKa  la  kv^' 
de  Bellesme  à  Pierre  Mauclerc.  M.  Wallon  (Saint-Louîi,  p.  SHÎtde  t» 
(.'iMë  que  Louis  Vlli  avait  donné  en  garde  Saint-Jacques-de-BeuvrOQ  et 
Ilelleame  à  Pierre  Mauderc.  Ces  erreurs  ont  probablemc^nt  leur  oneint- 
dans  un  passage  de  Guillaume  Guiart  (vers  9075  à  908Ï).  En  rtSllê. 
ce  fut  en  1227,  par  le  traité  de  Vendôme,  (jue  Pierre  Mauclerc  reçut 
ces  deux  places,  non  en  garde,  mais  on  don  (Le  Nain  de  Tillemoilt. 
op.  cil.,  I,  457). 

2.  Prarond,  Abbeville  avant  in  nuerre  de  reni  ans.  79  M  »uîï. 
Art  de  vérifier  les  date*  (Comtes  de  Ponlhteu.  Comtft  d'Ateneon). 
Calai.,  n- Z\.  —  Je  ne  sais  où  Louandre  (///«(.  d'Afjbeville.'\,{i7)t 
qui  a  été  copié  par  M.  Rigollol  (Revue  wirninmalique,  \V.  49-50).  a  m 
que  Simon  de  Dammartin  avait  fait  une  tentative  sur  le  Ponthieu  aprti 
la  mort  de  Phi  lippe- Auguste, 


AOCROISSBMKNT  RU   DOMAntï.  361 

lorer  la  clémence  de  Louis  Vlll  et  une  transaclion  eut  lieu 
1  juillet  1225'.  Par  le  traité  do  Chinon,  Aiibigni  en  Coten- 
,  le  château  de  Doullens,  Saint-Riquier,  Avesnes-le-Comte 
,  leiira  dépendances  furent  abandonnés  au  roi;  on  outre 
toutes  les  communes  de  Ponthieu  durent  prêter  serment  à 
Louis,  et  toutes  les  forteresses  devaient  lui  être  rendues  à 
la  première  réquisîtioi..  Enfin  la  comtesse  renonça  à 
ses  prétentions  sur  le  comté  d'Alençon,  Quant  à  Simon  do 
Dammartin,  il  n'eut  point  la  permission  de  rentrer  en  France  ; 
il  ne  devait  obtenir  sa  grâce  que  sous  le  règne  de  saint  Louis. 
En  retour,  le  roi  rendit  à  Marie  de  Ponthieu  le  reste  de  son 
héritage,  et  »  poussé  par  un  sentiment  de  compassion  »  autorisa 
les  enfants  nés  après  la  trahison  de  Simon  à  succéder  à  leur 
mère.  Le  roi  rot-ut  la  comtesse  en  hommage  lige,  la  tint  quitte 
du  droit  de  rachat,  et  lui  donna  2000  li\Tes  parisis'. 

Dès  le  mois  de  juin  1224,  Louis  VIII  avait  acheté  pour 
200  livres  parisis  la  forteresse  de  Monlreuil  à  Guillaume  de 
Maisniéres,  seigneur  de  Maintenai'.  Désormais  donc  le  Pon- 

P"  ieu  était  en  partie  dans  le  domaine  propre  des  Capétiens, 
partie  sous  leur  contrôle  direct  ;  le  serment  de  fidélité  des 
lies  et  le  droit  de  disposer  des  forteresses  donnaient  à  la 
royauté  une  souveraineté  effective  dans  les  terres  restituées  ; 
à  l'égard  do  laFtandre.  qui  se  trouvait  dans  une  position  ana- 
logue, Louis  Vni  usera  de  procédés  identiques  pour  assurer 
1  domination. 

I  En  Anjou,  Louis  VIII  acquit  la  seigneurie  de  Beaufort-en- 
Vallée  de  Simon  de  Poissi,  qui  reçut  en  échange  quelques 
•es  situées  près  d'Évreux;  Galeran  d'Ivri,  vicomte  de 
llelun,  qui  avait  des  droits  sur  Beaufort,  les  vendit  au  roi. 
l'j  avait  un  grand  intérêt  à  augmenter  le  domaine  propre  de 
I  monarchie  dans  ce  comté  d'.Vnjou,  où  la  famille  de  Craon 
Sit  toute-puissante*.  Neuville-en-Beine  et  Remigni,  comme 


FI.  Voy.  le  préambule  et  lesclauscsiie  l'aiitede  Marie,  Calai,,  n''26i}. 
a.  n«  261. 

IS.  Catal.,  n-*  260,  261,  2'J4.  —  C'est  Jesn  de  Friscamps,  Imilli 
TAinîenit,  qui  rend  compte  des  revenus  du  Ponthieu  eii  1226:  voy, 
"fcM  juttif..  w  xni. 

).  Calai.,  n"  i23.~  KïhéncdeCalanjie,  Le»  seigneui'i  de  Mainlena;/. 

ns  Mém.  Soc.  Aniiq.  Picardie,  XX,  259. 

'.  Calai.,  n"'  188,  a32.  —  Cf.  Catat.  des  enquêlei,  n"  i. 


362  TESTAMENT   DE   LOOIS   Vllt. 

Beaufort-en-Vallée,  dépendaient  du  domaine  rojal  avant 
l'avènement  do  Louis  VIII,  mais  n'étaient  pas  la  propriétè^ 
du  roi  ;  Louis  se  fit  céder  ces  terres  par  les  religieux  de  Honi- 
blières,  moyennant  la  remise  du  service  d'ost'. 

Notons  enfin  que  pour  consojnmer  l'acquisition  du  comté 
de  Beaumont-sur-Oise,  vendu  par  Thibaud  d'UlU  à  Philippe- 
Auguste  en  1223,  Louis  VIII  obtint  de  l'archevêque  d» 
Heims,  neveu  du  défunt  comte,  une  complète  renonciatiita 
à  cette  seigneurie*.  Nous  avons  tu  aussi  que  dans  le  trailA 
de  1224.  Hugue  de  Lusignan  abandonna  au  roi  tous  set 
droits  sur  le  comté  d'Alençon  et  sur  Issoudun. 

Malgré  ces  agrandissements  du  domaine  royal  sous  Louis 
VIU,  ce  roi  légua  moins  de  terres  à  son  successeur  qu'il  n'en 
avait  hérité  lui-même  do  Philippe-Auguste.  Louis  Vlll  avail 
de  nombreux  enfants.  Au  moment  où  il  fit  son  testament, 
en  juin  1225,  il  lui  en  restait  sis,  cinq  fils  et  une  fille.  «  .\fin 
H  que  la  discorde  ne  pût  point  naître  entre  eux  »,  il  opéra  on 
«  partage  »  en  faveur  des  premiers  nés  et  destina  les  der- 
niers à  la  carrière  ecclésiastique  ".  Il  suivait  l'exemple  de 
Louis  le  Gros,  de  Philippe- Auguste  lui-oiéme,  qui  avaitdoané 
le  comté  de  Boulogne  à  Philippe  Hurepelet  avait  fait  entrer 
dans  les  ordres  son  dernier  flls  Pierre  Chariot.  Mais  celte 
fois,  comme  au  temps  où  Robert  le  Pieux  donnait  la  Bou^ 
gogne  à  son  tîls  Henri,  les  apanages  étaient  considérables. 
Le  second  des  fils  de  Louis  VIII,  c'est-à-dire  Robert,  devait 
avoir  toute  la  terre  qu'Isabelle  de  Hainaut  avait  .apportée  s 
Philippe-Auguste,  sauf  le  douaire  de  Blanche  de  Castîlle.  Le 
troisième,  c'est-à-dire  .lean,  devait  avoir  le  comté  d'Anjou 
et  du  Maine;  le  quatrième,  Alfonso,  le  comté  de  Poitiers  et 
toute  r.Vuvergue*.  Ce  dernier  semble  au  premier  abord  avoir 
été  plus  favorisé;  mais  il  faut  se  rappeler  que  la  plus  grande 
partie  du  Poitou  appartenait  alors  à  Hugue  de  Lusignan  et 

1.  CataL,  n"  74. 

2.  Calai.,  n"  206.  —  Douet  d'Arcq,  Hecherehes  tur  let  conta  df 
Beaumoiit-sur-Oiie,  p.  cxxvii. 

3.  Testament  de  Louis  VIII,  CataL,  n°  355.  La  question  dee  spi- 
nages  a  été  traitée  très  complètement  par  M.  Luchaire,  MoMUul  dtt 
Itulil ,  iK2  et  suiv. 

4.  M,  Longnon,  AHm  histor..  ieite,  235,  se  Irompe  lorsqu'il  dit  qaa 
selon  le  testament  de  Louis  VIII  r.\uvet'gne  devait  revenir  à  CbuKii' 
Charles  n'était  du  reste  pas  enœre  né  à  cette  époque, 


363 
[Oe  le  domaine  capétien  y  était  assez  restreint.  Quant  au 
t^nquième  fils  et  à  ceux  qui  pourraient  naître  dans  la  suite, 
ils  devaient  être  clercs.  Le  bon  Henri  Martin  s'indigne  de 
cette  '■  violation  des  droits  de  la  nature'  »;  elle  n'avait  rien 
que  de  très  commun  alors;  au  xii*  siècle  la  royauté  avait  su 
se  créer  ainsi  des  appuis  certains  dans  le  haut  clergé  :  Henri, 
frère  de  Louis  Vil,  fut  archevêque  do  Reims.  Du  reste,  la 
volonté  de  Louis  VIII  ne  put  s'accomplir:  son  cinquième  et 
son  sixième  fils  vécurent  seulement  quelques  années;  quantau 
septième,  Charles,  il  devint  comte  d'Anjou  à  la  place  de  Jean, 
qui  mourut  également  dans  l'enfance.  Un  tiers  du  domaine 
riiyal  se  trouvait  ainsi  distrait  de  la  part  de  l'héritier  du  trône. 
Mais  d'après  une  clause  du  testament,  ces  apanages  ainsi  que 
celui  du  comte  de  Boulogne  devaient  faire  retour  à  la  royauté 
si  leur  possesseur  mourait  sans  postérité';  peut-être,  après 
tout,  en  un  temps  où  le  pouvoir  central  et  l'admininistration 
avaient  encore  une  organisation  rudimentaire,  était-il  préfé- 
rable que  le  roi  n'eût  point  à  gouverner  directement  des  terri- 
tloires  trop  vastes,  et  que  la  dynastie  se  provignât  à  travers 
Ip  royaume  en  lignées  temporairement  distinctes. 

Sous  un  règne  aussi  court  que  celui  de  Louis  VIII,  les 
renseignements  que  Von  peut  recueillir  sur  l'administration 
locale  sont  forcément  peu  nombreux.  Nous  ne  savons  à  peu 
près  rien  sur  les  prévôts  pendant  cette  période.  En  revanche, 
les  noms  de  la  plupart  des  baillis  et  sénéchaux  nous  sont 
connus,  grâce  à  divers  actes  et  à  un  fragment  de  compte  du 

ups  de  Louis  VIII'.  Presque  tous  ces  personnages  étaient 


F  1.  Henri  Martin,  llisl.  de  France.  IV.  132. 
S.  Cette  stipulation,  dans  le  texte  du  Icstanient,  ne  semble  a'appli- 
ler  qu'à  l'apanage  de  Hobert  et  non  à  celui  de  ses  frères.  Noua 
.fuyons  q^u'il  faut  voir  là  une  simple  négligence  de  rédaction.  C'est 
eaiai  l'avis  de  M,  I.uchaire  (^Manuel,  484).  1^  même  auteur  a  remarqué 
que  «  la  constitution  des  apanages,  telle  que  l'ont  faite  Louis  VIII  et 
«  son  lils,  n'excluait  que  les  collatéraux  et  laisRait  implicitement  aun 
u  femmes  le  droit  d'hériter  ». 

3.  Pièce»  justifie.,  n°xnt.  Ce  compte,  que  nous  aumns  souvent  à  citer, 
appartient  selon  nous  au  terme  delà  Toussaint  de  1226.  On  y  trouve  ; 
i"  une  partie  des  recettes  du  bailliage  de  SaintOioer  et  d'Aire  et  du 
bailliage  d'.Arras:  les  rcceUes  des  bailliages  de  Uesdin,  d'Amiens,  de 
Verinandnis,  de  Gisors,  d'Orléans,  de  Sens  et  de  Dnurges;  la  recette 

r 


364  LES   BAILLIS. 

d'anciens  officiers  ou  baillis  de  Philippe-Auguste  et  ils  conti- 
nueront leurs  fonctions  pendant  le  règne  suivant'.  On  r&- 
marque  parmi  eux  des  membres  des  familles  d'Athies,  de 
Milli  et  de  La  Chapelle.  La  liste  que  nous  avons  dressée  jIu 
noms  de  ces  officiers  sera  sans  doute  utile  à  celui  qui  fert 
l'histoire  des  institutions  monarchiques  au  xm'  siècle;  ell» 
servira  à  fixer  la  biographie  de  quelques  serviteurs  de  là 
royauté  et  à  prouver  d'une  façon  plus  précise  que  les  Cap^' 
tiens  choisissaient  leurs  baillis  de  préférence  parmi  les  peliti' 
nobles  et  qu'ils  aimaient  à  faire  administrer  leurs  aouvellei 
possessions  par  des  hommes  choisis  dans  l'ancien  domaÎDe*. 
L'étude  des  actes  de  Louis  VIII  suggère  quelques  observa- 
tions importantes  sur  le  caractère  de  l'institution  baillîvale. 
On  a  émis  récemment  sur  l'origine  de  cette  institution  uai 
hypothèse  très  lumineuse  :  les  baillis  sont  les  descendant! 
directs  des  commissaires  délégués  par  les  rois  du  xil*  siècle 
pour  défendre  au  loin  leurs  intérêts  ;  la  division  du  domiine 
en  bailliages  date  des  premières  années  du  règne  de  Philippe- 


cription  de  Tours,  ce  qu'on  appelait  la  recepla  Turonentii  ;  3"  la  dé- 
penses royales.  —  Malgré  la  mutilation  qu'a  subie  le  rouleau  de  !««*»■ 
min,  dont  le  haut  a  été  déchiré,  et  malgré  l'absence  de  toute  inaicstion 
cbronologique,  la  date  que  nous  lui  attribuons  ne  nous  semblcj» 
douteuse.  Non  seulement  les  noms  des  baillis  sont  c«ux  desbiAlii 
qui  apparaissent  dans  les  actes  de  Louis  VIII,  mais  dans  le  cnmpU 
d'Adam  de  Milli  figurent  les  revenus  de  Douai  et  de  l'Êclase;  or, 
d'après  le  traité  conclu  en  avril  1226.  le  roi  devait  loucher  les  revenu 
de  Lille,  Douai  et  l'Ecluse  jusqu'au  complet  paiement  de  la  rançon  di 
Ferrand,  et  cette  stipulation  fut  abrogée  dans  le  nouveau  traité  concis 
par  Blanche  de  Castille  avec  le  comte  de  Flandre  au  mois  de  déctnbts 
de  la  même  année,  quelques  semaines  après  la  mort  de  Louis  VIS 
(Calai.,  n"  336.  —  Teulet,  n"  1895),  Ajoutons  que  Brussel  (W(.  dafiffi, 
livre  II,  ch.  x.wni)  parle  souvent  du  compte  de  1227  et  que  notre  lioco- 
ment  n'est  point  celui  qu'il  a  connu.  M.  Detisle  n'a  pas  hésité  à  inieil- 
torier  notre  pièce  sous  le  nom  de  compte  de  lj)uis  VIII  {Imtntairt 
du  fonds  lalin,  no  9017).  Reste  à  savoir  si  ce  document  n'est  pu  de 
1225;  en  mai  1225,  Jeanne  de  Flandre  avait  en  effet  cnca^  Doaiiil 
l'Ecluse  au  roi  (Calai.,  n»  248).  Toutefoi.s,  dans  l'acte  d'engagement 
il  n'y  a  pas  de  stipulation  précise  à  l'égard  des  revenus  des  deux  rillei 
et  dans  le  doute  nous  aimons  mieux  dater  notre  acte  de  1226. 

1.  Voy.  notre  liste.  Appendice  n-  v,  et  cf.  l'/nrfM  dn  Catatogutimi 
nctet  de  Pkitippe-Augutte,  —  tes  listes  des  baillis  données  par  BriUfd, 
Ui.  de»  fiefs,  I,  486  et  suiv.,  —  les  Seripta  de  Ffodis  et  W  compte* 
de  saint  Louis,  imprimés  dans  //.  /-'..  XXI.  XXII  et  XXlll,  —  er'-' 
l'édition  et  les  tables  des  Layettes  du  Trénor  de»  Charles. 

2.  Voyez  par  exemple  les  noms  des  baillis  de  Normandie;  cS.  Ft 
ment  de  l'histoire  de  Gonesse,  par  L,  Dellsle,  Bib.  Ec.  Ch.,  4*  série.) 
114  et  suiv. 


LE3  BAILLIS.  365 

bguste;  la  nécessité  de  donner  des  remplaçants  au  grand 
fënéchal,  dont  l'office  avait  été  supprimé  par  mesure  de  pru- 
dence, et  le  besoin  d'une  organisation  plus  stable  pendant  le 
temps  de  la  croisade  en  orient  amenèrent  ensuite  Philippe- 
Auguste  à  donner  plus  d'importance  et  de  précision  aux 
fonctions  baillivales'.  Cette  théorie  nouvello  est  d'autant  plus 
satisfaisante  qu'on  a  beaucoup  de  peine  à  imaginer  un  roi  du  xn* 
siècle,  voire  mèrac  un  prince  intelligent  comme  celui  dont  nous 
parlons,  créant  de  toutes  pièces  un  nouveau  rouage  adminis- 
tratif. 

,,  D'ailleurs  l'institution  baillivale  garda  longtemps  un  carac- 
B  indécis  qui  rend  bien  vraisemblable  la  supposition  émise 
r  M.  Luchaire.  Dans  les  temps  modernes,  l'institution  dos 
intendants,  issue  d'une  évolution  analogue,  mit  de  même  un 
temps  très  long  à  acquérir  quelque  stabilité.  Nous  n'hésitons 
pas  à  admettre  qu'au  temps  de  Louis  VIII  les  baillis  sont, 
non  pas  des  officiers  ayant  à  exercer  dans  une  circonscription 
immuable  des  fonctions  bien  définies,  mais  des  lieutenants 
ria  roi,  dans  toute  l'extension  vague  qu'on  peut  donner  à  ce 
me.  On  peut  alléguer  à  l'appui   de   cette  opinion  quatre 
juments  principaux  : 
1°  Le  mot  mOme  de  bailli  est  très  vague  ;  il  n'a  point  du 
Ot  la  précision  du  mot  précâl.  On  appelle  baillis  non  seu- 
ment  des  gens  comme  ,\dam  de  Milli  et  Pierre  de  Rouci, 
i  ont  chacun  une  grande  partie  du  domaine  à  administrer, 
aïs  aussi  des  ofliciers  de  beaucoup  moindre  importanco  ;  tel 
r  exemple  ce  Tbîbaud  Monnayer  auquel  Louis  VIII  adresse 
i  mandement  en  1225.  La  formule  «  omnibus  baillivis  suis», 
î  subsista  longtemps  encore  dans  l'adresse  de  certains  actes 
jaux,  désigne  évidemment  les  officiers  du  roi  en  général,  et 
1  pas  seulement  les  grands  baillis. 
2"  On  voit  cités  dans  certains  documents,  et  particulière- 
int  dans  le  compte  de  1226,  des  personnages  qui  ne  sèm- 
ent pas  avoir  eu  à  administrer  une  région  bien  limitée,  et 
lî  cependant  figurent  à  côté  des  baillis  d'Artois,  de  Ver- 
jidois,  de  Rouen,  etc.,  et  encaissent  des  catégories  de 
Tenus  dont  la  perception   est  généralement  conflée  aux 

1.  Luchaire,  Mantifl,  5'i3  et  suiv. 


LES   BAILLIS. 

baillis.  L'exemple  le  plus  curieux  est  celui  de  Thiboud  d« 
Chartres,  qui  rend  compte  à  la  fois  de  sommes  perçues  & 
Saint-Omer,  âHesdin,  à  Corbie,  à  Dourdan.  etc..  Il  fautaosû 
citer  ce  fait  que  Guillaume  de  Ville -Tbierri,  bailli  de  Gisors, 
dont  le  nom  figure  par  conséquent  dans  la  recepta  Part- 
siensix,  rend  compte  aussi  de  divers  revenus,  comme  ceux  d< 
ta  forêt  d'Évreux.  qui  dépendent  de  la  recepta  Turontmis. 
Ce  sont  là  des  preuves  manifestes  d'une  organisation  finan- 
cière et  administrative  peu  méthodique,  qui  s'est  furmée  suô> 
cessivementet  par  tùtonnements. 

3°  Il  _v  a  cependant  des  bailliages,  il  y  a  des  circonscrip- 
tions administrées  par  des  ofSciers  appelés  baillis.  Mais  les 
limites  de  ces  circonscriptions  ont  été  très  variables  ;  la  com- 
paraison des  documents  du  temps  de  Philippe-Auguste,  de 
Louis  VllI  et  de  saint  Louis  le  prouve  abondamment.  De 
plus  il  ne  serait  pas  exact  de  dire  que  chaque  bailliage  est 
administré  par  un  bailli  ;  on  voit  parfois  plusieurs  baillis 
chargés  k  la  fois  de  gouverner  un  même  pays,  et  il  ne  semMe 
pas  qu'aucun  d'eux  ait  une  prééminence  sur  les  autres.  Affurtj 
assure  qu'en  1218  et  en  1227  les  assises  de  Senlis  fureot 
tenues  par  trois  baillis  à  ta  fois';  en  1226  Louis  VIII  con- 
firme des  lettres  de  trois  de  ses  baillis,  attestant  une  conven- 
tion qui  s'est  conclue  devant  eux  pendant  qu'ils  tenaient 
ensemble  une  assise  ft  Pierrefont*.  L'un  de  ces  trois  person- 
nages était  bailli  de  Vermandois,  d'autres  textes  le  prouvent. 
Les  deux  autres  étaient-ils  aussi  baillis  do  Vermandois*  On 
ne  peut  point  l'affirmer  ;  il  semble  môme  que  l'un  d'eux. 
Renaud  do  Bai'on,  était  plutôt  bailli  de  Senlis  ;  mais  comment 
ces  trois  baillis  siègent^ils  en  même  temps  au  même  endroiti 
Ce  fait  n'est  explicable  que  si  l'on  considère  l'iustitution 
baillivale  au  temps  de  Louis  VIII,  comme  une  continuation 
des  délégations  de  palatins  envoyées  au  loin  par  Louis  Vil. 

4"  On  sait  d'ailleurs  que  pendant  tout  le  xiii'  siècle  les  baillia 
n'ont  pas  cessé  de  faire  partie  de  la  curia  et  qu'ils  repre- 
naient souvent  leur  place  parmi  les  conseillers  du  roi;  ainsi, 


iidut  et  Mém.  ifu  Comilè 


LES   BAILLIS.  367 

tfiogue  d'Athies  était  à  la  fois  panetier  et  bailli  de  Louis  VIII 
»Bt  il  assista  à  diverses  assemblées  à  Gisors,  à  Chinon,  etc. 
ï  CDDiul  de  fonctions,  qui  prendra  fin  seulement  sous  Phi- 
lippe le  Bel,  n'était  pas  sans  avantage  pour  la  royauté,  qui 
'  restait  ainsi  en  relations  très  étroites  avec  se^i  agents  locaux 
La  crainte  de  voir  ressusciter  les  vieilles  tendances  à  l'I 
dite  des  oÉBces  n'était  pas  encore  entièrement  disparue. 

Nous  rappellerons  rapidement   les  fonctions  baillîvales 
dont  l'examen  founiit  de  nouvelles  preuves  à  notre  théorie. 
On  sait   que  les    pouvoirs  des  baillis   étaient  tout  à  fait 
généraux.   Sous  Louis  VllI,  nous  les  voyons  recevoir  les 
hommages',  percevoir  les  revenus',  protéger  les  églises', 
exécuter  les  jugements  ',  siéger  eux-mêmes  en  assise  et  servir 
d'arbitres'.  Naturellement,   ils  entraient  souvent   en   conliit 
avec  les  juridictions  rivales.  L'un  des  épisodes  de  la  lutte 
I      entre  les  bailliages  et  les  ofHcialités  eut  son  dénouement 
^Kvous  le  règne  de  Louis  VIII.  Deux  plaideurs,  nommés  Robert 
^■Trolez  et  Etienne  Lovet,  avaient  conclu  un  accord  devant  le 
^■bailli  de  Rouen  et  avaient  confirmé  leur  convention  par  ser- 
^Bncnt  hors  de  l'assise  ;   leur  querelle  n'avait  porté  que   sur 
^Bane  question  purement  féodale,  mais  Robert  Trolez  profita  du 
serment  qui   avait  suivi    l'accord  pour  citer  à  ce  propos 
Etienne  Lovet  devant  l'official  de  Rouen;  on  sait  que  les  tri- 
bunaux ecclésiastiques  connaissaient  des  causes  de  serment. 
■^tienne  fit  défaut,  fut  excommunié  et  emprisonné  ensuite.  Sa 
^Kemme  réclama  auprès  du  bailli,  et  il  fut  jugé  en  assise  que 
^^tobert  Trolez  devait  Ctre  mis  en  prison  jusqu'A  ce  qu'Etienne 
fût  délivré;  Philippe- Auguste,  qui  vivait  encore,  confirma 
cette  décision.  Louis  VIII  eut  à  s'occuper  do  l'affaire.  L'ar- 
chevêque prétendait  que  Robert  Trolez  fût  délivré  et  indem- 

Catal..  n°  1. 

Piicei  jutlific,  If  xui.  —  Voy.  dans  les  Uch  htil  du  Poitou, 
"Vin,  45,  une  enquête  du  temps  d'Alf.  de  Poitiers,  qui  nous  montre  le 
bBiÛi  de  Louis  VIII  en  Touraîne  prenant  possession  au  nom  du  roi  des 
revenus  de  Saint 'Ré  mi -sur-Creuse.' 

3.  Calai.,  n"  253,  306,  etc 

4.  Catat.,  it"  254,  271. 

5.  CaMi.,n"87,  2:5,  353;  coll.  Grenier,  vol.  53,  f"  164;  D"Arbois 
de  Jubalnville,  Comtes  de  Chamjiagne,  V,  203,  —  Voyez  dans  Arch. 
hitlor.  du  Poitou,  XVllI,  54et  suiv.,  un  procès  entre  l'abbaye  de  Saint- 
Haisent  et  aes  hommes  de  Pamprou,  jugé  après  enquâie  par  le  sénéchal 

f_de  Louis  VIII  en  Poitou.  Voy.  aussi  Léchaudé  d'Anisy,  Gr.  rd/es,  T"  ~ 


I 


368  L£S   BAILLIS. 

uisé.  Le  r»i  répondit  qae  le  (or  ecclésiastique  a^arait  pas  i 
96  mêler  d*ane  qaestioik  de  fief  qui  arail  ea  soa  dénoiiemeiit 
eo  a^àLse  '.  —  Les  seîgneories  L>cale$  tiispataîenl  aassi  im 
baillis  do  t>à  l'exercice  de  la  haute  justice.  L'aTooé  d*Ams 
le  lear  contesta  longtemps  «lans  on  fief  qu*îl  tenait  de 
Louis  VIII -.  L'évè^ue  d'Arras.  de  s*>n  o>té,  prétendait  que 
les  bailliâ  du  roi,  à  Oppi  et  à  Bois-Bamard.  empièlaient  sur 
la  joridiction  écherinale;  il  s'entendit  avec  le  roi  pour  régla* 
la  question,  et  des  témoins  cités  par  les  deux  parties  forent 
entendus  publiquement  en  cour  du  roi  ;  le  jugement  de  li 
cour  du  roi  fat  accepté  d'avance  par  TéTéque  et  donna  gain 
de  cause  à  Louis  Mil  ;  le  droit  de  haute  justice  à  Oppi  eti 
Ek)iS' Bernard  fut  reconnu  aux  baillis  roraux'. 

On  sait  que  les  baillis  n'avaient  pas  seulement  i  adminis- 
trer une  partie  du  domaine,  mais  à  s*occuper  aussi  de  h 
région  environnante.  C'est  pourquoi  nous  totous  Pierre  de 
Rouci,  bailli  de  B«)urges,  aller  recevoir  le  serment  de  fidélité 
des  habitants  de  Montferrand\ 

En  somme,  Tinstitution  des  baUlis,  comme  celle  des  com- 
missaires aux  enquêtes,  était  essentiellement  une  prolonga- 
tion de  la  curia  régis.  Ce  principe  fondamental  ne  put  cepen- 
dant être  appliqué  partout.  Philippe-Auguste  ne  se  crut  pas 
assez  fort  pour  déposséder  de  son  titre  le  puissant  et  habile 
Guillaume  des  Roches,  qui  avait  été  fait  sénéchal  d'Anjou 
par  Artur,  en  1 199  '.  Le  prudent  monarque  le  reconnut  sénéchal 
d'Anjou  et  lui  donna  Angers,  Baugé  et  leurs  dépendances; 
il  se  réserva  seulement  Tours  et  la  Touraine,  Chinon,  Bour- 
gueil,  Loudun  et  Saumur  et  les  sénéchaussées  et  prévôtés  y 
attenant  ^  Guillaume  des  Roches  mourut  en  1222',  et  son 
beau- frère  Amauri  de  Craon  devint  sénéchal  d'Anjou.  Phi- 
lippe-Auguste renouvela  pour  lui,  à  titre  provisoire,  la  faveur 


1.  Calai.,  n"  67. 

2.  Cnlal.,  n<>^  88,  89. 

3.  Calai.,  n"  2'i0.  Voy.  aussi  :  Calai,  des  enquéles,  n°  \ni,  enquête 
relative  à  la  juridiction  du  prévôt  royal  de  Ribemont. 

4.  Calai.,  n^  320. 

5.  Vuy.  (iaston  Dubois,  Recherches  sur  la  vie  de  Guillaume  des  Roches, 
Bib.  Èc.  Ch.,  6»  série,  V,  377;  XXXII,  88;  XXXIV,  502. 

6.  Delisle,  n»»  848  et  1016. 

7.  Gall.  Chrislianay  XIV,  573. 


LES  SK-NECfUI'X. 


369 


i  renouvela  f 


e  A  Guillaume'.  Loui.^ 

urp  UMnililé  ■>  el  Aiuauri  en  jouit  jusqu'à  sa 

mort,  qui  eut  lieu  au  moia  de  mai  1226*.  Cet  Amaiiri  de 

l'niou.  dont  Ittcliiiuoiac  do  Toiu-s  vante  la  lielle  prestance  et 

[;i  bravunre,  «'tait,  comme    Pierre   Mauclorc.    un   farouche 

■  unemi  de  l'Église.  Il  signa  une   pétition  adressée    par  les 

ai'oDS  de  l'ouestii  Louis  Vlll  i>uur  réclamer  son  appui  conlm 

^Jf  clergé,  al  le  chroniqueur  nous  dit  que  "  s'il  n'avait  pas  ou 

^Kia  sénéchaussée,  par  te  moyen  de  laquelle  il  opprimait  les 

^^pftglises  et  les  pauvres,  il  aurait  été  au  premier  rang  dans 

^^la  chevalerie',  m  Celait  évidemment  .-\mauri  de  Craon.  et 

non  le  roi,  qui  élaîc  le  personnage  le  plus  important  de  r.\n- 

jou.  Louis  VIII  ne  se  méia  guère  dos  aifaircs  du  pays  que 

pour  modérer  la  fougue  anticléricale  du  sénéchal'. 

L'alliancede  Philippe- Auguste  et  do  Guillaume  des  Roches 
avait  eu  d'heur«us  résultats  pour  la  royauté;  Guillaume  était 
resté  le  fîdéle  allié  des  Capétiens  contre  les  Plantagenets. 
Aimeri  de  Thouars,  auquel  Philippe-Auguste  avait  voulu 
confier  la  sénéchaussée  du  Poitou'',  se  montra  an  contraire 
ifironKlant  et  perilde.  Aussi  en  1224  Louis  VHI  renonça-l-il 
m  syslêine  dont  son  péie  avait  fait  l'épreuve;  il  noramaséné- 
<  liai  du  Poitou  un  noble  normand,  Geoffroi  do  Bulli,  et  lui 
donna  pour  lo  seconder  Jean  de  Uoaumnnt  et  Savari  de 
Mauléun', 
Nous  avons  vu  que  Louis  VIII  institua  aussi  un  sénéchal  à 
lUcaire.  Ces  sénéchaux  du  midi  n'avaient  rien  de  commun 
c  un  Ainauri  de  Craon,  sinon  le  titre;  c'étaient  des  officiers 
t  même  que  les  baillis  dont  ils  avaient  les  fone- 
«19,  et  s'ils  furent  plus  indépendants,  c'est  quo  la  distance 
t  diflîcik'S  [ours  relations  avec  lo  pouvoir  conti'al. 


.  UelUle,  u"  21G;. 

.  Cola/.,  n-  r>.  —  ChroH.  de  Tours,  31'.. 

.  ChrOH.de  Tttara,  3H. 

.  un  mamlement  en  faveur  des  religieuses  de  Fontevraud. 
.    "  27S   —  En  liai,  nous  voyonH.  au  iMiitraire,  l'Anjuu  admi- 
A  par  lp  bailli  Pierre  llaron,  nui  avait  aus><i  les  bailliages  de  Tours, 
'--i,»t(!-  (Compte  de  laSi,  //.  /■■-,  XXII.  6;6). 
,  .Me,  n"  8S0. 
L  GcafTroî  dn  niilli  porte  le  titro  de  «^iiécliul  ilu  Poitou  dans  le 
"0  d*t  notre  Calai.,  et  dans  le  procès  cité  plus  haut,  Arch.  hisl.  du 
■1,  XVIII,  5'.. 

(le  LvaU  Vlll.  U 


"a 


370  ASSIMILATION   DES   NOIVEAUX   DOStATNES. 

Reste  à  nous  demander  quels  procédés  la  royauté  eraploû 
pour  faciliter  l'assimilation  des  pays  nouveilemonl  aniiext- 
Louis  VIII  suit  la  même  politique  que  son  père.  Comme  Pin 
lippe-Auguste,  il  fait  des  tournées  frùqueatos  en'  Normandie' 
Il  s'applique  particulièrement  h.  s'attacher  le  cler{;A.  Aiasii  en 
1225  il  confirme  les  privilèges  accordés  par  Richard  Cœur  dr 
Lion  aux  Hospitaliers  de  Jérusalem  établis  en  Nurmaudie,  wi 
Anjou,  dans  le  Maine,  en  Touraine,  en  Poitou  et  en  Bem' 
En  Normandie  surtout,  où  la  vie  mouastîque  était  si  ivxf- 
loppée,  Louis  multiplie  les  donations  pieusos'.  Dans  le  miJi, 
il  accorde  sa  protection  à  quelques  villes  et  surtout  il  comlil« 
de  faveurs  TËglise  orthodoxe.  En  Poitou,  où  la  noblesse  «t 
bourgeoisie  sont  puissantes,  il  achète  la  fidélité  des  seignei 
et  confirme  les  privilèges  des  villes'.  Les  Capétiens  coiucr- 
vèrent  daus  les  provinces  conquises  les  anciens  tribuDsui 
qu'ils  y  trouvèrent.  Le  plus  ancien  de  ces  espèces  de  jiarle- 
meuts  de  province  respectés  par  la  royauté  futrÉchiquienie 
Normandie,  qui  était  à  la  fois  tribunal  et  cour  des  C(>iii)jCi» 
Du  reste,  la  plupart  des  juges  qui  siègent  h  ce  tribunal  gott 
des  auxiliaires  bien  connus  de  ta  royauté:  Guénn  assiste 
interruption  à  toutes  les  séances  de  l'Échiquier  depuis  12l4 
jusqu'à  la  fin  de  1225;  Barthéleml  de  Roie  y  figure  consbl 
ment  depuis  1218  jusqu'à  la  fin  du  règne  de  Louis  VIII,  s 
â  l'Échiquier  de  Pâques  122(>.  Geoffroi  de  la  Chapelle,  Kcni 
do  Ville-Thierri,  Berruierde  Borron,  Baudouin  de  Corbcil,i 
étaient  baillis  ou  conseillers  du  roi,  prennent  part  aussi  i 
jugements  pendant  le  règne  de  Louis;  de  même  GuiUauiH 
Acarin,  doyen  du  SaintrSépulcre  de  Caen,  qui  était  tout  dérori 
aux  Capétiens'.  Tout  en  respectant  les  coutumes  de  la 

1.  Itinér.  de  Louix  VIII  (.Ippearfice  n"  m).  En  1224  1225,  le  n 


cinq  ou  SIX  voyagea  < 


n  Normandie. 


_.  Calai.,  n-  296  29: 

3.  Catal.,  n"  30,  68.  128.  216,  230,  279.  282.  etc. 

4.  Philippe-Auguste  avait  suivi  cette  pùliUijue  en  1204.  (Oeliil». 
n"84:,  8aa,  858,  864,  836-878,  952-953).  On  ne  voit  pas  que  l^uiiVIII 
nit  favorisé  l'introduction  de  nouvelles  Camîlles  en  Coilou.  comme  Mit- 
lippe-Auguste  l'avait  fsil  en  Normandie. 

5.  Lèop-  Delisle.  Recueil  des  jug.  de  l'Echiquier,  particuli 

E,  UO  et  suiv,  Léchaudé  d'Aniuy.  Gr.  raies,  204.  —  Voy,  an  _ 
uillaume  Acarin  dans  la  Collection  Deeampi,  vol.  3 1 ,  f»  406.  —  Û.  DalîA 
a  rait  la  biographie  de  Guill.  Acarin,  danu  sua  Mémoire mr  le»  JMf- ^ 
fEeliiquier  iRecuetl,  272  et  auîv.). 


ASSIMlLiTIOS   DES   NOUVEAUX   nOUAINES.  371 

Ke.   la  monarchie  faisait  donc  servir  l'Échiqoier  à  ses 
■seins.  Ces  «  justiciarii  n  que  le  roi  y  envoyait  siéger  lui  ren- 
!nt  à  certains  i-gurds  les  mûmes  semces  que  las  juges 
kéraots  aux  rois  anglais. 

LuuU  VIII  suivit  aussi  une  tradition  du  règne  précédent 

In»  cltorcliant  point  à  imposer  la  monnaie  parisis  aux  nou- 

tRUX  domaines.  Les  deniers  de  Tours  étaient  déjà  connus 

t  Nurmandifi    quand   Pliilippe-Aaguste  conquit   cetto  pro- 

^co,  et  le  système  tournois  était  entièrement  conforme  au 

mtème   angevin,    admis  presque   exclusivement    dans  les 

■inaincs  continentaux  des  Plantagenets.  Philippe-Auguste 

Kploya  donc  le  système  tournois  dans  ses  nouvelles  pro- 

,  et  n'osa  du  systemo  pariais  que  dans  les  anciennes  '. 

mis  VIII  eut  la  m^me  sagesse,  et  lorsqu'en  1225-1^26  il 

nféra  à  Henri  Plaslrard  et  à  sa  famille  le  monopole  de  la 

iritiation  des  coins  de  la  monnaie  parisis,  il  eut  soin  de 

tntionner  que  celte  monnaie  n*avait  point  cours  dans  les 

rvinces  acquises  par  Philippe-Auguste  et  par  lui,  à  savoir 

Normandie,  l'Anjou,  le  Poitou,  la  Touraine  et  le  Maine, 

ED^me  l'Artois  et  le  Vermandois'. 

Bi  le  roi  respecte  les  usages  des  pays  annexés,  il  ne  laisse 

lut  péricliter  les  droits  dont  il  peut  y  jouir.  C'est  par  le 

yen    des  enquOtos   administratives    qu'il   s'informe.    Ces 

bnétes,  différentes  dans  leur  objet,  mais  non  pas  dans  leur 

i  do$  enqui^tcs  judiciaires,  se  multiplient  dès  la  tin 

I  rigne  de  Philippc-Augusto',  Ce  sont  des  investigations 

s  sur  place  par  des  commissaires  du  roi,  sur  l'ordre  de  lu 

r  ou  de  rÉchiquicr  de  Normandie.  Parmi  ces  commissaires, 

■otn'e  nu  temps  de  Louis  VIII  son  familier  Ëuguerran  de 

et  plusieurs  de  ses  baillis*.  Us  interrogent  tous  les 

liîtants  du  pays  qui   peuvent  tes  renseigner:  abbés,  sei- 

,  chevaliers,  roturiers.  Les  listes  de  jurés  sont  parfois 


^  L.  DdUle.  Ikt  revfmit  publies  tn  iVarmandie  au  \n'  t.  (Bib.  Êe. 
i,  Z*  Mirle,  V,  IttS).  —  Même  auteur,  Caitul.  normand,  noie  du  n"  350. 
1  Cillai.,  n-  »33. 

i  Voy.  Walkor.  op.  cil.,  91  et  suiv. 

.  Rei»ud  (le  Villc-Thicrri  ligure  dans  une  «nquële  ordunnée  pnr 
iquicr  de  ^omlttlnlio  (flec.  rf«  Jug-  de  flîeh.,  n"  3i>ei.  Kenuud 
a  et  (luill.  de  l'hahleîliers  font  une  enqutïte  relativement  à  un 
UilR!  Lû\i\t.  VUl  et  Robert  de  Dreux  {Calai.,  a-  310). 


372 


ENQUETES   ADMINISTRATIVES. 


longues  ;  colle  de  l'enquête  relative  à  Beaufort-en- Vallée  cou 
tient  trente-cinq  noms.  Dans  une  autre,  on  voit  que  les  coa 
missaires  se  sont  adressés  de  préférence  à  des  vieillards;  i 
prucès-verbal  mentionne  leur  âge'.  Certaines  des  enquâlel 
administratives  du  règne  de  Louis  VIII  ont  pour  objet  ( 
reconnaître  si  tel  fief  dépend  immédiatement  du  roi  ou  si  tek 
terre  lui  appartient  ;  une  autre  détermine  minutieusement  Jl 
manière  dont  Beaufort-en- Vallée,  que  le  roi  va  acheter^ 
Simon  de  Foissi,  était  administré  avant  d'être  donné  à  Simos; 
d'autres  sont  ordonnées  pour  User  les  droits  Judiciaires  a 
fiscaux  du  roi;  telles  sont  celles  qui  établissent  les  droits  ai 
roi  à  Azai-le-Rideau,  les  rapports  des  hommes  de  LandiWi 
avec  le  prévôt  royal  de  Ribemont.  Ces  diverses  enquètfllj 
administratives  se  font  surtout  dans  les  paj's  réccmmeid 
acquis:  le  Verniandois,  la  Touraine,  l'Anjou  et  principale 
ment  la  Normandie'.  Les  commissaires  auxquels  le  roi  con- 
fiait celte  mission  sont  les  ancêtres  des  enquêteurs  institués 
par  saint  Louis. 

Tel  était  le  mécanisme  de  l'administration  locale  autempt 
de  Louis  VlU.  On  voudrait  trouver  mieux,  connaître  l'esprit 
qui  animait  ces  baillis  et  ces  sénéchaux,  savoir  les  sentimenU 
qu'inspirait  leur  domination  aux  sujets  du  roi.  Au  moins  pinir 
la  période  que  nous  avons  étudiée,  les  documents  ne  donnent 
là-dessus   que  de  bien  vagues  renseignements  ;  ils  laisscni 
entrevoir  seulement  la  lutte  engagée  par  les   agents  de  lu 
monarchie  contre  les  pouvoirs  rivaux.  Lorsque  Nicolas  i»  I 
Brai  passe  en  revue  les  populations  diverses  qui  ont  enToji  1 
dos  contingents  au  siège  de  la  Rochelle,  il  dit  que  o  la  N*  I 
«  mandie,  à  peine  sous  le  pied  d'un  autre  roi,  s'enorgueillit  j 
«  encore  du  roi  Richard'  ».  Ce  n'est  point  là  sans  doute  un  tiùb  | 


1,  Cette  ençiuëte,  relative  à  certains  droits  de  l'abbé  de  la  C^utan.  I 
est  plu tât  judiciaire  qu'administrative.  Mais,  jele  répète,  ce  sont  là di 
catégories  factices. 

2,  Calai,  des  mi/uélfs  de  Louis  VIII.  —  Calai,  des  aetei,  n"  lA  I 
310,  etc —  Recueil  des  jug.  defEch..  n- 362,  366,  383.  I 

3,  N.    de  lirai,  p.  322,  —  Mihn.  de  ta  Soc.    des  AnI.  dr  fi'ormniit,  | 
t.  XVlll,  Normannie  nova  Chronica,  protemium  par  Chéruel,  p.  xn; 
ce  savant  cite  des  fragments  do  chroniques  normandes  qui  sticsttr'  ' 
un  reste  d'attachement  à  la  dynastie  angevine.  H.  Delisle  sembleî'Mi 
exagéré  la  moUéralion  de  Pliil.-Aug.  et  de  son  successeur:  vo;.  no- I 
tammeni  ce  qu'il  dit  dans  la  prt^face  de  son  Cartul.  normanrf,  p.  xm.  r 


DESPOTISME   DES   AGENTS   ROYAUX.  373 

développement  de  rhétorique;  j'imagine  qu'elle  resta  long- 
temps véritable,  la  fameuse  apostrophe  lancée  par  Gilles  de 
Paris  au  moment  où  s'ouvrait  le  treizième  siècle  :  «  0  France, 
o  t^mrmentée  par  les  agents  du  fisc  royal,  tu  as  eu  à  supporter 
«  de  dures  lois  et  de  terribles  moments  !  *  »  Les  enquêtes  or- 
données par  saint  Louis,  où  malheureusement  les  faits 
anciens  sont  rapportés  sans  être  datés,  révèlent  le  despotisme 
dont  souffraient  les  domaines  royaux  et  particulièrement  les 
provinces  nouvellement  conquises  ;  saint  Louis  fut  sans  doute 
le  premier  de  sa  dynastie  qui  donna  au  pouvoir  royal  un 
renom  de  relative  douceur  et  d'équité. 

■ 

1.  Gilles  de  PariS;  291. 


CHAPITRE  VIII. 

LES   DÉPENSES,  LES  REVENUS,   l' ADMINISTRATION   FINANCIERB. 

Les  dépenses  du  roi  pour  son  entretien  et  celui  de  sa  mai- 
son figurent  dans  les  comptes  sous  le  nom  d'itinera  et  de 
hemesia.  Les  ilinera,  ce  sont  les  dépenses  des  métiers,  c'est- 
à-dire  des  divers  services  de  riiôtel  ;  ces  dépenses  s'élèvent  à 
plus  de  11,000  livres  parisis  pour  le  terme  de  1226  dont  nous 
avons  conservé  le  compte  ;  elles  seront  sous  saint  Louis  de 
plus  de  12,000  livres  pour  un  terme  de  1238.  Les  hemesia 
désignent  principalement  les  vêtements  et  sont  accolés  dans 
les  comptes  aux  dona;  dans  les  documents  plus  détaillés  que 
celui  de  1226,  on  voit  que  sous  la  rubrique  dona  et  hemesin 
étaient  inscrites  des  dépenses  d'une  tout  autre  nature, 
comme  par  exemple  dos  achats  de  meubles  ou  d'objets  pré- 
cieux. Puis  viennent  les  frais  d'achat  et  d'entretien  des  che- 
vaux et  roncins.  Ce  sont  là  les  dépenses  particulières  du 
roi;  les  dépenses  do  la  reine  forment  un  chapitre  spécial; 
peut-être  en  est-il  de  même  pour  les  dépenses  du  frère  du 
roi,  Philippe  Hurepel,  comte  de  Boulogne  \ 

11  faut  tenir  on  état  le  domaine  et  les  forteresses  ;  la  plu- 
part de  ces  dépenses  locales  sont  faites  par  les  baillis  et  les 
prévôts.  Il  faut  aussi  payer  les  ofliciers  et  les  serviteurs  de 
tout  genre  ;  le  roi  leur  constitue  souvent  des  rentes  en  argent 
ou  en  nature^;  d'autres^  comme  les  gardes  des  forêts,  un: 
une  solde  :  une  convention  entre  le  roi  et  les  forestiers  de 
Tilloi  nous  montre  que  chaque  forestier  royal  était  pave 
12  livres  par  an  dans  les  années  de  coupe  et  avait  le  droit  d»' 
vendre  les  branches  et  le  bois  mort  \ 


1.  Pièces  justif.,  n''  \ni.  —  Cf.  Boutaric,  i>aint  Louis  et  Alfomeàt 
Poitiers,  livre  III,  chap.  vi. 

2.  CataL,  n"*»  56.  168,  236,  2'i7,  277,  376,  377,  'i44,  456. 

3.  Catal.^  n°  458. 


LES   DEPKNSB8. 


375 


S  dona  et  les  ehmosyne  constituent  une  branche  impor- 
Sltc  du  budget  royal.  En  12:^5,   Louï»  VIIl   distribue  aux 
pauvres  des  sommes  considérables  pour  atténuer  les  effeb> 
d'une    terrible   famine  ;  la  même  année.  rêvi^(]ue  de  Paris 
fonde  IVrdry  des  Femmes  Converses,  ot  c'est  le  roi  (jui  aub- 
viint  à  leur  entretien'.    Le  tableau   des  recettes  et    des 
!  jienses  de  1226  montre  que  cette  minée-là  le  comte  de 
^^lampagne  a  reiju  4,000  livres  du  roi,  k  un  moment  où  l'on 
^^■llait  probablement  s'assurer  de  sa  tidélité.  A  ces  dépenses 
^^KrattachcQt  toutes  celles  que  le  développement  de  la  poli- 
^^Bbe  roj'ato  avait  rendues  nécessaires.  On  a  vu  Louis  Vlll 
^^Broyer  une  amlia^isado  en  Sicile  et  a  plusieurs  reprises  des 
^^Btnts  secrets  à   Rome;   il   achète  l'obéissance  des  nobles 
pDitevins,  et  Iok  Rocbelais  qui  lui  livrent  leur  ville  sont  accu- 
sés d'avoir  connu  la  couleur  do   son   argent;  il  se  ménage 
[leut-i'tre  des  intelligences  en  .Angleterre.  La  guerre  entraîne 
ntssi  des  dépenses  considérables.  En  admettant  que  les  frais 
!■'  la  croisade  aient  ét<i  couverts  par  la  dîme  ecclésiastique, 
i:eHi  do  la  guerre  en  Poitou  ont  été  à  la  charge  du   roi  ; 
ne  pendant  la  paix  il  entretient  une  artillerie  et  un  per- 
incl  de  stipendiés  qui  reçoivent  des  appointements  fixes '; 
kne  a'est  peut-êlro  pas  .servi  de  mercenaires  en  1224,  les 
ntiiquears  nous  disent  formellement  qu'il  en  a  envoyé  une 
iupe  en  1225,  snus  la  conduite  de  sou  maréchal,  pour  déli- 

i  Réole. 
'our  snbvenir  aux  dépenses  imprévues  comme  fi  celles  de 
«jue  jour,  le  roi  a  les  revenus  de  son  domaine  et  quolqucs 
mus  extraordinaires.  Ces  ressources  ont  été  énumérées 
1  des  fois";  nous  parlerons  seulement  de  celles  sur  les- 
biles  nous  renseignent  los  textes  du  r^gne  de  Louis  Vlll. 
-  Occupons-nous  d'abord  des  revenus  domaniaux  pro- 


l  Chnm.  dg  Tour».  307.  —  Voy,  aussi  Cotai,  n™  95.  «8.  et<-  ., 
l  Traité  avec  1p  comte  do  la  Marcljc  ;  «  Providemus  dicto  comiti 
«ontcis  milites  et  scxcontosscrvientesppdites.velenrum  stipendia, 
riioaluor  menses  anni,  sJcut  darc  consuavimui»  militibuanostria 
^OOdîariÎE.M  eorum  pcrdita  redderemii»  si«iit  neddrre  consuevimus, 
nsvrvùintihits  ilnreinits  siciit  dure  conNiieviiniis.  «  (Calai.,  n"  105).  ^ 
X  lecAin{il«  du  1226,  les  arbalâtriorii  et  les  sergents  sont  inscntu 
.r  tW9  livre!!. 

L  Voy.  par  exemple  Vuîtry.  op.  cit..  chap.  v;  —  Luchaire,  Manuel, 
Tttttiiv. 


376  REVENUS  DOMANIAUX. 

premeni  dits.  Les  terres  domaniales  sont  pour  la  plupart 
affermées,  soit  aux  prévôts,  soit  à  des  particuliers;  nous 
voyons  Louis  VIII  donner  à  cens  des  moulins,  des  bois* 
Mais  généralement  il  exploite  lui-même  ses  forêts  et  ses 
rivières  et  a  bien  soin  de  réserv^er  pour  lui  les  droits  de  pê- 
che et  de  chasse*.  Les  forêts  procurent  des  revenus  impor- 
tants ;  dans  le  fragment  de  recette  d'un  des  trois  termes  de 
1226,  la  forêt  d'Orléans  vient  en  tête  pour  1,175  livres  ^;  puis 
vient  celle  de  Fontainebleau  pour  848  livres  ;  puis  celle  de 
Désœuvré  pour  806  livres,  et  celles  de  Villers-Cotterets  et  de 
Compiègne  pour  près  de  800  livres.  Les  bois  de  Hesdin,  de 
Ponthieu,  de  Lion,  de  la  Cour-Dieu,  d'Othe,  de  Gien,  de 
Paucourt,  de  Bourges,  etc. . .,  rapportent  moins*.  Le  vivier 
royal  le  plus  productif,  selon  ce  document,  est  celui  de  Rue, 
dans  le  bailliage  d'Amiens;  il  produit  plus  de  80  livres.  Une 
sorte  de  poissons  qu'on  appelle  vendoises,  à  Samois,  rapporte 
35  livres.  Nous  n'avons  pas  de  renseignements  sur  le  produit 
des  mines.  En  revanche,  on  a  souvent  cité  l'acte  de  non-pré- 
judice donné  à  Louis  VIII  par  les  religieux  de  Cercanceau, 
qui  trouvèrent  dans  leur  vigne  de  l'or  et  de  l'argent  monnayé 
et  en  bosse  et  l'obtinrent  du  roi  «  en  aumône^  ».  Le  seiirneur 
avait  on  effet  tout  droit  sur  les  trésors  trouvés  dans  sa  terre. 
II.  —  Les  taxes  personnelles  constituent  des  revenus  consi- 
dérables. Nous  aurons  occasion  de  voir  quels  profits  Louis  VIII 
tire  de  la  présence  des  Juifs  et  dos  aubains  sur  ses  domaines*. 
Parmi  les  redevances  qui  frappent  les  roturiers,  M.  Viiitry 
signale  un  droit  sur  les  moissons  à  Bourges,  qui  aurait  été, 
sinon  établi,  du  moins  fixé  par  Louis  VIII;  mais  ce  prime 


1.  Catnl.,  n'»»*!)'!,  101,  :{30.  etc.. 

2.  Sur  les  p(>cheries  et  les  chasses,  voy.  les  n"^  loi ,  228,  U6y  à  '^'ï,  otc. 

3.  La  livre  parisis  vaut,  au  cominencenieut  du  xni«  siècle,  17  fr.  628i5 
en  valeur  absolue;  pour  avoir  la  valeur  relative,  il  faut  .<;ans  doute 
multiplier  par  5  ;  voy  Vuitry,  op.  cit.,  j».  '»'i9.  La  livre  vaudrait  doiicî 
cette  époque  88  francs  environ. 

4.  Pièces  jusfif.,  w  xni.  11  ne  faut  pas  oublier  qu'il  s'agit  du  revenu 
d'un  des  trois  termes,  et  non  du  revenu  annuel.  —  Sur  les  droiti 
d'usage  dans  les  forêts,  vov.  CataL,  n"'  122,  207,  225. 

5.  Catal..  n'>  119. 

6.  \*oy.  plus  bas  p.  'ilo  et  suiv.  —  Calai.,  n"  273:  chaque  banquier 
astésan  établi  à  Paris  devra  payer  annuellement  une  taxe  de  50  i?»>us. 
—  Catal.y  n"  16  :  la  cour  du  roi  juge  que  Louis  VIII  doit  toucher  dans 
la  terre  de  l'abbaye  royale  de  Cormeri  \  deniers  sur  chaque  aubain. 


TAXES   PERSONNELLES.  377 

n'a  fait  que  confirmer  une  mesure  prise  par  Philippe- Auguste  *  ; 
le  même  historien  mentionne  avec  plus  de  raison  un  acte  de 
Louis  VIII  relatif  à  la  taille  du  pain  et  du  vin  ;  c'est  un  des 
rares  documents  où  il  soit  question  de  cette  redevance,  qui 
était  perçue  à  Paris  tous  les  trois  ans  seulement  ^ 

Brussel  avait  remarqué  que  dans  les  comptes  des  premiè- 
res années  de  saint  Louis  figurent  des  sommes  d'argent 
payées  par  les  villes  au  roi.  C'était  là  évidemment  des  sortes 
do  dons  obligatoires.  Il  en  est  question  dans  la  recette  de 
1226  :  le  bailli  d'Amiens  a  perçu  100  livres  des  bourgeois 
d'Abbeville  ;  le  bailli  de  Hesdin  200  livres  des  bourgeois  de 
Hesdin  ;  le  bailli  d'Arras  200  livres  des  bourgeois  de  Douai. 
Lorsque  Louis  VIII  accorde  sa  protection  aux  bourgeois  de 
Montferrand,  ri  leur  impose  une  contribution  annuelle  d'un 
marc  d'or^ 

Les  nobles  sont  frappés  surtout  par  les  droits  de  mutation  ; 
le  «  rachatum  »  varie  entre  17  et  66  livres  dans  le  compte  de 
1226.  Les  droits  de  garde  sont  importants  aussi  ;  Robert  de 
Courtenai  obtient  comme  une  grande  faveur  de  Louis  VIII  la  pro- 
messe d'y  renoncer  éventuellement  en  faveur  de  son  fils  aîné*. 

Sur  les  églises,  le  droit  pécuniaire  le  plus  important  que 
perçoive  le  roi  est  la  régale.  Mais  le  droit  de  gîte  ou  de  pro- 
curation est  aussi  pour  elles  une  lourde  charge. 

III.  —  Lorsque  nous  avons  décrit  la  vie  nomade  du  roi, 
nous  avons  parlé  des  «  gista  que  dominus  rex  Ludovicus  cepit  » . 
En  principe,  le  gîte  et  la  procuration  peuvent  être  exigés 
mêmes  des  feudataires  nobles.  D'après  les  listes  que  Brussel 
a  publiées,  ces  prestations  ne  pesèrent  sous  le  règne  de 
Louis  VIII  que  sur  les  couvents,  les  évêques  et  les  villes, 
qui  supportèrent  des  charges  équivalentes.  Nous  avons  peu  de 
chose  à  ajouter  à  l'analyse  que  Brussel  a  faite  de  ce  revenu 
et  de  ses  modifications*.  A  l'époque  de  Louis  VIII,  le  droit 
que  le  roi  avait  de  se  faire  entretenir  dans  les  endroits  où  il 


1.  Vuitry,  op.  cit.,  337.  —  CataL,  n°  212. 

2.  Catal.,  n«  334.  —  Vuitry,  op.  ci7.,  351.  —  Voy.  aussi  Catal.,  n»  12  : 
Louis  VIII  a  cédé  à  Ingeburge  la  taille  du  pain  et  du  vin  à  Orléans. 

3.  CataL,  n-  319. 

4.  CataL,  n«  373. 

5.  Us.  des  fiefs,  chap.  xxxviii;  voy.  particulièrement  p.  545  et  suiv. 
pour  rétude  des  gîtes  de  Louis  VIII. 


378  GITE   ET   PROCURATION. 

passait  est  transformé  généralement  en  taxe  pécuniaire  ;  dans 
quelques  endroits  seulement  le  gîte  est  resté,  en  tout  ou  en 
partie,  une  redevance  en  nature  ;  ainsi,  le  30  avril  1224,  à 
Sermaise-en-Beauce,  a  le  roi  et  ses  gens  ont  eu  tout  ce  qui 
«  leur  était  nécessaire  »  et  aucune  taxe  n'a  été  payée  ;  le 
21  janvier  1223,  à  Chartres,  Tévêque  a  payé  une  procuration 
de  100  livres,  mais  a  fourni  aussi  le  vin.  C'était  là  une  excep- 
tion. Presque  partout  le  droit  de  gîte  et  de  procuration  est 
devenu  une  simple  taxe  que  Ton  paye  au  roi  quand  il  passe. 
Les  sommes  que  perçoit  ainsi  Louis  VIII  dans  ses  voyages 
s'élèvent  à  1814  livres  10  sous  en  1223  (défalcation  faite  des 
frais  du  sacre,  qui  s'élevèrent  à  4,000  livres  et  figurèrent 
parmi  les  droits  de  gîte  payés  par  l'archevêque  et  les  habi- 
tants de  Reims);  en  1224  elles  sont  do  1,095  livres  ;  en  1225, 
de  729.  Souvent  aussi  le  droit  de  gîte  est  devenu  un  impôt 
fixe  payé  annuellement  au  bailli,  alors  même  que  le  roi  n'a 
pas  séjourné  dans  la  ville.  Selon  Brussel,  cette  transforma- 
tion eut  lieu  pour  les  bourgeois  de  Beauvais  de  1223  à  1225. 
Dans  le  fragment  de  recette  de  1226,  sont  inscrites  les  pro- 
curations de  Saint-Riquier,  de  Corbie,  de  Vic-sur-Aisne, 
d'Epône,  de  l'évêché  de  Chartres.  D'après  I3  compte  de 
Guillaume  Ménier,  il  semble  que  l'abbé  do  Saint-Benoît-sur- 
Loire  a  payé  140  livres  pour  le  gîte  dos  sergents  du  roi,  et 
20  livres  «  pour  le  reste  du  gîte  du  au  roi  ».  D'autres  textes 
prouvent  du  reste  que  les  oHîciers  royaux  profitaient  comme 
leur  maître  de  la  procuration  dans  les  villes  où  ils  passaient 
en  service.  Si  Ton  songe  que  la  livre  valait  alors  à  peu  près 
88  francs  de  notre  uionnaio,  on  voit  que  le  droit  de  procura- 
tion était  une  ressource  importante. 

IV.  —  Comme  la  procuration,  mais  à  un  moindre  degré, 
le  service  d'ost  tend  à  se  transformer  en  taxe  pécuniaire. 
C'est  r  «aide  do  l'ost  »  ou  la  «taille  de  TostS).  Comme  l'a 
dit  M.  Luchaire»  cette  taxe  représentait  à  la  fois  le  rachat  do 
service  actif  et  l'amende  pour  défaut  de  service*.  Par  un 
jugement  de  rEchi(iuier  de  Pâques  en  1225,  Raoul  de  Pont- 
Ouilli  est  déclaré  exempt  de  toute  taille,  sauf  de  la  taille  de 

1.  Comme  dans  beaucoup  d'autres  cas,  il  semble  qu'ici  ai/le  et  tailk 
soient  synonymes. 

2.  I^uchaire,  Manuel  <tes  Inslitntiom^  579. 


DROITS   DIVERS.  379 

Tost,  «  qu'il  paiera  quand  le  roi  voudra  la  prendre  à  Falaise  », 
et  Henri  de  Beaufou  doit  à  Tévêque  d'Avranches  25  livres 
tournois,  que  ce  prélat  a  payé  pour  lui  au  roi,  «  comme  ser- 
«  vice  de  Taide  de  Tost  »,  parce  que  Henri  de  Beaufou  avait 
fait  défaut*.  En  1226,  les  évèqnes  d'Auxerre  et  de  Soissons 
ne  fournissent  pas  de  service  militaire  eu  Albigeois  ;  le  der- 
nier reconnaît  «  devoir  au  roi  120  livres  parisis  pour  le  ser- 
«  vice  d'ost  de  cette  année  »  ;  l'autre,  étant  malade,  a  obtenu 
une  exemption  d'un  an  et  payera,  pour  cette  exemption  et  pour 
la  dime,  une  somme  totale  de  600  livres  pa^isis^  Enfin  le 
chroniqueur  de  Tours  nous  dit  qu'à  l'assemblée  de  Bourges  du 
17  mai  1226  «  le  roi  reçut  des  sommes  énormes  (infinitam 
«  pecuniam)  d'une  foule  de  gens  qui  lui  devaient  l'ost^  ».  Ce- 
pendant la  France  féodale  ne  verra  point  s'introduire  chez  elle 
les  mœurs  de  l'Angleterre,  où  presque  tous  les  chevaliers 
aiment  mieux  payer  Técuage  que  servir  à  la  guerre. 

V.  —  Le  sceau  et  les  produits  de  justice  figurent  dans  la 
recette  de  1226.  Thiboud  de  Chartres  inscrit  dans  son  compte 
le  droit  de  sceau  pour  160  livres.  Les  produits  de  justice, 
les  «  expleta  ballie  »,  sont  de  270  livres  dans  le  compte  du 
bailli  d'Amiens*.  On  peut  rapprocher  de  ces  droits  la  taxe 
sur  les  affranchissements  :  Louis  VIII  fait  payer  200  livres 
parisis  l'autorisation  qu'il  accorde  au  chapitre  d'Orléans 
d'affranchir  ses  serfs  d'Étampes  *. 

VI.  —  Parmi  les  nombreux  droits  qui  frappent  le  commerce 
et  l'industrie,  le  plus  important  est  le  tonlieu  ;  Louis  VIII 
a  bien  soin  do  se  réserver  ses  «  recte  consuetudines  »  sur  les 
marchands,  quand  il  accorde  des  privilèges  aux  villes  ;  les 
exemptions  sont  rares*.  Le  droit  sur  les  halles  de  Samois  est 
de  15  livres  dans  la  recette  de  1226.  Lorsque  Louis  VIII 
accorde  aux  bourgeois  de  Pont-Audemer  l'autorisation  de  cons- 
truire des  halles,  qui  feront  concurrence  aux  halles  royales,  il 
se  fait  payer  son  consentement  d'une  rente  annuelle  de  15  livres 

1.  Recueil  des  jug.  de  VÉch.,  n"'  369-370. 

2.  Catal,,  n«»  328,  378. 

3.  Chron.  de  Tours,  314. 

4.  Sur  les  taux  fixés  par  Louis  VIII  pour  les  amendes  et  les  droits 
sur  le  duel,  voy.  n"*  92  et  301. 

5.  Calai.,  no  199. 

6.  Calai. y  n"»  326,  395,  etc 


380  DROITS   DIVERS. 

tournois*.  Enfin  le  roi  touche  les  bénéfices  des  monopoles  et 
des  banalités  ;  il  exige  des  religieux  de  la  Cour-Dieu  la  pro- 
messe de  ne  vendre  du  vin  qu'après  son  banvin*.  Nous  avons 
trouvé  dans  un  registre  de  Philippe-Auguste  une  curieuse 
enquête  sur  les  fours  de  Paris,  qui  date  certainement  du  règne 
de  Louis  VIII.  M.  Vuitry,  d*après  De  la  Mare  et  Depping,  dit 
que  Philippe- Auguste  abolit  la  banalité  du  four  à  Paris  et  que 
«  les  boulangers  se  trouvèrent  ainsi  en  possession  d'un  véri- 
«  table  monopole  pour  la  cuisson  du  pain  »^.  Cette  assertion 
n'est  qu'à  demi  exacte.  D'après  notre  enquête,  il  y  eut  «au 
((  temps  de  Philippe-Auguste  »  un  débat  entre  les  boulan- 
gers et  les  prévôts  de  Paris,  qui  voulaient  détruire  les  fours  de 
ces  derniers  ;  saisi  de  l'afl'aire,  Philippe-Auguste  ordonna  que 
tout  boulanger  pourrait  à  l'avenir  avoir  un  four  chez  lui,  y  cuire 
sa  farine  et  la  farine  que  les  bourgeois  lui  enverraient  ;  mais 
les  bourgeois  eux-mêmes  pourraient  avoir  un  four  chez  eux, 
«  sans  contradiction,  sans  ban  ».  Les  boulangers  ne  furent 
donc  pas  investis  d'un  monopole  ;  la  liberté  de  cuire  le  pain 
fut  complète  à  Paris.  L'enquête  ajoute  que  depuis  ce  temps 
chaque  boulanger  paye  au  roi  9  sous  3  oboles*. 

Vil.  —  La  monnaie.  —  Le  droit  de  frapper  monnaie 
était  tombé  comme  les  autres  dans  Tappropriation  sei- 
gneuriale, et  dans  le  domaine  même  des  Capétiens  il  circulait 
des  pièces  qui  ne  sortaient  pas  des  ateliers  royaux.  Tout  au 
plus  le  roi  pouvait-il  imposer  aux  seigneurs  monnayers  la 
n^connaissancc  de  son  droit  supérieur  et  certaines  conven- 
tions spéciales.  Ainsi  on  1225  Tévêque  de  Meaux,  vassal  du 
comte  de  Champagne,  déclara  qu'il  tenait  sa  monnaie  du  roi, 
et  promit  de  le  pn'^venir  désormais  quatre  mois  à  l'avance 
lorsqu'il  ferait  faire  une  nouvelle  monnaie  et  interdirait  le 
cours  de  l'ancienne  ;  de  cette  façon  les  habitants  du  domaine 
royal  auraient  le  temps  do  se  débarrasser  des  vieilles  pièces 
avant  qu'elles  eussent  perdu  leur  valeur*. 

1.  Cntal.,  no  61. 

2.  Calai.,  n»  174. 

'S.  Vuitry.  op.  cit.,  361. 

4.  Enquèlcs,  n«  viii.  —  Cf.  CataL,  n"  308,  «  lettres  patentes  concer- 
«  nant  les  talmeliers  »,  c'est-à-dire  les  boulangers.  Cet  acte  consacrait 
évidemment  les  résultats  de  l'enqucMe. 

5.  Catal.,  n^  2'»'i. 


I.A   MONNAIE   ROVAI.E.  381 

La  monnaie  coustituait  un  revenu  important  parce  que  le 
*oî,  comme  tout  seigneur,  avait  le  droit  de  fixer  le  cours  des 
pièces  qu'il  frappait,  et  de  faire  varier  à  son  gré  leur  rap- 
lort  avec  la  livre  et  ses  subdivisions,  qui  n'existaient  pus 
en  réalité  mais  constituiiient  la  monnaie  de  comjile  ;  il  avait 
le  droit  de  dire:  tant  d'ngnels  ou  de  gros  tournoia  vaudront 
'une  livre;  or  il  ne  se  gênait  pas  pour  faire  de  mauvaise 
monnaie.  La  décadence  avait  été  incessante  depuis  le  s"  siè- 
cle; k  l'avènement  de  saint  Louis,  la  livre  valait  environ 
17  francs  63,  c'est-à-dire  que  pour  payer  un  objet  valant  une 
itivre,  OR  donnait  des  pièces  qui  avaient  eu  tout  la  même  va- 
leur intrinsèque  que  17  francs  63  de  notre  monnaie  ;  or  sous 
Henri  I  elles  auraient  contenu  la  même  quantité  de  métal, 
précieux  que  63  francs  GO,  L'honueiu-  de  réformer  le  système 
ADOnétaire  revint  à  saint  Louis  ;  la  valeur  intrinsèque  de  la 
'livre  SB  releva;  de  plus  il  y  eut  en  circulation  de  nombreuses 
pièces  d'or  et  d'argent,  alors  que  sous  Louis  VIII  la  monnaie 
'réelle  ne  se  composait  guère  que  de  décimes  d'un  bas  alliage, 
fort  gênants  pom-  les  transactions'. 

Le  régne  de  Louis  VUl  est  cependant  très  important  dans 
l'histoire  de  la  monnaie  royale.  La  cbarto  de  novembre  1225 
par  laquelle  le  roi  confirme  l'accord  conclu  entre  Ifcs  maîtres 
et  les  ouvriers  monnayers  de  Paris,  est  le  premier  document 
authentique  qui  nous  fa^se  connaître  l'organisation  des  ate- 
liers monétaires,  les  rapports  des  maîtres  et  des  ouvriers, 
Ijeurs  devoirs  et  leurs  privilèges,  les  amendes  encourues  en 
'cas  d'infractions.  Enfin  nous  voyons  Louis  Vlll  concéder  à 
titre  héréditaire  à  la  famille  Plastrard  le  monopole  de  la  fabri- 
^tion  des  coins  de  la  monnaie  parisis;  le  détenteur  du  mo- 
jDupole  touchera  3  sous  pour  deux  trousseaux  et  une  pile.  Ce 
fut  seulement  eu  1265  que  les  héritiers  de  Henri  Plastrard  re- 
vendirent à  saint  Louis  leur  privilège'. 

..  Vuitry,  op.  cil.,  chap.  vi.  M.  Vuitry  a  utilisé  les  travaux  très 
:Savants  de  Satalis  de  Wailfy.  —  D'après  Hoffmann,  Monnaies  royiiten 
de  France,  p,  17,  on  connaît  trois  types  de  monnaie  sous  Louis  VUI: 
pn  denier  parisis,  une  oImIc  parÎRis,  un  denier  tournois. 

2.  Calai.,  n-  289,  3a3.  —  De  Darlhéleray.  Ensai  mr  In  monnaie 
mrùi»,  iJans  Mém.  de  la  Soe.  dt  l'hiil.  de  Paris,  II,  150  et  suiv.  — 
^36  Sauicy,  Documents  monélnircs,  I,  120  et  133. —  Vuitry,  op.  cit., 
|te&-466.  —  Sur  les  Plastrard,  voy.  la  note  de  H.  Deiisle,  Cariai. 
normand,  xi"  350, 


382  RESSOURCES   EXTRAORDINAIRES. 

Aux  revenus  domaniaux  s'ajoutent  des  revenus  extraordinai- 
res, tels  que  les  rançons  et  le  butin  de  guerre.  Les  historiens 
des  finances  capétiennes  ont  généralement  oublié  de  citer  cette 
source  de  revenus,  que  les  guen^es  incessantes  rendaient 
abondante.  Louis  profita  de  la  captivité  de  Ferrand  pour  ex- 
torquer à  la  comtesse  de  Flandre  do  grosses  sommes.  11  se 
fit  payer  largement  le  secours  qu'il  lui  prêta  dans  la  guerre  ' 
civile  qui  ensanglanta  la  Flandre  en  1225,  et  eut  soin  de  se 
réserver  la  moitié  des  rançons,  du  butin  fait  dans  les  villes 
prises  d'assaut,  et  des  sommes  payées  pour  les  capitulations. 
Enfin  il  fixa  la  rançon  de  Ferrand  à  50,000  livres  parisis, 
c'est-à-dire  à  4  millions  400,000  francs  environ,  et  ce  fut  sa 
mort  seule  qui  libéra  les  Flamands  de  la  désastreuse  con- 
vention que  Jeanne  avait  signée*. 

Tous  ces  revenus,  les  grands  vassaux  en  jouissent  dans 
leur  ten-e  comme  le  roi  dans  la  sienne.  Faut-il  en  conclure 
que  le  budget  capétien  ne  difi*ère  en  rien  des  budgets  sei- 
gneuriaux ?  M.  Langlois  dit  qu'un  demi-siècle  plus  tard,  à 
répoque  de  Philippe  le  Hardi,  il  n'y  a  pas  encore  lieu  de  dis- 
tinguer les  revenus  féodaux  et  les  revenus  royaux*.  A  vrai 
dire,  c'est  là  une  affaire  d'appréciation  ;  les  barons  perçoi- 
vent \ei>  mêmes  catégories  de  rentes;  mais  ils  ne  les  perçoi- 
vent pas  dans  des  localités  situées  hors  de  leur  domaine,  et 
c'est  le  cas  au  contraire  pour  le  roi.  Louis  Vlll  comme  ses 
ancêtres  touche  la  régale  dans  des  évochés  qui  ne  sont  pas 
de  son  domaine  ;  il  reçoit  des  rentes  annuelles  de  bourgeois 
comme  ceux  de  Montferrand,  qui  sont  cependant  soumis  à  un 
comte.  On  a  donc  le  droit  de  dire  que  le  budget  des  Cap^'^- 
tiens  diffère  des  budgets  seigneuriaux,  sinon  en  essence,  du 
moins  en  fait. 

Dans  certains  cas  enfin,  le  roi  peut  percevoir  Taide  féo- 
dale sur  tous  ses  vassaux  immédiats  ;  c'est  là  encore  un  re- 
venu de  caractère  seigneurial  ;  mais  peu  importe  :  grâce  à  sa 
prérogative  de  suzerain  supérieur,  le  roi  peut  toucher  l'aiJi' 
sur  tous  les  barons  du  royaume  ;  aucun  baron  n'en  pourrait 


1.  Catai,  n"-^  248,  256,  3i0.  —  Voy.  plus  bas,  p.  397  et  suiv. 

2.  Philippe  le  Hardi,  342  et  suiv. 


CARACTÈRE   DP.   LA   1,EVÉE   DE    \22C>.  383 

autant,  et  c'est  là  le  fait  qu'il  faut  noter.  On  a  vu  V.\ 
tvec  raison  l'origine  de  l'inipM  royal". 

Louis  VIII  n'a  jamais  pergu  l'aide  féodale,  mais  à  l'occa- 
Bion  de  la  croisade  de  \'2'-iG  il  a  fait  des  levées  extraordinai- 
!a.  D'abord,  le  cardinal  de  Saiut-Ange  lui  avait  promis  pour 
ânq  années,  si  la  guerre  se  prolongeait  pendant  tout  ce  temps, 
ft  dime  des  revenus  des  églises  de  sa  légation'  ;  sa  légation 
lomprenait  non  seulement  toutes  les  provitices  du  royaume, 
aiais  en  outre  la  Provence,  les  provinces  de  Tai'entaise,  de 
iBesançon,  d'Embrun,  d'Âix,  d'Arles  et  de  Vienne''.  La  levée 
nde  cet  impôt  qui,  selon  lu  chanoine  de  Tours,  devait  s'élever 
manuellement  à  100,000  livres  parisis',  avait  donc  un  carac- 
ière  essentiellement  religieux  et  avait  pour  but  unique  l'ox- 
termination  de  l'hérésie,  qui  était  une  affaire  intéressant  tous 
)es  chrétiens.  Lorsqu'à  l'assemblée  de  Bourges  le  légat  vi- 
dait la  bourse  des  malheureux  croisés  qui  étaient  venus  là  de 
ftous  les  points  du  royaume,  et  à  ce  prix  les  renvoyait  absous, 
le  prétexte  était  le  même.  Mais  en  somme  c'était  le  roi  qui 
percevait  et  encaissait  tout  cet  argent^;  il  avait  promis  de 
l'employer  «  pour  les  besoins  de  la  croisade  »,  mais  il  s'était 
Téservé  le  droit  de  le  dépenser  sans  contrôle.  On  dira  que 
si  Thibaud  de  Champagne  avait  eu  la  direction  de  l'expédi- 
Won,  il  aurait  joui  des  mêmes  faveurs  que  Louis  VIII  ;  mais 
^'important  est  ce  qui  eut  lieu,  non  ce  qui  aurait  pu  avoir 
Depuis  longtemps  la  royauté  avait  les  théories  pour 
elle;  ce  qu'il  fallait,  c'était  que  les  faits,  ou,  si  l'on  veut,  les 
hasards,  la  missent  réellement  hors  de  pair.  Or  il  est  certain 

Vuitry.  op.  cil.,  417. 

«  Qtiia  vero  negotium  istud  magnum  est  etmagnossumptuaexigit 
'm  et  eïpensas,  promisimus  et  promittimus  domino  régi  dare  decimam 
«  omiùumproTentuumecolesiaKticorumlegatiomsnastreuBqueadquiii- 
•  quiennium,  si  tantum  negotiura  duraverit.....  Pecuniam  autem  illani 
■  proveiiientem  ex  iUis  proventibua  percipiet  et  expendei  dominus  rex 
c  provoluntate  sua,  quamdiuerit  innegotioillo,  etc....  x  (Ccifnf.,n°  317) 
—  Sur  les  dimes  ecclésiastiques,  voy.  Luchaire,  Manuel  des  InsL. 
m  et  auiv. 

3.  Potthast,  n-  73G0. 

4.  Chron.  de  Tours,  lt\2, 

5.  Voy.  le  teste  de  l'acte  du  légal  cité  note  2.  [Jans  la  recède 
de  1226  figurent  des  sommes  cjui  représentent  sans  doute  cette  dime. 
Ainsi  le  bailli  do  Vermaiidois  a  reçu  de  l'archevêque  de  Keims  l.OUû 
livres  et  de  l'abbé  de  Compiégne  200  livres.  Nous  avons  vu  ailleurs  que 
les  chapitres  opposèrent  la  plus  vive  réaislanceà  la  levée  de  ladime. 


L. 


384  CHIFFRE   TOTAL   DES    REVENUS. 

qu'au  moment  de  l'avènement  de  saint  Louis,  au  point  de 
vue  des  finances  comme  à  tous  les  autres,  la  royauté  est  réel- 
lement hors  de  pair,  tant  par  ses  revenus  extraordinaires 
que  par  ses  revenus  ordinaires. 

A  quelle  somme  pouvaient  s'élever  les  revenus  de  Louis  VllH 
Conon,  prévôt  de  Lausanne,  se  trouvant  à  Paris  au  moment  de 
la  mort  de  Philippe-Auguste,  entendit  rapporter  que  Louis  Vil 
avait  laissé  à  son  fils  Philippe- Auguste  19,000  livres  parisis 
de  revenu  par  mois,  et  que  Louis  VIll  allait  en  avoir  1,200 
à  dépenser  par  jour^  Le  revenu  annuel  aurait  donc  été  en 
1180  de  228,000  livres  et  en  122:3  de  438,000  livres.  Nous 
n'avons  pas  le  moyen  de  contrôler  exactement  ce  témoignage. 
N.  de  Wailly  propose  la  somme  de 235,285  livres  parisis  comme 
total  des  revenus  ordinaires  annuels  de  saint  Louis  en  1238; 
à  ce  moment-là,  l'Artois  venait  d'être  détaché  du  domaine 
royal  ;  mais  les  revenus  du  Languedoc  compensaient  cette 
perte.  N.  de  Wailly  a  pris  pour  base  de  son  évaluation  la  recette 
du  terme  de  l'Ascension  de  1238,  document  qui  est  exacte- 
ment de  même  nature  que  celui  de  1226;   il  n'a  point  fait 
figurer  dans  son  addition  les  recettes  auxquelles  il  attribuait  un 
caractère  extraordinaire,   et  après  avoir  fixé  la  somme  d<'s 
revenus  ordinaires  du  terme  en  question,  il  a  multiplié  cette 
somme  par  3  pour  avoir  le  chiffre  du  revenu  annuel,  parce  que, 
selon  lui,  le  total  des  revenus  de  chacun  des  trois  termes  est 
en  partie  fictif  et  représente  à  peu  près  exactement  le  tiers  du 
revenu  annuel.  Notre  document  étant  mutilé,  nous  ne  pouvons 
pas  évaluer  les  revenus  extraordinaires  qui  doivent  être  sous- 
traits du  total  ;  nous  ne  sommes  pas  d'ailleurs  bien  surs  que 
la  méthode  dont  a  usé  Natalis   de  Wailly  pour  distinguer 
les   resssources   ordinaires  de  la  roj'auté  soit  inattaquable. 
D'autre  part,  les  ressemblances  et  les  différences  des  chiffres 
de  notre  document  avec  ceux  de  la  recette  qu'a   étudiée  co 
savant  sont  si  frappantes  qu'elles  nous  font  hésiter  à  consi- 
dérer la  multiplication  par  3  comme   un  procédé  légitinu* 
pour  établir  le  revenu  annuel.  En  effet  les  ressemblances,  qui 
portent  sur   des  revenus   ou  des  dépenses  forcément  assez 

1.  Conon  de  Lausanne,  782. 

2.  //.  F.,  XXI,  Pn'facf.y  p.  Lxxiv  et  suiv.  —  La  recette  de  1238  est 
publiée  p.  252  et  suiv. 


CHIFFRE   TOTAL   LlES   REVENUS.  '^85 

iuiformes  d'un  bout  de  l'année  à  l'autre,  comme  par  exera- 

^e   les  dépenses  de  l'hôtel,  nous  font  voir  que  le  budget 
liTait  très  peu  changé  de  1226  à  1238,  ce  qui  est  d'ailleurs 
Ibien  vraisemblable  ;  étant  donnée  cette  conclusion,  les  diffé- 
mices,  qui  sont  énormes,  nous  font  douter  que  chaque  re- 
»tte  partielle  représente  en  1226  et  en  1238  un  tiers  do  la 
îcette  annuelle:  la  recette  des  nouveaux  domaines  est  de 
8,357  livTes  pariais  en  1226.  pour  le  terme  dont  nous  possé- 
jâons  le  compte,  alors  qu'elle  s'élève  à  45,396  livres  en  1238  ; 
^  recette  totale  de  53,730  livres  seulement  en  1226,  et  de 
01,280  livres  en  1238.  La  jouissance  que  Louis  VIll  avait 
Uissée  à  Amauri  de  Craon  d'une  partie  des  domaines  de  la 
Loire  ne  suffit  pas,  ce  semble,  à  expliquer  une  telle  diffé- 
■ence,  et  l'écart  n'a  probablement  pas  été  aussi  considérable 
lendant  le  reste  de  l'année. 
Tout  ce  que  nous  pouvons  dire,  c'est  que  pendant  l'un  dea 
'  trois  termes  de  1226  la  recette  inscrite  s'est  élevée  à  53,730 
livres  parisîs.  Nous  n'avons  pas  le  droit  d'affirmer  que  ce 
chiffre  représente  le  tiers  de  la  recette  annuelle;  nous  ne  sa- 
luons même  pas  si  pendant  ce  terme  de  l'année  1226,  Louis  Vlll 
n'a  point  perçu  des  sommes  qui  ont  été  omises  sur  notre  do- 
.  11  n'y  a  donc  point  de  raison  péremptoirc  pour  in- 
Irmer  l'assertion  du  prévôt  de  Lausanne.  Nous  croirions  ce- 
lendant  volontiers  que  le  chiffre  donné  par  Conon  est  exagéré. 
11  est  certain  du  reste  que  Louis  VIll  a  pu   suffire  large- 
Bient  à  ses  dépenses.  Outre  ses  revenus,  il  avait  le  trésor 
Ique  lui  avait  légué  son  père  et  dont  la  valeur  nous  est  incon- 
tue  '.  Dans  son  testament,  s'il  ne  se  montre  pas  aussi  large 
ïfue  Philippe- Auguste,  il  lègue  cependant  à  sa  femme,  à  sa 
oUe,  à  divers  établissements  de  charité,  etc.,  des  sommes 
dont  le  total  est  de  105,000  livres,  c'est-à-dire  d'environ  9 
millions  de  notre  monnaie'.  Quant  au  trésor  en  numéraire  et 
en  lingots  qu'il  laisse  à  son  héritier,  il  n'en  indique  pas  la 
■râleur  *.  Le  compte  de  1226  prouve  d'ailleurs  que  le  budget 


■■    !,  Testament  de  Philippe-Auguste:  Teulet,  ii"  1546. 

2.  Et  non  paa  50  millions  c«mme  le  prétendeni  les  éditeurs  du  t.  XIX 
des  If.  F.,  p.  Lxxxvn.  Jlalgré  les  doutes  qui  planent  sur  la  valeur 
relitive  de  I  argent,  ce  chilTre  est  évidemment  beaucoup  trop  fort, 

3.  Teslamcnt  de  Louis  VIU  :  Calai.,  n"  255. 


L 


.la.  fidgm  de  Louis  VIll. 


386  ADMINISTRATION   FINANCIERE. 

royal  s'équilibrait  facileinent;  la  recette  s'élève  exactement 
à  53,729  livres  14  sous,  la  dépense  à  37,480  livres;  restent 
16,249  livres  14  sous.  Le  comptable  a  mentionoé  de  plus 
qu'il  a  restait  en  tout  »  123,898  livres  16  sous;  cei  excédant, 
qui  est  probablement  l'excédant  annuel,  formait-il  une  réserve 
à  part?  C'est  ce  qu'il  est  difficile  de  dire.  L'adsaiaistration 
financière  des  Capétiens  présente  en  effet  des  obscurités  que 
les  travaux  les  plus  minutieux  de  l'érudition  moderne  ne  sont 
pas  parvenus  à  dissiper. 

On  voit  cependant  assez  bien  la  façon  dont  les  fonds  arri- 
vent au  trésor.  La  plupart  des  revenus  domaniaux  proprement 
dits,  provenant  des  métairies,  des  fours,  des  moulins,  etc., 
étaient  affermés  aux  prévôts.  Les  baillis  percevaient  certains 
revenus  domaniaux,  comme  ceux  des  forêts  et  des  viviers, 
et  en  outre  les  droits  sur  les  aubains  et  les  bâtards,  les 
mortes  mains,  les  droits  de  mutation,  les  produits  de  justice, 
les  procurations,  etc,  et  enfin  les  rentes  dues  au  roi  par 
les  particuliers,  par  exemple  en  cas  d'accensement  ;  d'aprèa 
les  actes  de  Louis  VIII,  ces  rentes  étaient  perçues  à  teriuM 
variables,  mais  correspondant  toujours  avec  les  fétea  de 
l'Église  :  Pâques,  l'octave  de  Pâques,  l'Ascension,  la  Tons- 
saint,  la  Purification  de  la  Vierge,  etc.'.  En  Normandie,  les 
rentes  dues  par  les  pai'ticuliers  se  payaient  à  l'Echiquier'. 

D'après  la  recette  de  1226  et  les  autres  documents  finan- 
ciers de  cette  période,  nous  voyons  qu'on  distipguait  dans  la 
comptabilité  les  revenus  de  l'ancien  domaine  [recepta  Pari- 
siensis)  et  ceux  des  nouveaux  domaines  acquis  depuis  le  com- 
mencement du  xm"  siècle  Irecepla  Turonensts),  Les  baillis 
et  les  prévôts  de  la  circonscription  de  Paris  apportaient  an 
trésor,  chacun  de  leur  côté,  les  sommes  qu'ils  avalent  per- 
çues; les  baillis  de  la  circonscription  de  Tours  apportaient 
eux-mêmes  les  revenus  des  prévôtés.  On  sait  que  la  reddition 
des  comptes  avait  lieu  trois  fois  par  an,  à  la  Toussaint,  la 
Chandeleur  et  l'Ascension. 

11  y  a  deux  sortes  de  comptes  :  d'abord  les  comptes  pro- 
prement dits,  tels  que  ceux  de  1202-1203,  de  1334  et  de 


1.  Catal.,  D<»  248,  319,  328,  37S,  etc. 

2.  Catal.,  n<"238,  239,  etc.. .  —  Vuitry,  op.  cil.,  505. 


ADMINISTRATION   FlNANCItlIlE.  387 

1248',  OÙ  chaque  officier,  bailli  ou  prévôt,  émimèra  ses 
recettes,  ses  dépenses  et  indique  i'escédanl  des  recettes  sur 
les  dépenses,  excédant  qu'il  doit  envoyer  au  Temple.  Outre 
ices  comptes,  on  dressait  aussi  à  chaque  terme  des  listes 
appelées  "  magna  recepta  et  magna  expensa  ».  La  première 
quo  nous  possédions  en  entier  est  du  terme  de  l'Ascension 
de  1238'.  On  y  distingue  trois  parties  :  1°  la  recepta  Pari- 
Mensis,  où  chaque  bailli  de  la  circonscription  de  Paris  énu- 

mère  ses  recettes  et  en  donne  la  somme;  le  chiffre  total  des 
Srecettes  des  prévôts,  sans  énuraération  détaillée,  vient 
Ensuite  ;  2"  la  recepta  Turonensis,  où  les  baillis  de  la  cir-  " 
conscription  de  Tours  énumèrent  leurs  recettes  et  celles  de 
leurs  prévôts  ;  à  la  suite  vient  la  somme  totale  des  recettes  de 
tout  le  domaine;  3°  enfin  vieuiV expensa;  les  dépenses  sont 
iÇnumérées  méthodiquement  par  catégories,  et  non  pas, 
comme  dans  les  comptes  proprement  dits,  par  ordre  de  bail- 
liages. —  Comme  on  l'a  vu,  nous  possédons  pour  le  règne 
de  Louis  VIII  un  document  de  ce  genre. 

Ce  document  ne  fait  aucune  mention  de  l'endroit  oii  les 
revenus  apportés  par  les  baillis  et  les  prévôts  étaient  centra- 
lisés. Il  est  probable  que  c'était  au  Temple.  Les  comptes 
Antérieurs  et  postérieurs  au  règne  de  Louis  VIII  indiquent  en 
-effet  des  versements  effectués  au  trésor  royal  du  Temple  de 
|*aris.  Les  Templiers  avaient  dans  toute  l'Europe  la  réputa- 
tion de  bons  financiers',  et  Louis  Vlli  avait  des  frères  de 
Tordre,  par  exemple  frère  Evrard,  parmi  ses  conseillers. 
Faut-il  en  conchire  que  le  trésor  royal  du  Temple  était 
tVnique  caisse  royale  ?  Le  testament  de  Louis  VIII  en  1225. 
bous   prouve   le   contraire.    Le  roi   y   lègue   à  son   héritier 

irésomptif  «   tout   ce   qu'il   a   en  or,    argent  et   espèces 

[  monnayées  dans  sa  tour  de  Paris,  près  de  Saint-Thomas*,  » 


i.  Compte  de  1202-1203:  Brussel,  II,  cxsxix  et  buîv.  —  Compte  de 
p3i  :  J/.  F.,  XXII,  566  et  suiv.  —  Compte  de  1248  :  H.  F.,  XXI,   260 

^"flt  «uiv. 

■   2.  H.  F.,  XXI,  252  et  suiv. 

•  3.  Delisie,  Mànoirex  »ut  tet  opéraiions  financières  des  Templiers. 
iaa^Mém.de  l'Acnd.des  Inscr.,  XXXIIl,  2- partie,!  et  suiv.,  40  et  suiv, 
'  4.  «  De  iDobiiibus  noatris  que  pencs  nos  habunus  sic  ordinamus  : 
t  donamus  enim  fllio  nostro  i^ui  nobia  Buccedct  in  regnum  qiitc^nid 
h  babemus  in  turri  nostra  Parisienaî  juïta  Sanctum  Thomam,  videlicet 


388  LE   TRESOR   PU   L0U\TIK. 

Cette  tour  de  Paris,  c'est  le  Louvre';  ît  y  avait  donc  db 
trésor  au  Louvre.  Certains  érudits  n'ont  pas  fait  attention  à 
ce  texte,  d'autres  l'ont  signalé  sans  commentaire'.  M.  Lu- 
chaire  l'a  cité  et  a  émis  l'hypotlièse  qu'outre  le  trésor  du 
Temple,  il  y  a  eu  un  trésor  au  Louvre,  non  seulement  sous 
Louis  VIII,  mais  sous  saint  Louis  et  sous  Philippe  UI*.  Loin 
de  repousser  cette  supposition,  nous  la  confirmerons  et  l'élar- 
girons par  quelques  arguments  qui  nous  semblent  décisifs. 
D'abord,  il  n'est  pas  possible  que  la  présence  d'un  trésor 
au  Louvre  en  1225  soit  un  fait  momentané;  on  ne  doit  pas 
interpréter  le  texte  cité  plus  haut  en  disant  que  pendant  le 
règne  de  Louis  VIII  l'épargne  auparavant  confiée  aux  Tem- 
pliers a  été  enlevée  à  leur  garde.  L'administration  de 
Louis  VIII  a  pour  caractère  de  n'avoir  pas  été  révolution- 
naire; d'ailleurs,  si  nous  relisons  le  texte  du  testament  de 
1225,  nous  voyons  que  les  sommes  laissées  en  legs  particu- 
liers par  Louis  VIII  à  sa  femme,  à  ses  sergents,  etc.,  ne 
seront  pas  prises  sur  cette  épargne  du  Louvre,  qui  doit  pas- 
ser tout  entière  à  son  héritier  au  trône  ;  elles  seront  prises 
par  conséquent  dans  une  autre  caisse  qui  n'est  pas  désignée, 
probablement  sur  celle  du  Temple.  Il  y  avait  donc  sous  le 
règne  de  Louis  VIII  deux  trésors  distincts  :  l'un  qui  restera 
au  Temple  jusqu'au  règne  de  Philippe  le  Bel*,  l'autre  qui  se 
trouvait  au  Louvre.  Ce  trésor  du  Louvre  était-il  une  simple 
réserve?  Nous  ne  le  croyons  pas.  Nous  avons  un  acte  par 
lequel  Louis  VIII  inféode  au  Génois  Guillaume  Spinula  une 
rente  annuelle  de  dix  marcs  "  sur  sa  chambre,  à  percevoir 
«  chaque  année  en  sa  chambre  au  temps  de  l'édit'  ».  Si  cette 


(  in  auro  et  argento  et  pecunia  numerata,  ad  regnî  defensionem.  > 
(Catal.,  no  255). 

).  Ad.  Berty,  Topoyr.  hitior.  du  vieux  Paris,  Région  do  Loutw, 
I,  IIS. 

2.  MM.  Ch.-V.  Langlois  et  Julien  Havet  croient  qu'il  n'y  &  pu  en  d« 
trésor  au  Louvre  avant  le  régne  de  Philippe  \s  Bel  (PMlippt  U  Hardi, 
361.  —  Bib.  Ec.  Ch.,  XLV.  237).  M.  Delisle,  Mémoire  cité,  p.  «. 
s'est  contenté  de  rappeler  le  texte  du  testament  de  Louis  VIII. 

3.  Manufl  des  Insl.  .  589. 

4.  Cf.  Ch.-V.  Langlois,  le  Procès  des  Templiers,  dans  Rewe  dt$ 
Deux-Mondes,  15  janvier  1891,  p.  3B5-3S6. 

5.  u  DiclD  G[uillelmo|  decem  marcas  annuî  redditas  de  csmen 
■  noatra...  concedimdsaa  vitamauam.percipiendasBlDguliBannisieai- 
ii  pore  edicti  in  caméra  noatra.  a  (fiataL,  ti"  144), 


LE  TRESOR  DU  LOUVRE. 
caisse  était  celle  du  Temple,  elle  ne  serait  pas  désignée 
,  Cette  chambre  oii  à  époque  fixe  on  venait  toucher  les 
rentes  constituées  par  le  roi  était  sans  doute  l'ondroit  où 
gisait  l'épargne  léguée  par  Louis  VIII  à  son  héritier.  Le  tré- 
sor du  Louvre  n'était  donc  pas  une  simple  réserve,  c'était 
une  caisse  aussi  bien  que  le  trésor  du  Temple. 

Natalis  de  Wailly  a  d'ailleurs  relevé  les  traces  d'une  orga- 
nisation semblable  au  temps  de  saint  Louis;  les  tablettes  de 
cire  du  Trésor  des  Chartes  prouvent  qu'outre  la  caisse  du 
Temple,  il  y  avait  une  caisse  confiée  à  Jean  San'asio,  l'un  des 
chambellans  de  saint  Louis'.  Cette  caisse  confiée  à  un  ckam- 
bellan  était,  selon  nous,  la  chambre,  le  trésor  du  Lou\Te.  Si 
nous  remarquons  enfin  que  dés  le  temps  des  premiers  Capé- 
tiens il  y  avait  une  chambre  dont  le  chambrier  avait  la  garde, 
et  qui  contenait  les  archives  et  un  trésor  appartenant  au  roi', 
nous  serons  amenés  à  cette  conclusion  :  les  Capétiens  ont 
confié  une  partie  de  leur  argent  aux  Templiers  et  les  ont  char- 
gés de  recevoir  les  sommes  perçues  par  les  agents  locaux  ; 
mais  ils  ont  conservé  auprès  d'eux,  à  portée  de  leur  main, 
une  caisse  spéciale,  qui.  dés  le  temps  de  Louis  VIII  et  proba- 
l)lement  même  dès  le  temps  de  Philippe- Auguste,  se  trouvait 
au  Louvre  *. 


1.  Voy.  ies  textes  analysés  el  cités  par  M.  Delisle,  op.  cil.,  45  et 
iniv.,  95  et  suiv.  Le  Temple  est  toujmirii  désigné  nommément,  sans 
unbiguité. 

2.  M^m.  Acad.  Imcr.,  XIX,  1"  partie,  4S1-492,  Dans  ce  mémoire, 
>i.  de  WaJIIy  considère  la  Caisse  du  Temple  comme  une  simple  caisse  de 
lervice;  ensuite  il  s'est  rangé  à  l'opinion  que  le  vrai  trésor  royal  était 
LU  Temple  (//.  F.,  XXII,  584).  C'est  aussi  l'avis  de  M.  Delisle  {op.  cit., 
U).  Cette  distinction  nous  parait  très  contestable;  nous  croyons  sïm- 
Hement  (]u'il  y  avait  deux  trésors  distincts,  et  que  chacun  deux  avait 
me  destination  spéciale.  Peut-être  les  mots  ad  regnt  defemianem 
jppliqués  à  la  caisse  du  Louvre  (voy.  la  note  4  de  la  p.  387)  méritent- 

iw  d'attirer  l'attenUon. 

3.  Luchai re, /n<t.  mort.,  1.  I~S. 

.  4.  Voilà  tout  ce  qu'il  nous  est  possible  de  dire  lur  l'administration 
Ânanciëre  au  temps  de  LouisVIJl.Nouan'avons  trouvé  aucun  document 
Mpabled'éclaircirla  question  des  origines  de  la  Chambre  des  comptes. 


CHAPITRE  IX. 


RELATIONS  DE  LOUIS  Vm   AVEC  LA  FEODAUTE. 


Au  xni*  siècle,  le  régime  qui  s'est  lentement  constitué  en 
France  après  la  chute  de  Tempire  romain  est  fixé  et  systématisé  ; 
symptôme  probable  d'une  décadence  prochaine,  mais  marque 
certaine  d*une  vigueur  encore  grande.  Les  états  féodaux  sont 
maintenant  constitués.  Le  baron  est  «  souverain  »  chez  lui^ 
L'Église  même  est  un  noble  qui  ne  meurt  pas.  La  commune 
est  un  noble  collectif.  Non  seulement  dans  le  royaume  en 
général,  mais  dans  ce  domaine  même  dont  nous  avons  étudié 
Torganisation,  il  y  a  des  vassaux  nobles  et  ecclésiastiques  et 
des  communes.  Il  faut  donc  étudier  à  part  les  relations  de 
Louis  VIII  avec  les  diverses  classes  de  ses  fidèles  ;  à  certains 
égards  et  surtout  lorsqu'on  examine  la  politique  extra-doma- 
niale du  roi,  ce  sont  presque  des  ce  relations  extérieures  »  : 
les  nobles  ne  gardent-ils  pas  le  droit  de  se  battre  entre  eux 
et  de  refuser  le  service  au  roi  s'il  leur  dénie  justice  en  sa 
cour?* 

De  quelles  armes  le  roi  use-t-il  pour  combattre  ses  adver- 
saires? On  a  parfaitement  démontré  que  la  conception  ro- 
maine et  carolingienne  de  la  royauté  ne  s'est  point  affaiblie 
à  l'avènement  des  Capétiens.  Les  mots  ont  une  puissance 
latente;  un  homme  qui  s'appelle  le  roi  est  vraiment  autre 
chose  qu'un  seigneur,  autre  chose  qu'un  suzerain.  Mais  M.  Lu- 

1.  Nous  entendons  ici  le  mot  baron  au  même  sens  que  dans  notre 
chapitre  sur  le  Domaine,  c'est-à-dire  au  sens  de  grand  vassal  :  c'est 
ainsi  que  l'entend  Beaumanoir.  Comme  les  vocables  mêmes  n'ont  point 
de  précision  au  moyen  âge,  on  trouve  le  mot  baron  employé  dans  des 
sens  très  différents;  ainsi  dans  les  Scn'pta  de  feodis  les  barones  régis 
Francie  sont  les  vassaux  de  second  ordre. 

2.  Voy.  par  exemple  le  traité  de  Mclun  conclu  par  Louis  VIII  avec 
le  comte  et  la  comtesse  de  Flandre  :  «  Ncc  déficient  nobis  de  scrvitio 
«  et  jure  faciendo,  quamdiu  nos  velimus  facere  comiti  et  comitisse 
tf  Flandrie  jus  in  curia  nostra  per  juditium  parium  suorum.  »  ÇCatai^ 
n«  340). 


LES   CAPETIENS   ET  LA.   FEODALITE. 

chaire,  qui  a  si  bien  fait  voir  le  profit  tiré  par  les  Capétiens 
des  théories  ecclésiastiques  sur  la  monarchie  de  droit  divin, 
remarqué  très  justement  aussi  que  la  qualité  de  haut  suze- 
rain leur  a  été  encore  plus  utile  que  le  titre  de  roi,  à 
partir  du  jour  où  ils  ont  eu  assez  de  force  pour  appliquer 
les  procédés  de  gouvernement  que  légitimait  cette  qualité.  11 
ne  faut  point  opposer,  comme  «n  l'a  fait  bien  souvent,  la 
«  monarchie  féodale  »  du  xi"  siècle  à  la  monarchie  du  xiil", 
car  l'action  des  rois,  «  comme  chefs  de  l'édifice  féodal, 
guère  manifestée  dans  les  faits  avant  le  commen- 
«  cément  duxui'  siècle  «V  Dans  le  développement  de  la  préro- 
gative que  comportait  la  situation  du  roi  comme  suzerain 
irieur,  l'évolution  qui  s'accomplit  sous  le  règne  de  Phi- 
lippe-Auguste est  très  considérable.  Le  père  de  Louis  VIII  a 
l'intérêt  qu'il  y  avait  pour  sa  dynastie  à  pousser  aux  der- 
nières conséquences  les  principes  qui  gouvernaient  alors  la 
société.  On  a  souvent  cité  un  fait  qui  est  caractéristique  à  cet 
.égard:  Philippe-Auguste  renonce  au  droit  de  gite  que  lui 
devait  l'évèque  d'Amiens,  parce  que  ce  prélat  l'a  dispensé  de 
l'hommage  dû  à  raison  du  comté  d'Amiens,  le  roi  "  ne  pou- 
vant et  ne  devant»  faire  hommage  à  personne'.  Le  même  fait 
:Be  répète  sous  le  règne  de  son  successeur  :  en  1226,  LouisVIII 
indemnise  l'archevêque  de  Narbonne,  parce  que  le  domaine 
royal  s'augmente  ou  va  s'augmenter  des  fiefs  d'hérétiques 
qui  mouvaient  de  l'archevêché  et  ne  peuvent  plus  maintenant 
;en  dépendre,  car  11  le  roi  ne  doit  faire  hommageâ  personne' ». 
Dans  la  maison  féodale  dont  ils  travaillaient  plus  ou  moins 
consciemment  à  ébranler  les  murailles,  les  Capétiens  pré- 
tendaient avoir  la  meilleure  place,  celle  que  leur  assignait 
logiquement  la  distribution  architecturale  de  l'édifice. 

Les  vassaux  du  domaine  que  Philippe-Auguste  avait  légué 

Louis  VIII  étaient  natiwellement  les  plus  dociles  dos  sujets 

nobles  du  roi,  Un  grand  nombre  d'entre  eux  figurent   parmi 

les  officiers  ou  les  conseillers  de  Louis.  Tels  Robert  de  Cour- 

;tenai,  Mathieu  de  Montmorenci,  Bouchard  de  Marli,  Henri  de 


1.  Luchaire,  Manuel,  'i57. 

2.  Delisle,  n"  129. 

3.  CalaL,  n"  431  :   n et  ipse  nemini  honfinagium  facere  te- 

neatur...-  » 


392  LA   FBA^fCE   FÉODALE   SOUS   I.OTTtS   TIU. 

SulU,  etc...  On  voit  Aleaurae  d'Amiens,  seigneur  de  rÊtoile, 
envoyer  au  roi  une  consultation  sur  la  manière  dont  on  faisait 
payer  les  dettes  contractées  dans  ta  prévôté  d'Amiens,  aa 
temps  de  Philippe-Auguste'. 

Nous  avons  dit  en  quelle  sujétion  presque  générale  se  tron- 
vaient  les  grands  fiefs  laïques  au  moment  de  la  mort  de 
Philippe-Auguste.  Ici  le  seigneur  a  été  vaincu,  emprisonné 
ou  humilié;  là,  il  est  mineur;  là,  c'est  une  créature  àa  roi. 
Le  tableau  est  moins  unifonnément  brillaut  à  l'avènement  de 
saint  Louis'. 

Dans  le  midi,  la  courte  campagne  de  Louis  VIII  a  eu  de 
grands  résultats.  Jusque-là  le  roi  de  France  n'avait  eu  avec 
la  féodalité  méridionale  que  des  relations  éphémères  ou  indi- 
viduelles. Eu  1326,  la  noblesse  presque  entière  abandonne 
Raimond  Vil,  qui  a  été  dépouillé  de  la  plus  grande  partie  de 
ses  domaines. 

Nous  avons  eu  à  parler  des  relations  de  la  maison  d'Ao- 
vergne  avec  les  ennemis  de  Louis  VIII.  Il  est  temps  d'indi- 
quer avec  précision  ce  que  nous  savons  sur  la  situation  de 
cette  famille  au  moment  de  l'avènement  de  saint  Louis.  .\près 
l'usurpation  accomplie  par  la  branche  cadette,  la  branche 
ainée  avait  conservé  le  comté  de  Clermont;  à  la  suite  d'une 
guerre  contre  Philippe-Auguste,  elle  fut  dépouillée  en  lltiti 
de  presque  tous  ses  domaines.  Cependant  le  vieux  Dauphin  I 
continuait  au  temps  de  Louis  VIll  à  porter  le  titre  de  comte 
de  Clermont;  il  avait  un  61s,  Guillaume,  et  un  petit-fils 
nommé  Robert*.  La  branche  cadette,  celle  des  comtes  d'Au- 
vergne, n'élait  pas  plus  heureuse.  Depuis  1213.  elle  n'avait 
plus  qu'un  infime  domaine.  Le  reste  de  l'Auvergne  fut  confié 
par  Philippe-Auguste  à  la  garde  de  Gui  de  Dampierre,  qui 


1.  CataL,  n"  208;  cf.  n"  209. 

s  avons  pris  pour  base  de  l'esposé  qui  va  suivre  les  tnvaui 


do  M.  LongnonRur  la  géographie  de  h  France  au  xni*  s.  :  U  dU^rtation 
Bur  let  Fiefs  du  rot/,  de  /t.,  qui  accompagne  rédîiion  de  JoinvUle  wr 
N.  de  Wailly.  parue  chez  Didot  (Paris.  18:1,  p.  566  et  suiv.),  et  VAÎUâ 


hiilor.  de  laFr.,  'i*  livraison,  planches  xji  v.  „,„■ 

3.  Voy.  p.  267  le  tableau  généalogique  de  cette  famillo.  —  DclUle, 
n°  â65.  —  Longnon,  L>issertatioD  sur  Itt  Fiefs  du  roy.  de  Franrt,  5H. 

Ajoutons  Que  le  titré  de  comte  de  Clermont  était  parfois  aussi  porté  par 
le  fomte  d'Auvergne  (Delisie,  n"'  1043,  1565). 


AUVERGNE.  393 

eut  pour  successeur  en  1216  son  fils  Archarabaud  de  Bourbon*. 
Dès  ravènemont  de  Louis  VIII,  Archambaud  jura  de  lui  livrer 
à  la  première  réquisition  les  forteresses  de  Riom,  de  No- 
nette  et  de  Tournoelle'.  Le  comte  d'Auvergne  Gui  II  étant 
mort  en  1224,  Archambaud  refusa  de  reconnaître  à  sa  veuve  la 
possession  d'aucun  douaire;  mais  la  comtesse  en  appela  au  roi  ; 
un  accord  eut  lieu  et  elle  reçut  Auzance  et  quelques  autres 
terres'.  Quant  au  fils  de  Gui  II,  Guillaume  X,  il  resta  en 
guerre  sourde  avec  le  roi.  Nous  Tavons  vu  conclure  une 
alliance  en  1225  avec  le  roi  d'Angleterre.  Louis  VIII,  lorsqu'il 
se  rendit  en  Albigeois  en  1226,  jugea  prudent  de  passer  par 
l'Auvergne  et  de  conclure  une  trêve  avec  Guillaume*.  Dauphin 
et  son  petit-flls  Robert  étaient  entrés  aussi  dans  l'alliance 
anglaise.  Seul  de  toute  cette  maison,  Guillaume,  fils  de 
Dauphin,  n'était  pas  hostile  aux  Capétiens  ;  il  accorda  la  main 
de  sa  fille  Catherine  à  Guichard  de  Beaujeu,  parent  du  roi,  et 
en  février  1224  fit  confirmer  par  Louis  VIII  l'acte  par  lequel 
il  constituait  une  dot  à  Catherine.  Enfin,  en  mars  1226,  au 
moment  où  tout  le  midi  commençait  à  trembler,  il  vint  à 
Vincennes  et  fit  hommage  lige  au  roi  pour  Montferrand,  Ro- 
chefort  etCrocq*.  La  situation  ne  sera  réglée  en  Auvergne 
que  quatre  ans  plus  tard,  par  le  traité  de  1230.  Mais  dès  1225, 
Louis  VIII  avait  disposé  en  maître  de  ce  pays  :  dans  son  tes- 
tament il  le  donne  en  apanage  à  son  quatrième  fils. 

Nous  n'avons  que  des  renseignements  insuffisants  sur  les 
relations  de  Louis  VllI  avec  le  comté  de  Màcon  ;  mais  nous 
savons  que  les  seignemes  de  Bourbon  et  de  Beaujeu  appar- 
tiennent à  des  amis  personnels  du  roi:  Archambaud  de  Bour- 
bon est  un  des  intimes  de  Louis  VIII  ;  Humbert  de  Beaujeu 
est  son  cousin  et  son  auxiliaire  dévoué.  Quant  aux  ducs  de 
Bourgogne,  condamnés  par  Tétroitesse  de  leur  domaine  direct 
à  être  éternellement  besogneux,  ils  ne  demandaient  qu'un  peu 


1.  Longnon,  ibidem,  —  Delisle,  no  1639. 

2.  Catal.y  no  3. 

3.  CataL,  n»»  232,  232a.  —  Cf.  Baluze,  op,  cit.,  I,  79. 

4.  Chron.  de  Tours ^  314. 

5.  CataL,  no»  205  et  327.  Dans  ce  dernier  acte,  Guillaume  sMntitule 
comte  de  Montferrand.  Il  porte  comme  son  père  le  titre  de  comte  de 
Clermont,  dans  l'acte  de  1224  (no  205)  et  dans  le  traité  conclu  avec 
saint  Louis  en  1230  (Teulet,  n<»  2038-2039). 


394  BOURGOGNE   ET   CHANfPAONE, 

de  tranquillité.  On  voit  Louis,  dès  son  avènement,  exiger 
l'hommage  de  la  comtesse  de  Châlon,  dont  le  fief  était  cependant 
de  la  mouvance  du  duc  de  Bourgogne  ',  Alix  de  Vergi,  régent» 
en  Bourgogne  pendant  la  minorité  de  son  fils  Hugue  IV,  at. 
protesta  point  ;  elle  s'était  mise  sous  la  protection  de  Philippe 
Auguste  dès  la  mort  de  son  mari  en  1218*.  Louis  VI!I 
moment  de  son  couronnement  obtint  d'elle  le  serment  de 
se  point  marier  sans  l'autorisation  royale'.  La  veuve  d'HenI 
de  Donzi,  Matbilde,  comtesse  de  Nevers,  avait  fait  la  mèm^ 
promesse  en  1222  à  Philippe- Auguste'.  Louis  VIII  trou' 
en  elle  une  vassale  soumise  °.  On  se  souvient  du  reste  qi 
Philippe,  fils  de  Louis,  avait  jadis  épousé  la  fille  du  comte  da 
Nevers,  Agnès,  maintenant  mariée  à  Gui  de  CbâlillonV 
Mathilde  se  remaria  en  1226  ;  elle  épousa  Guigue  V,  comlA 
de  ForeK,  qui  était  aussi  en  bonnes  relations  avec  Louis  VIH/ 
car  ce  roi,  peu  de  jours  avant  sa  mort,  lui  commit  le  soi» 
de  protéger  le  monastère  de  Manlieu''. 

Le  jeune  Tbibaud  de  Champagne  n'était  pas  d'humeur  d 
docile.  Louis  Vlll  pressentait  en  lui  un  rival  dangereux  et 
dès  son  avènement  il  essaya  de  se  l'attacher.  Aussitôt  aprir 
le  sacre,  Tbibaud  épousa  en  eâet  Agnès  do  Beaujeu,  cotuiM 
germaine  de  Louis,  et  le  roi  lui  rendit  à  cette  occasion  lei 
deux  places  de  Mo titereau -Faut- Yonne  et  de  Brai-sur-Seîne*. 
Enfin  Louis  VIII  était  tout  prêt  à  intervenir  en  sa  favenf 
dans  la  querelle  de  succession  qu'il  avait  avec  Alix,  reine  da 
Chypre.  Alix  prétendait  à  la  succession  de  Champagne  commft 
fille  de  Henri  II;  Thibaud  l'accusait  de  naissance  illégitini«j 
parce  qu'elle  était  née  du  vivant  du  premier  mari  de  sa  mère. 
Déjà  en  1319  Honorius  III  avait  invité  Philippe-Auguste  i 
repousser  les  sollicitations  d'Alix  ;  si  elle  invoquait  lajustiei' 
du  roi,  il  fallait  d'abord  que  la  cour  de  Rome  statuât  sur  It 
question  de  la  légitimité  de  sa  naissance.  Uouorius  renouvell'^ 

1.  Caieit..  n"'  8,  13,  14.  Les  auteurs  de  i'Arl  de  vit.  Ut  dfUet,i 
ticJe  Cotnle»  de  Chaton,  placent  à  tort  ce  fait  en  1Z0J. 

2.  Petit,  Hist.  de»  ducs  de  Bourgogne,  IV,  4, 

3.  Calai-,  n-  4. 

4.  Délire,  n°  3111. 

5.  Voy.  Catnl.,  a-  27. 

6.  Dclisie,  n»  1941  et  2061. 

7.  CataL,  n»  434. 

8.  Vincent  de  Beauv.,  1275, 


AUTRES   FIRFS   IMltEDIATS, 


395 


ÏDTitation  auprès  de  Louis  VIII,  le  15  novembre  1223'. 
lOuis  Vni  déféra  à  cette  demande  et  l'affaire  de  la  succea- 
sion  de  Champagne  ne  fut  réglée  que  sous  le  règne  de  son 
ûls  ;  mais  il  s'entremit  dans  une  affaire  connexe.  Guillaume 
de  Dampierre,  frère  d'Archarabaud  de  Bourbon,  avait  voulu 
épouser  jVtix,  et  bien  qu'il  y  eût  ensuite  renoncé,  il  restait 
brouillé  avec  le  comte  de  Champagne.  Le  roi  intervint  et  eut 
à  ce  sujet  une  entrevue  à  Soissons  avec  Enguerran  de  Coucl 
et  le  comte  de  Bar-Ie-Duc  ;  une  réconciliation  eut  lieu  et  fut 
scellée  par  un  acte  solennel  daté  du  31  décembre  1223'.  Mais 
le  jeune  comte  oublia  vite  les  bons  offices  de  Louis  VIII  ;  le 
temps  n'était  plus  où  la  Champagne  semblait  être  un  prolon- 
gement du  domaine  royal.  Louis  VIU  fit  plusieurs  fois  acte 
d'autorité  à  l'égard  de  son  vassal  ;  il  le  contraignit  à  observer 
l'ordonnance  sur  tes  Juifs  et  le  choisit  pour  conduire  Rai- 
mond  Vil  au  concile  de  Bourges';  mais  Thibaud  subissait 
impatiemment  ce  joug;  on  a  vu  qu'il  se  fit  prier  pour  rester 
au  siège  de  la  Rochelle  et  qu'à  la  fin  de  la  croisade  en  Albi- 
geois il  ne  cachait  plus  sa  jalouse  inimitié  pour  le  mari  de 
Blanche  de  Castille  et  le  conquérant  du  midi. 

Les  autres  fiefs  immédiats  du  centre,  du  midi  et  du  nord 
de  la  France  appartenaient  presque  tous  ù  des  vassaux  dé- 
voués. Jean  d'Oîsi,  seigneur  de  Montmirait,  qui  était  comte 
de  Chartres  par  sa  femme  Isabelle,  était,  nous  l'avons  vu,  un 
des  principaux  conseillers  de  Louis  VIII  '.  Gautier  d'Avesnes, 
comte  de  Blois,  figure  à  côté  de  lui  dans  divers  actes  ;  il  jura 
à  Louis  VIII  mourant  de  rester  fidèle  à  son  fils".  On  sait 
quels  liens,  rattachaient  les  comtes  de  Dreux  et  de  Montfort 
à  la  royauté.  Le  comte  de  Soissons  recourut  au  roi  dans  une 
contestation  avec  l'évëque  de  Laon'.  Enguerran  de  Couci  était 
^bami  de  Louis  VIU.  Le  comte  de  Houci,  vassal  du  roi  en 
^Hoe  temps  que  du  comte  de  Cbampagne,  fut  un  de  ceux  qui 

^^  Poi 

Hd-/ 

mSi  Ca 

^■7       M'. 


■  D'Arbois  de  Jubainville,  Comtes  de  Cham- 
,  V,  CataL,  n"  15Î6,  1573. 


,  Potthaat,  n°  7099. 
jne,  IV,  15S  et  suiv. 
i  D'Arbois  de  Jubainville,  op.  i 
__.  Calai.,  n"»  2»,  285. 

î.  D'après  l'ordonnance  sur.les  Juifs  (Calai.,  n°  26),  Jean  d'Oisi  était 
ilôjâ  comte  de  Chartres  le  8  novembre  1223;  cf.  Arl  de  vi^.  len  dates, 
'•'inft  de  Blois,  iTiid^AsiT  Thibaud  VI  et  sa  lille  l^lisabeth  ou  Isabelle. 

5.  Cff(a/,,n'»26,  1^5,  436. 
I  6.  Calai.,  n"  275;  voy.  aussi  n"  303. 


K  ••  i,aiai.,  I 


396 

jurèrent  de  le  servir  fidèlement  pendant  la  croisade*.  Les 
comtés  de  Boulogne  et  d'Aumale  appartenaient  à  Philippe 
Hurepel.  Quant  au  comté  d'Eu,  Philippe-Auguste  l'avait 
confisqué,  â  l'époque  de  la  bataille  de  Bouvines,  sur  Raoul 
d'Exouduii.  qui  était  passé  dans  le  parti  de  Jean  sans  Terre, 
Raoul  resta  fidèle  aux  Plantagenets  jusqu'à  sa  mort.  En  1219, 
Alix,  sa  veuve,  obtint  du  roi  la  restitution  de  la  plus  grande 
partie  du  comté.  Elle  vint  à  Paris  au  moment  de  l'avène- 
ment de  Louis  VIII  et  lui  fit  évidemment  hommage;  mais  \k 
semblent  s'i'-tre  bornés  ses  rapports  avec  ce  prince  ;  on  la  ™t 
le  7  mai  1225,  à  Westminster,  remettant  à  Henri  III  la  garde 
de  son  château  do  Hastings  pour  toute  la  durée  de  la  guerr* 
avec  la  France'.  Au  contraire,  la  comtesse  de  PonUiieu.  qui 
avait  éprouvé  à  peu  près  les  mêmes  vicissitudes,  était  com- 
plètement h  la  discrétion  du  roi. 

Nous  avons  vu  la  comtesse  de  Flandre  obligée  en  122^  Jo 
reconnaître  la  juridiction  d'appel  de  la  cour  royale.  L'anoée 
suivante,  il  arriva  en  Flandi'e  un  événement  extraordînairp, 
romanesque  au  plus  haut  point  et  qui  ne  fut  pas  sans  impor- 
tance pour  la  royauté  capétienne.  En  1225,  aux  environs  de 
Pâques,  se  répandit  tout  à  coup  le  bruit  que  Baudouin,  p*re 
de  la  comtesse  Jeanne  et  empereur  de  Constantinople,  qu'on 
croyait  depuis  vingt  ans  mort  captif  en  Bulgarie,  s'était  êvailè 
par  miracle,  avait  traversé  l'Europe  et  était  revenu  vivre  ea 
ermite  dans  le  bois  de  Glanron,  entre  Mortagne  et  Tournai; 
quelques  nobles  et  les  bourgeois  de  Vak'nciennes  l'avaienl 
reconnu  et  il  avait  été  amené  en  triomphe  dans  la  ville.  Ou 
le  conduisit  en  grand  apparat  à  travers  la  Flandre;  parloui 
on  venait  lui  rendre  hommage.  La  comtesse  refusait  Je  le 
reconnaître  pour  son  père  ;  mais  elle  ne  put  enrayer  le  mou- 
vement d'enthousiasme  qui  se  produisît  en  faveur  du  niysl*- 
rieux  vieillard.  On  retrouvait  en  lui  les  gestes,  la  parole  Je 
Baudouin,  il  montrait  des  cicatrices  qu'on  se  rappelait  avoir 
vues  sur  le  corps  de  l'empereur.  Il  se  fit  reconnaître  par  des 
gens  graves,  comme  les  abbésdeSaint-JeaudeVaJencienneaet 
de  Saint-Vaastd'Arras.  Beaucoup  deceuxoiêuiesquiavaieiitÉlA 

1.  Calai..  n-SlS. 

2.  Delisle,  Calai,  n-  1920,  et  art.  de  la  Bib.  Se.  CA.,  série  |V,  L  II, 
5(9. 


LE   FAUX   BAUDOUIN. 


397 


les  familiers  du  comte  crurent  avoir  retrouvé  leur  seigneur'. 
Bien  que  les  affirmations  des  chroniqueurs  soient  assez 
contradictoires,  il  semble  que  le  parti  de  l'ermite  de  Glan- 
çoQ  se  recruta  dans  toutes  les  classes  de  la  société.  Ce  ne 
fut  pas  à  coup  sûr  un  mouvement  de  caractère  purement  po- 
pulaire. L'ermite  eut  pour  lui  beaucoup  de  gens  d'Kglise  et 
de  chevaliers.  En  tout  cas,  il  vit  se  soulever  en  sa  faveur  la 
plus  grande  partie  de  la  Flandre,  et  ceux  qui  restaient  fidèles 
à  la  comtesse  étaient  impuissants  à  empêcher  le  ravage  de 
leurs  terres.  Toute  la  Flandre  était  en  feu.  Pendant  deux  mois, 
l'ermite  de  Giançou  fut  le  maître  du  pays  ;  il  porta  la  couronne 
le  jour  de  la  Pentecùte,  il  créa  dos  chevaliers,  scella  des 
chartes,  fit  de  nouvelles  divisions  de  fiefs'. 

A  peu  près  dépouillée  de  tout  pouvoir,  ta  comtesse  ne  cé- 
dait point.  D'ailleurs  elle  avait  pour  elle  l'évèque  de  Liège 
et  un  certain  nombre  de  barons.  Mais  il  fallait  un  appui  très 
fort  pour  réprimer  un  soulèvement  si  formidable.  Jeanne  s'a- 
dressa à  Louis  Vni  ;  n'était-il  pas  son  protecteur  naturel  et 
le  neveu  même  de  Baudouin  ?  Elle  se  rendit  à  Paris  au  mois 
de  mai.  Le  roi  lui  fit  bon  accueil  et  conclut  avec  elle  un 
traité  d'alliance.  La  comtesse  s'engagea  à  lui  rembourser, 
jusqu'à  concurrence  de  20,000  livres  parisîs,  les  dépenses 
qu'il  ferait  pour  réprimer  la  rébellion,  et  à  lui  livrer  en  garan- 
tie Douai  et  l'Écluse;  des  conventions  très  détaillées  furent 
faites  au  sujet  du  butin  et  des  rançons'.  Pour  satisfaire  sus 
scrupules  ou  ceux  des  autres,  Louis  VIII  ne  voulut  cependant 
point  entreprendre  immédiatement  la  guerre  et  chargea  sa 
tante  Sîbjlle  de  Beaujeu,  sœur  de  l'empereur  Baudouin, 
d'aller  voir  de  ses  yeux  le  fameux  ermite.  Sibylle  se  rendit 
en  Flandre  et  n'hésita  point  à  considérer  le  vieillard  comme 
un  imposteur  ;  cependant  elle  lui  déclara  qu'il  ferait  bien 
d'aller  voir  le  roi,  et  que  celui-ci  le  recevrait  avec  honneur 
s'il  était  véritablement  l'empereur  de  Constantinople  '. 


1.  Chron.  de  Tours,  307.  —  Aubri  de  Troisfontaines,  915.  ~  Mous- 
ket.  V.  24541  etsuiv.  —  Heineri  Annales,  680.  — Condn.  tf /IncAin,  437. 

2.  Aubri  de  Troisfontaines,  915.  —  CAro».  d'André»,  764.  —  CAron. 
de  Saint-Médard  de  Soittom,  722.  —  Reineri  Annale»,  680. 

3.  Calai.,  n°  248.  —  Reineri  Annalet,  680,  —  Chron.  de  Tovrt,  308, 
—  Housket,  V.  24893  et  sulv.  —  Chrmi.  deMerloH,  f"  174  v". 

(.  Mousket,  V.  2189a  et  suiv. 


398  LE   FAUX   BACDOUIN. 

L'ermite,  auquel  on  avait  donné  un  sauf-conduit,  eut  one 
entrevue  avec  Louis  VIII,  le  30  mai  1225,  â  Péronne.  au 
milieu  d'une  nombreuse  assemblée.  Le  roi  le  salua  en  lui  di- 
sant: «  Seigneur,  si  vous  êtes  mon  oncle,  comme  vous  le 
n  dites,  soyez  le  bienvenu.  »  En  dépit  des  affirmations  du  cbro- 
DÎqueur  d'Ancbin,  il  est  peu  probable  que  ces  paroles  fussent 
sincères  et  que  Louis  fût  venu  sans  idée  préconçue.  Il  de- 
manda à  l'ermite  en  ({uel  lieu  il  s'était  marié,  dans  quel  en- 
droit le  roi  Philippe-Auguste  l'arait  fait  chevalier.  An  lien  de 
répondre  à  ces  questions,  le  vieillard  réclama  son  dineret 
du  repos.  Cette  attitude  était  justement  suspecte;  d'autres, 
pendant  ce  temps,  pourraient  le  renseigner,  lui  dicter  ses 
réponses.  L'abbé  de  r.\uraÔQO  le  reconnut  d'ailleurs  pouriin 
ancien  ermite  delà  forêt  d'Argonne;  l'évêquo  de  Beauvma 
déclara  de  son  côté  qu'il  avait  eu  cet  homme  dans  sa  prison. 
Louis  yiU  lui  donna  trois  jours  pour  sortir  sain  et  sauf  du 
royaume', 

La  répression  commença  aussitôt.  L'ermite,  abandonné  Je 
ses  partisans,  qui  ne  se  souciaient  point  d'avoir  affaire  au  roi, 
fut  réduit  à  s'enfuir.  La  comtesse  de  Flandre  parcourut  h 
pays  à  la  tête  d'une  armée,  entra  dans  Valenciennes  et  dans 
les  autres  villes  rebelles,  imposant  aux  bourgeois  d'énormes 
amendes,  exilant  les  nobles,  répandant  partout  la  terreur, 
Comme  elle  ne  réussissait  point  cependant  à  anéantir  les  espé- 
rances de  ses  ennemis  et  qu'elle  se  voyait  incapable  de 
«  recouvrer  le  comté  de  Flandre  et  les  cœurs  des  Flamands  ". 
craignant  qu'au  mépris  de  la  sentence  du  roi  de  France  on  ne 
8e  soulevât  encore  en  faveur  du  condamné,  elle  décida  de  faire 
périr  son  rival.  11  avait  été  pris  on  Bourgogne,  au  mois  île 
juillet,  et  Louis  Vlll  l'avait  livré  ù  la  comtesse,  tout  en 
disant  qu'il  no  méritait  point  la  mort.  Le  vieillard  fat  tiré  Ae 
prison  et  attaché  au  pilori  entre  deux  chiens;  il  refu«it 
toujours  de  s'avouer  pour  imposteur;  enfin,  vers  le  commen- 
cement d'octobre,  il  fut  pendu  à  Lille,  au  milieu  dos  larraw 
de  tout  un  peuple'. 


1.  Chron.  de  Tours,  308.  —  Atibri  de  TroisfonUines.  915-916.  - 
flcinwi  Annales,  679.  —  Conlin.  d'Anchirt,  437.  —  Mouskei,  v.  31»» 
et  suiv.  —  Annale»  de  Cologne,  838.  —  Ménestrel  de  Reims,  ggStSÏS». 

2.  Chron.  de  Tours,  308-309.  —  Aubri  de  Troisfontaines,  916, 


;,  91S,  m 


RESULTAT   DE   CET   KTENEMKNT.  399 

I  Ce  «  faux  Baudouin  ii  n'étaïUil  pas  le  vrai  Baudoiiiof  Ce 

Mit  problème  historique,  d'ailleurs  insoluble,  ne  nous  itilé- 

aae  pas  directement'.  Ce  qui  nous  importe,  c'est  le  rôle  que 

Uoua  Louis  VIU  en  cette  circonstance.  Par  sa  seule  présence 

i  Péroane  il  avait  mis  le  dës&rroi  parmi  les  ennemis  do  la 

nmtesse;  il  ne  St  pas  campagne  lui-même,  car  dés  le  mois 

KSe  juin  on  le  voit  st^Journer  a.  Paris,  à  Saint-Germain,    à 

Uelun;  mais  il  fournit  des  troupes  et  se  fit  payer  grassement 

ion  appui:  la  comtesse  de  Flandre  lui  remboursa  les  10,000 

■  lÏTres  parisis  qu'il  avait  dépensées  puur  l'aider  ii  chasser  le 

lUX  Baudouin,  ets'engageaà  détruire  ses  forteresses,  entre 

Atres  celle  d'Ypre,  selon  la  promesse  qu'elle  avait  faite  â 

tilippe-Auguste.  Pai'  le  traité  du  24  octobre  1214,  elle  de- 

'  vait  en   effet   faire   raser   lus  forteresses  de  Valenciennes, 

d'Ypro,  d'Oudenarde,  et  de  Cassel;  c'est  onze  ans  après, 

grâce  à  une  aventure   extraordinaire  dont  Louis  VIII    sut 

t profiter,  que  la  Flandre  fut  livrée  sans  défense  aux  Capé- 
ttens'. 
Ferrand  vivait  toujours  captif  au  Louvre.  Louis  VIII  fuj 
■mené  par  les  circonstances  à  négocier  avec  Jeanne  sa  libéra- 
^DQ.  Quoi  que  prétendent  LeGlayetWarnkonig*,  il  ne  semble 

1.  Winkelmann,  qui  a  fait  un  bon  récit  de  cet  év-énement  (Fried- 
rich II,  t.  [,  402  â  409)  reste  dans  le  doute.  Le  jésuite  Cahours  a  com- 
posé sur  cette  question  un  livre  de  plus  de  300  pages,  (Baudoin  dt 
Cotuianlinople,  Chron.  de   Belg.  et  de  Pr.  en  1225),  en  employant 

fresque  toutes  les  sources  connues,  les  bonnes  comme  les  mauvaises. 
1  n'ftst  arrivé  qu'à  démontrer  la  difficulté  d'une  question  où  les  con- 
tempurains  eux-mêmes  avaient  renoncé  à  voir  clair.  fVoy.  Aubri  de 
Troiifunlaines,  916.)  Certains  considèrent  Jeanne  de  Flandre  comme 
une  parricide  ou  rapportent  cette  opinion  sans  la  commenter  (Mathieu 
de  Paris.  111,  90-91.  —  C/nvn.  de  Tvurs.  30S .  —  Anmlet  de  Diintlapte. 
^iti.  ~  Annatei  de  Slaile,  358,  etc  ....).  Mais  il  faut  remarquer  que 
)m  chroniqueurs  flamands,  comme  Mou»ket.  comme  Itaud!ciuin  de 
Ninovç  (p.  541),  etc....,  reKardrnt  lermilo  de  Glançon  comme  un  im- 
posteur. Il  semble  bien  établi  nue  Baudouin,  pria  en  1205  par  les  Bul- 
gares, mourut  en  captivité.  (Voy.  un  art.  de  Raj-nouard,  Journal  des 
êavanU,  nov.  1834).   U'sutre  part,  Jeanne  de  Mandrc  était  détestée 

ar  beaucoup  de  Flamands,  ce  qui  explique  l'apparition  et  le  succi^s 
Ul  faux  Itaudoviin.   Enfin  les  détails  de  l'entrevue  de  Péronne  ne 


Ippamtà  Douai  un  prétendu  Baudouin,  sire  d'Ardres,  qui  afiîrmait 
K  tomme  le  faux  empereur  Baudouin  revenir  d'orient  (Wauters,  Liberté» 
Vùmmvnale*,  S5S). 
S.  Catai.,  n«  248,  256.  —  Dclisie,  no  1509. 

3.  Le  Glajr,  lliit.  de  Jeanne  de  Constantinopte,  66  et  98.  —  Warn- 
Inig,  op.  cïr.,  I,  33'i. 


400  TRAITÉ   DE   MELl'N. 

point  que  la  comtesse  ait  fait  aucun  effort  pour  obtenir  la  déB- 
vrance  de  son  mari.  Le  pape  et  les  cardinaux  intercédèrent 
auprès  de  Louis  VIII,  en  1224,  en  faveur  dumallieureus  comte': 
mais  rien  ne  nous  prouve  qu'ils  le  firent  sur  la  demande  de  safeiu 
me.  Jeanne  avaitjadis  vécu  en  mauvaise  intelligence  avec  so» 
mari  et  était  toute  prêteice  moment-là  à  contracter  un  nniiveau 
mariage.  Pierre  Mauclerc  vouluten  effet  profiter  delà  captivile 
du  vaincu  de  Bouvinos  pour  le  remplacer  auprès  de  sa  femme 
et  de  ses  sujets;  il  obtint  du  pape  que  le  mariage  de  Ferrand 
et  de  Jeanne  fi^t  anuulé  ;  Jeanne  consentait  à  tout  et  le 
riage  allait  se  célébrer'.  Ce  fut  précisément  li  le  motif  de 
délivrance  de  Ferrand.  Jusqu'au  moment  où  il  apprit 
négociations  matrimoniales  entamées  entre  le  comte  de  Dl 
tagne  et  la  comtesse  de  Flandre,  Louis  VIII  ne  se  soucisH 
point  de  libérer  Ferrand.  Comme  le  remarque  Winkelniaiin. 
le  roi  de  France,  fils  d'Isabelle  de  Hainaut,  avait  des  droit 
à  l'béritage  de  Flandre,  si  Jeanne  restait  sans  enfant'.  Mais 
puisque  ta  comtesse  trouvait  pesant  son  isolement,  il  valût 
mieux  lui  rendre  son  premier  mari,  plutôt  que  de  lui  laisser 
épouser  Pierre  Mauclerc.  La  royauté  eut  été  comme  étreinlo 
entre  ces  deux  baronnies,  Bretagne  et  Flandre,  gouvernées  par 
un  seul  bomme.  Le  péril  qu'avait  conjuré  Philippe- Auguste  en 
écrasant  la  puissance  continentale  des  Plantagenot^  aoraii 
reparu  d'un  autre  côté.  Dans  les  premiers  jours  d'avril  12i!(>, 
le  roi  fit  venir  à  Melun  la  comtesse  Jeanne  et  conclut  8t« 
elle  un  traité  pour  la  délivrance  de  Ferrand.  Le  captif  devait 
sortir  de  prison  le  25  décembre  et  Jeanne,  pour  revoir  im 
mari  qu'elle  avait  voulu  abandonner  à  jamais,  promettait  dtf 
payer  une  rançon  de  50,000  livres  parisis;  la  moitié  seraii 
versée  au  moment  de  l'élargissement  de  Ferrand  ;  en  garantie 
du  reste,  le  roi  occuperait  Lille,  Douai  et  l'Ecluse'  avw 
leurs  dépendances,  et  jusqu'au  paiement  complet  de  la  rançt* 
en  percevrait  les  revenus,  sans  préjudice  de  cette  rançon. 


eUj 


1.  Potlhast,  n»  :î24.  —  Calai.,  n'  100. 

2.  Cftron.  de  Toura,  316. 

3.  Winkelmann.op.  cil.,  I,  402. 

4.  Douai  et  l'Ecluse  avaient  déjà  été  livrés  en  gage  en  1235,  ooori'' 
nous  l'avons  vu  plus  haut.  Douai  était  d'ailleurs  aux  mains  ilu  roi  Jf 
France  depuis  1213;  voy.  notre  Cnlal.,  n°  49,  et  Delisle.  n"  1(51. 


FERBAND   ET   JE: 


401 


Une  fois  le  paiement  effectué,  le  roi  aurait  encore  le  droit  de 
maintenir  dans  la  forteresse  de  Donai,  pendant  dix  ans,  une 
garnison  entretenue  aux  frais  du  comte  de  Flandre.  Le  comte 
et  la  coaitesse  devaient  obtenir  eux-mêmes  du  pape  uqo  bulle 
les  menaçant  d'excommunication  certaine  s'ils  violaient  cette 
convention.  Mais  les  clauses  les  plus  intéressantes  sont  les 
clauses  politiques  :  le  comte  et  la  comtesse  s'engagent  à  ser- 
vir fidèlement  le  roi,  à  ne  faire  de  nouvelles  forteresses  et  à 
ne  fortifier  les  anciennes  en  deçà  de  l'Escaut  que  sur  son 
expresse  autorisation.  Enfin  ils  forceront,  sous  peine  d'exil  ou 
de  confiscation,  les  chevaliers  et  toutes  les  villes  de  Flandfe 
à  jurer  au  roi  fidélité  et  à  lui  promettre  aide  et  conseil  si  les 
susdits  engagements  n'étaient  pas  respectés  '. 

En  présence  du  roi  de  France  et  du  cardinal  de  Saint- 
Ange,  la  comtesse  promit  de  prendre  immédiatement  Ferrand 
pour  époux,  per  verba  de  pri'nenti  ;  la  cérémonie  (levait 
avoir  lieu  avant  le  12  avril'.  Tillemont,  qui  connaissait 
cependant  les  projets  de  mariage  entre  Pierre  Mauclerc  et 
Jeanne,  dit  qu'il  ne  comprend  point  cet  acte  '.  M.  Teulet  no 
l'a  pas  compris  davantage;  il  prétend  que  par  là  Jeanne 
s'engage  â  reconnaître  Ferrand  pour  son  légitime  époux  et 
qu'il  ne  s'agit  point,  comme  le  croyait  Tillemont,  d'un  second 
ï  avec  le  même  homme';  Tillemont  n'a  pas  tort,  et 
Pies  expressions  «  acdpere  in  maritiim  prr  vcrba  de  presenli  m 
B  peuvent  laisser  aucun  doute.  Le  pape,  sur  la  demande  de 
e  Mauclerc,  avait  annulé  le  mariage  de  Ferrand  et  de 
.  Louis  Vlll  exigea  qu'ils  se  remariassent, 
i  Le  traité  de  Melun,  après  avoir  regu  un  commencement 
JB*exècution,  comme  le  prouve  le  compte  de  1226,  fut  modifié 
i  mois  de  décembre,  après  la  mort  de  Louis  VHP.  Mais  ce 

1.  Calai.,  n"  310-341.  —  Wauters,  dans  sa  Table  chronologique,  a 
^acé  â  tort  en  1226  un  acte  daté  du  13  avril,  lundi  apré»  le  dimanche 
u  Rameaux,  par  lequel  le  roi  de  l-Viince  s'engage  â  remettre  dans  un 
I  le  château  de  Douai  à  Jeanne  de  Flandre.  Le  dimanche  des  Ha- 

eaax  coïncide  avec  le  13  avril  en  1226  et  en  12:17;  l'acte  en  question 
JL  certainement  de  1237;  cf.  un  acte  de  la  comtesse  de  Flandre,  daté 
Bi!  avril  1237:  Teulel,  n-  2491.  —  Winkelmann  (op.  ci/.,  I,  499)  s'est 
^taaé  égarer  par  l'assertiun  de  Wauters. 

ï.  CataL,  n-  a'.'.. 

3.  HUl.  de  saint  louis,  1,  449. 

4.  Teulet,  n"  1763,  note. 

5.  Teulet,  n-isas. 


Ch.  pKirT-Dt taillis.  tSégne  de  Louis  Vlll. 


S6 


402  BRETAGNE. 

qu'il  importe  ici  de  constater,  c'est  à  quel  degré  de  sujétioi 
Louis  VIII  avait  réduit  la  Flandre.  Par  les  traités  de  1225  e 
de  1226,  ce  pays  perdait  en  partie  rindépendance,  il  è 
désarmé  et  les  habitants  devaient  jurer  fidélité  au  roi  comim 
s'ils  n'avaient  pas  eu  de  seigneur.  Ferrand  accepta  de  ho 
grâce  ces  dures  conditions;  douze  ans  de  captivité  l'ava 
assagi.  11  ne  s'unira  point  aui  ennemis  de  Blanche  de  C 
tille. 

Pierre  Mauclerc  avait  d'abord  entretenu  de  bons  rapport 
avec  Louis  VHI  ;  il  lui  avait  prêté  son  concours  pour  l'él 
blissement  de  l'ordonnance  générale  relative  aux  Juifs  ;  e 
revenant  de  l'expédition  de  1224,  il  avait  pris  le  21  sepiembiti 
Cbamptoceaux ,  repaire  d'un  seigneur  brigand  nommé  Thîbatu 
Crospin,  qui  depuis  vingt-cinq  ans  rançonnait  les  habiUnU 
du  pays  et  les  marchands  de  passage  sur  la  Loire;  le  i 
suivant,  il  sollicita  et  obtint  de  Louis  la  concession  en  M 
lige  de  toute  la  terre  de  Thibaud  Crespin  '.  Mais  il  ne  t 
pas  à  tourner  casaque.  Le  roi  d'Angleterre  avait  prise  s 
lui,  par  l'espérance  qu'il  lui  laissait  entretenir  d'avoir  uu  jo 
tout  le  comté  de  Richmond;  dès  1219,  il  lui  en  avait  c«di 
une  partie'.  A  la  nouvelle  que  Pierre  Mauclerc  avait  reçu  IK 
seigneurie  de  Thibaud  Crespin  en  fief  lige  du  i-oi  de  Fnmoe, 
Henri  111  lui  envoya  une  lettre  de  reproches';  on  saitle  reste: 
le  comte  de  Bretagne  et  le  roi  d'Angleterre  s'allièrent  secrt 
tement  en  1225,  et  l'attitude  du  roi  de  France  dans  l'affitin 
de  Flandre  acheva  de  lui  aliéner  son  vassal.  Pierre  Mauclaro 
sera  le  chef  de  la  ligue  féodale  de  1227. 

Si  l'ou  devait  s'en  fier  à  certaine  lettre  collective  adressée} 
Louis  VIII  en  décembre  1225,  on  pourrait  croire  que  tous  lei 
barons  de  l'ouest  considéraient  alors  le  roi  de  France  comn» 
leur  maître  et  leur  protecteur  naturel.  Dans  cette  lettre,  tb 
se  plaignent  amèrement  des  vexations  que  leur  font  subir  \tt 
gens  d'Église.  Ceux-ci  n'ont  pu  être  désarmés  par  la  doac«af 
et,  si  le  roi  ne  s'occupe  pas  de  cette  affaire,  il  faudra  que  II 
barons  quittent  leurs  terres  ou  recourent  à  des  moyens  vio 

1.  Calai.,  n-  173.  —  Dom  Morice,  Hiil.  de  Bretagne,  I,  ISt - 
Article  de  M.  de  la  Bonierie,  Bib.  Se.  Ch.,  série  m,  t.  V,  iW  et  nÙTf 

2.  Rymer,  1,  part,  i,  153. 
.  Lut.  claus.,  Il,  :•!. 


APPEL   DES   BARONS   DE    1,'oUEST.  403 

mis.  Chaque  fuis  qu'ils  se  sont  plaints  au  pape,  Us  n'ont 

i  de  lui  que  de  vagues  paroles.  Si  le  roi  préfère  que  ce 

lOit  le  légat  qui  intervienne,  libre  à  lui  de  solliciter  celte 

^terventlon,  mais  on  le  supplie  de  délibérer  sur  cette  ques- 

1  avec  ses  fidèles,  d'imaginer  quelque  moyen  pour  enipê- 

vassaux  d'être  molestés  par  les  clercs'.  Cet  appel 

t  suscrit  non  seulement  par  des  barons  qui  étaient  en  même 

npsdes  officiers  royaux,  comme  Amauri  de  Craon  etSavari 

I  Mauléon,  mais  par  le  comte  de  la  Marche,  par  Geoffroi 

I  Lusignan.  par  le  vicomte  de  Thouars,  par  Guillaume  l'Ar- 

*'Chevêque,  par  Guillaume  Maiugot,  etc.,  et  enfin   par  Pierre 

Mauclerc.  On  vient  de  voir  quels  étaient  les  sentiments  réels 

do  ce  dernier  ;  il  était  tout  prêt  à  trahir  le  roi  do  France. 

Les   barons    poitevins  n'étaient    point   d'une    fidélité   plus 

solide.  Il  est  peu  problable  que  le  roi  ait  encouragé  la  lutte 

entamée  par  les  barons  de  l'ouest  contre  l'Église,  sa  proté- 

et  cette  cause  de  mécontentement  s'ajouta  sans  doute 

nx  autres  pour  amener  la  rébellion  qui  se  préparait  au  moment 

(  la  mort  de  Louis  VlII. 

Voilà  ce  que  nous  savons  sur  les  rapports  particuliers  de 
i  Vill  et  de  SCS  vassaux  laïques  immédiats.  Quant  aux 
trocédés  généraux  dont  il  use  pour  assujettir  la  noblesse,  ce 
lont  ceux  qu'employait  Philippe-Auguste.  Il  veille  autant 
e  possible  à  ne  point  laisser  s*établir  de  forteresses  dange- 
nuses  pour  son  pouvoir  '.  Il  force  ses  vassaux  à  se  constituer 
iciproquement  garants  de  leur  fidélité  envers  lui  ;  tantôt  ce 
lont  des  seigneurs  de  rang  égal  qui  doivent  accepter  cette 
ibligation;  tantôt  ce  sont  les  vassaux  d'un  baron  qui  pro- 
peltent  d'abandonner  leur  suzerain  s'il  viole  ses  engage- 
lents,  et  de  porter  leur  service  au  roi'.  Nous  avons  du  reste 

.  Calai.,  n"  302.  —  On  ssit  quelle  lutte  acharnée  Pierre  Mauclerc 
nitint  contre  le  clergé  breton,  qui  prétendait  dépendre  du  Saint-Siège 
lui.  M.  Paul  Fournier  (/.es  offtciahtif  au  moyen  âge,  p.  99)  rattache, 
~.s  aucune  preuve,  la  lettre  ciue  nous  venons  d'analyser  à  la  querelle 
__  s'éleva  entre  Louis  VIII  et  le  clergé  en  nov.  1225,  à  propos  de  la 
jridiction  sur  les  aJTairea  de  biens  meubles. 

2.  Voy.  par  ex.  Calai.,  n<"  203,  S50. 
L  3.  Calai,  n"  17,  411,  418,  etc....  —  Voy.  aussi  (n"  107)  une  pro- 
■86  du  comte  de  la  Marche  relative  au  château  de  l.usignan;  le  comte 
__  ft  prCter  par  quarante  de  ses  vassaux,  devant  le  roi  ou  son  délégué, 
ît  serment  de  fournir  leur  appui  au  roi  de  l'rance,  au  cas  où  cette 
— messe  serait  violée.  -~  jS"  382  ;  Louis  VIM  mande  au  vicomte  d'.\u- 


404  wuis  VIII  VIOI.B  I.E  DRorr  féodal. 

de  nombreux  exemples  des  bons  rapports  entretenus  par 
Louis  VIII  avec  ses  arrière-vassaux,  par  exemple  avec 
Etienne  de  Sancerre,  le  comte  de  Saint-Pol,  Gaucher  de 
Joigni,  Jean  de  Nesle.  Non  seulement  il  fait  procéder  à  de 
minutieuses  enquêtes  pour  savoir  si  tel  fief  do  Normandie 
était  de  la  mouvance  directe  du  duc  '.  mais,  contre  le  droit,  il 
profite  de  la  faiblesse  de  certains  grands  vassaux  pour  tenter 
dos  im  médiatisations  ;  il  exige  le  serment  de  fidélité  d'une 
vassale  du  duc  de  Bourgogne  et  des  hommes  du  comte  d« 
Flandre. 

Ainsi,  à  l'avènemeat  de  saint  Louis,  depuis  Bruges  jus- 
qu'aux Pyrénées,  depuis  la  Saône  jusqu'en  Bretagne,  la  féo- 
dalité tout  entière,  si  on  met  k  part  les  Plantagenets.  sent 
peser  sur  elle  la  main  du  roi  de  France;  ici,  elle  courbe  la 
tête;  là,  elle  frémit  d'impatience  et  des  symptômes  très  me- 
naçants se  manifestent.  Les  barons  ne  sont  pas  plus  fidèles  i 
leurs  devoirs  que  le  roi  n'est  respectueux  de  leurs  droits, 
A  cet  égard,  le  règne  de  Louis  VIIl  caractérise  beaucoup 
mieux  que  celui  de  son  fils  la  politique  capétienne.  Saint 
Louis  a  assurément  grandi  la  réputation  de  sa  famille, 
en  donnant  une  réalité  tangible  aux  théories  de  l'Eglise  snr 
les  devoirs  de  la  royauté,  une  justification  aux  louanges 
décernées  à  la  monarchie  française  par  les  polémistes  comme 
Giraud  de  Barri,  qui,  négligeant,  comme  le  font  tons  les 
polémistes,  les  différences  de  motifs  et  de  milieux,  aimaient 
à  opposer  à  la  tyrannie  des  Plantagenets  l'aSabilitè  dei 
Capétiens.  Saint  Louis  a  en  effet  placé  l'idée  du  bien  au-des- 
sus de  l'utilité,  et  tout  en  devenant  par  la  force  des  chosu' 
plus  puissant  chaque  année,  il  a  voulu  respecter  le  droit  d'an- 
trui,  concilier  la  monarchie  et  le  régime  féodal.  Mais,  bie» 
que  pour  cette  raison  on  le  représente  volontiers  comme 

bnsson  de  faire  hommage  lige  au  comte  de  la  Marche,  «  tali  eonditioM 
H  quod  si  idem  comes  vel  heredes  sui  delicerent  de  fideli  servitionotA 
•  vel  beredibus  nostris;  vos  ciim  Castro  vestro  de  Albucco  nobis  et  hei^ 
■  dibus  adhsreretis.  donec  id  esset  emendatum  ad  jndicium  corls 
«  nostre.  »  — N"  133:  AiraerideTliouars  faitgarantirparune  ringiaiiw^ 
de  pièges  la  trêve  qu'il  Ninclut  avec  Louis  VIII,  etc...  Cf.  le  tmtédi 
Melun  conclu  avec  le  comte  et  la  comtesse  de  Flandre.  Ce  STfMflM 
de  garantie  avait  pris  une  grande  extenEÎon  à  la  fin  du  rè^e  précé- 
dent; voy.  Walker,  op.  cit.,  115  et  suiv. 
1.  Appendice  n"  Vi,  F.nquftes  n""  ni  et  IV. 


LOUIS   VIII  ET   SAINT  LOUIS.  405 

type  du  roi  au  moyen  âge,  saint  Louis  n'a  été  qu'une  belle 
anomalie  parmi  les  princes  de  sa  dynastie.  Le  règne  de 
Louis  VIII  a  été  normal;  je  veux  dire  que  ce  prince  a  employé 
les  ordinaires  méthodes  d'action  de  la  royauté.  On  aperçoit 
assez  bien  pendant  son  règne  cette  lutte  pour  la  vie  qui 
est  engagée  entre  la  royauté  et  la  féodalité  ;  lutte  qu'à  coup 
sûr  il  ne  faut  pas  se  représenter  comme  incessante  et  parfai- 
tement consciente,  mais  qui  est  soutenue  pourtant  avec  une 
vigueur  égale  des  deux  côtés.  L'un  des  deux  partis  a  pour 
lui  le  nombre,  et  la  coutume  ;  l'autre  s'appuie  sur  un  grand 
titre,  une  théorie,  et  enfin  deux  auxiliaires,  —  l'un  qui  est 
au  faite  de  sa  puissance,  l'autre  qui  grandit  chaque  jour,  — 
l'Église  et  le  Peuple. 


CHAPITRE  X. 


RELATIONS  DE  LOUIS   VIII   AVEC   L*ÉGUSE 


Nicolas  de  Brai  place  dans  la  bouche  du  pape  cet  éloge 
de  Louis  VIII  :  «  Le  roi  au  cœur  de  lion  qui  gouverne  le 
((  royaume  des  Gaulois  est  en  tout  temps  le  bouclier  de  la 
«  Sainte  Église*  ».  Les  Capétiens  furent  en  effet  les  boucliers 

0 

de  l'Eglise  ;  mais  ils  étaient  surtout  en  bons  rapports  avec 
le  clergé  gallican.  Ces  deux  puissances  lièrent  leurs  desti- 
nées. De  part  et  d'autre  il  y  avait  échange  incessant  de  ser- 
vices, et  ceux  que  recevait  le  roi  valaient  ceux  qu'il  rendait. 
Philippe-Auguste,  qu'un  contemporain  appelle  «  le  patron 
«  très  pieux  des  clercs  »*,  prononça,  dit-on,  ces  paroles  sur 
son  lit  de  mort  :  «  Mon  fils,  je  te  prie  d'honorer  Dieu  et  la 
((  Sainte  Église,  ainsi  que  je  l'ai  fait.  J'ai  tiré  de  là  un  profit 
((  considérable  et  tu  en  recueilleras  aussi  grand  avantage^  » 
Louis  était  tout  disposé  à  suivre  ces  conseils,  et  il  s'en  trouva 
bien.  Sous  son  règne,  l'évêque  Guérin  fut  un  habile  premier  mi- 
nistre. Ce  furent  les  évoques  qui  déterminèrent  Louis  VIll  à 
s'emparer  de  La  Rochelle  ;  ce  fut  le  clergé  qui  lui  livra  le 
midi.  On  vit  des  abbayes  normandes  lui  fournir  en  1224,  par 
pure  grâce,  des  ressources  pour  aller  guerroyer  en  Poitou  ^ 
Un  bon  quart  du  catalogue  que  nous  avons  dressé  se  com- 
pose d'actes  relatifs  aux  rapports  de  Louis  VIII  et  de  TÉglise. 
On  y  voit  la  majorité  des  évoques  du  royaume  en  rapports 
constants  avec  le  roi.  11  y  a  peu  d'intérêt  à  étudier  séparé- 
ment les  relations  du  prince  avec  les  évêques  de  son  domaine. 
Ce  serait  à  un  certain  égard  donner  de  la  réalité  une  idt^ 
inexacte.    Ici  les  limites  du  cercle  d'action  de  la  royauté  dé- 

1.  Nie.  de  Brai,  329. 

2.  Dial.  entre  Ph.-Aug.  et  Pierre  le  Chantre,  dans  Bib.  Éc.  Ch.,  II, 
400. 

3.  Conon  de  Lausanne,  783. 

4.  Catal.,  n"»  125,  126. 


[   ET   1,  KPISCOPAT. 


407 


passent  singulièrement  les  frontières  indiquées  sur  les  cartes 
féodales  ;  la  géographie  du  droit  do  régale  en  est  une  preuve 
frappante.  Le  roi  a  la  régale  dans  des  évêchés  oii  il  n'est  point 
propriétaire,  par  exemple  dans  les  provinces  de  Reims  et  de 
Lyon'.  Louis  VIII  dispose  à  son  gré  de  la  régaie  de  Limo- 
ges en  faveur  de  Hugue  de  Lusignan', 

Presque  tous  les  archevêques  et  évêques  du  nord,  de 
l'est  et  du  centre  du  royaume,  depuis  Thérouanne  jusqu'à 
Langres  et  Clermont,  apparaissent  dans  les  conseils  du  roi, 
exécutent  les  missions  qu'il  leur  confie,  le  suivent  docilement 
en  Poitou  et  en  Albigeois  ;  de  grands  seigneurs  comme  l'ar- 
chevêquo  de  Reiras,  les  évéques  do  Laon,  de  Noyon,  de 
Beauvais,  qui  sont  en  même  temps  des  comtes,  se  montrent 
aussi  dévoués  que  l'évêque  d'Orléans'.  Dans  l'ouest,  le  puis- 
sant clergé  breton,  qui  ne  prétend  dépendre  que  du  Saint- 
Siège,  échappe  à  l'action  royale.  Mais  i'évéque  de  Limoges 
est  un  de  ceux  qui  ont  préparé  le  succès  de  Louis  VIll  en 
Poitou.  Quant  à  l'évêque  de  Périgueux  et  aux  prélats  de  son 
diocèse,  nous  avons  un  témoignage  bien  curieux  des  senti- 
ments qu'ils  professaient  alors  pour  le  roi:  c'est  une  suppli- 
que envoyée  par  eux  .-i  Louis  VIII,  et  qui  forme  la  contre- 
partie de  la  lettre  adressée  au  même  roi  par  les  barons 
de  l'ouest.  L'évêque  de  Périgueux,  Rcnouf  de  Lastours,  et 
les  prélats  du  diocèse  commencent  par  rappeler  que,  s'il  faut 
en  croire  la  tradition,  les  rois  de  France  administraient  au- 
trefois ce  pays  directement,  en  y  envoyant  des  sénéchaux  et 
des  prévôts  pris  dans  leur  entourage,  et  ce  fertile  pays  était 
appelé^  le  verger  du  roi  de  France  ».  Cet  usage  étant  tombé 
en  désuétude  et  la  malice  des  hommes  ayant  grandi,  Rai- 
mond,  évêque  de  Périgueux,  eut  avec  Philippe-Auguste  une 
entrevue  k  ChâtellerauU  et  le  roi  lui  promit  d'envoyer  dans 
le  diocèse  un  administrateur  qui  y  maintiendrait  l'ordre  et  y 
défendrait  les  droits  de   l'Église.    Maintenant,  les  nobles  et 

rtrea  méchants  sont  déchaînés  contre  l'Église  et  le  peu- 
Walker,  op.  cit.,  97  elsuiv. 
a.  Caial.,  n"  262. 

3.  Voy ,  l'Appendice  n"  v;  noua  y  avons  çroupé  les  noms  de  tous  lea  pré- 
lats qui  ont  uns  part  aus  conseils  rie  Louis  VilI.—  Calai,  n"  12:  les  ar- 
chevêques (le  Bourges  et  de  Chartres  et  l'évÔque  d'Orléans  étaient  ùUie 
jtiMms  pour  conclure  la  convention  relative  au  douaire  d'Ingeburge, 


»  ' 


408  LEPISCOPAT   MERIDIONAL. 

pie  ;  le  pays  est  d'ailleurs  en  majeure  partie  infecté  d'hérésie; 
les  églises,  au  lieu  de  jouir  de  l'immunité  et  d'être  un  asile 
aux  malheureux,  ont  été  transformées  en  châteaux-forts  et  sont 
devenues  des  repaires  de  brigands  d'où  l'on  porte  partout  le 
fer  et  la  flamme.  Que  Louis  Vlll  se  souvienne  de  la  promesse 
de  son  père,  qu'il  envoie  un  sénéchal  pour  protéger  les  bons, 
châtier  les  méchants,  faire  respecter  les  droits  de  l'Église, 
la  foi,  les  coutumes  royales \  Cette  supplique  fut  portée 
au  roi  par  l'abbé  de  Cadouin,  probablement  au  moment  où 
Louis  songeait  à  reprendre  le  chemin  du  midi. 

Dès  le  mois  de  février  1224,  Guillaume  de  Cardaillac,  évê- 
que  de  Cahors,  était  venu  trouver  le  roi  et  lui  avait  renou- 
velé le  serment  d'hommage  qu'il  avait  fait  douze  ans  aupa- 
ravant à  Philippe-Auguste  pour  le  comté  de  Cahors.  Louis 
promit  de  lui  restituer  les  terres  dont  il  avait  été  dépouillé 
par  le  comte  de  Toulouse,  si  jamais  elles  tombaient  en  la 
puissance  royale*. 

C'était  là  comme  une  préfiguration  de  l'alliance  que 
Louis  VIII  allait  conclure  avec  le  clergé  du  midi.  On  sait 
combien  cette  alliance  fut  profitable  à  la  royauté. 

En  dehors  moine  des  limites  du  royaume,  certains  prélats 
reconnaissaient  tacitement  la  suprématie  du  roi  de  France. 
L'évoque  de  Cambrai  accompagna  Louis  Vlll  en  Albigeois \ 
L'archevoquo  de  Lyon  assista  au  couronnement  du  roi  et  se 
chargea  au  retour  de  recevoir  à  Mont-Saint-Vincent  le  ser- 
ment de  fidélité  qu'il  exigeait  de  la  comtesse  de  Chàlon*. 

Il  est  à  remarquer  qno  ce  fut  seulement  avec  l'épiscopat 
normand  que  Louis  Vlll  eut  dos  démêlés.  Le  service  d'«^st 
était  pénible  aux  prélats,  qui  en  étaient  rarement  exempts*. 


1.  Caial.j  n"  305.  —  Pons,  disciple  de  l'hérésiarque  Henri,  avait 
apporté  en  Périgord  la  doctrine  catliare.  En  1214,  probahlement  sur 
les  instances  de  Henouf  de  Lastours,  Simon  de  Montfort  fit  sur  les  frun- 
tières  du  Périgord  une  expédition  contre  les  hérétiques  et  réprima  le> 
violences  des  nobles  brigands  qui  désolaient  le  pays.  L'abbé  de  Cadouin 
accompagna  les  croisés.  (Voy.  Marmier,  Les  Albif/eois  en  Périford. 
dans  Ann.  agric.  et  litlér.  de  la  Dordogne,  X\\\\\  382-388,  i3:".)  On 
voit  que  cette  expédition  n'eut  pas  de  grands  résultats. 

2.  CataL.  iv>  78.  —  Delisle,  n»  1307. 

3.  Mou>ket,  V.  2G093  et  suiv. 

4.  Calai.,  n^  13. 

5.  Selon  leur  acte  d'hommage  à  Louis  VIII,  les  évoques  du  Mans. 
d'Angers  et  de  Poitiers  en  étaient  exempts  {CalaLy  n*>»  32-36). 


l'épiscopat  normand.  409 

Louis  VIII,  à  l'exemple  de  son  père,  veillait  à  Taccomplis- 
sement  strict  de  cette  obligation  ;  parfois  seulement  il  accor- 
dait une  dispense  moyennant  une  forte  indemnité,  par  exem- 
ple en  cas  de  maladie*.  Or  le  24  juin  1224,  au  moment  où 
Farmé  royale  allait  quitter  Tours  pour  entrer  en  Poitou,  les 
trois  évoques  de  Coutances,  d'Avranches  et  de  Lisieux  aban- 
donnèrent le  camp  en  déclarant  qu'ils  ne  devaient  pas  le  ser- 
vice militaire  personnel.  Louis  VIII,  après  avoir  tenu  conseil, 
décida  qu'on  ferait  une  enquête  sur  les  droits  des  évêques  de 
Normandie  à  cet  égard  ;  si  Tenquête  était  défavorable  aux 
trois  prélats,  non  seulement  ils  seraient  astreints  au  service 
d'ost,  mais  ils  paieraient  une  amende  ^  Louis  VIII  eut  maille 
à  partir  avec  Tarchevéque  de  Rouen  lui-même.  A  l'assemblée 
de  Gisors,  en  janvier  1224,  le  prélat  dut  s'engager  à  obser- 
ver les  «  droits  et  libertés  du  duché  do  Normandie  ».  Nous 
savons  sur  quels  points  précis  portait  le  démêlé,  grâce  à  une 
notice  sans  date,  intitulée  dans  les  registres  de  la  chancel- 
lerie :  «  Articles  sur  lesquels  l'archevêque  de  Rouen  doit  ré- 
«  pondre  au  roi...  le  dimanche  de  laQuinquagésime  »,  c'est-à- 
dire,  d'après  le  contexte,  le  4  février  1224.  Certains  de  ces 
articles  portent  sur  des  questions  de  fief.  L'archevêque  avait 
confisqué  un  fief  en  argent  que  Robert  de  Courci  disait  tenir 
du  roi  ;  d'autre  part  Louis  VIII  prétendait  avoir  le  droit  de 
faire  des  divisions  de  fiefs  en  Normandie  en  sa  qualité  de  duc. 
Deux  autres  articles  sont  relatifs  à  des  questions  de  juri- 
diction :  l'archevêque  prétendait  à  la  haute  justice  sur  les 
hôtes  du  roi  à  Louviers,  et  il  était  intervenu  dans  ce  conflit 
de  juridiction  entre  le  bailli  royal  et  l'official  de  Rouen,  dont 
nous  avons  déjà  parlé^  Nous  ne  savons  pas  du  reste  quelle  fut 
l'issue  de  ces  débats  ;  Ton  voit  en  tout  cas  que  le  roi  avait 
d'avance  exigé  de  rarcheveque  le  serment  de  respecter  les 
coutumes  de  la  province.  A  l'exemple  de  Philippe-Auguste, 


1.  Catal.,  n'»*  328,  378. 

2.  Catal.,  no  132.  —  Les  obligations  militaires  de  ces  évoques  sont 
indiquées  dans  le  «  Scriptum  de  serviciis  militura  que  debentur  duci 
«  Normannie  »  que  Henri  II  fit  dresser  en  1172  et  que  Ph.-Aug.  fit 
insérer  dans  les  registres  de  sa  chancellerie  ;  voy.  H.  F.,  XXIII,  693-694. 

3.  Catal.,  no»  66-67.  —  Cf.  le  débat  de  1218  entre  Phil.-Aug.  et  Tar- 
Chev,  de  Rouen  (Delisle,  n»  1811). 


410  LOUIS   VITI   ET   LE   CLERGE   REGULIER. 

Louis  VIII  ne  voulait  pas  se  laisser  dépouiller  par  Vi 
normand  des  droits  qu'avaient  eus  les  Plantagecets, 

Le  roi  avait  un  moyen  de  faire  sentir  sa  puissance  aui 
évêquos  des  nouveaux  domaines,  griice  à  son  droit  de  régale. 
Lorsque  Louis  VIII  reçut  l'hommage  des  évoques  d'Angere, 
du  Mans  et  de  Poitiers,  il  promît  de  rendre  à  l'avenir  leurs 
régales  aux  évèques  nouvellement  élus  à  ces  sièges,  dès  qu'iU 
auraient  été  confirmés  ;  mais  il  stipula  que  s'ils  ne  lui  juraient 
pas  fidélité  dans  les  quarante  jours,  il  leur  reprendrait  leurs 
revenus  et  les  toucherait  jusqu'à  ce  qu'ils  se  fustientsoumîti'. 

Louis  VllI  ne  faisait  la  que  continuer  la  politique  de  son 
père,  qui  s'était  montré  très  ferme  envers  l'épiscopat.  Il  se 
conforme  également  aux  règles  de  conduite  qu'avait  suines 
Philippe-Auguste  à  l'égard  du  clergé  régulier,  ce  puissant 
agent  de  propagande  monarchique.  Il  maintient  les  droits 
de  patronage  que  la  royauté  exerce  dans  un  grand  nomlire 
d'abbayes'.  Il  s'ingère  dans  l'administration  intérieure  de* 
monastères.  Ainsi  nous  le  voyons  s'occuper  de  la  règle  de 
l'abbaye  delà  Victoire,  que  son  père  avait  fondée  en  mémoire 
des  succès  de  1214,  et  qu'il  combla  lui-même  de  faveurs'. 
Enfin  Louis  VIII  prodigue  aux  églises  les  dons  d'argent  et  de 
terres,  les  confirmations  de  privilèges  et  les  privilèges  nou- 
veaux'. Sans  cesse  on  le  voit  écrire  i  ses  officiers  afin  de  r*- 
commander  les  abbayes  et  les  chapitres  â  leur  sollicitude,  ou 
afin  de  leur  reprocher,  dans  les  relations  qu'ils  ont  avec 
l'Église,  un  zèle  excessif  pour  les  intérêts  de  la  royauté'.  Enfin 
certains  couvents  tels  que  ceux  d'Ourscamp.  de  Saint- Bertin, 
deSaint-Mesniinjouissentdesa  protection  spéciale.  Ilenlèveà 
ses  "  baillis  et  prévôts  d'Orléans  »  toute  juridiction  sur  l'sb- 
baye  de  Saint-Mesmin  parce  qu'elle  est  sous  sa  protection  ;  s'ils 
ont  à  se  plaindre  du  couvent,  le  roi  doit  être  saisi  personnel- 
lement de  l'afi'aire  '. 


1.  Calai.,  n'"  32-36. 

2.  Voy.  les  curieuBes  formules  d'humililé  que  les  religieuxde Saint- 
Taurin  d'Evreux  emploient  pour  supplier  Louis  VIII  d'approuver  I« 
choix  qu'ils  ont  fait  d  un  nouvel  ahhè (Calai.,  n-  58).  Vov.  aussi  n"  16!, 

3.  Calai.,  n-'  263,  63.  96,  251. 

4.  N-  68,  178,  194,  279,  334,  etc.,  etc. 

5.  N-  15,  30,  38,  80,  306,  etc.. 

6.  N-'M,  53,  233.  etc. 


LOUIS  vnr  et  le  tlergr  rkgulier. 


411 


L'octroi  de  la  protection  royale  aux  abbayes  avait  été  un 
^es  procédés  favoris  de  Philippe-Auguste  pour  propager  sa 
puissance  hors  do  son  domaine.  C'était  un  excellent  moyen 
pour  prendre  position  dans  les  grands   fiefs.   Louis  VIII   ne 
semble  pas  avoir  continué  sur  ce  point  la  politique  de  son 
(ère  ;  il  n'accorde  guère  ses  chartes  de  protection  qu'à  des 
■bbayes  de  ses  domaines  anciens  ou  nouveaux  '.  En  générât,  il 
Eut  surtout  en  relations  avec  les  religieux  du  domaine  royal, 
u-ticulièrement   avec  les  couvents  nombreux  et  riches  de 
Normandie.  N-ius  avons  vu  qu'il  ne  manqua  point  de  gagner  à 
i  cause  le  clergé  régulier  du  Poitou  et  du  raidi.  Les  chapi- 
rcs  et  les  abbayes  du  diocèse  de  Pêrigueux  signèrent  la  péti- 
a  dont  nous  avons  parlé  ;  enfin  la  fameuse  abbaye  de  Mozac , 
dont  la  destruction  avait  jadis  amené  l'intervention  de  Phi- 
lippe-Auguste en  Auvergne,  vit   confirmer  ses  privilèges'. 
Quelques   actes  rédigés  en   faveur  d'églises  sises   dans   les 
i  fiefs,  par  exemple  dans  les  comtés  de  Chartres,   de 
Nevers,  de  Soissons,  de  Flandre  et  dans  le  duché  de  Bourgo- 
n'offrent  rien  de  particulier.  11  est   seulement  intéres- 
tant  de  signaler  que  ces  églises  ont  été  en  relation  avec 
rf)uis  VIII '. 
Reste  à  nous  demander  quelle  attitude  observa  co  roi 
Mans  les  conflits  de  l'Église  avec  les  autres  classes.  Nous  ne 
tavons  pas  quelle  réponse  il  fit  aux  demandes  d'appui  que  lu! 
iressèrent  d'un  côté  le  barounage  poitevin  contre  le  clergé 
î  l'autre  cété  le  clergé  périgourdin  contre  le  baronnage. 
ÎRous  ignorons  également  les  suites  d'une  requête  où  l'ar- 
ilievêque  de  Sens  réclamait  un  certain  nombre  do  préroga- 
Bîves  de  juridiction  et  se  plaignait  des  abus  de  pouvoir  du 
sire  do  Sens'.  Mais  nous  voyons  en  1^20  l'abbé  de  Corbie 


'  1.  De  ceschaiiesdeprotectionaccordéesàdesabbayes  dean 
_J  maines,  il  ftfut  rspprouher  les  deux  chartes  par  lesquelles  Louis  VIII 
oonRrme  le«  privilègeB  des  Hospitaliers  dans  touies  les  provinces  con- 
quises par  Philippe-Auguste  sur  Jean  sans  Terre  (Calai.,  n-'  2S6-297), 

2.  Calai.,  n»  220. 

3.  Chanes  pour  Notre-Dame  de  Chartres  (Calai.,  n"  80),  pour  la 
°liarîté-8iir- Loire  (ii"  15),  pour  Noire-Dame  et  Saint  Jean -des- Vignes 

B  Soissons  {n""  235  et  84),  pour  Suint-Pierre  de  Gand  (n"  237),  pour 

'ptre-Dame  de  Citeaux  (n°  428),  etc.. 
i.  N"  307.  —  Sur  les  rapports  respectifs  du  roi,  de  l'archevêque  et 
S  bourgeois  de  :;ens,  voy.  Luchaii'e,  Communes  françaisu,  283. 


412  l'église  et  les  classes  POPCLAIBES. 

porter  plainte  au  roi  contre  les  bourgeois  de  la  ville,  ses 
éternels  enuemis,  qui  ont  détruit  des  fossés  qu'on  creosail 
dans  le  domaine  abbatial,  et  le  roi,  occupé  au  siège  d'AvigooD, 
mander  immédiatement  à  Bartiièlemi  de  Roie  et  à  Mathieu 
de  Montmorenci  de  faire  réparer  ces  fossés  par  les  bourgeois'. 
En  1226,  Louis  VHI,  selon  une  charte  éditée  par  Héméré  et 
que  Quentin  tlelaFons  tient  pour  authentique,  intervint  aussi 
entre  les  chanoines  et  la  commune  de  Saint-Quentin;  ternaire 
et  les  jurés  avaient  banni  un  des  chanoines,  et  ceus-ci  avaient 
répondu  par  une  excommunication  ;  le  roi  réconcilia  les 
chanoines  et  la  commune*.  En  1225,  il  mande  à  la  commune 
de  Villeneuvc-le-Roi  de  restituer  aux  chanoines  de  Saint- Victor 
la  dime  du  vin  qu'ils  avaient  le  droit  do  percevoir  daus 
cette  ville'. 

Ce  prince  intervînt  aussi  à  plusieurs  reprises  entre  les 
gens  d'Église  et  leurs  hommes.  En  février  1234,  il  manda  à 
ses  prévilts  de  Corbeil  et  de  Moret  de  faire  rendre  à  l'abbé 
de  Saint-Germain-des-Prés  l'aide  qui  lui  était  due  par  ses 
serfs.  En  1225  il  ordonna  une  enquête  pour  savoir  si  l'abbé  de 
Sainte-Colombe  de  Sens  pouvait  tailler  à  merci  ses  homme»  J 
de  Sermaise,  et  cette  enquête  tourna  au  profit  de  l'abbé.] 
La  même  année  on  voit  Louis  VIII  écouter  les  réclamations  I 
des  hommes  de  P&issi  contre  les  chanoines  de  Laon,  qià  1 
voulaient  leur  extorquer  de  l'argent  sous   prétexte  qu'ils  I 
devaient  le  service  d'ost  au  roi  ;   Louis  ordonna  aux  cba-  I 
noines  de  restituer  ce  qu'ils  avaient  pris  et  les  sjouru  1 
à  comparaître  devant  lui  pour  s'expliquer*. 

En  somme,  dans  cette  lutte  violente  que  l'Église  et  les 
classes  populaires  soutenaient  avec  acharnement  depuis  pluil 
d'un  siècle*,  Louis  VIII  ne  favorise  point  l'Église  aux  dépeni 
des  bourgeois  et  des  vilains,  non  plus  que  les  bourgeois  et  le 
vilains  au  détriment  de  l'Église.  Le  roi  était  assez  puissanti 


1.  Ca(ai.,  n"  405.  —  Voy.  les  démêlés  de  l'abbé  et  des  habitants  d 
Corbie  dans:  Luchaire,  Communes  françaises.  259.  —  Cet  abb«  est  II 
seul  qu'on  voie  Bgurer  dans  une  assemblée  du  régne  de  L^iiis  Vtll. 

2.  Calai.,  n"  354.  —  Voy.  Extraits  originaux  tfun  mantuerii  i 
Quentin  de  la  Fous,  par  Ch.  Gomart,  I,  324, 

3.  Cotai.,  n-  a:'.. 

4.  Cninl.,  n-  69.  299-300,  223. 

5.  Voy.  Luchaire,  Communes  franraisen,  251  et  suiv. 


ÉQUITÉ   DE   LA   ROYAUTÉ.  413 

tenait  assez  fortement  le  clergé  en  sa  main  pour  se  montrer 
à  son  égard  parfaitement  équitable.  C*est  daos  Tétude  de 
se»  rapports  avec  TÉglise  que  la  supériorité  de  la  monar- 
chie sur  les  autres  pouvoirs  se  manifeste  le  plus  évidem- 
ment. 


CHAPITRE  XI. 

RELATIONS   DE   LOUIS   VIII   AVEC   LES   CLASSES   POPULAIRES. 

Tout  en  bas  de  Téchelle  sociale,  dans  la  France  du  moyen 
âge,  se  trouvent  les  étrangers:  les  Juifs,  qui  n'ont  point  de 
patrie,  et  les  aubains,  qui  sont  pour  la  plupart  des  Italiens. 
Ces  étrangers  avaient  en  main  une  bonne  part  du  commerce 
des  denrées  et  pratiquaient  presque  exclusivement  le  com- 
merce de  l'argent.  Les  rois  et  les  seigneurs,  dont  la  politique 
économique  n'était  pas  toujours  raisonnée,  ne  laissaient  à 
ces  détenteurs  de  la  richesse  publique  qu'une  situation 
éternellement  précaire. 

Les  Juifs  étaient  depuis  longtemps  établis  dans  les  prin- 
cipales villes  de  France.  Ils  servaient  d'intermédiaires  entre 
les  marchands  orientaux  et  les  marchands  français,  et  pra- 
tiquaient les  opérations  de  banque  et  de  prêt  à  intérêt,  malgré 
les  défenses  de  TÉglise*.  Mais,  bien  que  leur  condition  fût 
moins  dure  au  xiii"  siècle  qu'elle  ne  le  sera  à  la  fin  du  moyen 
âge,  ils  étaient  moins  sûrs  du  lendemain  que  les  plus  misé- 
rables serfs,  car  l'arbitraire  du  seigneur  n'était  limité  à  leur 
égard  par  aucune  considération;  Tinstinct  religieux,  généra- 
lement favorable  aux  faibles,  n'était  ici  qu'un  nouveau  motif 
d'oppression.  De  temps  en  temps,  un  dévot  scrupule  et  des 
besoins  d'argent  poussent  le  seigneur  à  user  de  ses  pouvoirs, 
et  alors  arrivent  pour  les  Israélites  les  jours  de  persécution. 

L'une  de  ces  échéances  fut  le  8  novembre  1223.  Philippe- 
Auguste,  après  avoir  persécuté  les  Juifs,  avait  fini  par  les 
tolérer  pour  le  plus  grand  profit  de  son  trésor  ;  il  avait  con- 
sacré leurs  opérations  en  limitant  le  taux  des  intérêts  de  leurs 
prêts  ^  M.  Vuitry  dit  que  Louis  VIII  s'inspira  des  doctrines 


1.  Pigeonneau,  Hisl.  du  commerce  de  la  Fr.,  212. 

2.  Voy.  une  bonne  étude  de  M.  Vuitry  sur  les  Juifs  au  xnr  s.,  dans 
son  Bégime  financier  de  la  France,  316  et  suiv.  —  L.  I^zare,  Lei 


ORDONNANCE   SliR   LES   JUIFS, 


415 


i  l'Eglise  et  ne  suivit  pas  ces  principes  de  fiscalité  habile, 
iepeodant  1'  «  établissement  sur  les  Juifs  »,  qu'il  édicta 
d'accord  avec  un  certain  nombre  de  seigneurs,  ne  nous  semble 
s  d'inspiration  exclusivement  religieuse.  Si  Louis  VIII  était 
Hlort  pieux,  il  avait  aussi  la  réputation  auprès  de  ses  con- 
lemporains  d'être  assez  ><  serré  u.  L'ordonnance  du  8  no- 
Êyembre  1223  nous  parait  empreinte  du  double  caractère  reli- 
gieux et  fiscal.  En  voici  les  clauses'  : 

I.  —  A  pai'tir  du  8  novembre,  date  de  l'ordonnance,  les 
inlèrèts  des  dettes  dues  aux  Juifs  ne  coun'ont  plus.  Le  prêt  à 
intérêt  est  qualifié  dans  cette  clause  à'usiire  et  en  effet  il  fut 
toujours  considéré  comme  tel  par  l'Eglise  au  moyen  âge.  Il 
»l  possible  du  reste  que  le  véritable  motif  de  cette  mesure  ne 
fût  point  une  idée  religieuse  ;  les  signataires  de  l'ordonnance 

avaient  un  profit  direct  à  stipuler  uue  tello  clause,  pour  peu 
[qu'ils  eussent  fait  eux-mêmes  des  emprunts  h  des  Juifs. 

II.  —  Les  capitaux  qu'on  doit  aux  Juifs  devront  être  rera- 
Iboursés  on  trois  ans  à  termes  fixes.  Les  Juifs  feront  inscrire 

nuâ  le  conlrùlo  de  leurs  soigneurs  toutes  leurs  créances, 
Skvant  le  2  février  1224  ;  les  créances  non  enregistrées  dans  ce 
lélai  seront  périmées.  Los  lettres  de  créance  vieilles  de  plus 
ï  cinq  années  et  qui  n'ont  pas  été  présentées  dans  cet  ialer- 
Brallo  de  temps  aux  débiteurs  seront  nulles  également;  car 
t]le8  ont  été  cachées  par  fraude,  pour  favoriser  l'accumulation 
Eiea  intérêts*. 

Ainsi  les  Juifs  étaient  autorisés  à  se  faire  payer  leurs 
inces  ;  mais  ce  fut  seulement  par  l'intermédiaire  de  leurs 
Bignears  respectifs  que  l'argent  leur  parvint'.  M.  Vuitrj 
roit  là  u  une  fiction  par  laquelle  on  voulait  consacrer  le  prin- 


mtu  liréê  det  Juifs  de  France  dans  le  dnmaine  rogat  (xm'  siôcle), 

ma  Bévue  des  Etudes  juh-es.  XV,  23;!  et  siiiv.  ;  l'auteur  de  cet  article 

i  montré  quu  U  situation  des  Juifs  était  lr6s  prospi^re  à  la  tin  du  règne 

le  Philippe- A  ugasta  1  mais  il  a  peu  ou  point  étudié  l'ordnnnaiicede  1313. 

i.  Caiat..  n"  !6. 
I  S.  Ce  dernier  article,  relatif  aux  vieilles  lettres  do  cMance.  esi  plus 
iMinpIet  dans  le  texte  du  registre  E,  édité  par  Manèno.  que  dans  l'acte 
"'ginal  du  Trésor  dos  CharteH,  édité  par  Teulot.  Il  lit  Tobjet  d'une 
ïwon  spéciale  de  Guérin  à  l'I^cLiquier  de  Normandie  (Aec.dMjujfm. 
^ftUchiquier,  n-  3CS,  note). 

s  Henita  universa  ciue  delientur  Judeis  sunt  alerminata  ad  novcm 
s  infra  très  aniio::  ad  reddendum  dominis  '/uibus  Judei  subsunt.  s 


416  ORDONNANCE   SUR  LES   JUIFS. 

«  cipe  que  le  Juif  n'a  aucune  personnalité,  aucun  droit  et  ne 
<c  possède  que  pour  son  seigneur  ».  Nous  croyons  que  cette 
stipulation  avait  un  objet  beaucoup  plus  pratique  et  que  les 
seigneurs  retinrent  au  passage  une  part  des  sommes  rem- 
boursées. Nous  en  voyons  une  preuve  dans  le  soin  avec  lequel 
le  roi  fait  rentrer  les  sommes  dues  aux  Juifs  de  ses  domaines 
et  se  réserve  «  les  dettes  de  ses  Juifs  »  qui  habitent  les  terres 
concédées  à  Philippe  Hurepel  en  février  1224*.  Nous  croyons 
qu'une  bonne  part  de  la  summa  Judeorum  inscrite  à  la  fin  de 
la  recette  de  1226  provient  des  prélèvements  opérés  par  le 
roi  sur  ces  créances.  Cette  summa  ne  s'élève  pas  à  moins  de 
8682  livres  parisis*. 

III.  —  A  l'avenir  les  Juifs  n'auront  plus  de  sceau  pour  au- 
thentiquer leurs  créances.  Auparavant,  ils  avaient  un  sceau 
particulier,  leur  loi  leur  défendant  de  se  servir  d'objets  où  la 
figure  humaine  était  représentée;  l'ordonnance  de  1206  avait 
toléré  cet  usage  ^  En  Tabolissant,  Louis  VIII  ne  témoigna  pas 
seulement  son  mépris  pour  les  préceptes  judaïques  ;  il  obligea 
plus  rigoureusement  les  Juifs  à  recourir  à  leurs  seigneurs 
pour  rendre  leurs  actes  valables,  et  l'on  sait  que  cette  inter- 
vention se  payait  toujours  ^ 

IV.  —  Enfin,  le  roi  et  tous  les  barons  de  France  ne  rece- 
vront plus  désormais  dans  leurs  domaines  respectifs  les  Juifs 
venant  d'une  autre  seigneurie.  Dès  1198,  Philippe-Auguste 
avait  conclu  une  convention  identique  avec  Thibaud  III  de 
Champagne,  qui  avait  beaucoup  de  Juifs  dans  son  comté,  et 
les  comtes  de  Saint-Pol  et  de  Nevers  entrèrent  en  1210  dans 
cette  espèce  d'association  ^  Elle  s'étendit  en  1223  à  tout  le 
royaume.  Ici  le  motif  est  évidemment  intéressé  :  les  Juifs 
payaient  un  cens  et  étaient  bons  à  garder.  Ce  n'était  pas  au 
moment  où  leurs  créances  allaient  rentrer  qu'il  fallait  né- 


1.  CataL.  n°»  55,  73,  79. 

2.  Pièces  just if..  x\°  \\\\. 

3.  Delisle,  n°  1003. 

4.  M.  L.  Lazare,  op.  cit..  235,  estime  que  la  suppression  du  sce^u 
des  Juifs  en  1223  était  une  espèce  de  mesure  de  tolérance.  Cette  opinion 
nous  semble  bien  contestable.  Il  est  vrai  que  désormais  le  «  sceau  des 
Juifs  »  ne  fifrurera  plus  dans  les  comptes  du  xin«  s.  ;  mais  on  astreignit 
évidemment  les  Juifs  à  se  servir  du  sceau  ordinaire. 

5.  Delisle,  n«*  538-539,  1214-1215. 


LES   LOMBARDS   1 

de  les  retenir. 


,   PARIS.  417 

|)uisque  manifestement  te  roi  et  les 

teneurs  comptaient  prélever  la  part  du   lion  sar  ces  rem- 

nrsements.   Louis  Vlll  exigea  par  trois  fois  du  comte  dd 

mpagne  la  promesse  Je  respecter  rette  clause'. 
En  somme  c'était  là  une  ordonnance  d'inspiration  prescfue 
*ement  fiscale.  Du  reste  un  seul  prélat  assista  aux  délibé- 
s;  c«  fut  Guillaume,  évèque  de  ChAlons-sur-Marne;  il 
lait  an  mf^me  temps  comte  du  Perche.  L'ordonnance  de  Phi- 
lippe-Auguste en   1181    avait   un  caractère  religieux  bien 
plus  marqué  ;  aussi  était^elle  plus  rigoureuse,  Tous  les  Juifs 
^^W  domaine  qui  ne  voulaient  point  se  convertir  étaient  cbas- 
^■fis.  D'ailleurs  Philippe-Auguste  n'avait  pan  tardé  à  changer 
HRb  système  ;  l'expérience  montrait  qu'on  avait  besoin  des 
Juifs  et  qu'il  fallait  se  contenter  de  les  rançonner. 

Cependant  les  Israélites  commencent  à  cette  époque  à  trouver 
dans  les  Italiens  des  rivaux  qui  arriveront  presque  à  les  sup- 
I^Unter,  Dès  le  xii'  siècle  les  Lombards  apparaissent  dans  les 
villes  du  midi.  Comme  les  Juifs,  \U  sont  marchands,  ban- 
ouiers  et  usuriers*.  Etant  chrétiens,  ils  occupent  dans  la  so- 
jété  on  échelon  supérieur  :  ils  passent  des  traités  avec  le 
■gnenr  et  moyennant  un  impùt  ils  obtiennent  des  garanties  ; 
ranties  peu  solides  du  reste,  car  on  verra  saint  Louis  les 
miser  tons.  En  1209  Pbilîppe-.\uguste  avait  pris  sous  sa 
lotection  les  marchands  italiens  venant  aux  foires  de  la 
Btiesse  de  Champagne  \  Mais  la  première  charte  connue  de 
ns  qui  soit  relative  à  rt^tabllssement  des  Lombards  dans 
ftdomaine  royal  date  du  régne  de  Louis  Vlll.  En  1224,  ce 
\  acconla  aux  Astésans  la  permission  de  résider  à  Paris 
jpdaiit  cinq  années.  On  sait  qu'Asti  fut  une  des  villes  qui 
pToya  le  plus  de  commerçants  on  France  au  moyen  âge. 
après  la  charte  royale,  chaque  capitaine'  payera  au  roi 
iiquantc  sous  par  an.  même  s'il  habite  la  même  maison 
i^a'im  autre.  Los  Astésans  auront  le  sauf-conduit  dans  toute 


iv. :  etc.  Piton,  Let  Lombard* 


.  Catal.,  n»l8.54,  \»J. 

l  Vojr.  PigeonnoBU.  op.  cit. ,î'i3  et  si 
J;  France  et  A  Parig,  I,  -29. 
ilL  Delisle,  n°  tisi. 

.  «  Dnmini  capitanei  »  ;  ce  sont  évidemment  les  chefs  des  compe- 

MCORunercialcs;  mais  ce  aant  des  nobles:  domiruu  désigne  toujours 
■noble;  ca;>i'{an#u>  a  aussi  cette  si^nificalion  ilan^le.'i  villes  ilallennes. 


C*.  PHrT.Di'TtiuiR.  Msne  de  LauU  Vtll. 


n 


418 


LOUIS    Tllf    ET    LES    l 


la  terre  du  roi  ;  ils  seront  justiciables  du  roi,  mais  ne  pour- 
ront être  mis  en  prison  préventive  ;  les  prévôts  ne  pourrool 
pas  non  plus  prendre  leurs  chevaux,  à  moins  que  le  roi  n'Bn 
ait  spécialement  besuin.  Ils  pourront  vendre  les  gages  qu'ils 
auront  rerus,  au  bout  d'un  an,  après  avoir  fait  prévenir  les 
débiteurs  laïques  par  l'intermédiaire  du  prévôt'.  Ou  voitqoM 
la  royauté  n'agissait  pas  d'après  des  théories  préconçues  ifl 
vingt  mois  de  distance,  le  même  rot  interdisait  aux  Juifs  k^ 
commerce  de  l'argent,   et  établissait  dans  sa  capitale  uot; 
bande  de  banquiers  lombards. 

Les  serfs  avaient  une  situation  moins  brillante,  mais  beaib-a 
coup  plus  assurée  que  les  aubaius  ;  au  xiii"  siècle  leur  biM 
être  avait  singulièrement  progressé,  par  suite  du  développa 
ment  des  communautés  de  pain  et  dr  pot,  qui  leur  donnid 
en  fait  la  liberté  de  transmission.  En  droit  même, 
condition  s'améliorait,  grâce  à  l'intervention  de  la  monaf 
chie,  qui  depuis  les  temps  les  plus  anciens  remplissait  à  lear 
égard,  bien  mieux  que  l'Église,  le  rôle  de  protectrice  ei  île 
libératrice'.  Dans  son  domaine  propre.  Louis  VIII  confirma 
l'abolition  de  la  mainmorte  dans  la  ville  et  la  septaine  de 
Bourges  et  la  sénéchaussée  do  Dun-le-Roi'.  On  trouve  aussi 
sous  son  règne  des  exemples  d'affranchissement  complet;  s'il 
ne  faut  pas  prendre  au  pied  de  la  lettre  une  allégation  de  Ni- 
colas de  Brai,  selon  laquelle  Louis  aurait  «  délié  les  serfs  du 
'<  joug  de  la  servitude  »  au  moment  de  son  avènement',  on  voit 
en  revanche  que  ce  roi  affranchit  tous  les  sorfs  qui  peuvent 
se  trouver  à  Asnièrea  sur-Oise''.  En  1224,  pour  récompenser 
les  services  de  son  archer  Thibaud  de  Montargis,  il  affrancliil 
sa  femme  Odeline*. 


1.  Piécm  juilif.,n'''}a\.  —  QÎ.  Chronique  d'Atti,\k2:  <  Aimo  Dontim 

H  1226,  cives  Astenses  cœperunt  prœstare  et  facere  usuras  in  Francii 
(c  et  nitramontanis  partibus,  ubi  multam  pecunJam  lucrati  sunl.  ■ 

2.  Voy.  Marcel  Pournier,  /.es  affranchitumentg  du  \"  au  xap  >  ■ 
dans  Hevue  Ainlor.,  XXi,  parti  eu  lié  rem  en  t  p.  46.  —  M.  Luchiif* 
{Manuel  des  Inst.,  322)  ajoute  avec  raison  que  cette  sollicitude  dn 
rois  pour  les  serfs  serait  beaucoup  plus  ëdiBante  si  elle  était  gratuite. 
Le  même  historien  a  très  bien  montré  que  l'alTrancliiasement  éuit  pour 
les  serfs  un  gain  moral  plutôt  que  matériel. 

3.  Catal.,  n°  213. 

4.  Nicolas  de  Brai,  ttlS. 

5.  Catal.,  n°  92. 

6.  Catal,  II"  172. 


INTERVENTION   DANS   LES    AFFRANCHISSEMENTS. 

Comme  soua  les  règnes  précédents,  nous  voyons  le  prince 
btterTenir  dans  rafifrancbissement  des  serfs  de  l'Église. 
\s  VIU.  sur  la  demande  de  l'abbé  do  Saint-Denis,  con- 
e  l'affranchissement  d'une  famille  de  serfs  de  celte  abbaye  ' . 
.  religieux  de  Saint-Mesmin  accordent  la  manumissioii 
à  un  certain  nombre  de  leurs  serfs  n  sur  la  volonté  et  l'assen- 
timent "  do  Louis  VIII*.  Les  chanoines  de  Sainte-Croix- d'Or- 
léans obtiennent  son  autorisation  pour  affranchir  ceux  de 
leurs  serfs  qui  demeurent  hors  des  terres  ilu  chapitre',  et 
lorsqu'ils  affranchissent  les  hommes  de  corps  de  leur  terre 

KStampes,  c'est  sur  son  consentement  préalable  et  avec  sa 
nârmation'.  Il  est  vrai  que  l'autorisation  du  suzerain  était 
cessaire  en  cette  circonstance,  puisque  cette  mesure  abré- 
geait le  fief,  et  d'autre  part  on  voit  que  les  chanoines  do 
Sainte-Croix  payèrent  200  livres  parîsis  pour  obtenir  de 
Louis  VIII  le  consentement  préalable  dont  je  viens  de  parler. 
Mais,  comme  le  dit  M.  Luchaire,  «  l'intervention  du  souve- 
«  rain  dans  les  actes  où  il  n'agissait  point  pour  son  propre 

K  compte  n'avait  pas  pour  seule  conséquence  do  procarer  un 
bénéfice  au  trésor.  Elle  contribuait  aussi  à  entretenir  le  res- 
pect que  la  classe  servile  portait  à  cette  royauté  libératrice, 
«  investie  du  droit  d'améliorer  et  d'ennoblir  la  condition  des 
a  opprimés'.  » 
Très  nombreuses  dans  le  Catalogue  des  actes  de  Philippc- 

IA-ugusle,  les  chartes  relatives  à  la  bourgeoisie  le  sont  propor- 
tionnellement plus  encore  dans  le  Cataloguo  des  actes  de 
^ais  VIII. 
I  L'acte  le  plus  nouveau  et  le  plus  important  est  la  charte  de 
ftanchise  accordée  en  1223-1224  aux  habitants  d'Asnlères- 
f  1.  Calai,  n-204. 
r  ï.  Bih.  nat..  Coll.  Morenu,  vol.  I;i5,  f-  SG. 
8.  Calai.,  n-  16";  cf.  Delisle,  n"  BGI. 
i  4.  Calai.,  n-*  199,  200,  202. 

5.  Voy,  Beaumanoir,  II,  225.  De  son  temps,  le  vassal  qui  affran- 
clii«Bait  un  serf  sans  l'autorisatioD  du  suzerain  payait  60  livrett  d'amende. 
_0l  l'affranchi  devenait  serf  du  suzerain. 

1,  Luchaire,  Inilil.  monarch.,  il.  125-I2C.  —  La  politique  de  Luuis 
1  à  l'^ffflrd  des  serfs  est  en  somme  celle  de  tous  les  Capétiens  depuis 
iis  V\.  H.  Walkor  a  négligé  d'éludter  les  rapporls  de  Philippe- 
^ste  et  de  cette  classe;  voy.  DolJsle,  n°'2,  719,  745,  flil,  8(il,  9:j'(, 
17S,  1075. 


420  LOUIS   VIII   ET   LES   VILLES. 

sur-Oise,  qui  étaient  devenus  les  sujets  directs  du  roi  en  1223, 
à  la  mort  du  comte  de  Beaumont.  En  voici  les  principales 
clauses  :  les  habitants  sont  autorisés  à  recevoir  les  émigrants, 
à  moins  qu'ils  ne  soient  hôtes  ou  serfs  du  roi,  habitants  de 
ses  communes  ou  des  abbayes  royales  soumises  au  service 
d*ost.  Le  roi  se  réserve  les  cas  de  haute  justice  et  les  cas 
qui  n'auront  pas  été  jugés  par  le  maire  et  les  pairs  de  la 
franchise.  11  détermine  le  taux  des  amendes  qui  doivent  être 
payées  par  les  délinquants  et  fixe  les  droits  qu'il  percevra  en 
cas  de  duel.  Du  reste  il  afferme  aux  habitants  le  produit  des 
droits  de  justice,  la  prévôté  et  divers  autres  revenus,  moyen- 
nant 220  livres  de  cens.  Les  Asniérois  devront  Tost  et  la 
chevauchée  aux  frais  du  roi  et  jureront  de  le  bien  défendre, 
lui  et  son  royaume  \ 

A  l'égard  des  communes,  Louis  VIII  garde  exactement  la 
même  attitude  que  son  père.  On  sait  quelle  bienveillance 
Philippe- Auguste  témoigna  aux  villes  libres.  Le  temps  n'est 
plus  où  les  Capétiens  empêchaient  la  fondation  des  communes 
sur  leurs  domaines  ;  le  temps  n'est  pas  encore  venu  où  ils  les 
soumettront  à  une  étroite  tutelle.  Philippe- Auguste  favorise 
partout  l'établissement  do  nouvelles  communes.  M.  Luchaire 
en  a  montré  les  raisons  principales,  qui  sont  d'ordre  mili- 
taire, politique  et  fiscal  *. 

Louis  VIII  établit  une  commune  à  Beaumont-sur-Oise.  La 

« 

charte  reproduit  presque  textuellement  l'acte  de  franchise 
accordé  à  cette  ville  par  Philippe-Auguste  en  1222  ;  mais  le 
mot  communia  se  substitue  partout  au  mot  franchisia^  et  là 
où  il  était  question  du  bailli  il  est  maintenant  question  du 
maire,  qui  le  remplace  dans  la  ville  ;  de  plus,  trois  clauses 
additionnelles  sont  particulières  à  l'acte  de  1223-1224.  La 
première  est  relative  aux  délits  commis  dans  la  forêt  du  roi  ; 
la  seconde  détermine  les  limites  de  la  juridiction  commu- 
nale ;  par  la  troisième,  le  roi  accense  aux  bourgeois  les  reve- 
nus qu'il  avait  à  Beaumont'. 
Nous  ne  connaissons  pas  d'autre  commune  nouvelle  établie 

1.  Catal,  no  92. 

2.  Communes  françaises,  279  et  suiv. 

3.  Catal.,  n"  91.  —  Cf.  Douet  d'Arcq,  Recherches  sur  les  comtes  de 
Beaumont,  174. 


r 


LOriS   Vm   ET   LES  VILLES.  421 

Loais  VIII  dans  son  domainp.  En  revanche,  ce  roi  con- 
•me  les  chartes  de  commune  de  Corbie,  d'Amiens,  do  Pont- 
.udemer,  de  Scnlia,  de  Creapi.  de  Sens  ',  sans  compter  celles 
les  principales   villes  du   Poitou.  Il  confirme   la  charte  de 
,207  par  laf|uelle  Phi  lippe- Auguste  garantissait  à  la  com- 
lune  de  Rouen  presque  tous  sos  anciens  privilèges,  et  la 
.arte  de  1213  par  laquelle  ce  même  roi  promettait  de  res- 
icter  les  coutumes  de  la  commune  de  Douai,  qui  se  trouvait 
lomentanéraent  rattachée  au  domaine  royal  '.  Généralement, 
sont  des  confirmations  pures   et  simples.  Dans   la  seule 
charte  octroyée  aux  bourgeois  de  Sens,  on  trouve  des  clauses 
nouvelles  :  deus    d'entre  elles    fixent  le  taux  de  certaines 
amendes  ;  selon  une  autre,  tout  citoyen  voyant  une  honnête 
personne  insultée  aura  le  droit  de  réprimander  l'insulteur  et 
de  lui  donner  jusqu'à  trois  soufflets.  La  dernière  clause  sti- 
pule que  le  roi  retient  pour  lui  la  prévôté  de  Sens  ". 
Cette  commune  de  Sens  avait  eu  des  démêlés  avec  Louis 
m.  Le  maire  et  les  jurés  avaient  voulu  enlever  au  roi  la  pré- 
rdté.  Sur  ses  ordres  formels,  ils  durent  la  lui  rendre  ;  par  un 
;te  du  mois   de  décembre  1225,  Louis  VIII   déciare  qu'en 
iconnaissance  de  cette  soumission,  il  laisse  aux  gens  de  Sens 
•ur  commune  et  leur  fait  grâce  des  peines  encourues  pour 
rébellion'.    C'est  alors    évidemment  qu'il   confirma  la 
larte  de  commune  et  y  introduisit  une  clause  particulière 
ilativeraeiit  à  la  prévôté, 
5n  général,  les  rapports  de  Louis  VIII  et  des  villes  furent 
t  pacifiques.  Non  seulement,  il  confirme  les  chartes  de 
commune,  mais  encore  il  favorise  certaines  villes,  commu- 
nales ou  non,  par  des  mesures  spéciales.  Ainsi,  en  1224,  il 
cède  aux  bourgeois  de  Rouen  les  arrière-fossés  de  la  ville, 
afin  qu'ils  y    puissent  faire  des  maisons  ou    des  jardins; 
c'étaient  les  fossés  de  l'enceinte  primitive,  correspondant  à 
la  rue  de  l'Aumône  et  â  la  rue  actuelle  des  Fossés-Louis-VIU. 
,ns  le  même  acte,  il  les  autorise  à  prendre  dans  la  forêt  de 


Catnl.,  n'"  28fl,  292,  114,  90,  93.  3H1. 

2.  N"'  (>'t,  40,  —  Pur  un  aMe  spécial  (n-  62),  Louis  VIII  ronfin: 
ticle  de  la  charte  de  1207  relaii)  aux  Uëbiicurs  des  liouennais. 

3.  N°301. 


422  LOUIS   VIII   ET   LES   TILLES. 

Roumare,  ou  mémo  dans  toute  l'étendue  du  bailliage,  de  la 
terre  pour  teindre  et  fouler  ;  enfin  il  leur  permet  d'agrandir 
leurs  quais  et  leur  cède  une  partie  du  vieux  château  \  Louis 
confirma  aussi  divers  privilèges  obtenus  sous  les  règnes  pré- 
cédents par  les  villes  de  Verneuil,  Breteuil,  Bourges  et 
Dun-lc-Roi'. 

Comme  Philippe-Auguste,  il  encourage  le  commerce.  Il 
autorise  les  bourgeois  de  Pont-Audemer  à  bâtir  des  halles'. 
**  C'est  particulièrement  aux  villes  nouvellement  annexées  au 
domaine  ou  qui  n'en  font  point  encore  partie  qu'il  accorde 
ces  sortes  de  faveurs.  Nous  l'avons  vu  en  1224  donner  le  sauf- 
conduit  aux  jnarchands  en  relations  avec  la  Rochelle  et 
exempter  de  droits  les  marchandises  des  hommes  de  La 
Réolo  dans  toute  l'étendue  du  Poitou*.  En  122(5,  il  mande  à 
ses  baillis  do  protéger  dans  leur  commerce  les  bourgeois  de 
Montferrand,  en  Auvergne,  et  donne  le  sauf-conduit  royal 
aux  habitants  de  Montpellier,  qui  détenaient  une  partie  du 
commerce  méditerranéen  '. 

Ces  deux  derniers  exemples  prouvent  que  la  bourgeoisie 
subissait  l'influence  monarchique  en  dehors  du  domaine  capé- 
tien. Co  ne  sont  point  les  seuls  qu'on  puisse  citer  sous  1p 
règno  de  Louis  Vlll.  A  l'exemple  do  son  père,  il  confirma  la 
charte  de  coniinune  reconnue  aux  habitants  de  Beauvais  par 
les  évé(iues  de  cette  ville  ^  Nous  avons  vu  aussi  qu'il  con- 
firma les  coutuiiios  do  Limoges  '.  C'est  surtout  par  l'octroi 
de  la  H  protection  »  que  Louis  Vlll  entra  en  rapports  avec 
les  villes  éloignées.  Lorsqu'il  rerut  au  siège  d'Avignon  la 
soumission  de  la  ville  d'Albi,  il  la  prit  sous  sa  protection.  11 
accorda  cotte  même  faveur,  en  mémc^  temps  que  son  sauf- 
conduit,  aux  habitants  de  Montpellier.  Quelque  temps  aupa- 
ravant, il  prenait  les  habitants  de  Montferrand  sous  sa  pro- 


1.  Catal.,  n'^  113.  —  Cf.  Chêruel.  Hi^l.  de  Rouen,  125. 

2.  N"*'  85,  80,  211,  212,  214,  215.  —  Cf.  Delisle,  n'»  902,  90'f,  3?, 
W,  522. 

;i.  N"  61. 

5.  N'-  326,  31»5. 

6.  N"  127.  —  Voy.  dans  Yllist.  de  Beauvais  et  de  ses  institutwi^, 
par  L.  H.  Labandci  ]).  65  et  suiv.,  rex])osé  des  rapports  de  Phil.-Auiî. 
avec  révoque  et  la  commune  de  IJeauvais. 

7.  N«  139. 


LOUIS   VIII  ET   LES   VILLES.  423 

tection,  «  sauf  le  droit  du  comte  leur  seigneur  »,  et  promettait 
de  ne  jamais  les  détacher  de  la  couronne;  en  retour,  les 
bourgeois  lui  jurèrent  fidélité,  s'engagèrent  à  lui  payer  une 
redevance  annuelle  d'un  marc  d'or  et  laissèrent  entrer  dans 
leur  ville  une  garnison  royale  ^  En  réalité,  les  droits  du  sei- 
gneur recevaient,  par  de  tels  procédés,  une  atteinte  mor- 
telle. 

Tels  sont  les  principaux  actes  concernant  les  rapports  de 
la  royauté  et  des  classes  populaires  de  1223  à  1226.  Eu 
égard  à  la  brièveté  de  la  période,  ils  sont  nombreux  et 
importants.  Sauf  celui  qui  nous  montre  des  banques  italiennes 
se  fondant  à  Paris,  ils  n*ontrien  de  bien  nouveau.  Louis  VIII 
traite  les  Juifs  et  les  serfs  comme  le  faisaient  ses  ancêtres,  et 
les  communes  comme  le  faisait  son  père.  Rien  encore  ne  fait 
prévoir  les  grandes  transformations  de  la  fin  du  xiii®  siècle, 
alors  que  les  villes  du  royaume  commencent  à  tomber  les 
unes  après  les  autres  sous  la  tutelle  du  pouvoir  central.  Au 
temps  de  Louis  VIII,  comme  au  temps  de  Philippe-Auguste, 
le  roi  se  contente  de  profiter  des  services  de  la  bourgeoisie, 
qui  lui  fournit  des  conseillers  et  au  besoin  des  soldats,  et  qui 
augmente  par  son  travail  la  richesse  publique  ;  en  retour,  il 
la  protège  sans  Tenchainer.  C'est  avec  pleine  raison  que 
l'historien  des  Communes  françaises  a  fait  de  ces  deux 
règnes  la  <c  période  d'alliance  »  de  la  royauté  et  des  villes. 

1.  CataL,  no»  394,  395  (cf.  Delisle,  n«  1548),  319  à  321.  —  Je  ne 
connais  pas  d'exemples  de  protection  accordée  par  Louis  VIII  à  des 
villages.  Son  père  avait  au  début  de  son  règne  usé  de  ce  procédé  et  du 
procédé  du  pariage  pour  s'attacher  beaucoup  de  villages  situés  sur 
des  territoires  ecclésiastiques  (Delisle,  n»»  169,  175,  226,  229,  234;  — 
30,  106,  480,  etc..)  Mais  ses  vassaux  avaient  fini  par  s'opposer  à  ces 
sourds  envahissements  (Delisle,  n°  1055)  et  l'on  n'en  trouve  plus  trace 
à  la  lin  de  son  règne. 


CHAPITRE  XII. 


LE  POUVOIR  LÉGISLATIF  GÉNÉRAL  DU   ROI. 


Quelle  est,  au  temps  de  Louis  VIII,  la  nature  des  pouvoirs 
généraux  de  la  royauté  sur  le  royaume?  Il  n'est  pas  d'an 
médiocre  intérêt  de  résumer  ce  que  nous  savons  sur  ce  sujet, 
effleuré  déjà  à  plusieurs  reprises  dans  le  courant  de  notre 
étude. 

Selon  la  théorie  monarchiste,  le  pouvoir  législatif  général 
du  roi  est  absolu.  Comme  les  Carolingiens,  les  Capétiens  sont 
des  rois  d'institution  divine  et  ont  le  droit  de  régler  comme 
il  leur  plaît  les  affaires  de  leurs  sujets.  Seulement  le  prince 
doit  consulter  ses  grands,  parce  que  sans  leur  aide  sa  tache 
serait  trop  lourde  ;  leur  concours  est  pour  lui,  non  pas  une 
obligation,  mais  une  nécessité\  En  lisant  Tépopée  de  Nicolas 
de  Brai,  on  pourrait  croire  que  Louis  VIII  était  un  souverain 
à  la  manière  de  Charlemagno.  Mais  c'est  dans  les  faits  qu'il 
faut  rechercher  des  renseignements  exacts. 

Pour  comprendre  ce  que  valait  au  juste  le  titre  de  roi,  il 
est  nécessaire  de  ne  se  point  renfermer  dans  Tétude  des  chro- 
niques d'inspiration  royaliste  et  des  actes  émanés  de  la  chan- 
cellerie capétienne.  Il  faut  regarder  au  dehors.  Rien  n'e^^t 
plus  instructif,  par  exemple,  que  de  comparer  les  Catalogues 
des  actes  de  Louis  VIII  et  des  actes  de  son  contemporain  Thi- 

1.  Voy.  les  excellentes  pages  de  M.  Luchairc,  Manuel  des  Inst., 
j87  et  suiv.  —  Les  polémistes  comme  Giraud  de  Barri,  qui  s'élevaient 
contre  la  tyrannie  des  Plantagenets,  exaltaient  la  modération  des  Cape- 
tiens  sans  porter  réellement  atteinte  à  l'idée  du  droit  divin,  sans  émettre 
aucune  théorie  précise  sur  la  monarchie  tempérée.  Un  demi-^ièclejilus 
tard,  on  commence  à  invoquer  le  commun  profit  et  à  considérer  la 
royauté  comme  un  organe  utile  à  la  vie  sociale.  Saint  Thomas,  s'ins- 
pirant  des  idées  d'Aristote,  préfère  à  tous  les  régimes  la  monarchie 
tempérée:  il  ])ropose  de  faire  ])articiper  au  gouvernement  la  noblesst^ 
et  la  nation  entière,  à  condition  que  le  peuple  soit  intègre  et  éclairé. 
Voy.  Cil.  Jourdain,  PliUoa.  de  saint  Thomas^  I,  403  et  suiv.  ;  et  La  Huy. 
franc,  et  le  droit  popuL,  dans  Hev.  des  Quest.  hist.,  XVI,  337  et  suiv. 


LE   POUVOIR   ROYAL   ET   LE   POUVOIR   SEIGNEURIAL.       425 

l  baud  de  Champagne'.  Le  parallèle  est  d'autant  phis  naturel 
I  que  la  Champagne  i^tait,  comme  le  domaine  royal,  un  pays 
t  d'ordre  et  de  travail.  De  même  que  Louis  VIII,  Thibaud  est 
|-en  rapports  constants  avec  les  diverses  classes  de  la  société, 
f  entretient  des  relations  très  amicales  avec  l'Eglise  ;  lui  aussi, 
Pii  approuve  dos  donations,  des  ventes,  des  arbitrages,  pro- 
Jmulgue  des  jugements,  fait  même  des  règlements  législatifs. 
I  II  semble  véritablement  que  les  deux  pouvoirs  ne  diffèrent 
rd'aucune  façon. 

Mais  cette  comparaison,   tout  en  nous  avertissant  de  ne 
Ipoint  exagérer  l'importance  du  titre  monarchique,  ne  doit  pas 
K^nous  amener  à  tenir  ce  titre  pour  nul.  On  ne  peut  considérer 
F  l'agrandissement  du  domaine  comme  la  seule  cause  vraiment 
notable  des  progrès  du  pouvoir  royal.  Dans  les  terres  extra- 
domaniales,  Louis  VIII,  comme  ses  prédécesseurs,  a  sur  la 
bourgeoisie  et  surtout  sur  l'Église  une  influence  qui  dément 
une  telle  opinion.  Avec  la  féodalité  même,  sans  parler  des 
rapports  de  parenté  et  d'amitié,  Louis  VIII  entretient  des  re- 
lations qui  prouvent  l'autorité  réelle  du  trône.  Les  premiers 
Capétiens  eux-mêmes  jouissaient  au  loin  d'un  prestige  que 
n'avaient  certainement  pas  les  grands  feudataires.  A  plus 
forte  raison  pouvons-nous  appliquer  à  Louis  VIII  ce  que  Guizol 
ft  dit  de  ses  ancêtres  du  xi'  siècle;  «Nul  autre  suzerain,  à 
coup  si'ir.  n'agissait  alors  aussi  souvent  et  à  une  aussi  grande 
:  distance  du  centre  de  ses  domaines"  ». 

Faut-il  en  conclure  que  déjà  le  pouvoir  législatif  de  la 
royauté  soit  vraiment  accepté,  et  que  déjà  le  roi  puisse  faire 
s  ordonnances  générales  l 

Va  demi-siècle  plus  tard  Beaumanoîr  dira  que  le  roi  peut 
&ire  tels  établissements  qu'il  lui  plaît  pour  le  commun  profit'. 
Idais  aucune  œuvre  analogue  aux  Coulumes  de  Heauvoisis 
B  nous  renseigne  sur  l'état  de  la  question  au  commencement 
du  xiii"  siècle.  On  trouve  dès  le  temps  de  Louis  VII  deux 
■donnances  applicables  à  tout  le  royaume'  ;  mais  faut-il  voir 
i  autre  chose  que  la  manifestation  platonique  des  désirs  du 

1.  D'Arbois  de  .lubalnville,  //i'»I.  rf«  omirs  de  C/t/tnipagne,  tome  V. 

2.  Civiliiiilion  fn  France,  iV,  lOa. 

3.  lleaumanuir,  11,  22. 
k.  Luchatre,  liistit.  monarch.,  I,  245-216. 


426  CARACTÈRE   DE  l'ordonSANCE   DE   1223. 

roi  ?  Nous  ne  voyons  pas  que  Phi  lippe -Auguste  ait  imposé 
un  seul  de  ses  actes  législatifs  à  tout  le  baronnage;  mais  plu- 
sieurs «  sont  rendus  avec  le  concours,  l'assentiment  tle.i 
a  barons  du  royaume  ;  et,  à  ce  titre  ils  ont  force  de  loi  sinon 
(1  dans  touto  son  étendue,  du  moins  dans  les  domaines  des 
1'  barons  qui  ont  pris  part  à  son  adoption  '  ».  Au  temps  àe 
Louis  Vin,  l'ordonnance  sur  les  Juifs  est  dans  ce  cas;  en 
voici  le  préambule  ;  «  Sachez  que  par  la  volonté  et  par  l'as- 
11  sentiment  des  archevêques,  des  èvéques,  comtes,  barons 
11  et  chevaliers  du  royaume  de  France,  qui  ont  des  Juifs,  et 
i<  qui  n'en  ont  pas.  nous  avons  fait  un  établissement  sur  les 
«  Juifs,  qu'ont  juré  d'observer  ceux  dont  les  noms  suivent: 
«  Guillaume,  évêquo  de  Cbâlons-sur-Marne,  comte  du  Perche; 
"  Philippe,  comte  de  Boulogne;  la  duchesse  de  Bourgogne; 
H  la  comtesse  de  Nevors  ;  Gautier,  comte  de  Blois  ;  Jean. 
ir  comte  de  Chartres  ;  Robert,  comte  de  Dreux,  pour  lui  et 
11  pour  le  comte  de  Bretagne,  son  frère;  le  comte  de  Namiir; 
Il  le  comte  de  Grandpré  ;  le  comte  de  Vendôme  ;  Robert 
11  de  Courtenai,  bouteiller  de  France  ;  Mathieu  do  Montrao- 
n  renci.  connétable  de  France;  Archambaud  de  Bourijon; 
«  Guillaume  de  Dampierre  ;  Enguerran  de  Coud  ;  AmaurI, 
"  sénéchal  d'Anjou;  Dreu  de  Mello  ;  le  vicomte  de  Beau- 
n  mont;  Henri  de  Sulli;  Guillaume  de  Chauvigni  ;  Gautier 
«  de  Joigni  ;  Jean  de  Viévi  ;  Guillaume  do  Saille'  ». 

Donc  le  mi  a  agi,  non  avec  l'assentiment  de  tous  les  nobles 
et  de  tous  les  évêques  de  France,  ce  qui  est  une  simple  for- 
mule, mais  de  concert  avec  im  certain  nombre  de  seigneurs- 
Les  derniers  nommés  dans  le  préambule  sont  des  familiers  du 
roi,  des  vassaux  de  son  domaine,  ou  des  arrière-vassaux;  les 
premiers  sont  des  barons.  On  remarquera  parmi  eux  Philippe 
de  Courtenai,  comte  de  Namur,  qui  est  parent  et  ami  personn*.'! 
de  Louis  Vlll,  mais  dont  le  comté  est  situé  hors  du  royaume  de 
France.  Cet  établissement  sur  les  Juifs  ressemble  donc  à  cer- 
tains égards  à  une  convention  diplomatique  entre  souveraios: 
mais  c'est  en  somme  une  ordonnance  du  roi  de  France  et  les 
vingt-quatre  seigneurs  qui  ont  scellé  l'acte  ont  Juré  l'établisse- 


CARACTÈRE   DE   l'oRDONNANCE   DE    1223.  427 

ment  que  Louis  VIII  a /«iV.  Voilà  donc  un  acte  législatif  du  roi 
qui  a  force  de  loi  dans  un  certain  nombre  de  baronnies;  mais 
ce  n'est  pas  tout.  «  Sachez,  est-il  dit  dans  le  texte,  que  nous 
«  et  nos  barons  avons  décidé  et  ordonné  au  sujet  do  Tétat 
«  des  Juifs,  que  nul  d'entre  nous  ne  peut  recevoir  ni  retenir 
«  les  Juifs  d'un  autre,  et  cette  stipulation  s'applique  à  ceux  qui 
«  ont  juré  l'établissement  et  à  ceux  qui  ne  l'ont  pas  juré.  » 
Nous  avons  vu  en  effet  que  Thibaud  de  Champagne,  qui  n'a- 
vait pas  juré  l'ordonnance,  dut  prendre  sur  ce  point  un  en- 
gagement formel  envers  le  roi  ;  s'il  s'y  était  refusé,  les  vingt- 
quatre  signataires  eussent  aidé  Louis  VIII  à  l'y  contraindre. 
Ainsi,  en  théorie,  le  roi  est  tout-puissant  et  ne  recourt  au 
conseil  de  ses  grands  que  pour  sa  propre  commodité  ;  en  réa- 
lité, il  ne  peut  point  se  passer  de  leur  concours,  et  les  rares 
ordonnances  générales  qu'il  établit  sont  de  véritables  traités. 
A  la  fin  du  xiii*'  siècle  ces  actes  se  multiplient  et  deviennent 
véritablement  des  ordonnances  royales  ;  mais  c'est  qu'alors 
la  grande  féodalité  indépendante  aura  à  peu  près  disparu. 


CHAPITRE  XIII. 

LA  ROYAUTÉ  APRES  LA  MORT  DE  LOUIS  VIII.   —  CONCLUSION. 

La  mort  avait  brusquement  enlevé  Louis  VIII  à  trente- 
neuf  ans,  au  moment  où  les  menaces  d'un  soulèvement  féo- 
dal rendaient  sa  vie  si  précieuse  aux  intérêts  de  sa  dynastie. 
L*espérance  d'imposer  facilement  des  conditions  à  une  femme 
n'a  été  que  la  cause  seconde  de  la  guerre  où  Blanche  de  Cas- 
tille  sut  montrer  tant  d'habileté  ;  la  cause  première  était 
rénorme  accroissement  de  la  puissance  royale  sous  Philippe- 
Auguste  ;  une  réaction  était  inévitable.  L'orage  était  tout 
formé  quand  Louis  VIII  mourut. 

Louis  avait  plusieurs  enfants  mâles  ;  les  Capétiens  eurent 
cette  heureuse  chance  pendant  trois  siècles  ;  mais  l'aîné  n  avait 
que  douze  ans.  Cloué  à  Montpensier  sur  son  lit  de  douleur, 
ot  sentant  approcher  sa  fin,  le  roi  appela  près  de  lui  vingt- 
six  barons  et  prélats  qui  l'avaient  accompagné  et  les  adjura, 
au  nom  de  la  fidélité  qu'ils  lui  devaient,  d'aller  en  toute  hâte 
après  sa  mort  porter  leur  hommage  à  son  fils  aîné.  Phi- 
lippe-Auguste avait  fini  sa  vie  tranquillement;  Louis  Vlll 
termina  la  sienne  dans  Tinquiétude;  ces  vingt-six  personnes 
lui  firent  le  serment  de  procéder  sans  délai  au  couronnement 
de  son  héritier  ;  mais  c'étaient  des  amis,  des  officiers,  des 
conseillers  ordinaires  de  la  royauté  ;  que  feraient  les  autres'? 

Louis  VIII  n'avait  pas  songé  à  organiser  la  régence  dans 
son  testament  de  1225.  L'archevêque  de  Sens,  les  évoques 
de  Chartres  et  de  Boauvais  déclarèrent  après  sa  mort  que  se- 
lon les  dernières  volontés  exprimées  par  lui  en  leur  présence. 


1.  CataL,  iv"  435- '»37.  —  Selon  Mousket,  v.  27237  et  suiv.,  Louis  VIII 
confia  particulièrement  son  liériticrà  Mathieu  de  Montmorenci,  àGuêrin 
et  à  Jean  de  Nesle  et  recommanda  de  no  point  oublier  d'envoyer  dos 
secours  aux  garnisons  laissées  en  Albigeois.  Nous  avons  vu  que  Mathieu 
de  Montmorenci  n'avait  pas  accompagné  Louis  Vlil  dans  le  midi. 


REOENCB    DE    BLANCHE    DE    CASTILLE. 


429 


i  Qoureau  rui  devait  être  placé  jusqu'à  sa  majorité,  ainsi  que 
B  royaume,  »  sous  le  bail  ou  tutelle  de  sa  mère  Blanche'  ". 
t  fort  étonnant  qu'une  décision  aussi  importante  n'ait  pas 
s  attestée  du  vivant  de  Louis  VIII  dans  les  lettres  où  les 
BVîngt-aix  barons  et  prélats  rapportent  ses  désira  suprêmes. 
Michelct  traite  de  mensongère  la  déclaration  des  trois  pré- 
lats; mais  il  n'invoijue  pas  un  bon  argument:  «  La  régence 
et  la  tutelle  du  jeune  Louis  IX,  dit-il,  eussent  appartenu, 
R  d'après  les  lois  féodales,  à  son  oncle  Philippe  le  Hurepel... 
I  C'était  une  grande  nouveauté  qu'une  femme  commandât  à 
R  tant  d'hommes  ;  c'était  sortir  d'une  manière  éclatante  du  sys- 
rtème  militaire  et  barbare  qui  avait  prévalu  jusque-là,  pour 
f.  entrer  dans  la  vie  pacifique  de  l'époque  moderne'  ".  II  est 
irai  que  le  bail  féodal  appartenait  au  plus  proche  parent 
Aie  du  côté  d'où  venait  le  flef  ;  mais  cette  règle  ne  trouvait 
t  son  application  dans  les  usages  monarchiques  relatifs  à 
la  régence,  que  les  premiers  Capétiens  organisaient  comme 
ils  le  voulaient  :  généralement  elle  était  partagée  entre  la  reine 
mère  et  un  grand' personnage,  ordinairement  un  prélat.  En 
partant  pour  la  croisade,  Philippe-Auguste  avait  laissé  le 
pouvoir  à  la  reine  et  à  l'arohevèquo  de  Reims. Il  n'y  avait 
point  avant  1226  de  «  système  militaire  et  barbare  »  qui 
prévalût,  et  Hue  de  la  Ferté  exprimait  un  sentiment  tout 
personnel  quand  il  disait  : 

Bien  est  France  abâtardie 
Signer  baron,  entendes, 
Quand  femme  l'a  en  baillie  ". 

Louis  VIII  n'a  pas  confié  la  régence  à  sa  femme,  il 
irait  assurément  pu  le  faire  sans  briser  les  traditions  de 
,  dynastie. 

Ceux  qui   aiment  à   disserter  sur  les  justes  retours   des 
ihoses  d'ici-bas,   pourront   remarquer  qu'en    octobre    1316 


1.  « voluit  et  disposuit  quod  filius  ejus  qui  ei  in  regno  Bucce- 

K  deret,  cumipio  regno  et  puerisipsiusaliis,  essentsubballosivetutela 
■  domine  nostre  B.  regine,genetricia  eorum,  doneo  ad  nitatem  legitimam 

tpervenirent.  u  (Teulet,  n°  1828.)  BréquLgny(flfcAeccAeï  sur  les  Hé/jen- 
ten  France,  dans  Leber,  Dissertations,  IV,  SOS-SO')  n'a  pas  lu  atten- 
rement  ce  texte,  oii  il  prétend  qu'il  n'est  pas  question  de  la  régence. 
a.  Ilisl.  de  Fr..  livre  IV,  chap.  vni  (éd.  lletzel,  !  
8.  I'.  Paris,  Romancero  fi-anKaîa,  IBi 


.,  I,  364). 


430  LA    CRISE    EN    FRANCE    ET    EN    ANGLETERRE. 

Jean  sans  Terre  mourant  laissait  à  Henri  III  enfant  nn 
royaumo  déchiré  par  !a  guerre  civile,  et  où  Louis  de  France 
semblait  le  véritable  roi;  et  que  dix  ans  après.  Louis,  mou- 
rant de  la  même  maladie  que  Jean  sans  Terre,  léguait  à  snu 
fils  mineur  et  à  sa  femme  le  soin  do  triompher  d'une  coali- 
tion seigneuriale  que  Henri  III  encourageait.  Ce  rapprocheroeol 
peut  d'ailleurs  suggérer  des  réfleiions  intéressantes.  Le  siiccèï 
Snal  de  la  lutte  que  soutint  Blanche  de  Castille  contre  les 
nobles  ne  prouve  pas  seulement  le  génie  politique  de  cette 
reine  ;  il  a  d'autres  motifs.  Hubert  de  Bourg  était  habile  et 
énergique  et  cependant  il  ne  vint  pas  facilen^ent  à  bout  des 
troubles  do  la  Grande-Bretagne  pendant  la  régence.  Si  l'ou 
recherche  les  causes  de  cette  différence,  on  arrivera  à  mieux 
comprendre  la  situation  respective  des  monarchies  anglaise 
etfpançaise,  les  raisons  profondes  de  leur  évolution  contraire. 
La  comparaison  du  pouvoir  royal  et  de  son  avenir  latent 
dans  les  deux  pays  pourrait  donner  matière  k  bien  des  jeus 
de  stylo;  les  antinomies  sont  nombreuses,  mais  apparentes 
seulement.  En  Angleterre,  la  royauté  estforte.  et  ce  pays  sera 
un  pays  libre.  En  France,  la  royauté  est  faible,  et  elles 
déjà  beaucoup  de  chances  pour  devenir  absolue.  Au  delà  <lu 
détroit,  le  régime  féodal  a  toujours  été  incomplet;  il  est  en 
pleine  décadence  au  xni=  siècle  et  aura  presque  disparu  an 
xiv*.  En  deçà,  il  est  au  xni*  siècle  fixé  et  systématisé.  Cepen- 
dant, au  delà,  ce  sera  le  régime  de  contrat  qui  prévaudra  en 
politique,  et  en  deçà,  ce  sera  le  régime  du  droit  divin  sans 
contrôle.  C'est  qu'en  Angleterre  la  crainte  inspirée  par  h 
monarchie  a  fait  l'union  de  ces  deux  ennemies,  la  nobleaic 
et  la  classe  moyenne,  union  précisément  facilitée  par  la  dé- 
crépitude rapide  du  régime  féodal.  En  France,  où  la  monar- 
chie n'a  pas  ou  encore  le  pouvoir  d'être  tyrannique  et  où  les 
classes  populaires  séparent  leurs  intérêts  de  la  cause  des 
nobles,  ce  sera  une  réaction  purement  seigneuriale  qui  sui- 
vra la  mort  de  Louis  VIII,  ce  ne  sera  pas  une  véritable  guerre 
civile.  Loin  d'avoir  une  origine  et  une  prérogative  précises 
comme  la  dynastie  normande,  la  monarchie  capétienne  e*t 
un  pouvoir  mal  défini,  plein  de  contradictions.  Ellee«td'in«- 
litution  divine  et  cependant  il  a  fallu  bien  des  efforts  pour 
qu'elle  devînt  héréditaire.  Elle  est  romaine  par  la  traditiou, 


i 


r 

1 


CONCLUSION .  431 

mais  elle  vit  au  milieu  du  régime  féodal.  On  ne  la  craint 
point  assez  pour  qu*une  résistance  sérieuse  s*organise  et 
cependant  elle  est  redoutable.  Nul  ne  peut  dire  où  elle  s'arrê- 
tera. Il  n  y  a  aucun  principe,  aucune  idée  générale  et  en 
fait  aucune  grande  institution  aristocratique  ni  populaire 
qui  puisse  limiter  son  développement.  Le  hasard  aidant, 
l'avenir  est  à  elle. 


L'on  ne  peut  dire  que  Louis  VIII  ait  eu  pour  unique  souci 
de  ressembler  à  Philippe-Auguste.  Très  différent  de  son 
père,  qui  n'était  rien  moins  qu'un  saint,  ce  prince  avait  un 
idéal  moral.  Mais,  dans  la  pratique  du  gouvernement,  cette 
différence  n'a  pas  été  sensible.  Louis  VIII  n'a  pas  cherché 
comme  saint  Louis  à  réaliser  la  justice  sur  terre,  et  c'est 
avec  raison  que  l'Eglise  a  réservé  à  ce  dernier  la  béatifica- 
tion. On  peut  donc  appliquer  à  Louis  VIII  ce  que  M.  Langlois 
dit  de  Philippe  le  Hardi  *  :  c'était  son  père  qui  avait  choisi 
et  formé  les  conseillers  dont  il  s'entoura;  ce  furent  les 
maximes  de  son  père  qui  le  guidèrent.  Nous  avons  cepen- 
dant essayé  de  montrer  que  la  vie  de  Louis  VIII  a  en  soi  son 
intérêt.  Sans  doute,  pendant  son  gouvernement  en  Artois 
comme  pendant  son  règne,  les  procédés  dont  use  la  monar- 
chie pour  briser  l'enveloppe  féodale  sont  appliqués  à  peu 
près  sans  modifications  ;  mais  avec  quelle  netteté  singulière 
apparaissent  dans  sa  carrière  diplomatique  et  guerrière  les 
ambitions  nouvelles  de  la  dynastie  capétienne  !  Depuis  le 
moment  où  Louis  est  a^mé  chevalier  jusqu'à  l'heure  de  son 
agonie,  sa  vie  est  remplie  de  deux  grands  desseins  :  anéantir 
la  puissance  des  Plantagenets  et  conquérir  le  midi  hérétique. 
Philippe  -  Auguste  avait  Tesprit  plus  compliqué  et  plus 
pratique  en  môme  temps,  en  somme  une  intelligence  supé- 
rieure ;  mais  c'est  son  fils  qui,  malgré  la  papauté,  a  tenté 
dans  une  lutte  de  deux  années  de  réunir  les  couronnes  de 
Hugue  Capet  et  de  Guillaume  le  Conquérant  ;  c'est  lui  qui, 
d'accord  cette   fois  avec   le   Saint-Siège,  a    définitivement 

1.  Le  régne  de  Philippe  le  Hardi^  376. 


432  CONCLUSION . 

tourné  la  royauté  vers  le  midi  ;  il  est  allé  trois  fois  en  Albi- 
geois, où  son  père  n'avait  jamais  voulu  mettre  le  pied;  il  a 
conquis  le  Languedoc,  il  est  entré  en  maître  dans  le  royaume 
d'Arles,  ce  chemin  de  l'Italie.  Il  ne  songe  point  à  la  cou- 
ronne impériale,  dont  l'éclat  vanté  avait  un  instant  séduit 
Philippe  -  Auguste  ;  désormais,  les  Capétiens  dirigeront 
leurs  regards  vers  le  sud,  et  la  préoccupation  des  affaires  de 
l'empire  ne  sera  plus  chez  eux  qu'intermittente. 

Les  grandes  ambitions  n'ont  pas  manqué  à  Louis  VIII,  non 
plus  que  l'énergie  pour  réaliser  ses  plus  chimériques  pré- 
tentions. Il  n'est  certainement  pas  le  personnage  totalement 
insignifiant  dont  la  plupart  des  historiens  n'ont  pu  citer  le 
surnom  de  Lion  sans  des  réflexions  ironiques.  Il  a  eu  proba- 
blement l'esprit  médiocre  ;  mais  combien  y  a-t-il  eu  d'hom- 
mes intelligents  en  ce  temps-là?  Du  moins  sa  pensée  était- 
elle  hantée  par  ces  rêves  de  sainteté  et  de  puissance  que 
l'éducation  cléricale  et  classique  faisait  naître,  seules  idées 
générales  qui  éclairassent  et  élargissent  les  cerveaux  obscurs 
et  étroits  des  hommes  du  moyen  âge.  Le  fils  de  Philippe- 
Auguste  avait  des  motifs  d'agir  et,  en  effet,  il  n'a  pas  été  un 
prince  fainéant.  Le  Ménestrel  de  Reims  a  formulé  en  ces 
termes  la  juste  opinion  qu'on  avait  de  Louis  VUI  au  temps 
où  régnait  son  fils  :  «  Cil  Loueys  fu  preuz  et  hardiz  et  com- 
«  batanz  et  ot  cuer  de  lion  ;  mais  tant  comme  il  vesqui,  il 
c(  ne  fu  sans  painne  ne  sans  travail  \  » 

1.  Ménestrel  de  Reims,  §  7G. 


FIN. 


APPENDICES 


Ch.  PiTiT*DnTAiLLis.  Règne  de  Louis  VIIL  S8 


APPENDICE  N"  I 


EXHUMATION  DU  CORPS  DE  LOUIS  VIII 

EN  1793. 

Alexandre  Lenoir  raconte  ainsi,  dans  ses  Notes  historiques  sur  les 
exhumations  faites  en  1793  dans  Vabbaye  de  Saint-Denis  {Musée  des 
Monum.  franc,  II,  cxxiv-cxxv),  la  découverte  des  restes  de  Louis  VIII, 
faite  le  19  octobre  1793  : 

«  Le  corps  de  Louis  VIII,  père  de  saint  Louis,  mort  le  8  novembre 
<K  1226,  &gé  de  quarante  ans,  s'est  trouvé  aussi  presque  consumé  :  sur  la 
«  pierre  qui  couvrait  son  cercueil,  était  sculptée  une  croix  en  demi 
«  relief.  On  n*a  trouvé  qu'un  reste  de  sceptre  de  bois  pourri,  et  son 
«  diadème,  composé  d'une  bande  d'étoffe  tissue  en  or,  avec  une  grande 
«  calotte  d'une  étoffe  satinée  assez  bien  conservée  :  le  corps  avait  été 
«  enveloppé  dans  un  drap  ou  suaire  tissu  en  or;  il  s'en  trouva  encore 
«  des  morceaux  intacts.  Son  corps  ainsi  enseveli  avait  été  recouvert  et 
«  cousu  dans  un  cuir  fort  épais,  qui  avait  encore  toute  son  élasticité. 
«  Ce  fut  le  seul  corps,  parmi  ceux  exhumés  à  Saint-Denis,  qui  fut 

«  trouvé  enveloppé  de  cuir II  est  probable  qu'on  à  ainsi  enveloppé 

«  le  corps  de  Louis  VIII,  pour  le  préserver  de  la  putréfaction  dans  le 
«  transport  qu'on  en  fit  de  Montpensier,  en  Auvergne,  où  il  mourut  à 
c  son  retour  de  la  guerre  contre  les  Albigeois.  » 

M.  de  Guilhermy,  dans  sa  Monographie  de  Véglise  royale  de  Saint- 
Denis,  transcrit  un  procès-verbal  des  exhumations  qu'il  attribue  à  Dom 
Poirier  et  qui  est  la  copie  à  peu  près  textuelle  des  Notes  historiques 
de  Lenoir.  Il  ajoute  (p.  73,  note  1)  :  «  M.  Albert  Lenoir  possède  un 
<K  dessin  colorié  qui  a  été  fait  par  son  père,  au  moment  de  l'exhu- 
«  mation,  et  qui  représente  le  squelette  entier  de  Louis  VllI  enveloppé 
«  d'une  étoffe  blanche  brochée  d'or.  » 

M.  de  Guilherray  aurait  pu  ajouter  qu'Alexandre  Lenoir  avait  fait 
aussi  surplace  des  aquarelles  d'après  les  restes  de  Henri  IV,  de  Turenne 
et  de  Louis  XV. 

Gr&ce  à  l'extrême  obligeance  de  M.  Alfred  Lenoir  et  de  M.  Boitte, 
nous  avons  pu  voir  ces  aquarelles.  Celle  qui  nous  occupe  ici  n'est 
malheureusement  pas  la  plus  intéressante.  Elle  représente  un  squelette 


436      [app.  i]  exhumation  du  corps  de  louis  vin. 

absolument  décharné.  La  tête  est  coiffée  d'une  calotte  blanche  et  d'uo 
bandeau  en  or;  le  corps  est  enveloppé  presque  complètement  d*im 
suaire  grisâtre  orné  de  bandes  d'or.  D'après  la  position  du  squelette 
sur  la  pierre  tombale,  qui  était  sans  doute  de  la  dimension  ordiDaire, 
il  semble  bien  que  Louis  VIII  était  de  petite  taille,  comme  le  dit  le 
chroniqueur  de  Tours. 

Les  aquarelles  faites  d'après  les  cadavres  remarquablement  conseirés 
de  Henri  IV,  de  Turenne  et  de  Louis  XV,  offrent  un  grand  intérêt  et  ii 
est  à  souhaiter  qu'elles  soient  un  jour  reproduites. 

Al.  Lcnoir  a  donné  dai)s  ses  Monuments  des  arts  libéraux,  pi.  2;, 
un  dessin  exécuté  d'après  la  plaque  de  cui\Te  qui  recouvrail  le 
tombeau  de  Louis  VUI,  et  qui  a  été  fondue  en  1793.  Louis  y  est 
représenté  sous  la  forme  d'un  homme  maigre,  à  la  figure  émaciée  et 
glabre. 


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APPENDICE  N"  III 


ITINÉRAIRE   DE  LOUIS  Vlir 


1223 


30  juiUet. 

31  juillet. 

3  août. 

4  août. 

5  et  6  août. 
8  août. 

Août. 

Septembre. 

24  octobre. 


Beauvais. 

Si-Just-en  -Cha  ussée. 

St-Médard  de  Sois- 
sons. 

Mont  Noire-Dame. 

JReims. 

Notre-Dame  de  Sois- 
sons. 

Compiègne ,  Paris , 
Melun^,  Sens. 

Bourges,  Tùurs^,  Sau- 
mur,  Alencon  ??y 
Fontainebleau. 

St- Benoit-sur-Loire . 


Octobre. 
8  novembre. 
Novembre. 

22  novembre. 
Novembre. 
25  novembre. 
Novembre. 
Nov.-dcc.  ? 
8  décembre. 
(9)  décembre. 
10  décembre. 
Décembre. 


Paris, 
Paris. 
Compiègne,    Sofon^ 

Chauni. 
St-Quentin. 
Pèronne. 
Arras. 
Douai. 

Mon  treuil-sur'  Mrr. 
St-Biquier. 
Abbeville. 
Corbie. 
Compiègne,  Montât' 

gis. 


(1-20  ?)  janv.  Lorris. 

20  janvier.       Epône. 

21  janvier.       Chartres. 


1224 

Janvier. 


Pont-de-l'Arckt, 
Bouen  ?  LilleboMt. 
Gisors. 


1.  Les  mentions  qui  sont  citées  sans  références  ont  été  puisées  soit 
dans  le  Catal.  des  actes,  soit  dans  la  liste  des  Gîtes  de  Louis  VlUt 
publiée  par  Brussel  {Us.  des  Fiefs,  I,  546). 

2.  Nicolas  de  Brai,  317. 

3.  Chron.  de  Tours,  304. 


[APP.    m]  ITINÉRAIRE  DE  LOUIS  Vni. 


439 


31  janvier. 
Février. 


Mars. 
21  mars. 

21-29  mars. 
Mars. 


Liancourt. 

Meularit  Sf-Germain, 
LorriSf  Melurty  Pa- 
ris. 
Paris j  Breteuil. 
Saint'Maur-des-Fos' 

ses. 
Melun. 
St' Germain. 
Dul4juill.l223]/>an>,  Compiègne^ 
aul3avr.l224  j     Melun,  Sens. 
1  au  13  avril.    Si- Germain. 
1 4  au  30  avril.  Si-  Germain . 
30  avril.  Sermaises, 

5  mai.  Paris  ^. 

Mai .  Bourges ,  Lorris ,  Fon. 

tainehleau,  St-Ger- 
main,  Paris. 
Juin.  Paris,  St- Germain. 

Du  14  av.  au  ) Paris ,  St  -  Germain , 
mois  de  juin.)     Fontainebleau. 
24-25  juin.      Tours^. 

Montre  uil-  Bellai. 
Devant  Niort. 
Niort. 

Saint'Jean-d  'Angéli, 
Dompierre. 


Fin  juin. 
3  juillet. 
5  juillet. 
5  au  15  juin. 


Du  15  juillet^ 

au  3  août. 
Du  3  août,  jus- 
que vers  le  15. 
Avtle24août. 


24  août. 
Août-sept. 
Septembre. 
Octobre. 

25  octobre. 

I  au  8  nov. 
8  novembre. 
(8-11?)  nov, 

II  novembre. 
12  novembre. 
13-14  nov. 
18  novembre. 
23  novembre. 
Fin  novcmb. 


7  décembre. 
Décembre. 
Fin  1224? 


Devant  La  Rochelle. 

La  Rochelle. 

Poitiers^,  Niort,  St- 
Maixent,  La  Haie 
en  Touraine. 

Souvre. 

Paris*, 

St- Germain,  Paris. 

Paris,  Melun,  Lorris. 

Le  Lorei. 

Paris, 

Meau.v. 

Compiègne. 

Craonne. 

Reims. 

Châlons-sur- Marne. 

Vaucouleurs  •. 

Reims. 

Conflans ,  Bruyères 
(près  de  Fèro  en  Tar- 
dcnois,  Aisne). 

Paris^. 

St-Germain. 

Mon  targis ,  St  -  Ger  - 
main,  Paris, 


1225 


14  janvier.       Sens. 
17  janvier.       Emans. 
Février.  Melun,  St-Germain. 

Du  14  juill.  \22i)Paris,St'Germain, 
au  29  mars  1225.  )     Pont-Levoi, 
Mars.  Anet,  Breteuil,  Beau- 

mont'U'Roger, 


Avril. 
15  mai. 


Paris,  Le  Vaudreuil? 
Pont  -de-  l'Arche  ? 
Pon  toise ,  St-  Ger- 
main. 

Saint' Germain,  Com- 
piègne,  Paris. 

Paris  \ 


1.  Chron.  de  Tours,  317. 

2.  Pour  cette  mention  et  les  suivantes  :  Chron,  de  Tours,  305. 

3.  Shirley,  Royal  letters,  I,  237. 

4.  Nicolas  de  Brai,  327. 

5.  Chron.  de  Tours,  306. 

6.  Ibidem,  307. 

7.  Ibidem,  308. 


440 


[APP.   m]  ITINÉRAIRE  DE  LOUIS  VUI. 


30  mai. 

Péronne^. 

6  octobre. 

Andresi. 

Juin. 

Bapaume ,    Compiè  - 

22  octobre. 

BoisviUe  -la-  Saint- 

gne,  Paris,  St-Ger- 

Père. 

main,  Melun. 

23  octobre. 

SantHli. 

2  juillet. 

Tours  et  Chinon^. 

24  octobre. 

Blandi. 

Du  30  mars  au)  _     .     „,  ^ 

*,  .  .11  .         [Pans,  St' Germain. 

14  juillet.       ) 

Octobre. 
8  novembre. 

Anet,  Gisors. 
Melun  *. 

21  juiUet. 

Paris  3, 

8  au  13  noY. 

Paris  *. 

Août. 

Senlis ,     Compiègne , 

Novembre. 

Melun,  Paris. 

le  Vaudreuilf  Vin- 

30  novemb. 

Arras. 

cennes. 

Décembre. 

Hesdin,    Compiègne, 

Septembre. 

VincenneSf  LorriSf  Si- 

Paris,    Montargis. 

Benoit  -  sur  -  Loire, 

Sens,  Nemours. 

Paris. 

1226 


18  janvier. 

ruri. 

1 

1-11  avril. 

Melun. 

Janvier. 

Orléans,   Compiègne. 

21  avril. 

Si- Germain. 

28  janvier. 

Paris  «. 

19-30  avril. 

Si- Germain. 

30  janvier. 

Paris  \ 

Mai. 

Paris,    St' Germai», 

23  février. 

Paris. 

Lorris. 

Fé>Ticr. 

Lorris. 

17  mai. 

Bourges  ^. 

Février-mars. 

Paris. 

Mai. 

Bourges,  Nevers:  i.iu- 

8  mars. 

Bresle. 

vergne  *®. 

9  mars. 

Beauvais. 

28  mai. 

Lyon^^. 

9-29  mars  ? 

Senlis  ? 

1-6  juin. 

Valence,     Pont-dt- 

29  mars. 

Paris  ^. 

Sorgues  *=*. 

Mars. 
30marsl22o- 

Vincennes. 
}  Compiègne,    Sl- 

Ger- 

7iuinius<iu'au)--         ...         ,. 
.1         .  1  Devant  Avignon^ \ 
commode  sept.) 

18  avril  1226. 

)     main,  Paris. 

Septembre. 

A  \'ign  0  n  ,     Béz  iers , 

\Paris,     Lorris, 

Au- 

Carcassonne. 

14  juin.  1225- 

\     neau,    Gisors, 

Me- 

Octobre. 

Pamiers,      Belpech. 

18  avril  1226. 

\     lun. 

M 

Castelnaudari, 

1.  Chron.  de  Tours,  308. 

2.  Ibidem. 

3.  Ibidem. 

4.  Ibidem,  309. 

5.  Ibidem. 

6.  Ibidem,  312. 

7.  Ibidem. 

8.  Ibidem,  313. 

9.  Ibidem,  314. 

10.  Vincent  de  Beauvais,  1276;  Chron.  de  Tours,  314. 

11.  Roger  de  Wendover,  lil,  110-111. 

12.  Chroîi.  de  Tours,  315. 

13.  Ibidem,  315  et  317. 


[APP.    m]   ITINÉRAIRE   DE   LOUIS   VIII.  441 


Oct.  (suite).   Puilaurent,    Lavaur, 

Albi ,      Monestiés  y 
Rhodez,  Espeillac^. 


26  octobre.      Clermont  '. 

29  octobre  au)  __     ^         .     _ 
,       [Montpensier^. 
8  novembre.  )  ^ 


1.  Guill.  de  Puilaurent,  217. 

2.  D'Aubais,  Pièces  fugitives,  I,  part.  2,  p.  80.  Cf.  Calai. ^  n»  434. 

3.  Vincent  de  Beauvais,  1276-1277. 


APPENDICE  IS"  IV 


LISTE  DES  ASSEMBLÉES  POLITIQUES  TENUES 
PENDANT  LE  RÈGNE  DE  LOUIS  VIU. 


I.  Louis  VIII,  après  avoir  été  sacré  à  Reims,  rentre  à  Paris  et  tient  une 

assemblée  à  laquelle  assistent  les  barons.  Les  citoyens  de  Paris 
viennent  offrir  au  roi  des  dons  de  joyeux  avènements 

II.  £n  septembre  1223,  à  Saumur,  une  assemblée  règle  les  droits  du 
roi  dans  la  terre  de  l'abbaye  de  Cormeri*. 

III.  Le  8  novembre  1223,  à  Paris,  assemblée  où  Ton  règle  rétablisse- 
ment sur  les  Juifs  et  où  Louis  VIII  rend  réponse  aux  réclamations 
formulées  par  les  ambassadeurs  du  roi  d'Angleterre'. 

IV.  Assemblée  le  22  novembre  1223  à  Saint-Quentin.  Les  bourgeois  y 
reconnaissent  au  roi  certains  droits*. 

V.  Assemblée  en  janvier  122'i  à  (ïisoi*s.  L'archevêque  de  Rouen  fait 
serment  de  respecter  les  coutumes  du  duché  de  Normandie^. 

Vï.  Assemblée  tenue  probablement  à  Paris  à  la  fin  de  janvier  ou  en 

février  122'i.  Louis  Vlll  fixe  les  conditions  auxquelles  il  accepte  la 

direction  de  la  croisade  en  Albigeois^. 
Vil.  Assemblée   en    mars    122'»   à   Saint -Germain -en -Laie.   L'avoué 

d'Arras  se  désiste  solennelleuient  de  ses  prétentions  sur  la  haute 

justice  d'un  fief  (ju'il  tient  du  roi^. 
Vlll.  Assemblée  générale  le  5  mai  122'»  à  Paris.  Louis  Vlll  rejette  les 

demandes  du  pape  au  sujet  de  l'Albigeois  et  dénonce  la  trêve  avec 

l'Angleterre^. 


1.  Nicolas  de  Brai,  314  et  suiv. 

2.  Calai.,  n«  16;  cf.  n"  28 1. 

3.  Calai.,  n»  26.  —  Raoul  de  Coggeshall,  197. 

4.  Calai.,  n"  46. 

5.  Calai.,  n®  66. 

6.  Calai.,  no  81.  —  Cf.  n"  103:  «  Communicato  consilio  cum  prelatis 
et  baronibus  nostris » 

7.  Calai.,  no  88. 

8.  Chron.  de  Tours,  317.  —  Calai.,  no  103.  —  Rymer,  I,  part,  i,  174. 
—  Cf.  Nicolas  de  Brai,  319  et  suiv. 


[APP.    rv]   ASSEMBLÉES  POLITIQUES.  443 

• 

IX.  Assemblée  tenue  le  24  juin  1224  à  Tours,  pour  statuer  sur  les  pré- 
tentions de  trois  évoques  qui  se  déclarent  exempts  du  service  d'ost^ 

X.  Assemblée  en  août  1224  à  La  RochellQ.  Un  certain  nombre  de 
barons  confirment  par  serment  les  conventions  que  Louis  Vlll  a 
conclues  avec  les  bourgeois  de  la  ville*. 

XI.  Assemblée  générale  le  7  décembre  1224  à  Paris*. 

XII.  Assemblée  le  15  mai  1225  à  Paris.  Louis  VIII  et  le  légat  y  débattent 
les  affaires  d'Angleterre  et  d'Albigeois,  et  diverses  autres*. 

Xin.  Assemblée  le  30  mai  1225  à  Péronne.  Louis  VIII  interroge  le  faux 
Baudouin^. 

XIV.  Assemblée  tenue  peut-être  en  mai  ou  juin  1225  en  Artois??  La  cour 
du  roi  décide  que  le  roi  a  la  haute  justice  à  Oppi  et  à  Bois-Bernard^ 

XV.  Assemblée  le  2  juillet  1225  à  Chinon.  Règlement  de  la  succession 
de  Ponthieu.  Conclusion  d'une  trêve  de  quelques  jours  avec  le 
vicomte  de  Thouars^. 

XVI.  Assemblée  le  21  juillet  1225  à  Paris.  Le  vicomte  de  Thouars,  son 
frère,  son  neveu  et  l'un  de  ses  vassaux  font  hommage  au  roi  de 
France®. 

XVII.  Assemblée  le  8  novembre  1225  à  Melun.  Le  roi  et  les  évêques 
de  France  discutent  une  question  de  juridiction.  On  délibère  sur 
l'affaire  d'Albigeois  et  la  trêve  avec  l'Angleterre*. 

XVIII.  Assemblée  générale  le  28  janvier  1226  à  Paris,  au  sujet  de  la 
croisade  en  Albigeois  *<*.  , 

XIX.  Assemblée  en  mars  1226  à  Vincennes.  Le  comte  de  Montferrand 
vient  faire  hommage  au  roi  ". 

XX.  Assemblée  le  29  mars  1226  à  Paris.  Le  rendez- vous  des  croisés 
est  iïxé  au  17  mai  à  Bourges  ". 

XXI.  Assemblée  à  Melun,  dans  les  premiers  jours  d'avril  1226.  Con- 
clusion d'un  traité  avec  la  comtesse  de  Flandre.  Accommodement 
entre  le  comte  de  Boulogne  et  la  comtesse  de  Ponthieu  ". 

XXH.  Assemblée  à  la  fin  d'avril  1226.  Le  nouveau  vicomte  de  Thouars 
vient  faire  hommage  à  Louis  VIII.  Le  roi,  «  sur  le  conseil  d'hommes 
grands  et  prudents  »,  édicté  des  peines  contre  les  héréticfucs  du 
midi  et  leurs  fauteurs  **. 


1.  CataL,  n»  132. 

2.  CataLy  n»  145. 

3.  Chron.  de  Tours,  307. 

4.  Chron,  de  Tours,  308. 

5.  Chron.  de  Tours,  308.  —  Reineri  Annales,  679. 

6.  Catal.,  no*  240-241. 

7.  Catal.,  n«  260-261.  —  Chron,  de  Tours,  308. 

8.  Chron.  de  Tours,  308.  —  CataL,  n"»  264  à  267. 

9.  Chron,  de  Tours,  309. 

10.  Chron.  de  Tours,  312.  —  CataL,  n<>»  315  à  317. 

11.  CataL,  n»  327. 

12.  Chron,  de  Tours,  313. 

13.  CataL,  n^'  340  à  344  et  352. 

14.  CataL,  n^*  360  à  362. 


444  [app.  rv]  assemblées  politiques. 

XXni.  Assemblée  générale  le  17  mai  1226  à  Bourges,  pour  régler  la 
campagne  en  Albigeois*. 

XXIV.  Assemblée  en  octobre  1226  à  Pamiers.  Louis  VUI  rend  une 
ordonnance  contre  les  excommuniés  et  conclut  diverses  conventions 
avec  le  clergé  du  pays  ^. 

XXV.  Assemblée  le  3  novembre  1226  à  Montpensier.  Louis  VIII  à  son 
lit  de  mort  convoque  les  prélats  et  les  barons  et  leur  fait  jurer  de 
procéder  au  plus  vite  au  couronnement  de  son  fils  Louis 3. 


1.  Chron.  de  Tours,  314. 

2.  Guill.  de  Puilaurent,  217.  —  CataL,  no*  419  à  425. 

3.  CataL,  n*»  435  à  437. 


APPENDICE  N"  V 


LISTE  DES  OFFICIERS  DE  LOUIS  VIII 
ET  DES  PERSONNAGES 

QUI  ONT  PRrS  PART 
AUX  ASSEMBLÉES  POLITIQUES  ET  JUDICIAIRES,  ET  AUX  CONSEILS  DU  ROI 

DE  1223  A  1226  ï. 


Chancelier  :  Guérin,  évoque  de  Sen- 
tis. 

BouTEiLLER  :  Robert  de  Gourtcnai. 

Chambrier  :  Barthélemi  de  Roio. 

Connétable  :  Mathieu  de  Moulmo- 
renci.  {Les  souscriptions  des 
quatre  grands  officiers  figurent 
selon  cet  ordre  dans  tous  les 
diplômes  de  Louis  VIII.) 


Maréchaux  :  Jean  Clément,  seigneur 

d" Argentan  (5.—  XV  et  XXV,— 

Chartes  et  dipl„\o\.  133,  f«  62. 

—  Cf.  Teulet.  n°  1811,  note). 
Robert  de  Couci  (XVUI,  XXV). 
Gui  de  Lévis  {Hist.  du  Langue- 

doc,  VI,  655-656). 
Chambellans  :  Ours  de  la  Chapelle 

(19,  460.  —  V,  IX.  XIX,  XXII, 

XXV). 
Pierre  TrisUn  (57,  97,  225). 
Maurice  (376.  — Arch.  Nat.,  LL, 

1157,  fo  369). 
Adam  (VII). 


Le  comte  Jean,  mort  avant  1226. 
(Voy.  no  335). 
Vice-Chambellan  :   Etienne  de  San- 
cerro  (170.  Cf.  12;  —  VII,   XIV, 
XV.  XVIII,  XIX,  XXV). 
Panetiers  :  Uuguo  d'Athics,  cheva- 
lier (67AaWé»s  f/ £^«/?/.,  vol.  138, 
{»  17.-^  Arch.  Nat.,  LL.  1026, 
f"  138  vo).   Voyez  la  liste  des 
baillis. 
.    Pierre  Baron  (168). 
GuiUaume  (377). 
Bahier  (247). 
ËCHANSONS  :    Ours    de    Bréci ,     fîls 
d'Ours  de  la  Chapelle  (19). 
Jean  (236). 
EcuYERs  :  Jean  (22,  23). 

Nicolas  de  Châtcaulandon  (277). 
Fauconniers  :  Geoflroi  (V). 

Milon  (V.) 
Chapelain  :  Vincent  (V,  XXIÏ). 
Aumôniers  :  Guillaume  Crispin  (V, 
XXII). 
Frère  Chrétien,  templier  (286). 


1.  Les  chiffres  arabes  indiquent  les  numéros  des  actes  auxquels  nous 
renvoyons  (voyez  Append,  n®  VI);  les  chiffres  romains  indiquent  les 
n»*  des  Assemblées  auxquelles  ont  pris  part  les  personnages  énumérés 
(voyez  Append,  n«  IV). 


446      [APP.    V]   OFFICIERS   ET   CONSEILLERS   DE   LOUIS  Vm 


SÉnécHAx  d'Anjou  :  Amauri  de  Graon 

(6.— X,  XV,  XVIII). 
Sénéchal  db   poitou  :    Geofiroi  de 

Bulli  (XV). 
Sénéchal    de    Beaucairs  :    Pèlerin 

LaUnier  (423). 
Sénéchaux    inférieurs  :   Sénéchal 
DU  Mans  :  Jean  Pinel  {Enquêtes, 
n®  vi). 
Baillis:  Adam  de   Milli,   chevalier, 
baUli   d'Arras  en    1224.    1225, 
1226  (VII.  —  Recette  de  1226, 
pièce  justif.  n°  xiii.  —  Chartes 
et  dipL,  vol.  136,  f»  25). 
Barthélemi   Drouin,    bailli  do  Li- 
sieux  en  1226  {Recette  de  1226). 
Berruier  de  Borron,  bailli  de  Ver- 

neuil  en  1226  (372). 
Etienne  do  Uautvilliers ,  bailli  de 

Sens  (Recette  de  1226). 
Geoflroi  de  la  Chapelle,   bailli  de 
Caux  ?  {Recette  de  1226.  —  V, 
XIV). 
Guillaume  do  ChastcUiers,  bailli  de 
Vcrraandois  on  1226(310,  353. 

—  Recette  de   1226.  —   Coll. 
Grenier,  vol.  53,  f"  154). 

Guillaume  Fursei  (353). 
Guillaume  de  Villc-Thierri,  bailli 
de    Gisors   (Recette   de    1226. 

—  68  A.  —  V). 

Iluguc  d  Athics,  bailli  en  1224 
^87.  —  V,  VII,  XV,  XXII). 

Jean  de  Fricamps,  bailli  d'Amiens 
en  1225  cl  1226  (208.  —  Re- 
cette de  1226). 

Jean  de  la  Porte,  bailli  de  Rouen 
en  1226  {Recette  de  1226). 

Pierre  do  Rouci,  chcvjHier,  bailli 
de  Bourges  en  1226  (319,   320. 

—  Recette  de  1226.  —  XIV). 
Pierre  de  Thillai,  bailli  de  Caen  et 

Falaise  jusque  vers  1225   (Do- 


lisle,  Fragm.  de  l'histoire  de 
Gonesse,  dans  Bih.  Ec,  CA., 
série  IV.  t.  V,  120.  —  Léchandé, 
Grands  Rôles,  205). 

Renaud  de  Baron,  chevalier,  bailli 
de  Senlis  ?en  1225  et  1226(275. 
310-311.  353—  Coll,  Grenier, 
vol.  53,  fo  154.  —  Cf.  le  mémoire 
d'Aflbrty  sur  les  baillis  de  Senlis 
dans  Comptes  rendus  et  Mém. 
du  comité  archéol.  de  Senlis, 
année  1881,  p.  6:  c  L'an  1224, 
Renault  deCalioiuieouCelionne, 
chevalier,  étoit  bailly  de  Senlis, 
suivant  un  titre  de  labbaje  de 
Froidmont  »). 

Renaud  de  Ville-Thierri.  bailli  de 
Bayeux  et  Avranches,  puis  de 
Gaen  et  Falaise  (Delisle,  op. 
cit.,  ibidem.  —  Catal.,  254.  — 
Recette  de  1226.  —  Léchaudé, 
Grands  Rôles,  204  et  205). 
Baillis  inférieurs  :  Thibaud  Mon- 
nayer, bailli  en  1225  (253). 

Thierri  de  Galardon,  bailli  deTou- 
raine  (Enquêtes,  n'*  v.  —  Re- 
cette de  1226. —  Arch.  hisior. 
du  Poitou,  VIII.  45.— Cf.Teu- 
let.  no  1391). 

Thomas,  écuyer.  bailli  en  1223 
(D'Arbois  do  Jubainville,  Calai, 
des  actes  des  comtes  de  Cham- 
pagne, n»  1563,  dans  Hist.  des 
comtes  de  Champ.,  t.  V). 
CuATELAiN  d'Etampes  :  Guillaumo 
Ménicr(299.  —  V,  VII,  XV, 
XXII.  —  Recette  de  1226). 
Guillaume  Ménier  était  peut-être 
bailli  d'Orléans. 
Autres  perso.nnages  qui  comptent 
DA.Ns     LA    recette     DE     1226: 

Adam  Héron*,  Baudouin  de  Danc- 
mois,  Galerand'Escrennes.Guil- 


1.  Adam  Héron  était  bailli  au  temps  de  Ph.-Aug.  (Scripta  de  Feodis^ 
H,  F.,  XXIII,  669). 


[APP.   V]   officiers   et  conseillers  de  louis   VIII      447 


laume  Escuacol,  Hecelin^  Pierre 
Baron.  Thiboud  de  Chartres  (Cf. 
Ass.  V). 

AUTRBS    PERSOrtlfAGES     QUI    DIRIGENT 

DES  ENQUÊTES  :  Eiiguerran  de 
Couci  (Enquêtes,  n®  vu.  — IX, 
X,  XVIII,  XXV.  —  158,  170). 

Guillaume  de  Fougère  (^Enquêtes, 
n»  i). 

Raoul,  vicomte  de  Bcaumont  (^Ibi- 
dem). 

Thiessé  de  Galardon  {Ibidem). 

▲UTRES   PERSONNAGES    QUI     FIGURENT 

A   l'Échiquier  de  Normandie  : 
Baudouin  de  Corbeil  (^Recueil  des 

jug.  de  l'Ech.,  n»  389,—  VU). 
Denis,  vicomte  (Lcchaudé,  Grands 

Rôles,  204). 
GcofTroi  Rossel  {Recueil  des  jug. , 

n«  387). 
Guillaume  Acarîn  {Ibidem.  — Lé- 

cliaudé.    Grands    Râles,   204). 
Guillaume  du  Uommet,  connétable 

de  Normandie  {Recueil  des  jug. 

n«  387). 
Jean  de  Mondiaux  {Ibidem), 
Abbé    de   Saint-Etienne    de  Cacn 

{Ibidem). 


Adam  do  Beaumont  (IX,  XXV,  170). 
Adam  Harens  (XXV). 
Adam  de  Mculan.  sergent  (V). 
Maître  Alain,  officiai  de  Rouen  (V). 
Amauri  do  Montfort  (XIX,  XXV). 
Anseau  do  Bouvillc  (V). 
Archambaud    de  Bourbon  (X,    XV, 

XXV). 
Arnoul  de  Mclun,  clerc  du  roi  (V). 
Baudouin  de  Beaurcvoir  (XIX). 
Bouchard  de  MarU  (XVIII,  XXH). 
Dreu  de  Mello  (II,  X). 
Enguerran  du  Saucei  (V). 


Eustache  de  Neuville  le  jeune  (VII). 
Evrard,  templier  (359). 
Florent  de  Hangest  (XVIII). 
Galcran  de  Gabertem  (57). 
Gaucher  de  Joigni  (XVIII). 
Gaucher  do  Rcmilli  (XXV). 
Gautier  d'Avesnes,    comte    de    Blois 

(X,  XXV). 
Gautier  do  Nantouil  (VII). 
Gautier  de  Rinel  (XVIII). 
Gautier  du  Saucei  (V) . 
GeofTroi,     >'icomto     de    Chàteaudun 

(XVIIl). 
Gervais  Tristan,  sergent  (V). 
Gilles,  clerc  (XXII). 
(lui  do  Châtillon,  comte  de  Saint- Pol 

(X,  XIV,  XVIII,  XIX). 
Gui  de  Méréville  (VII,  IX,  XV,  XXV). 
Gui  de  la  Roche  (V,  XVIII). 
Guillaume  de  Bagncux  (184). 
Guillaume  des  Barres  (51,  56,  XXV). 
Guillaume  do  Chauvigni  (XIV). 
Guillaume  de  Corbeil,  clerc  du    roi 

(V). 
Guillaume  de  Courcelles  (V). 
Guillaume  le  Brun,  clerc  du  roi  (V). 
Guillaume  Méri  (IX). 
Guillaume  de  Milli  (XV). 
Guillaume  Prunelez  (XXV). 
HcUouin  do  Mculan,  sergent  (V). 
Henri  de  Sulli  (XIV,  XVIIl). 
Ilugue  de  Bauçai  (X). 
Hugue  de  Lusignan  (X). 
Jacques,  clerc  du  roi  (V). 
Jean  de  Beaumont  (VII,    XIV,    XV, 

XXII,  XXV.  —  170). 
Jean  de    Brienne,   roi  de   Jérusalem 

(IX). 
Jean  de  Dreux  (170). 
Jean  de  Montgiron,  clerc  du  roi  (V). 
Jean  de  Montoire,  comte  de  Vendôme 

(XVlll). 
Jean  do  Nesle  (XVUI,  XIX.  XXV). 


1.  Il  y  avait  un  Amauri  Hecelin  bailli  de  Gisors  en  1217.  (Brussel, 
Vi.  des  Fiefs,  487). 


448      [APP.    V]   OFFICIERS   ET   CONSEILLERS   DE   LOUIS   Vffl 


Jean  d'Oisi,  comte  de  Chartres  (VU, 

IX,  X,  XVIII). 
Jean,  comte  de  Rouci  (XVIII). 
Jean  de  RouvTai  (V). 
Jean  de  Valeri  (XXV). 
J...,  sergent  (V). 
MilondeCroci(XV). 
Nicolas,  clerc  du  roi  (V). 
Nicolas  Lapie  (XXII). 
PhiUppc  de  Bélhisi  (V). 
Philippe  Hurcpel,  comte  de  Boulogne 

(V,   X,    XIV,   XV,    XIX,    XXV. 

—  170). 
Philippe  de   Louveciennes   (22,    23, 

320). 
Philippe  de  Nanteuil  (XVHI). 
Philippe  de  Nemours  (VU,  XXV). 
Pierre  des  Barres  (XXV). 
Pierre  Mauclerc,  comte  de  Bretagne 

(X,  XVIU). 
Pierre  Mau voisin  (V). 
Pierre  d'Uri  (IX). 
Pierre  de  Viri  (XV,  XXII). 
Raoul,    vicomte    de    Sainte- Suzanne 

(XVIII). 
Renaud  d'Amiens  (XVIU). 
Renaud  de  Monlfaucon  (XVIU). 
Richard  de  Uarcourt  (V). 
Robert  de  Boves  (XV.  —  385). 
Robert  de  Dreux  (X,  XVIU.  —  12, 

170). 
Robert  de  Hangest,  clerc  de  l'arche- 

vôque  de  Rouen  (V). 
Robert  d'Ivri  (V). 
Robert  de  Poissi  (XVIU). 
Robert  de  Thibouvillc  (V). 
Roger  Pescheveron  (V). 
Savari  de  Mauléon  (XVIU). 
Simon  de  Langton,  clerc  du  roi  (V). 
Simon  de  Lévis  (V). 


Simon  de  Maisons  (184). 
Simon  de  Poissi  (XVIU,  XXV.-170). 
Tatin,  sergent  (V)*. 
Thibaud,  comte  de  Champagne  (X). 
Thibaud  le  Maigre  (V,  \TI). 
Thomas  de  Couci  (XVIU). 
Thomas  de  Grandpont,  clerc  du  roi 
(V).  

Romain,  card.  de  Saint- Ange,  légit 

(XII,  Xm.  —  460,  etc.). 
Archevêque     do     Bourges    (XVIII, 

XXV). 
Archevêque  de  Reims  (XVUI,  XXl) 
Archevêque  do  Rouen  (V,  XVIU). 
Archevêque   de   Sens     (IX,    XVIll, 

XXI,  XXV). 
Archevêque  de   Tours  (XV,  XVIII). 
Évêque  d'Auxerre  (XVIII). 
Évêque  de  Beauvais  (IX,  XV,  XVW. 

XIX,  XXI,  XXV.  —170,  385). 
Évêque  de  Chàlons-sur-Mame  (170). 
Évêque  de  Chartres  (XVUI,    XX\> 
Évêque  de  Clermont  (XV). 
Évêque  de  Langrcs  (XVIII,  XXI). 
Évêque  de  Laon  (XVUI,  XXI). 
Évêque  de  Mcaux  (IX,  XVIU). 
Évêque  do  Nevers  (IX). 
Évêque    de    Noyon    (XVIII,     XXI, 

XXV). 
Évêque  d  Orléans  (XVUI). 
Évêque  de  Paris  (XVIII). 
Évêque  de  Soissons  (IX). 
Évêque  de  Térouanne  (XVUI). 
Évêque  de  Troycs  (IX). 
Abbé  de  Corbie  (XIX). 
Doyen  d'Amiens  (V). 
Doyen    de    Saint-Martin    de    Tours 

(XV). 


1.  Sans  doute  Renaud  Tatin,  seigneur  de   Pinterville.  Voyei  Le 
Prévost,  Mélanges,  II,  338,  et  Delisle,  n»  1799. 


APPENDICE  N"  VI 


CATALOGUE  DES  ACTES  DE  LOUIS  VIII* 

1.  —  1223,  juin.  (A.  1223,  m.  jul.).  —  Hommage  lige  d* Alain  de 
Rouci  pour  Fleuri  près  Reims. 

JJ.  31,  92. 

3«.  —  1223,  (30)juill.,Bcauvais.  (Ap.  Belvacum,  a.  1223,  m.  jul.).— 
Archambaud  de  Bourbon  jure  à  Louis  VIH  de  lui  livrer  à  la  première 
réquisition  les  forteresses  de  Riom,  de  Nonetle  et  de  Tournoelle. 

Original  :  J.  399  (d'après  Teulcl)  '.  —  Edition  :  Tculct,  n®  1591. 

4.  —  1223,  (entre  le  5  et  le  8)  août,  Reims.  (Remis,  a.  1223,  m.  aug.). 

—  Alix,  duchesse  de  Bourgogne,  jure  à  Louis  VlU  de  ne  se  point  ma- 
rier sans  sa  permission.  De  son  côté  le  roi  lui  a  promis  de  ne  {)oint  lui 
faire  violence  pom*  la  marier. 

Orig.  scellé:  J.  247.  —  Edition:  Teulel,  n»  1595. 

5.  —  1223,  (8)  août,  Soissons.  (Ap.  Suessionem,  a.  1223,  m.  aug.).  — 
Jean,  maréchal  de  Louis  VUI,  jure  de  remplir  fidèlement  son  service, 
et  de  ne  prétendre,  non  plus  que  ses  successeurs,  à  aucun  droit  héré- 
ditaire sur  son  office. 

E,  223  v«;  F,  180  v^.  —   Editions:    Anselme,    Hist.  généal.  de  la 
maison  de  Fr.,  VI,  621.  —  Brussel,  Us.  des  Fiefs^  I,  680. 

1.  A  parler  rigoureusement,  le  titre  véritable  de  cet  Appendice  serait  : 
Catalogue  des  actes  de  Louis  VIII  et  des  enjagemenls  pna  envers  le  roi, 

—  Sur  les  sources  de  ce  catalogue,  voy.  notre  Introd.,  l**»  partie.  — 
Dans  les  analyses  compendieuses  que  nous  donnons,  beaucoup  de 
renseignements  précieux,  par  exemple  les  listes  de  témoins,  sont  for- 
cément omis.  Dans  bien  des  cas,  le  lecteur  qui  voudra  contrôler  les 
conclusions  tirées  par  nous  des  actes  de  Louis  VIH,  devra  se  reporter 
aux  textes  mêmes  que  nous  avons  analysés.  —  La  chronologie  des 
actes,  parfois  incertaine,  a  été  établie  d'après  les  régies  posées  par 
M.  Delisle  dans  son  Catalogue  des  actes  de  Phil.-Aug.  (sauf  la  modifi- 
cation indiquée  dans  notre  Introduction)  et  d'après  Vltinëraire  de 
Louis  Vlli. 

2.  Le  n<»  2  a  été  supprimé. 

3.  Nous  n'avons  pas  vu  les  originaux  des  actes  édités  par  Teulet. 

Gh.  Pbtit-Dutaillis.  Règne  de  Louis  VIII.  39 


450 


[app.  vi]  actes  de  louis  \in. 


6.  —  1223,  aoùl,  Compiègtie.  (Compendii,  a.  1223,  m.  aug.)-  — 
Amauri  de  Craon  déc laro  que  Louis  VIII  lui  a  donné  les  villes  d'Angets 
et  de  Baugé  et  leurs  dépendances.  Si  Louis  Vlll  reprend  ces  ville»,  il 
rendia  &  Amauri  la  sénéchaussée  de  Touraine,  pour  que  celui-d  m 
jouisse  au  même  lilre  que  son  beau-ptre  Guillaume  des  Rocher. 

Orig.  Bcollé  :  J.  179.  —  Editio:)  -.  Teulet,  □"  1594. 

7.  —  1223,  aoùl.  (A.  1223,  m.  aug.).  —  Pierre,  abbÈ  de  Saint  Denii, 
déclare  que  les  joyaux  de  Pli.  Aug.,  légués  par  ce  roi  h  l'abbaye,  obI 
étjJ  rachetés  par  Louis  VIII,  moyennant  11,600  lixTos.  Il  indique  la  façon 
dont  celte  somme  sera  dépensée. 

Orlg.  icellé  :  J.  156.  —  E.  156  ><•;  F,   125.  —  Cf.  lo  rrf .  AA  i  da 
Arch.  comm.  d'AmioDii,  f"  176  (d'tpT^Vlnvealaïre). —  Editius  :  TeoU,. 


"  1597. 


8.  —  1223,    BodiL.   Sene,    (Ap.    Senonas,    a.    1233.    m.    aug.) 
Louis  \'lll  mande  à  la  comtesse  do  Ghfllon  de  faire  le  serment  de  EJé- 
lité  qu'elle  lui  doîl  devant  l'archevêque  de  Lyun  ou  l'évéque  de  QUI- 


4 

J*-^ 


Copie  Bulhcnl.  :  J.  253,  —  JJ,  31.  t"*  39  el  79.  —  Eoitions  :  Uu- 
cliesnc,  Hist.  de  lamnisonde  Verg).  preuv.,  125. —  Cliîfllel.  JBmfrii, 
comtesse  de  Chalon.  62.  —  Teulet,  n°  1596. 

».  —  1223,  aoùl,  Sens.  (Senonis,  a.  1223,  m.  aug.).  —  Louis  Vlll 
ordonne  aux  èchevina  el  aux  habitants  de  la  ville  de  Eteints  d*sid«r 
l'archevêque  h  payer  les  frais  du  sacre, 

Carlul.  A  de  l'archev  de  Rnlms,  30  v»  (d'après  Win).  —  Emnam 
Borgier,  Entrée  de  LouU  XIII  à  Ileims.  82.  —  DocheHiD.  Uitl.  in 
Cardin,  franc..  II.  138.  —  Varin.  Jrehise»  admi«.  4t  la  i-illt  it 
Reims.  I,  2'  pari.,  527.  —  Champollion,  Mélanges.  1.  361-  —  M»rW, 
niai,  de  la  ville  de  Reims,  III,  preia-.,  Î90, 

10.  —  1223,  août.  (A.  1223,  m.  aug.).  —  Milon,  évéque  de  Beauviit, 
déclare  que  Louis  Vlll  lui  a  concédé  la  chasse  et  la  garde  de  la  fortf 
de  la  Thelle. 

Orig.  «celle:  J.  731.  —  JJ.  31.  »  V.  —  Anu..  :  TmiM.  «f  IS». 

11.  ~  1223,  aoûl,  Paris.  (Parisiis,  a.  1233,  m.  aug.).  —  GidUaDi 
Château,  maître  des  Templiers  en  Occident,  déclare  avoir  juré  entra  I 
mains  du  chancelier  Guérinquele  legs  fait  par  Pfa.-Aug.  aux  Templien 
serait  exclusivement  employé  au  secours  de  la  Terre  Sainte. 

E.lSSï";  F,  1 10 ï".  —  Editions;  Martine,  Amplise.  CotUtCl 
1177.  —  Fragm.  dans  Du  Cange.  au  mot  balisiamenta. 

12.  —1223,  août,  Lorrls.  (Lurriacum  {iie),  a.  1223,  m.  aug.).  —  U 
reine  Ingehurge  fait  connaître  l'accord  conclu  par  elle  avec  Louis  VHI 
au  sujet  de  son  douaire.  Liste  de  témoin*. 

E,  125.  —  Edittoxs  :  Baliue,  Miseellanea.  VII.  246.  —  ff./".. XIX, 
324.  —  Cf.  DsvidsoLn.  Pk.-August  und  Ingeborg.  322. 


-  1223,  3  sept-,  Monl-Sainl-ViocPtil.  (Ap.  Monlem  Sancli  Vin- 
mtîi,  a.  1223.  3'  nonas  scpL).  —  Uenaud,  arrhev&qiie  de  Lyon,  écrit 
à  Louis  VIII  qu'il  a  reçu  pour  lui  l'hommage  lie  la  comlesse  de  Châlon, 
Orig.  «Elle  ;  J,  !53,  —  JJ.  31.  39.  —  Editioh  ;  Teulct,  n»  1601, 

14.  —  1223,  3  sepl.,  Monl-Saint-Vinconl.  (Original  :  Ap.  Monlem 
S.  Vincenlii,  a.  1223,  3°  nona»  sept.).  —  Béalrix,  comtesse  de  Cliâlon, 
écrit  à  Louis  Vlll  qu'elle  lui  a  prËlé  hommage  entre  les  main.-»  de 
l'archevêque  de  Lyon. 

Orig.  scellé  1  J.  253.  —  JJ.  31,  79.  —  Enmoi.  :  Teulel,  n"  1600. 

15.  —  1223,  gQpt.,  Bourges.  (Bituriciis,  a.  1223,  meuse  sept.).  — 
Louis  ^'^l  mande  à  ses  ofliciers  de  Boui'ges  de  laisser  chaque  année,  au 
carême,  le  prieur  de  la  Charité  établir  à  ses  frais  un  de  ses  sergents, 
pmir  niciieillir  les  seize  niuids  de  froment  qu'il  doit  percevoir  sur  les 
moulina  royaux  de  Bourges. 

Editions  :  Kaynal,   HUt.  du  lierry.  II,  21'i.  noie.  —  R.  Je  Lcspi- 
DMte,  Cartul.  de  ta  Charité-iur- Loire,  131, 

18.  —1223,  sepl.,  Saumur.(Ap.  Salmiirium,  a.  1223,  ni.  sept).  — 
Dreu  de  Mello  rapporte  un  jugement  rendu  par  la  cour  du  roi  sur  les 
droits  de  Louis  VIII  dans  la  terre  de  l'abbaye  de  Curmeri. 

Orig.  (wellé;  J,  178.— E,  223  v";  F,  180  V;  JJ.  31,68. —  Editiou: 
Toulol,  n"  1604. 

17.  —  1223,  sept.,  Saumur.  (Ap.  Salmuruni,  a.  1223,  m,  sept.).  — 
Guillaume  de  Chauvigni,  seigneur  de  Chûleouroun,  se  porte  garant 
envers  le  roi  de  la  conduite  de  Raoul  de  Chauvigni,  son  frère,  et  de 
celle  de  GeofTroi  u  de  Mindreio.  » 

E,  327  ï».  —  AsiL.  ;  Do  Tillet,  Trailez,  21. 

\t.  —    1223,    (sept.?),    Alençon.    (Ap,    Alenceon,    a.     1223).     — 
Louis  VIII  accorde  k  Baudoutu  de  Pontoise,  panelier  de  Philippe,  comte 
de  Boulogne,  la  conciergerie  de  Pontoise,  ainsi  que  l'a  tenue  Simon  de 
^^nloise,  oncle  dudit  Baudouin. 

E.  247;  F,  203,  —  A.>ai..  ;  Cartul.  Normand.  n°  324. 

.  —  1223,  sept-,  Fontainebleau.  (.\p.  Kontem  Bleaudi,  a.  1223,  ni. 
yit.).  —  Louis  VUI  confirme  la  dunalioii  qu'llurs,  son  chambellan,  a 
|îte  aux  religieux  de  Barbeaux  de  12  livres  de  revenu  annuel. 

Latin  5466  (Cwlul.  de  Bïrbeaui,  copie),  f"  283.  —  Français  20891, 


-1223,  sepl.  (A.  1323,  m.  sept.).  —  Aimeri,  vicomte  de  Thouars, 
klareque  la  trêve  qu'il  avait  conclue  avec  Ph.-Aug.  vaudra  entre 
ïouis  Vlll  el  lui  jusqu'à  l'octave  de  la  prochaine  fête  de  Pâques. 

Orig.  Kom  :  J.  39'i.  —  E,  13  cl  327  V;  F.  8.  —  Fonlenoau.  XVII. 
47  (dspr*.  la  Table  de  Redet).  —  Komona  ;  Mtrtèna.  Ampl.  Coll.,  1. 
1178,  —Teulel,  n*  1605. 


452  [AFP,   VI]   ACTES   DE  LOms  VOt. 

ai.  —   1223,    spiil.   (A.    1223,  m.  sepl.).  —  lingue,  comla  de  Ik 
Marche,  di^darc  que  la  Iréve  qu'il  avail  cnnritie  avec  Ph.-Aug.  vsudw 
entre  Louis  VUI  cl  lui  jusqu'à  t'ocUve  de  la  prochuine  fêle  de  Piquet, 
E,  13;  F.  8. 

23.  —  1223,   sepL.,    Pui-SaiDi-Front.   (In  Podio  Sancii    Frontoiài 
Petrafcmricaruin.  a,  1223,  m.  sepl.). —  I^s bourgeois  de  Pui-Saint-Proab 
inronnent  Louis  VIII  qu'ils  lui  onl  juré  lidélité  devant  ses  envoyés. 
Orig.  scoUé:  J.  627-  —  JJ.  31,  115.  —  Eoition  :  Tculot,  n-  1602. 
aa.  —  1223,  sept.,  Sarlat.  (Apud  Sarlatum,  a.  1223,   m.  »irpL).  ^ 
Lpllres  de  mâine  teneur  des  bourgeois  de  Sarlat. 

Orig.  scell6  :  J.  627.  —  JJ.  31,  115  v.  —  A!.*l   :  TeuJcl.  n»  16M. 
a«.  —  1223,  ocl.,  Paris.  (Parîsiis.a.  1223,  m.  ocL)— Louis  VIII 
mel  à  Nevelon  le  Turc  de  vendre  &  l'alibé  de  Saint-Jeiunlcs-Vi( 
3  muids  de  blé  sur  ses  revenus  de  Saiiit-Bandn  et  de  r,uiirtonç«n, 
qu'il  puisse  acquitter  ses  dettes  envers  les  bourgeois  du  roi. 

LaUri  11004  (Cartul.  de  Saint- Jean- dre- Vignot.),  f"  15  —  CliurU-  4 
di|.16.iicB,  GXXXll,  164- 
as.  —  122:i,  iieL.,  Paris.  (Pansius,  a  1223,  m.  oct.).  —  Loni^  Vltt 
accorde  &  Jean  d'Orléans  100  livres  40  sou.s  purisis  de  rputc  annuHIc.  ' 
à  perci'voir  sur  laprévùtû  de  Janville,  jusqu'au  moment  oùlttlerrcdc 
CAèri,  que  lient  la  reine  Ingeburgc,  reviendra  à  la  royauté  et  sera  ren- 
due audit  Jean  d'Orléans  ou  Ci  ses  héritiers. 

E,  223  ï";  F,   180  ï°.  —   Edition  :   Uavi.ls.jhn.   Ph  -Juffusl    tnJ 
Ingiborg.  323. 
96.  —  122.'},  8  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  nov..  die  M.-reurij 
in  oclabis  omnium  Sanclorum).  — '  (Prdonnance  sur  les  Juif;!. 

Orig.  scellé  -.  I.  427.  —  E.  29i  V.  F,  245  x".  —  Editiokï  :  Orrfo«- 
aaiices,  I,   47.—   Marlènâ.   Amliths.    Collucl..   1,    1182. —  Dnmel. 
Usage  des  fiefs,  I,  585,  Dole  a.  —  lumbcrt.  Ane.  lois  franeaitet.  I. 
222.  —  Teulel.  n»  1610. 
37.  —  1223,  nov.,  Saint-Sauveur.  (Ap.  S.  Sahalorein,  s.  112S.  m. 
nov.). —  Mathilde,  comtesse  de  Nevers,  informe  Louis  VtU  que  sut  «lu 
mandement  elle  a  juré  l'élablisscmenl  conrernant  les  Juifs. 
Orig.  scellé  :  J.  427.  —  Editiom  t  Teidct,  n"  1615. 
as.  —  1223,  nov.,  Méri-sur-Seino.  (Meriaci.  a.  1223.  m.  no*.).- 
Thibaud  de  (Champagne  déclare  que  désormais  II  ne  retiendra  nî  of 
piiurro  retenir  aucun  des  Juifs  du  roi  Louis,  h  charge  de  réciprocité. 
Orig,  BccHô  :  J.  427.  —  Edition  :  Toulol.  n°  1612. 
29.  —  1223.  nov..  Paris.  (Pdrisius,  a.  1223,  m.  nov.).  —  Louis  VIII 
déclare  qu'André,  Guillaume  et  GeotTroi  llardi,  en  leur  nom  et  au  tiiitu 
de  Guérin,  leur  frère  absent,  et  de  leurs  sœurs,  s' étant  constitués  pu 
sa  présence,  ont  confié  au  doyen  et  au  chapitre  de  N.-D.  de  Pari*  k 
soin  de  trancher  le  différend  qui  s'élevait  entra  eux  ot  ledit  chapitre  lu 
aiyet  de  certaines  possessions  sises  près  Corbreuse. 

Cfirlul.  de  N.-!).  de  Parh.  (iiilili*  pnrGufrtrd,  II.  31Ï. 


[APP.    VI]   ACTES  DE   LOUIS   VIII.  453 

30.  —  1223,  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  nov.).  —  Louis  VHl 

mande  à  ses  baillis  el  prévôts  de  Normandie  de  maintenir  le  prieur  et 

les  chanoines  de  Sainte-Barbe-en-Auge  dans  les  droits  et  possessions 

dont  ils  jouissaient  au  moment  où  la  Normandie  fut  conquise  par  Ph.- 

Aug. 

Vidimus  do  1255  :  Arch.  du  Calvados,  n°  175  du  fonds  de  S^  Barbe  et 
Carlul.  do  Norm.  à  la  Bibl.  de  Rouen,  f»  34  (d'après  M.  Delisle).  — 
Edition  :  Delisle.  Cartul.  Norm.,  n»  315.  Cf.  n"  460. 

31.  —  1223,  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  nov.).  —  Louis  Vlll 
cède  à  l'abbaye  d'Espagne-en-Ponthieu  20  livres  parisis  de  rente  légués 
par  Guillaume  de  Ponthieu  à  sa  fille  Isabelle,  qui  va  faire  profession 
dans  ladite  abbaye. 

Copie:  K.  187,  n*»  97. 

32.  —  1223,  nov.  (A.  1223,  m.  nov.).  —  Guillaume,  évêque  d'An- 
gers, déclare  avoir  juré  fidélité  à  Louis  VIII.  Le  roi  l'a  exempté  du  ser- 
vice d'ost,  et  a  confirmé  ses  privilèges.  A  l'avenir,  le  roi  rendra  à 
révoque  d'.Angers  les  régales  aussitôt  après  la  confirmation;  mais  il 
pourra  les  reprendre  si  l'évêque  ne  prononce  pas  son  serment  de  fidé- 
lité dans  le  délai  de  40  jours. 

E.  140;  F.  111.  —  Copie  :  K.  214.  n»  1.  —  Anal.  :  Teulel.  nol624, 
d'après  Vinrent,  de  Dupuy. 

33.  —  1223,  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  nov.).  —  Acte  cor- 
respondant de  Louis  VIII. 

Baluze.  XVII,  224  v».  —  Français  14538,  f«  59.  —  Editions  :  J. 
Petit,  Theodori  pœnitentiale,  II.  477.  —  Martène,  Thés.  Anecd.,  I, 
913.  —  D'Achery,  SpiciL,  U,  170. 

34.  —  1223,  nov.  (A.  1223,  m.  nov.).  —  Acte  de  Maurice,  évêque  du 
Mans,  de  même  teneur  que  le  n»  32. 

Orig.  scellé:  J.  346.  —  E.  140;  F.  111.  —  Copie  :  K.  214.  n»  2.  — 
Français  14538.  f«  19.  —  Edition  :  Tculet,  n»  1617. 

35.  —  1223,  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  nov.).  — Acte  corres- 
pondant de  Louis  VIII. 

Latin  5211  b  (Cartul.  du  chap.  du  Mans,  copie),  4  v«.  —  Charles  et 
diplômes.  CXXXII,  179.  —  Edition  :  Chartularium  insignis  ecclesic 
Cenomanensis ,  7  et  20. 

36.  —  (Nov.  122.3).  —  Acte  de  l'évêque  de  Poitiers,  de  même  teneur 
que  les  n««  32  et  34. 

Anal.  :  Teulct,  n»  1624,  d'après  V Inventaire  do  Dupuy. 

37.  —  1223,  nov.,  Paris.  (Original  :  Parisius,  a.  1223,  m.  nov.).  — 
Guillaume,  archevêque  de  Reims,  légat  du  Saint-Siège,  déclare  avoir 
payé  4000  livres  parisis  dus  pour  les  frais  du  couronnement  de 
Loute  VIII. 

Orig.  :  J.  206.  —  JJ.  31,  43  v®  —  Editions  :  Varin,  Arch.  adniin. 
de  Reims,  I,  2^  part.,  531.  —  Teulet,  n*»  1613. 


454 


[APP.    Vl]    ACTES    DB   LOUIS    VIU. 


3S.  —  1223,  nov.,  Com[)iègne.  (Oompendii,  a.  1223,  m.  dot.).  — 
Louis  V'[ll  mande  aux  forestiers  de  sa  Torët  de  Kotz  de  laisser  ke  rclî- 
gicux  de  Loiigpont  jouir  de  leurs  droite  d'usage  daii«  ladile  forèL 

Granier.   XXI,   411  v°.  —   EoiTion  :   Muldrac.   Compendiam  aU. 

Longipontis  chron.,  229. 

39.  —  [1223,  nov.,  Compiégne].  —  Louis  VQI  donne  aux  moines  de 
Longpnnl  la  terre  arable,  .sise  à  Mortefonlaine,  que  feue  Agathe  de  Piem- 
Tonds  avait  donnée  à  cette  abbaye;  il  leur  donne  aussi  un  gin-àMarinJ 
et  un  autre  au  Biirguet,  el  énumère  les  conditions  auxquelles  il  leur 
Tait  ces  diverses  donations. 

E,  157;  F.  125  v».  —  Edition  ■   J.-B.   de  Macliaul.   flUt.  de  Jean. 
seigneur  de  Montmirel,  530. 

«0.  —  1223,  nov.,  Compiègne.  {Conipendii,  a.  1Î23,  ni.  nov.),  - 
Hugue,  abbé,  et  tout  le  couveut  de  Longpont  déclarent  s'être  soDmit 
aux  conditions  énumérées  dans  l'acte  précédent. 

Orig.  scollé  :  J.  422.  —  JJ.  31.  49  y"-  —  Eomo»  :  ToiJel,  n"  WIl. 
«1.  —  1223,  nov.,  Compiègne.  (Compeudii,  a.   1223.  m.  nov.).  - 
Louis  VIII  coulirme  la  vente  faite  à  l'abbaye  de  Valséri  par  .\nsou  d» 
Faiel  de  deux  pièces  de  (erre  sises  au  territoire  de  La  Motte. 

Orig.  «elle:  K.  29,  n=  1*.  —  Abal.  ;  Tardif.  Cartons  dts  mis, 
n"  787. 
«a.  —  1223,  nov.,  Compiègne.  (Oompendii,  a.  1223,  m.  nov.).  - 
Louis  VIII  mande  à  ses  baillis  et  prévôts  de  [irot^ger  l'abbé  et  les  nli- 
greux  d'Ourscamp  dans  leurs  personnes  et  leun  biens. 

Charles  ddlpl.CXXXU,  186.  — Editiok  :  Poigne- DtUoourt,  CaHui, 
d'Ourscamp,  319. 

43.  —  1223,  nov..  Noyon.  (Noviomi.a.  1223,  m. nov.).  —  Louis  VIII 
déclare  que  Gérard,  évéque  de  Noyon,  et  iCngucrran  de  Couci.  annl 
engagé  un  procès  devant  sa  cour  ansujet  de  la  forteresse  de  Qui«Ri-^i 
Oise,  ont  dëcidê  de  s'en  l'émettre  ii  l'arbitrage  de  l'évoque  de  Soi 
et  de  Thomas  de  Couci,  qui  prononceront  après  avoir  fail  une  cnquèlt]' 
au  cas  où  ils  ne  pourraient  s'entendre,  le  mi  tiommerail  un  Iroi^iènie 
arbitre. 

Cbartea  et  dipl...  CXXXII.  182  ot  184. 
*«.  —  1223,  nov.,  Cbauni.  (E;  ap.  Chauniacum,  a.  1223,  ni.  iiot-, 
éd.  Martène  ;  ap.  Chaumont,  a.  1233,  m.  nov.).  —  Raoul  do  Clcrmonl- 
Ailli  déclare  avoir  cédé  tous  ses  droits  sur  le  comté  de  Clermoal  i 
Philippe,  comte  de  Boulogne  et  de  Clermont.  Ph.-.\ug.  lui  avait  doniiv 
pour  cette  cession  4000  1.  parisis,  el.  à  cause  de  cette  même  cessintt. 
Louis  VIII  le  tient  quitte  du  droit  de  rachat,  au  ca.^  où  il  hërilerail  de 
la  daine  de  Breteuil. 

E,  223  y;  F,  180  v".  —  Grenier,  CXI.  227.  —  Editwm»  :  M.rUn». 

Ampl.   Coll..   I,   1181.  —  .Vém.  Sac.  Archéol.  de  VOûe.  X,  180-lHI 

;.  Ir>d.  front,)  L'aulcur  de  cette  édition  donne  comma  réfiroocv  :  ra>. 


sianl^ 
[uèltiV 


fr.  9493,  f»  112  v».  Cetl«  indiealioD  ost  fauuc. 


A 


[APP,    Vl]   ACTES   DE   LOUIS   viir.  455 

«s.  —  (1223,  nov,),  —  Louis  VlUnotifio  les  conventions  qu'il  a  pas- 
sées avec  Raoul  de  Clermonl-Aîlli. 

Indiqua  i  la  naito  du  n"  44.  d«M  E  et  F. 
«6.  —  1223, 22  nov.  (A.  1223,  m,  nov.,  die  Mercurii  anie  fei^tiim  S. 
démentis).  —  Les  bourgeois  de  Sainl-Qiienlin  reconnaissent  que  le  roi 
peut  faire  rentrer  A  Sainl-Qiientin  n'itnpitrio  quel  banni,  pour  n'im- 
porte quel  crime.  t'*tle  reconnaissance  fut  faite  en  cour  du  roi,  ta 
première  fois  que  le  roi  entra  &  Sainl-Quenlin  après  son  couronne- 
ment. 

E,  278;  F.  236. 
M.  —  1223.  nov.,  Péronne.  (Peronn,  o.  1223,  m.  nov.).  —  Louis  VIU 
re^Mjit  en  honunage  Vipv-  Gantier  d'Avesncs,  comte  de  Blois,  pour  le 
domaixio  d'.Vudignies  et  de  Villor^i,  que  tenait  auparavant  Renier  do 
Sains. 

E.  181;  F,  147»°- 
**.  —  1223,  nov.,  Péronne.  (Perone,  a.  1223,  m,  nov.).  —  Acte  cor- 
respondant de  Gautier  d'Avesncs. 

Orig.  Kcllé  ;  J,  174.  —  JJ-  31.  82.  —  h^u..  ;  Toulot.  d"  1614. 
««.  —  1223,  nov.,  Douai.  (Doaci.  a,  1223,  m.  nov.).  —  Louis  VIII  con- 
Qrme  h  ses  bourgeois  de  Douai  les  couliimes  qu'ils  avaient  du  temps  de 
^Philippe,  comte  de  Tlandre,  et  déclare  qu'il  ne  fera  point  sans  eux  la 
I  avec  le  comte  Feirand. 

Orig,  :  Arch.  coinmuDalcs  do  Douai,  AA.  2.  —  Vidimui  do  1284  : 
ibidem.  AA.  5,  el  rogiilre  .\A.S4  (Carlul.  T).  t"  1  (d  api^i  lliifenlaire). 
—  E.  118  v;  F,  91  y.  —  Editions  :  Ordonnances.  XI,  317  (d'apris 
i(r  vidimiu).  —  Girj.  Ketat.  de  la  royauté  avec  les  ville»,  63  (d'aprbs 
E  et  lei  Ord.). 

.  — 1223,  nov.  —  Hommage  de  Gautier  d'Auclii. 

Indiqua  par  Le  Nain  do  Tillomonl,  Hisl.  de  saint  Louis,  l.  297. 
,  —  1223,  nov.  (A.  1223,  m.  nov.).  —  Guillaume  des  Barres  dé 
tdara  que  la  terre  que  Ph.-.\og.  lui  avait  donnée  dans  le  pays  de  Caux 
Loit  retourner  après  su  mort  au  roi. 

JJ.  31.  93. 

^  S«.  —  1223.  nov.-dtkr.î  Monlrouil-sur  Mer  (Moslerolii,  a.  12Ï3.  r.  1, 

s  t)et  F:  np-  Musterolium  supra  mare,  a.  1223,  r.  1,  dans  lesC^r- 

ires).  —  Louis  Vlll  concède  aux  moines  do  Saînt-Georges-de-Hesilin, 

'moyennant  40  sous  parisis  de  rente  annuelle,  le  moulin  ù  tan  sis  .wus 

la  chaussi'e  du  nouveau  fossé  &  Hesdin,  tenu  aiiparavunl  aux  mêmes 

conditions  par  Barlhélemi  d'Amas  el  donné  par  celui-ci  en  aumdne 

—AUidJlâ  moines. 

E,  157;   F.   125  V,  —   Arch.   dSparl.   d.i   Nord,   Carlul.   d'Anchin. 

Siice  X*.  ot  Cartul.  do  Saint- Georges -da-HeHl in,  f"  1.  —  Cf,  Gartul, 
'Ancbin,  piiee  xir,  ade  de  1212.  par  loijuel  Louit  tAde  i  Bartliélaiiii 
d'Arrai  un  omplacomcnt  pour  fairo  ce  moulin. 


456  [APP.    Vl]   ACTES   DE   LOUIS    VIII. 

53.  — 1223,  nov.-déc.  ?,  Montreuil-sur-Mer.  (Ap.  Musleriolium  supra 
mare,  a.  1223,  r.  1).  —  Louis  VIII  confirme  et  prend  sous  sa  proleclion 
les  biens  et  les  droits  de  Tabbave  de  Saint-Bertin. 

E,  157  vo;  F.  125  vo.  —  Latin  5439  (Carlul.  de  S'  Berlin),  207.  - 
Chartes  et  diplômes.  GXXXllI,  34.  —  Indiqué  à  la  suite  des  lettres  de 
même  teneur  octroyées  par  Philippe- Auguste  en  1192  (Delisle.  n»  367): 
Arch.  départ,  du  Pas-de-Calais,  liasse  A. 5,  n®  3.  —  Daprès  GodefroT. 
Inventaire  des  chartes  de  Flandre,  n9  390,  cette  charte  se  trouvait 
dans  un  vidimus  de  1231,  contenu  lui-même  dans  un  acte  de  1370.  Je 
n'ai  pu  retrouver  cet  acte  de  1370,  ni  dans  les  Archives,  ni  dans  l'/n- 
vpntaire  morne  de  Godcfroy.  —  L'abbé  Ilaigneré  a  vu  l'original  de  l'acte 
de  Louis  VIII  et  en  a  publié  une  partie  :  Chartes  de  Saint-Bertin,  1, 
no  654. 

54.  —  1223,  déc.,  Abbeville.  (Ap.  Abbatisvillam,  a.  1223,  m.  dec.). 

—  Thibaud  de  Champagne  promet  de  ne  retenir  aucun  des  Juifs  de 
Louis  Vlll  ni  dos  autres  seigneurs  qui  ont  juré  Tordonnance  sur  les 
Juifs,  à  charge  de  réciprocité. 

Orig.  scellé  :  J.  199.  —  Edition  :  Teulel,  n»  1620. 

55.  —  1223,  déc,  Compiègne.  (Compendii,  a.  1223,  m.  dec).  — 
Louis  Vlll  confirme  aux  chanoines  de  N.-D.  de  Senlis  la  vente  d'iine 
grange  si<e  à  Verberie,  vente  faite  audit  chapitre  par  Ermenaude,  veuve 
d'Aubri  Lesage,  afin  de  payer  ses  dettes  aux  Juifs  du  roi. 

Chartes  et  dipl.,  CXXXII.  153.  -  Bibl.  de  Senlb,  Coll.  Affortj.  XIV. 
444  (Note  communiquée  par  M.  Labande). 

56.  —  1223,  dt'C,  Montargis.  (Ap.  Monlem  Argi,  a.  1223.  m.  doc). 

—  Louis  Vlll  donne  à  Guillaume  des  Barres  père  une  rente  viaum 
do  300  1.  parisis  sur  les  prévotés  de  Crespi  et  de  Paris,  ainsi  que  la 
pêcherie  dWnlilli  et  la  chasse  avec  l'usage  du  bois  mort  dans  la  forêt 
de  Retz. 

E,22'»:  F,  180  v". 

57.  —  1223,  déc,  Montargis.  (Ap.  Montem  Argi,  a.  1223.  m.   dec). 

—  Louis  Vlll  mande  à  ("laleran  de  «  Gaborlem  *  »  de  permettre  à 
Pierre  Tristan  son  chambellan  d'exploiter  ses  bois  selon  la  teneur  de> 
chartes  à  lui  accoixlées  par  Ph.-Aug. 

Cliartcs  et  dipl..   CXXXll.  201.    —   Ane.    traduct.    franc.  :    Rouleau 
K.  28.  3 

58.  —  Vers  1223  (selon  MM.  Delisle  et  Teulel).  —  Les  religieux  «le 
Saint -Taurin  d'Kvreux  prient  Louis  Vlll  de  xouloir  bien  confirmer 
réleclion  de  Guillaume,  leur  abbé. 

Orig.  :  J.  3»7.  —  Editions  :  Delisle.  Cartul.  Normand,  n«  1131.  — 
Teulet.  n*^  1627. 

59.  —  1221,  janv..  du  !•'  au  20?.  Lorris.  (Ap.  Lorriacum,  a.  1223, 
m.jan.y  —  Louis  Vlll  cède  aux  bouchers  et  aux  boulangers  de  Mon- 

l.  *  Gabertem  >>  dvins  les  Chartes  et  dipl  :  «  Gorabertain  »  dans  K. 


[app.  vi]  actes  de  louis  VIII.  457 

targis  ses  halles  de  Monlargis,  moyennant  12  livres  parisis  de  cens 
annuel. 

E,  118  vo;  F,  91  v«. 

60.  —  [1224],  23  janv.,  Montpellier.  (Montispessulano,  xkal.  febr.). 
—  L'archevêque  de  Narbonne,  les  évoques  de  Nîmes,  Uzès,  Béziers 
et  Agde,  exposent  à  Louis  V'IU  comment  Amauri  de  Montfort  a  été 
obligé  de  signer  une  trêve  avec  le  jeune  Trencavel  et  le  comte  de  Foix, 
et  d'abandonner  Carcassonne  et  tout  le  pays  aux  hérétiques;  ils  le 
conjurent  d'entreprendre  une  croisade. 

JJ.  30a.  27.  —  Chartes  et  dipl..  CXXXVII,  171.  —  Editions  : 
Baluze,  Uist.  généal.  de  la  maison  d'Auvergne,  II,  583.  —  //.  F., 
XIX,  748,  note.  —  Hist.  du  Languedoc,  VII,  pr.,  l%'l, 

61.  —  122'i,  janv.,  Pont-de  l'Arche.  (Ap.  Pontem  Arche,  a.  1223, 
m.  jan.).  —  Louis  VIII  autorise  ses  bourgeois  de  Pont-Audemer  à 
faire  des  halles,  moyennant  une  rente  annuelle  de  15  livres  tournois. 

E,  118  v*>;  F.  92.  —  Latin  11032,  fo  21.  —  Edition  :  Cart.  Norm., 
no  317.  • 

62.  —  1224,  janv.,  Pont-de  l'Arche.  (Ap.  Pontem  Arche,  a.  1223, 
m.  jan.).  —  Louis  VUI  s'engage  à  faire  venir  à  Rouen  les  débiteurs 
des  habitants  de  cette  ville,  et  à  les  contraindre  d'exécuter  leurs  enga- 
gements. 

Vidîmus  de  1445  :  Arch.  munie,  de  Rouen,  tiroir  1,  liasse  n»  1  (d'après 
M.  Delisle).  —  Editions  ;  Chéruel,  Hist.  de  Rouen,  1.  pr.,  624.  — 
Cartul.  Normand,  p.  178  (Vidimus  de  1270).  — Giry,  EtabL  de  Rouen, 
II,  57,  note  5  (Fragment). 

63.  —  1224,  janv.?,  Pont-de  l'Arche.  (.\p.  Pontem  Arche,  a.  1223, 
r.  1).  —  Louis  VIII  confirme  les  donations  de  Ph.-Aug.  à  l'abbaye  de 
la  Victoire. 

E,  161;  F,  130. 

64.  —  1224,  janv.  ?  Rouen.  (Ap.  Rothomagum,  a.  1223,  r.  1).  — 
Louis  VIII  confirme  la  charte  accordée  par  Ph.-Aug.  aux  bourgeois  de 
Rouen  en  1207. 

JJ.  42b.  73  (Vidimus  de  Philippe  le  Bel).  —  «  Registre  80  du  Très. 
des  Chartes,  pièce  750,  vidimus  du  roi  Jean  »  (d'après  les  Ordonnances). 
—  Copie  par  Gaignièrcs  :  Lat.  5423,  p.  86.  —  Indiqué  :  E,  83  v*»;  Latui 
11032,  fo  17.  —  Edition  :  Ordonnances,  II.  412. 

65.  —  1224,  janv.,  Lillebonne.  (Ap.  Insulam  Bonam,  a.  1223,  m. 
jan.).  —  Louis  \\\\  vend  à  l'abbaye  de  Saint- Wandrille,  pour  30  1. 
tournois,  la  maison  qui  appartenait  à  Viète,  juif  de  Caudebec. 

Cartul.  de  S.  Wandrille,  aux  Arch.  de  la  Seine-Inf.,  et  n^'  5425  du 
fonds  latin,  pièce  H.  m.  xiiii  (d'après  M.  Delisle).  —  Edition  :  Cartul. 
Norm.,  no  1128. 

66.  —  1224,  janv.,  Gisors.  (A.  1223,  m.  jan.,...  ap.  Gisortium).  — 
Notice  de  la  promesse  faite  en  présence  de  Louis  VIII  par  Thibaud,  ar- 


458  [APP,    Vl]    ACTES    DE    L0CI8    VHl. 

chevèque  de  Rouen,  d'observer  le»  droits  et  les  couliiines  du  duché  ix 
Normandie.  Lisle  de  tèmoina. 


E,  328  Y";  F.  273.  —  E 
«7.  —  [Janvier  fév.  122i?] 


Rouen  duit  lépondre  au  roi 

E,  328  Y":  F,  273    - 

Bonnin,  Carlut.  de  Lou\ 


nos:  Carlul.  Norm..  n"  1129. 

-  Articles  sur  lesquels  l'archevêque  de 


le  dimanche  de  la  Quinquag^sii 
Editioss  :   Cnrlul.  Normand,   n"  1130.— 
ers.  I,  184  (Fragment). 

1224.  fyv.,  Meulan.  CAp.  Mellentum,  a.   1223,  m.  febr.}.  ~ 
'   Vlll]  confirme  une    donation   en   faveur  de  l'abbaye  de 


BS  *.  —  1224,  fév.,  Meulan.  (Ap.  Mellentum.  a.  1223.  m.  febr).  - 
Sur  la  demande  du  prieur  de  Saint-.Nicaise  de  Meulan,  Louis  Vlll 
ordonne  4  Guillaume  de  Ville-Thierri  de  rechercher  e[  d'applitpier  une 
charte  de  Phil.-Aug.,  par  laquelle  ce  roi  prescrivait  la  desiruction  ia 
fours  établis  aux  Alui'eaux  au  préjudice  des  religieux  de  Saint-^icuse. 
Latin  13S88  (Cartul.  de  Sainl-ISicai»de  Meulan),  f  16. 
W.  —  1324,  fév..  Saint-Germaîn-en-Laie.  (.\p.  S.  Germaittim  in 
Laya.  a.  1223,  m.  febr.).  —  Louis  VIII  mande  à  ses  prévàts  de  Paris,  de 
t!lorbeil  cl  de  Morel.  de  faire  rendre  &  Vabbé  de  Saïnt-Germain-de»- 
PrC'S,  par  ses  hommes  de  corps,  l'aide  qui  lui  est  due, 

Cariufairei  do  Sainl-Germain-deg-Préi  :  LL  1035.  f"  21  \'  ;  LL  10U. 
f"33^  LL   1029.  f-ÎS. 

70.  —  1224.  fév..  Lorris.  (Lorriaci,  a.  1223,  m.  febr.).  —  Louis  Vlll 
concMeaux  religieux  de  la  Cour-Dieu,  sur  le  cens  de  Vilri,  une  renU 
annuelle  de  100  sous,  que  feu  Pierre  de  (kiurlenai  leur  avait  dunu^ 
pour  l'entretien  du  luminaire  de  leur  église  ;  il  leur  racliète  pour  60  L 
parisis  leur  droit  de  péclie  dans  le  Cens. 

Charte  n"  2S32  du   Catat.  det  Arch.  de  Joursanvaull ,  aoptise  par 

M.  Jarr;  (Vidiiuii*  orig.  de  1392).  —  Acal.  dans  un  CaUL  du  iviu- sbk 

Nouv.  acq   fr.  6268.  p.  4.  —  Edition  :  Jarrr.  Hist.  de  la  Cour-Biet, 

195. 

70  A.  —  J22'i,  fév.  (A.  1223,  m.  febr.).  —  Girout,  abbé,  et  tout  le 

couvent  de  la  tkiur-Dieu  vendent  à  Louis  MU.  pour  60  livras  patiaisU 

pécho  que  leur  avait  donnée  Pierre  de  Courlenai  dans  le  rens. 

Orlg.  ueUé  ;  J.  :31.  -  JJ.  31.  61  V.  —  .\!i»i.-  :  Teuirt.  n-  l&U. 

71,  —  1224,  fév.,  Melun  (Meledimi,  a.  1223.  ni.  febr.).  —  Louis  VID 
constitue  un  a|ianage  À  son  frère  Philippe,  comle  de  Boulogne. 

E,  181  ï";  F.  148.  —  Ebitiobs:  Bruacl,  Vt.  dét  firf»,  l.  4M.  - 
LécbauiM,  Grandi  ffufei.  160.  —  LAPréToM.  Jf^oa^vj.LSi  (Pngai.> 

7».  —  1224,  fév..  Melun.  (Meleduni,  a.  1223.  m.  tebr.).  —  Ade  00^ 
respoddani  du  comte  île  Boulogne. 

Ori(.  ndlê;  J    338-  —  JJ.  31.  73.  —  GcfMwd'aprtileKg.  S<J«i: 


[app.  vi]  actes  de  louis  VIII.  459 

.  —  Editions  :   Carlul. 

7B.  —  1224,  fév.,  Paris.  (Parisiits.  a.  1223.  m.  febr.).  —  Le  comte 
!  Boulogne  re^^onnalt  r|iic  dans  la  terre  que  Louis  Vlll  lui  a  donnée 
I  Normandie,  le  roi  s'est  réservé  les  dettes  de  ses  Juifs. 

JJ,  31.  72  V".  —  Edition  :  Cartul.  Nùrm.,  n-  321.  Amaitsk  :  Tbo- 
Ict.  11°  1630.  d'après  {'Inventaire  de  Dupuj. 

ï«.  —  1224,  fiSv.,  Paris.  (Parisius.  a.  1223,  r.  1,  m,  febr.,  dans  E  et 
;  Parisiu»,  a.  1223.  r.  1,  dans  le  Cartulairo).  —  Louis  Vlll  renonce 
1  faveur  des  religieux  de  Hombli^res  au  service  militaire  i|uo  lui  dé- 
lient les  habitants  de  Homblières,  ainsi  qu'à  diverses  autres  rede- 
tnccs,  en  échange  des  domaines  de  Neuville-en-Beine  et  de  Remigni. 

E.  157  v  :  F,  126.  —  Cartulains  do  fabbajo  dp  Homblièros  :  Arch. 
de  I  Aisne.  H,  588,  f»  3;  copie:  Latin  13911.  r»J. 

76.  —  12S4,  fév,  (.\.  1223,  m.  febr.).  —  .\clc  correspoudaul  des  re- 
igieux  de  Homblières. 

Orig.  scellé;  J.  229.  —  JJ,  31,  61   —  Analïsk:  Teulel,  n"  1634. 

—  1224.  fév.  (A.  1223,  m.  febr.).  —  Gérard,  év.  de  Noyon,  con- 
les  précédentes  conventions. 
Orig,  sceUé:  J.  229.  —  Anai,.  :  Teulel.  n"  1635. 

—  1224.  fév-,  Paris.  {Parisius,  a.  1223,  m.  febr.).  —  Louis  VIU 
lonflnne  la  vente  faite  à  l'abbaye  de  Saint-Denis  par  G.  de  Thourolte 

Gaucher,  son  frère,  des  bois  qu'ils  avaient  \  Neuilli-en-Thelle. 

Ong.  scellé:  K.  29.  n"  1.  —  LL.  1157  (Cartul.  blanc  de  Ssinl-Denis, 
tome  1),  742.  —  Chartos  cl  dipl,,  GXXXIII,  140.  —  Anai,tsï  :  Tardif. 
Cartons  des  roi»,  n"  788. 

7«.  —  1224,  fév.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  febr.).  —  Louis  Vni 
lAcIare  avoir  reçu  en  hommage  lige  Guillaume,  évêque  de  Cabors, 
nilé  de  Gahors,  et  avoir  promis  de  ne  jamais  aliéner  ledit 
lommage,  II  autorise  Guillaume  à  s'efforcer  de  recouvrer  les  terres 
fui  lui  ont  été  enlevées  par  le  comte  de  Toulouse. 

Vidimui  ilo  1228:  JJ.  30  a,  178.  —  Edition:  Lacroix.  Séries  ep. 
Cadure.,  87  (Frtgm.). 

F».  —  1224,  fév.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  febr,).  —  Louis  Vlfl 
que  Thibaud  de  Champagne  doit  à  Ilaquin,  fils  de  Mo;(é-Dieu- 
>Dné,  et  ji  Hélic  de  Brai,  Juifs  du  roi,  une  somme  do  10,500  livres, 
l'il  payera  en  sept  ans. 

Cinq  cents  de  Colbert.  LVI  (Liber  principum),  19  v.  —  InDii^uÉ  : 
D'Arbois  ds  Jubunvitlc,  Comtes  de  Champagne  .y .  Idl .  (M.  d'Arboïs 
cile  par  erreur  le  vol,  LVIU  des  Cinq  oealt.) 

M.  —  1224,  fév..  Paris.  (Parisius,  a.  122;t,  m.  febr).  —  Louis  Ylll 
lande  k  ses  baillis  et  prévûls  de  rendre  proniple  et  bonne  justice  au 


460  [APP.    VI]   ACTES   DE   LOUIS   VIU. 

chapitre  et  aux  hommes  de  N.-D.  de  Chartres,  toutes  les  fois  qu'ils  re- 
cevront d'eux  des  plaintes. 

Latin  10094  (Livre  des privil.  de  l'égl.  de  Chartres),  165.  —  Chartes  et 
dipl.,  CXWIII,  138.  —  Indiqué  :  Lépinois  et  Merlet,  CartuL  de  N.-D. 
de  Chartres,  II,  106,  note. 

81.  —  [1224,  fév.].  —  Louis  VIII,  avant  de  s'engager  dans  une  croi- 
sade en  Alhigeois,  adresse  au  pape  certaines  demandes. 

E.  13  vo;  F,  8  yo.  —  Editions  :  //.  F.,  XIX,  750.  —  Ilist.  du 
iMng.,  VIII,  792. 

82.  —  1224,  fév.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  febr.).  —  Amauri  de 
Montfort  déclare  que  si  le  pape  accède  aux  demandes  du  roi,  il  renon- 
cera pour  sa  part  en  faveur  de  Louis  Vil!  à  tous  les  droits  que  le  Saint- 
Siège  avait  concédés  à  Simon  de  Montfort  et  à  lui-même  sur  IWibi- 
geois. 

Orig.  scellé:  J.  310.  —  JJ.  31,  132  bis.  —  JJ.  30 a.  28.  —  Doal.  V. 
149.  —  Editions:  ffist.  du  Long.,  VIII.  789.  —  Teolet.  n»  1631.  - 
MahuI,  Dioc.  de  Carcassonne,  V,  299. 

83.  —  122'i,  fév.,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  febr.)-—  Louis Vlll 
informe  les  habitants  de  Narbonne  qu'il  a  résolu  d'entrer  en  campagne 
contre  les  hérétiques,  et  les  prie  de  garder  fidèlement  Narbonne  et  la 
terre  avoisinante. 

Doal,  L,  27.  —  Baluze,  LXXXII,  135.  —  Editio.'v  :  Hist.  du  Lang., 
VIII.  790. 

84.  —  122 1,  mars,  Paris.  (Parisius,  a.  1223,  m.  marrio).  —  Louis  Vlll 
cède  3  arpents  de  pré  à  l'église  de  Sainl-Jean-des-Vignes  de  Soissons. 

Lalin  llOOi  (Cari,  de  Si- J. -des- Vignes),  f'>  15. 

85.  —  122i,  mai*s.  Breteuil.  (E  :  Ap.  P»ritoIium,  a.  1223,  r.  1.  m. 
martio.  Ordonnances  :  ap.  Pirilolium.  a.  1223.  r.  1).  —  Louis  Vlll  con- 
linno  à  sos  bouri:oois  de  Verneuil  la  franchise  des  di^oits  de  tonlieii. 
passuiie  et  pontaire,  dans  le  Poitou,  l'Anjou,  le  Maine,  la  Bretagne,  la 
('•aso(>i:iie  et  dans  la  .Normandie,  sauf  dans  le  comté  d'Evreux,  daiiîi  le 
\  e\in  Normand,  à  Paci  et  dans  la  terre  de  llugue  de  Gournai. 

E.  118  >'^-  F.  92.  —  Hegislrc  103.  pièce  106.  vid.  de  Charles  V 
(^il  apK's  les  Ordonnancesy  —  Copie  de  Duchés  ne  :  Baluze.  LIV,  498  — 
Ei>irio>  ;    Oriionn..  V.  »88. 

86.  —  l-22i.  niars;,  Brt^teuil.  (E  et  F:  Brilolii,  a.  1223;  Onhn- 
nijnres  :  nritolii.  a.  r22o,  r.  IV  —  Louis  Vlll  accorde  à  ses  bonrceoi< 
de  Bnteuil  exemption  des  dmits  de  passaire.  ponlage  et  tonlieu,  daIl^ 
le  Poitou,  r  \nji>u  et  le  Maine  et  dan>  la  Normandie,  sauf  (lari<  le 
comlo  d  Evreux,  dans  le  Vexin  Normand,  à  Paci,  à  Vernon  et  dan^^  la 
terre  de  lluuue  de  (tournai 

E  tl8  V'.  F,  ^*2.  —  JJ.  1*8.  pitTO  xiv"i.  vid.  de  Charles  VI  (dapr« 
Kn  ()»-v^o'.":i;';.*''5^  —  Editk»>s:  Onionn.,  NUI.  23. —  Aug.  Le  Prevosl. 
.Mt'%ttn::es.  l.  iol. 


[APP.    VI]   ACTES  DE   LOUIS  VIII.  461 

87.  —  1224,  [du  21  au  31]  mars,  Melun.  (IVIeleduni,  a.  1223,  m. 
marlio).  —  Louis  VIII  notifie  un  accord  conclu  le  21  mars  entre  Tab- 
bayede  Sainte-Geneviève  de  Paris  d'une  part,  et  d'autre  part  dame 
Carcassonne,  son  fils  Baudouin  de  Corbeil  et  son  fils  Milon,  chanoine  de 
Paris,  au  sujet  de  Texercice  de  certains  droits  à  Draveil  et  à  Vigneux. 

Orig.  :  L.  883  (liasse  relal.  à  Draveil).  —  Edition  :  Gall.  christiana, 
éd.  nov.,  VII,  insir.^  230. 

88.  —  1224,  mars,  Saint-Germain-en-Laie.  (Original  :  Ap.  S.  Ger- 
manum  in  Laya,  a.  1223,  m.  martio).  —  Daniel,  avoué  d'Arras  et  sei- 
g^ieur  de  Béthune,  reconnaît  à  Louis  Vlll  et  à  ses  successeurs  le  droit 
de  haute  justice  dans  toute  la  terre  qu'il  tient  de  lui,  entre  la  Lis  et 
le  Tronc- Bérenger.  Liste  de  témoins. 

Orig.  scellé  :  J.  229.— E,  224;  F,  181.—  JJ  31.  78  v«.—  Editions  : 
Duchesne,  Ilist.  de  la  maison  de  Béthune,  prenv.,  107.  —  Teulel, 
no  1639. 

89.  —  1224,  mars,  Saint-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Laya,  a.  1223,  m.  marcio).  —  Louis  VIII  déclare  que  Daniel,  avoué 
d'Arras  et  seigneur  de  Béthune,  lui  a  reconnu  le  droit  de  haute  justice 
sur  la  terre  sise  entre  la  Lis  et  le  Tronc- Bérenger;  il  accorde  à  Daniel 
la  haute  justice  sur  la  chàtellenie  de  Béthune. 

Orig.  :  Archives  du  Nord,  B.  21,  n^  385.  —  E,  224  v»;  F,  181.  — 
Grenier,  CXI,  172. 

90.  —  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1224,  Paris.  (Parisius,  a.  1223, 
r.  1).  —  Louis  VIII  confinnc  la  charte  accordée  par  Ph.-Aug.  en  1201 
aux  habitants  de  Sentis;  il  ajoute  que  les  habitants  de  Senlis,  d'accord 
avec  les  religieux  de  l'abbaye  de  la  Victoire,  ont  transformé  en  rente 
pécuniaire  la  redevance  en  vin  que,  de  la  volonté  de  Ph.-Aug.,  ils 
avaient  à  payer  chaque  année  auxdits  religieux. 

E,  88  vo;  F,  66  vo.  —  Archives  de  Sentis,  AA.9  (Cariul.  enchaîné), 
fo  12  (d'après  M.  Flammermont).  —  Charles  et  dipl.,  GXXXIIl,  36.  — 
Afforty,  1.  280.  et  XIV.  4i9.  —  Editions  :  Ordonnances,  XII,  311.  — 
Ciallia  christ.,  éd.  nov.,  IV,  instr.,  27.  —  Flammermont,  Inst.  munie, 
de  Senlis,  74. 

91.  —  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1224,  Paris.  (Parisius,  a.  1223, 
r.  1).  —  Louis  VIII  accorde  une  charte  de  commune  aux  habitants  de 
Beaumont-sur-Oise. 

Orig.  scellé  :  J.  168.  —  E,  116  v»;  F,  89.  —  Editions:  Ordon- 
nances, XII,  307  (d'après  E  et  F).  —  Douel  dArcq,  Recherches,  170. 
—  Teulet,  no  1621. 

92.  —  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1224,  Compiègne.  (Compendii, 
a.  1223,  r.  1).  —  Louis  VIII  accorde  des  coutumes  et  immunités  aux 
habitants  d'.\snières-sur-Oise. 

E,  117  VO;  F,  90  V".  —  LL.  1469  (Cariul.  de  la  Victoire),  fo  7.  — 
AfTorty,  XIV,  445  (Vidim.  do  1358).  —  Editions;  Ordonnances,  XII, 
312.  —  Douet  d'Arcq,  Recherches,  174. 


■462  [app.  vi]  actes  dh  louis  vin. 

93.  —  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1224,  Compiè^«.  (CompeniU, 
a.  1223,  r.  1).  —  Louis  V[[l  conflnne  la  commune  accordée  pu  PL- 
Aug.  à  Crespi-en-Valois. 

E,  110  ï".  —  Afforlj.  I.   150  el  XIV.  439.  —   Editios»  :  D  Adan, 
.Spieil.,  m.  595  a.  —  Ordona-,  XI.  317, 

M.  —  Du  1'.  juilIeL  1223  au  13  avr.  12SI,  Compî^Kne.  (CorapeadB, 
a.  1223,  r.  l).  ~  Louis  VIU  c^de  à  la  commune  de  Crpsi»  ses  inouli 
de  Crespi,  moyennstil  un  r«ns  annuel  dont  il  Qxe  la  ilcstiaalinn. 
E.    JI8;  F.Hf. 


Orig.  I   Nouv.   MO.  Ul.   2241,  pîice  n'  S 
CbartM  et  dipl.,  CÎCXXIH,  44. 


i»  de  1319  (daprès  \  Inventaire).  —  Copies  faiUs  en  1749 


»5.  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1234,  Melun.  (Ap.  Meledunuro. 
1223,  r.  1).  —  Louis  VUI  donne  366  livres  de  revetiii  annuel  i  ITlii* 
Dieu  de  Paria,  pour  être  distribu6s  aux  pauvres  de  ladite  maison  pu 
deux  bourgeois  que  choisiront  le  maître  et    le?  frères  de   la  maisao. 
Tous  les  quinze  jours  le  prévùt  de  Paris  devra  remettre  quinie  lii 
aux  bourgeois  chargés  d'employer  cette  aumâne. 

E.  157:  F.  125  v>.  —  Arehivo*  de  I  Hùlpl-Dieu,  Uyelle  186, 
■ '"  '    '"'"  "■      ■     '  'nvenlatre).  —  Copies  failei  en 

;  Martine.  Ampl.   cttU..   l.  1176, 

96.  —  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1224,  Sens.  (Senonis.  a.  1323,  r.1}. 
—  Louis  VIH  confînne  les  possessions  accordées  à  l'abbaye  de  la  Vic- 
toire par  Ph.-Aug.,  son  fondateur. 

Orig.:  Suppl.  k  dota  Grenier.  CCGXLVI,  f"  l.piÈcc  d"  1.—  LL.  I' 
(Carlul.  delà  Victoire).  f°  1— Copies  de  1  orig.:  K.  189,  n"  77  ;  Grw* 
vol,  cit..  B°  2.  —  Charte»  et  dipl  .  CXXXIII.   l.  —  Aflbrty,  L  Ïâ8. 
XIV,  443.  —  Editions  :  D'Auleuil,  Jtfin.  d'Elal.  421.  —   (mU.  tkrùt., 
od.  noy..X,  pr..  232. 

97.  —  Du  14  juillet  1223  au  13  avr.  1224.  (A.  1223.  r.  1).—  Louis  W 
concède  en  fiefs  liges  à  son  chambellan,  Pierre  TrislaD,  des  biens  ^ 
partcnant  audit  Pierre  Tristan, 

E,  247;  F,  203. 

98.  —  Du  14  juillet  1223  ou  13  avr.  1224.  (A.  1223).—  Louis  VUL 
cause  d'une  donation  de  2  arpent?  de  terre,  sis  cuire  l'abbaye  de  Iv 
Victoire  el  Villcmélrie,  faite  à  ladite  abbaye  par  les  chanoines 
Saint-Rieul-de-Senlis.  concède  auxdiLs  chanoines  cinq  deniers  de  ceM 
annuel  qu'il  percevait  sur  la  maison  d'Eude  Ferret.  bourgeois  de  ' 
lis. 

Chartes  et  dipl..  CXXXIH,  42.  —  AfTorty,  I.  167.  et  XIV,  4«9. 
Edition  :  Jaulnay,  fie  de  saint  Bieul,  443. 

S».  — 1224,dul"au  13avr,,  Saint-Gemiain-en-Laie.  (Ap.S. 
num  in  Lava,  a.  1223.  m.  apr.). —  Louis  VlH  confirme  la  cession  fait 
par  la  commune  de  Poissi  k  l'abbaye  de  Juyenval  d'une  arche  dnpM 
de  Poissi,  pour  y  établir  un  moulin. 
E,  157  Y°  («ete  csAcellé). 


[app.  vi]  actes  de  louis  vm.  483 

-ItO.  ~  1224r  27  avr.,  Lalran.  (Datum  Lateranî,  v  kal.  maii,  pnntif. 
D.  m  8°).  —  Les  rardinaux  exliorlcnl  Louis  Vfll  à  diilivrer  le  coinle 
Flandre. 

Orig.  «celle:   J.  533.—  E,   1B7  v»;   F.   15!.—  EditiObb  :   Biluze, 
MUcellaaea.  VII,  257.  —H.  F..  XIX,  752.  note.  —  Tealel,  n"  1645- 

iftl.  —  122V  du  U  au  30  avr.,  S&inl-Germain-en-Laie.  (.\p.  S.  Gcr- 
luiuni  in  Laya,  o.  1224,  m.  apr.).  —  Louis  VIU  aOernie  h  Thibaud  de 
aumonl  les  moulins  de  Bailleul,  moyennaiiL  une  renie  annuelle  de 
muids  de  hU.  Le  roi  relient  pour  lui  la  pêcherie. 
E,  224  Y°;  F,  181  v. 

IM.  —  1224,  du  14  au  30  avr.,  Saint-Germain- en -Laie.  (Ap.  S.  Ger- 
tnum  in  Laya,  a.  1224,  m.  apr.).  —  Thibaud  de  Beauinont  rapports 
précédente  convention. 

Oiig.  :  J.  160.  —  JJ.  31.91.—  Edit[0:<  ;  DoupI  dArcq.  Rerherckti, 
111. 

103.  —  1224,  5  mai.  (Doininica  trium  septimanarum  Pasche,  a. 
924),  —  Réiponse  faile  par  le  roi  au  cardinal  Gonrad,  évér|ue  de 
orto,  sur  l'alTaii-e  des  Albigeois.  Louis  fait  l'apologie  de  sa  conduite  et 

o  qu'il  ne  veut  pins  entendre  parler  de  cette  question, 
E,  14  v:    F.   9  y°,  —   Editions:  //.  F..   XVII.  303,  —   HUt.  du 
Laug.,  VIII,  794. 

104.  —  [1224].  —  Conditions  posées  de  part  et  d'autre  par  le  comte 
!  la  Marche  et  par  Louis  VIU,  pour  un  traité  à  conclure  entre  eux,  en 
le  de  l'expiïditîon  contre  les  Anglais. 

Ë,  14;  F,  9.  — Emrioit:  Martine,  Ampt.  Coll..  I,  1163. 

ItS.  —  1224,  mai,  Bourges.  (Bituricis,  a.  1224,  m.  maio,  r.  1). 
-  Louis  VIII  rapporte  le  traité  conclu  par  lui  avec  le  conite  de  la 
Harche. 

E.  182;  F,  148  y.  —  Fontancau,  XXVII  bi»,   659  (<l»priS»  la  Table 
lupplémtnlaiie).  —  Eumo«  :  M«rtène,  Ampl.  Coll..  I.  1184. 

ï.  —  [1224,   mai],    —  Acte  de   même   teneur  du  conilc  de  la 
iKrche. 

lndiiiiii;F.  148  ï". 

107.  —  1224,  mai.  (A.  1224,  m.  maio).  —  Louis  VUl  déclare  que  le 
in)l£  de  la  Marche  est  tenu  de  remettre  son  ch&teau  de  Lusignan  & 

Pierre,  comte  de  Bretagne,  toutes  les  fois  que  le  roi  ira  en  Poitou. 
E.  182  V»;  F,  148  ï°.  — Ebitiom  :  MarU^^e,  Ampl.  ColL.l.  1185. 

108.  —  1224,  mai.  (A.  1224,  m.  maio).  —  Acte  de  même  teneur  du 
imle  de  la  Marche. 

Fonteneau,  XVII,  51  (d'aprËs  U  Tatle  de  R«det). 

lOft.  —  1224,   mai.  (A,  1224,  m.  mayo),  —  GeofTroi  de  Lusignan, 


464  [app.  vi]  actes  de  louis  viii. 

vicomte  de  Châle) leraull,  déclare  que  le  roi  doit  le  recevoir  en  hom- 
mage lige  pour  la  vicomlé  de  Chàtellerault.  Il  devra,  quand  le  roi  sera 
en  Poitou,  lui  livrer  son  château  de  Vouvant.  Il  renonce  au  nom  de  sa 
femme  à  toute  prétention  sur  le  comté  d*Alençon. 

Orig.  :  J.  270.  —  JJ.  31.  74  v».  —  Fonleneau.  I,  305  (d'après Redet). 
Edition  :  Tculet,  n»  1650.  —  Cf.  Cartul.  Normand,  n®  1135. 

110.  —  1224,  mai,  Bourges.  (Bituris,  a.  1224,  m.  mayo).  —  Acte 
correspondant  de  Louis  VIII. 

E,  224  vo;  F.  181  vo.  —  Fonteneau.   XVII.   49  (d*après  Redel). — 
Edition  :  Martèno,  AmpL  coll.,  1. 1186. 

111.  —  1224,  mai,  Lorris.  (Ap.  Lorriacum,  a.  1224,  m.  mayo).  — 
Louis  VIII  informe  ses  bourgeois  de  Limoges  qu'il  va  faire  valoir  ses 
droits  sur  les  terres  que  le  roi  Jean  tenait  de  Ph.-Aug.  avant  sa  con- 
damnation. U  leur  ordonne  de  se  rendre  à  Tours  pour  le  jour  de  la 
Nativité  de  saint  Jean-Baptiste. 

JJ.  30  a,  102.  —  Edition  :  Pièces  justifie,  n®  VI. 

lia.  —  1224,  mai,  Fontainebleau.  (Ap.  Fontem  Blaaudi,  a.  1224, 
m.  maio).  —  Louis  VIII  confirme  un  accord  conclu  entre  Tabbé  et  le 
couvent  de  Barbeaux  d'une  part,  et  d'autre  part  Philippe,  seigneur  de 
Nemours. 

Cartulaircs  de  Barbeaux  :  Latins  5466.  f»  280.  et  10943.  f»  91.  — 
Copie-  K.  190,  n»  63. 

113.  —  1224,  mai,  Saint-Germain-en-Laie.  ( Ap.  S.  Germanum  in 
Laya,  a.  1224,  m.  mayo).  —  Louis  Vlll  cède  à  ses  bourgeois  de  Rouen 
les  arrière-fossés  de  la  ville,  et,  moyennant  20  livres  tournois  de  renie, 
la  terre  de  Roumare,  il  leur  cède  aussi  la  partie  du  vieux  château  de 
Rouen  située  du  cùté  du  pont;  les  bourgeois  pourront  agrandir  les 
quais,  sous  certaines  conditions. 

E,  89;  F,  67  v".  —  Latin  11032,  (<>  20  vo.  —  Editions  :   Farin.  Hist 
de  Rouen,  éd.   1738,  l""®  part..  9.  —  Amiot,  Hist.  de  Rouen,  I,  20  (tra- 
duction). —  Chérucl,    Histoire  de  Rouen,  I,  266.  —   Cartul.  Norm., 
no  330. 

114.  —  Acte  de  date  douteuse. —  1224,  mai?  *  —  Louis  VIII  conflnne 
la  commune  de  Pont-Audeiner. 

Latin  11032.  f'>  21. 

115.  —  1224,  mai,  Paris.  (E  et  F:  Parisius,  a.  1224,  m.  niaio, 
r.  1;  (iartulaire  :  Parisius,  a.  1224,  r.  2).  —  Louis  VIII  conlirme  aux 
religieux   de   Monlebourg  la  dime  de  son  vin  de  Vernon,   et  les 

1  Le  scribe  donne  à  la  suite  Fun  de  l'autre  nos  n***  113  et  114,  et 
leur  donne  la  mtMne  date  fausse  (a.  1204,  ni.  aug.),  ce  qui  permet 
de  supposer  que  la  date  véritable  était  la  même  pour  tous  les  deux. 
La  date  de  lieu  donnée  pour  le  n"  114,  (Rouen),  est  trop  douteu>e 
pour  que  nous  la  reproduisions. 


[APP.    Vl]   ACTES   DE   LOL'18   VlII. 


465 


I  tniiid!)  de  vin  qu'ils  pei-(;oivent  sur  le  vin  de  Longue  vil  le  ;  il 
ur  donne  le  droit  de  Iransporler  parluiitel  à  loute  époque  leurs  vins 
leura  noix  de  Vernon.  Lesdîls  religieux  ont  renoncé  k  la  dîme  Jii 
oit  C|u'a  le  roi  de  prendre  une  canne  de  vin  sur  les  tonneaux  einhar- 
lés  ou  débarqués  k  V'prnon. 

E.  IF18;  F.  126.—  Arch.  de  la  Mancho.  (^rlulairc  de  Sainl-Michel 
de  Vernon.  p.  1.  cb.  n"  2  (d'après  M.  Delialo).  —  Edition  :  Cariai. 
Normand,  n»  328. 

lis.  —  [122i,  mai].  —  Koger,  abbé,  et  tout  le  couvent  du  Monle- 
turg,  renoncent  à  la  dlme  du  droit  qu'a  le  roi  de  prendre  une  canne 
I  vin  sur  les  tonneaux  embarqué»  ou  débarqués  à  Vernon. 

Orig.  Kellé  :  J.  216.  —  JJ.  31.  61  6".  —  Editio.-*  ;  Cari.  Norm., 
H"  339., 

117.  —  1224,  mai,  Paris.  (Original:  Parieius,  a.  1334,  m.  mayo). 
-  Accord  conclu  en  la  pi-éaence  du  roi  entre  Jean  do  Nesle  et  l'évéque 
el^oyon,  touchant  le  droit  de  chasse  dans  la  forèl  d'Arsi. 

Orig.  :  J.  624.  —  JJ.  31.  67.  —  Euiïwk  :  Toulel,  n"  1649. 
lis.  — 1224,  mai.  Paris.  (Parisius.  a.  1224,  m.  mayo).  —  Louis  VlII 
infirme  une  charte  de  Simon  de  Poisai,  constituant  en  dol  à  Eve,  sa 
in  revenu  annuel  de  60  livres,  que  Ph.-Aug.  avait  concédé  audit 
imon  sur  la  prévôté  de  Paris. 

Lalin  13892  (Cartul  do  labb.  du  Lis),  f"  44. 
11».  —  1224,  mai.  (A.  1224,  in.  maio).  —  Charte  de  non-préjudice 
mnée  par  l'abbé  et  tout  le  couvent  de  Cercanccau,  pour  le  don  que 
UT  avait  fait  le  roi  d'un  trésor  qu'ils  avaient   trouvé  dans    leurs 


X».  —  1224,  juin,  Paris.  (Parisius,  a  1224,  m.  jun.)  —  Louis  VlII 
}nlirmeuD  échange  conclu  entre  Olivier  de  la  Roche,  précepleur  des 
émplîers  en  France,  et  l'abbaye  de  Sainte-Geneviève  de  Paris. 
Orig.  :  L.  887,  liasse  do  RosqÎ.  —  Copie  :  K.  ISl,  11°  136- 
1.  —  122Î,  juin,  Paris.  (Original  :  Parisius,  a.  1224,  m.  jun.).  — 
OUis  VIII  mnflrnu'  un  ai'cord  par  lequel  Itouchard  de  Marli  reconnaît 
l'abbaye  de  Saint-Denis  la  scigtieiirle  de  la  rivière  de  Seine  depuis  la 
tproserio  de  Charlevaune  jusqu'il  u  i;hamberi.  •> 

_  Orig.  «celle  :  L.  857.  n"  1131.  —   LL.  1157  (Garlul.  hUnc  de  Sainl- 


Dei 


Ing.  h: 

4^ 


325. 


laa.  —  1224,  juin,  Paris.  (Porisius,  a.  1224,  m.  jun.).  —  l^uis  VlII 
lumère  les  droit»  d'usage  appartenant  à  l'abbesse  el  au  chapitre  de 
ODlmartre  dans  son  bois  de  Itouvrai,  d'après  l'enquête  qu'il  a  fait 
ire  &  ce  sujet. 

LL.  1605  (Carlul.   de   Montmartre),   f"  13  v-  (Vidim.   do  1236).  — 
EomoH  :  Ed.  de  Barthclcmy.  Chartes  de  Monlmarlre .  155. 
Ca.  PtrlT-DcTAlLLls.  Urgnt  de  Louis  VlII.  30 


466  [APP.    Vl]   ACTES   DE   LOUIS   VIII. 

123.  —  122^,  juin,  Paris.  (Parisius,  a.  1224,  m.  jun.).  —  Guillaume 
de  Maisnières,  seigneur  de  Maintenai,  déclare  avoir  vendu  àLouis  Vlil 
sa  forteresse  de  Monlreuil,  i>our  200  1.  parisis. 

Orig.  scellé  :  J.  231.  —  JJ.  31.  93  v«.—  Eoitioivs  :  Teulet,  n<»  Ifôl 
—  Bulletin  de  la  Soc,  des  Antiq.  de  Morinie,  IV,  106. 

124.  —  1224,  juin,  Saint-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Laya,  a.  1224,  m.  jun.).  —  Louis  Mil  confirme  une  charte  notifiaDtlt 
cession  que  Marie,  fille  de  feu  Henri,  hôtelier  de  Saint-Denis,  a  faite 
à  Tabbaye  de  Saint-Denis  du  douaire  que  lui  avait  constitué  son  pre- 
mier mari,  moyennant  une  rente  viagère  de  50  1.  parisis. 

LL.  1157  (Cartul.  blanc  de  Saint-Denis),  f»  69. 

125.  —  1224,  juin,  Saint-Gcrmain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Laya,  a.  1224,  m.  jun.).  —  Charte  de  non-préjudice  accordée  pir 
Louis  Vlll  aux  religieux  de  Jumièges,  qui  lui  ont  fourni  des  chcTinx 
pour  son  armée. 

Arch.  de  la  Seino-Inf.,  Cartul.  de  labbaje  de  Jumièges,  f^  49  (d'aprii 
M.  Delislo).  —  Edition  :  Cartul  Norm.,  n®  1132. 

126.  —  [1224,  juin].  —  «  Recognoissance  de  Louis,  roy  de  France, 
«  par  laquelle  il  conste  que,  lorsque  Tabbaye  du  Bec  a  foumy  des 
«  chevaux  aux  rois  de  France,  lors  des  guerres,  que  ce  n'a  esté  ptr 
«  obligation.  » 

Indication  do  l'Inventaire  des  titres  du  Bec  (Cinq-Cents  de  Colbert, 
vol.  190),  p.  25,  reproduite  dans  le  Cartul.  Norm.,  n®  1133. 

127.  —  1224,  entre  le  14  avril  et  le  mois  de  juin,  Paris.  (Parisius, 
a.  1224,  r.  1).  —  Louis  Vlll  confirme  la  commune  accordée  par  Ph.- 
Auj,'.  en  1182  à  Boauvais. 

Orig.  :  J.  IG7.  —  Anal.  :  Tculet,  n"  1683. 

128.  —  1224,  entre  le  l'i  avr.  et  le  mois  de  juin,  Paris.  (Parisiu-S 
a.  r22'i,  r.  1).  —  Louis  Mil,  à  la  demande  des  religieux  de  Silli,  con- 
lirnie  la  cliarte  que  leur  avait  accordée  Richard  Cœur  de  Lion. 

Bibl.  de  Rouen,  Cartul.  de  Normandie,  f'»  14  v*»  (d  après  M.  Dclisle) 
EuiTio.N  :  Cartul.  Normand,  n'^llSj. 

129.  —  1224,  entre  le  14  avr.  et  le  mois  de  juin,  Paris.  (Parisius. 
a.  122'i,  r.  1).  — Louis  Vlll  juge  un  procès  entre  l'église  de  Saint-Victor 
et  celle  de  Ferrières,  à  propos  des  halles  édifiées  par  Fabbé  de  Forrières 
à  Puiseaux-en-Gûtinais.  L'abbé  de  Ferrières  n'avait  pas  le  droit  de  les 
édifier. 

Orig.  scelle  :  L.  905,  n«>  6.  —  LL.  1450a  (Cart.  de  Saint- Victor). 
116  V".  —  S.  2150  (Cart.  de  Piiiseaux),  n®  14.  pièce  c.  —  Edition: 
Prou,  Les  Coutumes  de  Lorris,  160  (d'après  le  Carl.  de  Puiscaux). 

130.  — -  1224,  entre  le  14  avr.  et  le  mois  de  juin,  Saint-Germain- 
en-Laie.  (.\p.  S.  Germanum  in  Laya,  a.  1224,  r.  1).  —  Louis  VIII  con- 
firme un  accord  conclu  entre  la  comtesse  de  Nevers  et  les  religieux  de 


[app.  vi]  actes  de  louis  viij.  467 

la  (Jhari té-sur- Loire,  à  la  suite  d'une  sentence  arbitrale   rendue  par 
Guérin,  chancelier  de  France. 


130  A.  —  122'i,  entre  le  tiavr.  et  le  moisdejuin,  Saint-Germalnen- 
Laie.  (Ap.  S.  Gerinanuin  in  Laya,  a.  1224,  r.  1).—  Louis  VIII  (ronflrine 
la  vente  que  Dreu  de  Saint- Germain  el  sa  feniine  Jeanne  ont  faite  à 
l'abbaye  de  Joyeiival  du  four  qu'ils  avaient  à  Poîssi. 
Latin  17048.  f"  703. 

131.  —  1224,  enlre  le  14  avr  et  le  mois  de  juin,  Fontainebleau. 
(Ap.  Fontcm  Blaudi,  a.  1224,  r.  1).  —  Louis  VIU,  à  la  demande  delà 
reine  Ingebui^e,  donne  aux  frères  de  t'hdpilal  de  Corbeil  50  muids  de 
blé  de  rente  annuelle,  à  condilion  qu'ils  établissent  13  prêtres  dans 
l'hôpital  pour  la  nélébralion  du  service 'divin. 

Orig,  1  Utin5491.  ot  K.  29.  n"  2*  (vidimiudoct.  1224).  —  E.  158; 
F.  126.  —  JJ.  84,  t"  93.  vldiraus  do  1354.  —  DuoliEsno.  LXVl.  98,  — 
E0ITI0.IS:  H.  F..  XIX,  324.  d'aprb  Berum  Danicarum  atriplores, 
Vï,  127.  —  Cf.  Davidiohii.  Ph.-Aug.  and  Ingeiiorg.  325. 

132.  — 1224,  24  juin.  Tours.  (A.  1224,  r.  1,  die  [est!  soncli  Johannis 
Baptiste,  apud  Turonas).  —  Piotice  relatant  les  conditions  auxquelles  les 
évéques  de  ('oulanres,  d'.Xvranclies  et  do  Lisieux,  ont  quittË  l'année  du 
roi  :  ils  resteront  quittes  du  ser\ice  personnel,  si  l'enquête  établit  que 
tel  est  le  droit  des  ôvèques  de  Normandie  ;  sinon  ils  resteront  a-ssujettis 
à  r.elte  obligation  et  de  plus  paieront  une  amende.  Liste  des  personnes 
présentes  &  l'assemblée. 

E,  IG.  —  Editions^  D'Autcuil.  Min.  d'Elat.  422.  —  Marlcne, 
Ampi  Coll.,  1,  1188.  —  H.  F.,  XXIIl,  637. 

133.  —  1224,  juin.  (A.  1224,  m.  jun.>.  —  Trêve  conclue  pour  une 
année,  entre  Louis  VIII  el  Aïmeri  de  Thouars;  pendant  cette  année 
Aimeri  et  ses  vassaux  seront  les  hommes  du  roi  de  France,  à  moins 
qu'ils  ne  soient  délivré.^  par  le  roi  d'Angleterre. 

E.  182  ï»;  F.  149.  —  Fonteneau.  XXVn  bis.  661  (d'après  I«  TabU 
supplémentaire).  —  Ëditiodb:  Marlèae,  Ampl.  Coll.,  l,  1187-  —  ff. 
P..\Vll.  304. 

134.  —  1224,  juin.  (A.  1224,  m.  jun.).  —  ilugue  el  Raimond  de 
Thouars  promettent  d'observer  le  traité  conclu  entre  Louis  VIII  et 
Aimeri  de  Thouars,  leur  frère. 

Orig.  KoUé:  J.  373.  —  E,  227;  F.  184.  — EomoM:  Teulel,  n"1654. 

135.  —  1224,  [juin.],  au  camp  de  Dumpierre,  près  de  la  Rochelle. 
(.A.  122'é,  r.  1,  in  castris  apud  Dampelram  prope  Rupcllam.)  —  Louis 
conlirme  un  acte  de  Guillaume,  duc  d'Aquitaine,  prescrivant  de  ros- 
pecler  les  possessions  et  les  droits  qu'avait  l'abbaye  de  Saint-Jean 
d'Angéli  au  temps  des  rois  d'Angleterre  Henri  et  Richard. 

Latin  5451   (Garlul.  do  Soiiii-Jowi-d'Atigfli).  f-  99.  —  Fontoncau. 


468  [APP.    VI]  ACTES   DE   LOUIS   VIII. 

XXVII  ùisy  387  (d'après  la  Table  supplémentaire).  —  Editiors  : 
D'Auteuil,  Ministres  d'Etat,  423.  —  Laobe,  Alliance  chronologique, 
II,  606. 

136.  —  1224,  juill.,  devant  la  Rochelle.  (In  obsidione  Rupelie,  t. 
122'i,  m.  jul.).  —  Louis  VIII  confirme  un  acte  par  lequel  Bouchard  de 
Marli  donne  aux  religieuses  de  Port-Royal  une  terre  sise  entre  Gai- 
lardon  et  Ecrosnes. 

Latin  10997  (Carlul.  de  Port-Royal),  fo  2  vo.  —  Eomoscs  :  Félibieil, 
Uist.  de  Paris,  III,  82.  —  Gall.  Christ.,  éd.  nov.,  Vil,  instr.,  98. 

137.  —  1224,  juilL,  devant  la  Rochelle.  (In  castris  prope  Rupellam, 
a.  1224).  --  Charte  de  non  préjudice  accordée  par  Louis  VUIàThi- 
baud  de  Champagne,  qui  lui  a  juré  de  rester  avec  lui  durant  tout  le 
temps  du  siège. 

KK.  1064,  17.  —  CinqConUde  Colhert.  LVI  (Ck>pie  da  Liber  Pria- 
cipum),  20.  —  Collect.  de  Champagne,  GXXXVI,  161.  —  Baluze,  LllX, 
214. 

138.  —  1224,  juill.,  devant  la  Rochelle.  (In  castris  prope  RupeUam, 
a.  1224.)  —  Louis  VIII  informe  le  vicomte  de  Limoges  qu'il  a  reçu  le 
serment  de  fidélité  des  bourgeois  de  Limoges,  sans  porter  aucune 
atteinte  aux  droits  du  vicomte. 

JJ.  34,  45. 

139.  —  1224,  juill.,  devant  la  Rochelle.  (In  obsidione  Rupelle,  t. 
122'i,  m.  jul.).  — Louis  Vlll  confirme  aux  bourgeois  de  Limoges  les 
coutuines  et  libertés  dont  ils  jouissaient  au  temps  des  rois  Henri  et 
Richard. 

E,  91. —  Edition:  Ordonnances,  XII,  314. 

140.  —  122'i,  août,  la  Rochelle.  (Original  :  ap.  Rupellam,  a.  122*. 
r.  2;  registres  :  apud  Rupellam,  a.  122'i,  m.  aug.,  r.  2).  —  Louis  Vlll 
coiilirine  la  cliarle  de  commune  de  Saint-Jean  d'Angéli. 

Copies  anciennes  :  J.  190  a  et  b.  —  E,  119;  F,  92.  —  Editioxs  : 
Ordonnances,  XU,  315  (d  après  E  el  F).  —  Teulet,  n^^  1663. 

141.  —  122»,  i:{  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  3«  feria  anle 
fesluni  Assunipt.  h.  Marie,  m.  aug.) —  Serment  prêté  au  roi  de  France 
par  les  bourgeois  de  la  Rochelle. 

Orlg.  scelle  :  J.  627.  —  E.  119:  F.  92.  —  JJ.  31,  115.  —  Editioxs  : 
liibl.  de  l'Ec.  des  Chartes,  '»«•  strie.  IV,  160,  note.  —  Tculct,  n"  1661. 
—  Arch.  hisl.  du  Poitou,  XX,  23'i. 

142.  —  (Même  date.) —  Liste  des  l,7'i9  bourgeois  de  la  Rochelle 
qui  ont  prèle  sennent. 

Orig.  :  J.  626,  n*'  135.  —  Editio.n  :  Archivées  historiques  du  Poitou- 
X\,  235. 

143.  —  122't,  [du  1"  au  Ti]  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  122i. 
m.  aug.,  r.  2).  —  Louis  VIIÏ  fait  connaître  le  serment  que  le  comte  de 


[app.  vi]  actes  de  louis  VIII.  469 

la  Marche  a  fait  en  sa  présence,  de  faire  jouir  les  habitants  de  File 
d*01éron  des  privilèges  et  franchises  que  possèdent  les  Rochelais. 

E,  119;  F,  92.  —BrilishMus..  Colton  JuliusE  1,  f«  4  v».  —  Moreau, 
DCXXXVII,  105.  —  Edition  :  Champollion,  Lettres  de  Rois,  I,  33. 

144.  — 1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1224,  r.  2).  — 
Louis  Mil  confirme  les  privilèges  dont  la  ville  de  la  Rochelle  jouissait 
au  temps  des  rois  d'Angleterre  Henri,  Richard  et  Jean.  Il  promet  de 
ne  jamais  aliéner  cette  ville,  et  de  ne  point  démolir  ses  remparts. 

Archives  do  la  ville  de  Poitiers,  carton  70  (d'après  V Inventaire') .  — 
E,  119.  —  Brienno,  CCGXVII,  33.  —  Editions  :  Chenu,  Privilèges  de 
Bourges,  193.  —  Galland,  Discours  au  roi  sur  la  Rochelle,  53.  — 
Beslj,   Hist.  des  comtes  de  Poitou,  500.  —  Ordonnances,  XI,  318. 

145.  — 1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1224,  m.  aug.). 
—  Louis  VIII  fait  connaître  le  serment  qu'il  a  fait  prêter  en  son  nom 
par  Mathieu  de  Montmorenci  jurant  sur  l'âme  du  roi,  et  par  d'autres 
seigneurs:  il  s'engage  à  respecter  les  conventions  qu'il  a  conclues  avec 
les  bourgeois  de  la  Rochelle. 

Archives  de  la  ville  de  Poitiers,  cart.  70  (d'après  VInv.).  —  Brionne, 
CCGXVII,  31.  —  Edition  :  Galland,  Discours  au  roy,  55. 

146.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1223  (sic),  m. 
aug.). —  Sauf-conduit  accordé  par  Louis  VllI  à  tous  les  marchands  qui 
auront  des  relations  avec  la  Rochelle.  Si  des  marchands  ennemis  du 
roi  viennent  à  la  Rochelle,  ils  auront  20  jours  pour  se  retirer,  à  partir 
du  moment  où  on  leur  aura  signifié  leur  congé. 

Bricnne,  CCGXVII,  29. 

147.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Original  :  ap.  Rupellam,  a.  1224, 
r.  2.  Registres  :  ap.  Rupellam,  a.  1224,  m.  aug.,  r.  2).  —  Louis  VllI 
cède  à  l'église  de  Cantorbéry  l'hommage  et  le  service  d'Aimeri  de 
Chaource,  bourgeois  de  la  Rochelle,  et  do  ses  héritiers,  qui  seront 
exempta  de  toute  coutume  dans  les  (erres  du  roi  de  France. 

Copie  authent.:  J.  190  b  (vidimus  do  1241).  —  E,  247  v«>;  F,  203  v". 
—  Editions  :  Martène,  Ampl.  Coll.,  I,  1191.  —  Tculet,  n"  166 'i. 

148.  — 1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  122'i,  m.  aug., 
r.  2.)  —  ï^uis  VllI  confirme  une  charte  de  la  reine  d'Angleterre  Alié- 
ner, par  laquelle  elle  donnait  au  monastère  de  Fontevraud  son  homme 
Pierre  Foucher  de  la  Rochelle  et  ses  héritiers,  exemptés  de  toute 
taille  et  de  toute  coutume. 

E,  247  vo  ;  F,  203  v«.  —  Fonteneau,  XXVII  bis,  663  (d'apW»  la  Table 
supplémentaire).  — Edition:  Martène,  Ampl.  ColL,\,  1190. 

149.  —  1 22 'i,  août,  la  Rochelle.  ((iOpie  authentique:  apud  Rupel- 
lam, a.  122'i,  r.  2.  Registres  :  ap.  Rochelam,  a.  1224,  m.  aug.,  r.  2). — 
Louis  VllI  confirme  en  faveur  de  llélie  Bernard  :  1"  Une  charte  de 
Richard  Cœur  de  Lion  l'exemptant,  lui  et  ses  héritiers,  de  toute  cou- 
tume, et  mettant  ses  biens  sous  la  protection  des  officiers  royaux  : 


470  [APP.    VI]   ACTES   DE  LOUIS   VIH. 

2o  Une  charte  de  Jean  sans  Terre,  donnant  en  fîef  à  Hélie  Bernard  d 
à  ses  héritiers  le  minage  royal  de  la  Rochelle,  moyennant  une  net- 
vance  annuelle  consistant  en  une  paire  d'éperons  dorés. 

Copie  aulhent.:  J.  190  b  (vidimus  de  1241).  — -  E.  247  y<»;  F,  203 1«. 
—  Indiqué  dans  Toulet,  I,  n'>*  487  et  505,  à  propos  des  chartes  deRicfatid 
et  do  Jean,  mais  omis  dans  le  tome  II. 

150.  —  1224  [août],  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellara,  a.  1224,  r.  2).  - 
Louis  Vin  confirme  les  privilèges  accordés  par  Jean  sans  Terre  à  Hélie 
Gasquet,  bourgeois  de  la  Rochelle. 

E,  247  vo;  F.  204. 

151.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Copie  authentique  :  ap.  Rupel- 
lam,  a.  1224,  r.  2.  Registres  :  ap.  Rupellam,  a.  1224,  m.  aug.)  — 
Louis  Vin  confirme  les  lettres  de  Richard  Coeur  de  Lion  et  d'Aliénor 
concédant  le  revenu  de  la  balance  publique  de  la  Rochelle  à  la  femme 
de  Guilkiume  Legier  et  à  ses  héritiers. 

Copie  aulhent.  :  J.   192.  —  E,   248;   F,  204.    —   Anal.:  Tcalrt, 
no  1665. 

152.  —  1224  [août],  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1224,  r.  2).  - 
Louis  VUl  confirme  aux  héritiers  de  Guillaume  et  de  Gautier  Offrai  les 
privilèges  accordés  à  ces  deux  derniers  par  Richard  Cœur  de  Lion. 

E,  2'i8;  F,  20'i  vo. 

153.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Copies  du  Tr.  des  Ch.  :  ap.  Rupd- 
lain,  a.  122'i,  r.  2.  Hogistres  :  apud  Rupellam,  a.  1224,  m.  aug.)-" 
Louis  VlU  exempte  de  toute  coutume  Girard  de  la  Chambre,  bonrj:w 
de  la  Uocholle,  et  ses  héritiei's;  en  outre  ils  ne  seront  justiciables  que 
du  roi  ou  du  bailli  principal  du  Poitou. 

Copies  :  J.  190  B.  —  E.  248  ;  F,  20'*  yo.  —  Analyse  :  Tculet,  n»  1666. 

154.  —  1224,   [août]^  la   Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1224,  r.  2.). 

—  Louis  VUl  concède  à  Pierre  de  la  Paie,  bourgeois  de  la  Rochelle, 
moyennant  le  cens  annuel  d'un  besant,  le  revenu  qui  appartenait  au 
roi  sur  les  poissons  de  mer  de  la  poissonnerie  de  la  Rochelle,  et  lui 
confirme  la  pêcherie  et  la  paneterie  de  la  Rochelle. 

E,  248  v«;  F.  205. 

155.  —  122'*,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  122'»,  m.  aug). 

—  Louis  VUl  reroit  l'hommage  lige  de  Dos  de  Matha,  pour  une  renie 
annuelle  de  125  livres  tournois. 

E,  225;  F,  181  v». 

156.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  122*,  m.  aug.). 

—  Louis  VUl  reroit  l'hommage  lige  de  GuiUaume  de  la  Motte,  pour 
une  rente  de  100  livres  tournois. 

E.  225;  F,  181  v".  — Carliilairc  des  sires  de  Rays,  pièce  n«  195(dapri* 
la  Table  analytique  de  Marchegay.  p.  6). 

157.  —  122'*,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  RupeUam,  a.   122i,  m.  auir) 


[app.  vi]  actes  de  louis  VIII.  471 

—  Louis  Vlll  confirme  aux  bourgeois  de  Saint-Jiinien  les  coutumes  et 
immunités  dont  ils  jouissaient  sous  les  rois  d'Angleterre  Henri  H  et 
Richard  Cœur  de  Lion.  11  les  prend  sous  sa  protection. 

E,  91.  —  Edition  :  Ordonnances,  XII,  314. 

158.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1224,  m.  aug.). 

—  Louis  Vin  concède  au  comte  de  la  Marche  les  fruits  des  régales  de 
révôché  de  Limoges,  moyennant  quoi  le  comte  renonce  à  ses  droits 
sur  Mauzé,  que  (iuillaume  d'Apremont  tient  en  hommage  lige  du  roi. 

Orig.  :  J.  347.  —  Fontcnoau.  XXVII  bis,  665  (d'après  la  Table  sup- 
plémentaire). —  Edition  :  Teulel,  n^  1667. 

159.  —  1224,  août,  la  Rochelle.  (Ap.  Rupellam,  a.  1224,  m.  aug.). 

—  Acte  correspondant  du  comte  de  la  Marche. 

Orig.  scellé  :  J.  374.  —  E,  185  ;  F,  150.  —  Edition  :  Martène,  AmpL 
Collectio,  I,  1189. 

160.  —  1224,  août,  Niort.  (Copie  du  Trésor  des  Ch.  :  ap.  Niortum, 
a.  1224,  r.  2.  Registres  :  apud  Nyortum,  a.  1224,  m.  aug.,  r.  2).  — 
Louis  Vlll  confirme  aux  habitanLs  de  Niort  la  commune  et  les  cou- 
tumes, libertés  et  donations  dont  ils  jouissaient  au  temps  des  rois 
d'Angleterre  Henri  et  Richard. 

Copie  :  J.  329.  —  E.  119;   F,  92  v».  —  Editions  :   Ordonnances, 
XII,  315  (d'après  E  et  F).  —  Teulet,  n»  1659. 

161.  —  1224,  [août],  Saint-Maixent.  (Ap.  Sanctum  îMaxencium, 
a.  1224,  r.  2).  —  Louis  Vlll  confirme  en  faveur  de  IVchard  Lequcux 
les  donations  faites  autrefois  à  son  père  Guillaume  Lequeux  par 
Richard  Cœur  de  Lion. 

Copie  ancienne  :  J.  190  a.  —  E,  248  v».  —  Analyse  :  Teulet,  n*>  1656. 

162.  —  1224,  [août],  la  Haie-Descartes.  (Ap.  Uayam  in  Turonia, 
a.  1224,  r.  2).  — Louis  VIII  confirme  les  privilèges  accordés  parPh.- 
Aug.  aux  habitants  de  Poitiers  en  1222. 

Archives  de  la  ville  de  Poilicrs,   carton  1   (d'après  Vlnventaire).  — 
Copie  authentique  :   J.   192   (vidim.   de   1241).  —  Analyse  :    Teulet, 

no  1655. 

* 

163.  —  1224,  aoûL  (A.  1224,  m.  aug.).  —  Les  religieux  de  Saint- 
Sauve  de  Montreuil-sur-Mer  prient  Louis  VIII  de  ratifier  l'élection  de 
Simon,  qu'ils  ont  choisi  pour  abbé. 

Orig.  scellé  :  J.  346.  —  Edition  :  Teulet,  no  1669. 

165  *.  — 1224,  sept.,  Saint-Cermain-en-Laie.  (Ap.  S.  (»ermanum  in 
Lava,  a.  1224,  m.  sept.,  r.  2).  —  Louis  VIII  confirme  les  franchises  et 
coutumes  de  la  Réole  et  détennine  les  relations  de  celte  ville  avec  la 
couronne. 

E,  119  vo;  F,  93.  —  Editions:  Ordonnances,  XII,  316.  —  Compte- 

i.  Le  numéro  164  a  été  supprimé. 


472  [APP.    VI]    ACTES   DE   LOUIS    VIII. 

rendu  des   trav.  de  la  Commiss.  des  mon.  histor.  de   la   Gironde, 
années  1846-1847,  p.  70.  —  Giry,  Relat.  de  la  roy.  et  des  villes,  63. 

166.-1224,  [sept.?]  Paris.  (Parisius,  a.  1224).  —  Louis  VU! 
confirme  les  droits  municipaux  dont  jouissaient  les  bourgeois  de  la 
Réole. 

E,  119  vo;  F,  93.  —  Editions  :  Ordonnances,  XII.  317. —  Commiss. 
des  mon.  histor.  de  la  Cir.,  ann.  1846-1847,  p.  71.  —  Giry,  Belat. 
de  la  roy.  et  des  ailles,  64. 

167.  —  1224,  sept.  (A.  1224,  m.  sept.).  —  Charte  de  non-préjujiicc 
accx)rdée  par  les  chanoines  de  Sainte-Croix  d'Orléans  au  roi  Louis  Vlil, 
qui  leur  a  permis  d'affranchir  leurs  serfs  demeurant  en  dehors  des 
terres  du  chapitre. 

Orig.  scellés  :  J.  170.  —  JJ.  31,  31  v<>.  —  Editions  :  Bibl.  de  l'Ec, 
des  Ch.,  2»  série,  t.  IV,  519.  —  Teulet.  n«  1670. 

168.  —  1224,  oct.,  Paris.  (Parisius,  a.  1224,  m.  oct.).  —  Louis  VIU 
donne  à  son  panelier  Pierre  Baron  30  livres  de  rente  viagère  sur  la 
prévôté  de  Paris. 

E,  250;  F,  206  v». 

170^—  1224,  oct.,Melun.(Melcduni,a.  1224,  m. oct.).  —  Louis  Vlll, 
sur  la  demande  des  deux  parties,  atteste  des  conventions  conclues 
entre  Jean  de  Nesle  et  la  comtesse  de  Flandre,  au  sujet  de  difficultés 
survenues  pour  la  vente  do  la  chàtellenie  de  Bruges.  Liste  de  témoins. 

Orig.  scellé  :  Chartes  de  Colbcrt.  pièce  7  (Carton  344  des  Mélanges  de 
Colbcrt).  —  Arch.  dcp.  du  Nord,  B.  1568  (8«  Cartul.  de  Flandre),  piècc2. 
—  Edition  :  Le  Glay.  Histoire  de  Jeanne  de  Constantinople,  16'i. 

171.  —  1224,  oct.,  Lorris.  (Ap.  Lorriacum,  a.  1224,  m.  ocl.).  — 
Louis  VIII  déclare  que  si  Issoudun  sort  jamais  du  domaine  de  la 
couronne,  le  détenteur  de  celte  ville  devra  jurer  à  l'archevêque  de 
Bourges  la  commune  et  la  trêve,  comme  le  font  les  autres  barons  du 
pays. 

Nouv.  acquis,  latines,  n"  1274  (Cartul.  de  Bourges),  f'»  38.  — Editio:»: 
Rayual,  Hist.  du  /ierry,  II,  315. 

172.  —  1224,  [orl.?it  Lorris.  (Ap.  Lorriacum,  a.  1224,  r.  2).  — 
Louis  Vlll,  en  réroni|)enso  des  services  de  Thibaud  de  Monlargis  son 
archer,  airraiichil  sa  femme  Odeline,  ainsi  que  ses  héritiers  à  venir; 
il  leur  accorde  en  outre  la  possession  de  tout  ce  qui  a  été  donné  à  Ode- 
line, à  son  mariage,  par  son  oncle  Baudouin  de  Villeneuve,  serf  du  roi. 

E.  2'i8  v»;  F.  205. 

173.  —  i22i,  ocl.  (A.  1224,  m.  oct.)  —  Louis  Vlll  donne  en  fief'» 
liges  il  Pierre,  comte  de  Bretagne,  Champtoceaux,  Montfaucon,  et 
toute  la  terre  que  possédait  Thibaud  Crespin. 

E,  182  V";  F.  liO.  —  Editions  :  Dom  Moricc,  Preuves  de  l'Histoire 

1.  Le  numéro  169  a  été  supprimé. 


[APP.    Vl]   ACTES   DE   LOUIS   VIII. 


17*.—  1224,  ocl.  (A.  1224,  m.  ocl.).  —  L'abbé  et  les  religieux  de  la 
RCour-Dieu  reconnaissent  qu'ils  ne  peuvent  accueillir  les  hommes  du 
rot  dam  leur  maison  do  Buiscomniun,  et  qu'ils  ne  peuvent  vendre  de 
D  qu'après  le  banïin  du  roi. 

Orig,  «eelli;  J,  '.26,  —  E.  158;  F.  126 v"   —  JJ,31,55.  —Edition; 


.  — 122'.,  oct.  (A.  1224,  ni.  ocl.)-  —  Ilichard,  abW,  et  tous  les 

■religieux  de  LirC -déclarent  céder  à  Loui!<  VIII  leui-s  droits  air  la  forêt 

[de  Brelenil,  sauf  le  pasnage,  l'herbage  et  la  dlme  des  revenus  de  la 

(brét  ;  Louis  VIII  leur  cède  en  échange  760  arpents  de  bois  sis  dans  la 

|b*ie  de  Lire. 

Orig.  tcdlA  ;  J.  7^1.  —  Indiqué  :  JJ.  31,  <i^.  —  Editions  :  Cariai. 
Normand,  n"  332.  —  LePrèïosl,  Mélanges,  l.  428.  — Teulol,  a'  1672. 


-  122'.,  nov.,  Paria.  (Parisiu: 

3  Montfort  déclare  qu'il  afait  la  pai 

uidonné  tous  les  droits  qu'il  avait 

■e  hommage  au  roi  de  Krance. 

Copie  anc.  :  J,  318.  —  JJ.  34,  '.I 


—  Edi 


1324.  m.  nov.).  —  Amauri 
:;  llélie  Rudel,elque,  ayant 
ui,  il  lui  a  donné  licence  de 

;  Tmilel,  n"  1673. 


I 


177.  —  122'.,  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1224,  m.  nov.).  —  Louis  VIU 
eoncMe  à  Kourré,  son  archer,  huit  arpents  de  lerre  situés  entre  Com- 
piègne  et  Choisi -au -Bac,    et  deux    arpents  et  demi  situés  h,  Vieux- 
Moufin,  moyennant  12  deniers  de  cens. 
E,  249;  F,  205. 

17*.  —  1224,  nov..  Compiégne.  (Compendii,  a.  1224,  m.  nov.).  — 
Louis  VIII  déclare  que,  sur  la  demande  de  son  chancelier  Guérin,  il 
donne  au  doyen  et  au  chapitre  de  Coulances  l'église  de  Saint-Martin  de 
Ilelval  prt^s  Cx>utances,  dont  le  roi  était  patron.  Le  doyen  et  le  chapitre 
ont  promis  de  célébrer  l'obit  de  Philippe-Auguste,  et  celui  de  Louis  et 
Guérin,  après  leur  mort. 


R^lro  n"  1  doB  Arcb.  do  l'évichË  de   Coulancei.  î°  174,  ch.  i 
(d'apri*  M.  Delîilo)    —  EomoM  ;  Cartul.  Normand,  n"  333. 


>290 


17».  —  1224.  nov,,  Compiègne.  (Compendio,  a.  1224.  m.  nov).  — 
Louis  VIII  donne  aux  religieuses  de  Morienval  le  droit  de  prendre  une 
_  charretée  de  bois  mort  dans  son  bois  de  Cuise  ;  moyennant  quoi  elles 
it  abandonné  toute  prétention  sur  ce  bois. 
E,  158  y;  F,  127. 

-  1224,  nov.,  Reims.  (Remis,  a.  1224,    m.   nov.).  —  iiélie 
eigneur  de  Bergerac,  fait  hommage  lige  à  Louis  VUl. 

-  Dupuj,  I,  59.  —  Editio.i  : 


474  [APP.    VI]   ACTES  DE   LOUIS   VIU. 

181.  —  1224,  nov.,  Reims.  (Remis,  a.  1224.  m.  nov.).  —  Loujs  VIII 
déclare  qu'il  n'aliénera  jamais  l'hommage  lige  de  HéJie  Itudel. 

Copie  sncionne  :  J,  318,  —  JJ,  34.  41  y.  —  .Vkal.  :  Tculel,  n"  1675. 

182.  —  1224,  [13  ou  14  noï.],  Chàlons-sar  Marne.  (Calhalaiini, 
a.  1224,  r.  2).  —  Louis  VIII,  gur  la  prière  de  Guillaump,  fv^qne  de 
(^h& Ions-sur- Marne  el  comte  du  Perche,  conlinne  une  donation  dudit 
Guillaume  à  l'église  de  Sainl-ËUenne  de  Chfilons. 

E.  139  V".   F.  110  V».  —  Editio.'.  ;   Marlène,  Ampl-  Coll..  I.  1191. 

183.  —  122'..  noï.,  CondansC?)  (Confluaci  (*ic),  6*1224,  lo.  nov.). 
—  Louis  VIII  déclare  qu'à  partir  du  8  courant.  Tbibaud  do  Champagnt 
ne  pourra  retenir  les  Juifs  du  roi,  à  charge  de  réciprocité- 

Cinig-conb  de  Colhcrt.  LV[  (copie  du  Liber  Prïndpum).  19  **>• 

183  A.  —  1224,  nov..  Bruyères.  (Apud  Bnierias.  a.  1224,  m.  no».).— 

Louis  Vlll  mande  Ases  prévAts  dcLaonetde  Saint-Quentin  de  prendra 

sous  leur  garde  les  biens  de  l'abbaye  de  Foigni  sis  dans  leun  prévale. 

Latin  18S74  (Cartul.  de  Ftngni).  f*  263. 

184,-1224,   nov.,  Catane.  (Cathana-,  a.  1223  (aie),   m.  nov.).  - 

Traili'  d'alliance  conclu  enlre  Frédéric  II  et  Louis  VIII. 

E,  168  v°.  —  Editiuks  :  Martine,  Ampl.  Collectio,  I.  HB3  et  \\% 

—  H  t..  XVII.  307.  note.-  Moniinunta  Germanûr.   Legea.  Il,  IM 

—  HuiUard-Bréfaoltos.  llisU  dipl.  Fr.  II.  1.  11.  1"  partie.  462. 

185.  —  1224,  nov.  (A.  1224.  m.  nov.).  —  Bernard,  abbi*  de  Préaux, 
et  les  religieux  dudit  lieu  déclarent  avoir  cédé  &  Louis  VIII  l'empU- 
cement  de  leurs  moulins  sis  près  de  Neufchâlet.en  échange  de  40  sans 
de  rente  annuelle  sur  la  vicomte  de  Neufchâlel,  et  d'une  demî-acre  i* 
terre  dans  les  prés  du  roi  sis  en  face  Neuville. 

Orig.  scom  :  J.  215.  —  JJ.  31,  55.  —  Editions  :  ffeuttria  fia.  Slî 

—  Cariulaire  yorm.,  n°  334. 

184.  —  1224,  déc..  Saint -Germain-en-Laie.  (Apud  S.  Germuium 
in  Laya,  a.  1224,  m.  dec).  —  Louis  VlII  atteste  que  ltob«rl  dr  Viti 
a  reconnu  en  sa  présence  n'avoir  point  de  droit  héréditaire  sur  U  1 
mairie  de  Vin;  le  chapitre  de  Notre-Dame  de  Paris  lui  a  afTeriné  Ifr  I 
dite  mairie  pour  une  année. 

Copie;  K.  1214. 
187.  —  1S24,  [déc.].  Saint  Germain -en- Laie.  (Ap.  S.  Gennanum  il 
Laya,  a.  1224).  —  Louis  Vlll  confirme  un  jugement  arbitral  rendu  «■ 
déc.  1224  par  Guérin.  év.  de  Senlis,  chancelier  de  France,  pour  liicfl 
les  droits  respectifs  des  chanoines  et  du  maire  de  Sois.«uns  dans  la  villtl 
e(  dans  la  banlieue. 

s,  CXXXIV.  219.  —  Ax^J 


-  1224,  déc.  (A.  I22'i,  m,  dec), 


i 


[APP.    VI]   ACTES   DE   LOUIS   Vltl.  475 

[  Meiun,  déclare  svnir  cédé  k  Louis  Vlll  tout  ce  qu'il  avail  i  Bcauforl  en 
,  Anjou,  moyennanl  100  livres  lournois  payables  chaque  année  sur  la 
\  prêvdtéde  Loudun,  jusqu'à  la  majorité  des  enfants  que  sa  femme  a  eus 
l'  de  son  premier  mari,  le  vicomte  de  Melun. 

Orig.  :  J.  178. —  JJ,  31.  110.  —  Editiou  :  Teulol.  n- 1678. 
ise.  —  Fin  do  1221  î  Montargia.  (Ap.  Montem  Argi,  a.  1224,  r.  2).  — 
'   Louis  Vlll  confirme  :  1°  un  acte  par  lequel  Louis  VII  recevait  de  Robert, 
^  fils  de  Morin,  l'alleu  nommé  Roiscommun,  moins  quelques  maisons 
et  quelques  terres  grardées  par  Robert,  el  donnait  audit  Robert  la 
conciergerie  du  palais  à  Bois(^ommlm  :  2"  la  vente  de  celte  concier- 
gerie, de  ces  maisons  et  de  ces  terres,  faite  en  présence  de  !xmia  Vlll, 
par  Emmeline  et  Ermengarde,  héritières  de  Robert,  à  Adam  «  Saliens 
I   'n  bonum  »,  bourgeois  de  Boiscommun. 
E.  3'i9;  F,  205  v. 

180.  —  Fin  de  1224  ?  Monlargis.  (Ap.  Montem   Argi,  a.  1224).   — 

Louis  Vlll    accorde   à  Geoffroi,   son    fauconnier,   24  livres  de  rente 

annuelle  sur  la  prévdté  de  Lorris,  jusqu'au  moment  où  lui  reviendra 

une  terre  que  lient  la  reine  (ngeburge,  et  que  Philippe-Auguste  avait 

.   donnée  audit  Geoffroi. 

E.  225;  F.  182.  —  Eoitiok  :  Daïidsohn.  Phil.-Aag.  and  Ingeborg. 
32i, 

191.  —  Fin  de  1224  ï  Montargis.  (Ap.  Montem  Argi,  a.  1224,  r.  2).  — 

I   Louis  Vlll  confirme  la   commune  et  les  coutumes  des  bourgeois  de 

Saint-Ëmilion.  11  leur  promet  de  ne  point  détruire  les  remparts  de  la 

ville,  el  de  ne  les  placer  jamain  hors  sa  main.  H  pourra  construire  une 

forteresse  oîi  il  le  voudra  dans  la  ville. 

E,  119  V;  F.  93.  —  Editiomb;  Ordofin.,  Xll,  317.  —  Girj,  Rela- 
tion!. 65. 

19».  —  Fin  de  1224  î  Sain  Uïormain -en -Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Laya,  a.  1224,  r.  2).  —  Louis  VIU  conlirme  à  l'abbaye  de  SainlMainenl 
les  droits,  possessions  et  privilèges  dont  elle  jouissait  au  temps  des 
rois  d'Angleterre. 

E.  159;  F,  127  V.  —  JJ,  53,  n"  278.  t- 117  V  (vidimiudo  1317),— 
Edition  :  Arch.  hUt.  du  Poitou.  XI,  163. 

193. —  Fin  de  1224?  Paris.  (Parisius,  a.  1224).— Louis  Vlll  concède 
à  Raoul  du  Mesnil  une  grange  sise  à  Alencon,  avec  la  maison  et  l'enclos 
qui  en  dépendent,  moyennant  10  sous  tournois  de  redevance  annuelle. 
E.  249;  F,  205.  —  Edition  :  Cari.  Tform..  a'  J40. 

194.  —  122'tTL«uis  Vlll  donne  h  l'abbaye  de  Joyenval  60  arpents 
du  bnis  de  Cruie. 

E,  159;  F,  127  v«, 

195.  —  1224  1  —  Luuiï    Vlll  ciinriniic  la  venU'  faite  par    llugue 


[aPP.    Vf]    ACTES   DE  LOUIS   VIU. 

Plouques  à  Adam  de  Miili  de  plusieurs  fiefs  que  lui  avait  roncédn 
Ph.-Aug.,  el  qu'Adam  tiendra  en  hoimiiage  lige  <lu  roi. 

E,  225i  F.  182, 
IM.  —  1225,  Il  janv..  Sens.  (Senonis,  a.  1224,  m.  jan..  in  m^nit 
sanrii  Hylarii.).  —  Guillaume,  abbé,  cl  tout  Ig  couvent  de  S&inl-Jun 
de  Sens  déclarent  que  ïturleur  mandement  Gamier  des  Présa  jur^  au 
roi  Louis  VIU  de  lui  livrer  à  la  première  réquisition  sa  forleresw  de 
Noion,  mouvante  de  ladite  abbaye. 

Orig   1C0II6  :  J.  261-  —  JJ.  31.  50  ï°.  —  Eoitioi.  :  Toulel,  n"  168Ï. 

197.  Même  date.  —  Gautier,  archevêque  de  Sens,  ratilic  la  prété- 
dente  déclaration. 

Orig.  KcllÉ  ;  J.  261.  —  Abal.  :  Teulct.  n°  1688. 
I»8.  —  1225,  janv..  Sens.  (Senonis,  s.  1221,  m.  jan.)-  —  St'verin, 
abbé  de  fontaine- Jean,  et  tout  le  couvent  déclarent  avoir  reçu  de 
Louis  VIU  un  arpeni  de  terre  h  Moun  en  G&tinais,  pour  y  construire 
une  granjre. 

Orig.  scellé  :  J.  731,  —  JJ,  31.  57  —  As*i.,  :  Tciilcl,  n«  1690, 
19».  —  1225,  janv.,  (A.  1221,  m.  jan.).  —  Lebert,  doyen,  et  tout  le 
chapitre  de  Sainte-Croix  d'Orléans,  s'engagent,  s'ils  s'arraniiY'nl  ««v 
leurs  homme.s  de  corps  de  la  terre  d'Étampes  au  sujet  de  leiir  affran- 
chissement, k  payer  au  roi  200  livres  parisis  pour  obtenir  son  consen- 
tement. 

Orig.  scellé;  J.  170.  — JJ.  31.  43.  —  Editioh  ;  Teulet,  n»  1691. 
900.  —  1225,  janv..  Sens.  (Senonis,  a.  1324,  m.  jan.).  —  Loui«  VQI 
autorise  le  doyen  el  le  chapitre  de  Sainte-Croix  d'Orléans  à  affranchir 
leurs  hommes  de  corps  de  la  terre  d'Etampcs. 

Français   11538.   f"   143.  —Charte»  ol  dipiémc,   GXXXV,   48.   - 

aoi.  —  1224-1225,  [janv.]  ?  ,  Sens.  (Senonis,  a.  1224).  —  Louis  VIA 
faisant  droit  aux  réclamations  que  lui  avaient  Bdres.sées  les  Templlen 
au  sujet  d'im  moulin  qu'il  avait  fait  construire  prés  de  son  chiteau  de 
la  Rochelle,  décide  qu'aucun  autre  moulin  ne  pourra  être  conslmit  t 
la  Rochelle  dans  les  eaux  dudit  moulin,  soit  en  dessous,  soit  en 
dessus,  et  que  ledit  moulin  servira  seulement  pour  la  garnison  rojale. 
E,  159;  F.  127  y. 

909.  —  1225,  [fév.],  Melun.  (Meleduni,  a.  I22ii,  r.  2).  —  Louis  VIU 
confirme  la  charte  d'affranchissement  concédée  en  février  123S  ]wr  le 
doyen  et  le  ctiapilre  de  Sainte-Croix  d'Orléans  à  leurs  hi^mnns  ie 
corps  de  la  terre  d'I^tampes. 

EtiiriaNs  :  D.  Fleurcau.  Àalii/iiile:  d'Etampes.  39.  —  Ordonmanta. 
XI.  322.  —  Giiiiot.  //,.,(,  de  la  Civil,  çn  /V..  IV.  Preuf»..  3«  (TwI- 
fr,). 


[APP.    VI]   ACTES   DE   LOUIS   VIU.  477 

12Î5,  fév.,  Molun.  (Meledunî.  a.  122^  m.  febr.).  —  Renaud 
de  Monlfaucon  déclare  avoir  promis  à  Louia  VIU  de  ne  lui  causer 
aucun  préjudice  par  le  moyen  de  sa  forteresse  de  Monlron. 

Orig-  scellé  :  J-  339,  —  JJ-  31.  89.  —  Edition  :  Teulel,  n»  1695. 
3M.  —  1225,  Kv.,   Saint  Germain-en-Laie.   (Ap.  S.  Germanuin  in 
Loia,  a.  122^,  m,  febr.).  —  Louis  VIU,  à  la  demande  de  l'abbé  ëL  du 
chapitre  de  Saint-Denis,  vidime  et  confirme  un  acte  par  lequel  ils  affran- 
chissent Pierre  Touquin  et  sa  femme  Ermengarde. 

LL.   1157  (Csrtul.  blanc,  tomo   I).    t-    505;  LL.     1IQ7  (Cirlul,   do 
Saint-Dcma,  Ruet,  xiii'  a.],  f"  9. 

aiS,  —  1225,  fév.,  Saint-Germain-en-Laie.  (.^p.  S.  Germanum 
in  Laya,  a.  1224,  m.  febr.).  —  Louis  VII!  c^mfirme  un  acte  par  lequel 
Guillaume,  comte  de  Glermonl,  donne  en  dot  &  sa  lille  Catherine, 
Honleil,  n  Trancoc  n,  Herment  et  Montferrand. 

E,  1S5;  F,  150.—  Editiu.n:  B»i>ae,  flist- de  la  maison  d'Auvergne, 
U.  263. 

sas.  —  1225,  fév.,  Saint-Deniii.  (Ap.  Sanrtum  Dyonisium,  a.  1224, 
ta.  febr,).  —  Guillaume,  archevêque  de  Reims,  neveu  de  feu  te  comte 
de  Deaumont,  fait  abandon  au  roi  et  à  Thibaud  de  Reaumonl  de 
toul  ce  que  son  oncle  avoit  dans  le  comté  de  Beauniont, 

Orig,  tccllé  ;  J.  168,  —  Edition  :  Douct  d'Arcq,  Recherches,  110, 

,  —  1225,  fév.  (A,  1224,  m.  febr.).  —  Jean,  abbé  de  Saint-Victor 
de  Paris  et  tout  le  couvent  reconnaissent  n'avoir  aucun  droit  d'usage 
dans  la  forêt  de  Saiut-Gerrnain  pour  leur  maison  de  Ghanleau,  sauf 
ce  qu'il  plall  au  roi  de  leur  donner, 

Orig.  loallft  ;  J,  731,  —  JJ,  31,  48  V,  —  Aii*i.,  ;  Toulol,  n"  1699. 

9«S.  —  1225.  fév.  (A,  1224,  m.  febr.).  —  Rapport  adressé  au  roi  par 
Aleaume  d'Amiens  sur  la  manière  dont,  au  temps  de  Phil.-Aug,,  on 
'bisail  payer  les  dettes  contiactées  dans  la  prévûlé  d'Amiens  par  lex 
nobles  et  les  francs. 

Û,  —  Edition  :    Aug,   Tliiorrv, 

s-Elat,  I,  198, 

Même  date,  —  Lettres  de  même  teneur  de  Hugue  des 
Fontaines, 

Orig.  Bcell*  ;  J.   231.  —  Grenier,  GX,   143.  —  Edition:  Teulol, 
n"  1697. 

10.  —  1225,  entre  fév,  et  le  29  mars  (A.  1224,  r.  2).  —  Louia  VIU, 
Kir  la  demande  de  Jean  de  Nesie,  confirme  l'acte  de  février  1225  par 
'lequel  ce  seigneur  déclore  définitivement  consommée  la  vente  qu'il  e 
fcîte  &  la  comtesse  de  Flandre  de  la  ch&tellenie  do  Bruges. 
Orig.  icellé  :   disrlcs  de  Colbert. 
CotbcrI);   exemplaire  exposé  i  la  galci 


478  [app.  vi]  actes  de  louis  vin. 

E.185;    F,  150.  —  BomoBB:    Martine,  ^mp/iîj.   Col/,.  1.  1196. - 
lUtàg,  Codex  diplont..  Il,  1917. 

ail.  —  Du  14  juiil.  1224  au  29  mars  1225,  Pans.  (Parisius,  a.  liîl, 
r.  2).  —  Louis  VIII  conTirme  les  coulumes  et  privilèges  accunUs  par 
Ph.-Aug.  auï  habilatiU  de  Bourges  et  de  Duii. 

Editions  :  Jean  Chenu,  Anliq.  et  privil.  de  la  ville  d«  Bourget.  1 
—  La  Thauoiassière.  Coût,  du  Berry,  64.  —  OrdonnaaceM,  W,  3Ï0. 

312.  —  Du  14  juin.  1224  au  29  mars  1225,  Paris.  (Parisius.  a,  IMi, 
r.  2).  —  Luiiis  VIII  confirnie  l'aclo  de  Louis  VU  portant  abolition  de 
certaines  mauvaises  coutumes  dans  la  ville  el  la  seplaine  de  Bombes. 
et  l'acte  de  Pli.-Aug.  eonfirmanl  le  précédent  et  accordant  de  iiouvell» 
réformes. 

Editions  :  Chenu,  Privil.  de  Bourges,  2  et  S.  —  Labbe.  Alliaiiti 
ehronol.,  II.  200.  —  La  Thaumu»ière,  Coutume  du  Berry.  (7.  — 
Ordonn..  I.  18. 

ai3.  —  Diil4juili.  1224  au  29  mom  1225.  Paris.  fParisiits,  a.  lïïi. 
r.  2).  —  Louis  VllI  confirme  l'abolition  de  la  mainmorte,  accordée  par 
Louis  Vtl  et  Ph.-Aug.  aux  habitants  de  Bourges  et  de  Dun. 

9  v>;  F,  67  *".  —  Editions  :  La  ThautnaMÎiro.  op.  cil.,  6".  — 


Ordo« 


.  XI,  321, 


ai«.  —  Du  14  Juin.  1224  au  29  mars  1225,  Paris.  (Parisius,  a.  1334. 
r.  2).  —  Charte  de  Louis  VIII,  de  même  teneur  (ju'un  acte  de  PhiL- 
Aug.,  permettant  au\  bourgeois  de  Bourges  de  choisir  k  l'article  de  la 
mort  un  de  leurs  amis  comme  bailliatre  de  leurs  enfants. 

E,  89  ï";  F.  68.  —  Cf.  lacle  do  Ph.-Aug.  dam  Ordou»..  I.  22. 

aiB.  —  Du  14  juin.  1224  au  29  mars  1225,  Paris.  (Parisius.  a.  liH, 
r.  2).  —  Louis  VlU  conlirme  les  coutumes  et  privilèges  que  Ph.-Aug. 
avait  accordés  aux  habitants  de  Dun  et  de  la  ch&tellenie. 

t  Coiilumier  général,  Ul,  1001.  — 

218.  —  Du  14  juill.  1224  au  29  mars  1225,  Paris.  (Parisius,  a.  1»(, 
r.  2).  —  Louis  VllI  donne  à  l'église  et  au  chapitre  de  Silli  60  acres  de 

terre  de  la  forêt  de  GoulTern. 


E,  158;  F,  126  v 


-  EmTioN  ;  Cartui.  Normand,  i 


'339. 


217.  —  Du  14  juill.  1224  au  29  mars  1225.  Paris.  (Pariaitis.  a.  !«(. 
r.  2).  —  Louis  VIII,  à  la  demande  du  chancelier  Guérin,  r«nfinn«  la 
cession  faite  par  Enguerran,  chanoine  du  Laon,  â.  Tobbayc  de  Notre- 
Dame  de  la  Victoire,  de  tout  ce  qui  lui  avait  été  donné  par  Conun  d« 
Béthunc  à  RulH  et  k  Chaniici. 


Orig,  :  Supplém,  !i  dom  Grenier.  CCCXLVI,  4,  piiœ  n-  3,  — ChwW 
AfTortv.  1.- 259,  et  XIV.  477 


eldiptûme>,CXXXlV.217, 

Ducbeïno,  lUst.  de  la  maison  de  Bélhi 

Hitl,  des  ministres  d'Etat,  424. 


-  Eoitio»  : 


[APP.    VI]   ACTES   DE   LOUIS   Vllt.  479 

-  Du  t'>  Bvr.  122'>  au  29  mar»  1225,  Paris.  (Pariaiua,  a.  1224). 
-  Arrât  de  la  cour  du  roi,  rendu  à  l'occasion  d'un  débat  enlre  la  com- 
«  de  Flandre  et  Jean  de  Nesle. 

E.  172  V ;  F,  136  V.  —  P.  2529,  ^  30,  daprts  le  reg.  A  de  la  Ch. 
âe»  ComplM  (Trad.  franc.},  —  Editions  ;  Outre  les  nambreusea  édîlionï 
signaliei  dans  la  Table  des  Dîptttmes  et  la  TabU  chronol.  àe  Wauters: 
Boutario,  .IctM  da  Pari,  de  Paris,  ccciii  ;  —  Langlois,  Texits  relatifs 
1  l'kht.  du  Parlement.  35. 

[  IIB.  —  Du  r<  Juin.  1224  au  29  mars  1225,  Saint-Germain -en- Laie. 
\Ap.  S.  Gcrinanuni  in  Laya,  a.  1224,  r,  2).—  L«uis  VIII,  sur  la  demande 
de  Blanche  de  Casiille,  lui  confirme  son  douaire,  à  savoir  :  Bapaume, 
Lens  et  Ilesdin,  avec  leurs  dépendances. 

Arch.  du  PaB-da-CBUia,  liauo  A.  36,  piica  n"  4  (vidimus  de  1291).  — 

■  E.  i;Oi  F,  135.  —  EoiTMN  :  Morlino,  Ampliss.  Collectio.  1.  1192. 

^Kevi 

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■  9! 


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SS*.  -  Du  14  juill.  1224  au  29  mars  1225,  Pont-Levoi.  (Ap.  Ponlem 
ivoy,  a.  1224.  r.  2).  —  Louis  VIII  confirme  la  charte  que  Louis  VU 
it  accordée  en  1169  à  l'abbaye  de  Mozac. 
Copie:  K.  184,  no  54. 
aZl.  —  Du  14  avr.  1224  nu  29  mars  1225.  (A.  1224).  —  Louis  VIB 
notifie  un  arrêt  de  sa  cour,  tranchant  après  enquête  un  débat  entre 
l'évèque  d'Auxerre  et  Gaucher,  comte  de  Joigni  ;  Gaucher  n'avait  pas 
le  droit  d'élever  de  forteresse  près  de  Varzi. 

V";  F,  111  Y"  —Edition:  Marlôna,  Ampliss.  Coll.,  1.  1196, 
14  avr.  1225  au  29  mars  1225.  (A.  1224).  —  Herbert,  abbé, 
et  le  couvent  de  Sainte-Geneviève  de  Paris  reconnaissent  c]ue  l'auto- 
risalion  du  roi  leur  est  nécessaire  pour  qu'ils  puissent  envoyer  des 
prisonniers  à  la  prison  de  Rosni,  construite  par  eux  sur  la  permission 
'  ï  Louis  V'IU. 

Orig,  scellé  :  J.  152.  -  JJ,  31,  49  v.  —  Awaltse  :  Teulel.  n'  1684. 

SS3.  —  1225,  du  l"au29  mars,  Paris,  (Parisius,  a.  1224,  m.  martio). 

-  Les  chanoines  do  Laon  ayant  exigé  de  leurs  hommes  de  Paissi  de 
l'argent  pour  le  service  d'ost  du  roi,  Louis  VIII,  sur  la  plainte  des 
hommes  de  Paissi,  ordonne  aux  chanoines  de  restituer  ce  qu'ils  leur 
ont  pris,  et  les  ajourne  &  comparaître  en  sa  présence  pour  fournir  des 
jBiplications. 
I  Charles  et  diplômes,  CXXXV,  97. 

fM.  —  1325,  du  1"  au  29  mars,  Anet.  (Aneli,  a.  1224,  m.  niarcio).  — 
Louis  \'lll  cède  à  Simon  de  Valgontard,  en  échange  du  bois  attenant 
à  la  forél  d'Aincourt,  30  arpents  de  bois  sis  près  de  sa  maison  de  Val- 
gontard. 

E,  225  V;F,  182. 
r  835.  —  1225,  du  1"  au  29  mars  (a.  1224,  m.  marcio).  —  Hichard, 
hbbé  do  Lire,  et  tout  le  couvent  de  Ure  cèdent  au  roi  leur  droit  d'usage 


480  [APP.   V!]   ACTES   DE   LOUIS   VID. 

lions  la  forêt  de  Breteuil,  toul  en  faisant  certaines  réserves  :  Louis  V 
leur  donne  en  ëchang(>  88  arpenls  de  bois  dans  la  haie  de  lire  et  di 
le  bois  attenant  à  ladite  haie. 

Orig.  scellé  :   J.  731    —  Indiijuë  .   JJ.  31.  41.  —  Edition  -.  Carlul. 

Noi-m..  oP'i'i^. 

33«.  —  1225,  [du  1"  au  29  mars],  Breteuil.  (Ap.  Britolium,  a.  IM*, 
r.  2).  —  Louis  Vlll  relate  le  précédent  échange. 

E,  159  ¥":  F,  127  v".  —  Editios  :  Martène.^n./»/iM.  Coll.,  I.IIM. 

227.  —  1225.  du   1"  au  29   mars,  Breteuil.  (BriloLi,  a.   122*.  n 

niarcio).  —  Louis  Vlll  accorde  h.  Aubin  Potiu  de  Nonancourt  et  à  ai 

liéritiers  la  sergenterie  telle  que  Guillaume  Potin  son  père  l'a  leouBa 

E.  249;  F,  205  V.  —  EniTioit  :  Cartul.  Normand,  d"  337- 

93».  ~  1225,  du  1"  au  29  mars,  Beaumont-le-Roger.  (Ap.  Bellui 
montem,  a.  1224,  m.  marcio).  —  Mathieu  de  Montmorencî,  conni 
de  France,  déclare  que  Louis  VIII  lui  a  donné  son  vivier  de  Ba. 

Orig.  uxU:  i.  731.  —  JJ.  31.  95.  —  Edition  :  Duchcsne.  tfiil.  44 
la  maison  de  Montmorenc'i.  pr..  88. 

229.  —  1225,  du  1"  au  29  mars.  (A.  1224,  m.  marcio),  —  Loui 
donne  à  Mathieu  de  Montmorencî  tout  ce  qu'il  avait  &  Maffliers. 

E.  225  ï";  F.  1B2.  —  Ulin  5149.  f-  1  t",  —   Editioh  :  Docbeawt 
HUt.  de  la  maison  de  Monlmorenei.  pr.,  87. 

330.  —  1225,  [mars  ?],  le  Vaudreuil.  (Ap.  Vallem  Rodolii,  a.  IISI. 
r.  2).  —  Louis  Vlll  confirme  la  charte  donnée  par  Ph.-Aug.  en  1202  m 
faveur  de  l'abbaye  de  Mortemer. 


231.  —  1225.  [mars  î],  Ponl-de-l' Arche.  (Ap.  Ponlem  Arche,  a.  lai. 
r.  2).  —  Loui.t  Vlll  accorde  en  fief  lige  à  Jean  do  Rouvrai  la  moitié  (le 
la  tille  de  Bussi.  que  Philippe-Auguste  lui  avait  donoiïe  à  l'occuion 
du  mariage  d'une  de  ses  lilles. 
E.  225;  F,  182, 
233.  ~  [Avant  mars  1225].  —  Notice  constatant  le  refus  d'Archaiii- 
baiid  de  Bourbon  de  constituer  un  douaire  à  la  veuve  du  comte  d'Au- 
vergne. 

E,  328  v;  F.  273.  —  Editiok  :   Bduie,  Maison  d'Aui^rgitt.  U.tî. 

232  A.  —  1225.  du  1»  au  29  mars,  Pontoise.  (Ponlisare,  a.  Illi, 
m.  niartio).  —  Louis  Vlll  noliiie  l'accord  conclu  en  sa  pnSsen^^  entre 
Archambaud  de  Bourbon  et  la  comtesse  d'Auvergne,  veuve  du  rimile 
Gui,  au  sujet  du  douaire  de  ladite  comtesse. 

Copie  d  André  Ducbcsne,  Coll.  Cliirambault,  HXXl,  27.  —  &BtnoHi 
Juilol.  Hist.  de  la  mais.  d'Auvergne,  preuv.,  46.  —  Bthug,  ibiiM 
d'Auvergne,  II.  81. 


[APP.    Vl]   ACTES   DE   LOUIS   VlU.  481 

ass.  —  122S,  du  1"  ftu  29  mare,  Ponloisc  (Ponliaare,  m.  marLio.)— 
Louis  VIII  mandfî  à  ses  baillis  et  prévale  d'Orléans  de  s'adresser  à  lu 

s'ils  onl  h  se  plaindre  des  religieux  de  Sainl-Mesinîn  ou  de  leurs 
hommes,  qui  sonl  aoiis  sa  prolerllon  siiéciale. 

LaUn  5120  (Copie  du  Cartul.  de  SBinl-Meimîii),  f"  64  i".  —  Chartes 
otctipl..CXXXV,  95. 

23*.  —  1225,  flu  1"  au  29  mars,  Sainl-Germain-en-Laie.  (Apud  S. 
Geriitanuin  in  Laya,  e.  1224,  m,  mBrcio.)  —  Louis  VIII  déclare  avoir 
permis  à  la  reine  Ingeburge  de  donner  à  Gilbert  de  Saint-Jacques  une 
rente  viagère  de  40  livres  parisis  sur  la  prévôté  d'Orléans, 

E,  225  v;  F.  1B2  v".  —  Editions  ;  Bduie,  MUcellanea.  VU.  248. 
—  ff.  F,  XIX,  325. 

S3S.  —  1225  [30  mars  ou  peu  après],  Saint -Germain-enLaie.  (Ap. 
S.  Germanuni  in  Laya,  a.  1225,  r.  2).  —  Louis  VlU  confirme  une 
sentence  d'arbitrage  prononcée  le  25  mare  par  Guérin,  pour  trancher 
un  débat  entre  l'abbaye  de  Notre-Dame  de  Soissims  el  Pierre  Tristan, 
chambellan  du  roi. 

Chartes  et  diptAïQCB,  CXXXUI,  172. 

236.  —  1225,  avr.,  Sainl-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Laia,  a.  1225,  m.  apr.)-  — Louis  VIU  donne  en  IJef Jean,  son  échanson, 
les  avoines  qu'il  a  A  PIcssis,  Authon-la-PIaine  et  Sarnte-Ëscobitle,  en 
échange  d'une  rente  de  3  rn^ids  de  froinenl  que  Jean  percevait  sur  le 
grenier  du  roi  à  Paris.  > 

E.  249  y;  F.  205  v. 

236  A.  —  1225,  avr.,  Saint-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Ijiya,  a.  1 225,  m .  apr.).  —  Ix)ui9  VIII  donne  à  Nicolas  de  Champagne, 
son  cuisinier,  3  arpents  de  terre  el  5  quartiers  de  vigne  sis  à  Fouï, 
qui  avaient  échu  au  roi  par  lu  forfaiture  de  Pierre,  lits  d'Lvrard  de 
Dréligni. 

E,  251;  F.  207  V". 

837,  —  1225,  avr.,  Compiègiie.  (Gompendii,  a.   1225,  m.  apr.,  r.  2), 

—  Louis  VIII  conlirme  une  charte  de  Thierri,  c«nite  de Flandie,  recon- 
naissant au  couvent  de  Saint-Pierre  de  Gand  les  droits  de  haute  el 
basse  justice  sur  la  ville  de  liâmes. 

E,  159/°;  F,128,— Epitiow;  Coll.  Christ.,  éd.  nov.,  V.  injii-,  199. 

238.  —  1225,  avr.,  Cumpiègne.  (Gompendii,  a,  1225,  m.  apr..  r.  2), 

—  Louis  VIII  donne  à  Martin  Andoile,  son  sergent,  ce  qu'il  avait  à  la 
Haie-Malhcrhe,  en  échange  du  moulin  que  Philippe- Auguste  avait 
donné  audil  Martin  Andoile  au  Vaudreuil. 

■  E,  349  Y»:  F,  206.  —  Lnlin  9167   (Cnpio  de»  THm  de  RovBumoRt, 

H         tome  U).  p.  SB9.  — Latin  5472,  p.  90.  — Alforty.  XIV,  514.  —  Edition  : 
^K         Cartul.  .Vormand,  p.  308. 

H    SS». 

H      Cil 


SS».  —  1225,  avr.,   Paris.  (Pnrisius,  a.   1225,  m.  apr.,  r.  2). 
:TAiLi.ia,  liigne  Je  Lotin  17».  31 


482 


[app.  vi]  actes  de  louis  Vlll, 


LoiiU  Vlll  donne  à  Tliiboud  de  CharLresel  à  ses  héritiers  ce  qu'il  mil 
&  EngueLul,  Criquelol  et  Villeltes,  iiioyennanl  50  livres  luurani»  df 
rente. 

E,  249  ï";   F,  206.  —   Editions'   Cnrlul.    .Vurmand.    p    309.  - 
Le  Préroal,  Mélanges.  II,  39. 

240.  —  [1225,  avril  11]  —  ArréL  de  la  cour  da  roi  portant  i|ue  le  roi  a 
la  haute  justice  h  Oppi  et  à  Buis- Bernard,  el  que  l'évëque  d'Arns  ni 
pas  le  droit  de  menacer  le  bailli  royal  d'une  excoiiiniunication.  à  pro- 
pos de  l'exercice  de  cette  justice. 

E,  279;  F,  237  v».  —  Edition:  Pièces  justifie,  n"  XI  a. 
Ml,  —  Notice  relatant  le  précédent  arrél,  et  liste  des  témoins. 

E,  29'.  y-.  F,  217  V».  —  Edition  :  Pièces  Justifie,  n"  XI». 
3<a.  —  [1225,  avril  î]  —  Louis  Mil  répond  à  Honorius  III,  qui  sVUil 
plaint  de  la  guerre  entreprise  contre  le  roi  d'Angleterre.  Il  s'est  propose 
seuiemeni  de  saisir  \e  Poitou,  qui,  ainsi  que  les  autres  llefs  moUTanl 
du  roi  (te  France,  avait  élé  enlevé  à  Jean  sans  Tern>  par  jugement 
ses  pairs,  avant  la  naissance  du  roi  Henri. 

Moreau,  MGLXXXIII.   11   (Trai.«cr,  de  La  Porte  du  Thoil).  —  E 
TiosB  :  Baronim  cl  Rajmidu».  Annales.  XX,  533.  —  H.  F.,  XIX,  760- 

343  A.  —  1225,  mai,  Paris,  (Parisius,  a.  1325,  m.  inaio).  —  Louis  VIII 
contiinic  une  rliarle  de  Philippe  Ilurepet  pour  lus  habitants  de  Rieut, 
lie  Brcnouille  et  du  Mesnil  de  Po nt- Sainte- Max ence. 
Orig.  :  Baliua.  CCCXC,  Charte  n"  487. 

343.  —  1225,  mai,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  mayo).  —  Louis  VUl 
conllrine  l'acquisition  faite  par  les  religieux  de  Saint  Denis,  de  ia  mairie 
de  Grand-Puits,  pour  1100  livres  parisls. 

Orig.  :   K.  29,    >i°   3.  —   LL.   1158   (Cartul.   blaiic   de   Saïnt-Dtnit, 
tome  11),  Xn.  —  \vku  :  Tardif,  Carions  des  Rois,  n"  79 

344.  —  1225.  mai,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  mayo).  —  Pient,| 
évéque  de  Meaux,  déclare  qu'il  tient  sa  monnaie  du  roi  et  que,  pour 
satisfaire  aux  plaintes  de  Louis  \11I,  toutes  les  fois  que  lui  ou  ae^suc- 
cesseurs  feront  faire  une  nouvelle  monnaie  en  interdisant  le  coufs  de 
l'ancienne,  ils  l'annonceront  quati'e  mois  d'avance. 

Orig,  Bcellc  :   J.  459.  -^  JJ.  3t.  35-  —  Editions  :   Bruncl.   F>    éêi 
fiffs,  I.  200.— Du  Gange,  éd.  nov.,  au  atol  Monela.  —  Teutct.n*  170i 

a«S.  —  1225.  mai,  (A.  1225,  m.  maio).  —  Louis  VIU  relaie  les  prê- 
cédentes  conventions. 

Cartul.  de  l'égl-  do  Meaui  :   Latin  5528.  f°  45.  et  Ulin  18355.  1^  K 
—  Copie  do  GoigniËrcs:  Latb  5185  F.  f"  53.  — Bduze,  LXXIV,  311.- 

Coll.  de  Champagne,  XIX.  89. 

146.  —  1225,  mai,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  mayo).  —  LouM  Ml 
ronlirme  l'exemption  de  coutumes  accordées  par  Henri,  roi  d'An ^1*^ 
terre,  ù  Raoul  Leveau  et  li  ses  héritiei's,  et  confirme  la  cession  qiH 


™       I 

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so.      I 

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[APP-  vil  ACTBS  UE  LOUIS  vrii.  483 

en  sa  présence,  île 


uillaumc  Leveau,  liérilicr  dudit  Raoul,  a  faile, 
ItetLe  franchise,  &  Pierre  Gacelin  de  Barlleur. 

î,  249  ï";  F,  206.  —  Eoitron  :  Cartul.  Norm 


"  1136- 


«7.  —  1225,  mai,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  maio,  r.  2).  — 
Louis  VllI  donne  fL  Bahier,  son  panetier,  une  renie  annuelle  de 
6  niuids  de  Tromenl  à  percevoir  sur  le  grenier  royal  de  Picrrefonda. 
E,  250i  F.  206»°. 
2<S.  —  1225,  mai,  Paris.  (Parisius.  a.  1225,  m.  inaio).  —  Jeanne, 
iomtesse  de  Flandre,  promet  de  rembourser,  jusqu'à  concurrence  do 
0,000  livres,  les  frais  de  la  guerre  que  Louis  VUI  souliendra  contre  le 
K  Baudouin.  Conventions  pour  le  butin  et  les  rançons. 

E.  185  V.  —   Editious  ;   Baluio.   Miscellanta.  VD.  263.  —  Lûnig. 
Codex  dipl..  II.  1921.  —  H.  F,.  XVII.  a08. 

U9,  —  1225,  juin,  Conipiègne.  (E  :  Compendio,  a.  1225,  m.  junio; 
tnuano  dans  l^. —  Louis  VIII  donne  en  fief  à  Robert,  comte  de  Dreux, 
H)nneuil  ol  Ilaute-Fonlaino. 

E,  185  ï"  ;  F,  150.  —  Eomon  :  Marlino.  Ampl.  ColL.l,  1200. 

SM.  —  1225,  juin,  Conipifgne.  (Compcndii,  a.  1225,  m.  jun.).  — 
{Robert,  comte  do  Dreux,  promet  au  roi  de  ne  point  bâtir,  sans  sa  per- 
iniasiun,  de  forteresse  dans  tes  lerresde  Dunneuil  et  de  fiante -Fontaine, 
a  remues  du  rui  en  augmenl  de  lief. 
Orig.  .eellé;  J.  218.  —  JJ.  31.  71.  —  Edetio.-i  ;  Taulol.  n"  1708. 

I.  —  1225,  juin.  Paris.  CParisiis,  a.  1225,  m,  jun.).  —  Louis  VUI 
confirme  l'accord  par  lequel  la  commune  de  Scnlis,  devant,  selon  la 
volonté  de  Ph.-Aug.,  payer  chaque  année  58  muids  de  vin  aux  cha- 
noines de  Nolrc-Daine  de  la  Victoire,  a  convenu  avec  les  chanoines  de 
leur  payer  12  sous  pour  chaque  muid.  I^n  outre,  Louis  VllI  donne  aux- 
diU  chanoines  la  terre  et  les  bruyères  qu'il  avait  dans  les  sablons  sis 
entre  Sentis  et  Ctiaaiis. 

Orig.  :   Supplém,   ï  dom  Grenier,   COCXLVI.  5.  pièce  n"  ' 

1469  (Copio  du  GartuL  da  N.-D,    •     ■     • 

Clurlc»  el  dipWmcB,  CXXXV.  184.  - 

^  9S1.   —    1225,    juin,    Parts.    (Parisius,    a.    1225,    m.    jun.).    — 
s  Vin  accense  à  Adam,  son  cuisinier,  une  place  située  devant  les 
Misons  que  ledit  Adam  [Hissède  à  ctHé  du  Pelil-l'hatelel,  à  Paris. 
:,  2'.9ï";  F,  206. 

^  1S3.  —  1225,  juin.  Saint -Germai  n-en- Laie.  (Xi*.  S.  Germanum  in 
^a,  a.  1225,  m.  jun.}.  —  Louis  VIII  mande  àThibaud  Monnayer,  son 

ailli,  de  prendre  en  sa  protection  les  hommes  et  les  biens  de  l'église 

e  Chartres. 


1469  (Copio  du  GartuL  do  N.-D,   de  la  Vicloirc),   p. 
"■     ■       ■  '■  '*         -•"""'   •"'     ^AObrly.  XIV,  494 


1-162,- 
,  105. 


:  Lépinc 


4S4 


[APP.    Vl]   ACTES   DE  LOUIS   VIII. 


r 


9M.  —  12S5,  juin,  Melun.  (Melediini,  a.  1325,  m.  jun.)-  —  Idnù»  Vm  1 
niondy  à  Retiaud  Je  Ville- Thierri  de  fairt'  observer  la  dérisJou  arbî-  i 
lra]i>  iiui  a  iRrniiné  le  dëhaL  survenu  entre  l'abbé  de  âaint-Auiiré 

Gouflern  et  Gervais  de  Joué. 

Arcb.  du  Calvados,  CirtuI 
(d  apria  M.  Delisle).  —  Eoitiob 
Bib.  Ec-  Ch..  4'  «ério.  1.  V.  270, 

355.  —  l225,juin.{A.  1225,  m.  jun.).  — Teslamenl  de  Louis  \'n!. 
Principaux  cienipUires ;  Original  et  copia  ancienne  :  J.  403.  —  Copia 
de  155't,  J.  975,  n"  I.  —  Copies  du  îvn"  »..  J.  792,  8  et  8  his.  — 
CLariB*  8l  dlpl..  CXXXV.  193.  —  Affortj.  XIV.  499.  —  Britirf.  Mu.  . 
mBB.  add.  17312.  f-  2Ï  -f.  et  30525,  f"  15.  —  Editioh»  ;  W.  P..  XVU. 
310.  —  Teulat,  n"  1710.  —  Pour  lis  aatrei  édll..  v  la  Talte  dti 
di/ilômrset  la  Table  ie  Waulen, 

SS6.  —  1225,  juin,  Bapaume.  (Ap,  Bapaimam.  a.  1225,  m.  jun.). 
—  Jeanne,  comtesse  de  Flandre,  se  déclare  lenue  de  ivmbourscr  i  , 
Louis  Vlll  10,000  livres  parîsis  qu'il  a  dépensées  pour  l'aider  k  ehaascr  1 
le  faux  Baudouin;  elle  doit  également  détruire  ses  forteresâcs.  cnln  I 
autre»  colle  d'Ypres,  selon  la  promesse  failp  par  elle  k  Philippe- Auguste,  J 
sauf  le  château  d'Arnoiil  d'Oudcnarde. 

Copie  anc.  :  J.  533.  —  E.  185  v":  F,  150.  —  Editiona  :  B^un,  Jfû-I 
celtanea.  VII.  265.—  Lûnig,  Codex  diphai.,  II.  1923.—  H.  F..  XVD,  T 
308  («Ole),  —  Teulet.  n"  1707. 

257.  —  Du  30  mars  au  14  juillet  1225,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  1 
r.  2).  —  Louis  Vlll  donne  è  Jean  de  la  Porle  la  ville  de  Qualremarva,  j 
en  échange  de  la  terre  de  SouIe  que  lui  avait  donnée  Philippe-Aa-  ' 
gusle. 

E,  250;  F,  206  v".  —  Edition  ;  Cariai  Norm.,  p,  310. 
as8.  —  Du  30  mai-sau  14  juillet  1225,  Saint-Germain- en-Laie.  (Ap. 
S.  Cermanum  in  Laya,  a.  1225,  r.  2).  —  Louis  Vlll  inslilue  une  châ- 
pellenio  à  N.D.  de  Paris,  iiîi  est  enseveli  Philippe,  son  premierné,  11 
assigne  au  chapelain  15  livres  parisis  de  renie  annuelle  el  donne  i 
l'église  N.D.  100  sous  parisis  de  revenu  annuel  pour  l'obit  diidil  Phi- 
lippe. Il  se  réserve  la  nomination  dudit  chapelain,  nomination  qui, 
après  sa  mort  et  celle  de  Blanche  de  Castllle,  reviendra  au  chapitR- 

Copio  :  K.  181,  n"  30.  —  Edition  :  Duboi«,  Hiit,  Ecel.  ParU.,  H,  | 
309. 

95».  —  Du  30  mare  au  14  juillet  1225,  Sainl-Cermain-en-Laie.  (Ap.  1 
S.  Germanum  in  Laya,  a.  1225,  r.  2).  —  Louis  VIII  autorise  les  moiOM  | 
de  Bon-Port  à  faire  venir  chaque  année  cent  tonneaux  de  vin,  tno»  \ 
de  tout  droit,  pourvu  qu'ils  n'excèdent  pas  chacun  la  conlvnance  d'un 
trésel  el  qu'ils  servent  evclusivement  il  l'usage  du  monastère. 

Lnlin   13906   (CaHd.    de    Bon-Porl),   f"  3t.—  Eomo»  :  Caftai. 
Normand,  w  1139.  —  .indricux,  Carlul.  de  Bon-Port,  a"  fil. 


( 


[APP.   VI]   ACTES   DE   LOinS   VIII. 


485 


g.  —  1225,  juill.,  Chinon.  (Chinone,  a.  1225.  m.  jul.).  —  Marie, 
iCotntcsse  de  Ponlhieii,  n-lale  les  convention»  qu'elle  a  passées  avec  le 
Toiau  siijel  de  l'htritage  de  Ouillauino,  son  pare. 

Copie BulhpTit.  :  J.  235.  —  JJ.  31,  69 v.  ~  Editiob  :  B17  dota  Qer- 

gerie.  niât,  du  Perche.  23'..  —  Carlul.   Normand,  n"  343  (Fragm.), 

—  TouIbI,  n"  1713- 

(1.  —  1225,  [juill.],  Chinon.  (Chinone,  a.  1225,  r.  2).  —  Louis  Vlll 
niale  les  pré(;édentes  conventions. 

OHginal  ;  SappWm,  k  dom  Grenier,  CCXCVni.  pièce  12.  —  Un  aulra 
onKinai  faisait  perlio.  d'B|ir6s  M,  Rigollal,  de  II  n>lIeclion  do  M.  Traullé, 
i  Abbeville.  —  E,  186:  F,  150  v«,  —  Editioks  :  J.  de  Jeshu  Maria. 
Uisl.  des  comtes  de  Ponihieu.  152.—  MurUtiio,  Ampl.  coll.,  1.  1198. 

—  HigoUot.  arlicla  paru  daiu  la  Revue  numismatique,  IV.  52. 

aS9.  —  1225,  juill.,  Chinon.  (Ap.  Chinoncm,  a.  1225,  m.  jul).  — 
Bernard,  évé(|ue  do  Limoges,  décJare  avoir  promis  au  roi  Louis  Vlll  de 
ne  poinl  l'inijuiéler,  ni  lui  ni  le  comle  de  la  Marelie.  pour  les  fruits  de 

régale  de  l'évfiohé  de  Limoges,  qu'a  perdus  ledil  comte  de  la  pari  du 


Orig.  scellé:  J.  346.  — E.  140;  F,  111. 


:  Teuict,  n^ITr». 


I.  —  1Ï25,  [juill.],  Paris.  (Parisins,  a.  1225,  r.  3).  —  Dipidme  de 
Louis  Vlll,  portant  règlement  pour  l'abhaye  de  la  Victoire.  Elle  sera 
Voumisc  A  la  surveillance  de  l'ahbé  de  Sainl-Victor  de  Paris, 

LL,  l«Oi(Cart.dB  Saint- Victor),  f"  206,  —  Affortj.  I.  259.  et  XIV, 

50^.  J'aprfm  l'original  dei  .^rchivo  de  l'obbaje  de  la  Victoire.  —  Edition: 

Gall.  Chnst.,  eà.  noy..  X,  pr..  233. 

IM.  —  1225,  juill,,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  jul.).  —  Aimeri, 
omte  de  Tliouars,  déclare  avoir  fait  hommage  lige  au  roi  pour  les 
jSefs  qu'il  tient  de  lui  en  Poitou  et  en  Anjou, 

Orig,  iccll£:  J,373.— E,  ISGr^et  227;  F,  151  et  18'i.  —  Editions; 
H.  F..  XVil,  309,  note.  —  Toutet.  n°  1715. 

U.  —  1225.  juill.,  Paris.  {Parisius,  a.  1225,  m.  jul.).  —  Louis  VIII 
Kçoiten  hommage  lige  GeofTroi  Buisard  pour  une  rente  annuelle  de 
100  livres  tournois. 

E,  226;  F,  182  v. 
a««.  —  [Juin.  1225],  —  Louis  Vlll  reçoit  en  hommage  lige  GeofTroi 
'Argenton,  neveu  d'Aimeri  de  Thonars,  pour  une  rente  annuelle  de 
140  livres  tournois. 

E,  225  y;  F.  1B2  v"- 
267.  —  1225,  juill.  Paris.  (Pari.sîus,  a.  1225,  m.  jul.).  —  Louis  Vlll 
jçoit  en  hommage  lige  Hugue  de  Thouars,  frère  du  vicomte  de 
houara,  pour  la  terre  qu'il  a  en  Annis,  et  pour  200  hvres  de  rente 
Ile  le  roi  lui  a  constituées  en  augment  de  (ief  sur  la  prévôté  de  la  Ro- 
uUe. 

E,  225  V". 


t 


486  [APP.  vi]  ACTES  DE  i.oris  viir. 

9U.  —  1225.  '»  aoûl,  Troja.  (Dalum  Ti-oie,  4  aug-,  xm  indict),  —  I 

Krf'dérir  II  prie  Louis  VIII  de  ne  jioinf  donner  son  appui  aim  bour^ia  J 

de  Cambrai,  qui.  s'étanl  révollés  contre  leur  évoque,  onl  été  m»  m  À 

ban  de  l'empire  et  excommuniés. 

Orig.   scelle  :  J,  610.  —  Ed 

Fred.  sec.  11.  1"  p*rtiB.  515.  ■ 

389.  —  1225,  août,  Senlis.  (Ap.  Silvanectum,  a.  1225,  m.  aug.)-  - 
Louis  VIII,  pi)ur  la  i-élébralion  annuelle  de  l'obil  de  Ph.-Aug.  et  de 
Guérin  dans  régli>'e  de  Chaaiis,  donne  ou  confirme  à  celle  obbAve  des 
renies  «'élevant  a  la  somme  de  19  livres. 

-  Aflbrlj,  XIV.  IM.  —  &,n,-,% 
sir..  232. 

270.  —  1225,  août,  Gompiègne.  (Compyndii.  a.  1225,  m.  ang.).  — 
Louis  VIII  rapporte  une  sentence  d'arbitrage  pifinoncée  par  le  rhanra- 
lier  Guérin  entre  Philippe,  comte  de  Boulogne  cl  Miloa,  ëvfrque  de 
Beau  vais - 

E,  279;  F,  237  v. 

271.  —  1225,  aoLll,  le  Vaudreuil.  (Ap.  Vallem  Rodolii.  a.  1!2S. 
m.  aug.).  —  Louis  VIU  mande  à  Renaud  de  Ville-Thierri  de  fijre 
exé(;uter  sans  relard  la  décision  qui  a  terminé  le  procès  survenu  entw 
l'abbé  de  Saint-André  et  Gervais  de  Joué. 

Arch.  du  Calvados.  Carlul,  de  Saint-André  de  Gouffem.  piiVc  S8 
(d'après  M  Daliste).  —  Editiok  :  Ddisle,  Fragm.  de  Ihisl.  dt  Go- 
nesie.  Bih.  F.e.  Ch..  k'  .ério.  t.  V.  271. 

272.  —  1225,  août,    le  Vaudreuil.  (Ap.  Vallem    Rodolii,  a,    ISÎâ, 
in.  aug.).  —  Louis  VIII  notilie  les  conventions  qu'il  a  passées  tv«c  Is-J 
religieux  de  Préaux  (Voy.  n"  185). 

Bibl.   de  M.   de   Blosseville,   CaHul.    de   Préau,    r°   32    *«   (d'iji 
M.  Dcliilc).  —  Editiozi  :  Carhd.   Normand,  W  1137. 

273.  —  1225,   auùt,  Vincenes,  (\'icennis,   a.    1225,  m.  aug.), 
Louis  VIII  accorde  aux   Astésans  la    permission  de  résider  pendant  I 
S  années  à  Paris,  et  fixe  les  conditions  de  leur  séjour  et  leurs  privi- 
lèges. 

E.  327  y".  F,  272.  —  Editiok  :  Pièces  justifie,  n"  XU. 

27*.  —  1225,  sept.,    Vincennes.  (Vicenis,    a.    1325,   m.  «epu).  —  1 

Louis  VIII  mande  au  maire  et  aux  pairs  de  Villeneiive-l^-Roi  de  (iuf*l 

rendre  aux  chaniiines  de  Saint-Victor  la  dlme  du  vin,  qu'ils  avaient  1 

droil  de  percevoir  dons  celte  ville. 

Orig.  :  K.  29,  n"  '.,  —  Akaltsb  i  Tardif,  Carlon»  dct  Roi»,  a-  792 

275.  —  1225.  scpl,,  Lorris.  (Lorriaci,  a.  1225, m, sept,).—  Lout»  VUI 

confirme  un  accord  conclu  en  sa  présence  entre  révi>que  de  Laon  r\ 

le  comte  de  Soiasons  au  sujet  des  limites  de  leurs  baroutiies. 

Orig,  ;    .\relû»Bs  do  l'Aisne.  G     14,   n-  1.  —  Chartes  et  d 
G\X\V1,  21.  —  Gf.  I'.'  11^  1728  ric  Teiilel. 


[kPP.   VIJ   ACTES   DE   LOUIS   VIII, 


—  Noiice  relatant  l'accord    conclu    en 
l'êqiie  lie  Laon  et  le  comte  de  Soissons. 


I 


I 


Ï7«.  —  [1325,   sept.]. 
Klprésence  dii  roi  entre  l'i 
E.  W9  V". 
m.  —  1225,  sept.,  Sainl-Benolt-siirLoire.  (Apud  S.  Benedictum, 
'  h.  1325,  m.  sept.).  —  Louis  VIII  donne  à  Nicolas  de  Château landon, 
n  écuyer,  une  rente  viagère  annuelle  de  6  niuidï  de  froment  à  la 
mesure  de  Paris. 

E.  250  ï°;   F.  207. 
«78.— 1225,  sept.,  Paris.  (Parisiua,  a.  1225,  m.«ep(,).  —Louis  VIQ 
ordonne  h  son  sénéchal  d'Anjou  et  è  ses  baillis  de  respecter  rétablis- 
sement qui  règle  les  rapports  des  religieuses  de  Fontevraud  avec 
leurs  sujeU. 

E,  252  ï°;  F.  20B  >"- 
«78.  —  1225,  [oct.],  Anel.  (Ap.  Anetum,  a,  1225,  r.  a).  —  Louis  VIII 
concède  sous  cc^rtaines  conditions  à  l'église  et  an  chapitre  de  Rello- 
sonne  le  morceau  de  forêt  à  eux  donné  par  feu  Hugue  de  Goumai. 
E,  160:  F,  128.  —  Editiom  ;  Cariai.  Norm..  n°  348. 
SM.  —  1225,  ocl.  (A.  1225,  m.  octobri).  —  Durand,  abbé,  et  les  reli- 
gieux de  Bellozanne  s'engagent  à  observer  les  conditions  de  la  précé- 
dente donation. 

Orig.  scellé:  J,  731.  —  Indiqué;  JJ.  31,  14  v»  et  52  v".  —Edition: 
Cartul.  Normand,  n»  3'i9. 

ïSl.  —  1225,  [oci.].(A.  1225).— Conrad,  abbé  de  Prémoniré.conlirme 
la  précédRnte  charte,  et  promet  au  roi  de  forcer,  s'il  en  est  requis,  les 
religieux  de  Dplloxanne  à  en  respecter  la  teneur. 

Orig.  «o«6  ;  J.  731.  —  An*!..  :  Teulot.  n°  1727. 
Ma.  —  1225.  oct.,   Anet.    (Ap.  Anetum,  a.   1225,  m.   obtori),  — 
Louis  VIII  confirme  au  monastère  de  Silti  la  possession  de  10  acres  de 
terre  à  Pierrelée. 

UUd  11059  (Cartul.  do  Silli),  f'  6  (d'sprèt  M.  Deliilo).  —  Edition  : 
Carlul.  Normand,  n"  316. 

M3.  —  1225,  oct.,  Gisors,  (Gisorcii.  a.  1225,  m.  oct.).  —  Louis  VIII 
cède  à  Onfrui  d»  Ricarville  60  acres  de  terre  de  son  domaine  de 
Ricarville,  moyennant  18  livres  tournois  de  rente. 

K,  250  V";  F,  207.  —  Editiom  ;  Cartul.  Normand,  p.  310. 

»«.  -  1225. nov.,  Melun  (Meleduni,  a.  1225,  m.  nov.).  —  Louis  VIII 

déclare  que  d'après  un  jugement  rendu  àSaumur,  il  a  dans  toute  la 

lerre  de  l'abbaye  de  Cormeri  la  haute  justice,  quatre   denier*  sur 

laqueaubain,  l'osl  et  la  chevauchée,  lesquels  droite  sont  confiés  & 

garde  de  Drou  de  Mello.  avoué  de  ladite  abbaye, 

Orig-  loollo:  J-  178.  —  Copio  :  K.  21  i.  n"  3.—  Lalin  11900.  f"  146. 
FrwiçiiB  11538,  ^  113  v".  —  EomoN  :  Teulot.  n-  1729. 


488 


(APP     VlJ   ACTES   DE   LOUIS   VIII. 


16S.  —  1325,  iiov.,  MeluD.(Meleduiii,  s..  1225,  m.  dot.).  —  Lmiis  VDl 
charge  Tlii lia u(l  de  Champaji^ie  de  conduire  au  concile  de  Buurg»(t 
n-tùreléRuimond,  soi-disanLcDtiile  de  TouIiiuse,«es  gem 

ne  saiif-cotiduil  sera  valable  du  30  nov.  au  2â  dér. 


no. - 


,1  de  Colbeii.   t>VI  (oopû!  ila 


Copiai  K.  222.  pièc 
Libor  prîncipuai),  20  \ 

SBe.  —  1225,  nov.,  Melun.  Oleledimi,  a.  1225.  m.  nov.).  —  G-  de 
Braies,  commandeur  des  Templiers  en  Aquitaine,  déclare  avoir,  le 
9  nov.  1225,  à  Melun,  en  pré.'tence  du  roi  Louis  VIII,  reconnu  les  ré- 
gènes  conlenues  dans  la  charte  de  Phil.-Aug.,  du  8  sept.  1221,  rdi- 
live  aux  droits  du  Temiilc  en  Anjou. 

E,  160:  F.  128  ï".  —  JJ,  31,  60  v.  —  Cf.  Calai,  dea  aetet  i* 
Ph.-Aug..  a-  2089. 


287.  —  1225,  nov.,  Melun.  {Ai>.  Meledunum.  h.  1225,  m.  n' 
Louis  VIII  vidime  un  acte  de  l 'arche vÈquu  de  Sens. 

Arch.  du  Char.  Carlui.  dos  sir^s  de  Sutli.  p.  289.  M.  DtJiili?  • 


■■).  - 


1  1851.  Le  Carlulairo  a  ^té  brùlc  dans  l'incendie  dei  Arcliim 
du  Cher  cii  1859  ;  on  eu  a  sauve  quelques  feuilleta  cidcinèi.  où  il  u'eA  M 
pouiblo  de  faire  de«  rochercheii.  (Notes  communiiju£ei  par  MM  DeliA 
et  Marcel  Poate.) 

188.  —  1225,  [nov.?]  Melun.  (Mcleduni,  a.  1225,  r.  3).  —  Louis  \111 
nGrme  la  charte  accordée  par  PhiL-Aug.,  en  IIBO,  &  U  ville  4l 


9BB.  —  1225.  nov.,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  nov.).  —  Louis  V» 
runlirme  un  accord  conclu  entres  les  maîtres  et  les  ouvriers  mon-, 
nayers  de  Paris,  établissant  iiuels  sont  les  usages,  droit.'t  et  privilégat 
des  inonnayers  de  Paris. 

E,  8'J  1°  -,  F.  68.  —  EoiTiuns  :  ConaUnl,  Cour  des  Monnaita.  prrai., 
24,  —  Leblanc,  Traité  des  Monnaies.  167.  —  Ordottn.,  11,  \W.  uuMi 
—  Mémoires  de  la  Soc.  de  Ihist.  de  Paris  et  de  l'Ile -de  fr  .H, 
153,  —  Do  Saulfj,  Doeumenlt  relat.  à  l'hist.  des  monnaies.  I,  130. 


390.  —  [Aprfs  le 
livré  la  Itéole. 
F.  8. 


13  n 


1225J.  ~  Liste  des  nom»  de  ceux  i)ui  uni 


291.  —  1225,  déc,  Ilcsdin.  (Ap,  Hisdinuiïi,  a.  1226.  m.  dir.).  - 
Louis  VIII  mande  à  ses  baillis  et  prévôts  de  ju'otégcr  l'abbé  et  In  dit- 
noincs  de  Sainl-.lossc-au-Bois  dans  leurs  pentonnes  et  leur«  biens. 

Archives  du   Pas -do-C* lais,    Cartul.   du  l'alibaje  de   Doinnurtiit  (M 

Sainl-Jossa-au-Bois),  f"  59. 

292.  —  1225,  [déc],  He>idin.  (Âp.  Hisdînum,  a.  1225,  r  .■)).  — 
Louis  VIII  confirme  la  commune  d'Amiens, 

L '>rig.   est  mcnlioniiû   dans   l'intenl.    dva    Arcli,   du   1  UAld-de-^lUc 


[APP.   Vr]   ACTES   DE   LOUIS   VtlI. 


489 


d'Amiens.  drei>é  en  1551  (Inillc.  d'A.ug.  Thierry,  Monum.  ïnéd.  du 
Tieea-Elat.  I.  19y),  —  Arch.  commun.  d'Amiens,  reg.  AA.  1,  f"8  y". 
cl  AA.  5,  f^  7  (d  après  \' Inventaire).  —  Arch,  dép.  de  la  Somme.  Carllil. 
du  rlwp.  de  N.-D.  d'Amiens,  n"  111.  f"  5  (d'après  Aug.  Tliiïrrï).  — 
M.  V,  do  Beauvillj  (_Hfcueil  de  doc,  inéd.  concernant  la  Picardie. 
IV,  24)  indique  aiiuî  cet  ■nie  d'après  un  registre  de  l'ëvteiiâ  d'Amioiu. 
qui  était  en  ta  poueuion.  —  Editions  :  Dairo.  Hïst.  d'Amiens.  I.  523. 
—  Ordonn-.  XII,  318. 

293.  —  1225,  dëc.,  Cotnpii^^'iie.  (Compendii,  a.  1225,  m.  dcc).  — 
OuInVlll,  k  la  demando  de  Cilles,  ch&lelain  lia  Bapauine,  cl  de  sa 
UeMarie,confirineiinevenlequ'ilsont  faite  àl'abbaye  de  Sainl-Vaaâl 

'Arros. 

Aroti.  départ,  du  Pss-do-CaUia.  U.2  (copie  du  Cartulairo  rouge  dol'ob- 
bajo  do  Saint-Vaatl),  S-  57.  — Charlei  et  dipl..  CXXXVI,  81. 

a»4.  —  1225,  dw,,  Compiègne,  (Compendii,  a.  1225,  m.  dec.).  — 
iDÎttance  dunnëe  par  la  cotiiLesse  de  PonlUieu,  de  2,000  livres  que 
ouïs  VIU  lui  avait  promises  en  lui  rendant  le  romté  de  Punthieu. 

Orig.  scellé  :  J    236.  —  Copie  :  K.  1216.  Uasio  reUl   au  Ponihieu.  — 


Editio.x  :  Teulel,  i 


'  1733. 


195.  —  1225,  Aie,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  dec).  —  Louis  Mil 
infirme  la  vente  que  "  Rericus  n  d'Ozouer-la-Ferrière,  chevalier,  a 
ite  aux  chanuines  de  Sainl-Vict»r  de  Paris,  de  10  arpcnls  de  terre 
dans  le  lerriloire  d'Ozouer-la-FerriAre. 
Orig.  scellé:  S-  2147.  n"  2. 

S96.  —  1225,  dée.,  Paris.  (Parîaius,  a.  1225,  m.  dec).  —  LtmJs  Vlll 
tnflrnie  les  biens  el  les  droits  concédés  par  Itichard  Cœur  de  Lion 
IX  UospitalieH  de  Jérusalem, 

Arch.  de  l'hoipice  do  Saint-Jean  de  Pont-.\ud8mcr.  série  .K.  portcf.  1 
(d'aprt»  Vlm-ent.  manuscrit  dw  Arch.  N»t  ,  F.  89027).  —  Vidimus  orIg.: 
K.  36,  a"  'tl,  —  Copies  :  M.  I ,  liasses 32  et  3J.  —  Editioh  :  Esclusoaui, 
Privil.  de  l'Ordre  de  Malle,  i. 

ae7.  —  1225,  déc,  Paris.  (Original:  Parisius,  a.  1225,  m,  dec.).  — 
Louis  Vlll  ordonne  à  ses  ofliciers  de  Normandie,  d'Anjou,  de  Maine,  de 
Touraine,  de  Poitou  et  de  Berri,  d'obse^^'er  la  conlirmalion  faite  par 

n  père  d'une  cliarte  de  Richard  Canir  de  Lion,  en  faveur  des  Uospila- 
iere  de  Jérusalem. 

Orig,  1  R.  29.  n"5.  —  Copio:  Latin  9035,  pièce  11.~MM-  3  (Copie 
du  CaKul.  do  Malte).  ("23.  —  Eniri»»  :  Cartul.  Norm..n«  1138. 

198.  —  1225.  Jéc,  Monlargia.  (Ap.  Montem  Argi,  a.  1225,  m.  dec). 
^  Louis  VIH  informe  les  gens  de  la  commune  de  Sens  que,  le  maire 
t  les  jurés  lui  ayant  rendu  sa  prévôté,  il  a  en  retour  rétabli  la  com- 
■une,  et  renoncé  à  punir  les  coupables. 

Utin  9f)9.^  (Carlnl.  do  larcti,  do  Sens),  f"  129.  —  EoitioN  :  Bit. 


£e.  Ch.. 


..  IV,  W,. 


490  [app.  vi]  actes  de  lol'is  vm. 

299.  —  1-225  [du  25  au  31]  déc.,  S^ns.  (Senonis,  s.  1225,  m.  iw..), 
—  Louis  VII!  confirme  itea  lellre»  de  Guillaume  Ménrer,  rhU«liin 
d'Elampes,  du  25  décembre  1225,  notifiant  que,  selon  l'enquélefuleptr 
lui  sur  l'ordre  du  roi,  l'abbé  de  Sainle-Colombc  de  Sens  peul  tailler  K 
merci  »ies  hommes  de  Sermaise. 

Edition  ;  Fleorcaii,  Aaliquilfz  d'Etnmpet,  598. 

300.  —  [1225,  dér.j.  —  Louis  VIII  mande  aux  liabitanls  de  ScnutiM 
de  payer  la  Uille  à  l'obbi'"  de  Sainle-Colombe,  à  sa  merci. 

Inditfuù  ainsi  dans  le  «  Catal.  des  privil.  et  doiu  accorda  t  Sûntr- 
Colombe  dp  Sens  »,  Utin  12691,  f°  2^6  v.  Je  ne  sait  si  cvl  «d*  tri 
réullciiicnl  dislincl  du  prteidcnt. 

301.  —  1225,  déc,  Nemours.  (Nemosis,  a.  1225,  r.  3).  —  Louis  VDl 
confirme  la  charte  de  comiriune  de  Sens  el  y  ajoule  quelques  rlaiiii«s. 

ArcVi.  commun,  de  Sens.  KK,  1  (d'après  Vlifentaire).  — 
F.  58  y.  —  EniTums  :   Ordonnancfs.  XII.  318.  —  Quantin.  /bciUi'J 
de  pièces   pour  faire  suite  au   Cartui.   géit.   de  l'Yonne,   i\t. 
Cariai   sénonais  de  Baltknsar   Taveau.  publ.  par  G.  JulUol.  p   1 1  5 
(Trad.  frani;.). 

302.  —  1225,  déc,  Thouars.  (Ap.  Thoarriiim,  a.  1225,  m.  dw.). 
Iliigue  de  Lusignan,  comte  de  la  Marche  el  d'Angonlâme,  Pierre, 
l'omle  de  Itrelagne,  Aimeri,  vicomte  de  Thouars,  Savari  de  Mauléon, 
llugiie  de  Tliouars.GeofTroi  de  Lusignan,  Guillaume  ^AR■hevôque,Ou^^ 
laumc  Maingot,T.  de  Blazon,  Amauri  de  Craon,  el  d'autres  barons  de 
ta  région,  se  plaignent  à  Louis  VIII  des  vexations  que  leur  font  «iibir 
les  gens  d'Église  de  leurs  baronnies,  el  sulliritenl  son  intervcnUon. 

Orig.  »ccUé  :  J.  350.  -  Editiou  :  Teulct.  n°  1731. 

303.  —  1225,  déc  (A.  1225,  m.    dec).  —  Notice  eonstaUnl   qi 
Jean,  fils  du  comie  de  Soissons.  ayant  pris  par  violence  un  koinnie  dé 
Valséri,  a  rendu  satisfaction  au  roi  et  auï  chanoines  de  Valséri 

F.  !7'.  y. 

304.  —  Déc  1225.  —  Louis  VIII  accorde  le  droit  d'usage  dans  11 
forêt  de  llalatte  aux  religieuses  de  Saint-Rémi. 

Indlqiii-  :  AlTorl;.  H.  14.  et  Grenier.  V,  ontro  le  f"  R6  ot  le  P>  S7. 
30Ï.  —  [Fin  1225  T].  —  Les  prélats  du  diocèse  de  Périgueux  pi 
Louis  VIII  d'envoyer  dans  le  diocèse  un  sénéchal  pour  y  prot^i^r 
l'Ëglise  et  la  foi. 

Orig-  «cell*  ;  J.  292.  —  EDinoN  ;  Toulel.  n°  1737. 
30e.  —  [Vers  1225].  —  Louis  VIU  mande  k  ses  baillis  de  Xortnandie 
d'observer  et  faire  observer  les  chartes  que  les  reli^^retu  de  Silti  ont 
de  Robert  de  Sainl-Léouanl  et  de  Nicolas  de  Saint-Liiyer. 

do  Silli).  r'  6  V  (d'aprèi  M.  Deliale}.  —  Eoi 
"347. 

307.  —  [Vers  1225?].  —  Reqiii''le  adres,sée  au  mi  pnr  rsrrheih|iit 


[APP.    Vi]   actes   de   LOUIS   VllI.  491 

H  Sens,  dans  l&quelle  il  réclame  pour  son  propre  compte  certaines 
ctirogative»,  et  se  plainl  Ae  certain»  acte»  cummts  au  préjudice  de 
s  droits  par  le  maire  de  Sens. 

E,  137  ï°-  —  EoiTion  :  Bib.  £c-  Ch..  4-  série.  1.  IV,  45%. 
B.  —cVei-H  1225».— «Lettres  patentes  concernant  les  talmeliera.» 
H.  1880',  ïtépertoire  des  règlements  relatifs  à  ta  police  de  Parit, 
par   Dupr*.  commtisaire  tu  ChAtolel;  ïdI.   [,   f"  10.  —  Cf.   Enqaite*. 


309.  —  1226,  jaiiv.,  Orléans,  (Aureliani,  a.  1225,  m.  jan.).  —  Hugue 
de  Luaignan  abandonne  à  Louis  VllI  tous  ses  droits  sur  Mauzë,  poui 
une  rente  do  'lOO  livres  tournois,  payable  pendant  cinq  ans. 

■  Orlg,  wc)W  :  J,  371.  —  E.  IS6v»;  F,  151.—  Fonldneaii,  XXVII  bis. 

^B         667  (d  Hpri«  la  Table  sappléaipntaire).  —  Editiohs  :  Marions.  Ampi 

^K  rnll       I       l'}l\l\    Tn..lnl      ..D    tlLn     _  MsiRinn      HicI      A'.liinit      II      9f.H 

m 


-  Toulet,  n"  1740-  —  Masslou,  Hisl.  d'Juain.  li,  248, 


310.  —  1226,  janv.,  Paris.  (Parisius,  a.  1225,  m.  jan.).  —  Louis  \lll 
te  à  Rohert,  comte  de  Dreu»:,  le  droit  de  moule  qu'il  avait  à  Bonneuil, 

échange  d'une   rente  de  4    uiuids   de  blé    que   Robert  avait   A 
Pondron, 

E,  326  V». 

311,  —  1226,  janv.,  Paris.  (Parisius,  a,  1225,  m.  jan,),  —  Acte  de 
Rohert,  comte  de  Dreux,  relatant  la  précédente  convention. 

Orig.  scellé  i  J.  318.  —  JJ.  31,  71.  —  Eoltiob  :  Teulat,  n"  1Î41. 

Sia.  — [1226,  janvier?].  —  Robert  de  Dreux  se  déclare  redevable  au 
roi  de  50  mesures  de  blé,  Louis  VIII  lui  ayant  cédé  une  banalité  de 
moulin  à  latiuelle  étaient  soumis  les  hommes  de  Bonneuil. 
JJ.  31,  "0*-. 

ai3.  — 1226.  2fl  janv.  — Amauri  de  Montforlabandunnei  Louis  VUl 
tous  ses  droib  sur  le  pays  d'Albigeois. 

Mentionné  dans  des  leltrc*  d*.\niauri  du  Montfort  do  1229  (Mlrtèno, 
Ampl.  Coll..  I,  1225)  et  dans  la  Chron.  de  Tours  (//.  F..  XVtlI,  312). 

814.  —  Même  date.  —  Acie  de  m(>me  teneur  do  Gui  de  Montforl, 
ODcie  dudit  Amauri. 

Mentionna  dans  la  Chron.  de  Tours,  p.  .112. 

31S.  —  1226,  janv..  Pari».  (Parisius.  a,  I2Ï5,  m,  jan.).  —  Vingt- 
neuf  barons  de  France  déclarent  avoir  conseillé  à  Louis  VllI  d'intervenir 
dans  l'affaire  dWlbigeois,  el  s'engagent  ù  l'aider  dans  son  entreprise. 

Orig^scoll*  I  J.  428.  n"  1  hts.  —  E.  327  »"  ;   F,  272.  —  Ewtiohb  : 

^m       DuTillBl,  Recueil  des  rois  de  f-V..   partie  II,  30  (Trad.  frinçai»).  - 
^B      Hisl.    •      ■  ■"' ""    ■ 

t 


I 


Hisl.  du  Lang..  VIll,  816.  —   //    F-.   XVIII,  312,  noie. 


-  Tmilet. 


1226,  jai 


,  (Pat 


m,  jan,).  —   Le  lôgal, 


492 


[APP.    Vl]    ACTES   DE   LOCrS    Tilf. 


les  archevêques  de  Reims,  Bourf^es,  Sens,  Rnuen,  Tours,  les  iJvêqnp» 
de  Beauïttia,  Lan(;'"*;s,  Laon.Tfoyon,  Senlis,  Térouannp,  Chartre».  Ptm, 
Orléans,  Auxerr?,  Meaux,  déclarent  que  Louis  Vlll  et  se»  héritier» 
seront  libres  de  quitter  quand  ils  le  voudront  la  terre  d'Albîgeo!)!. 

Orig.  «eolIÉ:  J.  428.  —  E,  328;  F,  272  v.  —  Ebuiosb:  ffirt.  J» 
Long..  Vin,  818.  —  Teulel,  n«  \:\Z. 

917.  —  [1226,  janv.].  —  Le  légat  et  les  évoques  de  France  aoxamh 
daiis  le  précédent  acte  mettent  le  roi  et  le  royaume  snus  la  proleclioD 
de  l'Église  pour  toute  la  durée  de  la  croisade,  et  accordent  à  Louii  Mil 
la  dline  de»  revenue  ecclésia.stiques. 

E.  328;  F.  272  v",  —  Editioh  :  Hiat.  du  l.ang..  Vltl.  817. 

31S.  —  [1226],  23  fév.,  Paris.  (In  crastino  heati  Pelri  in  cathedra. 
Parisius).  —  Notice  de  la  demande  de  délai  faite  par  la  comle«se  if 
Ponlhieu  pour  le  jugement  de  son  procès  avec  lu  comte  de  Bouline. 


319.  —  1226,  fév..  Lorris.  (Lorriaci,  a.  1325,  m,  fobr).  —  LonigVHI 
annonce  aux  bourgeois  de  Montrerrand  que  s'ils  lui  jureut  fidélité  et 
s'ils  reçoivent  dans  leur  ville  une  garnison  royale,  il  les  prendra  soin 
sa  protection  et  ne  les  détachera  jamais  de  la  couronne,  &  la  muI« 
condition  qu'ils  lui  paieront  une  rente  annuelle  d'un  marc  d'or. 
E,  119  v;  F,  93.  Cet  aclo  esl  Donlenu  auui  dans  l'acte  niivant. 

330.  —  1226,  fév.,  Montferrand,  (.Ap.  Montemferranduin,  a.  lïïi. 
m.  febf.).  —  Les  consuls  et  les  habitants  de  .Montrerrand  répondent  4 
Louis  VIII  qu'ils  ont  reçu  avec  joie  ses  lettres,  et  qu'ils  ont  juré  d'en 
observer  la  teneur  entre  tes  mains  de  Pierre  de  Rouci,  hailli  te 
Bourge.s,  et  de  Philippe  de  Louveciennes,  clerc  du  roi, 

Orig.   icellé:   J.   421.  —  E.  120:  F,  93  *".  —  JJ.  3t.   115  t-, - 


Ut, 


-  Baluie.   Hin 


Juste).  HUt.  de  U 
.    de   la  mais.  d'Auvergne,  11,  260"  — 'Tnittl;^ 


321.-1226,  Ifév.  ou  tnars],  Paris.  (Parisius.  a.  1225,  r.  3).— Louis  \Xk 
déclare  qu'ayant  reçu  le  serment  de  fidélité  de  la  commune  île  \ 
ferrand,  il  l'a  prise  sous  sa  protection  aux  conditions  ci-dessus  il 
quées  (voy.  n"  319). 

Copia  ancienne  :  J  303,  —  Copie  authentiquo  :  J.  421,  ■ 
F,  267  v°.  —  JJ  D,  5  v°.  —  Copie  moderne  :  K.  166  «,  liât 
—  Eoirron  :  Toulel,  n"  1736, 

3ia,  —  1226,  [commencement  de  mars?],  Scnlis,  (SilvaneeU».  I 
1325,  r.  3),  —  Louis  Vlll  coiilirme  un  nc!c  de  mars  1226.  \Mt  leq 
Guérin.  son  chancelier,  nolïlie  la  sentence  d'ai'bitrage  qu'il  a  pronom 
entre  le  chapitre  de  Saiut-Flieul  et  la  commune  de  Senlis,  au  sujet  II 
la  justice  du  hameau  de  Villevert  et  de  quelques  aulres  terres. 

Areh.  do  SenU>,  KK.  9  (Cartul.  encliatnâ),  f'  30  (d  apriui  H.  Fis 
monl).  —  AHorlj,  I.  597,  —  Editioî.»  :  Gallia  chntt-,  --"  — 
'i5i,  —  Flammornionl,  hiitlil    iiiiinie.  rfp  Sfitlh.  176, 


[app.  vi]  actes  de  louis  VII.  493 

|«Sas.  —  122e,   IR  mars,  »  Soni  ».  (A,  1225,  xvii  kal.  aprit..  ap. 
■slrum  de  Soni).  —  B.  «i'Aliou  dédai-e  avoir  jurt^  anire  les  mains 
!  nuillaiiine,  abbf*  d'Adorel,  Je  rester  tidèle  &  VÉnlhe  el  au  i-oi 
Louis  VIll. 

Ulin  9988,  f"  91.  —  JJ.  30*.  69  v.  —  Editioms  :  ffist.  du  Long.. 
\m,  820.  —  Tculel,  n"  1760. 

$2t.  —  1226,  16  mars,  Nftrbonne.  psIaiH  ilo  rarchevéfjue.  (A.  1225, 

XVII  kal.  apr ap.  Narboiiam,   in  slari  diimini  archiepiticopi). — 

^^^QumissioD  de  Raimund  de  Roquefeuil  au  légat  et  au  roi. 

^■k         Orig.  :  J.  337.  —  JJ.  30  a,  70.  —  EoiTruns  :  Hall,  christ.,  cd.  nov.. 

^B     VI,  pr.,  201.  —  Teulel,  n-  1747. 

^"  KM.  —  1226,  mars,  Gourdon.  (Ap.  Crorduniiiiii,  m.  iiiarcii,  a.  1225). 
—  Berlran  de  Gonrdon  se  reconnaît  vassal  de  Louis  VIII,  et  le  prie  de 
le  garder  en  sa  mouvance  immiMiatc,  selon  la  promesse  de  Ph.-Aiig. 

Il  Orig.  iccllé:  J.  620.  —  E.  226;  F,  183.  —  JJ.  30*,  72.  —  Copie  du 

jH,       xvii- siècle  :  J.  973.  —  Doal.  CLin.  93.  ■      "  -'      "      "' 

^B     m.  '•46.  —  TouUt,  n"  1748. 


-  Editions  :  Bib.  Ee.  Ch.. 


f  S18.  —  1226,  mars,  Vincvnnes.  (Ap.  Vicenas,  a.  1225,  m.  mardo). 
-  Louis  VIII  mande  uses  baillis  de  laisser  voyager  par  loule  sa  terre 

ses  bourgeois  de  Monlferranil  avec  leiint  morchandiseM,  librement  el 
.      en  sûreté. 
^m  Copie  ancienne  :  J.  303.  —  Vidimua  do  12'.7  ;  J.  421 .  —  JJ.  d,   6  el 

^îui 


-  1226,  mars,  Vincennes.  (Vicenin.  a.  1225,  m.  marrio).  — 
Cuillaume,  comte  de  Montferrand,  (ils  de  Dauphin,  déclare  lenir  de 
Louis  VIll  en  hommage  lige  Montferrand,  Itucheforl  et  Crocq. 

Orig.:  J-  270.  —Copie:  J.  27a.  —  E,  187;   F,  151.  —  JJ.  31,  67. 
—  Editioh  :  Teulot,  n"  1749. 

338.  —  1226,  mars.  (A.  1225,  m.  murcio).  —  Henri,  évi^que 
d'Auxerre,  déclare  qu'eu  raison  de  su  mauvaise  sanlé,  Louis  VIll  lui  a 
fait  remise,  moyennant  600  livres  pnrisis,  de  son  service  d'ost  cl  des 
soldats  qu'il  devait  envoyer  à  la  croisade  contre  les  Albigeois,  et  de  la 
dline  qu'il  devait  payer  pour  ladite  croisade. 

Orig.  :  J.  260.  —  JJ.  31,  38  v.  —  Ediieom  :  Teulel,  11"  1751. 

339.  —  1226,  mars.  (A.  1225,  m.  martii)'.  —  Louis  VIll,  à  la  suite 
d'une  contestation  entre  lesrdigieuses  de  Longprez  el  Raoul  d'EsIri^es, 
chevalier,  et  sur  la  demande  desdiles  religieuses,  conlirme  plusieurs 
Charles  faites  en  leur  faveur. 

Copie:  K.  185.  n°  110. 
10,  —  l)u  30  mars  1225  au  18  avr.  1226,  Coinpiègne.  (Ap,  Compen- 


.  Cet  acte  pourrait  filre  du  30  ou  du  31  mars  1225.  Pour  les  précé- 
Eants,  lu  date  de  1236  n'est  pas  douteuse. 


494  [app.  vi]  actes  de  i-ons  nii, 

(IJum,  a.  1225).  —  Louis  Vllt  cède  à  Gui  Gaigneur  de  Sens  le  IxMdl 
MaUi,  ntoyennanl  un  cens  annuel  de 'lO  livres  parisîs,  el  suusceriainci 
l'ondi  lions. 

E,  250:  F.  206  v. 

331.  —  Dn  -JO  mars  1225  an  18  avr.  1226,  Sainl-Germainen-Uie. 

(Ap.  S.  GBnnanuni  in  Laya,  a.  1225).  —  Louis  VIU  amortit  la  ï 

faite  au  chancelier  Guërin  par  Pierre  de  VjUemétrie  de  tout  ce  qu^ 

avail  à  Senlis  el  A  Villumélrie. 

Cbarlw  ol  dipl..  CXXXVl,  120.  —  Aflbriy,  I,  178,  cl  XIV,  iSîrtSOS. 

333.  —  Du  :iO  inar»  1225  au  IS  uvr.  1226,  Paris.  (Pitri&itLs  a.  ittSt- 
—  Loui.s  VIII  donne  à  Simon  de  Poissi  Nornianville  et  diverscsautm 
lerrcs,  en  échange  de  ce  que  Simon  possédait  à  Beau  fort -en- Vallfe. 
E.  225  y;  F.  182  v.  —   Editions  :   CartuL  Normand.   n°  352.  — 
LePrf\08t,  Mélanges.  Il,  491. 

333.  —  Du  li  juiU.  1225  au  13  avr.  1226,  Paris.  (Parisius,  «.  lïlS, 
r.  3).  —  Louis  VIU  cnm.ùde  i  Henri  Plastrard  le  monopole  de  U  fabri- 
cation des  coins  de  la  monnaie  purisia. 

E.  aSOï":  F,  20î.~- EoiTiûsa;  Bit.  Jîc.  CA..  2'i  .  . 
note  2,  —  Revue  numismali<jue.  XV.  123,  —  Cartul.  .\ormaAi, 
a"  350.  —  Mém.  de  la  Soc.  de  Paris  et  de  V Ile-de-France .  Il,  153. 
-  Do  Saulcj,  Doc.  relal.  à  Ihist.  des  monnaits.  I,  120.  —  BuihélcniJ, 
Manuel  de  Numismatique,  78. 

33«.  —  Du  Hjuill.  1225  au  IB  avr.  1226,  Paris.  (Parisius,  a.  1315, 
r.  3).  —  Louis  VIU  autorise  les  chanoines  de  Notre-Dame  de  Paris  1 
lever  la  taille  du  pain  et  du  vin  dans  la  terre  de  Galande  et  le  dolln 
Sainl-Benolt,  depuix  le  commencement  des  moissons  et  dos  vea- 
danges  jusqu'à  la  Saint-Martin  d'hiver,  toutes  les  fois  que  U  lailte 
du  pain  et  du  vin  sera  levée  it  Paris,  c'est-à-dire  tous  les  li-ois  ans.  Lei 
cbanuines  devront  donner  au  roi  cent  sous,  cha([uB  fois  qu'ils  ttv»- 
ront  celte  tailte. 

Originaux  :  L.  575,  n"  1,  ot  L.  576,  d°  1  (vidimiu  de  1334):  o 

K.  181.  n'»  31  l'I  32.  —  E,  l'iû   V;  F,  111.   —    Eotrioa  :  Go^ri 

Cariai,  de  N.-D.  de  Paris.  Il,  398. 

335.  —  Du  U  juin,  1225  au  18  avr.  1226,  Lorris.  (Lorriad,  a.  lîtt. 
r.  3).  —  Louis  VIII  confirme  à  Hugue,  (ils  du  comte  Jean,  son  défunt 
chambellan,  tout  ce  que  ledit  Jean  avait  acheté  do  Gilles  de  Melun,  i 
Neuilli. 

E,  250  V";  F,  207.  —  Eomos  :  Bit.  Et.  Ch..  X\X\1.  365. 

336.  —  Du  n  juillet  1225  au  18  avr.  1226.  Auneau.  (Ap.Alnoolum, 
a.  1225,  r.  3).  —  Louis  VIIl  concède  à  Etienne  de  Bourunvilljers.  mb 
sergent,  les  prés  situés  au-dessous  du  palais  du  roi  &  Puntoise,  mojm- 
nant  20  sous  de  cens  annuel. 

E.  250  *":  F.  207.  —  EomoN  :  Depoîn,  Carlulairt  dt  lUàUl-H 


[app. 


ri]   ACTES   DE   LOUIS   VIU. 


490 


L  837.  —  [1225-1226?],  Auneau.  (Ap.  Auneel).  —  Louis  VIU,  en  ra- 
nnnaissance  des  fidèles  senices  d'Elienne  de  Bouconvilliei's,  sun  ser- 
'genl,  el  en  compensation  de  la  renie  de  dix  livres  pamis  que  lui 
avait  donnée  Philippe- Auguste  sur  la  pcévAté  de  Pontui.se.  lui  cède 
les  prés   et  le    fossé  sis  au-dessous  du  palais    du    roi  à  Ponloise, 

^^nioyennanl  20  sous  pa]-isi.s*de  cens  annuel. 

^L  E,  2Ï9  V»;  p.  206.  Cet  iclu  c^t  distinct  du  prMdoDt. 

I 


-  Du  14  juin.  1Z25 
f,  3).  —  Louis  VIII  notille  1' 
i  EusIache  de  Grainville,  i 
E,  226;  F,  1S2  v 


18  avf.  1226,  Gisors.  (Gysorcii,  a.  1225, 
ord  coiirlu  en  sa  présence  entre  Itubcrt 

lu  sujet  du  l'héritage  de  Grainville. 

ËDiTion  :   Carlul.  Normand,  oP  35t. 


3».  —  Du  14  juill.  1225  au  ISavr.  1226,  Melun.(Meleduno,  a.  1225, 
r,  3i.  —  Louis  Vlll  tonfiime  l'achat  fait  par  les  religieux  de  Joycnval 
à  Dieudonné  de  Itrai,  juif  du  Roi,  du  droit  qu'il  avait  surlo  tonlieu  du 

jftin  à  Paris,  et  dr  soixante  sims  de  ctii'f  l'ens. 
L  Vldim.  orig.  du  1304  :   K.   29,  ii=  6.  —  Anal.  ■   Tardif,  Carions  des 

■        RoU.  n»  791. 

K    «t.  -  122G,  du  1"  au    11   avr..    Mciun.  (Melcdui 
apr.)-  —  Louis  Vlll  fait  connaître  à  quelles  conditions 
comtesse  de  Flandre  la  délivrance  de  son  mari. 
\n«.  : 


J.  533.  —  Edition  :  Teulot.  : 
YojM  W«ulors,  Table  chronologique. 


a.  1225,    m. 
a  accordé  à  la 


'  1761.  Pour  le*  autros  éditions, 


kMl.  —  1226.  dul"aullavril,  Melun  (Meledum.a  1225,  m.  apr.). 
Le  comte  et  la  comtesse  de  I''landre  lelatent  les  précédentes  con- 
n  lions. 
Orig.  :  J.  533.  — E,  187;  F.  151  ï*   —  Editiom     //  /■.,  XVIII,  553, 
Pour  Tm  Bulrc»  6dit.,  my,  Wauters.  op    cil 
éc 


ut.  —  1226.  du  1"  an  11  avr.,  Melun  (Muleduni,  a.  1225,  lu.  apr.). 

Romain,    cai-dinal  de   Saint-Auge,   légat,  relaie  les  cundilions  du 
■cèdent  traité. 


Orig.  Mellé  ;  Arch.  du  ?lord,  B.  24, 


"  408 


Mï.  —  1226.  du  l"aull  avril,  Melun.  (Meleduni, a  1225,  m.  apr.).— 
s  archevêques  de  Reims  et  de  Sens,  les  éiéques  de  Luon,  Reauvais, 
Hoyon.  Langres  et  Sentis  relatent  les  conditions  du  précédent  Imité, 
Orig.  :  Arcli.  du  Nord.  B.  24.  n"  409   —  Editldk      Musée  des  Ar- 
chives départemeiitalea,  115  (plsnclie  xxjiit). 

-  1226,  du  1"  au  II  avril,  Melun.  (Meledimi,  a.  1225,  m.  apr.). 
-  La  comtesse   Jeanne   déclare  avoir  promis,  en  présence  du  roi  de 
mce  et  du  légal,  d'accepter  le  comte  Ferrand  pour  époux,  au  plus 
i  le  prochain  dimanche  des  Rameaux  (12  avril). 

Orig.  «t  copie  r  J.  533.  —  F.  151  *".  —  Editiubs  :  Bnluzn,  MiscelL, 
""    ~"       ■   Lanig.    Codex  dipl..   II,   1921. 


VU.  254.  ■ 

note.  —  Teulat,  U,  a 


1763. 


//.  F..  \\m.  316. 


[APP.    Vl]   ACTES   DB   LOUIS   Vin. 
l'i  uvr.,  Aspiran.  (A.  1226 ap.  Aspiraoum... 


Orig  «celle:  J.  305- —  JJ.  30a,  64.  —  Bril.  M>is..d».  adil.l  i;30g, 
f"  12.  —  Eoinoas:  IIUl.  du  Lang  .  Vlll.  820.  —  Teulel,  n-  irai, 

3«,  —  Même  liale.  —  Acte  de  iiièiiie  teneur  de  Pierre  Raimunil  de 
(kirneilhan. 

Orig.  ;  J.  305.  —  JJ.  30*,  67.  —  Akm..  ;  Toulut,  n"  1T53. 

a<7.  —  Même  dale.  —  Acte  de  mâme  Icneiir  de  Béninger  de  Pui- 
serguier. 

Orig.  ;  J.  305.  —  JJ.  30a,  70  ï".  —  Ahal.  :  Toulet.  W  1754, 
3*8.  —  Même  date.  —  Acte  de  même  teneur  de  Frolard  d'OUrgues, 
Orig.  scellé  ;  J.  305,  —  JJ,  30*.  66  \«.  —  Anal.  :  Teulel.  n"  irS5. 
349.  —  Même  dale.  —  Acte  de  même  teneur  Je  Guillaume  Pierre 
de  Vinirou. 

Orig.  accllé  ;  J.  337.  —  JJ.  30*,  70  v.  —  Ak*l.  :  Toulel,  n"  \',sA. 
S50.  —  Môme  date.  —  Acte  de  même  teneur  de  Pons  d'Olargiues  ; 
Pons  d'tHargues  livre  en  gage  de  sa  promesse  son  cli&leau  d'Olarpie* 
à  l'archevôque  de  Narboiine. 

Orig.   K*ll*:   J.   628.   —  JJ.   30  a,   68    *-,    —    Éditiosi      Tcuict. 
n"  1757  (Fragment). 

351.  —  [1326],  15  avr..  Monlfort.  (Ap.  Mon tem tort em,  xvil  kal, 
maîi).  —  0.  Gann  et  G.  Melchin  son  frère,  envoient  leurs  offres  de 
services  à  Louis  Vlll  pour  la  croisade  et  acci-éditent  auprès  de  lui  Pons, 
abbé  de  Saint-Gilles. 

Orig.;  J,  400    —  JJ.  30*,  69  ï".  —  EoiTioas  :   Hist.   du   iMng  . 
Vni.  822.  —  Tpulct.  n»  1759, 

353.  —  1226,du  1"  au  18ftvr.,Melun  '.(MeleJuni.a.  1225.  m.  apr.)- 
Philîppe,  comte  de  Boulogne,  et  Maliaud  sa  femme,  déclarent  *ïoir,  i 
en  présence  de  Louis  VIU,  cédé  à  la  comtesse  Marie  de  Puntbicu  U  | 
terre  située  entre  la  Canche  el  l'AuUiie.  qui  était  entre  eux  un  objet 
de  contestation.  Marie  leur  a  cédé  la  vicomié  de  Monlreiiîl,  ei,  pour 
compléter  100  livres  de  renies,  des  teiTes  i|ui  seront  délenniiiécs  ptr 
trois  arbitres,  que  clHiiairont  les  deu\  parties  el  le  rui.  Pliitippi-  |ioum 
construire  une  forteresse  dons  ses  nouvelles  possessions. 

Orig.  :  R',  110. 
3S3.  —  1225,  avr.,  ou  1226,  du   1"  au   IB  avr..  Compii^gne,  (Gom-  ' 
pendii,  a.  1225,  m.  apr.).  —  Louis  Vlll  confirme  un  accord  ronriii  sur 
l'arbitrage  de  trois  de  ses  baillis  entre   l'abbaye  de  Lnngponl  d'm 
part,  el  d'autre  port,  Mathieu  de  Vilains,  sa  femme  el  ses  lils. 

Grenier,  XXI,  411  V.  —  Fragra.  ;  Fr«nçBis  20367,  f»  18.  —  Edit.o 
Muldrsc,  Chron.  abb.  Longifionlia,  230. 

1.  Cette  charte  est  évidemment  postérieure  à  notre  n"  260,  elte 

rapporte  par  conséquent  à  l'année  1226. 


i 

r         I 
r 


[APP.   vil  ACTES  DE   LOUIS   VIII.  497 

354.  —  1226,  21  avr.,  Saint-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum 
in  Laya,  a.  1226,  feria  v  ante  Quasimodo).  —  Louis  VIII  écrit  au  maire 
et  aux  jurés  de  Saint-Quentin,  qu*il  a  prié  les  chanoines  de  Saint- 
Quentin  de  considérer  comme  non  avenue  la  sentence  d'excommu- 
nication prononcée  par  eux  contre  la  commune  de  Saint-Quentin, 
qui  avait  banni  un  des  chanoines  ;  il  les  exhorte  à  tenir  également  pour 
non  avenu  ledit  bannissement. 

Editions:  Hemencus.  Augusta  Virom.,  pr.,  53.  —  Colliette,  Mé^ 
moires  pour  VHist.  du  Vermandois,  II,  679. 

355.  —  [1226],  22  avr.,  Lignan.  (A.  1226,  ap.  Lignanum,  x  kal. 
maii).  —  Soumission  de  Pierre  de  Villeneuve  au  légat  et  au  roi. 

Orig.  :  J.  318.  — •  JJ.  30  a.  66.  -—  Anal.  :  Teulet,  1766. 

356.  —  [1226],  29  avr.  (A.  1226,  m  kal.  nmii).  —  Soumission  de  la 
commune  de  Béziei'S  au  légat  et  au  roi. 

Orig.  scellé.  Béziers.  n«  2  :  J.  337.  —  JJ.  30  a.  69  v*».  —  Doal,  LX.  7. 

—  Editions  :  Hisi.  du  Lang.,  VIII,  843.  —  Teulet.  no  1767. 

357.  —  [1226],  29  avr.,  Barcelone.  (Barchinone,  m  kal.  madii).  — 
Nuhez  Sanche,  comte  de  Roussillon,  offre  ses  services  à  Louis  VIII 
pour  la  croisade  en  Albigeois. 

Orig.  :  J.  428.  —  Editions:  Hist.  du  Lang.,  VIII,  831.  —  Teulet, 
no  1768. 

358.  — 1226,  du  19  au  30  avr.  (A.  1226,  m.  apr.).  —  Gui  de  Montfort 
cède  Saint-Antonin  à  Louis  VIII. 

Orig.  scellé  :  J.  295.  n°  3.  —  JJ.  30  a,  28.  —  JJ.  31.  132  bis.  — 
Doal.  CXLVI,  124.  —  Editions  :  Hist.  du  lang.,  VIII,  823.  —Teulet, 
no  1770. 

359.  —  1226,  du  19  au  30  avr.,  Saint-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Ger- 
manum in  Laya,  a.  1226,  m.  apr.).  —  Louis  VIII  prend  sous  sa  protec- 
tion la  ville  de  Saint-Antonin. 

Doat.  CXLVI,  125.  —  Edition  :  Hist.  du  Lang.,  VIII,  823. 

360.  —  1226,  du  19  au  30  avr.  (1226,  m.  apr.).  —  Hugue,  vicomte 
de  Thouars,  déclare  avoir  fait  hommage  lige  au  roi  pour  les  fiefs  que 
feu  Aimeri  son  frère,  vicomte  de  Thouars,  tenait  du  roi  en  Anjou  et  en 
Poitou.  Liste  de  témoins. 

E.  188  ;  F.  152  v».  —  Fonlene^u,  XVII.  53  (d'après  la  Table  de  Redel). 

—  Edition:  Martène,  Ampl.  Coll.,  I,  1201. 

361.  —  [1226,  avr.].  —  Acte  correspondant  de  Louis  VUl. 
E,  188;  F,  152  vo. 

362.  —  1226,  du  19  au  30  avr.  (1226,  m.  apr.).—  Ordonnance  contre 

les  hérétiques. 

Editions:  Percin,  Monuin.  convent.  Tolos.,  Inquisit.,  Pareil.  9'i, 
ex  codice  ms.  inquis.  Garcass.  —  Ordonn.,  XII.  319.  —  Dib.  Ec.  Ch., 
XLI,  596,  note  1. 

Ch.  Pbtit-Dutaillis.  Règne  de  Louis  VUL  32 


498  [app.  vi]  actes  de  louis  vm. 

363.  —  [1226,  vers  la  fin  d'avr,].  —  Bernarrt  Olon.  seigneur  de 
LauracuiTre  »es  services  fiLuuis  VUI  pour  la  croisade  en  AlbigMtis. 
Orig.  scellé:  J.  400.  —  JJ.  30a,  69 v».  —  EditIohs  .Uist.daUtg. 
VIII,  BI9,  —  Teulel.  n"  1775. 

3M.  —  [1326,  vers  la  fin  d'avr.].  —  Guillaume  de  Cer\era  offre  ta 
services  &  Louis  VIII  pour  la  croisade  en  .albigeois. 
Orig.  :  J.  W8.  —  Edition  :  Teulel,  n"  1776- 

36*.  —  [1226],  8  mai,  Sainl-Antonin,  (Ap.  S.  Anloninum.  vm  ido» 
maii).  —  Serment  de  fidélité  du  prieur  et  de  loule  la  ville  de  Saint 


i 


..  66.  —  Editions  :  Hist.  du  Long..  VIll. 

,   n"  1766». 

366.  —  22  mai  1226.  —  Acte  de  Louis  VIII  ordonnant  la  nîtlsion 
d'un  procès  entre  Arcbambaud,  comte  de  Périgord,  et  le  chapitre  du 
Pu  i- Saint- Front,  relativement  à  des  droits  de  juridiction  prétendu' 
par  ledit  chapitre. 

Mentionné  dans  VArl  de  vir.  les  datet.  Comtes  de  Périgord. 


us,  a.  1226,  m.  qiayo).  —  Louis  Vin 
é  à  l'abbaye  de  Saint-Denis  l'amuent 
lu  terre  de  Saint-Denis,  en  di-çi  du 


367.  —  1226,  mai,  Paris.  (P( 
atteste  que  (iui  de  Chevreuse  a 
el  toute  la  justice  (]u'il  avait 
bailliage  de  Beaurains. 

LL.  1157  (Cartul.  blanc  de  Seinl-Dcnls.  1),  518. 

366.  —  1226,  mai.  Paris.  (Parisius,  a.  1226,  m.  mayo).—  Acte  d1u» 
muge  lige  de  Pierre  Bcnnond,  seigneur  de  Sauve. 

E,  226  V,  —  JJ.  30  A.  72  v-.  —  Doal,  CLilJ.  95.  ~  KomoF 
du  Lang.WW.  822. 


369.  —  1226,  m. 
de  Mai'li  déclare  a 
forùl  de  Cruie. 


,  Paris.  (Pai-isius,  a.  1226.  m.  mayo).  —  Bnuchanl 
oir  cédé  k  Louis  VIII  la  chasse  qu'il  avait  dani'  li 


Orig.  «xU  :  J.  731 .  —  E.  280  ;  F,  ï 


»,  —  Amai.  :  T«al«t.  d»  1780 


370,  — 1226,  mai,  Paris.  (Parisius,  a.  1226,  m.  inajro).  —  Robert  de 
Poissi  déclare  avoir  cédé  h.  Louis  VIII  le  droit  de  chasse  qu'il  tenait,  dm 
la  forêt  de  Cmie,  de  Bouchard  de  Marli. 

Orig.  soellé  :  J.  731.  —  JJ.  31.  96,  —  AnAt.  :  Teulet.  n" 

371.  —  [1226,  mai,  Paris].  —  Bouchard  de  Marli  el  Robert  it 
Poissi  donnent  k  Louis  VIII  la  chasse  qu'ils  avaient  dans  la  forci  d« 


\ 


373.  —  1226,  [au  plus  tard  en  mi 
Louis  VU!  mande  H  Bcrruier  de  Don 


i],  Paris.  (Parisius.  a.  1î!6)-  - 
m  de  pcrniettrc  au.\  rcligieiu  d 


[APP.   VI]   actes   de   louis   VII 
r  droit 


usage  dans  la  forËL  de  Breleuil  et 
de  Buri'. 


la  Trappe  de  jouir  de  lei 
des  di-oiLs  qu'ils  ont  sur 

J.  1030.  n"  37  (Vidimiiï  Je  1280)-  —  Editioub  :  Carlul.  Normand. 
n"  359.  —  Aug.  Le  Prévost,  Mélai'ges.  1,  428. 

973.  —  122S,inai,  Sainl-Germain-eii-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in  Laya, 
a,  1226.  m.  maïo).  —  Au  cas  où  RoberL  de  CourLenai  mourrait  avant 
la  majorili>  de  son  fils  aine,  Louis  VIII  s'engage  h  prendre  en  garde  I& 
terre  que  Robert  tient  de  lui  en  Normandie,  et  promel,  à  la  majorité 
du  jeune  homme,  de  restituer  à  celui-ci  les  revenus  Louches. 

E.  236  v;  F,  183  V».—  Editions  :  Du  Bouchct.  Ginéal.  de  la  maûon 
de  Ceurtenai,  113,  et  preuves,  '30. —  Baluie,  Bisl.  de  la  mais.  d'Auv., 
U.  491-  —  Bib.  Ec.  Ck..  XXîmi,  533,  ol  XXXVIII.  372. 

374,  — 1226,  mai,  Saint-Germain-en-Lale.(Ap.  S.  Germanum  in  Loya, 
a.  1226,  m.  inayo),  —  Louis  VIII  décharge  Raoul  Cuiton  de  toute  ûccu- 
Balion  d'usure  ;  il  lui  promet  de  le  laisser  marier  sa  nièce  quand  elle 
en  aura  l'&ge,  pourvu  que  le  mariage  soit  avenant. 

E,  250  ¥",  F.  207-  —  Edition  r  Cariai.  Normand,  n°  355. 

375.  — 1226,  [mai?],  Saint-Germain-en-Laie.  (Ap.  S.  Germanum  in 
Laya,  die  martis  proxima..  a.  1226).  —  lléraele  de  Monllaur  fait 
homiiiage  à  Louis  VUl. 

Monlionné  dans  les  Scripla  de  t'eodis  :  //.  ;■■.,  XXIII,  676. 

378.  -^  1226,  mai,  Lorris.  (Lorriaci.  a.  1226.  m.  mayo).  —  Louis  VII], 
en  échange  de  deux  muids  de  Tromenl  que  Maurice,  son  chambellan, 
percevait  annuellement  à  Bapanme,  donne  audit  Miiuricc  40  livres 
parisis  de  rente  sur  la  prévûté  de  Paris. 
E.  251:  F.  207  v». 


377.  —  [1226,  mai?]  — 
ment  qu'il  avait  donnés  à 
paume,  lui  donne  10  rnui» 


Louis  VIII, 


échange  de  10  inuids  du  Cro- 
panetier,  Guillaume,  à  percevo. 
!  blé  de  sa  grange  de  Gonessc  t 


à  Ra- 
rente 


E,  251;  F.  207  V". 

37S-  —  1226,  mai,  Soissons.  (Suessiunc,  ( 
lacques,  évèque  du  Soissons.  reconnaît  qu'il  doit 
pour  le  service  d'ost  de  cette  année. 

Orig.  iCoUé  r  J.  392.  —  JJ.  31.  42.  —  Emu 


1226.  m,  mayo).  — 
u  mi  120  livres  pariais 


:  Teulcl,  n"  1783- 


37».  -  1226,  mai.  {A.  1226,  m.  mayo).  —  Jean  d'Oigni  cède  à 
Louis  VUl  le  péage  qu'il  percevait  à  Chauni,  cl  4  livres  parisis  qu'il 
percevait  à  Bellencourl,  en  échange  de  ce  que  le  roi  iwssédait  à  Seni- 
court. 

JJ,  31,  93  ï".  —  Abal.  :  Teulel,  n"  178i,  d'aprÈs  Vlmenl.  do  Dupuy. 
380.  —  1226,    mai,    Bourges.  (Bituricis,   a.    122S.    m.    mayo).    — 
. ,  Louis  VUl  donne  b.  Philippe,  comte  de  Boulogne,  la  MorJaic  avec  ses 


500 


[APP.    VI]   ACTBS   DE   LOUIS   TIH. 


dépendances,  itauf  la  terre,  le  cens  et  la  inaisan  de  Sentis  ipe  Phil- 
Aug.  a  donnés  à  l'abbaye  de  la  Victoire. 

E.  ISS;  F.  152  v».  —  Editiok  :  Marléne,  Ampl.   coll..  I.  1202 
381.  —  1226,  3  juin.  (A.  1226,  m  nonaa  jun.).  —  Soumission  de  la 
commune  de  Nîmes  au  légal  et  au  roi. 

-  EDiTians  :  Itifl.  du  /jl*j.. 


383,  —  1226,  juin.  Valence.  (Valencie,  a.  1226,  m.  jun.). —  Louis  VIU 
mande  su  vicomte  d'Aubusson  de  faire  hommage  lige  au  comte  àe  la 
Marche,  pour  Aulmsaon;  en  cas  de  trahison  du  comle  de  la  Marthe, 
le  viconile  devra  prendre  le  parti  du  roi;  Hugue  de  Lusignui  a 
promis  au  roi  d'oublier  ses  griefs  contre  le  vicomte. 

Latin  17191.  (•>  137  v,  copie  tli^ede  U  Bibl.  de  Bouhier  de  Sirigs', 
383.  —  [1226,  juin,  avant  le 8  du  mois,  Avignon). —Louis  VIII  promet 
aux  habitants  d'Avignon  toute  sûrelé  pour  eux,  leurs  biens,  leurville, 
s'ils  lui  donnent  passage  dans  leurs  mura. 

Indiqué  dans  le  DiBnifeite  lancé  le  8  juin  par  le  légal  contre  les  btbi- 
lants  d  Avignon  (Taulct.  n"  17i<7).  cl  dam  la  lellre  des  prelsbeld» 
barons  h  Fridinc  11  (Touict.  n"  1783). 

3B<.  _  [1226],  S  juin,  Puilaurcnt.  (Ap.  Podium  I.aurenlium,  vi  id- 
-  .    -   --        ^j 

-  EoiTion  :  Hitt.  dit  I-a»g.. 


885.  —  [1226,  avant  le  11  juin,  au  siège  d'Avignon].  —  Louis  VIU  ^ 
écrit  à  l'empereur  Frédéric  II,  pour  lui  expliquer  les  motifs  du  s 
d'Avignon. 

Indiqué  dans  la  lettre  dt»  baron»  &  Frédéric  II  (Teulet,  n"  17S9). 

386.  —1226,  Il  juin,  Trente.  (Ap.  Tridentiim,  a.  1226,  m  id.  jun^S 
indict.  \iv).  —  Traité  entre  Henri,  roi  des  Romains,  et  Louis  VIIL 

E.   168  V;   F.   133.  —   EnmoN  :    Huillard-Bréhollo».   //i»I    Difl  I 
Fred.  aecundi.  II,  2"  partio,  875.  * 

387.  —  [1226],  12  juin,  Casires.  (Ap.  Castras,  n  yd.  jun.). 
mission  de  la  ville  de  Castres. 

Orig.  scellé':  J.  627.  —  13.  30  A.  63  v.  —  Britîih  Muséum.  ■ 
lionne!  17308.  t'  II,  --Ediiio»  :  Teulet,  II.  Appendice.  n«  IJ8Î'. 

388. —[1226],K  juin,  Saint-Paul  Cap'dc-Joux.(Ap.SaDClumPauliira,f 
xvin  kal.  jul.).  —  Soumission  de  la  ville  de  Saint-Pau l-Cap-deJoux. 
Orig.  :  J.  '.00.  —  JJ.  30  *.  65  >■>.  —  Dril   Mui.,  mt.  addiL  1730*. 


(*■  13  V 


-  Eu  no; 


-  Tculel.  n*  trSI 


;  Hist.  du  Lang..  VIII.  849.  - 

388.  —  [1226),  14  juin,  Âlbi.    (Ap.  Albiam,  xviii  kal.  jul.)- 
Guillaume  Bernard  de  ISajac  se  soumet  au  roi.  L'évËque  d'Albise|mi 

(iaraiit  de  ses  promesses, 
JJ.  30*.  72  V". 


[A.PP     Vl]   ACTES   DE   LOnS  THI,  50 

390.  —  [1226],  16  juin,  Carcaesonne.  (Carcassonne,  xvi  kal.  jul.). - 
Soiimisetinn  de  ta  ville  de  Carcas.ionne. 


Orig.  wellé:  J.  627.  -  JJ.  30a. 
Vm,  846.  —  Teulet,  U,  Appendice 
Dïoc,  de  Carcaisonne.  Il,  265. 


:  Hist.  du  Lang., 
-  Fragm.  :    Mahul, 


391.  —  1226,  17  juin.  Alais.  (Alesli,  a.  1226,  xv  kal.  jul.).  — 
Bernard  Pelel  accrdditc  auprès  de  Louis  Vlll  son  (ils  aîné,  qui  prêtera 
hommage  au  roi  à  la  placr  de  »on  père. 

JJ.  30  *.  71  v".  —  Doat,  CLBI,  101.  —  Editiob  :  Hist.  du  Lang., 
VIU,  8S1. 

392.  —  1226,  juin,  au  siège  d'Avignon.  (In  obsidione  Avinionis,  a. 
1226,  m.  jun.).  —  Louis  VIII  requiert  nen  chevaliers  demeurant  dans 

leK  arènes  de  Nîmes,  de  qiiiltor  les  maisons  qu'ils  y  ont  cl  de  laisser 
entrer  ilans  le  château  des  arènes  la  garnison  envoyée  par  le  roi. 
EoiTio:*  :  Ménord,  Hist.  de  Nismea.  I,  pr.,  93. 

3t3.  —  1226,  juin,  au  siège  d'Avignon.  (In  ohsidione  Avinionis,  a. 
122G,  m.  jun.).  ~  Louis  Vlll  déclare  à  seschevaliers  qui  ont  quitté  les 
arènes,  qu'il  n'entend  point  les  déposséder,  cl  qu'il  veut  au  contraire 
que  leur»  droits  restent  intacts. 

Eoman  :  Ménard,  Hist.  de  Niâmes.  I.  ^r.,  93, 

3M.  —  1226,  juin,  au  siège  d'Avignon.  (In  ohsidione  Avinionia,  a. 
1326,  m.  jun.).  —  Louis  VIU  reçoit  la  soumission  des  habitants  d'Albl 
et  les  prend  sous  sa  protection , 

JJ.  275.  f»  194.  —  Latin  9996.  p.  192.  —  Do»t,  Cm.  13  et  15.  — 
Edition  ;  Hist.  dulang..  VUI,  845. 


1226,  j 
pellier 


-  1226,  juin, 
jun.).  —  Loui 


lu  siège  d'Avignon,  (tn  obsid.   Avinionie,    a. 
.  Vlll  prend  sous  sa  protection  la  ville  de  Mont- 


Originil  :  Arch.  miiiiic.  d(4  Montpellier.  ïrra.  A,  catB.  xviii,  n'  1 
(d  nprèt  Germain.  Commune  de  Monipellier,  II,  11).  ~  Vidîm.  de  1270, 
ibid..  arm.  B,  tiroir  vi,  n"  3  (Id.,  Commerce  de  Montpellier,  l,  189).' 
—  Copie  d'un  ïidimua  de  1310  ;  J,  340.  —  Editions  :  Germain.  Com- 
merce de  Monipellier,  1.  189.  —Teulet,  n"  1790. 

396.  —  1226,  juin,  au  siège  d'Avignon.  (In  obsid.  Avinionitt,  a. 
1226,  m.  jun.).  —Ligue  entre  Louis  Vlll  et  le  comte  de  Provence, 
Raimond  Bérenger,  contre  Baimond,  comie  de  Toulouse. 

E,  188  ;  F,  152  v.  —  EomoB  :   Hiit.  rfu  Lang..  VUI,  842. 

397.  —  1226,  juin,  au  !<iège  d'Avignon.  (In  obsid.  Avinionis,  a. 
1226,  m.  jun.).  —  Louis  Vlll  concède  à  Gui,  fils  de  Cholard  de  Thiers, 
les  biens  donné»  à  ce  dernier  par  Philippe-Auguste. 

E.  226  V";  F.  183. 


99S.  —  1226,  jui 


1  siège  d'Avignon.  (In  obsid.   Avinionis,  a.     , 


[APP.    VI]   ACTES  DE   L0CI8   TIII. 
n.).  —  Soumission  de  Raimond  Arnaud  du  Pui,  rhilelwi| 

:   HiÊl.  du  Lang..  VIIl,  8U.- 


399.  —  1226,  juin,  au  siège  d'Avignon.  (In  obsid.    Avinioni», 
12Î6,  m.  jun.).  ~  Hommage  lige  de  Guigue,  seigneur  de  Toumon. 

Orig.  ;  J,  622.  —  JJ.  30  A,  72  v".  —  Doat,  CLIU.  97.  —  Editim, 
Hist.du  Lang..  VIU.  851. 

400.  —  1226,  juin.  BU  siège  d'Avignon    (In  obsid.  Avinîonis, 
1226,  m.  jun.).  —  Hommage  lige  de  (toslan  de  Sabran. 

JJ.  30  A,  71  ï".  —  Editius  :  Hist.  du  Lang..  VIU,  851. 

401.  —  1226,  juin,  au  siège  d'Avignon.  (In  obsid.  .^viniunis. 
1226,  m.  jun.).  —  Hommage  lige  de  Raimond  Gocelin,  Migneun 
Luiiel. 

JJ.  30  A,  75  V».  —  Do«l,  CLIU,  99.  —  Editiou  ;  ttUl.  du  Ltuu 
VIU,  852. 

402.  —  [Même  datu|.  —  Notice  des  domaines  que  le  seigneur  i 
Lunel  tient  du  roi  en  hommage  lige. 

E,  280;   F.  238  V. 

403.  —  1226,  juin.,  devant  Avignon.  (In  obsid.  Avinionis,  a.  IS 
m.  jut.).  —  Luurs  A'ill,  en  récompense  de.s  senices  de  l'abbé  de 
Crasse,  prend  tmu*  sa  protection  ce  monastère,  lui  rend  les  Reh  dci 
mouvance  qu'occupait Âniauri  de  Montfort.  et  s'engage  à  lui  abui< 
ner  les  lerres  de  sa  mouvance  qui  tomberaient  en  cotnmise  pour 
d'hérÉsie. 


4.  —  1226,  aoùl,  au  siège  d'Avignon.  (In  obsid.  Avinionis 
,  m.  aug.).  —  Soumission  de  Demard.  comte  de  C(>nlming<^s. 
JJ.  30a,  76.  —  JJ.  275.  3i.  —  Editions  -.  llitt.  du  Ltug.,  ^ 


852. 


-Teulet,  11"  1794. 


409.  —  1226,  aoAt,  [au  siège  d'Aviron].  (A.  1226,  m.  aug.). 
Louis  VIU  mande  à  Rarthélemi  de  Roie  et  à  Mathieu  de  MonUnorta 
de  Faire  réparer  par  les  bourgeois  de  Corbie  les  fossés  que  l'abbf 
Corbie  Faisait  faire  dans  son  domaine,  et  qui  avaient  été  détruits  | 
lesdits  bourgeois. 

Latin  17758  (Cartid.  noir  de  CorhÎB),  34.  —  Grenier.  CLIIl.  15S. 
Edition  ;  Tlûorry,  Mon.  tacd.  de  l'hial.  du  Tiers-Etal.  lU.  «b- 

408.  —  1226,  aoitt,  au  siège  d'Avignon.  (In  obsid.  Afinionis. 
1226,  m.  aug.).  -  Louis  VIU  mande  k  son  lidèle  Ëude  Lecoq  de  mm 
tenir  le  prieuré  de  Prouille  en  possession  des  biens  doit  il  jouissait 
temps  de  Simon  de  Montibrt. 
Dont,  LXXXXVIII,  61, 


[APP.    VI]    actes    de    LOVIS    VIII. 


503 


407.  —  [1226,  (lu  10  juin  au  commenc.  de  sept,],  au  siège  d'Aïignon. 
I  obsid.  Avenionis).  —  Héraclc  de  Monllaur  reçoit  de  Louie  Vlll 
LubcDfis,  Saint-Laurent -xou9-Coiron  el  Ussel,  et  jure  de  rendre  ces 
^ftces  à  grande  et  petite  force. 

Mtmtionnf  dans  les  Seripta  de  Feodis.  H.  F..  XXIII,  676. 

«OS.  —  1226,  14  sept.  (A.   122G,  m.  sept.,  die  Exaltalionis  sancte 
Cnicis).  —  Soumission  de  B.  de  Marestan. 

Orig.  scellé  :  J.  399.  —  JJ.  30  a,  69.  —  Edition  :  Teulet,  n"  1796. 
19.  —  Même  date.  —  Soumission  de  Roger  d'Aspet. 

Orig.  scellé:  J.  620.  —  JJ.  30 à,  64.  —  Brit.   Muscum,  tas.   addit. 
lîaOH,  t"  12.  —  Eonwn  :  Hisl.  du  Laag.,  VIU,  853- 

*10.  —  Même  date,  —  Soumission  de  Bernard  de  Cotnminges. 

Ong.  :  J.  622.  —  JJ.  30  a,  65  —  Brit.  Musoum.  nu.  addit..  17308, 
13.  —  EoiTios  :  llist.  du  l.ang..  VIU.  85'i. 


«11.  —  1226,  sept.  (A.  1226,  m. 
lurena   el    d'tlude    de    Praissac. 
Lts  de  leur  fidélité. 


sept,).  —  Soumission  de  G.  de 
s   se  constituent  mutuellement 


JJ.  : 


*.  72. 


«18.  —  1226,  sepi,,  Avignon.  (Ap.  Avinionem,  n. 
Louis  VIU  relate  le  parîagc  conclu  par  lui  avec 
idré  d'Avignon,  pour  la  ville  de  Sainl-Andrê. 

Orig.  «celle:  J.  424.  —  Editiou  :  Toulot,  n°  1801. 


1226,    m.   sepl.). 
l'abbé  de  Saint- 


:  de  Saint- 


«IS.  —  Même  date.  —  Bermond,  abbé,  el  les  relig 
André  relatent  les  précédenles  convention?!. 

;.  scellé:  J.  295.— JJ.  30  a.  47  ï". —  Editions  :  Uisl.  du  Lang.. 
!57.  —  Atém.  de  i'Acad.  du  Gard.  ann.  1876,  p.  35S. 

«1*.  —  Même  date.  —  Bermond,  abhé,  el  les  relifieux  de  Sainl- 
^dré  dédareiil  i|uc  ni  le  roi  Louis  Vlll  ne  prolite  pas  de  la  précédente 
onvenlion,  il  ne  sera  pas  tenu  de  leur  payer  la  rente  annuelle  de 
'es  tournois  qu'il  leur  a  promise. 

Orig.  :  J.  295.—  JJ.  30a.  48.  —  Editions  ;  BUl.  du  Long.,  VUI, 
iS.  —  Mém.  de  I'Acad.  du  Gard,  ann,  1876,  p.  361. 

*1».  —  1226,  26  sept.,  l'isle-en- Jourdain,  église  St  Marlin.  (A.  1226, 
kal.  ocl.,  in  villa  de  Ynsula,  in  ecclesia  beali  Martini).  —  Soumis- 
a  de  Berlran  Jourdain. 

k,  67  V",  —  Editio^vs  :  Hiat.  du  Lang.. 
,  n"  1799. 

♦18.  —  Même  dale.   —  Soumission  de  B.  Jourdain,  seigneur  de 
risle. 

Orig.  scellé:  J.  624.  —  JJ.  30a.  6i.  —  Brit.  Mus.,  mo  add.  17308, 
^  13.  —  Editions  :  HUt.  du  Lang..  Vlll.  854.  —  Teulst.  n°  1800. 


504  [APP.   Vi]   ACTES   DE   LOUIS   VIII. 

417.  —  [1226,  aepl.,  Béziers].  —  Ber.  de  Klori&n,  bourii^ois  d« 
Bézien,  prête  hommage  à  Louis  VllI  pour  une  mabon  que  lui  avaU 
léguÉe  Pierre  l'Avenlurier. 

Indique  dans  une  plainte  adressée  en  1247  aux  Enquïteun  :  HUl.  du 
iMiig.,  VEl,  Enquêteur»  roj.,  cqI.  1. 

«II.  —  1226,  7  oft.  (A.  1226.  non.  ocL).  —  Bernard,  comte  de  Cotn- 
minges,  atteste  i^ue  Guillaume  Bernard  de  Marquefave  a  fait  sa  Mn- 
inission  au  roi  el  au  légal. 

Orig.  :  J.  622.  ~  JJ.  30*,  64  v.  —  Bril.  Mus.,  m».  iMil.  ITSOS, 
f"  12  v.  —  EoiTiuKs  :  //(»(.  du  Long..  VDI.  B55.  —  TouUl.  n"  180* 

«19.  ~  1226,  oct.  (A.  1226,  m.  ocL).  —  Amauri  de  Monlfort  retioniT 
au  partage  de  Pamiers  en  faveur  de  Louis  VIII. 

Dont,  LXXXXIV.  55.  —  Ediiiow  ;  HUi.  du  Ung  .  Vlfl,  858. 

430.  —  1226.  oct.,  Paniierfi.{Appamiia,  a.  1226.  m.  oct.).  —  Pariâge 
entre  lea  rhanoines  de  Sainl-Antonin  et  Louis  VIII,  pour  Pamiers- 
Orig.  scellé  :  J.  336.  —  Edition  :  Teulet,  n«  1809. 

*ai.  —  [1226,  oct.).  —  Romain,  cardinal  de  Saint-Auge,  l4^l  da 
Saint-Siège,  déclare  qu'Amauri  de  Montfort  ayant  renoncé  au  {Mriagt 
de  Paniiei-s,  les  chanoines  de  Saint-Anlonin  l'ont  transféré  au  ni' 
Louis  VIII. 

Doat,  LXXXXIV,  55.  -  EniTron  :  ffUt.  du  lang..  Vm.  858. 

432.  —  1226,  Dcl.,  Pamiers.  (Ap.  Apamias,  a.  122R,  m.  ocl.).  - 
Louis  VIII  donne  à  l'ëvéque  d'ITzès  :  tout  ce  que  le  comte  de  Toulous 
possédait  éi  MouK.sacVt  ses  dépendances,  h  Saint- Bénéiel,  i  Itoque-' 
courbe,  À  Saint-Théodorit-il'Aindles,  Ji  Nouvelles,  à  Tavels;  le 
de  Flaux,  la  bastide  d'Engras  et  la  bastide  de  Barron  ;  la  villedc  Sainl- 
Jean-de-Maruèjois  ;  la  bastide  qui  appartenait  à  Pons  Sariiel  ;  luiis  1» 
manses  que  possédait  le  comte  de  Toulouse  au>  environs  de  Thar 
la  viguerie  que  Brémond  d'Uzés  tenait  dudit  comte,  et  Inut  ce  que  il 
comte  pouvait  avoir  près  d'L'zès.  ainsi  que  les  villes  de  SBint-roti8>lir 
Calm  et  de  Vers,  el  enQn  la  none  et  la  dîme  des  péages  perdus  dt» 
tout  le  diocèse.  Le  roi  cMe  au  préviM  et  au  chapitre  dllrte  CosUHon- 
du-Gard.  En  échange,  l'évèque,  le  chapitre  et  le  prév>ïl  d'Urts  rédenl 
au  roi  tout  ce  que  le  comte  de  Toulouse  tenait  d'eux,  et  lous  1»  fieft 
de  leur  mouvance  qui  lomberaienl  en  commise  pour  fait  d'hiiàift 
Promesse  de  la  protection  royale, 

Copie;  K.  188,  n^ea.  — Edition:  Gall.  ekriiit..tA.  nov.,  VI,  inrir; 
306, 

433.  —  1226,  oct.,  Pamier».  —  Louis  VIII  ordonne  au  sénéchal  é 
BeaucaJre,  Pèlerin   Lalinier,  de  prêter  serment  de  lidélité  ente*  l« 

mains  de  l'évéque  d'L'zès. 

Indiqué  ;  Cnll-  i^hrist.,  ad.  nov.,  VI,  627  ;  Mcnard,  HUt.  de  .MmM. 
1.  297. 


[APP.    VI]   ACTES   DE   LOUIS   VIII.  505 

424.  —  1226,  oct.,  Pamiers.  —  Louis  VIll  confirme  à  i'évêque  de 
Nimes  la  possession  de  la  ville  de  Milhau,  que  lui  avaient  donnée  Simon 
et  Amauri  de  Montfort. 

Indiqué  dans  un  acte  d' Amauri  du  2  mai  1227  (Hist,  du  Lang.,  VIII, 
860-861). 

425.  —  1226,  oct.,  Pamiers.  —  Ordonnance  contre  les  excommuniés. 

Indiqué  dans  le  concile  do  Narbonno  do  1227  (Mansi,  Concilia,  XXIII, 
21). 

426.  —  1226,  oct.,  au  camp  devant  Belpech.  (In castrisapud  Bellum- 
podium,  a.  1226,  m.  oct.).  —  Nuflez  Sanche,  comte  de  Roussillon, 
déclare  avoir  fait  hommage  lige  à  Louis  VllI  pour  la  vicomte  de 
Fenouillet  et  de  Pierrç-Pertuse. 

Orig.  :  J.  622.  —  E,  207  vo.  —  JJ.  30  a.  72  vo.  —  Doat,  CLIII,  105. 
—  Edition  :  Teulct,  n»  1806. 

427.  —  1226  [oct.],  au  camp  devant  Belpech.  (Original  :  in  castris 
juxta  Bellum  Podium,  a.  1226,  m.  oct.).  —  Acte  correspondant  de 
Louis  VUI. 

Vidimus  orig.  de  1231  :  Baluzo,  CCCXCII,  charte  n»  574.  —  E,  182  vo; 
F,  149  vo.  —  Latin  11895,  f»  147  v».  —  Editions  :  Marca,  M.  Ilispa- 
nica,  1411.  —  Rousset,  Suppl.  au  Corps  diplom.,  II,  part,  i,  83. 

428.  —  1226,  oct.,  Albi.  (Ap.  Albiam,  a.  1226,  m.  oct.,  r.  4).  — 
Louis  VIII  donne  à  l'église  de  Notre-Dame  de  Clteaux  200  livres  tour- 
nois de  rente,  à  percevoir  à  Béziers  et  à  Carcassonne. 

E,  160  vO;  F,  129. 

429.  —  1226,  oct.,  Albi.  (Ap.  Albiam,  a.  1226,  m.  oct.).  —  Pierre, 
archevêque  de  Narbonne,  rapporte  les  conventions  conclues  entre 
Louis  Vlll  et  Agnès,  autrefois  vicomtesse  do  Béziers,  au  sujet  de  la  ces- 
sion de  son  douaire  à  la  royauté. 

Orig.  scellé  :  J.  337.  —  Editions  :  Hist.  du  Lang.,  VIII,  859.  — 
Teulet,  n«  1805. 

430.  —  1226,  ocL,  Monestiés.  (Ap.  Monasterium,  a.  1226,  m.   oct.). 

—  Louis  \1I1  assigne  à  Tarchevéque  de  Narbonne  400  livres  tournois 
de  rente,  pour  le  dédommager  de  la  perte  des  fiefs  d'hérétiques  mou- 
vant de  l'église  de  Narbonne,  qui  toniberont  en  commise. 

F,  102.  —  JJ.  275,  f«228. 

431.  —  1226,  oct.,  Monestiés.  (Ap.  Monasterium,  a.  1226,  m.  oct.). 

—  Acte  de  l'archevêque  de  Narbonne,  relatant  les  précédentes  con- 
ventions. 

Orig.  scellé  :  J.  337.  —  JJ.  30  a.  28.  —  JJ.  31, 133  v^.  —  Editions  : 
Gall.  Christ.,  cd.  nov.,  I,  383,  et  V,  instr.,  59.  —  Teulet,  no  1808. 

432.  —  1226,  oct.,  Rhodez.  (Ruthenis,  a.  1226,  m.  oct.).  —  Gua- 
Ihard,  abbé  de  Figeac,  déclare  que  si    la  ville  de  Peirusse  lui  tombe 


506  [APr.    V[]   ACTES   DE   LOCIS  VIII. 

entre  les  main»,  il  sera  tenu  dp  lu  livrer  à  Loui»  VIII  à  la  première 

réquisition. 

Orig.  secUé  :  J.  399.  —  JJ.  30  a.  80.  —  Editios  ;  Teulel,  n"  1810. 

*33.  —  1226,  ocL.,  EspeiUap  !  {Ap.  Espeliera,  a.  1225,  m,  oct.).  — 
Hommage  lige  de  Guillaume  de  Cauinoiil. 

Orig,  1  J.  620.  —  Copio  :  ],  973.  —  JJ.  30  ».  71  »".  —  DmI.  CLID. 


103. 


-  Edit 


;  Teulcl.  i 


1807. 


4M.—  1226,  ocl.,  Cterrnonl.(Ap.  Clarummontem,  1226,  m.  ort.). 
—  Louis  VIII  mande  au  comte  de  Nevers  et  de  Forée  de  prendre  sous 
sa  défense  les  religieux  de  Manlieu  et  leurs  biens. 
Dtal,  CXVII,  363. 

(35.  —  1226,  [3]  nov..  Monlpensicr.  (Ap.  Monlempanrerium.  a.  I2ÎE, 
m.  nov.).  —  Louis  VIII,  gravement  malade,  fait  jurer  à  se»  barons 
que,  s'il  vient  à  mourir,  \h  feront  hommage  à  son  fils  Louis  et  |irwe- 
deronl  le  plus  loi  possible  à  son  couronnement. 

Cinq-ccnls  do  Colbcrt.  LVI  {Copie  du  Liber  princlpum),  21 .  —  ChtrtB 

el   dipi.,   CXXXVn.    17*.  —   Bduze.   LXXX.  21'é  v.   —   EomoM 

Chan[creau-Lefcbvre.  Tr.  des  fiefa.  pr.,  172.  —  Lincplot,  Piieei  con. 

cernant   1rs  pairs   de  France,  pr..   33.  —  DupuT.  Major. 

éd    de  1722.  I,  164.  —  Touasainl-DuplBiwi,  ffUl.  de  Couei, 

—  BrusBol,   Us.  des  fiefs,  L  68. 

<38.  — 1226,  3nov.,  Monipenaier.  (Ap.  Montem  Pancerii,  die  marlk' 
pmxima  post  festum  omnium  Sanclorum,  a.  1226.  m.  nov.).  —  Un 
rerlain  nombre  de  prêtais  et  dt^  barons  dérlurunt  qu'à  la  demande  du. 
roi  Louis  Viil,  ils  lui  ont  promis,  s'il  mourait,  de  prêter  serment  d6'; 
lidèlilé  à  son  fils  ainû  Louis,  et  de  le  faire  couronner  immédiatemenL 
—  Eomoss  :   Dupuï.  Major,  des  roU.  I,  167. 


I 


437. 

nov.). 


43B. - 


—  1226,  nov.,  Monlpensicr.  (Ap.  Montem  Pancerii,  a.  1226,  m. 

—  Acte  de  même  teneur  de  !>imon,  archevëiiiic  de  Bourges. 

irig.  bcbHc  ;  J.  863.  —  EoiTtoB  :  Tculut,  n"  1812. 

—  [1226].  —  Serment  de  fidélité  des  habilants  de   Narbonnr  i 

m. 

idiqu^  dam  un  loleda  vicomte  do  Fiarbonnede  1243:  HUt.  da  Lang. 
de  Lodëvri  dans  II 


—  Louis  VIII  maintien!  l'évéqi 

mtéde  Monlbrun. 


lui    Lodon 


*40.  —  [1226].  —  Louis  VIII  reçoit  le  sermenl  de  fidélilf  de  réTèquJ 
de  Mende,  auquel  il  a  abandonné  les  régales  de  son  diocèse. 
Indiqué  d«ns  un  «etc  do  1259  :  HUt.  da  Lanf..  VIII.  lîi;. 


[app.  vi]  actes  de  louis  vui.  507 

441.  —  [1226].  —  Louis  Vlll,  sur  la  prière  de  Mathieu  de  Marli,  rend 
à  Agnès,  vicomtesse  de  Lautrec,  la  terre  dont  Sicard,  son  époux,  avait 
été  dépouillé,  et  lui  donne  en  outre  Montredon  et  Senegats  en  échange 
de  la  dot  que  lui  avait  constituée  Simon  de  Montfort. 

Indiqué  dans  un  acte  de  Math,  de  Marli,  de  1239  :  Op,  cit.,  VIII,  1022. 

442.  —  [1226].  —  Louis  VIII  concède  à  «  Baudacus  »  de  Montpellier 
le  péage  de  Lattes. 

Indiqué  dans  une  lettre  de  Louis  IX  :  Op.  cit.,  VIII,  1032. 

443.  —  [1226].  —  Louis  VIII  donne  Lesbordes  au  fils  d*0.  de 
«  Lyliers  ». 

Indiqué  dans  le  Traité  de  Paris  de  1229  :  Op.  cit.,  VIII,  888. 

444.  —  [1226].  —  Louis  VIII  confîrme  à  Guillaume  Spinula,  citoyen 
de  Gènes,  la  rente  viagère  de  10  marcs  d'argent  que  Phil.  Aug.  lui 
avait  constituée  pour  le  récompenser  de  ses  services  sur  terre  et  sur 
mer. 

E,  226  Yo;  F,  183  vo. 

445.  —  [1226].  —  Rodrigo  Diaz  de  los  Camberos  écrit  à  Louis  VU! 
et  à  Blanche  de  Castille  pour  les  assurer  de  son  dévouement  et  les 
informer  que  leur  fils,  selon  les  dernières  volontés  du  roi  Alfohse,  est 
actuellement  le  roi  légitime  de  Castille;  il  les  supplie  d^cnvoyer  leur 
fils  en  Castille. 

Orig.  scellé  :  J.  599.  •—  Edition  :  Teulot,  n»  1813. 

446.  —  [1226].  —  Gonsalve  Pierre  de  Molina  informe  Louis  Vlli  et 
Blanche  de  Castille  des  dernières  volontés  du  roi  Alfonsc,  et  les  supplie 
d*envoyer  leur  fils  en  Castille. 

Orig.  scellé  :  J.   599.  —  Editions  :  Dominicj,  Assertor   Gallicus, 
part.  I,  192.  —  Teulet,  n<»  1814. 

447-453.  —  [1226].  —  Lettres  de  même  teneur  de  :  1°  R.  Gonsalve 
de  Orvaneza;  2°  S.  Pierre  de  Gavara;  3®  A.  Gonsalve  de  Orvaneza; 
4»  P.  Gonsalve  de  Maranon;  5°  P.  Diaz;  6°  Garcias  Ordonex  de  Roda; 
7«  G.,  comte  de  Ferrera. 

Originaux  (le  l»'  et  le  5«  scellés)  :  J.  599.  —  Anal.  :  Teulet,  n»»  1815 
k  1821. 

454.  — 1223-1226.  —  Louis  VIII  reconnaît  devoir  à  la  ville  de  Rouen 
500  livres  tournois. 

Acte  indiqué  dans  un  compte  rendu  financier  adressé  au  roi  en  1260 
(Layettes  du  Très,  des  Ch.,  III,  p.  544»»). 

455.  -  1223-1226.  —  Charte  de  Louis  VIII  en  faveur  de  Noire-Dame 
de  Vaux-Cernai. 

Indiqué  dans  un  mandement  de  1259  (Merlet  et  Moutié.    Cartul.  de 
rabbaye  dç  N -D,  des  Vaux- de -Ce  niai,  I,  2*  p.,  554). 


508  [APP.   VI]  ACTES  DE  LOUIS  Vni. 

456.  —  1223-1226.  —  Louis  Vm  donne  à  Gautier  de  Louppi,  maré- 
chal de  Champagne,  30  h'vres  de  rente  sur  la  prévôté  de  Laon. 

Indiqué  dans  une  confirm.  de  saint  Louis  :  Tardif,  Cartons  des  Rois, 
no  799. 

457.  —  1223-1226.  —  Louis  VIII  ordonne  de  laisser  les  religieux  de 
Saint- André-en-Gouffem  jouir  des  libertés  et  des  droits  qu*ils  avaient 
au  temps  des  rois  d'Angleterre  Henri  II  et  Richard  Cœur  de  Lion. 

Indiqué  dans  des  lettres  de  saint  Louis  :  Léchaudé  d'Anisj,  Chartes 
et  autres  actes  normands,  I,  476. 

458.  —  1223-1226? —  Notice  relatant  les  conventions  faites  par  le 
roi  et  l'archevêque  de  Tours  avec  les  forestiers  de  Tilloi. 

E,  278  vo. 

459.  — 1223-1226?  —  Le  concierge  de  Paris  énumère  les  droits  qu'il 
a  en  raison  de  sa  charge. 

E,  280. 

460.  —  1224-1226?  —  En  présence  du  légat,  du  chancelier  Guérin, 
du  chambrier  Barthélemi  de  Roie,  du  chambellan  Ours,  du  connétable 
Mathieu  de  Montmorenci,  et  du  bouteillier  Robert  de  Gourtenai,  le 
comte  de  la  Marche,  Renaud  de  Pons  et  Guillaume  l'Archevêque  ont 
déclaré  au  roi  qu'ils  n'ont  pas  fait  hommage  au  roi  d'Angleterre. 

F,  8. 


APPENDICE  r  VU 


CATALOGUE  DES  ENQUÊTES* 

I.  —  1224,  fév.,  Paris.  ("Parisius,  a.  1223,  m.  febr.).  —  Enquête 
faite  par  ordre  du  roi,  sur  la  manière  dont  était  administré  Beaufort- 
en-Vallée. 

E.  278. 

II.  —  1224,  mars.  (A.  1223,  m.  marcio).  —  Enquête  pour  savoir  si 
la  haute  justice  à  Gagni  appartient  au  roi  ou  au  prieur  de  Gagni. 

Boul.  orig.  :  J.  1033,  n<>  15.  —  Edition  :  Boutaric,  Actes  du  ParL 
de  Paris  t  l,  cccii. 

III.  —  1224,  à  rÉchiquier  de  Pâques,  Caen.  (Ap.  Cadomum,  in 
Scaccario  Pasche,  a.  1224).  —  Enquête  établissant  que  la  Ferté-Macé 
est  un  fîef  immédiat  du  roi. 

E,  278  v<>.  —  Edition  :  Cartul.  Normand,  n»  326. 

IV.  —  Vers  1224.  —  Enquête  établissant  que  tout  le  fief  de  Carrouge 
est  de  la  mouvance  du  seigneur  d'Annebecq,  et  non  de  celle  du  roi 
comme  duc  de  Normandie. 

E,  278  vo.  —  Edition  :  Cartul.  Normand,  n"  327. 

V.  —  1225-1226,  avril,  Tours.  ÇTuronis,  a.  1225,  m.  april.).  —  En- 
quête sur  les  droits  du  roi  à  Azai-Ie-Hideau. 

E,  279;  F,  237  vo. 

VI.  —  [1223-1226].  —  Enquête  établissant  que  Tabbé  de  la  Couture 
peut  vendre  ses  bois  sans  l'autorisation  de  Tévêque  du  Mans. 

E,  278  vo. 

VU.  —  [1223-1226].  —  Enquête  établissant  que  les  hommes  de 
Landifai  appartiennent  à  la  juridiction  royale  de  Uibemont,  qu'ils  sont 


1.  Afin  d*éviter  les  doubles  emplois,  nous  n'avons  placé  dans  ce 
Catalogue  que  les  enquêtes  dont  nous  possédons  le  texte,  et  nous  avons 
laissé  de  côté  celles  qui  nous  sont  connues  seulement  par  les  mentions 
contenues  dans  les  actes  de  Louis  VIII. 


510  [aPP.    vil]   CATALOGUE  DES  ENQUÊTES. 

SOUS  la  protection  du  prévôt  royal  de  Ribemont,  et  ne  doivent  pas  la 
taille  au  seigneur  de  Landifai. 

E,  279  vo. 

VIU.  —  [1223-1226].  —  Enquête  établissant  (m*il  n'y  a  pas  de  fours 
banaux  pour  les  boulangers  et  les  bourgeois  de  Paris. 

E,  279  vo. 

IX.  —  [1223-1226].  —  Enquête  établissant  que  le  gruyer  n'a  pas  de 
droit  d'usage  dans  les  bois  de  Rorthais. 

E,  279  vo. 


APPENDICE  N"  Vlll 


PIÈCES  JUSTIFICATIVES 

N«  I. 

ACTE  DE  LOUIS  DE  FRANCE  EN  FAVEUR  DE  GUILLAUME 

DE  HUNTINGFIELD. 

(21  nov.  1216.) 

Ludovicus  domini  régis  Francie  primogenitus.  Noverint  universi 
présentes  pariter  et  futuri  ,  quod  nos  dedimus  et  concessimus  et  hac 
présent!  carta  confirmavinius  dilecto  et  fideli  nostro  Willelmo  de  Hun- 
tingfeld,pro  homagio  etservicio  suo,  viilam  de  Grimeby  cum  omnibus 
libertaiibus,  liberis  consuetudinibus,  et  omnibus  aliis  pertinentiis,  in 
viis,  in  semitis,  in  pratis  et  pasturis,  tenendam  et  habendam  ipsi  et 
heredibus  suis  de  nobis  et  heredibus  nostris  libère  et  quiète,  donec 
eidem  alibi  assignaverimus  centum  libratas  terre  tenendas  de  nobis 
hereditarie  per  servicium  duorum  militum,  et,  cum  dicto  Willielmo 
assignaverimus  dictas  centum  libratas  terre,  predicta  villa  de  Grimeby 
redibit  ad  nos  de  dicto  Willelmo  et  heredibus  suis.  Testibus  comité 
Wintoniensi,  Roberto  filio  Walteri,  Ursione  camerario,  vicecomite 
Meleduni,  magistro  Simone  de  Langton,  Guidone  de  Atthciis,  Olivero 
de  Vallibus  et  Mauricio  de  Gant  et  multis  aliis.  Quod  ut  ratum  sit  et 
stabile,  presentcm  paginam  sigilli  nostri  munimine  fecimus  roborari. 
Actum  in  obsidione  Hertfordie,  anno  Domini  M»  CC®  XV!*»,  xxio  die 
novembris. 

Brit.  Mus.,  I/arl.  Chart,  49.  B.  37.  Original.  —  Cet  acte 
a  été  édité  incorrectement  dans  VArchxologia^  XXII, 
428. 

N°  II. 

QUATRE  PIÈGES  RELATIVES  A  L'INDEMNITÉ  DE  GUERRE 
PROMISE  PAR  HENRI  III  A  LOUIS  DE  FRANGE. 

A.  —  LETTRE  DE  HENRI  III. 
(21  sept.  1217.) 

Rex  universis  ad  quos  présentes  littere  pervenerint,  salutem.  Nove- 
ritis  quod  nos  debcmus  Florentino  Diviti  et  Willelmo  filio  ejus  de 


PIECES   JUSTIFICATIVES.    II. 


512 

Sanclo  Audomaro,  sex  milia  marcanuii  slerlingorum  bononiin  rt 
Icgalium,  ita  quod  nos  vendidinius  eisdem  œnlum  lasta 
Hibeinia  pagabilîa  et  ceotiim  saccos  lane  de  Hîbernia  vcl  de  Hi 
hi\ti-i  ad  pondus  de  Brislollio,  quodlibet  lestum  corionun  pro  i 
fis,  cl  qiiemlibel  xaccum  lane  pm  v  niarci».  et  haDc  inercandisiam 
debemua  eis  Iradere  spud  Brisloltium;  (|ua  (radJIa,  de  predirlis  »et 
niillibus  marcariim  cadent  duo  millia  et  reinanebunt  (juatiK 
iiiarcariiin,  quas  eis  reddenius,  medielateni  ad  inslons  feslum 
Saiicluruni  pruximuin,  et  aliain  niedictatetn  ad  eequenlem  Puritica- 
lioneni  béate  Marie  apud  Londonias.  Si  vero  predictain  mercandiaitni 
non  tradidimus  predicto  Florenlino  et  Willelmo  lUio  ejiis.  pro  locn) 
illius  mercandisie  dabimus  eisdem  quingentas  iiiareas  sterlingonint 
bononim  et  legalium  quas  cum  predictis  sex  mîllibas  niarcaruiii  per- 
Bolvemus  eisdem  Florentino  et  ftlio  ejus  prefatîs  duubus  lerniints  a| 
Londonias.  Et  bas  convenciones  fiduc iavinius  bona  fide  et  absqiie  mala 
ingenio  Icnendas.  Quod  si  forte  defeceriinus  de  predictis 
nibus  leneDdis,  volumus  et  creanlamus  quod  domïnus  Ltidoviciis  et 
ipsi  Florenlinus  el  filiiis  ejus  capientdenoslroet  de  rébus  regni  nostri 
absque  malefacere,  ubicumque  ea  invenerinl,  ad  valenciatn  prcdicte 
pecunie  i|ue  videlicel  remanerct  reddenda,  Inde  eciaiii  constiluimus 
plegios  Itobertum  de  Brena  et  Pfelruml  comitem  Britannie  fratretn 
ejus,  volenles  el  concedentes  quod  ipsi  capiant  de  rébus  nostris  el 
regni  A nglie,  ubicumque  eas  învenerint,  absqiie  mesfacere,  si  dictam 
pecuniam  non  persolverimus  terminis  conslilutis  predii'Us  Florenlino 
et  Willelmo  flUo  ejus,  quousque  de  predicla  pecunia  satisfererimus 
eisdem  et  de  dampnis  que  ipse  el  fllius  suus  ibi  habueriiil  pcr  le^- 
limas  probaciones  suas.  Kt  in  bujus  rei  leslîmoniuni,  elc,  Tesie  ipM 
comile  upud  Lamheye,  x.\i  die  seplembris,  anno  regni  noslri  primo. 
Record  Offiee.  Paient  I  Henry  lll.  mombr,  i  dorao. 

B.  —  [.ETTRE  DB  GUILLAUME  LE  MARRCIIAL  A  PlIlLiPPE-AUGt'STK. 

|Sepi.-Oci.  ian-i 
Philippe  régi  Francie,  W[illelmus]  Mareseallus,  cornes  Penbrocie, 
salutem.  Noveril  excellentia  vestra  quod  nos,  pro  domino  noslro  Hfen- 
rico],  rcge  Anglie,  craanlavimus  reddere  Florentino  Divili  de  SancUt 
Audomaro  sex  millia  marcarum  slerlingorum  bononim  el  legalium. 
videlicel  medielatem  in  feslo  omnium  Sanctorum  et  alJam  medii-tatein 
in  festo  Purilicacionia  beale  Marie  proxime,  unde  habet  litlenis  domini 
noslri  H[enrici]  régis  Anglie  el  noslras  et  baronum  Anglie.  Et  si  coii' 
venciones  ejusdem  non  tenerenlur  sicul  in  litteris  quas  Inde  habcl 
plenius  continelur,  volumus  et  concedimus  ut  eundeni  Florentinum 
el  fllium  ejus  ad  toLam  lerram  quam  de  vobis  teoeraus  asàgnelis, 
quousque  de  prediclo  debilo  et  de  dampnis  seciutdum  tcnorem  car- 
larum  domini  régis  Anglie  el  baronum  quas  inde  habent.  eis  Tiieril 
satisracliun,  salvo  tamen  robis  servicio  nosiro  de  predictis  lerrÎK.  Valele. 
Rec.  Off.,  Pat.  I  Henry  Ut,  taefnhi.  3  done. 


PIECES   .irsTinCATIVES.    II   ET   III. 


C.  —  LETTRE  DE   HENRI  III  AUX  VASSAUX  D  IRLANDE - 

[lOnov.  1317]. 

Itex  etc.  dileclis  et  Meli bus  suis  boronibus,  militibus,  qui  de  eo 
ilienl  Hyberniam.  salulem.  Sciolrs  quod  in  maxima  peccunie  solu- 
"cïone  tenemur  domino  Ludovîco.  régis  Francie  primogenilo,  et  suis, 
por  paeem  iiiler  nos  et  ipsiim  reformalam  ;  unde  oporlet  nos  eis  res- 
pondcre  in  lioc  inslanti  Teste  sancti  Andrée,  vol  graves  expenaos  débita 
expectancimn  el  oneroaas  deliitoruni  penas  suslinere.  Unde,  cuin 
debila  prefala  non  leviler  sine  auxilio  ndeliiini  noslrorum  ad  pre- 
sena  reililcre  valeamiis,  universilalem  vestram  rogamus  atlencius  qua- 
liniis  pro  ainere  nostru  talitcr  nobis  In  hoc  negocio  nostro  de  pcccunia 
vestra  faciatis  succursum,  quod  vobis  grates  referre  neenon  el  vos  in 
peticionibws  veslria  et  negofiiisexpediendispro  loco  et  tempore  beni- 
gnins  exaadire  debeamux.  Quum  vero  etc.,  ut  supra,  leste  etc.,  ut 
Hupra. 

Rfc.  Off..  Pal.   JI  Henry  III.  part.  I.  membr.  9. 

D.  —  «   DEBITA  LODOVICI  ». 

(29aoftt  1318). 

Rex  omnibus  prCHenlcs  litleras  insipecturis  salulem.  Snialis  nos  de- 
bere  b'Iorcntio  Uiviti  de  Sancto  Audomaro,  {(uem  doniinus  Lodoviirus 
altomavil  loco  suo  ad  rccipieiiduni  sox  tniilia  marcarum  quas  ei  detie- 
boiniis,  duo  millia  el  centuin  et  quinquaginta  marcaa  quas  ddem 
Florencio  i-eddenius  ad  Teslum  omnium  Sanctorum  anno  regni  noslri 
tercio,  de  residuu  illorum  vi  millium  marcarum.  unde  ei  salisfecimus 
ad  feslum  sancli  l^;idii  anno  regni  no^trt  secundo  apud  Novuin  Teni- 
pluin  Lonitoniarum  usque  ad  illa  duo  milia  et  centiim  el  quinquaginta 
marcasi  itaquodaiilladuo  miliaot  centum  el  quinquaglnla  marcas 
ei  non  reddidorimus  ad  predicluui  feslum  omnium  Sanctorum,  conce- 
dimus  quod  caria  uoslra  quarn  domino  Lodovico  Tecimus  de  debîlo  vi 
milium  marcarum,  quam  magislcr  Teinpii  de  Parisiii»  habel  in  custo- 
dia,  retinealur  donec  cidem  t'iorencio  de  prediclJ!!  duobus  milihus  et 
cenlum  el  quinquaginla  marcis  pro  predicto  domino  Lodovico  satisfe- 
cerimus.  Et  in  hujus  rei  elc.  Teste  comité  apud  Turrem  Londonia- 

ni,  XXIX  (lie  Augusti,  anno  etc,  secundo. 

Ree.  Off.,  Pal.  II Henry  III.  prt.  i,  mmibr  2,  cl  pari,  il, 


FRAGMENT  DE  LA  CHRONIQUE  DE  MERTON. 

(1210-1217). 

^  Aimo  Domini  MCIIXVI.  Hoc  anno  dominus  Ludovicus,  régis  Francie 

Stilippi  primogenilus,  appliciiit  fipud  Tannllios  insulam  •subalu  post 

Ca.  PïTiT  DuTAiLLis.  Kjffne  de  Luais  [/((.  33 


514 


PIKCES    JCSTIFICATIVES.     III. 


Ascen^ionem  Domini,  quod  fuit  eodem  &niio  tlie  vu  kttlendas  junii.  { 
Ludovicus  castellum  Iluveceslrie  staliiri  obscdiL,  et  ipsum  in  die  lun 
il)  ebdomada  Pentochoslês,  scilicel  tu  kalf^ndas  junii,  circa  hor 
vespertinam,  adquîsivil.  Item  ipae  dominus  Ludovirus  in 
fbdoinade  feiitechoslea  ivit  Londonias  et  ibi  cum  niai;iia  procpsâina 
in  ccclesia  Sancti  PbuH  receplus  est.  Et  in  fcria  sexia  |)i'oxima  r 
hoinagia  civium  et  baroDum  apud  Wesliiionaslerium  ;  et  ipse  eadn 
die  recepit  homagia  civium  Lonitonïcnsium  in  cimilerio  Sancti  Pau 
Ruberto  filio  Walleri  primo  illud  faciente,  deinde  Willelmo  llardci^ 
maiore  Londoniarum  et  mullis  aliia.  [Lem  hoc  auDo  obiit  domiou 
Innoceatius  tcri^ius  apud  Pelusam  xvu  kalendas  augusli,  aniio  yaf»- 
tus  sui  xv[|[  et  measibuâ  quinque  et  diebiiït  quiiique  addîli».  Ilem 
obiit  Johannes  rex  Anglie  apud  Nienwerch  ultra  Stanford  xiiit  kalundu 
noveinbris,  sciIir«L  in  cra.stino  sancte  Luce.  Regnavit  aulem  in  .\ngtia 
xvit  annis,  menaibus  quinque  et  diebus  quinqiie  additb.  Hoc  ini» 
coronatus  est  in  regein  Anglie  Henricus,  rvtfh  Johannis  litius  prinio- 
geni  tus,  in  die  apostolorum  Simonis  et  Jude  apud  Glouceisirïani,  in  ecfl*- 
sis  Sancti -Pelri,  a  domina  Syvalone'  légal o  domitiï  pape  Httnorii  («TCii, 
o-tsisltHlibus  sibi  domino  Pelro  Wintoniense  episcopo.  qui  cum  iimoiil 
et  coronam  iniposuit  capiti.  ut  dicunt,  et  doniinn  Jureliiiu  BalhoiiiciiM 
episcopo,  et  domino  Willelmo  Cesirensî  episroiio,  et  dnutino  epi^rupu 
de  Myde'  et  Willelmo  Marescallo  et  ..'  comité  de  Feriers  et  Philijii» 
de  Albeoi  et  domina  Yisabella  regina,  matre  ejus,  et  aliis.  Fuil  aulrtu 
puer,  die  quo  coronatus  est.  elalis  novem  aiuiorum  el  xsviu  dïeniin. 
Hoc  anno  facta  fuit  pax  ciira  fesluin  sancti  Andrée,  que  duravit  uM|tti- 
ad  oclal>as  sancti  ilillarii.  inter  doininum  Lodovicum  et  Hcnricum_ 
regein  Anglie,  propler  vu  inillia  marcaruin  quasdedït  dominu  Lmt»\ 
Anno  Domini  MCCXVU,  Hoc  nnno  applicuît  ilenim  doi)iinu«  LMi 
eus  cum  niagnoexerciluapudTanatosinsnlam,  in  vigilia  sancti  Geoi^ 
martiris.  Hoc  anno  destructi  sunt  barones  nptid  Liucolniam  in  cnuUl 
»aneli  Dunslani,  scilicet  in  vigilia  sancle  Trinilalis,  pur  dominnl 
Gualonem  legalum  et  per  dominum  Pelrum  Wintonienspm  episcopd 
et  per  comités  Saresbcrie  et  Cesirie  et  per  FaJconem  ;  et  cspLi  siuil  iJ 
numéro  ex  parle  baronum  de  melioribus.  et  cornes  Perlîcc  ibi  o 
est.  Iluin  hoc  anno  consecralus  est  in  episcopum  Uunelmensetn  B 
dus  de  Marisco,  Johannts  régis  quondam  cancellarius,  a  duinind  Ww 
tero  de  Gray  Eboracense  archie[)iscopo  in  ec^clesia  Sancli-Osnaldi  apad 
Glouceslriam  vi  nonas  Julii  iu  die  sancturutn  Proct!>«i  et  Marciniuii. 
Hoc  annii  Euslachius  falsus  monacbus  ducnlalus  e^t  in  mari  ul  pru- 
ditor,  et  mulli  cum  e».  Hoc  anno  facta  est  pax  tirma  inter  HenririuBj 
rcgem  Anglie  et  dominum  Lodowicum  per  dominum  Gualonem  leg 
luni,  in  quadam  insula  extra  Kingestone,  ferialerciaanlc  ExaltacionM 
sancte  Crucis,  et  in  vigilia  Exallacionis  absolutus  est  dominus  L 

1.  Corr.  Gualone. 

2.  Sic.  Voy.  plus  haut  p.  122,  note  2,  la  liste  des  évoques  présent». 

3.  Sic.  —  Suppi.  WilMmo. 


wicus  a  domino  lej^alo  in  eadein  inaula,  et  inuiti  alii  de  magnalibus 
Proncic.  Uem  vçiilt  dominiis  Gualo  le^atiis  apud  Meritonatn  dominica 
posL  Exallacionem  sancte  Crucis  cl  ihi,  ruceplus  cum  magna  proces- 
sione  et  soUcmpni,  fecit  moram  uaipie  ad  diem  sabali.  In  die  Iudc  post 
advenlutn  domini  legofi,  veuenml  apud  Merilonam  ferc  magnâtes 
lofûis  Anglie.scilicet  doininus Lodowicus  et  socii  sui,  cornes  Britannie, 
cornes  de  Enevers,  Robertus  Dnis  ot  alîi  inultî  de  Francia;  de  Angliu 
epïscopi  plures  el  regina  Anglie,  ot  comités  et  barones  et  milites  muUi 
et  finnata  est  pax  intcr  dominuni  Henricum  regem  et  Lodowicum. 
Item  indieaanctiHauricîi  venildominus  Lodowicus  apud  Meritonam 
et  injuncta  est  ei  ponilencia  a  penitenciario  dnmint  legali;  qui,  statim 
post,  reddidit  Turrim  Lnndoniamm  dumîno  PcLro  Wintonicnsi  opiscopo, 
et  recelait  a  Londoniis  in  sabato  proximo,  et  dniiiiniis  legalus  conduxit 
eum  usque  ad  mare.  Uominus  aulem  legatua  venit  Londonias  feria 
VI*  unie  fe^tiim  apustolorum  Simonis  cl  Jude,  el  dominus  llenricus 
PCX  venit  Londonias  die  dominica  sequenti. 

Cambridge.  Corpua-Chrisii  collège,  ms.  59,  {•"  171  y  h  172  V. 

N"   IV. 
JUGEMENT  DE  LA  (»UR  DE  LOUIS  EN  ARTOIS. 
(1319,  du  7  avr.  au  31  ocl.). 
[d  nomine  aancte  et  individiie  Trinitatis,  amen.  Ludovicus,  domini 
régis  Froncie  primogenitus.    Noverint  univers!  présentes  parifer  et 
fuluri  f{iiod  ju'Iicatum  Tiiit  ab  hominibus  nostris  in  curia  noali-a  apud 
fiapalmas,  ubi  Ralduiniis  de  Itnraali'e  inil^s  et  Maltliildis  uxor  ejus 
vendiderunt  Neveloni   Maresrallo  baillivo  nostro  et  Aelidi  uxori  sue 
omnia  que  babebant  apud  Vaus  intègre  in  omnibus  profeclibus  que 
teoebant  de  nobis,  quod  dicli  Nevelo  et  A[elis]  uxor  ejus  beneel  légi- 
time omnia  predicta  enierant  et  quod  meniorati  Baldninus  et  M|al- 
Uiildisl  uxor  ejuH  umnia  illa  bene  et  légitime  vendiderant.  Et  idoo  fuit 
judicatum  quia  omnia  predicta  vendebant  causa  vitande  paupertatis. 
Nus  autem  hec  omnïa  protaxala  concedïmus  ersdem  Neveloni  et  Aelidi 
tutori  sue  et  eorumdem  heredibus  libère  in  ligium  feodum  perpétua 
pussidenda;  et  preterea  eisdem  damua  el  concedimus  omnia  que  habe- 
mus  in  predicta  villa  de  Vaus  ot  maxime  ea  que  liabemtis  i»  tiospitibus 
Sancli  Gaugerici  in  eadeni  villa,  salvis  nobis  in  omnibus  supradictis 
multro.  raptu  et  incendio  que  nobis  retinemus.  Quod  ut  perpetuum 
robur  obtineal,  presenlem  paginam  sigîlli  noatri  auctoritale  et  nostri 
pnominia  karactere  inrcrius  annotato  precepimus  confirmari.  Actum 
0  Domini  M-  CC°  nonodecimo,  regnî  vero  karissimi  domini  et  geni- 
B  nostri  anno  quadrsgesïmo,  asiantibus  in  palatin  pjusdem  domini 
e  genîtoris  nostri  quorum  nomina  supposita  sunt  et  signa:  dapifero 
Inullo;  ïiignum  Guidonis  buticularii;  signum  Bartliolomei  camerarii; 
\  BÏgnum  Matliei  constabularii.  Data  vacante  cancellaria  per  manum 
■  Vincentii  capellani  nostri. 

Arcli.  d^ptrl   du  Pas-de-Cnlah .  liaue  A°.  picco  2,  Original. 


PIKCES    JUSTIFICATIVES.    V,    VI,    ET    Vil, 


HEKRI  m  ACtlRÉDITE  SES  AMBASSADEURS  AUPRES  DE 

LARCHEVEQUE  DE  REIMS. 

(28  juin.  1333). 

Reinensi archiepiscopo el siilTraganeisaui^, H[enricu.'>].  Dei  gr&li> etc., 

salulem.  MitUmus  ad  vos  venerabiles  paires  dominuiii  ('Aiitiiarien»ein 

archicpiscopuin  et  Londonien  sein  et  Surresbirieiiscrn  efibcojios,  m- 

gantes  quatinus  eos  bénigne  aiidire  el  eis  credere  velilis  super  Ulis  qne 

vnbia  dixerint  ex  parle  noslra,  cl  eadem  lirma  elstabilia  indubiUnl«r 

h&berc.  Teste  Henrico  etc.  apud  Londouias.  xxviii  die  Jiilii.  luini 

rufoii  no^lri  vu.  Eodein  modo  scribilur  domino  Loduvîiu>  sub  lituln 

nui  cancellatur. 

Mfcord    Office.  Patent    VU   Henry  Ut.   part-   i.    niemk, 

N'   VI. 

-  MANDATUM  BL'RGENSIBUS  ET  CONSL'LIBUS  U:M0VTCE.\SIBI 
QUOD  SINT  TURONIS  AD  CERTAM  DIEM.  .. 
(Mai  1221). 
Ludovicus,  Dei  gratis  Pranconim  i-ex,  dtleclis  suis  consulibiis  et  anï^ 
versis  burgensibuH  LemoTicensis  caslri,  salulem  el  dilemonmi. 
universilas  vesira  qiiod  Juliannes,  quondam  rex  Anglie,  rommnni 
concordi  judicio  pariuin  el  aliorum  baronuin  Franrie  fiiil  abjiidicat 
iinperpeluum  {sic)  de  lola  terra  quain  jpae  leiiuil  cili'a  mare  Anglis 
de  karissimo  genitore  noslm  Pbilippo,  quondam   r*ge    Francurui 
priiisquBiii  Henricus  qui  nunc  dicitur  rex  Angtie  nnlus  esset.  el  u  lu 
Iota  terra  iRa  cessil  in  jus  dicU  patris  nostri.  Inde  est  quod  nos,  qUi 
lanquain  reclus  hères  de  novo  in  unirersum  jus  patris  iiosLrî 
simu.^.  vobis  mandamns  el  vos  requiriinus  et  submonemus  qualtnni 
ipsa  dit!  instantis  Nalîvilalis  beati  Johannis  Baptiste  sitis  ad  nos  Turonîs, 
facluri  crga  nos  quirquid  facerc  debelis  erga  dominum  ve.slrum  ;  pn 
cerlu  habentes  quod,  ni»i  \\w.  fecerilis,  nos  qui  ad  acquirenduni  jua 
nostrum  arcingimur,  id  tolis  viribu^  curabimus  emeodore.  et  laœ  di 
rébus  quam  de  peraonis  veslris  omnibus  quod  jua  curie  Dostr« 
veril  faciemus.  Aclum  spud  Lorriacmn,  snno  Domini  M»  GO  XS1V% 
ineitse  mayo. 


Calai,  des  actes  de  LouU  Vil/,  i 


111. 


N»  Yll. 
LETTRE  D'HONORlLiS  lU  A  LOLIS  MR. 
{Janv.  ou  Rv.  1235]. 
s  episcopiis,  sorvus  scrvoi-uin  Dei,  carissimo  in  Chriïlo  Ûlia 


PIECES    JUSTIFICATIVES.    Vit. 


517 


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VîBOsI 

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Loilnwico  r^gi   Francomm    illuslH,    saliitem   el   aposloliram    bene- 
dirtionerii. 

Illius  cui  omne  cor  patel  teslimoniiim  invocamiia.  qund  personam 
luam  sincera  carilaLe  diligimus  et  ad  tuiim  el  regni  tui  honorem  el 
stalitm  ferventi  desiderio  a.spiramiis,  rullnenles  memoriter  et  habeuLes 
quasi  semper  pre  oculis  illum  specialis  dilectionis  aiïectum,  (jiii  nos  et 
clare  memorie  Ph|ilippum]  regem  Francie  palrem  luum  inutua  can- 
tate conjunitjt,  et  deTotionem  sincfifain  quain  aposlolica  sedes  semper 
Id  eo  et  aliis  progenitoribiis  luis  regtbus  Francomm  indesinenLer  in- 
ventt,  ac  firmam  apem  ridiiciamqiie  gérantes,  iguod  tu  eorumdcm  pro- 
genitoriiin  luorum  vesligia  imitanda  non  deseres,  s«id  eormn  exemplo 
laudabili  in  a[H)M(olice  sedis  devolione  semper  flrmus  atabilisqiie  per- 
sistes. Celemni  liiis  temporibiis  feci.tti  quedam  omnino  contraria  hujus- 
modi  gpcï  nnstre,  quia,  ciim  per  lîtleras  nostras  le  inslunter  ]ilurie!i 
rogaverimus  et  petieriinus  pra  mnnere  spécial!  ul  trengas  inter  te  ac 
illnslrcm  regem  Anglie  prorogarea,  tu,  preces  et  petiliones  nostras 
proniiis  obaudiens  ',  qtiosdam  ipsiiia  régis  terras  por  violenliam  occu- 
pasti,  contemptis  ei^dem  precibus  et  petitionibus  nostris,  contempto 
etiam  *  staluto  de  pace  vel  saltem  treuguis  inter  christianos  onines  ac 
maxime  inter  excellentiores  principes  observandîs,  qtiod,  siciit  tibi 
meminimus  signifleasse,  jamdudiini  fecimii»  in  colloqiiio  inter  nos  el 
cariffiimiim  in  Chris to  lUium  nostnim  Fr[edericnm|  Romanorum  iin- 
peratorem  semper  augustum  et  regem  Sicilie  novissime  cctebrato,  ac 
per  conséquent  posthabita  cura  negotii  Terra  sancle  propter  qiiod  sta- 
tutum  fecimus  aniediclum.  Hec  fecisti,  et  tacuimu!i,lue  celKitudîni  dé- 
férentes ac  speranles  quod  ipsa  palientia  nostra  tuam  erga  nos  dcvo- 
twnem  accenderel.  teque  ad  condescendendum  volunlati  nostre  et 

•cibiis  procuraret.  Licet  igitur  necdum  juxtA  spcm  et  expectalionem 
'iû^tram  iiobis  acquiescere  in  bac  parle  curaveris,  nos  tamen,  nec  sic 
desinentes  de  tua  devolione  sperare,  sed  certam  nobis  de  îtla  lliiuciam 
promittentes,  rum  td  ipsiim  ot  innata  tibi  clementia  et  ipsa  pn>geni- 
tnmni  tuorum  recolenda  memoria  rapromitlat,  serenilalem  tuam 
lulliplicala  prere  deposcimus,  quanta  possumus  allentione, 

;antes  ot  exhortantes    in    domino   Jesbu  Cbristo,   quatinus  diclo 
rastituas  terras  ejus,  quas  invasisse  nosceris  violenter,  et  coinpe- 

ites  traugas  ineas  cum  eodem,  ne,  si  secus  duxeris  faciendum. 
Terre  «ancte  succursua,  qui  per  progenitores  tuos  et  per  regni  lui  vires 
promovei'i  poti^simo  consuevit.  nunc  per  le  videatur  e  rontrarin  im- 
pediri,  tiieque  id  famé  ac  saluli  obfic.iat,  nosque,  quod  absit,  de  tua 
,4evotione  dil^dere  compellomur;  de  qua  licet  jom  lotions  experli, 
intranum  non  poissumus  non  sperare. 

Bib.  JVal  .  coll.  Moreau.  vol.  1183  (Transcripl.  de  La  Porte 
duTlieil),  M24,  d'après  :  Areli .  du  Vatican.  lieg.  Honor.  III. 
niino  IX,  rpîil.  J6fl,  —  Copie  fragmenlaîro  :  Brîl.  Mus., 
addit.  15352.  fa  268. 

1.  Corr.  :  non  audiens. 

2.  La  copie  du  British  Mua.  porte  cl. 


i 


PIECES   JUSTIFICATIVES.   \IIl   ET    IX. 


N»   VIII. 

ALLIANCE  DE  llKNItl  III  AVEC  LA  MAISON  D'AUVERGNE, 
|I2  ocL.  1325] 

salutoni,  Scialis  rjuod  conrctlcralioncm  facLaiii  per  <lilM:lo!!  H 

fidèles  nostroB  Rfiflardum]  comileni  Pictavie  fralrem  nffsirum.  W[illi'J- 
luiira]  coniilein  Sairesbiriensem  avimculum  iioslruin,  P(liili|i|ium]  di 

Albiniuco  ul  Gairriduin  de  Ncvilla  inter  nos  el  nostnitti  vx  uni 

parte,  (^t\V[i]leImuin]  liliiiiii  comiliâ  Guidoiiis  de  Alveitiia,  4-t  IVIfi- 
iium  coinilcm  Clarimontit;,  el  Itobertum  nepolem  cjus,  ex  allcra  parte, 
sioul  concessa  exi  et  conlirmala  per  carias  et  jurameola  pi¥dii!tonitn 
[Willuliiii  co]inil.is  Sarresbiriensi:^  avuncuii  nosiri,  P[hilippi)  de  AIM- 
niai'o,  et  G[a]fridi]  de  Nevilla  pro  parle  nosira,  el  W[Ulelmi]  fijii  coiniti* 
Guidoiiis  de  Alvemia,  et  Delliui  cutnilis  Clarimontb,  el  Roberti  nepolii 

ejiis,  c|ui  juravemnt  se  quarta  manu nosln 

ralam  habcmiis  el  gratai»  et  ram  cotise rvabi mus  boiia  fide.  Iii  nijitt 
etc.  l[illcrisj  D[oslrisj  p(alentibusj  sigilluin  iioslruni  apponî  fucimiu. 
Teste  ut  supra,  anno  nono. 

Becord  Office.  Paient  !X  Henry  III.  part,  l,  menilir    l. 


N"  IX. 
ALLL^NCE  DE  HENRI  111  ET  DU  COMTE  DE  TOLLOLSE 

CtS251'. 

Noverinl  univers!  presenlempaginaminspecturiquod  nos  HJenricus],. 
Dei  gratJa  rex  An^lie,  dominus  Hiberiiie,  du.\  Normauiiie,  AquitauiAi 
el  romes  Andcgavb,  prornitlimus  vobis  R[ainiundoj  eadem  ^n-atia  iltxSl 
Narbone,  comili  Tbolose  el  inarchioni  Provincie,  consangiiiiieu  iioslraj 
quod  cuin  bonorc  Dei  et  ecdesie  pacein  veslram  et  omnium  TslilnniOl 
vestrorum  et  sancle  Romane  ecclesieprocurabiniusprci  pusse  Dos(i^),fl 
sollempnes  nunlios  mïtlemus  ad  curiam  Romanam,  quam  citius  yoW 
rimus,  pro  paco  ïnler  vos  et  eocicsïam  reformanda.  Promiltimus  etiaU 

1.  Les  deux  te^ttes  qui  suivent  ont  été  écrits  à  la  suite  l'un  de  l'aiiin 
sur  un  pelil  morceau  de  parchemin.  L'examen  des  circonstances  bit 
toriques  permet  de  vuir  dans  ces  actes  le  traité  d'alliance  annoncé  pt 
Henri  III  dans  une  lettre  adres.sée  su  comte  de  Toulouse  te  Is  loà 
1325.  (Voj.  plus  haut  p.  268-369),  L'écriture  est  bien  de  cette  époque 
Le  premier  teste  est  l'cipèdilion  incomplète  de  l'acte  par  lequt 
Henri  tll  promet  son  alliance  au  comte  de  Toulouse.  Le  scribe  s'a 
inierrompu  au  milieu  de  son  travail  et,  pour  ne  pai  perdre  te  bout  dfl 
parchcnnn  qui  lui  restait,  il  jr  a  fait  la  minute  de  l'acte  par  lequel  IM 
agent»  de  Henri  111  promettent  de  faire  observer  ladite  alliance;  oimiiH 
cet  acle  répète  à  peu  près  le  premier,  muialis  mutandit,  le  scribe  ( 
fait  des  erreurs  presque  Joules  les  fois  qu'il  j  avait  des  mots  change 
et  les  a  réparées  au  moj'en  de  ratures.  Il  est  donc  facile,  si  on  le  venl 
de  reconstituer  la  fin  du  premier  texte  s  l'aide  du  second. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES.    IX-  519 

vobis  qiiod  vos  et  omnes  valilores  vestroa  et  imprisios  vestros  présentes 
et  futuros  Juvabimus  bona  lide  pro  posse  no^tro  conlra  regeni  Francie 
el  elion  inimkos  veslros  ad  terras  vestras  defcndendas  et  jura  veslra 
perquirenda:  itaquod  sine  vobis  etveslria  valitoribus.......  . 

Saluteiii.  Noverit  universilas  veslra  (|uo<i  nos,  de  precqilo  rtnmiiii 
noslri  H[enrici]  illustris  regi«  Anglie,  taclis  aacrosanclis  ewangeiiia, 
prumisiinus  et  juravimus  R[ainiiindo]  duci  Narbone,  comîU  Tholose 
el  marcliioni  Provincie,  quod  universa  et  siiigula  conli-nla  in  convcn- 
tionc  fada  înU^r  ipsum  H^enricitm]  regem  Anglie  dominiim  noslrum 
pl  predicliim  R[aimundum]  comilem  Tholose  faciemus  pro  legali  posse 
iiDMiro  a  predicto  domiuo  nostro  U[enrico]  regc  Anglie  predicio  R[ai- 
niiimlu]  romit)  Tholose  et  suis  et  ipsius  régis  domini  oostri  valitoribus 
et  îinprisiis,  omiti  occaaione  el  excusatione  poslpoaita,  invjulabiliter 
cihservari  :  videlicet  quod  predictus dominua  nostcr  H[enricus]  rttx  An- 
glie, cum  honore  Dei  et  ecclesïe,  pacem  ipsius  coinilis  el  omnium  vali- 
lornrn  suoruin  et  sancle  Romane  erciesie  procurabil  pro  poBse  suc,  et 
sollempnps  nunlios  millet  predictus dominus  noaler  Hfenriciis]  rex  An- 
glie ad  curiam  Itomanam,  quam  citius  poterit,  pro  pace  reformanda 
intcr  sanrtain  ecrlesiam  el  predictum  R[aimundum]  eomîlem  Tholose  ; 
et  quod  ipsum  comitein  predictum  el  omnes  valilores  buos  el  imprisios 
suos  présentes  et  futures  juvabit  idem  dominus  nostcr  rex  Anglie  bona 
fide  proposée  suo  conlra  regem  Prancîe  et  aliosinimicossuos,  ad  terras 
ipsius  ft[aimundi]  comitis  Tholose  derendendas  et  jura  sua  perqui- 
renda:  ita  quod  diclus  dominus  noster  H|enricus]  tvx  Anglie  sine 
ipso  It^Himundo]  comité  Tholose  el  valitoribus  suis  nec  pacem  faciel 
nec  Ireugas  cum  dicto  rege  Francïe  vel  aliis  inimicis  suis<;  et  quod 
omnibus  imprisiis  et  valiloribus  prudicti  domini  nostri  H[enrici]  régis 
Anglie  el  ipsius  R[aimundi]  comitis  Tholose  presenlibus  et  futiiris 
omnes  conventinnes  eiadera  a  pn'dicto  rege  comiti  Tholose  bona  fide 
factas'  idem  dominus  uoster  H[enricus]  rex  Anglie  inviolabililer  scr- 
vabil  bona  lide.  El  ut  predictus  dominus  noster  universa  prcdicta  et 
eingula  firmiter  observet  cl  conlra  nullo  lempore  venial,  aliqua  ralione 
>l  evcusalione.  vel  eo  spccialiter  quod  terra  predirli  Rfairunndî] 
imitîa  Tholose  el  ipso  cornes  est  excommunicaliunis  vinculo  innoda- 
I,  per  sollempnem  slipulalionem  idem  dominus  noster  rex  promisil 
ÈÎdem'  comiti  Tholose  el  laetis  aserosanclis  ewangeliis  juravit' el 
sigillorum  sui*  munimineroboravit'el  Tecil  anobispromilli  et  jumri. 

1.  Mots  barrés  ;  pramisimus  et  juravimus;  el  est  ajouté  en  interligne. 

2.  Mois  barrés  :  bona  fide  inviotabitiler  faeiemux  obxervari  pro  poue 
nottro;  la  fin  de  la  phrase  est  ajoutée  en  interligne;  elle  eht,  du  reste, 
d'une  sinRutiëre  rédaction.  Le  texte  oue  nous  publions  est  évidemment 
un  brouillon,  qui  a  été  ensuite  modifié. 

3.  Ces  six  derniers  mots  sont  ajoutés  en  interligne;  mots  barrés: 
—"—'-'"•'*  predicto. 

n  interligne;  mot  barré:  JuravimiiK. 
h.  Orr.  :  tuorum.  Le  motfui  est  en  interligne;  mot  barré:  notlronim. 
6.  Mot  raturé  ;  il  ;  avait  d'abord  roboravîmus. 


eini 
Bon 


520  PIECES   JUSTIFICATIVES.    X   ET   XI. 

Unde  ad  uiBJorcin  sccuritatem  presenlem  carUm  sigilloriun  dc 
rum  itupressione  feciinus  niborari. 

Britisk  Muséum,  Ilibl.  CoHon.  Caligala  D,  Ut,  f"  I, 


LA  GUERRE  MARITIME  EN  1226. 
123  mars  1236]. 

Rex  baranibus  de  v  pot'lubus  suliilem.  Daluin  csl  nobis  inlelli^ 
quod  Sav&rirua  de  Mnlo  Leone  el  ijuidaiii  alii  di'  |iarlibu«  Irmnsiii»- 
rinis,  nubis  malivoli  el  iiiiinici,  noslris  et  uliis  per  nian-  nsTÎ^ntibu* 
plura  cl  gravia  dainpna  iiiffriml  tt  grsv&n)in&,  ila  quod  proitlcr  eoniin 
insidias  impediunliir  quod  libère  et  sine  gravi  jactiira  ad  lerr&ni 
Irain  Anglie  venire  non  possinl.  Et  ideo  vobis  inandaniue  rogaiilcs 
qiiatiniis,  in  flde  qua  nobb  lenemini.  super  hoc  maturuni  ron«Iiuia 
inter  vos  capere  veliti».  providentes  de  cnmniuai  consilio  vcstruqua^ 
liter  libère  et  sine  impedimento  lain  nostri  quain  alii  ïinmunt^s  nb  xa- 
sidiis  tnimicorum  noslrorum  per  mare  de  celrro  Iransilum  rarerc  pos- 
sint.  Consiliiini  aulem  veslnim  (^ine  dilatione)  nobïs  indo  sine  ditalioiif 
scire  facialis.  Teste  ut  supi-a. 

Eecùrd  Offiet.  Paient  X  Henry  lll,  incml 


QUERELLE  Dli  JUKIDIGTION 

ENTRE  LOUIS  Mil  ET  L'ÉVIÎQUE  D'ARR.\S. 

11221  T]. 

A.  —  Inquiiilio  fada  inler  dominum  regem  et  episcopum  Altrebaletuem. 

Ciim  esset  cuntciitiu  inter  duniinmii  regeni  ex  una  parte,  r.l  cpis- 
copuin  Atlrcbatensem  ex  altéra,  super  eo  quod  episcopus  dicebat  re«ti- 
tulionem  sibi  factaui  fuisse' super hiis  que  balli^idominï  regîscepemnl 
de  hominibus  de  Oupi  et  de  Bosco  Bemardi  pro  illis  fiiri-faclis  qu» 
scabini  villarum  illamnidebenljudicare.  facta  ruilaupeihiisab  nlraqu» 
parte  comproniissio  in  abbateni  de  Munie  Sancii  Eligii.  et  Hvnalrium 
de  Berunna.  qui  dillgenler  roreiKriml  lestes  quos  ulra(|ue  pars  duttl 
propoiiendos.  Quorum  auditis  attestai  ton  ibus  publiée  in  ruria  du 
régis,  ul  parlibus  appodiantibus  se  ad  judioiuin  curip  domini  reg», 
judicatuiii  est  lani  per  dicta  testiuin  quatn  per  coofessionum  episcopv 
quod  doininus  rex  habet  justiciani  rapt)  et  multri,  larronis.  du^Ji. 
sanguinis,  melleye  et  violentie,  in  duabus  villis  predictis;  noc  ttà(  in 
sliquo  prejudiciuin  domino  régi  quedam  conventio  quam  episcopin 

1.  Corr.  :  faciendam  etsef. 


PIECES  JUSTIFICATIVES.    XI   ET   XII. 


521 


tcanrpssus  est  facUm  Tuisse  înler  anlecessoreiii  siium  et  dominum  vil- 
lariim  illorinn,  du  excoiiimuiiirando  ipsuni  dominum,  j^i  liomincs  vil* 
larum  illarum  vpllel  Iradarn  PKlra  judicium  et  prêter  legt-m  scaLino- 
riini,  (le  \\i\a  ()ue  ud  dominum  perlini.'banl.  Seil  dominus  rex,  de  groUa 
sua,  poteral  '  facere  in(|uiri,  ad  ivquisitioncm  opiscopi,  de  quibus  maior 
et  scabiiii  villanini  illoiuiii  sulonl  judicarc;  el  si  dominus  villarum 
illarum  trac Larel  lioiiiines  de  ipsis  vîlli»  extra  judicium  acabinorum  de 
illis  de  rjuibus  ricatiiiii  suleoL  judicare,  episuipus  Attrcbateiisis  polerit 
duminum  villarum  illarum  compcllcre  jier  excrimmunicaLionem  ad 
lioc  qiiod  non  Iractct  bumines  villarum  illarum  extra  judicium  el 
legem  scabiiiurum;  tiec  liabet  epi^copu»  aliquam  Tacere  cuhcrtionem 
pcr  exi'ummunicatioiiem  conira  ballivum  domini  refais  pro  justicia 
raptus  el  mullri,  latrtinis,  duelli,  sanRuinis,  niellcye  el  violentie  quam 
exercent  super  hnmines  laicoi^  villarum  illai-um. 

Calai,  des  ac(ei  de  louis  VIII,  iv  240. 


^B.  —  lltc  M(  recagnitio  epUcopi  Atlrebateiisit. 
L  Episcnpns  Attrcbalensis  recognovit  coram  domino  n'gf  et  multis 
Kliis  i|ii»d  dominus  rex  babel  uuiuem  jiisticiam  el  omiie  domiiiiimi  in 
villa  de  Opi  et  de  Bosco  Beriiardi,  et  conjurationem  scahinorum. 
Teslibu»:  epi>M!opu  Silvaiieclense,  Prande  canceltario;  Bartbolomeo 
de  Itoia,  Francie  camerario;  Pliilippu,  comité  Btdonie:  Mallieu  de 
Moiitemurenciaco  :  Uui<lon<r  de  fiaslillione  ;  SLe|iliiim>  de  Sacroccsnre  ; 
Jolianne  de  Bellonionte;  Henrico  de  Soliaco;  et  Ouillelmo  de  Chal- 
vigniacD  ;  Petro  de  Roceyo  ;  Gaufredo  de  t^polla,  el  multis  nliis. 

Clal.  dis  aales  de  Louis   VIII,  n"  211. 


N°   XII. 

«  CARTA  CIVIUM  ASTENSIUM.  .. 
(âoùl  1!Ï51. 

Ludovicus  etc.  NoUim  etc.  quod  nos  civibus  Astensibus  conceasimos 
ul  in  civitale  <>l  siiburbio  Parisius  maneanl,  ab  inslanli  festu  omnium 
Sancturum  u»qiie  adquinque  annoscoinpietus;  ilaqniidsi  uniiaeurum 
'  maiieat  |wr  se  tn  iina  dumo,  reddct  nobiï  annualim  t  mlidus  ;  si  dno 
manuaiit  domini  capitariei  in  una  doniu,  c  Milidos  reddcnt;  si  1res 
copitanei  in  unadomo  maiieanl,  vti  libras  et  dtmidiam  reddent;  el  si 
pluresin  eadem  domo  manerenl,  pluaredderentadrationempredictam. 
Xec  ampliu»  reddeiil  pro  tallia  vel  demanda.  Hec  aiilem  pecunia 
nobis  reddelur  annualim  in  Test»  omaium  Saiicturutn,  uaque  ad  quin- 
quienntmn  ;  et  erit  primus  terminus  solutionîs  ab  instant! festoojii ni um 
Sauctonim  in  unum  annum.  Kl  sdeudum  quod  dves  predicti  el  res 
eorum  universe  habebunlsalvuin  iru  el  salvum  redire  per  totam  lerram 


1 .  Corr,  :  poier 


522  PIÈCES    JUSTIFICATIVES.    XIII. 

noslrom  iisque  ad  quinquiennium,  sicul  aliï  biir^ii.ses  et  merfâlor» 
niistri.  Qtiod  si  conlin^eret  eos  vel  uliquem  eorum  aliqiiid  furlafu'im 
nlicui,  dpbitam    justiciam  possemu*   e\ert:ere  siiper  indeEartnn-m,  J 
sicul  super  alios  burgenses  et  merc^toros  noslros  ;  pprpositiis 
nosler  Parisiensis  non  capiet  eos  Dec  miUcI   in  prisonnm  cpianiilHtI 
parati  sint  compeLenLem  tiare  securitatem  do  stando  juri;  n^crqtnal 
wrum  rapiiït  nisi  pni  spccialt  négocia  domiuî  régis.  Vadia  i 
dîclîs  civibus  invadiabiintur  vel  jain   sunl  invadiala.    poleninl  ips  1 
cives  vondere  i\    votuerint,  sine  Dccasione,  pnst  anniim  elapmm 
teni)H>re  tnvadiutionis.  dnm  tamen  per  pre[iosilum  no^lnim  retfui^e- 1 
rinl  dchJtoreK  suos  laicos  du  vadii!<  nuis  lydimendis,  et  r.onstili>riI  âtm 
snno  elap-io  posi  in  vadia  tionein  foclain.  Actiiui  Vicenis,  aono  Dnmiall 
M''CC'>XXV",  mense  niipusto. 

Calai,  des  ticU-s  dp  Louis   Vlll.  i 


RECETTES  ET  DÉPENSES  D'I'N  TERME  DE  1226. 

[I.  —  Recepla  Parisiensis,] 

LX  I.  de  boscû  de 

Mandeken boscx)  de  Rohot  xxxrv  I.  — 

Item  di! Herbert  de  Aincort  u  I. 

Adam  de  Milli [L]ens  txiccxL  1.  —  De  bii(v«"' 

sibits  Duaci  ce  1.   —  De reddîtibtis  Duaci  «t  Eicltut 

Lxxxs\-ni  I.  XV  d.  —  De  explelis  batlie.  ....  uiia  kamint 
de  LenscxL  I, 

Balliviia  Hedini  de  bnrgcnsibus  Hedini  ce  1.  —  De  ballivo  Hodini  dt 
veteri  lxv  I.  xn  d.  —  De  consergio  Hedini  de  veteri  vt  I.  xni  s. 
De  bo9C«  Hedini  gclxvi  l.  xin  s.  iv  d,  —  De  veteri  sepe  venda  Vil  L 

XV  8. 

Johannes  de  Frican  de  rachalo  Auberi  de  Alhiis  xx  1.  —  D*  rarbaUf 
Caiiteri  deHanecort  xvii  1.  —  Derachalo  OilonisTrossel  xxi  I.  —  ûi 
burgcn^ihiiN  Abbatisrille  t:  1.  —  De  procuratione  Sancti  Iticherïi L 

—  De  boBCo  Ponlivi  ccccxsxiii  I.  vi  s.  vni  d.  —  De  rachalo  ilugonît 
de  Auxi  et  Andrée  de  Bareslangs  xiii  1.  —  De  tilUis  Pontivî  xxxm  1. 
VI  s.  vin  d.  —  De  bosco  de  Serquemont  xii  I.  —  De  vivarii»  de  Ro» 
Lxxx  I.  i.xvi  s.  vin  d.  —  De  redditibus  Ponlivi  dci.xxx  I.  vu  s.  —  Dk 
explelis  bailie  cri.xx  I.  —  De  vivario  Alhiarum  vi  1.  xiii  s.  iv  4. 

Gnillclmus  de  Chasleller^  de  debilo  Pétri  Dartdel  es.  —  De  pnik 
Verhrie  c  s,  —  De  vivario  de  Ooiliolii*  es.  —  De  fumagio  Cnmpentf 
c  s.  —  Demariscis  Verbrie  cxis.  —  De  censu  de  Cuiereres  xilli-xvik. 

—  De  arcbiepiscopo  Bemensi  m  I.  —  De  Guillelmo  Fursei  pro  qirit«ncik 
Bororie  sue  a  I.  et  pro  dregorio  de  Perona  cl.  —  De  servîentibol 
Brueriarum  cl,  —  De  aqua  Pcrilalis  vi  I.  sin  s.  iv  d.  —  De  leiW 


PIECES    JCSTIHCATIVKS.    XIll. 


523 


pi  de  Monlibus  ix  I.  x  s.  —  De  abbate  Compendii  ce  l.  —  De  Johanne 
sart  CGcxxxitt  I.  VI  s.  viti  d.  —  Do  comité  Blesensi  pro  laudc  fcodi 
i  de  Bernoy  lix  I.  —  De  gislo  de  Vi  super  Esnam  c  1.  —  De 
Resto  ijcaxc  1,  —  De  bosco  Ciiisie  dcclxxx  I.  lxvi  s.  viii  d. 
-  D«  biisri)  niuniolium  de  Coloigtianciis  xxsvi  1,  —  De  vinagio  et 
Ifalliiiis  Laudimi  lviii  1.  v  s.  ~  De  servidis  bosconim  Calniad  lx  1. 
VI  s.  —  De  morluis  maiiibua  LaudunI  xxviii  1.  el  ix  s.  —  De  mortuLs 
nianibii!'  de  Silvanecto  xxvii  1.  —  De  vivariis  de  Tanahel  el  de  Hex 
XL  s.  —  Dp  medictale  bladorum  communie  Crisplaci  xv  1,  x  a,  —  De 
medielate  bladorum  molendinariorum  lxiv  1.  el  x  s.  —  De  vinagio 
B«ttifiiiici  XXVI I,  V  s.  —  Item  de  terra  Peiri  de  Montibus  viii  1. 
Guillelmuïi  de  Villa  Terrici  de  terra  Pétri  de  Bercberiin  xxxii  1.  x  s. 

—  De  terra  Balduini  deLehuii  xiii  I,  vi  s.  viii  d.  —  De  terra  polorum 
Pariaci  es.  —  De  terra  magistri  Ivonis  xxni  1.  vi  s.  viii  d.  —  De  ca- 
piluio  Comotensi  ctx:  I.  —  De  rachato  fratris  Pelrî  de  Marines  l  I.  — 
De  rarhato  domine  Gisorcii  Lxvr  1,  xiii  s.  iv  d.  —  De  herede  de  Bo- 
cunvillers  x  I.  —  De  sorore  Johannis  de  Poiz  xtii  I.  vi  s.  viii  d.  —  De 
gislo  Spedone  1. 1.  —  De  gisto  episcopi  Carnoteiisia  ci  I.  —  De  bosro  de 
Citit  Lixx  1.  Lxvi  s.  VIII  (i.  —  De  Dianesilva  [viii']  vi  I.  xm  a.  iv  d.  — 
De  paanagio  Vernonis  xxs  I.  —  De  lerra  de  Guarenceriis  iv  1.  —  De 
emenda  cujusdam  hominis  de  Arthie  xx  1.  —  De  pasnagio  Pacïaci  xii  I. 

—  De  Villers  in  Dienesilva  xiv  I. 

Tlecelinus  de  Iferra]  eastellani  de  Gailion  cclxxxxiii  1.  vi  s.  vm  d. 
De  Giiilleimo  Escuacol  de  explelis  Pissiaci  vm  I. 
Adam  lleran  de  maiorîa  de  Cliaslellers  xx  a.   —  De  tribu»  juslicii:! 
I       Béate  Marie  de  Corbolio  xxi  s.  —  De  bosco  Vallis  Mauri  el  de  Baaiai 
^Hp  1.  —  De  Btagno  de  Chastellers  lx  s.  —  De  explelis  xx  I. 
^H^  Guillelmus  Menerii  de  Jaquelino  Chanlel  xx  I.  —  De  abbale  l^aneti 
^BBenedJcLi  pro  servienlibiis  CXL  1.  —  De  residuo  gisli  domini  régis  xx  I- 
^^ —  Du  racbalo  Ade  de  Valle  Greignosa  xxn  I.  el  x  s.  ^  De  servientibua 
Stampanim  ccc  1.  —  De  bosco  Aurclianensi  mclxxv  I,  —  De  bosco 
Curie  Dei  cxv  I.  —  De  vetertbus  debitis  Judeonim  de  Lignaiis  xx  1. 

Stephanus  de  AltoviDari  de  Hugone  Egert  xx  I.  —  De  halitt  Samcsii 
XV I.  —  De  vendesiis  Sameaii  xxxv  [.  —  De  aqua  Montis  Argi  xx  1.  — 
De  bosco  Poocerie  ccccxxxiii  1.  vi  s.  vin  d.  —  De  bosco  Bierie  viii* 
XLvni  I.  VI  a.  vni  d.  —  De  furesla  de  Giemu  L  I.  —  De  bosco  de  Othe 

»CŒX  1.  el  c  s. 
Galeranus  de  Escreniis  de  Guillelmo  milite  c  I. 
PelruB  de  Roceio  de  hiirgensibus  Bitiiris  d  1.  —  De  foresia  Bitiiri- 
censi  CLX  1.  et  l  s,  —  De  terra  Guidonis  de  Corguiili'rai  vi  I.  vin  g.  — 
De  gallinis  c».  —  De cxpletis  ballie  sue  L  1. 

Gaufridus  de  llapetla  de  bosco  de  Lyons  cccxxv  I.  —  De  bosco  ver- 
sato  ibidem  lI.  —  De  Ridonacccxxx  1, 
^L      Pctrus  Baro  de  terra  Guillelmi  Vigilii  et  aliarurn  parrium  xxi  1. 
^K     Tbebodus  de  Camotis'  de  burgensibus  Sancli  Audomari  ccc  I.  — 

H     1.  Le 


.  Le  texte  porte  :  de  Carnotm. 


524  PrfeCES   JUSTIFICATIVES.    XIII. 

De  Ivone  munerio  de  Hedino  lxvii  1.  et  x  s.  —  De  senoscalcia  abbatis 
Musterolii  x  I.  —  De  gisto  Corbie  [c]  1.  —  De  Petro  Tosquin  pro  veleri 
cera  lv  1.  —  De  abbate  Fiscannensi  clx  1.  —  De  sigillo  glx  I.  —  De 
Gamcro  de  Prato  d  I.  —  Item  de  Galerano  de  Escreniis.  —  De  avenis 
Biirgi  Novi  vu  1.  iv  s.  —  De  terra  Odonis  cainbellani  es.  —  De  fore- 
faclis  boscorum  Dordani  l  s. 

Sumina  xxviii"  ii*"  xxxiii  1.  xi  s.  viii  d. 
Prepositure  [xiii"]  gggglvi  1.  xm  s.  et  iv  d. 

II.  —  R[eceplaJ  Turonensis. 

Guillelmns  de  Villa  Terrici.  De  terra  Gilonis  de  Plesseio  xc  I.  —  De 
foresta  Ebroicensi  ce  l.  —  De  ballo  terre  Alexandri  de  Vallibus  x  1.  — 
De  relcveio  hoininis  Pelri  de  Turnella  xv  I.  —  De  emendis  foresle 
Ebroicensis  c  s. 

Baldoinus  de  Danemois  de  compotis  d  1. 

Renardus  de  Villa  Terrici  de  coinjwto  dlxxiv  1.  viii  s. 

Bfartholonieus]  Droconis  de  compotis  cccxi  I.  xiv  s.  —  De  pessona 
Drilolii  lxxx  I.  —  De  preposilura  de  Lire,  de  Rubles  et  de  Gloz  cxxxi 
1.  XIII  s.  IV  d.  —  De  terra  Rogeri  do  Bremecort  xx  1.  iv  s.  iv  d.  —  De 
prepositura  Britolii  ci.  1.  —  De  tallii?*  de  Alencone,  Britolii  et  aliarum 
villarum  clxxx  1.  cxii  s.  —  De  bladis  ot  avenis  ballie  xlix  1.  x  s. 

Johaniies  de  Porta  de  coiiipolis  dI.  — De  bosco  do  Oixol  cclxx  1.  — 
De  foresta  Bolliiiiontis  lxvii  1.  x  s.  —  De  foresta  de  Londa  ccl  1 

Gaiifridus  de  Capella  de  compotis  d  1.  —  De  pasnagio  foreste  de 
Gauhiz  lxiii  1.  vi  s.  viii  d.  —  De  pasnajLrio  do  Lyons  ce.  et  xiii  1. 
XVI f  s. 

Terriens  de  Gallardone  de  compotis  x  1. 

Smnma  iv'"CLXXXXvii  I.  Valent  iii^'cccLvii  1.  et  dimidia. 
Summa  Jiidoorum  viii'»  vflxxx  1.  xli  s. 
Totalis  smnma  rocrpto  lui""  virxxix  1.  ol  xiv  s. 

[III.  —  Kxpensaj. 

Itinora  xi'"lxxiv  1.  ix  s. 

Doua,  hornosia  vii"' i>lvi  1.  vu  s. 

Ivjui,  roiirini  xi*  lxxx  1.  liv  s. 

nalistaiii,  sorvientos  xvi**  lxxxmii  I.  xviii  s. 

(]omos  Campanio  iv"'  1. 

Marchio  tunes  nove  iv™ix*^[v  1.  xiii  s. 

Cu'^todes  forestarum  cgxl  1.  xxxvi  s. 


PIÈCES   JUSTIFICATIVES.    XIII.  525 

Expensa  prepositorum  et  ballivorum  m"  ixclxxviii  1.  ix  s.  et  dimi- 
dUlum. 

Regina  xvnicui  1.  xin  s.  iv  d. 
Cornes  Bolonie  m  1. 

Summa  xxxvii™ivclxxx1.  Restant  xvi'nccxux  1.  xiv  s. 
Restant  per  totum  cxxiii™ix<^  1.  xxiv  s.  minus. 

Bib.  Nat.,  Fonds  latin  /2»  9017,  f«*  i  et  2. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


P.  xxxviit,  ligne  i4,  Pre.^sutti.  C'est  la  véritable  forme  de  ce 
nom;  c'est  donc  à  tort  que  nous  avons  écrit  dans  toutes  nos  notes: 
Pressuti. 

P.  XLH,  ligne  t2,  The  history  ond  antiquités,  lisez:  The  histovy  and 
anti(/uities. 

P.  7,  note  1,  ligne  iî,  Teulet,  I,  218,  lisez:  Teulet,  n«  578. 

P.  21,  note  i,  ligne  IG,  Lenain  dy  Tillemont,  Usez:  Le  Nain  de 
Tillemont. 

P.  23,  note.  Nous  n'avons  pas  cru  devoir  citer  l'ouvrage  de  l'abbé 
Douais. 

I*.  30,  ligne  29,  comte  de  Boulogne,  lisez:  comté  de  Boulogne. 

P.  4;»,  lignes  30-31,  le  fameux  Bertrand  de  Boni,  Usez:  Bertran  de 
Boni  le  lils. 

P.  i7,  ligne  28,  et  p.  48,  ligne  3,  Vouvent,  lisez:  Vonvant. 

P.  .'i5,  titre  courant,  L'A.NiiLETKnRE  au  début  du  xii«  siècle,  lisez: 
L  Angletehre  au  début  du  xin'  siècle. 

—  ligne  33.  qu'on  a  accordé,  lisez:  qu'on  a  accordée. 

P.  07,  note  2,  ligne  2,  2«  sér.  Il,  lisez:  2*^  sér.,  H. 

P.  84,  note  3,  ligne  3,  remit  la  couronne,  lisez:  ait  remis  la  cou- 
ronne. 

P.  85,  lignes  2-3,  au  nom  de  sa  f^mme  Aliéner,  lisez  :  au  nom  de 
.sa  mère  Aliéner. 

P.  88,  lignes  8-9,  l'acquiescement  des  ducs  de  Bar,  de  Nevers,  de 
Brabant,  des  comtes  de  Bretagne  et  de  Saint-Pol,  Usez:  l'acquiesce- 
ment des  ducs  de  Bar  et  de  Brabant,  des  comtes  de  Nevers,  de  Bre- 
tagne et  de  Saint-Pol. 

P.  90,  ligne  21,  «  Angleterre,  ce  champ.  Usez:  Angleterre,  «  ce 
champ. 

P.  102,  ligne  2.  Le  comte  d'Essex  dont  il  s'agit  ici  n'est  pasGeofTroi 
de  Mandeville,  tué  dans  un  tournoi  avaîit  l'arrivée  de  Louis,  mais 
son  frère  (iuillaume  de  Mandeville^qui  lui  succéda  dans  son  titre. 

P.  100,  lignes  3-5.  Il  faut  corriger  ainsi  cette  citation,  d'après 
l'édition  que  vient  de  donner  M.  Paul  Mcyer: 

Or  fait  bien  isi  a  saveir, 
Quant  li  reis  n'out  plus  de  l'aveir, 
Qu'ove  lui  remist  poi  de  gent. 

P.  147,  ligne  28,  pour  la  quatrième  fois,  lisez:  pour  la  troisième 
fois. 

P.  149,  ligne  23,  Hertford,  lisez:  Hereford. 

P.  loi,  ligne  29,  lisez:  La  veïst  l'en  granz  coups  ferir. 

P.  152,  ligne  24,  lisez:  Qu'il  cuidérent  que  li  Duisson. 

P.  100,  ligne  31,  lisez:  Donques  aidera  il  as  suens. 


528  ADDITIONS   ET   CORRECTIONS 

P.  ni,  ligne  9,  lisez:  Gara  grant  peine  s'acordérent. 

P.  179,  ligne  7,  quatre  sièges,  Ihez:  trois  sièges. 

P.  484,  ligne  1,  lisez:  Philippe-Auguste  ne  dirigea  point  de  croisade 
en  Albigeois.  Son  activité,  etc.. 

P.  198,  lignes  9-10,  CentuUe,  liiez:  Centule. 

P.  1^05,  lignes  22  à  28  et  nolo  3.  Nous  aurions  dû  ajouter  que  Loui> 
de  France  eut  cependant  à  s  occuper  tle  l'administration  de  ces  six 
prévôtés.  Nous  retrouvons  dans  nos  notes  un  acte  de  Louis,  qui  nous 
avail  échappé  pendant  la  rédaction  de  ce  chapitre,  et  qui  ne  laisse 
aucun  doute  à  cel  égard:  en  1212,  Louis  mande  à  «  tous  les  fore>- 
tiers  »  de  laisser  h^s  moines  de  la  ('our-I)ieu  jouir  des  droits  d'u>atîe 
que  leur  confèrent  les  chartes  de  Phil.-Aug.  et  des  évèrpies  d'Orléans. 
Au  cas  où  l'on  surprendrait  les  moines  oulrepassiint  leui-s  droite,  il 
fait  au.x  tbrestiers  la  recommandati<)n  suivante,  qui  nous  nit»nlre  des 
ofticiers  rendant  Justice  au  mnn  dt;  Louis  de  France  dans  rorléanais: 
«  Vadimonia  eoruin  perehenniter  capta  us(|ue  ad  assisiam  n'credatis 
etibi  diiMu  assigm-tis,  quia  volumus  quod  emendatio  et  justitia  quî»* 
nunc  deheret  lieri  liât  pcr  assisores  iiosfros,  non  per  foresiaiios,  et  eis 

emenda  reddalur  (juihus  débet   n'ddi Lt  volumus    quod  ballivi 

nostri  et  aasisoves  hivc  fackint  teneri.  »  (Jarry,  Hist.  tic  la  Cour-DUa, 
p.  192,  d'après  le  (iartuUire  de  la  Cour-Dieu  aux  Archives  ilu  Loiret. 
Nous  empruîitons  l'édition  plus  correcte  que  donne  Du  Cange,  au  mot 
Assisor.) 

P.  210,  note  1,  ligne  7,  lis^:  Vovez  plus  loin,  Deiuième  partie. 
p.  333. 

P.  235,  ligne  18,  les  évèques  de  Senlis  et  de  Sens,  Usez:  Tévèque  de 
Sentis  et  Tarchevèque  de  Sens. 

P.  236,  note  3,  lignes  7-8,  dans  les  deux  registres  E  et  F,  list^z:  <lans 
le  registre  K. 

P.  240,  ligne  10,  Mervant,  lisez:  Mervent. 

P.   207,  noie  2,  ligne  ii,   Iiif>.  Er.  TA.,  LVl,  lisrz:  H'ih.  E.  Ch.,  LIV. 

P.   2711,  li^'ne  2V,  «rmile  (bî  Tliouars,  lisi'z:  vicomh'  d.»  Tlh»n,n<. 

P.  27 1,  li;:iic  10,  b\^  évè(jnes  d'Aix  «'I  de  Hazjis,  H<tz:  !•■>  ••\»'iju;'> 
(b'  Dax  f'I  (le  liazas. 

P.  2S3,  ligm*  'i:\,  li>rz:  Les  i>()S>('sst;ur>  du  comté  d<'  Tniilnu^.*.  .1.^ 
vi«*onih''>  (b'  n«''/ifrs  et  <b'  ('.irras^oimc 

I*.  207,  li^'iie  i  h,  (iuillaumt'  Pierre  cb*  Viniron,  Hs<z:  iinill  luii.'^ 
l*i<Mr«^(b'  Vinirou.  —  Lignes  17-lS,  Herlraiid  ib*  (ioindon,  li^rz:  \li- 
lian  «le  (ioiirdoii. 

P.  .Ml,  li;.MH'S  0-7,  de  Uogtir  d'Aspet.  du  seigneur  <le  Sauve,  «le 
Herlraii  Jourdain,  lisez:  de  lbjf:«*r  d'AsjM'l,  de  P»m  nard  «le  r.Miiiiiiiiij:.-. 
de  Hcrtraii  Joui'dain. 

P.   XVA,  noie  1  <b^  la  j).  X\2,  ligne  1,  recouvrira. //se;;  r»'cou\rtM;i. 

P.   :VMK  lign»'  12.  xii"'  siècle,  H>rz:  xin'"  siècle. 

P.   ;î'i.'1,   n<»te  4.  lisrz  simplrinml :  Ass.  n"  V. 

P.  3.7'.»,  ligiM's  2  cl  <uiv.  Ce  i>assa^'e  «"sl  mal  rédigr.  Il  rsl  «lair  qu»-. 
selon  la  (b'Iiiiilion  même  du  domaine  royal  donnée  «lans  la  paL'»' 
prccétb'Mt»',  bî  «-omir;  de  la  Mardi»'  ne  liguia  point  dans  le  domain»'. 
Nous  avons  voulu  dire  (junne  pailie  du  Poitou  fut  annexé''  au 
domaine  de  Louis  Mil,  et  (jne  le  resttî  tomba  dans  sa  niou\an'0 
directe. 

P.  301,  note  2,  ligne  1,  Jean  de  Friscamps,  lisez:  Jcaii  de  Fricanip-. 

P.  300,  ligne  24,  Pifcrefonl,  lisrz:  Piei  rtdonds. 
—        ligne  28,   et  j).  4i0,    c»d.  2,    ligne  .">.  lienaud   <le  Haron.   ba 
foime  laliiKî  est  iienalihis  de  Hrnmna.  L'identilication  que  nou«- avi>n> 
adopl«''c  à    la   légèie  est    inadmissible.    Uerouna  doit   s«»    tiaduire  par 
Bronne.  Voy.  Lon^Mion,  hirt.  titpuijr.  de  la  Marne. 

P.  407,  ligne  8,  Thérouanne,   /ibcz  .•  Térouanne.  —  Note   3,  lignes 


ADDITIONS   ET   CORRECTIONS  529 

2-3,  les  archevêques  de  Bourges  et  de  Chartres  et  l'évêque  d'Orléans, 
lisez:  Varchevêque  de  Bourges.  les  évêauesde  Chartres  et  d'Orléans. 

P.  426,  ligne  23,  fiautier,  7isez  :  Gaucher. 

P.  445,  col.  J,  ligne  21,  (57,  97,  225),  Huez:  (57,  97,  235). 

P.  4'i6,  col.  1,  ligne  28,  (lUillaumc  Fursci,  Usez:  Guillaume  Fursi. 

P.  447,  col.  1,  ligne  10,  et  p.  448,  col.  1,  ligue  24.  Baoul,  vicomte 
de  Beaumont,  et  Uaoul,  vicomte  de  Sainte-Suzanne,  ne  sont  qu'un 
même  personnage. 

P.  484,  no  256,  Ypres,  Visez  :  Ypre. 

P.  486,  n<»  273,  Vincenes.  (Vicennis),  lisez:  Vincennes.  (Vicenis). 

P.  499,  n^  379,  Bellencourt,  lisez:  Bellancourt. 


Ch.  Petit-Dl'taillis.  Règnr  de  Louis  Vlïl,  34 


TABLE   DES   NOMS* 


Abbevillk,  223,  377,  438,  522. 
Adam  de  Beaumont,  120,  146,  239, 


4'i7 


Adam  IIarens.  447. 

Adam  Héron,  446,  523. 

Adam,  chambellan  de  Louis  VIII,  445. 

Adam,  cuisinier  de  Louis  VIII,  n°  252. 

Adam,  vicomte  de  Melun,  44.  49  note2, 

88,  98,  116-118,   146,  191.   511; 

no  188. 
Adam  de  Meulan,  447. 
Adam  de  Milli,  318,  348,  365.  446, 

522;  no  195. 
Adam  «  Salie.ns  in  bonum  »,  n*>  189. 
Adam  de  Vauguicneuse,  523. 
Adémar  II    DE    Poitiers,    comte   de 

Valcnlinois,  195. 
Adorel  (Abbé  d  ),  323;  n»  323. 
AÉLis,  femme  de  Nevclon  le  Maréchal, 

515. 
Agathe  de  Pierrefond8,  n^  39. 
Agde  (Thédise.  évoque  d'),  282  ;  n<>  60. 


Agen,  23,  279,  298,  318. 

Agenais,  198. 

AcNFis  DE  Beau  JEU.  394. 

Agnès,  ex -vicomtesse  de  Béziers,  319  ; 

n"  429. 
Agnî-is,  fille  d'Hervé  de  Donzi,  97,  98 

note  1,  394. 
Agnî-:s,    vicomtesse  de  Lautrcc,  319  ; 

no  441. 
Agnès  de  Méranie,  6,  14,  333. 
A1.MKR1  DE  Chaource,  n"  147. 
Aimeri  de  Clermont,  J89  note  1. 
Almeri,  vicomte  de  Narbonnc,  192. 
A1.MER1,  vicomte  de  Thoiiars,   50,  51, 

229,  233,  239  à  241 ,  263,  273,  288, 

369,  403,   443;  n"-  20,   133,  134, 

264,  302,  360. 
Aincourt  (Forêt  d*,enSeine-et-0i8e), 

n»  224. 
Aire,  17  à  21,  40,  44.  210,  211.  213. 

—  (Chapitre  d  ),  215. 
Aix  (Province  d),  383. 


1.  Les  chiiïres  sont  ceux  des  pages:  les  numéros  sont  ceux  du  Catalogue  des  Actes, 
—  On  trouvera  dans  celte  Table  les  noms  des  personnages  et  des  lieux  cites  dans  le 
corps  de  noire  ouvrage  et  dans  les  Appendices.  Les  noms  des  Pièces  justificatives 
figurent  sous  leur  forme  moderne,  sauf  quelques-uns  que  nous  n'avons  pu  traduire. 
Ne  voulant  point  donner  à  cet  index  déjà  long  un  développement  dt^mesuré,  nous  n'avons 
joint  aux  noms  do  lieux  la  d^ignation  des  régions  auxquels  ils  appartiennent,  que  si 
ces  indications  nous  paraissaient  absolument  nécessaires,  soit  pour  idonlitier  un  nom  de 
lieu  difficile  ou  peu  connu,  soit  pour  éviter  une  confusion.  Ainsi,  comme  on  rencontre 
dans  le  Dictionnaire  des  Postes  deux  petites  localités  appelées  Annebccq,  nous  avons 
désigné  le  département  où  nous  croyons  située  la  seigneurie  de  ce  nom  dont  nous  nous 
sommes  occupé  ;  mais,  quand  nous  citons  Abbeville  sans  autre  mention,  il  est  clair 
que  nous  voulons  parler  du  chef-lieu  d'arrondissement  de  la  Somme,  et  non  point  du 
▼illage  du  mémo  nom,  situé  en  Seine-o(-Oise. 


532 


TABLE   DES   NOMS 


Alain  Martel,  235-236. 
Alain  de  Rougi,  n^  1. 
Alain,  officiai  de  Rouen,  447. 
Albi,23,  422,  441;  n»  394.  — (Gml- 

laume,   évêque  d'),    314  et  note  7, 

322;  no  389. 
Albigeois,   voy.    1>^  partie,  chap.   i, 

p.  22-26,  et  chap.  x;   2"  partie,  p. 

234-235,  et  chap.  iv  et  v;  no^Sl,  82. 

103,  313  à  317,  328,  357,  363,  364. 
Aldbourne,  120. 
Aleaume  d'Amiens,  392;  no  208. 
Alençon ,    438,    524  ;     n»    193.    — 

(Comté  d  ),   220.  238.   361,   362  ; 

n»  109.  Voy.  Robert  III,  comte  d\ 
Alexandre   II,  roi  d'Ecosse,   64,  90, 

102,  105,  109,  112,  153, 159, 161, 

171,  172. 
Alexandre  Offroi,  253. 
Alexandre  des  Vaux,  524. 
Alfonse  IX,  roi  de  Gastille,   6,  332 

note  2,  437  ;  n»»  445  à  453. 
Alfonse  de  Poitiers,  327,  331,  359, 

362. 
Aliénor  d'Aquitaine,  6,  437  ;  n»'  148, 

151. 
Aliénor,  sœur  de  Blanche  de  Gastille, 

437. 
Alié.nor,  reine  de  Gastille,  6,  76,  8'*, 

85,  437. 
Aliénor,  fille  de  GcoiTroi,  5,  84,  437. 
Aliou  (B.  d  ),  no  323. 
Alisai,  334. 

Alix,  reine  de  Chypre,  394-395. 
Alix,  veuve  de  Raoul  d  Exouduri,  396. 
Alix   de   Vergi,   duchesse   de   Bour- 
gogne, 394,  426;  n«  4. 
Alle.magn£,   17,   28,    36.  Voy.   Fré- 
déric II,  Otton  de  Brunswick. 
Amauri   de   Bi-NE  ou  DE  Chartres, 

4-5,  14. 
Amauri  de  Ber.nai,  523. 
A.MAURI  Copeau,  304,  305. 
A.MAURI  de  Graon,  47.  49.  239,  340. 

368.    369.   3«5,    403.    426,    446  ; 

no-  G,  278.  302. 


Amauri,  comte  de  Montfort.  195à  19S, 
234,  262,  279  à  282,  284.  286.  290, 
291,  295,  320,  321,  337,340,350, 
447;  no-  60,  82.  176.  313.  403, 
419,  421,  424. 

Amicie,  dame  de  Breteuil.  no  44. 

Amiénois,  220,  391. 

Amiens,  392,  421;  n«  208.  292- 
(Bailliage  d),  363  note  3.  —  (Doyen 
d),  448.  —  (Évêques  d).  391. 

Ancenis,  48. 

Anchin  (Abbaye  d).  215. 

Andelis  (Les),  6. 

André  de  «  Barestangs  »,  522. 

André  Galvet,  318.- 

André  de  Ghauvigni,  6. 

André  Hardi,  voy.  Hardi. 

Andresi,  440. 

Anet,  329,  439.  440. 

Angers,  48,  51.  368;  no  6.  —  (GuU- 
laume,  évêque  d').  410  ;  n*  32. 

Angleterre,  voy.  surtout  1*^  partie, 
chap.  I.  p.  26-28,  et  chap.  ii  à  ix; 
2"  partie,  chap.  net  m.  Voy.  Guil- 
laume le  Bâtard  ,  Hen  ri  I .  Etiesjje. 
Henri  II.  Richard  Cœur  de  Lio5. 
Jean  sans  Terre,  Henri  III.  roisd  . 

Angoumois,  50,  67,  359. 

Anjou,  27,  51,  220.  222.  232.  263. 
272,  277,  361,  362,  363,  370.  372. 
518  ;  no»85.  86,  26 'i.  286.  297.  360. 
Voy.  Guillau.%ie  des  Roches. 
Amauri  de  Craon. 

Annebecq  (Seigneurie  d',  Orne).  509. 

Anskau  de  Bouville,  447. 

Ansou  de  Faiel.  no  il. 

Antilli  (Oise),  n*»  56. 

Aquitaine.  36.  196,  220,  226.  240, 
272,  518  ;  no  286.  —  Voy.  Aliésor 
d',  Guillau.me,  duc  d\ 

Aragon,  voy.  Jalme,  Pierre,  roisd. 

Archambaud  de  Bourbon,  15  note  1, 
239,  295,  340,  352.  393,  395. 
426.447;  no»  3,  232.  232\. 

Archambaud  I,  comte  de  Périeonl. 
45,  226. 


TABLE   UES   NOMS                                         533                                ^M 

\i.oii*t«B*i.D  n.  comte  de  Périgord. 

AvsHi  Lesaoe,  n°55- 

250.  353  ;n"  366. 

AuBussoK  (Viwmled-).  276,  403  noie 

Abdms  {SelgneurÎB  d),  19- 

3;  n»382- 

AHco.-«t.E(Forftd),  398- 

AucB  (Garcias,  arcl.evêque  d'),  199. 

AucHi(-LE8-MoiHEs),   209  nolfi  4.  — 

d  ),  16.  288,  299  l  301.  312,  327. 

(Abbaye  d  ),  215. 

432. 

AuMAOBAC  (Comtes  d),  23. 

AuMALB   (Semo-Inf..   c,    HeufclUlBl), 

Arnaud  de  Blaxcafubt,  198. 

334. 396-  Voj, Gdilladhe.  comled'. 

AuRouL  II.  comle  do  Cuines,   21  oL 

AuMÛi.E{.yibédel),  398, 

nolo  1.  44,  49  noie  2.  97, 146, 197, 

AunEAv.  441. 

209. 

AuKia,   28.  45,  46,  258.  263,  359  : 

Abroll  de  Melvm.  447. 

n"  267. 

AkSOUI.  00tJDB!<ARDE.  197;    o"  26B, 

Auti.on-la-Pl*ine,  n"  236- 

AuQUSs  (Pa«-.[e-C«UiO.  40, 

Ai^ïEnoNE.  220.  267,  352.  362.  392- 

AiiB*B.   17.  44.  95,  206,  ÎIO  î.  2U, 

393,    411,    422.    440-   Voj,  Guil- 

223, 290,438,440.  —  (\voi.é  d'). 

laume  VI,    Glillalme  VII.  Gu.L- 

ïoj.  Dakiel,  —  (Cliàlelain  d'),  B9. 

LALJME  VIU,  GUIMAUUE  X.   ROBERT 

,    m,  RobebtIV,  HobmtV.  GuiII. 

333,   —    (Raoul,  éytV|uo  d),   211. 

comtes  d  Auvergne;    PER^EI.LE  de 

—  (Pona,    évJquB    d),   295,    308, 

CnAHBO». 

368,520-521;  n- 240- 

AvxEnns  (Henri  do  ViUeacuvo,  évèqu^ 

Ai.si(Forild).  n"117. 

d),  352,  379,  448:  n"  221.  316, 

ARTHiEa,  523. 

317,328,  — Voj,  Pierre,  comted-. 

Auxo^ï.E  (Comle  d'),  294.  295. 

b  22,  36.  40,  43-44,  97.  142,  146. 

AïESSeB.LE-CoHTB,    361- 

16'.olnolel,203à216,220,329- 

AïiOBo.-.,  195,  266,  277,  299  1  326. 

330,  371.  443. 

359,  440;  n"  383.  385. 

AjiTvn  M  BnETAcKE,  5,  10.  77  h  80, 

84   note  3,   228   note  2,231,368, 

379,  409:  nM32,                                            ^_ 

437. 

AZA<-1,B-R[DEAU.                                                                     ^^^^H 

AHunou..  Voj.  GuiLLAL'-'4E,  comted'. 

^^^^^M 

AsniÈBEH-sun-OiBE,    41B,    419-420; 

^^M 

n"92. 

^^M 

AaTAiiAc.  Voj,  Centule.  oomte  d'. 

Ami  (Commerçanl.d').  417-418,  521  ; 

^^^H 

n-  273, 

Bauibb.  panelier  du  LouJo  VIII,  4't5;                     ^^^^| 

Athies  (Somme).  522. 

n°                                                                                          ^H 

Athies  (Famille  d),   338,364.   Voj, 

Bailleul  (Nord),  43,                                                            ^H 

AUBMI,  Gui,  IkouE  o\ 

Bailleul-sl-b-Lesciie-    (Voj.    Donot                                 ^H 

AuBENAs  (Ardfehe),  n-  407. 

dArcq,     Recherelit».    p,    eiivi).                                 ^H 

AUBIGNI      EN      COTENTIN      (Maiiclie,     0. 

11"                                                                                         ^1 

PéricrO.  361- 

Bai-aume-  7  noie  t.  17.  22.207,208,                                 ^| 

AiEif.  PoTi»,  n"227. 

212.   440.  515;  a-'  219,  376,  377,                                 ^1 

Ausnt  D  Athies,  522. 

Bah.  Voj.  Hekri  IT.  dix:  de,                                                 ^1 

AUBBI  CLiMlWT.  338- 

L 

A 

534 


TABLE  DES   NOMS 


Barcelone  (Bérenger  de  Palou,  évèque 

de),  187. 
BAR-im-Duc.  Voy.  HenriII,  comte  de. 
Barron  (Gard),  n»  422. 
Bakthélemi  d'ARHAs,  n<*  52. 
Bartiiéi.emi  Drouin,  446,  524. 
Barthélemi  de  Roie,  208,  221,  239. 

336,  337,  370,  412,  445,  515,  521; 

n"^  405.  460. 
Bastide-d'Engras  (La),  n®  422. 
Bath   (Jocelin  Troteman,  cvêque  de), 

122,  149,  514. 
«  Baudacus  »  DE  Montpellier,  n°442. 
Baudouin  (Faux),  259,  261,  266-267, 

273,  288,  396  à  399,  443;  no»  248. 

256. 
.Baudouin  de  B.vrastre,  515. 
Baudouin  V,  comte  de  Hainaut,  puis 

comte  de  Flandre,  3,  17,  18. 
Baudouin  IX,  comte  do  Flandre,  puis 

empereur    de    Constantinople,    18, 

19,  259,  396. 
Baudouin  de  Beaurevoir,  447. 
Baudouin  de  Gorbeil,  370,  447  ;  n*> 

87. 
Baudouin  de  Danemois,  446,  524. 
Baudouin  de  Liiius,  523. 
Baudouin  de  Pontoise,  n"  18. 
Baudouin  de  Villeneuve,  n'^  172. 
Bai  GÉ,  368  ;  n"  6. 
Baviîire.  Voy.  Louis  I,  duc  do. 
Bayonne,   100,  244. 
Bazacle  (Pont  du — ,  à  Toulouse).  200. 
BazAs,  250,  260.  —(Arnaud  de  Pins, 

cvùque  de).  250,  260,  274. 
Baziî-ge  (Bataille  de),  198. 
Béarn  (Vicomtes  de),  23. 
Béatrix,     comtesse     de     Ghàlon-sur- 

Saôno.  39'i,  408;  n^'^  8,  13,  14. 
Béatrix,  comtesse  do  Guinos,  21  note  1 . 
Beaucaire,  302,  309,  311,  316,  318. 

319,  369. 
Beaufort-en- Vallée,    48,    51,   361, 

362,  372,  509  ;  n^^  188,  332. 
Beaujeu.    Voy.     ÀGNiis,    Guichard. 

Humbert,  Sibylle  de. 


Beaulieu  (Abbé  de),  73  note  6. 
Beaumetz  (Châtelain  de),  90. 
Beaumont.  Voy.  Adam,    Guillaume, 

Jean,  Raoul  de. 
Beaumont-le-Roger,  439. 
Beau.mont-sur-Oise,  204,  420;  n<»91. 

—  (Forêt  de).  525.  —  (Comté  de). 

204,  220,  362  ;  n<»  206.  Voy.  Jeak, 

comte  de  — ,  Thibaud  de. 
Beaurains  (Oise),  n*»  367. 
Beauvais,  330.  378,  422,  438.  UO. 

no  127.  —  (Philippe,    évêque  de). 

190.  (Milon.  évêque  de).  239.  266, 

340,  345,  398,  407,  428,  448;  u^ 

10,  270,  316.  317,  343. 
Bec  (Abbaye  du),  n"  126. 
Bedford,  246,  249. 
Bellancourt,  n»  379. 
Bellesme,  360  note  1. 
Belloc  (Abbé  de),  323. 
Bellozanne  (Abbaye  de),    n*»»   279. 

280,  281. 
Belpech  (Aude),  315,  440. 
Ber.  de  Florian,  n®  417. 
Bérenger  de   Puiserguier.   297  ;  n" 

347. 
BÉRENoiiRE,  nièce  de  Blanche  de  Ca?- 

tillc,  334. 
BÉKENGiiRE,   reine  de  Léon,   85,   332 

note  2,  360,  437. 
Bergerac,  260.  262,  359.  Voy.  Uelie 

RiDEL,  seigneur  de. 
Berkiiampstead,  120.  139. 
Bernard     de     (îomminges,    n°    410. 

Voy.  les  Additions  et   corrections 

de  la  p.  31 1. 
Bernard  IV,    comte   de   Comrainges. 

188.  198.  313. 
Bernard    V,    comte    de  Commingcs. 

313,  314;  nos  404,   'il8. 
Bernard  Oton,   seigneur  de  Laurac. 

297  ;  no  363. 
Bernard  Pelet.  313  ;  n»  391. 
Berri,  6,  370  ;  no  297. 
Berruier  de  Borron,  370,   446  :   n« 

372. 


^^^^                                    TABLE  DES   NOMS                                          535                                | 

^msiiTii*!.  j>x  Bonn  le  Rit.  27.  45. 

BoucHAEt.  BE  Mabli.  295,  325.  340. 

^nxHTn*N  DB  GouRDON.  297  ;  n-  3Z5. 

391,  447;  n"  121.  136.  369,   370, 

^^  BeHTRAH  JouKD*is,  314  ;  n"  415. 

371. 

B[Ei.Tn»t.  :■]    JouHDW!..    wigncor   de 

BouLocni.  97—  (Mairede),  165,  — 

n.le-cn-Jourdam.200,  314;  n- 416. 

(Goralé  de),  17.  IS,  36,37,  52.  165. 

Behtii*m.  légal  du  papo.  200  noie  4. 

210.  333.  334,   362,  396.  —  Vov. 

Bebw.ck,  90. 

RENAUtl    DE     DaHMARTIN.  PhIUPPE 

Bes*7.con  (Pro»[nco  <le).  383. 

HuREPEL.  comtes  de. 

BÉTR.8.-ST-P.ERHE.   523 

BouHBUK,  Voy.  Arcbamhaito.  dire  de. 

■     Bètkuhe.  19,  106:  »"  69.  —  (Avoué 

BouRBuino  (Abbaye  de).  215. 

■        de).  97.  —  Voy.  Dap-iei  .  sei^eur 

BoUBcEH.  236, 238, 276,289.290, 292, 

■        d. 

293,  295,  297.  299.  345,350,  368, 

■  SixiiM.,  25. 191 ,  192.  297.  315,  316, 

376,  379.  383,  395,  418,  422.  438 

■      319, 359,  410;  n-35fi.  417.  42B,  — 

à  440,   443.444,  523  ;  n<"  15,  211 

■       (Vioonito.de),  23.  Voj.  Abkès.  vi- 

à  214.  285.—  (Bailliage  de),   363 

■        comteiro  de.  Voj.  le»  Additions  et 

nolo  3.  —  {.ArchevèchÔ  de),  n»  171, 

conetlions  Ae  la  p.  283,  —  (Ber- 

— (Simon  de  Sulli.  archevêque  de). 

nard,  évèque  de).  282,  322;  n"  60. 

282,  283,407note3,448;n°'3t6, 

BL*nCHEDECABTII.LB.  5  à9,    11,    35, 

317.  437. 

8^.   85,   163.  186.   187.  226,  326, 

331,   332  iiolo  2.  362.   395.   402. 

BuL-HGOGKE  (Durhède).  88,  362,  394, 

428  k   430.    437,    525  ;    n-   219, 

398,    411.   Voy.  EuDE,  Hugue  IV, 

_       258,  445.  446. 

dues  de,   Alu   de  Vinci,  duchnsc 

^b  Blanche   de    Navarre,    comlcue   de 

de.-  (Coralé  do).  300. 

■       Champagne.   88,    89.    203   i    205, 

BoLECLEii.  (Indre-et-Loire).  368. 

■       417. 

BoovmEfi  (Bataille  do).  30.  45.  51.  52. 

^KBunDi  (Seine-et'OiM),  440. 

54.  56,  186,  197,  207.  209.  211, 

^■Blavoti;*»,  ract[on  flamande.  41. 

215,  259,  263,  323,  336,  337,  360, 

H^ÀZOK  (T.  de),  no  302. 

396,  400. 

■  BLCS,VOJ.G*UT.EHD'AvR«NE8,C0n.K. 

BoïLET  (Abb*  de).  247.  249, 

■      de. 

BRABAi-roNs   (Morcenairos),   67,  19S. 

■  Bots-BERSARD   (Pfls.do-Calais),   368. 

305. 

■        443,  520-521  ;  n>  240. 

BRiHAST,  Voy.  Uebbi  1.  duc  de,                            ^^ 

BowcosiMUN.  11.205  nolo3;  n'»174. 

Braies  (G.  de),  n"                                                ^^^^1 

189. 

^^^^1 

Boirtille-ia-St-Pèhe,  440 

^BOLOGM.  301. 

Bbebouillb,  n"  242  a,                                                         ^H 

^faatinBDiL(-SN- Valois),  n"'  249,250, 

Bresle  (Oi*e),  440.                                                               ■ 

B    310.  312. 

Bbitacsb.  10,  45.  47.  238.  270.  323,                             ■ 

^non-PuHT  (Moines  do),  ti"  259. 

400.  404;  n"  85.  -  Voy,  Geoftbqi,                                 H 

Gui  DE  TiiouARS,  Pierre  Mauqlehi:,                                ^H 

■      260,  275,  277,  -  (HÉlie,  arobevêque 

comtes  de,                                                                           ^H 

^B     de),  6.  —  (Guillaume  Amaniou,  ar- 

BRETED.r.  (Eure).  422.  439,  52'>  ;  n">                                ■ 

■     ehevéquede),  141,  275. 

86,  175.  225,  372.                                                            ^| 

■toE  ne  M^TKA.  252  ;  n"  155 

Bheteuii.  (Oiae).  Vov.  Aukhe.  dame                                ^| 

■Sosnii.  279. 

^^^B 

536 


TABLE   DES   NOMS 


Brienne.  Voy.  Eràrd  de,  Jean  de. 
Brioude,  352. 

Bristol,  108.  122,  133,  512. 
Bruges,  41.  404;  n»«  170,  210. 
Bruyères  (Aisne,    c.  Fère-cn-Tarde- 

nois  ?).  439,  522. 
Bu,  no  228. 
BuRÉ,  n»  372. 
Burguet(Lc  — ,  Aisne,  commune  Clas- 

tres),  n»  39. 
Bussi.  n"  231. 


Cadouin  (Abbé  de),  408  cl  noie  1. 

Caiiors  (Guillaume  de  Cardaillac, 
évêque  et  comte  de),  408  ;  n^  78. 

Calais,  43.  89,  92,  97,  99,  100, 146, 
156.  164,  167. 

Cambrai,  266  ;  n**  268.  —  (Godefroi 
de  Fontaine,  évêque  de),  295,  408. 

Cambridge,  109,  120, 139.  —  (Comté 
de),  67.  91.  110. 

Cantokbéry,  32,  100,  101,  105,  166, 
168.  —  (Siège  archiépiscopal  de), 
28.  61,  65.  (Hubert,  archevêque 
de),  76.  Voy.  aussi  Etienne  de 
liANGTON.  —  (Eglise  de),  n*^  147. 

Cauaman  (Seigneur  de).  200. 

Cakcassonne,  2i,  25.  192.  280,  315, 
316,  318.  322,  359,  4'i0  ;  n'^''  60. 
87.  390,  398.  428.  —  (Gui.  évêque 
de),  186.  189.  191.  —Voy.  lUi- 
MOND  Trencavel  II,  couitc  de. 

Carcassonne  (Dame),  n"  87. 

Carmsle.  6'i,  172.  —  (Gautier  Mau- 
clerc,  évécpic  de),  264.  —  ((Cha- 
noines de),  17'i. 

Carrouge  (Orne,  arr.  Alençon),  509. 

Ca^sel,  43.  399. 

Castelnaldahi,  279,  315,  jiO.  — 
(RaUilIc  de).  185. 

Castiele,  n"s  ii5,  4i6.  Voy.  Al- 
fonseIX,  Henri  I.  Ferdinand  111, 
rois  de  ;  Aliénor.  Blanche  de. 


Castillon-du-Gard,  no  422. 
Castres,  314.  322.  323  ;   o*  387.  — 

(Abbé  de),  194.  323. 
Catane  (Traité  de).  265,  266,  339. 
Cathares.  Voy.  Albigeois. 
Catherine,    dame    de    Montferrand, 

267  note  2.  393  ;  n^  205. 
Caux  (Pays  de),  n°  51. 
Centule,  comte  d'Astarac,  198.  199. 
Cercanceau   (Abbaye    de),    376  ;  n» 

119. 
Chaalis,  n^  251.  —  (Abbaye  de),  n» 

269. 
Chalons-slr-Marme,     31,    439.    — 

(Guillaume,  évêque  de  — >-  et  comte 

du  Perche),    271,  359,    417.  426, 

448  ;  n°  182. 
Chalon-sur-Saône  (Comtes  de),  300. 

Voy.  Jean,  Béatrix.  —  (Durand, 

évêque  de),  n"  8. 
a  Chamberi  »,  n*'  121. 
Chamici.  n»  217. 
Champagne,  88-89,  204-205,  238.324, 

394-395.  Voy.  Henri  le  Libéral. 

Thibaud    IH,   Thibaud   IV.  comte> 

de,  Blanche  de  Navarre,  comte>6i- 

de. 
(Iha.mptoceaux.  402  ;  n"  173. 
Chante  AL  (Loiret),  n"  207. 
Chapelle  (Famille de  La),  364. —  Voj. 

Gautier,   Geoffroi,    Oi  rs    de   la 

Chapelle,  Ours  de  Bréci. 
Chappes,  205  note  3. 
Charité-sur-Loire  (Ahbayc  de   La). 

354;  n"-  15,  130. 
Charlemagne   (Souvenirs    et   légende 

de),  12.  13.  221.  350. 
(Charles  I\  ,   ctn[)ereur  d  Allemagne, 

327. 
Charles  d'Anjou,  327.  332.  36:i 
Charles  IV,  roi  de  France,  87  note  1. 
Chaules  de  Lorraine.   12. 
Charlevanne,  n^  121. 
Chartres,  378,    438.  —  (Comte  d«>). 
411.    Voy.  Jean   d  Oisi,  Isabelle 

—  (Gautier,   évêque  de).   283.  407 


TABLE   DES   NOMS 


537 


note   3,   427,   448,  523  ;  n^»  316, 

317.  __  (Notre-Dame  de),  523  ;  n»» 

80.  253. 
Ghateaudu?!  .  Voy.  Geoffroi,  vicomte 

de. 
Chateau-Go?(tier  (Seigneur  de),  360. 
Chateau-Landon,  11.  205  note  3. 
Ghateauroux,  6,  47.  Voy.  Guillaume 

de  Ghauvigni,  seigneur  de. 
Ghatellerault,  407.  Voy.  Geoffroi 

de  Lusignan,  vicomte  de. 
Ghatelliers  (Les  — ,  Loiret  ?),  523. 
Ghauni,  222.  438,  523  ;  n"  379. 

GUERTKEY,   171. 
GUERVEUX.  240. 

Ghestkr  (Gonite  de).    V'oy.   Hewouf 

Blondeville.  —  (Gonnctable  de). 

Voy.  JiîAN  de  Lassi. 
Ghichester,     145.    —    (Richard    le 

Pauvre,  évoque  de),  122.  —  (Raoul, 

évoque  de),  270,  294. 
Chino.n.  47,  49,  51.  56,  92,  97.  189. 

263.  340,  361,  367.  368,  440,  443. 
Ghizé.  238. 

Ghoisi-au-Bac,  n"  177. 
Ghotard  de  Tiiiers,  n^  397. 
GiiRÉTiEN  (Frère),  templier,  445. 
GiNQ-PoRTs.  96  et  note  1.   107.  113, 

125.  137,  138.  141,  166,  168,  170. 

175,  232,  235.  259,  275,  276.  520. 
GÎTEAUX  (Notre-Dame  de),  n"  428.  — 

(Abbé  de).  25,  137,  140.  157. 
Givrai  (Vienne),  238. 
Glair.marai8  (Abbaye  de),  215. 
Glairvaux  (Gonrad.   abbé   de).   Voy. 

Go:(RAD. 

Glément.  Vov.  AuRRi,  Henri,  Jean, 
Robert. 

Glérembaud  de  Solesmes,  306. 

Gléri,  n"  25. 

Glermont,  'i41.  —  (Gonité  de),  392. 
—  Voy.  Dauphin  ï,  Glillau.me, 
comtes  de  Glermont.  Robert  de 
Glermont.  —  (Robert  d'Auvergne, 
évoque  de),  407,  448. 

Clermont-sur-Oise  (Gomté  de),  220, 


333-334;  n*»  44.  Voy.  Thibaud  lb 

Lépreux,  comte  de. 
GloÎtre  Saint-Benoît,  n^  334. 
Glos-Bruneau  (Procès  du),  204. 
(jOlchester,  91,  139. 
(]ollinance  (Religieuses  de),  523. 
(Pologne.  Voy.  Engildert.  archevêque 

de. 
G0.MMINGES  (Gomté  et  comtes  de),  23. 

185.  Voy.  Bernard  IV,  Bernard  V, 

comtes  de. 
Go.MPikGNE,  11,71.207.233.329.438 

à  440.  522;  11"  177.  —  (Abbé  de  St- 

Gorneillc  de),    383  note  5,  523.   — 

(Foret  de).  Voy.  Guise. 
Goxciii  (Pas-de-Galais),  212. 
Go N flans,  439. 
GoNON  DE  Béthune,  n"  217. 
GoNRAD,  chancelier  de  Frédéric  II,  31. 
GoNRAD.  abbé  de  Glairvaux.  puis  évoque 

de   Porto  et  légat,    137,  140,  157, 

264.    281,    282,    284,    286.   287; 

no  103. 
GoNRAD,    abbé    de    Prémontré.    Voy. 

Prémontré. 
Gonstantin,    bourgeois    do    Londres, 

233  note  5. 

GONSTANTINOPLE.   Voy.   BaUDOUIN  IX, 

Robert  de  Gourtenai,  empereurs 
de. 

GoRBEiL  (Prévôt  de),  412;  n«  69.  — 
(Hôpital  de),  n«  131.  —  (Notre- 
Dame  de).  523. 

GoRBiE.  223.  337,  366,  378,  412,  421, 
440;  n"»288.  405.  —  (Abbé  de), 
340.  354,  411.  448;  11°  405. 

GORBREUSE.  n'»  29. 
GORFE,    108. 

GoRMERi  (Abbaye  de),  348,  442  ; 
II""  16,  284. 

GoRNOUAILLE,    112. 

GoTENTiN  (Terre  de),  333-334. 
Gouci.    Voy.    Enguerran,    Robert, 

T1IO.MA8    DE. 

GouR-DiEu  (La),  523. —  (Abbaye  de), 
376,  380;  n"»  70,  70  a,  174. 


538 


TABLE   DES   NOMS 


GouRTEtvA.1.  Voy.  Philippe,   Pierre, 

Robert  de. 
GouRTEKçoN  (Aîsiie),  n<*  24. 

GoURTRAI,  42. 

CouTANCEs  (Hugue  (le  Morville,  évêque 
de),  409;  n"  132.  —  (Doyen  et 
chapitre  de),  n»  178. 

Couture  (Abbc  de  La).  509. 

CoYOLLES,  522. 

Craon  (Famille  de),  861.  Voy.  Amauri 

DE  Craon. 
Craonne,  439. 
Crespi-en-Valois,  421,  523:  n«»  56, 

93,  94. 
Criquetot  (Eure),  n"  239. 
Crocq  (Creuse),  393;  n»  327. 
Croth  (Bois  de),  523. 
Croylamd  (Abbaye  de),  124. 
Cruie  (Bois  de  — ,  qui   dépondait  de 

la    forêt  de  St-Germain),  n»»  194. 

369  à  371. 
«  Guiereres   »    (Peut-être   Cuillère, 

dans  lOise).  522. 
Cuise  (Forêtde — ,  ou  de  Compiègne). 

376,  523;  n-^  179. 
Cu.viberland  (Comté  de),  62. 


Dammartin  (Comté  de  — ,  en  Seine- 
et-Marne).  333-33'i.  Voy.  Renaud 
de. 

Damme,  port  flamand,  'il,  44,  '*6. 

Damei.,  avoué  d  Arras  et  seigneur  de 
Bélhune.  342.  368,  4'i2;  n»"^  88,  89. 

Daui»iiin  I,  comte  de  Clermonl,  267 
note  2.  268.  392,  393,  518. 

Daipih.né,  300,  301. 

David,  comte  de  Huntingdon.  60,  91 . 

Dax  (Galard  de  Salies,  évêque  de). 
274.  Voy.  les  Additions  et  correct. 
de  la  p.  274. 

Denis,  vicomte,  4'f7. 

Derby.  Vov.  Guill.  de  Ferricres.  comte 
de. 


Désœuvré  (Forêt  de  — ,  dans  I  Eure). 

376,  523. 
Devize,  108. 

DsvoIfSHIRE,   112. 

DiAz(P.).  no  451. 
Dieppe,  258. 

DlEUDOIlNÉ  DB  BraI,  Ti**  339. 

Domfront  (Comté  de — ,  dans  rOmc), 

333-334. 
DoMPiERRE  (Gharente-Inf.).  243.  439. 

DORSETSHIRE,   108,    112. 

Douai,  20  note  2.  42,  223,  363  note 3, 

377,  397.  400-401,  421.  438.  522; 
n»  49. 

doullens,  361. 

Dourdan,  366,  524. 

Douvres,   66,  96   note   1,  100.    ICI, 

105,  107  à  110,  128,    146  à  US, 

156,  165,  178,  179. 
Draveil,  n*>  87. 

Dreu  de  Mello,  connétable  de  Phi- 
lippe-Auguste, 208,  337. 
Dreu  de  Mello,  familier  de  Louis  VIII, 

239,  426,  447;  n««  16,  284. 
Dreu  de  St-Ger.main,  n^  130a. 
Dreux.  Voy.  Robert  II,  Robert  III. 

comtes  de. 
Dublin,   63.   —    (Henri   de  Londres. 

archevêque  de),  143. 
DuN-LE-Roi,  418,  422;  no»  211.  213. 

215. 

DUNSTAPLE,    148. 

DuNwicH,  174. 

DuRiiAM  (Comté  de),  90.  —   (llujfruc 

de  Puiset.  évêque  de).  76.  —  Vov. 

aussi  Richard  de  Marais. 


E 


Ecluse  (L'  — .  Nord,  a.  Douai).  363 

note  3.  397,  400.  522. 
Ecosse.    Vov.    Alexandre  II,  Glil- 

LAUME,  rois  d'. 
Er.QUETOT.  n«  239. 
EcRosNEs,  n°  136. 


TABLE  DES   NOMS 


539 


Edouard  le  Go:*{fesseur,  87  note  1. 
Edouard  1,  8'i  noie  3. 
Edouard  lil,  87  note  1,  182. 
Elisabeth,  comtesse  de  St-Pol,  209. 
Ely.   107,  145. — (Euslache.  évêque 

d).  30.  —  (Jean,  évéque  d),  233. 

—  (Robert  d'York,  élu  au  siège  d), 

122  et  note  3,  134. 

E.MANS  OU  Es.MANS,    439. 

Embrun  (Province  d'),  383. 
Emmeline,  héritière  de  Robert,  n®  189. 
ErtGiLBEKT,    archevêque   de   Cologne. 

264  à  266. 
Eiir.UERRAN  DE   Couui,    98,  99,  145. 

239,  295,  338,  340.  353.  371.  395. 

426.  447;  n«  43. 
E.NGUERRAN,  clianoino de  Laon.n"217. 
Enguerran  du  Saucei,  447. 
Ei'Ô.NE,  378,  438,  523. 
Erard  deBrientie,  89, 104,  204,  205, 

325. 
Erme.naude,    veuve   d'Aubri    Lesage, 

n«  55. 
Ermengards,   femme  de  Pierre  Tou- 

quin,  no  204. 
Erme.ngarde ,    héritière    do    Robert. 

no  189. 
Espagne.  228,  298.  —  Voy.  Aragon, 

Gastille  ,    Navarre  ,    Barcelone  . 

Guillaume  de  Gervera. 
Espacne-en-Ponthieu    (Abbaye   d'), 

n"  31. 

EsPEILLAC,    441. 

E8SEx(Gomtéd')  90, 91, 107. 110, 113, 
116,  128.  Voy.  Geoffroi  et  Guil- 
LAU.ME  de  Mandeville,  comtes  d*. 

ETA.MPE8. 379.  419,  523  ;  n«»  199,  200. 
202. 

Etienne,  roi  d'Angleterre.  62,  68,  149. 

Etienne  de  Bouconvilliers,  n**«  336, 
337.  Gf.  p.  523. 

Etienne  de  Hautvilliers,  446,  523. 

Etienne  de  Langton,  archevêque  de 
Gantorbéry.  28.  30,  38,  61.  62.  69, 
102, 115,  121,  232,  246,  248  note  1, 
516. 


Etienne,  fils  de  Louis  VIII,  332. 
Etienne  Lovet.  367. 
Etienne  de  Lucy,  234,  270,  271. 
Etienne,  comte  de  Sancerre,  98,  295, 

338,  339,  348,  404,  445.  521. 
Etienne  de  Tournai,  4. 
Etienne  Trabe,  168.  Gf.  p.  169. 
Etrun  (Abbaye  d'),  215. 
Eu.  Voy.  Raoul  d'Exoudun.  comte  d'. 
Eu  de.  duc  de  Bourgogne,  88. 
Eude  le  Ghambellan,  524. 
EuDE  Ferret,  n"  98. 
Eude  Lecoq.  318,  321  ;  n"  406. 
ËuDE  DE  Praissac.  n"  411. 
Eude,  seigneur  de  Tournon,  300. 
Eustache  de  Grainville.  n^  338. 
Eustache  le  Moine,  69,  98-99,  142, 

159,  165. 167  à  169,  514. 
Eustache  de  Neuville  le  Jeune,  348, 

447. 
Eustache  de  Vesci,  59,  70. 
Eve,  fille  de  Simon  do  Poissi,  n^  118. 
Evrard  de  Brétigni,  n^  236  a. 
Evrard,  templier,  298,  339,  387.  447. 
EvREux,  6,  361.  —  (Forêt d),  524.— 

(Gomté  d),  n<>*  85,  86. 
Exeter.  107.  —  (Simon  de  Pouillo, 

évêque  d).  122,  149. 


P'ai  (-aux-Loges),  11,  205  note  3. 

Falaise,  379. 

Farnham,  106.  145,  147. 

Fauquet  de  Bréauté,  58,  66.  67, 
91,  107,  122  à  125,  127,  131. 145, 
147.  150.  151,  157,  175,  179.  224, 
246.  247,  249,  257,  514. 

Fécamp,  247.  —  (Abbé  de),  524. 

Fe.mmes  converses,  375. 

Fenouillet  et  Pierre-Pertuse  (Vi- 
comte de  — ,  dans  les  Pyrénées- 
Orientales).  298;  n«  426. 

Ferdinand  III,  roi  de  Gastille,  332 
note  2. 


540 


TABLE   DES   NOMS 


Ferentino  (Congrès  de),  234,  284. 
Ferrand,  comto  de  Flandre,  19  à  22, 
36.  40  à  42,  44.  259.  323-324,  363 
note   3,    382.   399  à  402;   n»»  49. 
100.  340  à  344. 
Ferrera  (G.,  comte  de),  no  453. 
Ferrières  (Abbaye  de),  352;  n»  129. 
Ferté-Macé  (La),  509. 
Ferté  (La  —  MiLON  ?),  522. 
Feuillans  (Abbé  de).  31'f.  322. 
FicEAc  (Abbé  de),  320;  n«  432. 
Flamands  (Mercenaires),  57,  58,  67, 

305,  310. 
Flandre,   16  à  22,  29,  36.  38,  41  à 
43.  46,  47,52,  165,  210,  211,220, 
223,  228,  238,  259.  323,  336,  352, 
361,  382.  396  à  402.   411.   Voy. 
Thierri,  Philippe  d'Alsace,  Bau- 
douin, Ferrand,  comtes,  Mathilde 
DE  Portugal.  Jeanne  de  Constan- 
TiNOPi.E,  comtesses  de,  Marguerite 
DE,  Hellin  de  Wavrin,  sénéchal  de. 
Flaux,  no  422. 
Fleuri  (-la-Rivikre),  n^  1. 
Florent  de  Ha>gf.st,  Vi7. 
Florent   le   Riche.    176.    177,   213. 

511-512. 
FoiGM  (Al)bayc  do),  n'»  183  a. 
Foix.   193,  298.  —  (Comté  cl  comtes 
do).    23,  185,  321.  Voy.  IUimond- 
HoGKR.  Uoc;kr-Bkr.nard  11,  comtes 
de. 
Fontai.nebleai  ,    6,   207.    329,    376, 

'j38.  439,  523. 
Fo.ntai.ne-Jean  (Abbaye  do).  tV  198. 
Fontenai  (-le-Comtk).  240. 
Fontevr.vid   (Abbaye   de),    n"^    148. 

278. 
Fore/.    Voy.  Giigue  IIl.   Giigue  V. 

comtes  do. 
Foi:<:alt  de  Her/i.  199. 
Foi(»i  Esi:oiRT.  35  I.  35»). 
Foi  RRÉ,  arclier  du  roi.  n"  177. 
Foix.  n"  23G  a. 
rRKDLKIC  I  BviiRriiorssE,   29. 
Kkkiu.kii:!!.  29.  31-32.  4'i.  20f.  23i. 


248-249,  263  à  266,  284.  287,  299. 

302,  312,  327,  517;  n»»  184.  268, 

385. 
Frédéric  d'Isembourg,  265. 
Frontenai  (-Rohan),  238,  242. 
Frotard  d'Olargues,  297;  n®  348. 
FURNB,  41. 


Gagni,  509. 

Gaillon,  6.  —  (Châtelain  de),  523. 

G  ALAN  DE  (Seine-ct- Marne,  commune 

Réau).  no  334. 
Galeran,  routier  allemand,  139. 
Galeran  d'EscRENKEs,  446,  523,  524. 
Galeran    de    «  Gabertem  »,   447  ; 

no  57. 
Galeran  d'Ivri,    vicomto  de   Melun, 

361  ;  no  188. 
Gallardon  (Eure-et-Loir),  no  136. 
Galles  (Pays  de),  Gallois.  32,  33. 

63,  66,  110,  113.  121.  171-172. 
Galon    de    Beccaria.    cardinal  légat. 

74.  75.  85.  93  à  95,  97,  101  à  lu'i, 

113.  121.  123.  132,  133.  135,  140, 

142.  144,  154.  160,  161,  172  à  175. 

182,  271.  514,  515. 
Gand.  41. 

Garanciî-res  (Eure),  523. 
G.VRCIAS  Okdonex  de  Roda,  n"  452. 
Garin  (0),  297;  n^  351. 
Garnier  di.  Pré  ou  des  Prés,   52  i  : 

no  196. 
Gascogne,  23.  67,  244.  250-251.  23^, 

258  à  263,  272.  273,  278,  359  .  n^ 

85. 
Gatinais,  205. 
G  AVOUER  DE  CnATiLLON.  comtc  de  Sl- 

Pol.  20.  42,  88,  190.  199.  200  note 


4. 


209. 


'  (lAl  CHER    DE    JoiGNI,     352,    404.     l26. 

447  :  no  221. 
Gai  CHER  DE  Remilli.  447. 
Gaicher  i>e  Thourotte,  no  77 


^^^^^^^^^                        TABLE   DES   NOMS                                         541                          H 

^Ê      GiUTtiK  d'Auchi,  h"  50. 

Gerlach  de  Budixoek,  266.                                          H 

H       G^UTiEn  e'AvESNEB,  comte  de  BloU, 

Gervai^  de  Hobruges,  61,  104-105,                         ^M 

■           239.  303,  395.  426.  417.  523  ;  n" 

^^^^H 

■          47.  48. 

Gerv.ib  de  Joué,  n"'  254,                             ^^^H 

H        GAUTIER  Blcc,  127. 

^^^M 

H           GlUTIKK  DE    LA  ChAPELLE,    33S. 

Gévauda:.  (Vicomlé  de).  319.                        ^^ 

H       G»VTieKDBUHAiE,Brohevè<iuadYork. 

GiEN  (Bol.  de),  376,  523. 

■          Vo,.  V„.oc. 

Gilbert  de  Clare,  152. 

■       Gautier  de  Hasec(ii;ii  r,  522. 

Gilbert  DE  Gaut,  64,  107,  128,  148, 

H       Gautiek,  archidiacre  de  Hcreford.  61. 

149,  150,  152. 

^Ê        Gai;tiekdbLciuppi,  maréchal  de Ubara- 

Gilbert  de  St-Jacq^sh,  n"  234. 

W            pagne,  n'  456. 

"         Gautier  de  Nakteu;l.  4'é7  . 

293. 

Gautier  de  Nemours,  90  et  note  2. 

Gilles  de  Briouse.  Voj.  Hereford. 

Gautjeb  Otmoi.  253;  n"  162. 

(JiLLEB.  clerc  de  Louis  VllI,  447. 

Gautier  de  Rinel,  447. 

GillebdeMelur,  120  m"  335, 

Gautier  du  Saucei,  447- 

Gilles  du  Plesbi»,  524. 

Gautier  de  Vuhmizeele,  145  noie  3. 

Gilles  Troussel,  522, 

GEOrFHoi  d'Ahgenton,  341.  263;  n" 

Girard  de  la  CnAMBHE,  253,  .."153, 

266. 

GWAUD  DE  Barri,  114-115,  137,181, 

404. 

Gbofkoi.  comte  de  BreUgne,  5.  84, 

GisoRs,  310,  342. 367,  409,  438,  440. 

437. 

442,  —  (Bailliage  do),  363  note  3, 

Geuffroi  de   Bulli,   250,  262,   369, 

366.  -  (Dame  de),  523, 

446. 

GLANiion  (Bois  do),  396,  397. 

GsOFFRor   DE   LA  CuAPEI.I.e,    34g,  370, 

Gl  os -LA- Ferrie  RE,  524. 

446,  621,  523,  524. 

Gloucestek,  132, 162,51'..— (Comli 

Gboffeoi,    vic«mto   do    Chàteaudun, 

de),  108,  112,  138, 

447, 

GoBEBSE,  n°  377, 

Geoffroi  de  Crawcouhe,  234,   270, 

Go^sALVE  (P.)DB  Haranob,   D-  450, 

271, 

GoKSAuïE  (A.)  deObïaseia,  n"449. 

Geuffroi  de  Ferlakd,  113  note  1 

G»!.SALÏ£  (H.)    DE  OllïANEiA,  n"  447. 

Geoitroi  Fils-Pierre,  70, 

GuNSALvs  Pierre  de  MoLi.xk,  n<'  446, 

GaorrRor  Haudi.  Voy,  Hardi, 

GoROUE  (La),  19. 

G..UFFER!.  (Forttdc),  n-  216. 

445  ;  n-  190, 

GoLi  (Forfit  de  —,  Seino- Inférieure), 

GeoïrHoi   de   LuamsAM,   vicomle  de 

^^^H 

Chilellernult,    47,   237,    403  ;    n- 

Goulet  (l'aii  du),  6,                                        ^^^^H 

109,  302. 

^^^H 

Geoffroi  de  Maudetilui,  comte  dEs- 

GRAi:.TiLLE(Fainillede),  355  ;  n"3a8.              ^^^H 

sei.  60,  91. 

Voj,  EusTACBE  et  Robert  de.          ,                       V 

Geoffroi  n  de  Miudreio  «,  W  17. 

Grakdprié,  Vdj.  Hehri  V,  comle  de.                           ^M 

Geoffroi  de  Neïille,  244,  268,  518, 

GBAMD-PuiTB(Seino-el-Mamo),  n"  243.                           H 

Geoffroi  Rossel,  447. 

Grasse   (,XhU  da  1.),  320,  333  ;  n<                           ■ 

Gérard  de  Suttedreh,  91,  108. 

■ 

Gërard  la  Ttt«.E,  98- 

Gbavelike.,  38,  41,  97,  213.                       ^^^M 

542                                          TAJiLE  DES   NOMS                                       ^^^^H 

GmOOIRE  DS  PiHOKNE.  522. 

Gi'iLLituHi  D  ApRKHonT.  n"  !58 

Grwbbi,  120,  511. 

GuiLi^DNB.  duc  d'AquïUine,  n°  135. 

GUBHET,   3^9. 

GtlLLÀUME  t.  AMBEVtqt».   229.  347, 

GuÉBin.âvèquedcSenliaenlZia.chan- 

403  ;  n-  302.  460. 

celieren  1223,  p.  43,  197,  208.215. 

Guillaume, comle  d  Amndd,  64.  105. 

221.  235.  239.  248.  295.  335-336. 

157.  175. 

337.  345,  354.  370.  406,  415,  521  ; 

GitiLLAUNE.  comte  d'AuRiale,  64,  VA. 

n-  11.  130,  178,  18-,  217.  235, 

114,  150,  225, 

269,  270.316.  317.322.331.343. 

460. 

do  ClorniDnl.  267  note  2. 

GuiRip.  H*ttDi.  Voj.  H*BDr, 

Gi,iLLAt«    VU.    comte    dAuvergM 

GVEHNEBEI.    258. 

puia  de  Ciermont,   267   et   note  !. 

Gui  dAthiis,  116,156.  208,  511. 

268. 

Gui  11.  comlo  d'AuvergDc,   267   noio 

Guillaume  VIU  le  Vieai.  comte  d'Au- 

2. 268,  393. 

vergne,  267  et  note  2.  268. 

Gdi  de  Chatillum.  comle  de  SUPcd. 

Gi-iLi.Au.ME  \.  romte  d'Aumrgno.  267 

98  note  1.209,  210,239.295.307. 

noie  2.  268,  393.  5!8. 

340.  3'.8.  404,  416.  447.521. 

Guillaume  de  Baosiux.  864.  J65. 

GuidïCheïbiusk,  n"367. 

339,  354.  447. 

Gui.  filBdcCLotatddeThim.n-397, 

Guillaume  des  Babrei.  43.  88.  16S. 

Gui  db  Cuvbtguillerm,  523 

417;  n- 51.  56. 

Gui  de  Dahpiebhe,  392. 

GLiLLAtME LB Bâtard.  SS.  63. 87  Ml* 

Gui  GjLionEL-H  de  Sens,  o"  330. 

1.88,  96.  101,  115, 

Gui  de  Lévu,  337.  445. 

Guillaume  kg  BBAL^MO^tT.  90.  174. 

'      '   Gui   V.    vicomte  do    Limogei,    227. 

Guillaume    Bernard    ds    MAMttB- 

250.  359  ;  n-  138. 

rAVB.  314;  n-  418. 

Goi  BS  MÉRKViLW,  239,  348.  '.47. 

GuiLLAvn  Berrahd  »e  Kaiac.  313  ; 

Goi  DB  MosTroHT.    192.    271.    287. 

n-  389. 

291,  295,  298.  316;  n- 314,  358. 

Guillaume  de  Bhiousb.  77  note  2, 

Gui  DE  Li  Roche,  447. 

Guillaume   lb   Brl's.   olen:    du  ni. 

Gui  oESEBLrs,  208.515. 

447- 

Gui  de  Tuouibs.  comte  de  Bretagne, 

GUJLLAUHB  DE   CaBDAILUC.  éltqUB  it 

11.  67. 

comte  de  Cahan.  V07.  Cahom. 

GmIVDEL*TouB.336. 

GuiLtAUMB  DB  Cacmosi,  n"  433. 

Guillaume  dr  Cert»*  ' .  298.  822  ; 

GuicuB  m.  comle  de  Forei,  300. 

n-  364. 

GuiGUE  V.  comlo  de  Forei  et  de  Ne- 

Guillaume,   évèque   de   CSâlon.-iur- 

Ter»,  394  ;  n°  434. 

Marne,  comte  du  Perche   Voj,  Cha- 

Guicue,  seigneur  de  Tournon.  313  ; 

Lona-aUR-MABNE. 

n"  399. 

Gl-JLLAUUE      de      CKASTELUaRS,        371 

,  GuiLDrOBT,  106. 

note  4.  446.  522. 

GUILLAUUE  ACAHIN,  370,  447. 

Gl-ILLAUMS  ChAI-XAV,   (fil. 

t.  M.  Aug.  Molmiir  (HUt.  du    Long..  VI.  601.  n.  7)  tnppw  qur    C^aHa  M     H 

doK  pai  (c  lf»duiro  par  Corver»  en  Calalqgne,   inlO  par  Ssrtiei  (Aude,    nrr.  Cire**-     ^M 

TABLE   DES   NOMS 


I 

I 


GuiLtAt-ue  t>e   Ciui;vii:ni,  seigneur 
deChtleauroui.  45,  426.  447.  521  ; 


e.  comte  de  Clermont  et  de 
-rond,  267  note  2.  2G6,  392. 
note  5.   443  ;  n- 205,  327. 

E   DE  (JOHHEIL,  447. 

I  PK  CODHCBLLES,   447. 

■  Ckisfin.  445. 

Dahfierre,  »95,  436. 
Guillaume,     lili  de    Dauphin.   Voj. 
3lo  de  Clermont. 


GuiLUUMS  EscvicoL.  446-447,  533. 


Derbf,64.  l^JO,  514. 
Sliulivus,  fils  du  Florent   le  Riclir 
176,  511-512. 


Glil 


I  FoVGi 


,  447. 


Guillaume  Plhsi,  446.  522.  \'oy.  les 

Additions  et  correct,  de  U  p.  446. 

GuiLLiUMs  Habubl,  102,  125.  514, 

K      GuitL^VM  IU«[..,  Voj.  HaEDI. 

^k    GtlLLAUnE,  Gl»  ds  Henri  II  Planlag«- 
^f         oet.  437. 

Guillaume   1,    conte    do    Hollande. 

44,  D8,  130. 
Guillaume  dv  Uomhet,  447. 
Guillaume    de    HuMti.iCFiBLO,     60, 

107,  113,  115,  120.  152,511. 
GuiLLAUM  .  DE  JniHViu.R,  archevâque 

de  Ileimi,  Voj.  Reims. 
Guillaume  Lecieh  (Famille  de),  253  : 

n"  151. 
Guillaume  LKqueiix,  254  ;  n°  161. 
Guillaume  Leveau,  u"  346. 
Guillaume  L 

lisburj,  41 

1136,    144,    145, 
260,  268,  514,  51S. 
Guillaume,  comlede  Loos,  9S. 
Guillaume,   panetier  de   Louii  VllI, 
: 


LSPÉB,  comte  de  Sa- 
,  64,  90,  91,  105, 
175,    255, 


,    229,  403  ; 


Guillaume  hr  MAïamiiKEB,  seignoiir 

de  Mainlenai,  361:  n"  123. 
Guillaume  de  Malires,  213. 

dEaiei.  102,   107.  120,  152,   273. 

Voj.  lea  Additions  et  rorreclioru 

de  la  p.  102. 
Guillaume   le   Maeéchal,  comte  do 

Pembroke.   65-66,   92,    100.   131, 

132.   133,   142  note  1,   145,   147. 

149.  150.  151.  ]62.et  noie  3.  Ii>4, 

166.  167,169,  170.175.  176,  177. 

179.  Itil,  224,512,  514. 
Guillaume   le    Markciial  1b  jeune, 

comie  de  Pambroka  on  1219,  p.  60. 

102,  107,  120,  138,144,  1«,  373. 
Guillaume   Mésien.    446,    523;    n" 

299. 

fluiLLAUME  Mèri,  447. 


i;  Mo.M 


Al.   59,    150. 


15:2. 
iuiLLAUMK,    comtc   do  Moniremnd. 
Voj.   Guillaume,  comte  de   Clor- 
moDt  ot  do  Monlferrand. 

luiLLAVMK  OH  LA  MoTTK,  252  ;  n"  156. 

Offboi.  353  ;  n"  152. 

IV,  comte  d'Orange,  310.' 
Guillaume  V,  comlo  d'Onnga.  310. 
Guillaume  Piirhr  »r  Vintrou,  297  i 


"  349. 


»mtedePontliieu,30, 
2.  190,  360;  n»' 31,  260. 


Guillaume  Prurelei.  447. 
Guillaume  des  Roche»,  47.  4f,  49, 

88,  197,  368-369;  n»6. 


iuiLLAiHE  DE  Sr-OxER.  177  nolo  S. 
luiLLAUHE,  roi  de  Sicile,  437. 
iuiLLAUME  Spikula,  388:  n"  444. 
luiLLAUHE  DE  Truhpimuton,  «bbé  de 

Saint-.Uban.  Va)r.  Saiiit-A,lha.i. 
iuiLLAuHi,  comte   de   Varonne,    64. 

105.  107,  167,  167.  175. 
Guillaume  Vioile,  523. 


544 


TABLE   DES  NOMS 


ViLLI-TlIIERRI.     366, 

446.  523,  524  ;  ii"  68  i. 

GLrlI.I.SH£HT    DeCiBTHEB,    316. 

GuiM«  (coin\6  de),   17,   18,    19,  'l't. 
Voy,  Arkoul  [I,  comle  do. 


GOTI 


[,  23. 


HiiE-MAt.uiRBi  (La),  R"  2Z8. 
U*ie-h:«  TotiR»i.>t.  (U)  ou  Lu  lUm- 

DESCi.ItTES,  43^. 

H*i.*rrm  (Forêt  doj,  a-  30'.. 
Hài.htuw  (Eglise  de).  116. 
UAMPsniRe.  113. 

lIiQL'in,  GUdoMuxc-Dicudonnè,  d''  79. 
UxHDt  (André,    GuilUuma,  GeofTroi, 
GuÉrin  et leisroun),  355, 356;  n°39. 
IUbnes,  n"  237. 


U^RHI 


,.  yo. 


tlisTiiicg,  96  noie  1.  396- 

lUuTEOQHBE  (Abbé  de),    248. 

lUuTE-FoNTAlNI   (Oîse,   c.     Atliclii), 

n"  2'.9.  250, 
Hawisi,).,  60. 
HiTE».  14S. 
Uazrbrouce.  43. 
Hbcelin.  447.  523. 

USDIKGIIAM.    139. 

HiLiE  Beiisarii,  253;  n»  140. 

Hklie  de  Bbai,  n"  7U. 

Hélib.  clerc  d  Etienne  da  Lan);t<)M, 
161. 

UiuE  GiSQtiET,  253;  n-  150, 

HÉLIE  ItuuBL,  seigneur  de  Bergerac. 
261,  262;  fi"  176.  180.  181. 

Uellik  de  Wavrih,  linéchiX  •■<:  Flan- 
dre, 205. 

UBLLouin  DE  M«ui.4n,  447. 

Urkin,  207. 

Ueniii,  Wrésianpe,  408  noie  1. 

HsHBi  I.  roi  dAnglelcrro.  56,  62.  68. 

IÏEHR1  II,  roi  d'Angleterre,  26.  55, 
65.  68.  96  note  1,  253.  437  ;  n"" 
Vib.  139,144.  157,  160,  246.  457, 

HiKBi  m.  roi  d  Angleterre.  84,   87, 


131  k  133.  136  à  139,  141  k  »;, 

149.  153.  154.  137  &  160,  tG2. 1«6. 

171,    172.    175   i    177.    180.   18!. 

196.  300  noie  4.  224  i  226.  SKI 

Î37,    244  i  249.  251.  252,  3S6. 

257,  259,   260.    263  i  277.   m. 

288.   430.    437,   M2.    511  i  S»; 

n-  242,  460. 
De^ri  11,  duc  de  Bar,  88. 
IlE.xBr  11.  comle  de  Bar-lc-Duc.  395 
Hexbi  oe  BEtrroD.  379. 
llENiti  DE  BoiioN,  comte  de  U»efi>r<l 

60,  70,  !52. 
11e:(ri  I.  duc  de   Brd>anl  el  de  Ua- 

vain,  29,  31,  37,  Sti. 
Heshi  de  BhiiBBo-:.  246.  247. 
Hemhi  1,  roi  de  Casdilc.  68.  331  mtt 

2.  437. 
Henri  CLÉuinT.  9,  42.  47.  49.  338. 
IIe.ihi  de  CoBNHru.,  235. 
He^hi  IV.  roi  de  France,  435-U6. 
He.ihi  V,  comte  de  Granilprj.  4S6 
ilE-xB!  (Le  jeunr^  roi),  fiU  de  Henri  II. 

65,  437, 
He!ihi  le  LiBisAL,   comliT  de  Chiin- 

pagno,  204. 
Uenhi  le  Lio^,  duc  da  Saie.  437. 
llENHi,  frère  do  Loub  Vil,  363 

354.    371.    3«1  : 


< 


"  333, 


11em<i 


comlo  palatin  du  Hbin.  437. 
ah  de  Robert  le  Pioiu.  36S. 
VII.   roi  du  Romaiiu.   364  h 


:  SuLLi.  348,  39I-S92,  416. 


447,  521. 
Henri,  comte  de  Warwick.  64 

IIÉBIICLI     DE      MONTLAUH.       297.      n« 

375,  407- 

Uerbbht  d.^ikcovrt,  522. 

Uebefohd  (Conité  de).  66.  112,  113. 
Voj.  Henri  de  Ballon,  conle  à» 
(GiUi»di'  BriouH,  Év^ipio  d«).  61, 
70,  122.  (Huf^ue  de  n  Mipeoon  i 
évùque  de),  123  ot  note  I.  149.  - 
Voj.  GAUTi¥a.  arcbidiacrc  de. 


TABLE   DES   NOMS 


545 


Herment.  n"  205. 

Hertforh,  120,  139.  511.— (Comté 

do),  91.   Voy.   Richard  de  Clare, 

romlo  do. 
Hervé  de  Do.nzi.  comto  de  Novcrs,  88. 

97  à  100,  110,  119  note  1.120,  128. 

l'il,   147.   162,    175,   20U  noto  4. 

39'i.  '»1G,  515:n"43'i.  Voy.  A(;nès. 
Hesdin,     7   noie  1.  17,   22.   88,    210 

et  note  3.  212,  213,  366,  377.  440. 

522  ;  n'»^  52,  219.  —  (Bailliage  de), 

363  noto  3.  —  (Bois  de),  376. 
«  Hex  »,  523. 
Hollande.  36,  98.  Voy. Guillaume  1, 

coinlo  do. 
IIoMBLii  RKs  (Abbaye  de).  362  ;  n'^*  74, 

75. 

IloNORius  III,  8.  104.  123,  134  k  137, 
l'«0  à  U2,  145.  160.  161,  162, 
173.  175.  180-181,  192,  195  à  197, 
200  note  'i,  202,  214.  224.  234, 
236.  248.  249.  264.  265,  270  à  275, 
279  k  288,  315,  323,  394.  400. 
401,  'lOO.  516;  n"»  81,  82.  242. 

Hospitaliers  de  Jérusalem,  177 
note  5,  370;  n"»  296.  297. 

HoTEL-DiEu  de  Paris.  Voy.  Paris. 

HuUDAI.N,    44. 

HuHERT  DE  Bourg,  65,  66.  108  à 
110.  146.  147,  167.  169.  175,  179, 
224.  230, 233  note  5,  234,  235.  245, 
246,  257  à  259.  266,  273.  285,  430. 

Hur.uE  D  Atiiies.  32,  348,  367,  445, 
446. 

HuGUE  dAuxi,  522. 

liuGUE  DE  Bavçai.  228  noto  2,    447. 

Hu(;uE  IV.  duc  do  Bourgogne,  220, 
393-394,  404. 

IlUGVE  DE  BoVhS.   41,    44. 

HuGUE  Capet,  12-13. 
HuGUE  Egert,  523. 
Hugue  des  Fontaines,  n*»  209. 
HuGUE  DE  GouRNAi,  n»*  85,  86,  279. 
Hugue,  fils  du  comte  Jean,  n"  335. 
Hugue  I\  de  Lusignan,   comt«  do  la 
Marche,  47-48. 


Hugue  X  de  Lusignan,  comte  de  la 
Marche  en  1219,  p.  48,  228  note  2, 
229à23!,233.  236  à 240,  242.  249 
à  252.261,  276,  324. 347. 359.362. 
403,  447;  n»»  21,  104  h  108,  143, 
158,  159.  262,  302.  309,  382,  460. 

Hu(;uE  DL  Neuville,  107. 

Hugue  Plou(2UEs,  n**  195. 

Hugue  de  Puiset.  Voy.  Durham. 

Hugue  DE  Thouars,  229.  241,  263. 
278,  443  ;  n«*  13i,  267,  302,  360. 

Hugue  de  Vivonne.  251  et  note  1.  256. 

HuMHERT  DE  Beaujeu.  295,  316,  317, 

393. 
Huntingdon  (Comté de),  67,  91.  Voy. 

David,  comte  de. 
lIuoN  DE  Malannoi.  170. 
Hytiie,  96  note  1. 


Ide,  femme  de  Renaud  de  Dammarlin, 

21  note  1. 
Ingehurge.  14.  26.  93,  331,  333  ;  ii«» 

12,  25,  131.  190,  234. 
Innocent  HI,  8,  24,  29,  30,  35,  37, 

38,   39,   51,  56.  59,  61,  63.  72  à 

75.  79  à  82,  84,  85,  93  à  96.  103, 

134   à   137,   181.    185,    187.   190. 

192  à  194,  204,  290,  514. 
Irlande,  38,  63,  142-143,   225,  246. 

512,  513.  518. 
Isabelle    d'Angoulème,     femme    de 

Jean  sans  Terre,  puis  de  Hngue  de 

Lusignan.  80,   175,  230,  236,  237, 

514,  515. 
Isabelle,  comtesse  de  (Chartres,  360, 

395. 
Isabelle     de     Hainaut  ,      mère     do 

Louis  VHl,  3-4,  12,   17,  18,  221, 

331,362. 
Isabelle,  reine  de  Jénisalem.  204. 
Isabelle,  fille  de  Louis  VIH,  331. 
Isabelle,  fille  du  comte  de  Pontliieu, 

no31. 


Cil.  Petit-Dutaillis.  Bègne  de  Louis  VllL 


35 


546 


TABLE   DES   NOMS 


IsARGRiNS,  faction  flamande,  41. 
ISARII  DE  SA.i:<T-PAur.,  314. 
IsLE-EN-JoURDAI?l  (L*),  n®»  415,  416. 

Voy.  B[krtraîi]  Jourdain,  seigneur 

de. 
IssouDUM  (Indre),  6,237,362;  n«»171. 
Italie,  299.  300,  312.  Voy.  Asti. 
IvE  (Maître).  523. 
IvE  de  Hesdin,  524. 


Jacquelin  Ciiantel,  523. 

Jacques,  cLerc  du  roi,  447. 

Jaime  I,  roi  d'Aragon,  189,  298. 

Ja^vii.le,  n**  25. 

Jean  (Le  comte),  445  ;  n"  335. 

Jean  de  Beaumont,    262,  275.   340. 

348,  369,  447,  521. 
Jean,    comte   de    Beaumonl-sur  Oise, 

420;  n«  206. 
Jean  de  Briknne,  roi   de  Jénisalem, 

89,  204,  222,  239,  271,  272,  334. 

345,  447. 
Jean,     comte    de    CliAIon-sur-Saônc, 

294.  295. 
Jean  Clk.mi.nt,  337,  338,  445;   n"  5. 
Jean  de  Dueix,  447. 
Jean  de  Frica.mps,  301   note  2.  'i46. 

,022. 
Je.an  de  IjAssi.  coiiiiélahle  ^\c  Chesler. 

28,  59,  92.  150.   152.  157. 
Jean,  éclicmson  do  Louis   VIII.    445  ; 

n"  2:iG. 
Jean,  ('cuyer  de  Louis  MIL  227,  339, 

445. 
Jean.  Gis  do  Louis  VIIL  .'{31,  362. 
Jean  le    Markciiai..    neveu  de    Guil- 

lauino  le  Maréchal.  92  noie  1,   150, 

151,   U\\. 
Jean  m:  .Monciialx.  4i7. 
Jean  il  Mo>iT(;iKi)N.  \\7 . 
Jean     de    MoNx.MiîtAii..     Vov.     Jean 

D  OiSI, 

Jean  IV  de  Montoire,  comte  de  Ven- 
dôme, 426.  4'i7. 


Jean  Musart,  523. 

Jean  de  Nesle.  295,  340.   349.  351, 

355,  404.  447;  n»»  117,  170.210, 

218. 
Jean  d'Oicni,  n®  379. 
Jean  d'Oisi,  seigneur  de  Montmirail. 

comte  de  Chartres.    99,    205,  239. 

340.  348,  395.  426,  448. 
Jean  d'Orléans,  n»  25. 
Jean  Pinel,  446. 
Jean  de  Poix,  523. 
Jean  de  la  Porte.  446,  524;  n<>257. 
Jean  II,  comte  de  Rouci,  88,  98. 104. 

395.  448. 
Jean  de  Routrai.  448;  n^  231. 
Jean  8ans  Terre,   5.   6.    20  note  1. 

25  à  28.   30  à  4t.  44  à  52.  5'i  i 

73,  75  à  88.  90  a  114.  118  à  125, 

127  à  138,    lâO,  Ifl.    175.    178  i 

183.  186.  187,  194.195.  210,  228, 

230  à  233,  236,  246.  254.  268,  326, 

327.  430.  437.  514.  516;  n«^  111. 

144.  149.  150,  242. 
Jean  Sarrasin,  389. 
Jean,   lils   du    comte    de   Soissou?.  iv 

303. 
Jean  de  Trajftto,  205. 
Jean  de  Valkri.  4i8. 
Jean  de  Viévi,  426. 
Jeanne  de  Consfantinopie.  comlesî^' 

de  Flamlro,   19.  259,  267,  32:L  3i'). 

349.    352.    355.  363   nolo  3.   382. 

396    à   401,    443;    n'>-     170.    210. 

218,  2'i8.  25r>.  3'i0  à  3'ii. 
Jeanne,  femme  de  Orou  de  Saint  Ger- 
main, n"  130  A. 
Jeanne,  fille  <Ie  Henri  II.    i37. 
Jeanne,  fille  de  Jean  sans  Terro.  237 
Jérisale.m.  Vov.  Isabelle,  reine  de. 

Jean  de  Brienne,  roi  de. 
JoYENVAL  (Abhaje  de),  n^*  99.  130  a. 

194.  339. 
Juifs,  414  à  417.  426-427,  442.  523, 

524  ;  no»  26,  27,  28,  54,  55,  65.  73, 

79, 183,  339. 
JuMiÈGEs  (Abbaye  de),  n^  125. 


TABLE   DES   NOMS 


547 


Kent  (Comté  de),  66,  113.  129,  171. 
Kingston,  5 H. 


Laffokd  ou  Sleafoud,  110. 
Lambeth,    115,   512.  —   (Traité  de), 

171  cisulv..  224,  233  note  5. 
Landifai,  372,  509. 
Langeais,  237. 
Langor  ((îirondc),  250. 
Latcgkes  (Huguo  do  Montréal,  évéquo 

de),    282,    283.     3'i5,    407,    448; 

no"  316,  317,  343. 
Languedoc.  Voy.  Albigeois. 
Lao.n.  523.  —(Prévôt de),  n»»  183a, 

456.  —  (Anselme  de  Maimi,  évèque 

de),    345.    353,    395.    407.    448  ; 

n"*  275.   276,   316.    317,   343.— 

(Chanoines  de).  412;  n»  223. 
LasNavas  DE  ToLOHA  (Bataille  de),  187. 
Latran  (Concile  de),  72-73,  85,  86, 

194.  301. 
Lattes  (Hérault),  n»  442. 
Laurac.    Voy.    Bernard   Oton.   soi- 
gneur de. 
Lautueo.  Voy.  Acnîîs,  vicomtesse  de. 
Lavaur,  279,  441. 
Leicester.  Voy.  Si.\io.n  de  Montfort, 

comte  de. 
Lennox,  105  et  note  2. 
Lens.  7  note  1.  17.20.207,213,  522; 

n'»  219.  —  (Châtelain  de).  97. 
Lento.n  (Prieur  de),  235. 
Lesrdrdes,  n»  443. 
Lewes,  141. 
Lexixgto.n,  92. 
Lia.ncourt,  439. 
Lichfield    (Alexandre,    évoque    de). 

270.  276-277. 
Lii;i;r.  (nuf,njc  II  de  Pierrcpont.  évèque 

de),  397. 


Ligni-le-Ribault,  523. 

Lille,  42,  43,  363  note  3,  398,  400. 

LiLLEBONNE.    334,    438. 
LiLLERS,    19. 

LiMEUiL  (Dordognc,  c.  Sl-Alvère), 
261.  359. 

Limoges,  45,  79,  232.  238,  250,253, 
276.  422.  516;  n»*  111,  138.  139. 
—  (Vicomte  de  — ,  Limousin).  50, 
198,  226-227.  278,  359.  Voy.  Ouï 
V,  vicomte  de.  —  (Evéché  do).  407; 
n»>*  158.  262.  —  (Jean  de  Vcirac, 
évoque  de),  227.  —  (Bernard  de  Sa- 
vonnes, évéque  de),  227,  231,  295, 
407  ;  no  262. 

LiMOux,  298.  315  et  note  4. 

Lincoln.  107.  109.  110,  144.  145, 
148  à  155.  157,  162,  179,  514.  — 
(Comté  de).  64,  107.  110.  fl3, 
128.  —  (Saint  Hugue.  évêque  de), 
4,5.  7.  —  (Uuguc  de  Wells,  évéquo 
de).  122,  149,  273. 

Lion  (-la-Forêt),  376.  523,  524. 

Lire  (Ahbaye  de),  n»»  175,  225.  — 
Voy.  Vieille-Lire. 

LisiEux(GuillaumedePont-de-rArchc, 
évêque  de).  409;  n«  132. 

Llewelyn  ap  Jowerth.  33,  63,  108, 
137.  153.  159,  172.  225.  246. 

Lodève  (Evêché  de).  18'*  note.  — 
(Pierre  IV,  évéque  de).  189  note  1, 
320,  322;  n"  439.  Voy.  Montbrun. 

Loges  (FiOs),  205. 

Lombards,  voy.  Asti. 

LoNDE  (Forêt  de  la,  —  Eure,  c.  Bourg- 
thérouldo),  524. 

Londres.  34.  56,  62,  63,  69,  70.  73, 
90,  91.  100.  101.  102.  104.  106, 
109.  110,  115,  123,  125.  139,  142. 
145,  147. 149,  152. 156.  157,  160, 
161.  162.  169.  170,  512  à  516.  — 
(Guillaume  do  Sainto-Mére-rEgliso, 
évêque  de).  30,  122.  —  (Eustache, 
évéque  de).  232,  273.  516. 

LoNGPONT  (Abbaye  de),  n"»  38,  39, 
40,  353. 


5*18 


TABLE   DES   NOMS 


LoNGPREZ  (Rcligipuscs  dc),  no  329. 
Lo.N(;uEViLLE   (près    Vcmon,    Euro), 

n»  115. 
Loos.  Voy.  Guillaume,  comte  dc. 
LoREi  (Le  — .  Eure,  commune  Breuil- 

jKjiit).  439. 
Lorraine,  262,  26'i.  Voy.  Tiiibaud  I, 

duc  (li>. 
LoRRis.    Il,    205  note  3,    238.    352 

note  4.  438  h  4iO.  516;  n"  i90. 
LouDUN,  51,  368:  n'»  188. 
Louis  I.  duc  de  Bavière,  264. 
Louis  VI.  roi  de  France.  362. 
Louis  Vil.  3,   15,  16,  25.    184.  220, 

322;  n"*  189.  212.  213,  220. 
Louis  l\.  8,   14,  328,  331.  332  noies 

1    et  2.  360.   381.    38'i.  388.  389, 

40'i-'i05,  431.   444;    n"'»  435-436, 

445-453. 
Louis  XV,  435-436. 
LouvAiN  (Duc  de).  Voy.  He.nri  l,  duc 

dc  Brnbanl  etdc  Louvain. 
LouviERs,  409. 
Louvre  (à  Paris),  388,  389. 
LrxEL.    Voy.  U.vimond   (jocf.lin,  sci- 

pneiir  de. 
Lusi(;.NAN,  237.  238,  2'40:  n"  107.  — 

(Maison  dr).  'i<>.   '18  cl  noie  1,   278. 

Vov.  lirGiE.  (ii.ori  r.oi  nu. 
«  Lvi.ii.Ks  »  (().  df).  Il'»   'i'i3. 
Ly.nn.  128,   157.  17i. 
Lv«.N.    180.   201<-300,    312.    4iO.  — 

(Province  de).  iU7.  — (ArchoNtVjno 

de).  300.  —    (l\on;iu(l,    archevi%|ue 

de).  408;  n"'  8,   13-14. 


M 


Maçon.  2'J\.  -- (Comtes de).  300.  'MKl 

M.MiLiK.r.s,  n"  229. 

Maine.    40.     220,    ;{62.    370.     371  ; 

n'-  85,  8h,  2'.»7. 
Mai. AI  (-LE-Roi).  n"  330. 
Ma.ncih;  (Ilos  de  la).  259. 
((  Mandekl.n  »  (Prul-rtrc  Maiiinplien- 

Winiillc,  ra>-de-Calais).  r»22. 


Maxlieu  (Abbaye  de).  394  :  n''  43i. 
Mans  (Maurice,  évoque  du),  410,509; 

n"  34. 
Mante,  329. 
Marche  (Comté  de  la).   46-47.  239. 

359.  52 '1.  —  Voy.  Hugue  de  Li- 
siGNA.N.  comte  dc. 

Marestan  (B.  de).  31'!  ;  n^  'i08. 
Marguerite  d'Autriche.  265. 
.Marguerite  de  Flandre.  19. 
Marguerite  de  Provence,  331. 
Marie,  fille  du  châtelain  de  Bapaumo. 

n"  293. 
Marie,    fille  dc    Philippe- Auguste,  .'>. 

333. 
Marie,   comtesse   dc    Ponthieu.    35 i. 

360.  361,  396.  443;  n"^  260.  294. 
318,  352. 

Marie,  fille  derh^tclier  de  Saint- Denis. 

n«  124. 
Marival  (Aisne,  commune  Mortefon- 

taine),  n«  39. 
Marlborough  (Château de),  107,  120, 

121,  ri5.  I'i6,  l'i?. 
Makma.nde.  198-1'.M.».  •J02. 
Mak«)«:,  .36. 

MAnsi:iLi.r.   11'5,  .300  iiol«»  :; 
Mahiin  A.NDoiLi:.  n"  23S. 
Mathieu  vk  Maiîm.  319:    n'  441 
Mathieu  de  Md-ntmohlnc :i.  PU.  221 

239.  336.  337,  391.  412.   V2Ù.  W^ 

51.'),  521  :  n">  !  4.'..  22«.  22'.*.   t"V 

400. 


Ma 


THIKU    DE     >ILVIN*^.    Il'»   .>0.). 


Matmilde  (Lrm[)ross),   02.    OS.    I  «S 
Mathii.uk.    ftMnnio     de    Haiidouiii    «1- 

Baraslrc,  515. 
Matmii.di;    ou    Maiiai  n.    ('r>int«'>^'  <!'• 

Boulogne.  210.  333;  n"  3.'»2. 
Matmildi:,    s<Piir   aîiHM»    «le    Jt-.in  -uM' 

Torre.  84.  437. 
MATHn.PE.    coinlossi»  df  No%<^r<.    ii.'n 

394,  420;  n- 27,   13U. 
Matmilde  ns  Portu(;ai.,  cnmtosM^  '!• 

Flandre.   18.    19. 
Maurens  (G.  de),  n'»  411. 


TABLE   DES   NOMS 


549 


Maurice,  charal)ollan,  4'i5;  n»  376. 
Maurice  de  Ga.nt,  li6,  511. 
Mauzé.  253:  n"»  158,  309. 
Mate.nce   (Siegfried,  archevêque  de), 

26'i. 
Meaux,     'i39.    —   (Pierre    do    Cuisi, 

évèqiie  d:-).  239.  380,  448;  n""  244, 

316,  317. 

Melciii.n((j.).  297;  n'  351. 

Melle,  238. 

Mei.i:n,   74,  75,  77.  81.  83,  85,  86, 

94à95,  l'iO.   194.  204,  273,  280. 

290.   329.    356.    438  à    440,  443; 

11"  286.  —   (Trailé  de).  400,  401  : 

ii*^»    340   à   344.    —     Voy.    Adam, 

(taleran  d'Ivri,  xicomlcs  de. 
Me.xde  (Etienne    do  Brioude,    évèque 

de).  321  ;  n<»  440. 
Merton.  173,  175.  515. 
Mervent,  47,  240. 
Mes.ml    de    Pont-Sainte  Maxence, 

n«  242  a. 
Meulan,  439. 

Mei.x-en-Gatinais,  n**  198. 
Michel  de  Marnes,  165. 
Middlesex  (Comte  de),  91,  113. 
MiLiiAU,    320;   n«>  424.  —   (Vicomte 

de),  319. 
MiLLi  (Famille  de),  364.  Voy.  Adam, 

GUILLAU.ME  de. 

Milon  de  Croci,  448. 

MiLON,     fauconnier    de    Louis    Vïll, 

445. 
Milon,  légat  du  pape,  25. 
MiLON,  chanoine  do  Paris,  n"  87. 

MlREIiKAl'.   5. 

Moissac,  279.  —  (Ahbayc  de),  ;j22. 
Moncontour  (Vienne),  48,  51. 
MoNEsTiÉs  (-svr-Cérou),  320,  441. 
MoNTARGis,  438  à  440,  523;  ii»  59. 
Montauban.  186.  194,  279. 
MoNTBRUN(Cointôdo OudcLODF.VE), 

320;  n"  439. 
Montebourg  (Ahhayc  de),    n*"*    115, 

116. 
Monteil  (-au-Vicomte?),  n'  205. 


Mortélimar,  301. 
Montereau-faut-Yonne,  394. 
Mautfaucon  (-sur-Moine),  n^  173. 
Montferrand   (Puy-de-Dôme),    339, 

368,    377.    382,    393.     422-423  ; 

II"*  205,  319  à  321,   326.    327.— 

Voy.  GuiLLAU.viE,  comte  de  Clcrmont 

et  de  Montferrand. 
Montfort  (Seigneurs  ou  comtes  de), 

395.    Voy.    A.MAURI  et    Simon   de. 
Montmartre  (Ahbaye  de),  n"  122. 
Montmorenci.  Voy.  Mathieu  de. 
Mont-notre-Dame,  330,  438. 
montoi.ieu,  316. 
Montpellier.    188,    189  à  191,287, 

314-315.  422;  n»  395. 
Montpensier   (Puy-de-Dume,    c.   Ai- 

guepersc),  326,  428.  435,  441,  444. 
Mont  REDON  (Tarn),  n"  441. 
Montreuil-Bellai,  241,  439. 
Montreuil-sur-Mer,  223,  361,438; 

n"  123.  —  (Vicomte   de),  n'»  352. 

—  Voy.  St- Sauve  de. 
MoNTRON,  n"  203. 
Mont-St-Eloi  (Abbc  de).  520. 
Mont  St -Quentin  (Abbaye  de),  215. 
Mont-St- Vincent.  408. 
MoRET  (Prévôt  de).  412  ;  ii"  69. 
Morgan  de  Carléon,  171. 
MoRiEN VAL  (Religieuses  de),  n"  179. 
MoRLAiE  (La),  n"  380. 
MoRTAiN  (Comté  de),  333-334. 

MORTEFONTAINE  (Aîsnc),    H"  39. 

MoRTEMER  (Seine-Inférieure),  334. 
M()KTEMEn(-EN-LiON)  (Abbayc  dc),  n" 

230. 
Motte  (La  — .  près  de  Pimelles  ;  sans 

doute  dans  la  Côte  d'Or,  commune 

VertauU),  n'»  41. 
MouNTsoREL,  146,  147,  148,  156. 
MoussAC  (Gard),  n"  422. 

MoXÉ-DiEUDONNÉ,  n"  79. 

MozAC  (Abbaye  de),  411  ;  n"  220. 
MuREAUx  (Los  —,  Soine-ot-Oise),  n® 

68  a. 
Muret  (Bataille  dc),  188,  298. 


550 


TABLE   DES   NOMS 


N 


Najac,  313.   Voy.    Guillaume    Ber- 
nard DK. 
Namur.  Voy.  Philippe  I,  Philippe  H 

DE  COURTENAI,  COmlOS  do. 

Na:«tes,  'i8,  258. 

Naruonne.   188.   lill-192,  284,  315, 

322  ;  n""*  83,  438.   —  (Duché  do). 

191-192.  —  Vov.  Aimeri,  Wcomte 

(le  —(Province  de).  287,  288,  299, 

320.   —  (Arnaud,   archevêque  de). 

1«:.    191.    192,  280.  282;  n"  60. 

—  (Pierre,    archevêque    de),    312, 

320,  322.  391  ;  n"*  350,  429  k  431. 
Navarre.  Voy.  Sanche  VIT.  roi  de. 
Nemours.  440. 

Neuf(:hatel(-en-Brai).  n"  185. 
Neuilli(-sur-Sei.\k),  n"  335. 
Neuilli-en-Thelle,  n*^77. 
Neuville  (Seine-Inférieure,   a.   Neuf- 

cliàlel).  n"  185. 
Neuville-en-Beine,  361  ;  n«»  74. 
Nevelon  le  Maréchal.  206,  207,  214.    Northampto.x,  70.  90,  2i6. 

21.").  216,  515.  1  Nouthumbeuland  (Coinlc  de),  62,  6i, 

Nevelun  lk  Turc.  iP  2\.  \      90,  107. 

Nevkrs.  4iO.  —  (donité  de).  97.  411.    Norwich.    139.    174.  —  (Pandolphc. 


NiEUPORT,  43. 

Nîmes,  312,  316.  318,  322;  no»381. 

392,  393.  —  (Vicomte  de).  359.  — 

(Arnaud,    évéque   de),    282,    320, 

322  ;  no»  60.  424. 
Niort,  226,  228,  229,  231,  238,  242, 

243,  244,  254,  359.  439;  n»  160. 
NoLON  (Yonne,  commune Cut),  n**l%. 
No.NETTE,  393  ;  n»  3. 
Norfolk  (Comté  de),  66,    107,   110. 

113,  116.  128. 
Normandes  (Iles),  66  note  3.  233  noie 

4,  235,  251.  Voy.  Guer.nesey. 
Normandie,    Normands.    6,   lU.    27. 

45.   55.  129.   220,  222.  223.  232. 

233.  238,  247.  252,  272,  277.  337. 

344,   356  noie  3,   370.   371.  372, 

386,  404.  409.  411.  442.  509.  518; 

n"*  30,   66,  73.  85,  86,   132,  297. 

306,  373. 
Norman  VILLE  (Eure),  n®  332. 
Norois  (Barons  du   nord   de  l'Anglc- 

terrc),  56,  58,  59,  71.  90.  109,  112, 

148. 


\  o\ .   lÏERvi';  DE  DoN/.i,    coinle  de. 

M.VTHILDIi.     COMllcS^e     lic.     (Gull- 

lamiic  (le  St- Lazare,  évèquo  de).  207. 

—  (Renaud  de   Ne\ers.  cvèque  de). 

23^J.   ii8. 
Nlwakk.   107.  149.  514. 
Nlwiuhy.  120. 
Nicolas  dl  (luAMi'At.NL.  ii"  2I»G  a 

Nn:(M.\S   DE  ChAFEAI  LA.NUO.N.    11.") 


IV 


277 


'-'8. 


'1  li 


cvèqiie   de),    31,   .Ti.    37.    ;{8,   111. 

177  noie  5,  182.  224.  232,   -l.Vô. 
NOttingham.    107,     148.    —    (<]omt<" 

de),  110.  113. 
Nouvelles  (Gard,    commune  Nîmes). 

Il"  422. 
NovoN,  222.  438.  —  (Klioniie  de  >.- 

mours.  éxèque  de).  llC  —  ((n'TarJ 

de  Basoches,   évèquc  de).   271,  l>08. 

345.  353.   355.    407.  448  ;    n  *   îo. 

76,  117,  .'M 6.  317.  343. 
NuM./  Sanche.    comte   de  Bous>ill«»n. 

208.  322  ;  lu»  357,   426. 


NlC^M  AS    1)1.    (loRIJlE.    301*. 

Nicoi  A<  Lai'ie.  339.  4  4H. 
Nicui.vs.  clerc  de  Louis  \  [\\ 
Nu  «)i  A"-.  léi:al  du  |>ape.  98. 

Nicolas,  pôiiilencier  du  pape.   162.  Q 

Nicolas  de  Sr-LovLR.  n'  306. 

Nhdi.k   1)1    lA   IIme.    100.    11.'».    148.    (.)i)Ei  iNE.  leiuiiu' «lo  TluLaud  dc  Mi'H- 
149.  179.  I       tarais.  418  ;  n-  172. 


TABLE   DES   NOMS 


551 


OoiiiAM,  107.  145. 

Oisi  (Pas-de-Calais),  18. 

Oissel-sur-Seine,  524. 

Oi.ARGUEs,  n"  350.  Voy.  Po«s  d". 

Oi.ÉRON  (Fie  d),  237,  252  ;  n«  143. 

Olivier,  frère  de  Henri  111,  146. 

Olivier  de  la  Roche,  n"  120. 

Olivier  de  Vaux.  116,  511. 

Onfroi  de  Ricarville,  n"  283. 

Oppi,  368.  443.  520-521  ;  n"  240. 

Ora;«ge,  316.  — Voy.  Guillaume  IV, 
GuiLLAU.vi£  V.  comtes  d'. 

Okeford,  139. 

Orléans.  440.  —  (Foréld).  376.  523. 
—  (Bailliage  d  ).  363  note  3.  — 
(Prévôté  d).  410;  n'>«  233,  234.  — 
(Philippe  de  Joui,  évoque  d  ).  407. 
'i'i8;  ir»  316,  317.  —  (Chapitre 
d  ),  379. 

OSBKRT   CîiFFARD,    60. 

Otiie  (FortM  d  ),  376.  523. 

Orxo?»  DE  Bbuxswick,  13.  28,  29,  31, 

32,   44.  50.  68,  84.  87.   186,  210, 

271,  299.  437. 
OuDE>ARi)E.  399.  Vov.  Arnoul  d'. 
Ours  de  Bhéci.  445  ;  n"  19. 
Ours  de  la  Chapelle,  98.  116,  239, 

338.  339,  347.    'i45,  511  ;  n«»    19, 

460. 
Olrscamp (Abbaye  d).  410  ;  n»  42. 
Oxford,  70.  139,  162.  —  (Comte  d  ), 

67.  Voy.  RdUERT  de  Ver.  comte  d'. 
Ozouer-la-Ferrière,  n<»  295. 


Paci(-sur-Eure).  523;  n»»  85,  86. 
Païen  de  Rochefout,  48-49. 
Paissi.  412;  n'^  223. 
Palestine.  Voy.  Terre-Sainte. 
Pamiers,  317,320.  321.  UO,  4'i4;n«» 
419  à  421.— (Statuts  de).  191,  319. 
Pamprou.  367  note  5. 
Pandolphe,  évoque  de  Norwich.  Voy. 

NORWICH. 


Paris.  4,  6.  45.  47,  207,  219.  222. 
233,  251,  263.  273,  286.  288,  291, 
292.  322.  329.  3i4,  352  note  4. 
380,  387,  388.  396,  397.  399.  417, 
423.  438  à  440.  442.  443.  510. 
521;  II»*  236,  252.  33'i.  339.  — 
(Traité  do).  277.  359.  —  (Recette 
de).  366,  386,  387,  522.  —  (Pré>ôté 
de).  8  note  1 .  363  note  3.  380.  532  ; 
ii'>»  56.  69.  95,  118,  168.  376.  — 
(Concierge  de),  n"  459.  —  (Mon- 
iiayers  de).  354.  381  ;  n®  289.  — 
(Boulangers  de).  380,  510;  n"  308. 

—  (Université  de),  'i,  289.  329.  — 
(Barthélemi.  é\éque  de),  375,  448  ; 
n«>*  316.  317.  —  (Notre-Dame  de). 
294.   .355;   ii">^  29,    186.  258.  334. 

—  (Hôtel-Dieu  de),  n"  95. 
Pahthenai,  51. 

Pau«:()Urt  (Bois  de).  376.  523. 
Peirusse  (Aveyron).  320;  n»  432. 
Pèlerin  I^atimer,  318.  328  note    1, 

446  ;  n»  423. 
Pembroke.  Vov.  Guillaume  le  Mare- 

ciiAL.  Guillaume  le  Maréchal  le 

jeune,  comtes  do. 
Perche   ((ùointé  du),   359-360.  Voy. 

Thomas,  comte;  Guillau,\ie.  évéquo 

de   Châlons-sur- Marne,    comte    du 

Perche. 
Péiugord.  226,  250,  278.  359.   407- 

408.  Voy.  AR(:HA.MiiAUD  I,  Archam- 

BAUD  II,  comtes  de. 
Périgueux,  226.  250,  339.  —  (Rai- 

inond,  évéque  de),  407.  —  (Ronouf 

de  Lastoun*.  évéque  de).  407-408,  et 

4U8  nr)te  1.   —  (Prélats  du  diocèse 

dr).  407,  411  ;  n»  305. 
Pernelle  deChambon,  veuve  du  comte 

d  Auvergne  (iui  II.   393  ;    n«*  232, 

232  a. 
Péronne.  222.  288.   398,  399,    438, 

440,  443.  —  (Traite  de),  18. 19,  20. 
Pérouse,  514. 

Peterlorouch  (Abbaye  de),  124. 
Petit-Chatelet  (à  Paris),  n«  252, 


552 


TABLE  DES  NOMS 


Philippe  d'Alsace,  comte  de  Flandre, 
3, 17-18,  209,  211 ,  213.  214  ;  n»  49. 

Philippe  d'Aubigné,  65,  66,  141,  144 
note  3,  145,  147.  148,  150,  164, 
167,  179,  514. 

Philippe  d'Aubigné  le  neveu,  233  et 
note  4,  260,  268. 

Philippe- Auguste.  Toute  la  Première 
partie  intéresse  le  règnedcPhil.-Aug. 
Voy.  particulièrement  p.  3  à  6,  8  à 
11,  13,  14.  16àl9,  20note,  21,  22, 
24  à  53.  65.  69  à  74.  77,  78,  80  à 
82,  84,  87  à  89.  92  à  95,  97.  99. 
108  note  3,  135  à  137.  141,  145, 
156,  162  à  164.  175,  177.  181. 
184,  186  à  190,  194  à  197.  202 
à  208,  210,  212.  213.  215.  216. 
—  Seconde  partie,  p.  219  à  233, 
2'tO.  241.  243,  251  à  255,  263,  268, 
269,  279  à  281.  290,  297.  300.  321 
à  323,  325,  329,  331,  333  à  338. 
341,  343.  347,  348,  350  k  352,  355, 
358  à  360,  362,  364  à  366,  368  à 
371,  377.  380.  384.  38.").  389.  391, 
392.  394,  3%.  398  à  400.  'i03,  406 
à  409.  411.  'fl4.  416.  417.  419, 
420.  423,  426.  428.  429.  431.  432, 
512,  516,  517.  —  ^"«  7.  11,  2l), 
21,  44.  51,  57.  63.  64.  68a.  90. 
\Ki,  9G,  m.  118.  127,  162.  178, 
190. 195,  211  à  215,  230.  231.  238, 
251.  256, 257,  269.  286.  288,  325, 
337.  380.  397.  'ii4. 

Philippe  ie  Hi;l.  311.  388. 

Philippe  de  Hlthisi,    i'i8. 

Philippe  II  dk  (li)LurLNAi.  coinlc  dv 
.Nannir.  295.  325.   126. 

Philippe  ie  Haum.  ;I88.  431. 

Philippe  IIi  kepkl.  coniledo  Boulogno, 
5,  210.  222.  239,  295.  326.  333- 
334,  342.  ;;'i8,  35i.  362-363.  374. 
416,  V26.  i29.  'i'i3.  \\S,  521,  525; 
II"-  18.  'l't,  71  à  73.  2'i2a.  270. 
318,  352.  380. 

Philippe.  prcinler-in'*  de  Louis  ^lIl, 
97,  98  iiotu  1,  3:n  ;  ii"  2.jS. 


Philippe  ou  Dagobert.  fils  de  Louis 

Vin.  331;  no  258. 
Philippe  de  Louvecienxes,  227.  339, 

448;  no  320. 
Philippe  1,  comte  de  Namur,  19. 
Philippe  de  Nantelil,  448. 
Philippe  de  Nemours,   348,  448;  n" 

112. 
Philippe  de  Souabe.  29. 
Philippine,  femme  d  Erard  de  Brienno. 

204. 
Picardie,  49,  330. 
Pierre,  roi  d'Aragon.  186.  187. 
Pierre,  comte  d'Auxerre.  11. 
Pierre  l'Aventurier,  n"  417. 
Pierre  Baron.  369  note  4.  445.  4*7. 

523;  irl68. 
Pierre  des  Barres.  448. 
Pierre  de  Bénévent,  légat.  188,  19u 

à  193. 
Pierre  de  Berchères,  523. 
Pierre  Ber.mond,  seigneur  de  Sauve. 

297  ;  n«  368. 
Pierre  de  Castelnav.  légat.  24. 
PlEUIlE  ClIARLOT.   5.  333.  'Ah'2 . 
pleuuk  dk  (](>urte-nai,  ii""  70.  70  a 
[*ii:kpe  Dauidel,  522. 
Pierre  de  Dkeix.  Vov.  Pifurl  Mu- 

CLERC, 

Pierre,  fils  dEvrard  do  BnHifrnl.  n' 

236  A. 
Pi  EURE  DE  LA  Faie,  254  ;  n-  15'i 
Pierre  Fulcher.  n"  148. 
Pierre  de  GARARUEr.  250. 
Pierre  Gacelin,  n"  2'iG 

PlKHRE   (S.)  DL   GWAIIA.    Il"    4l8. 

Pierre  de  Malannoi.  ^556  noW  3. 

Pierre  de  Mari.nls.  523. 

Pierre  Malclerc,  comte  do  Rrolainio. 

11.  47.  88.  98.  120.  175.  177.  197. 

199.  220.  237,  239.  269-270.  295. 

323-32  I,  369.400  à  403,  426.  ii8. 

512,  515;  n"^  107.  173,  3u2. 
Pierre  Mauvoisin,  448. 
Pierre  des  Mmnts,  523. 
PitRRE  dl  Ponteiract.  59. 


TABLE   DES   NOMS 


553 


Pierre  RaimomddeGorneilha.?!,  297; 
n°  346. 

Pierre  des  Roches,  évêquo  de  Win- 
chester, 58.  64,  65,  92,  104,  106, 
107. 113, 122, i32. 149  à  151.  172, 
179,  22'i.  246,  257,  514,  515. 

Pierre  de  Rougi,  365,  368,  446,  521, 
523  ;  no  320. 

Pierre  de  Thillai,  446. 

Pierre  Touquin,  n®  204.  Cf.  p.  524. 

Pierre  de  la  Tournelle,  306,  524. 

Pierre  Tristam,  445  ;  n"»  57,  97, 235. 

Pierre  d'Uri,  448. 

Pierre  de  Villemetrie,  n®  331. 

Pierre  de  Villemeuve,  297  ;  n®  355. 

Pierre  de  Viri,  448. 

Pierrefonds,  366  ;  n®  247. 

Pierrelés,  n»  282. 

Pierre-Pertuse.  Voy.  Fekouillst. 

PlEUSSAN,   316. 

Pins  (FamUle  de),  254  note  6,  261. 
Plastrard (Famille).  381.  Voy.  Henri 

Plastrard. 
Plessis  (Seine-et-OIsc,  commune  Au- 

thon-Ia-Plaine),  n»  236. 
Poissi,  11,  205  note  3,  523  ;  no»  99, 

130a. 
Poitiers,   28,   226.  250,   254,   276, 

439;  n»  162.  —  (Guillaume  Prévost, 

évêque  de),  410  ;  n®  36. 
Poitou,  10,  27-28.  36,  40.  45,  48.  50, 

56,  67,  225  à  231.  237  à  256.  258, 

263,  271  à  274,  276  à  278,  287, 
324,  334,  342  à  344,  358,  362, 
369,  370,  371,  375,  406,407,  409. 
411,  421;  nos  85,   86.   153,   242, 

264,  297,  336,337.  360. 

PoNDRON,  n"  310. 

Pons,  prédicant  cathare,  408  note  1. 
Pons  d'Olargues.  297  ;  n"  350. 
Poxs  Sarpel.  no  422. 
Pons  de  Tiiézan,  297  ;  n"  345. 
Pont-Audemer.  379.  421,  422  ;  n"» 

61,  114. 
Pont-a-Wendin,  20. 
Pont- de-l' Arche.  438,  439. 


Pont-de-Sorgles,  302. 

PoNTHiEU  (Comté  de),  220,  360-361, 

522;  no 294.  —(Bois de).  376,  522. 

—  Voy.  Guillaume  IIÏ,  comte  de, 

Marie,  comtesse  de. 
PoNTiGNi  (Abl)o  de),   157. 
Pont-Levoi,  439. 
PoNToisE.    439;    nos    336,    337.    — 

(Conciergerie  de),  no  18. 

PORCHBSTBR,    120,    145. 
PoRT-MoRT,   6,  7. 

Porto    (Conrad,    évoque    de).    Voy. 

Conrad. 
Port-Royal  (Religieuses  de),  no  136. 
Préaux  (Abbaye  de),  no*  185.  272. 
Prémontré  (Conrad,  abl)é  de),  no  281. 
Prouille  (Prieuré  de),  321  ;  n®  406. 
Provence,  23.   299,  300,   310,  327, 

383.    Voy.    Ratmond-Bérenger  , 

comte  do. 
PuiLAURENT  (Tarn),   279,  315,   323, 

441. 
Pui-Saint-Front,  226,  227,  250  ;   no 

22.  —  (Chapitre  de).  353  ;  no  366. 
PuisEAux,  352,  356;  no  129. 


Qlatremares  (Eure),  no  257. 
QuiERzi-suR-OisE,  353  ;  no  43. 

QuiQUENGROGNE  (à  AvigHOu).   305. 
QuiQUENPARLE  (/^iV/.),   305. 


Raimond  Arnaud  du  Pui,  314  ;  no 
398. 

Raimond  Bérenger,  comte  de  Pro- 
vence, 300,  301  ;  no  396. 

Raimond  Gocelin,  seigneur  de  Luncl , 
313;  nos  401,  402. 

Raimond  de  Pins.  261. 

Raimond-Roger,  comte  de  Foix,  188, 
193. 

Raimond  DE  R0QUEFEUIL,  297;  no  324. 

Raimond  VI  de  Saint-Gilles,  comte 


Ch.  Pktit-Dutaillis.  Rèffue  de  Louis  Mil. 


35  • 


554 


TABLE  DES  NOMS 


de  Toulouse,   22  à  25,  184  à  186, 

188,  192,  194,  195,  268.  279,  301, 

408,  437  ;  n*»  78. 
Raimord  VII  DE  Saint-Gilles,  comte 

de  Toulouse,  68,  87, 194, 195. 198  à 

201,  268,  269.  276-277,  279,  282, 

283,   285  à  288,  290  à  292,  294, 

298  à  302,  306  et  note  2.  308  à 

310,  312.  314.  350.  359.  392.  395. 

437,  518-519;  no»  285,  396,  422. 
Raimokd  de  Thouars,  241  ;  no  134. 
Raimond    Trencavel    II,    comte   de 

Carcassonne,  279.  283,  298  ;  n"  60. 
Raimomd  IV,  vicomte  deTurenne,  98, 

250. 
Raoul,  vicomte   de  Beaumont  ou  do 

Sainte- Suzanne,   426,   447.   Cf.   p. 

448  et  Additions  et  corrections. 
Raoul  de  Chauvigni.  n®  17. 
Raoul  de  Clermont-Ailli.  333  ;  n^* 

44.  45. 
Raoul  d'Estrées,  n<»  329. 
Raoul  d'Exoudun,    comte  d'Eu.   47. 

48  et  note  1.  396.  Voy.  Alix. 
Raoul  Gliton,  n<*  374. 
Raoul  Leveau,  ii"  246. 
Raoul  du  Messil,  n"  193. 
Raoul  de    ISesle  (frère   de   Jean    de 

Neslc?),  97. 
Raoul  de  Nesle,  comte  de  Soissons, 

353,  395  ;  n""*  275,  276. 
Raoul  Ploket,  120. 
Raoul  de  Pom-Ouilli.  378. 
Raoul  de  Rançon,  229. 
Raoll.    viconile   de    Sa  in  le -Suzanne. 
Voy.  Raoul,  vicomte  do  Beaumont. 
Raoi  L  DE  la  Touiinelle,  165. 
Ré  (lie  de),  255. 
Reading,  1 10, 
Redioud.  92. 

Redon  (Seine-el-Oise),  523. 
Reims,  222.  262.  330.  378.  438,  439, 
<'i42  ;  n"  9.  —  (Province  do).  294. 
i07.  —  ((îuillaume  de  (]liani|)af,'ne. 
archevèijuc  do),  18,  '129.  ((juiilau- 
nie    de    .loinNille.    archcvoquc    de), 


214,  222,  282,  295,  308,  325. 330, 

345,  362,  378,   383   note  5,  407, 

448,  516, 522  ;  n"  9,  37,  206,  316. 

317,  343. 
Rémigni  (Aisne),  361  ;  n»  74. 
Renaud  d'Amiens.  448. 
Renaud  de  Baron.  Voj.   Renaih)  os 

Bronne. 
Renaud  Basset,  157. 
Renaud  de  Briousb,  157. 
Renaud  de  Bronne,  366,  371  note  4. 

446,   520.   Voy.  les  Additions  et 

corrections  de  la  p.  366. 
Renaud  de  Dammartin,  comte  de  Bou- 
logne, 11.  21  note  1,  31,  36,  41à44, 

99.  186,  210.  333. 
Renaud  de  Montfaucon,  448;  n^  203, 
Renaud  Païen,  167. 
Renaud  de  Pons,  347  ;  n*  460. 
Renaud,  duc  de  Spolète,  265. 
Renaud  de  Villb-Thierri,  370,  371 

note  4.  446.  524;  n»*  254,  271. 
Renier  de  Sains,  n®  47. 
Renouf  Blondeville.  comte  de  Chef* 

ter,  64.   105,  107,  124,   131,  133. 

145,  147,  150,  175,  224,  246,  257, 

514. 
RÉoLE(La).  47,  200  note  4.  250,  254. 

255,  259  &  261.  273.  375,  422;  n^ 

165.  166,  290.  —  (Prieur  de),  261. 
«  Rericus  »   i)*Ozouer-la-Ferrière, 

n'^  295. 
Retz  (Forét  de  — .  ou  de  Villcrs-Cot- 

lerets),  376,  523  ;  n*>»  38.  56. 
RiioDEZ.  441. 

RiBE-MONT  (Aisne).  372,  509-510. 
Ricarville,  n**  283. 
Richard  de  Clarb,  comte    de  Hcrt- 

ford,  60,  102,  150. 
Richard  Cœur-de-Lion,    5,    6.   26, 

55.  65,  68,  76,  225.  227.  253.  271- 

272.  437  ;  n^*  128.  135,  139.  144. 

149.  151.  152,  157,  160,  161.  296. 

297,  457. 
Richard  de  Cornouaille,  258.  260  à 

263,  268,  272,  274  h  277,  359.  518. 


TABLE   DBS   NOMS 


555 


Richard  ds  Harcourt,  448. 
Richard  Lsqueux,  254  ;  n^  161. 
Richard  de  Marais,  évêque  de  Dur- 

ham  en  1217,  p.  59.514. 
Richard  de  Pbrci,  59,  107. 
RicHEBOURG  (-l'Avoué),  19. 
RicHMOND  (Seigneurie  de),  98,   270, 

402. 
Risux  (Oise,  c.  Liancourt),  n»  242  a 
Rigri-la-Salle  (Entrevue  àe),  264- 

265,  342. 
RiOM,  393  ;  n»  3. 
Robert  III,  comte   d'Alençon  et  de 

Séez,  191,  360. 
Robert  (d'Artois),  fils  de  Louis  VIII. 

216.  331.  362. 
Robert  III,  comte   d'Auvergne,   267 

note  2. 
Robert  IV,   comte   d'Auvergne,   267 

note  2. 
Robert  V,    comte   d'Auvergne,    267 

note  2. 
Robert  Bardolf,  116. 
Robert  de  Boves,  266,  339,  448. 
Robert  Clément,  338. 
Robert  de  Glermont,  plus  tard  comte 

de  Glermont,  267  note  2,  268,  392- 

393,  518. 
Robert  de  Gouci,  337,  338,  445. 
Robert  de  Gourci,  409. 
Robert  de  Gouroon,  légat,   51,   52 

note  1,  135.  187-188. 
Robert  de  Gourtenai  d'Angleterre. 

120  et  note  4. 
Robert  de  Courtenai,  empereur  de 

Gonstantinople.  8. 
Robert  de  Gourtenai.  bouteillier  de 
•  Louis  VIII.  98.  120,  165, 169,  29  5 

336,  377.  391,  426,  445;  n»*  373, 

460. 
Robert  II.  comte  de  Dreux,  11,  20. 
Robert    III   (Gatebled).    comte   de 

Dreux  en  1218,  p.  11.  47,  48,  98, 

109.  120,  121,  146,  169.  175.177. 

239,  340. 395, 426,  448,  512, 515; 

no»  249,  250,  310,  311,  312. 


Robert  Fils-Gautier,    34,  60,   70, 
71,  102,  107.  116,  120,  150,  152, 
511,  514.  —  (Ghapelain  de).  61. 
Robert  de  Grain  ville,  iV>  338. 
Robert  Grosseteste.  180. 
Robert  de  Hangest.  448. 
Robert  d'Ivri,  448. 
Robert,  fils  de  Morin.  n»  189. 
Robert  le  Pieux,  roi  de  France,  362. 
Robert  de  Poi8si,448;  no«  370,  371. 
Robert  de  St-Germain,  161,  174. 
Robert  de  St- Léonard,  n*'  306. 
Robert  de  Thibouville,  448. 
Robert  Trolez,  367. 
Robert  de  Ver,  comte  d'Oxford,  60, 

92.  102,  105,  120. 
Robert  de  Viri,  n°  186. 
Robert  d'York,  élu  d'Ely.  Voy.  Ely. 
Robertsbridge  (Abbéde),  247,  249- 

250. 
Roche- au-Moine  (La),   30,  48  à  50, 

52.  54,  56,  207,  338. 

RocHEFORT  (-Montagne).  393;  n»  327. 

Rochelle   (La),    44  à  47,  226,  228, 

229.  231.  236.  240.  242.  243  à  247. 

250,  252  à  255.  258.  263.  275.  277, 

278.  359.  395,  406,422,  439,443; 

no»  141  à  154,  201,267. 

RocHESTER.   70,   90.  101,  145.  169. 

514.  —  (Benoît,  évêque  de).  273. 
Rodrigo    Diaz    de    los    Gamberos, 

n»  445. 
ROGATE.  106,  120. 
Roger  d'Aspet.  314;  n®  409. 
Roger  Bernard  II,    comte  de  Foix, 

200,  298,  313,  314.  321;  n»  60. 
Roger  Bigot,  comte  de  SuiTolk  et  de 

Norfolk.  60. 
Roger  de  Breniancourt,  52^. 
Roger  de  Montbegon,  92. 
Roger  Pesciieveron,  4^8. 
«  RonoT  »,  522. 

RoLLENCOUKT,  209  Dote  4. 

Romain,  cardinal  do  Saint-Ange,  légat, 
247,  268,  271  à  275,  286.  288  à 
295,  298,  301,  304,  305,  309,  334, 


556 


TABLE   DES   NOMS 


383,  iOI.  4'i3.  448;  n»»  316.  317. 
324,  342,  34 'i  à  350.  355,  356,  381, 
418.  421,  460. 
Rome,  29,  31.  —  (Gourde),  180,  285 
note  1,  375,  518,  519.    Voy.  Inko- 

CENT   III,     lioifORIUS   III. 

RoMNEY.  96  noie  1, 103, 142, 148, 166. 

RoQUEcouRBE  (Gaitl,  commune  Mar- 
gucritles),  n"  422. 

RoRTHAis  (Bois  de),  510. 

RosNi  (-sovs-Bois),  n»  222. 

RosTAN  DE  Sabran,  313;  n®  400. 

RoucT.  Voy.  Jea?i  II,  comte  do  ;  Pierre 
DE,  Alain  de. 

Rouen.  226,  246,  258,  421,  438: 
n"»  62,  64,  113.  454.  —  (Bailli  et 
officiai  de),  367,  409.  —  (Province 
de),  294.  —  (Thil»aud  d'Amiens, 
archevêque  de),  367.  409,  442,  448; 
no*  66,  67.  316,  317. 

Rouercue,  318. 

Roumare,  422;  n«  113. 

Roussii.LON.  Voy.  NuNEZ  Sanche, 
comte  do. 

Rovvkai  (Bois  (le  — ,  aujourd'hui  Bois 
de  Boulogne),  n"  122. 

RiK  (Somme),  370,  522. 

Rl'gi.es.  52'i. 

Riij.i  (Oise).  II"  217. 

Rye,  96  noie  1,  Ti  1-142. 


S'-Alban  (Ahhaye  do),  i;j4.  146.  TiB. 

—  (Glillau.me  de  TrUMI'INGTO, 
ahhé  do),  124,   13'!. 

S'-Ani)RÉd  .\vi(;no.>.309,311  ;no412. 

—  (Bornioiid  de  Glausonne,  ablK\ 
etlosrolitrieuxde),  311.  :i59;  n'"*412 
a  41 1.  —  (Borlran  de  Laudun.ahhé 

do).  :ni. 

S'-Andiu:-en-(îoufff.kn  (.\bhayc  de), 
„o  ',57.  _  (Ai,hé  do),  n"'*25'i.  271. 
S^-An(;k.   Voy.    Ro.maix,    cardinal  de. 
S*-Amoi.ne  dk  Padiue,  316. 
S'-.\.NTOMi.N   (Tarn-ct-Garonne),    298, 


339;  no»  358,  359.  365.  —  (Ab- 
baye de),  298,  321  ;  n"  365,  420, 
421. 

S* -Augustin  de  Cantorbêrt  (.ab- 
baye et  Abbé  de),  75,  101,  123-124, 
233. 

S«-Bandri,  no  24. 

S»-Béxézkt,  n«  422. 

S^Benoit-sur- Loire  (Abbaye  de). 
205  note  3,  378.  523.  438.  440. 

S»-Bertin  (Abbaye  de).  214,  410; 
no  53. 

S»-Deni8  (Abbé  de).  295.  419;  n«7. 
—  (Abbaye  de),  219;  n^*  77,  121, 
124.  204,  243,  367. 

S*-Edmond  (Abbaye  de),  124  note  1. 

S«-EaiiLioN,  250,  254.  255:  n*  191. 

S^-Etibknede  Caen  (Abbé  de),  447. 

Si-Etienne  de  Chalons  (Eglise  de), 
no  182. 

S^-Frambourg  de  Seklis  (Cbanoinei 
do),  354. 

S«-Gelai8,  240. 

S*-Georges  de  IIesdin  (Abbaye  de), 


215 


no  52. 


S*-Gfri  (Ahlme  de),  515. 

S'  Ger.mai.>-en-Laie.  207,  329.  3i2, 

:J5'J  note  4,  399,  439,  'i40,   iii- 

(Forct  de),  n"  207. 

S'   GER.MAIN-DES-pKÉs(Abl>cdo).    |I2. 

n"  69. 

S'  (iiLLES  (dU-GaRd),    316.   (CoH- 

cile  do).  185.   —   (Ahl)é   do),   297. 

322;  no  351. 
S*-IliGUE,   évoque   de    Lincoln.    Vov. 

Lincoln. 
S'-Jacques-de-Beuvron,  360  note   1. 
S»-Jea>-i)  Angéli.    22B.     228.     22'J. 

238.  242,  243.  253.  255,359.  Vô'J , 

no  140.  —  (Abbaye  de),  255  ;  n^  13,') 
Si-Jean  de  Mariéjoi.s,  n"  'i22. 
S'-Jean  de  Se.ns  (Ahlwyo  de),  n''  196. 
S*-Jea.\  de  Valencie.nnes  (AI)Ih'  de). 

396. 
S*- Jean -DES -Vignes     de      Soissn'^o 

(.Vhbaye  de),  no*  24,  84. 


TAHI.E    DES    NOMS 


557 


S'-JossE-AU-Boi8  (Abliayc  de),  n*  291. 
S^-Josse-sur-Mer  (A-bbayo  do),   215. 
S*-JuMEN,  254;  n"  157. 
S*-Just-e:i-Chau8sée,  330,  438. 

S*-LAURE:fT-80U8-GoiRON,    H®   407. 

S'-Louis.  Voy.  Louis  IX. 

S«-Macaire,  250,  260. 

S«-Maixekt.   50.    255.  276,    439.  — 

(Abbaye de).  255,36:nolo  5  ;  n«  192. 
S*-Martin  de  Belvai.,  n"  178. 
S*-Martin  de  Tour8.  223.  —  (Doyen 

de),  3'i0,  448. 
S*-Maur-des-Fos8És,  439. 
S^-Maurice  de  Tour8,  223. 
S'-Médard  de  Soisdo?i8  (Abbayc  de). 

330,  438. 
S^-Mesmi.-^  (Abbaye  de).    'ilO,    419  ; 

n»  233. 
S*-NiCAisE  DE  Meula.n   (Abbayc  de), 

n»  68  a. 
S»-Omer,  7  note  1,  17  &  21,  40.  41, 

208,  211,  213.  214,  366,  523.   — 

(Guillaume  y.  châtelain  de).  89, 165, 

209  et  note  5. 


S 
S 

S 

S 


S 

s 


s 
s 

s 

s 

s 

s 


-Paul-Gap-de-Joux,  314;  n"  388. 
-Paul  de  Londres,  102,  104,  123, 
514. 

-Pierre  DE  G  and  (Abbayc  do). n°  237. 
-PoL  (Gomtcde).  17.  Voy. Gaucher 
et  Gui  DE  GiiATiLLON,  comtcs,  Eli- 
sabeth, comtesse  de. 
-Pok8-la-Calm.  n"  422. 
-Quentin,  222.  344,  412,  438,  442; 
no»  46.  354.  —(Prévôt de),  n"  183a. 
—  (Chanoines  de),  n«  354. 
-Rémi-sur-Gkeuse,  367  note  2. 
-Rémi  de  Senlis  (Ueligicuses  de), 
n«  304. 

-Rieul  de  Senlis  (Chanoines  de), 
no»  98.  322. 

-RlQUIBR     EN    PoNTHIEU,     223,   361. 

378.  438,  522. 

-Sauve    de     Montreuil-sur-Mer 
(Abbaye  de),  52'i  ;  n^  163. 
-Taurin    d'Evreux    (Abbayc    de), 
410  note  2;  n»  58. 


S*-Théodorit  d*Airolle8,  n"  422. 

S*-Vaast  d'Arras  (Abbaye  de),  214- 
215,  396;  n"  293. 

S*-Valéri  (Légende  do),  12  note  3. 

S'-Victor  (Chanoines  de),  352,  412; 
no»  129,  207,  263,  274,  295. 

S*-Vul.mer  (Abbaye  de),  99. 

S^-Wandrille  (Abbaye  de),  n"  65. 

S^®  -  Barbe  -  en  -  Auge  (Abbaye  de), 
no  30. 

S^«-CoLOMBE  DE  Sens  (Abbayc  de), 
412;  no  299.  300. 

S*'-Croix  d'Orléans  (Chapitre  do), 
419;  no*  167,  199,  200,  202. 

S^'-EscoBiLLE.  n"  236. 

S**-Genevi£:ve  DE  Paris  (Abbaye  de), 
no*»  87,  120,  222. 

S^^-Sévère  (-sur-Indre),  6. 

S*'-SuzANNE.  Voy.  Raoul,  vicomte  de 
Beaumont  ou  de. 

Saintes,  47,  237,  359.  —  (Pons,  évo- 
que de),  198. 

Saintonge,  28.  359. 

Salisbury.  Voy.  Guillaume  Longes- 
pÉE.  comte  de.  —  (Richard  le  Pau- 
vre, évoque  de).  149,  232,  516. 

Samois,  376.  379.  523. 

Sancerre.    Voy.  Etienne,  comte  de. 

Sanche  Vil,  roi  de  Navarre,  247  note  2. 

Sandwich,  96  note  1,  100,  101,  146. 
166,  168. 

San-Germano  (Traité  de).  287. 

Santilli  (Eure-et-Loir).  440. 

Sarlat,  227,  250,  339;  no  23. 

Saumur,  237,  348.  368,  438,  442  ; 
no  284. 

Sauve.  Voy.  Pierre  Bermond.  sei- 
gneur de.  Cf.  Additions  et  cor- 
rections de  la  p.  314. 

Savari  de  Mauléon,  35  note  1.  45, 
46,  50,  66,  67,  91.  106-107.  124, 
131.  230.  231,  242.  244,  245,  255, 
257  note,  258,  259,  275,  295,  369, 
403,  448.  520;  no  302. 

Saxe.  Voy.  IIenri  le  Lion,  duc  de. 

Sehier   de   Quinci,  comte  de  Win- 


558 


TABLE   DES   NOMS 


chester,  59-60,  70-71,  90.  102, 
lis,  134. 146,  147,  148.  150.  151, 
152.  511. 

Sé:<egat8,  n''  441 . 

Senicourt.  n9  379. 

Senlis.  366,  421.  440,  523;  no«  90, 
251.  322,  331,  380.  —(Notre-Dame 
de),  qo  55.  —  (Guérin,  évéque  de). 
Voy.  Guérin. 

Sens,  411,  421,  438  à  440;  n»»  298. 
301.  307.  —  (BaUUage  de).  363 
note  3.  —  (Gautier  Cornut.  ar- 
chevêque de).  235.  239.  248.  282, 
295.  345.  411.  428,  448;  n»» 197, 
287,  307,  316,  317,  343. 

Serls  le  Mercier,  62.  125. 

Sermaises-en-Beauce,  378,  439  ; 
peut-être  aussi  p.  412  ;  n»*  299,  300. 

«  Serquemont  »,  522. 

Shropshire,  112. 

Sibylle 'bE  Beau  JEU,  397. 

SicARD,  vicomte  de  Lautrec,  n9  441. 

SiCARD    DE     PuiLÂURENT,     313,     314  ; 

no  384. 
Sicile,  31,  263.  265,  299.  375.  Voy. 

Guillaume,  roi  de. 
SiLLi  (Abbaye  de).   0°»  68,   128.216, 

282.  306. 
Simon  de  Dammarttn,  360,  361. 
Simon  de   Lancton.    98,    105.    116, 

122,  123,  161,  174,  339.4'»8,  511. 
Simon  de  Lévis,  448. 
Si.MON  DE   Maisons.    264,  265,   339. 

448. 
Simon  de  Montfort.  comte  de  Leices- 

tcr.    25.   3i.   70.  95   note  1,   185, 

188   à   196.    279,  280.    290.   300. 

318.  319.  321.  'i08  note  1:  no*  82. 

'i06.  42'i.  4'il. 
Simon  de  Montfort.  comte  de  Leices- 

Icr.  conseiller  do  Henri  III.  60. 
Slmon  de  Poissi.  120,150.  152,361, 

372.  4'i8;  n°*  118.  332. 
Simon  de  Pontoise.  n*^  18. 
SiMi>N  de  S.vint-Omek.  177  note  3. 
Simon  de  Valcontard,  n®  224. 


Soissoifs,  35  à  37,  40.  45,  187.  330. 

395,  no  187.  —  (Ck>mté  de),  411. 

Voy.  Raoul  de  Nbsle.  comte  de.  — 

(Jacques  de  Basoches,  évéque  de). 

239,  353,  379.  448  :   no>  43,  378. 

—  (Notre-Dame  de),  330.  438;  n« 

235. 
Somersetshire.  112. 

SOUCHEZ,  44. 

SouLB  (Manche),  no  257. 

SouB  ou  Ttr  (Archevêque  de).  157, 

158,  161. 
SouTHAMPTON.  120, 146-147.— (Gomté 

de),  129,  170. 
SouvRE,  439. 
Staines,  170. 
Stâmford,  514. 
Steenvorde.  43. 
Stonor,  100. 

Strafford  (Abbé  de).  273. 
SuFFOLK  (Comté  de).  66,   107.  .110, 

113,116,128. 
SuRRST  (Comté  de),   106,  113.  129, 

171. 
SussEx  (Comté  de).   106.   113,   128. 

129,  171. 
SwiNESHEAD  (Abbavc  de).  110. 
Syrie,  67. 


Taillebourg  (Bataille  de),  278. 
Tanahel  »,  523. 


<( 


Tarascon,  195,  316. 

Tarentaise  (Province  de),  383. 

Ta\'els.  n«  »22. 

Tatin,  4'»8  et  note. 

Temple.  Templiers.    177.   235.    2ii. 

387  à  389.  513;  no»  11.  201.  286. 

—  Voy.  Evrard.  Chrétien,  Olivier 

de  la  Roche. 
Termes  (\ude),  316. 
Térouanne,  207. — (\dam.  cvêquede). 

407.  448;  nos  316.  317. 
Terre-Sai.nte.  18,  37,  56.  72  à  7i.  76, 

85.  88,  135,  136,  145.  173,  187, 


TABLE  DES  NOMS 


559 


196,  204,  224,  234,  248,  249,  264, 

271,  272,  281,  284,  287,  292,  310, 

334,  517  ;  n»  11. 
Thaket  (Ile  de),  100, 513.  514. 
Th4rau8.  n^  4^2. 
Thellb  (Forêt  de  la  — ,  dans  l'Oise), 

n»  10. 
Thibaud  de   Beaumont   ou    d'Ulli, 

362  ;  no»  101,  102,  206. 
Thibaud  III,   comte   de  Champagne, 

88,  204.  416. 

Thibaud  IV,  comte  de  Champagne,  5, 

89.  196.  204.  205.  220.  239.  244. 
290,  295.  323-326.  355,  375.  380. 
383.  394.  395. 417. 425.  427,  448, 
524;  no*  28.  54,  79.  137.  183, 
285. 

Thibaud  Crespin.  402;  no  173. 
Thibaud  le  Lépreux,  comte  de  Cler- 

mont-sur-Oisc,  333. 
Thibaud  I,  duc  de  Lorraine,  204. 
Thibaud  le  Maigre,  339,  348,  448, 
Thibaud   Monmayer,  365,    446  ;    no 

253. 
Thibaud  de  Montargis,418  :  no  172. 
Thibaud   d'Ulli.    Voy.   Thibaud    de 

Beaumo:«t. 
Thiboud    de    Chartres.    366,    379, 

447.  523;  n»  239. 
Thierri,  comte  de  Flandre,  no  237. 
Thierri  de  Galardo?!,  446,  524.  Cf. 

l'art,  suivant. 
Thiessé  de  Galardon,  447. 
Thomas,  bailli,  446. 
Thomas  de  Couci,  353.  448  ;  no  43. 
Thomas  de  Graîidpoxt.  448. 
Thomas,  comte  du  Perche,   98,    120, 

146,  150  à  152,  514. 
Thouars  (Maison  de),  46,  359.  Voy. 

AlMERI  ,       HUGUE  ,        RaIMOND        DE 

Thouars. 
Thourottb  (G.  de),  no  77. 
Tilloi  (Forestiers  de).  374;  no  458. 
Tiois  (Mercenaires),  198. 

ToDDinGTON,  120. 

TouL,  32,  264. 


Toulouse,  23.  186,  188,  192  à  195, 
199  à  202,  279.  298,  315,  316.  318, 
359.  —  (Comté  de),  16,  185,  285, 
298 .  Voy .  Raimond  VI ,  Raimond  VU 
DE  St-Gille8.  comtes  de.  —  (Fol- 
quet  de  Marseille,  évoque  de),  186, 
193.  315. 

Tour  de  Londres,  62,  102,  115,  172, 
513.  514. 

TouRAiNE,  27.  46,  48,  51,  220,  222, 
239.  251.  368,  370,  371,  372;  n" 
6,  297. 

Tournai   (Gautier,  évêque  de),    197. 

Voy.  ETIENNE  DE  ToURNAI. 

ToURNOELLE,  393  ;  D®  3. 

TouRNON.  Voy.  ËuDE,  GuiGUB,  soi- 
gneurs  de. 

Tours,  47.  223.  238,239.  246,  276, 
368,  409,  438  à  440,  443,  516;  n* 
111.  —  (Recette  de).  363  note  3, 
366,  386,  387.  524.  —  (Province 
de),  294.  —  (Jean  de  Faie,  arche- 
vêque de).  340.  345,  448;  n»*  316, 
317.  458. 

«  Trancoc  ».  no  205. 

Trappe  (Abbaye  de  la),  n»  372. 

Tréguier  (Etienne,  évoque  de),  295. 

Trencavel.   Voy.  Raimond  Trenca- 

VEL  IL 

Tkente  (Traité  de),  266. 

Tristan    (Famille   des),     338.    Voy. 

PiERBE  Tristan. 
Troyes   (Robert,    cvêque    de),    239, 

448. 
Ti'RE.NNE    (Vicomte    de),    359.    Voy. 

Raimond  IV,  vicomte  de. 
TuRENNE,  maréchal  de  France,  435- 

436. 


Urbain  III,  37  note  3. 

Urraque.  sœur  de  Blanche  de  Castille, 

7  note  1.  437. 
UssEL  (Ardèclie,  c.  Aubenas),  no  407. 
Uziis,  no  422.  —  (Raimond,   évoque 

d),  282,  320;  no«  60,  422,  423. 


560 


TABLE   DES   NOMS 


Valence,  191,  276.  440. 
Vai.e:«cikpines,  396.  398.  399. 
Valentinois,  300.  Voy.  Adémar  de 

Poitiers,  comte  do. 
Valgonfard  (localité  disparue?),    n° 

224. 
Valois.  220. 

Valséri  (Abbaye  de),  n"»  41.  303. 
VARENNE.Voy.  GuiLLAu.vE,  comte  de. 
Varzi,  352;  n»  221. 
Vaucouieurs,  32,  264,  439. 
Vaudreuil  (Le).  439.  440  ;  n"  238. 
Vaulx  (Pas-de-Calais,  c.  Auxi),  515. 
Vaumort,  523. 
Vaux-Cernai    (Notre-Dame    de),    n® 

455. 
Ve?caissi?ï,  300. 

Vendôme.   Voy.  Jean   de   Montoire. 
Verrerie,  522  ;  n»  55. 
Vermandois,  220,  363  note  3,   366, 

371.  372. 
VERNEun.(-suR-AvRE).  422  ;  n"  85. 
Vernox  (Eure).  6.  523  ;  n'>''  86.  115. 

116. 
Vers  (Gard),  n»  422. 
Vexin  Normand,  n"**  85.  86. 
Vic-sru-AisNE,  378,  523. 
Victoire  (Abbaye  de  la),  52,  410:  n"» 

63.90.  96,  98.  217,  251.  263.  380. 

VlEIlLE-LlHE.    f)'2\. 

Vienne,  191.  —  (Province  do).  38:i. 
ViEFE,  juif  «le  (]au(K'lK'c.  n"  65. 
ViEix-Mon.iN  (Oise),  n"  177. 
Vic.NEix  (Soino-rl-Oisc).  n'  87. 
VlLLEMÉTHIE,    n'"' 98,  331. 
ViLl.ENEUVL-LE-Roi.     «12   ;    II"    27'l. 
Vll.LENErVE-I.KS-Avi(;NON,    311. 
Vn,LlKS-(](>TTERErS   (FoH'l    (Ic).     Vov. 

Uetz. 
Vili.eus(-sire-Nh:i>i.e).  h"'  'i7. 
Vii.i.ETTEs  (Euro).  Il"*  239. 
Vil  i.KVEUT  (Oi^'V  n  '  322. 

Vll.l  lERS-EN-l)l.S(El  VKi:.    b'2'.\. 


ViNCENNEs,  329,  393,  440,  443.  522. 
Vincent,  chapelain  du  roi.  208  note  2. 

445.  515. 
ViRi  (-Noureuil),  n**  186. 
VlTERHE,  270,  271. 
ViTRi-Aux-LoGEs,    11,    205    note   3, 

440  ;  no  70. 
VouvANT.  47-48,  237.  240  ;  n^  109. 

W 

Waast  (Prieur  du  monastère  du),  142. 

VValcheren  (lie  de),  42. 

Waltham,  90. 

Wallincford,  108. 

Warham,  108. 

Warwick.  Voy.  Henri,  comte  de. 

Westminster  (Palais  de).   102.  259. 

514.  —(Abbaye  de),  123-124, 132. 

—  (Abbé  de).  102,  132.  273. 
Westmoreland,  62. 
Wicford,  152. 
WicHT  (Ile  de),  57. 
WiLKiN  de  Weald,   129  et  note  1. 

141,  146. 
Wiltshire,  108.  112. 
WiNCHELSEA,  96  nolo  1.   141. 
Wi.NciiESTER.  90,  100.  104.  106.  1U8. 

120,  146-147.  —  (Comté  de).  12)^. 

Vov.  Sehier  DE  QuiNci.  comle  Je: 

Pierre  des  Roches,  évoque  de. 
Wi.ndsor,  107,  110,  156,  170. 
WissANT,  37,  97. 
WoucESTER.  107.    124.    —  (Silvostiv 

d  Evoshani.  évéque  <lc).   122  et  nol»' 

2,   149. 
^^  LRTZBOURti  (Honnanii.   i''>r»|iio  de) 

266. 


Varmol'th,  174. 

Yolande,  fille  de  Pierre  Mauclorc.  209. 

York  (Comté  d).  90.    107.  —  (Cau 

tior  de  Graie.  archrvéquo  d  ).  121. 

149.  172.514.  —  (Chapitre  d).î*8 
Ypre.  399:  n*^  256. 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES 


INTRODUCTION. 

Étude  sur  les  sources  de  la  vie  de  Louis  VIII.  I.  Les  documents  d'ar^ 
chives,  —  Chartes  de  Louis  relatives  à  l'Artois.  Actes  de  Louis  VIII. 
Diplomatique  de  Louis  VIII;  manière  de  compter  les  années  du 
règne.  Actes  indûment  attribués  à  ce  règne.  Enquêtes,  comptes, 
gîtes  royaux,  actes  officiels  divers.  —  Documents  pontificaux.  —  Do- 
cuments allemands.  —  Documents  anglais.  Actes  émanés  des  Plan- 
tagenets.  Les  chartes  de  Louis  rédigées  en  Angleterre  ne  nous  sont 
plus  guère  connues  que  par  le  Catalogue  d*Ayloffe.  —  Importance 
des  documents  d'archives  pour  l'histoire  de  Louis  VIII. 

H.  Les  Chroniqueurs.  Rigord  et  Guillaume  le  Breton  ;  r«  Historia  regum 
Francorum  ».  —  Le  poème  de  Nicolas  de  Brai.  —  Inauthenticité  des 
a  Gesta  Ludovici  octavi  ».  —  Le  chroniqueur  de  Tours.  —  Vincent 
de  Beauvais.  —  Chroniques  rédigées  dans  l'est  du  royaume.  —  «  His- 
toire des  ducs  de  Normandie  et  des  rois  d'Angleterre  »  et  Chronique 
inédite  de  l'Anonyme  de  Béthune.  —  Fragment  inédit  d'une  Histoire 
de  Philippe- Auguste.  —  Chronique  de  Mousket.  —  Chroniques  mé- 
ridionales. —  Sources  étrangères.  Chroniques  de  Bamwell,  de  Cog- 
geshall  et  de  Saint- Alban.  Annales  anglaises.  Chronique  inédite  de 
Merton.  Chroniques  écossaises  et  galloises.  —  «  Histoire  de  Guillaume 
le  Maréchal».  —  Chroniques  postérieures. 

m.  Documents  littéraires»  Lettres  et  œuvres  diverses.  Gilles  de  Paris. 
Giraud  de  Barri p.  ix  à  xxix 

TABLE  DES  RÉFÉRENCES.  I.  Chroniques  et  recueils  de  documents. 
II.  Ouvrages p.  xxxi  à  xuv 

PREMIÈRE  PARTIE. 
Louis  de  France. 

CHAP.  I.  —  E.NFANCE  ET  ÉDUCATION  DE  LoUlS  DE   FRANCE.  —  La  MONAR- 
CHIE CAPÉTIENNE  VERS  l'an  1209.  —  Mariage  de  Phil.-Aug.  et  d'Isa- 

Ch.  Petit-Dotailus.  Règne  ^e  Louis  VIII.  36 


562  TABLE   ANALYTIQUE   DES  MATIERES 

belle  de  Hainaut.  Naissance  de  Louis  (5  sept.  1 1B7).  Son  ecftinM  et 
son  éducation  :  Etienne  de  Tournai,  Amauri  de  Béne.  Ses  compa- 
gnons d'enfance  :  Artur  de  Bretagne.  Son  mariage  avec  Blanche  de 
Castille  {23  mai  1200).  Apprentissage  guerrier  de  Louis.  L'entrée  en 
ciievaierie  (17  mai  1209).  Portrait  de  Louis:  ses  goûta,  ses  idées;  la 
légende  carolingienne  ;  caractère  de  I.nuis.  —  La  monarchie  capé- 
tienne vers  l'an  1209.  La  Flandre  et  la  question  de  l'Artois;  prise  de 
Saint-Omeret  d'Aire  par  Louis;  le  comte  Ferrand.  L'arTaire  d'Albi- 
geois; la  catharisme  et  la  croisade;  attitude  de  Phil.-Aug.  La  lutte 
contre  les  Planlagenets;  Jean  sans  Terre;  conquêtes  de  Phil.-Aug.; 
projets  sur  l'Angleterre.  Les  Guelfes  et  les  Gibelins.  .     .       p.  3  à  Ï9 

CIIAP.  H.  —  PREMIEH  l'HOJET  UE  OESIBNTE  ES  AnGLETEEUIE.  —  Lons  fH 

France  et  l\  Co.alitwn  anglo-germanique  (1212-1 2J4).  —Jean  «ans 
Terre  et  la  papauté;  Louis  de  France  convoite  une  première  fois  la 
couronne  d'Angleterre.  Négociations  avec  les  ennemis  de  Jean.  Louis 
de  France  à  Vaucouleurs.  Assemblée  de  Boissons  (S  avril  1313),  pré- 
paratifs d'une  descente.  Revirement  d'innocent  III  et  soumission  de 
Jean.  Véritables  sentiments  des  Anglais.  Phil.-Aug.  tourne  sesarrae» 
contre  Ferrand.  Louis  de  France  en  Flandre  :  bataille  de  Damine, 
destruction  de  plusieurs  villes  flamandes.  Pillage  de  l'Artois  par  les 
ennemis.  —  La  coalition  anglo-germanique.  Plan  des  alliés.  Jean 
sans  Terre  en  Poitou.  Attitude  de  la  féodalité  poitevine.  Courte  cam- 
pagne de  Pbil.-Aug.  au  sud  de  la  Loire.  Louis  reste  en  observation  i 
Chinon.  Jean  assiège  la  Roche-au-Moine;  Louis  le  met  en  fuite 
(2  juillet  1214).  Importance  de  cet  événement.    ...      p.  30453 

CIIAP.  III.  —  L'Appel  des  D.vrons  ANouis.  —  Jean  sans  Terre  et  le 
peuple  anglais.  Octroi  de  la  Grande  Charte.  Jean  se  brouille  avec 
les  barons  et  fait  casser  la  charte  par  le  pape.  —  l.e  parti  révolu- 
tionnaire et  ses  alliés:  les  barons  norois.  Sebier  de  Quincl,  Robert 
Fils-Gautier,  etc. . .  ;  le  clergé,  Etienne  de  Langlon.  Gervaia  de  Ho- 
bruges;  les  francs  tenanciers,  les  bourgeois  de  Londres;  les  Irlan- 
dais, les  Gallois,  lesEcossais.  — Le  parti  du  mi:  le  pape  Innocent  III; 
Guillaume  LoMgespée,  Renouf  Dlondeville;  l'évéque  Pierre  des  Ro- 
ches ;  les  AfQciei-s  :  Guillaume  le  Maréchal,  Hubert  de  Dourg,  Phi- 
lippe d'Autiigné  ;  les  routiers  étrangers  :  Fauquet  de  Bréaulé,  Savari 
de  Mauléon.  —  Le  parti  révolutionnaire  décide  d'offrir  la  couronne  t 
Louis  de  l'rance  ;  longues  négociations;  ambassade  de  Sehier  de 
Quinci  (fin  d'octobre  ?  1215) p.  54  i  71 

CHAP.  IV.  —  Les  préparatifs  de  l'expédition.  —  Les  druits  de  Locis 
UE  France  a  la  cocronne  d'Angleterre.  —  Utilitéd'une  justification 
théorique  de  l'expédition  :  attitude  d'Innocent  III  ;  excommunication 
dos  barons  rebelles.  Arguments  de  Louis  de  France  et  critique  de  cet 
arguments:  I.  Jean  a  été  déchu  du  trône  dès  1194.  II.  Il  a  été  con- 
damné à  mort  pour  le  meurtre  d'Artur.  IIL  II  a  été  justement  déposi 
par  les  barons.  IV.  Louis  est  l'héritier  légitime  du  trône  d'An^i 


I 


TA.BLE    ANALYTIQUE    DES    MATIKRES  5(i;S 

tsrre.  V.  Le  Saint-Siègo  n'a  pas  h  intervenir.  La  vérité  sur  les  droits 
da  Louis.  —  Louis  réunit  des  troupes  et  de  l'argent,  et  se  fait  pré- 
céder en  Angleterre  de  deuit  armées.  Succès  inquiétants  de  Jean 
sans  Terre.  Les  vents  contraires  retardent  le  départ  de  Louis,  mais 
Phil.-Aug.  n'y  met  pas  obstacle  ;  attitude  de  ce  roi  à  l'assemblée  de 
Melun.  Situation  de  l'Angleterre  en  mai  1215.      ...      p,  72  à  96 

CHAP.  V.  —  L'EXPEniTroN  EN  Angleterre,  depuis  l'aruivêe  de  Louis 
DE  France  iusqd'a  la  mort  de  Jean  sans  Terhe.  —  L'armée  d'inva- 
aîon  et  les  compagnons  de  Louis.  Départ  de  Calais  le  soir  du 
30  mai  1216;  débari]uement  de  Louis  à  Slonor  le  21.  Fuite  de  Jean 
sans  Terre.  Réception  de  Louis  à  Londres.  —  Hésitations  d'Inno- 
cent [II;  altitude  décidée  du  légat  Galon,  qui  excommunie  Louis  et 
ses  partisans,  mais  ne  peut  empêcher  de  nouvelles  désertions.  — 
Soumission  de  la  plus  grande  partie  de  l'Angleterre  orientale  (juin- 
juillet).  Vaines  tentatives  sur  Douvres,  Lincoln  et  Windsor.  Jean  sans 
Terre  prend  l'offensive,  mais  meurt  le  19  octobre  1216.      p.  97  â  111 

CHAP.  VI.  —  Etat  de  l'Angleterre  a  la  moiit  du  hoi  Jean,  ix  gou- 
vernement de  Louis  de  Fr.\nce.  —Territoires où  dominaient  les  deux 
rivaux.  Jean  sans  Terre,  acculé  dans  l'ouest,  ne  réussissait  point  à 
ramener  les  rebelles.  Giraud  de  Barri  et  le  parti  capélien.  Gouver- 
nement de  Louis  de  France  :  il  ne  porte  pas  le  titre  de  roi  et  confirme 
la  Grande  Charte  sans  pouvoir  l'appliquer  ni  créer  d'institutions  pré- 
cises. Ses  rapports  avec  le  peuple  anglais.  As.sertions  inexactes  des 
chroniqueurs  de  Saint-Alban  sur  la  politique  de  Louis.  Le  baronnage 
et  la  majorité  du  clergé  lui  sont  fidèles,  ainsi  que  la  population  de 
Londres  et  des  Cinq-Ports.  Mais  l'irritation  causée  par  les  maux 
atroces  de  l'invasion  est  contraire  à  ses  intérêts.  Incertitude  de 
l'avenir i    .    .    .      p.  112  à  130 

CHAP.  VIL  —  CrtCRONNEMEST  DE  Henri  IIL  Premier  betoub  ue  Louis 
EN  France,  —  Conseil  de  régence  nommé  par  Jean  sans  Terre.  Cou- 
ronnement de  Henri  111  le  2B  oct.  I21G.  Direction  des  affaires  par- 
tagée entre  le  légat  et  Guillaume  le  Maréchal,  Assemblée  de  Bristol; 
onze  évëques  abandonnent  Louis;  confirmation  d'une  partie  de  la 
Grande  Charte  par  Henri  Hl.  Attitude  du  nouveau  pape  Honorius  III; 
sentiments  des  Anglais  de  cette  génération  à  l'égard  du  Saint-Siège. 
—  Succès  militaires  de  Louis  (nov.-déc.  1216).  —  Conclusion  de 
deux  trêves.  Premier  retour  de  Louis  en  France  ;  guet-apens  de  Win- 
chelsea.  La  situation  est  toujours  incertaine  (fév.  1217).  p.  131  h  I'i3 

CHAP.  VIII.  —  Lincoln.  —  Le  légat  provoque  d'importantes  défections, 
organise  une  croisade  contre  les  Français,  viole  !a  trêve.  Louis 
n'obtient  rien  de  son  père;  son  retour  en  Angleterre  le  22  avril.  11 
divise  son  armée  en  deux  parties,  essaie  vainement  avec  l'une  de 
surprendre  Henri  III  et  de  s'emparer  de  Douvres,  confie  l'autre  à 
Sehier  de  Quinci,  qui  sauve  Mountsore!  et  va  ensuite  presser  le 
siège  du  château  de  Lincoln.  L'armée  de  Henri  III  profite  de  cette 


504                        TABLE   ANALYTIQUE   DES   MATIERES 
division  et  est  victoriense  à  Lincoln  (20  mai  1217).  Cette  balaîUs, 
sans  être  décisive,  a  un  grand  ell'el  moral p.  14i  b  ISS 

CHAP.  IX.  —  Échec  DÊFiNiTrr  de  L'EXPÊomoN  d'Angleterre.  —  Nom- 
breuses défections.  Cependant  la  majorilè  des  barons  et  les  Londa- 
niens  restent  encore  fidèles  à  Louis.  Conférence  pour  la  paii 
(12  juin  1217).  Echec  des  négociations.  Blanche  de  Castille  réunit 
des  secours;  mais  les  barons  des  Cinq-Ports  font  défection  et  la  Botle 
française  est  anéantie  dans  le  Pas-de-Calais  par  la  flotte  anglane 
(2'i  août).  Louis  renonce  à  la  lutte.  Conférence  du  5  septembre. 
Traité  de  Lambeth  (11  sept.  1217).  Exécution  du  traité.  Prétendue 
f.laase  secrète  relative  à  la  restitution  des  provinces  coati nentalM. 
Indemnité  accordée  à  Louis  de  France.  Départ  de  Louis  (28  sept.). 
—  Causes  véritables  de  l'échec  de  Louis.  Conaéquence^  de  l'expé- 
dition  p.  iM  à  183 

r  CHAf-  X.  —  Louis  DE  Frakce  et  la  Croisade  en  Aldigeùis.  —  Phil.- 
--;AÎig.  laisse  son  fils  diriger  seul  deux  expéditions  en  Albigeois.  —  Si- 
tuation du  Midi  en  121H.  Voeu  de  Louis  de  France  ;  Phil.-Aug.  le  re- 
tient auprès  de  lui  pour  combattre  la  coalition  anglo-germaniqoe. 
Progrès  de  Simon  de  Montfort.  Louis  accomplit  son  vœu  en  1215: 
Simon  de  Montfort  se  sert  de  lui  pour  s'emparer  du  duché  de  Nu- 
bonne  et  démanteler  Toulouse.  —  Concile  de  Latran  ;  les  dépouille* 
des  hérétiques  adjugées  au  comte  de  .Montfort.  Résistance  des  Méri- 
dionaux et  mort  de  Simon  (25  juin  1218).  Honorius  III  décide  Phil.- 
Aug.  à  envoyer  Loui.s  de  France  secourir  Amauri  de  Montfort.  Croi- 
sade de  1219.  Sac  de  Mannande.  Vaine  tentative  sur  Toulouse;  échec 

de  l'expédition p.  184  à  !0! 

CHAP.  XI.  —  Rôle  administratif  de  Locis  de  France  a  la  C«rB  m 
Philipi'e-Auovste  et  en  Artois.  —  Louis  de  France  n'est  ps^  asaaàè 
à  la  couronne  ;  mais  il  réside  très  souvent  aux  côtés  de  son  p#TC  et 
joue  un  rûle  important  dans  les  alTaires  du  royaume.  Son  interventioa 
dans  l'afTaire  de  Champagne,  ^  Prévôtés  du  Gàtînais  et  des  Legs 
livrées  à  Louis  de  France.  —  Situation  de  Louis  en  Artois.  Il  n'est 
point  prince  apanage,  mais  gouverne  avec  le  bailli  Nevelon  le  Va- 
rëchal,  nommé  par  son  père.  &)umissïon  de  la  noblesse  artésienne: 
occupation  du  comté  de  Boulogne.  Politique  conciliante  de  Louis  à 
l'égard  des  communes;  chartes  de  Conchi,  d'Arras,  de  Hesdin.  H>i^'; 
ports  avec  le  clergé;  conflit  entre  la  commune  d'Arras  et  Saint- 
Vaast.  —  Conclusion p.  S03i2t<l 


I 


DEUXI  liHE  PAIITIE. 

le  règne  de  louis  Vlll. 

CHAP,  I,  —  L'AvÈNEMEXT  DE  Loi'is  VIII.  —  Funérailles  de  PhiL-Aos.! 
—  Ses  dernières  volontés.  La  royauté  en  1223.  Lonis  VIII  s'entourt 


I 


I 


TARI.K    ANAI.YTIQL^E    DKS    MATIKKKS  ofJ;> 

des  conseillers  de  son  père  et  continuera  son  œuvre.  —  Sacre  de 
Louis  à  Reims  (fi  août  1223).  Voyages  dans  le  domaine  royal;  aucun 
symptôme  de  réaction  ne  se  manifeste  encore,      .     .      p.  2t9  ù  223 

CHAP,  II.  —  La  Conquête  nu  I'oitou.  —  Prochaine  expiration  de  la 
trtve  avec  l'Angleterre.  Louis  veut  profiter  des  embarras  du  gouver- 
nement anglaiij  et  de  l'anarchie  qui  régne  au  sud  de  la  Loire.  Le  Pé- 
rigord  depuis  1204;  snumission  de  Pui- Saint- Front  et  de  SarJat  en 
1223.  Intrigues  de  Phil.-Aag.  en  Limousin.  Situation  du  Poitou  :  in- 
dépendance des  barons,  ruine  des  communes  ;  mésintelligence  entre 
Elugue  de  Luaignan  et  Henri  MI,  —  Après  aroir  réclamé  vainement 
la  restitution  de  la  Nonnandie,  Hubert  de  llourg  demande  la  prolon- 
gation de  la  trêve,  Intervention  du  pape.  Louis  VIII  se  décide  à  la 
guerre  et  traite  avec  Hugue  de  Lusignan.  Réunion  des  troupes  à 
Tours  (24  juin  1224).  Trêve  avec  le  puissant  vicomte  de  Thoiiars. 
Occupation  de  Niort  et  de  Saint-Jean-d'Angéli.  Importance  de  ta  Ro- 
chelle ;  siège  et  prise  de  celte  ville  (3  août).  Motir  de  l'inertie  des 
Anglais  :  révolle  de  Fauquet  de  Bréauté.  .attitude  du  pape.  —  Con- 
quêtes en  Gascogne.  Consolidation  de  la  conquête;  pensions  et 
faveurs  pour  les  barons,  chartes  pour  les  bourgeois  et  les  monastères. 
Travaux  de  fu  ni  fi  cation  s.  Insuffisance  de  ces  précautions. 

p.  224  à  256 

CHAP.  111.  —  Les  R\ppnRTS  de  la  France  et  de  l'Anoletehre  en  1225- 
1226.  —  La  royauté  est  raffermie  en  Angleterre.  —  Guerre  écono- 
mique. Chasse  aux  navires  ennemis,  —  Louis  VIII,  abborbè  par  les 
affaires  de  Flandre,  laisse  Richard  de  Cornouaille  reprendre  les  places 
de  Gascogne,  et  envoie  seulement  son  maréchal  faire  une  courte  ex- 
pédition. La  Rëole  livrée  à  Richard  par  le  parti  anglais.  Le  seigneur 
de  Bergerac  abandonne  le  rot  de  France.  Mais  le  vicomte  de  Thouars 
se  soumet.  —  Négociations  de  Louis  VIII  avec  Frédéric  II  et 
Henri  VII;  Iraités  de  Calane  et  de  Trente.  Mégocialions  de  Hubert 
de  Bourg  avec  le  faux  Bautîouin,  les  comtes  de  Clermont  et  d'Au- 
vergne, le  comte  de  Toulouse,  le  comte  de  Bretagne.  Intrigues  des 
deux  rivaux  â  Rome.  Vaines  négociations  pour  la  paix.  —  En  1226, 
tentative  des  Français  sur  Bardeaux,  tentative  des  Anglais  sur  la  Ro- 
chelle. Conclusion p.  25'  à  278 

CHAP.  IV.  —  Phojets  et  PnÊPAiL^TiFS  o'une  Choisade  nouvelle  es  Ai.- 
BKiEnis.  —  Renaissance  du  catharisme  dans  le  Midi.  Honorîus  lit 
demande  l'intervention  de  Phil.-Aug.,  puis  de  Louis  Vlll.  Louis  posa 
ses  conditions.  Hésitations  du  pape  en  1224.  Il  renouvelle  ses  offres 
en  1235  et  envoie  le  cardinal  de  Saint-Ange  comme  légat  en  France. 
Caractère  et  rôle  de  ce  prélat  ;  anecdote  du  sceau  de  l'Université.  — 
Concile  de  Bourges.  Assemblée  de  Paris.  La  croisade  est  décidée 
(janvier  lï26).  Précautions  prises  par  le  roi.  Louis  Vlll  à  Bourges. 
La  levée  des  subsides  provoque  un  mécontentement  général-  Forces 
réunies  par  le  roi p.  a?9  à  196 


me, 


;    ANALYTIQUE    IIES    MATlIiRES 


CHAP.  V.  —  LACHorsADE  DE  1226.  MoKT  DE  Louis  VUI.  —  Epouvuite<l«« 

Méridionaux;  Raimond  VII  est  abandonné.  —■  Louis  V'III  décide  de 
descendre  le  Hhène.  Situation  du  royaunie  d'Arles;  ses  relations arm 
les  Capétiens;  exten.sion  de  l'hérésie  dans  cette  ré^on.  Raimcind- 
Bérenger  fait  alliance  avec  Louis  VHI.  Avignon  craint  un  pillage  et 
ferme  ses  portes.  Siège  et  prise  de  cette  ville  (juin-sept.  12S6).  Sen- 
tence du  légat.  Occupation  de  la  Provence  et  partage  de  Saint-Andrt. 
Importance  de  ces  événements.  —  Nombreux  actes  de  soumisstno. 
Voyage  de  Louis  VIII  en  Languedoc  ;  ajouinement  du  siège  de  Tou- 
louse. —  Ordonnances  contre  les  héréiiijueB.  —  Administration  dM 
pays  conquis.  Question  des  sénéchaussées.  Relations  avec  la  noblMW 
et  les  villes.  Conventions  avec  le  clergé;  assemblée  de  Pamtert-  Pt- 
riage  de  Pamiers.  Alliance  du  roi  et  du  clergé  méridional.  —  Mécon- 
tentements dans  l'entourage  du  roi  ;  Thibaud  de  Ctiampagne  et 
Pierre  Mauclerc.  Mort  de  Louis  VIII  à  ^lonlpenster  (8  nov.  I2!6). 
Bruits  d'empoisonnement.  —  Consêijuences  de  cette  croisade. 

p.  297  à  318 

CHAP.  Vl.  —  La  Coch  de  Loi;iS  Vlil  bt  le  Gouveh-nement  ce.vtral,  — 
Vie  nomade  du  roi.  Principales  résidences.  Importance  du  droit  de 
gite.  —  Entourage  de  Louis  VIII.  Sa  famille,  eea  douze  enfants;  son 
frère  Philippe  seul  figure  dans  les  actes  officiels.  Jean  de  Brienne. 
Les  grands  offices  ;  la  chancellerie  est  donnée  à  Guérin,  la  bouteil- 
lerie  à  Robert  de  Courtenai  ;  rôle  des  grands  officiera.  Offices  secon- 
daires ;  principaux  titulaires.  Autres  familiers  et  conseillers  du  roi. 
—  Les  assemblées  sous  le  régne  de  Louis  VIII  ;  désignation,  convo- 
cation, fréquence,  dates,  lieux,  composition,  râle.  —  Conseil  perma- 
nent du  roi.  —  La  curta  régit  et  la  justice.  Les  jageurs.  La  cour  de» 
pairs.  Procès  d'appel  de  1224;  procès  de  première  instance;  arbi- 
trages, conventions  à  l'amiable,  juridiction  gracieuse.  Progrès  de  la 
procédure;  les  enquêtes.  Conflits  de  juridiclion.   .     .       p.  339  à  358 

CHAP.  VII.  —  Le  Domaine  et  u'Administraticn  loc.h.e.  —  Définition  du 
domaine  royal.  —  Agrandissements  du  domaine,  Une  partie  da 
Poitou  est  annexée  au  domaine,  tandis  que  l'autre  tombe  dans  la 
mouvance  directe  du  roî  de  France.  Conquêtes  dans  le  Midi.  Annexion 
d'une  partie  du  Perche  et  du  Ponthieu.  Acquisitions  diverses.  — 
Testament  de  Louis  Vill  et  constitution  d'apanages.  —  Les  bailliages. 
Liste  des  baillis  de  Louis  VIII.  Confirmation  de  l'bypothèse  de 
M.  Luchaire  sur  l'origine  des  baillis.  C'est  en  ce  temps  encore  une 
institution  indécise.  Fonctions  des  baillis  ;  conflits  arec  les  pouvoir* 
rivaux.  —  Sénéchaussées  d'Anjou,  de  Poitou,  de  Beaucaire.  —  Ash- 
milation  des  nouveaux  domaines,  L'Echiquier  de  Normandie.  Mon- 
naies. Enquêtes  administratives.  Despotisme  des  agents  royaux. 

p.  359  à  073   , 

CHAP.  VIII.  —  Les  Dépensf-s.  i^es  Revenus. 
ciÈRE.  —  Dépenses  de  la  maison  du  roi.  Dt 
ment  des  agents,  t 


I 


Dépenses  d'ordre  politiqm 


s  locales  et  paie»! 


TABLE   ANALYTIQUE   DES   MATIERES  567 

des  terres  doiuEtniales.  Redevances  frappant  les  roturiers,  les  villes, 
les  nobles,  l'Eglise.  Gites  de  Lodïs  VIII.  Aide  de  l'ost.  Sceau  et  pro- 
duits de  justice.  Tonlieu  et  coutumes  ;  abolition  de  la  banalité  du 
tour  à  Paris.  Décadence  de  la  monnaie  royale  ;  charte  des  mon- 
nayer» de  Paris;  privilège  des  Plastrard.  Revenus  extraordinaires, 
rançons  et  butin.  —  Comparaison  avec  les  budgets  seigneuriaux. 
Levée  de  1226.  —  Discussion  sur  le  chiffre  total  des  revenus  royaux. 
Trésor  de  réserve.  —  Perception  des  revenus  et  comptabilité.  Cir- 
conscriptions de  Paris  et  de  Tours.  Les  comptes.  Il  y  a  deux  caisses, 
l'une  au  Temple,  l'autre  au  Louvre p.  374  à  389 

CHAP.  IX.  —  Relations  de  Locis  VIII  avec  la  Féodalité.  —  La  Féoda- 
lité et  les  rois  de  France  au  .\iil'  siècle.  —  Vassaux  Uu  domaine.  — 
Féodalité  méridionale.  Situation  de  l'Auvergne.  Fiefs  de  l'est;  rap- 
ports avec  Thibaud  de  Champagne.  Fiefs  du  centre  et  du  nord. 
Rapports  avec  la  Flandre  ;  afTaire  du  faux  Baudouin  et  traité  de  1225; 
projets  de  mariage  entre  Pierre  Hauclerc  et  Jeanne;  le  roi  jmposeà 
la  comtesse  de  Flandre  le  traité  de  Melun  pour  la  délivrance  de  Fer. 
rand  (1226).  Rapports  avec  Pierre  Mauclerc.  Appel  des  barons  de 
l'ouest  contre  le  clergé.  —  Continuation  de  la  politique  de  Phil.-Aiig. 

p.  390  à  405 

CHAP.  X.  —  Relations  be  Louis  VIII  avec  l'Èouse.  —  Alliance  des 
Capétiens  et  de  l'Eglise,  C'Onaeils  de  Phil.-Aug.  à  son  fils.  —  Presque 
tous  les  évé(|ues  du  royaume  se  montrent  dévoués  à  Louis  VIII; 
appel  des  prélats  du  Périgord.  Démêlés  avec  l'épiscopat  normand. 
Conditions  imposées  aux  évoques  d'Angers,  du  Mans  et  de  Poitiers. 

—  Nombreuses  faveurs  accordées  aux  monastères.  —  Intervention 
dans  les  conflits  entre  l'Eglise  et  les  autres  classes.    .      p.  406  â  413 

CHAP.  XL—  Relations  de  Louis  VIII  avec  les  classes  populaires.  — 
Situation  des  Juifs  avant  le  règne  de  Louis  VIII;  ordonnance  de 
1223  ;  son  caractère  fiscal.  —  Etablissement  de  banquiers  lombards 
à  Paris.  —  Affranchissement  de  serfs  et  intervention  dans  les  affran- 
chissements. —  Les  villes.  Charte  de  franchise  d'Asnières-sur-Oise. 
Charte  de  commune  de  Beau  mont- sur-Oise.  Nombreuses  confir- 
mations de  communes.  Additions  à  la  charte  de  Sens;  démêlés  avec 
celle  commune  au  sujet  de  la  prévùlé.  —  Priviléftes  divers.  Faveurs 
aux  commerçants.  —  Charles  accordées  aux  villes  non  domaniales. 

—  C'est  la  période  d'alliance  de  la  royauté  et  des  villes. 

p,  414  k  423 
CHAP.  XII.  —  Le  Pouvoin  législatif  césèral  ne  boi.  —  La  théorie 
monarchiste  au  xiii*  siècle.   —  Comparaison  entre    les  actes  de 
Louis  VIII  et  ceux  du  comte  de  Champagne.  —  Eiamen  de  l'ordon- 
nance sur  les  Juifs  ;  c'est  un  traité  avec  les  barons.    .      p.  424  à  427 

CHAP.  XIII,  —  L\  noTAUTÊ  après  i,.\  moiit  de  Lolis  VIII.  —  Conclusion. 
Louis  VIII  a  peut-être  confié  la  ri''gonce  à  Itlancho  de  Castille.  La 


réaction  féodale;  comparaison  a 


V-  la  crino  aniclaisp.  —  Louî 
p.  »S  à  tj 


ArPENDICRS. 

APPE\DIl:^:  n"  l.  —  Rxlmmatlon  du  corps  de  Louis  VIII  en  17».    ' 

p.  435- 
APPEXDICK  n»  [I.  —  Droits  de  Louis  de  France  à  la  couronne  d'Al 

gleterrp  (Tableau  de  la  descendance  do  Henri  II).     ,     , 
APPENDICE  n- 111.  —  Itinéraire  de  Louis  Vlll.   ...      p.  Ui8  à  ifl 
APPENDICE  n°  IV.  —  Liste  des  assemblées  gulitiques  tenues  pendtf 

le  règne  de  Louis  Vlll p.  441  à  4< 

APPENDICE  n-  V.  —  Liste  des  officiers  de  Louis  Vill  et  des  i 

nages  qui  ont  pris  part  aux  assemblas  politiques  et  judiciaires  I 

aux  conseils  du  roi  de  1223  à  1226 p.  'ii5à44 

APPENDICE  n"  VI.  —  Catalosue  des  actes  lie  Louis  \ÎII  ] 
APPENDICE  n"  VII. —  Catalogue  des  cnquèlos.      ,  p.  509.3i 

APPENDICE  O"  Vlll.  —  Pièces  juslificatives: 

I.  Aile  de  Louis  de  France  eu  faveur  rie  Guillaume  de  UuiUtngfit 
(1216) p.  Sfl 

II,  Qunlre  piècrt  relalivet  à  findemnit^  de  guerre  promise  par  Henri  iT 
â  Loui»  de  France.  (Lettres  de  Henri  III  et  de  Guillaume  le  Mor 
en  1217) ...      p.  511 

m.  Fragment  de  la  Chronique  de  Merlon  (1216-121:).    .      p.  513  à  Sfl 

IV.  Jugement  de  la  cour  de  Loui»  en  Arlnit  (1219) p. 

V.  Henri  III  nccrêdite  ses  ambassadeur»  au/iré»  de  CaTchevt^Hi 
fleiffw(l22a) p.  5iïr 

VI-  ifiindrnicnt  de  Louii  VII!  ajtx  bourgeois  de  Limoges  (12Î4).  p.  516 

\n.  Lettre  d'I/onorius  III  à  Louis  VllUinb} p.  5Ifi-517 

viir.  Alliance  de  Henri  III  avec  ta  maitnn  d'Auvergne  (1225),  p.  iltf 
IX-  Alliance  de  Henri  III  et  du  comte  de  Toulouse  (1Ï25).  p.  518  â  520 
.X.  ia  guerre  manVime  en  1226  (Lettre  de  Henri  III).    .     .     .      p.  520 

XI,  Querelle  de  juridiction  entre  Loui»  Vlll  et  F^v^qiifd'ArrasiSoUet 
rédigées  vers  1225) p.  5S0-5U  I 

XII.  Charte  accordée  aux  banquiers  (/".-IkJi  (1225),   ...      p.  52I-5I>J 
xm.  Recettes  et  dépenses  ifun  terme  de  i226.    .     .  p.  523  à  59 

ADDITIONS  ET  CORRECTIONS p.  527  i  51 

TABLE  DES  NOMS p.  5i3t  1  SCtJ 

TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES p.  563  à  5»! 


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